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Décembre 2021

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fleche30 décembre: Ultracrépidarianisme

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Comme toujours, la fin d’année est l’heure des bilans. Bilan politique, bilan social, bilan sportif,  liste des morts de l’année, etc. A quoi il faut ajouter, en cette année particulière, le bilan de l’épidémie, et, pour ce qui nous concerne, la liste des mots qui ont fait florès.

Libération leur a consacré, à la veille de Noël, une double page avec en énormes caractères WOKE et NFT, plus iel (j’en ai déjà parlé ici), WhereisPengShuai (j’en ai également parlé),   #metooInceste, Squid Game, Métavers, Pandora papers, CBD, Pegasus et Spacex. Ils auraient pu y ajouter grand remplacement, déclinisme ou antivax, mais personne n’est exhaustif.

Aujourd’hui, le journal Sud-Ouest cite blob (si vous ne connaissez pas cet  unicellulaire de myxomycète de l'ordre des Physarales, cherchez dans votre encyclopédie préférée), wokisme et consentement (sexuel).  Mais j’avoue préférer le choix du journal belge Le Soir qui a sélectionné ultracrépidarianisme. Vous ne connaissez pas ? Mais oui. Souvenez-vous de l’expression latine, Sutor, ne supra crepidam, « cordonnier, pas au-dessus de la chaussure ». L’ ultracrépidarianisme est donc le fait de parler de choses qu’on ne connaît, et correspond bien à l’expression française « Chacun son métier et les vaches seront bien gardées ».

Vous avez sûrement dans votre environnement des ultracrépidarianistes. Il suffit de lancer dans une conversation les mots vaccin ou pandémie et vous verrez…

Allez, à l'an prochain.

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fleche21 décembre: Notes sénégalaise (2)

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Après la gastronomie française, la cuisine traditionnelle mexicaine, le régime méditerranéen, la washoku (menu du nouvel an japonais), le dolma (ou feuille de vigne), la pizza napolitaine, le vin de Géorgie ou la bière belge, un plat sénégalais, le tiébou diène (nous reviendrons sur la façon de l’écrire) vient d’être déclaré patrimoine mondial de l’UNESCO. Il s’agit de darne de poisson préparé avec  des brisures de riz, de l’oignon, du piment, des tomates, du chou, du poisson séché et des mollusques… Et la presse sénégalaise en fait ses titres. Selon l’ambassadeur du Sénégal à l’UNESCO, ce plat est un outil de rayonnement diplomatique du pays. Après l’ambassadeur c’est le lendemain  le ministre de la culture qui est interrogé : « ce plat se confond avec l’identité du pays »,   même s’il a  été imposé au départ par le colonisateur note le journaliste. Revenons à l’ambassadeur. Il raconte que la bataille a été rude à l’UNESCO, car des pays voisins voulaient s’approprier ce plat, sous d’autres noms, ou exigeaient que le plat soit déclaré comme « art culinaire au Sénégal » et non pas « du  Sénégal ». Ce qu’il a refusé, expliquant par ailleurs qu’il a tenu au nom wolof et à sa graphie officielle ceebu jën. Des pays anglophones (oh les vilains) auraient tenté de s’approprier le plat sous le nom de jolof rice…Or, explique-t-il, ce plat a été inventé par les femmes de Saint-Louis du Sénégal, puis s’est répandu dans tout le pays. Le troisième jour un écrivain, après avoir expliqué comment les femmes de Saint-Louis préparent ce plat national, avec différents poissons tous plus frais et plus délicieux les uns que les autres, rappelle qu’à l’origine il se faisait avec du riz importé du Siam, importé par les colons. Tiens donc ! Et certains racontent que la femme qui aurait inventé le plat travaillait chez une famille coloniale de Saint-Louis. Mais qu’importe. L’un des articles se termine ainsi : « Cela c’est la réalité. En effet, le Ceebu jën n’est ni le  Jolof rice ni un plat anglophone. Il est absolument Saint-Louisien ! C’est un art culinaire inaliénable qui appartient exclusivement au Sénégal et à la teraanga sénégalaise offerte à toutes les nations ».

Je n’ai bien entendu aucun moyen de trancher entre toutes ces versions. Je sais par exemple, comme beaucoup de gens, que les couscous, qu’on considère comme un plat « arabe » est en fait berbère. Mais pour le ceebu jën, allez savoir. Ce qui m’intéresse en revanche, c’est la façon dont on se construit une identité, et nous pourrions y consacrer des centaines de pages.

En France, et grâce à Astérix, nous avons la chance de pouvoir sans contestation possible affirmer que la sanglier est un fleuron de notre identité. Que personne n’en doute.

Et la potion magique ? Ah oui, la potion magique. Il faudrait interroger le druide, mais je n’arrive pas à le contacter.


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fleche20 décembre: Notes sénégalaise (1)

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Je viens de passer quelques jours au Sénégal, où doivent se tenir en janvier des élections locales qui s’annoncent houleuses. Or je tombe, dans la presse locale sur un article intitulé  Au cœur du dopage des politiciens. Tiens donc ! On y explique en ouverture qu’ils « se dopent pour tenir le rythme »et demande « comment arrivent-ils à tenir ? »

Je rentre donc dans le texte :

« L’un déclare « je prends chaque matin, après le petit déjeuner, un comprimé de Berocca » (un complément alimentaire, plein de vitamines B et C et de magnésium)

« Un autre : « du citron, du miel, du jus de bouye  chauffé sous forme de tisane »

Le président, Wade, selon un proche, fait une sieste d’une heure et demi à deux heures et prend « quelques complément », en particulier jusqu’à 8 pastilles pour la voix par jour.

C’est tout ? C’est du dopage ça? J’avoue être un peu déçu. On sait que le Sénégal est l’un des plaques tournantes du trafic de différentes drogues, et les politiciens ne trouvent pour se doper que du Berocca, du jus bouye ( du pain de singe, fruit du baobab), la sieste ou des pastilles pour la voix? Ils manquent vraiment d’imagination ! Ou alors,  faut-il lire entre les lignes qu’ils prennent autre chose ? Qu’ils se dopent vraiment ? Mais à quoi ?

C’est vrai, en voyant le titre de l’article je pensais trouver des idées à soumettre aux politiciens français. En vain. Pourtant il y en a plusieurs qui devraient doper leur imagination.

Bon, demain vous aurez d’autres notes sénégalaise…

 

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fleche13 décembre: Ordre ou progrès

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On n’est jamais mieux servi que par soi-même et, quand on appartient au gouvernement brésilien, jamais mieux protégé que par un évangéliste. La graine de dictateur, Bolsonaro, vient de nommer à la cour suprême le juge André Mendoça. Pasteur presbytérien ultra conservateur, ce dernier a déclaré « mon élection a été déterminée par Dieu ». Dieu a bon dos ! Ce qui est sûr c’est qu’il ne sera guère favorable à tout ce qui irait dans le sens du droit des minorités, des libertés, de la limitation du port d’armes, et qu’il fermera sans doute les yeux sur ce qui pourrait gêner Bolsonaro. A commencer par la corruption.

On sait que la devise du pays est ordem e progreso, « ordre et progrès ». Mais il fut l’entendre  ordem ou progreso, « ordre ou progrès », et il est clair que le progrès passe en second position.

Ceci dit, je vais prendre quelques jours de vacances. Profitez-en pour lire mon livre, Enquête sur le signe, du roman policier à la police de la langue en passant par l’interprétation du signe linguistique, qui est désormais en librairie.

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fleche8 décembre: Vaccination et discours politiquement correct

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Il suffit d’écouter un peu la radio ou de feuilleter la presse pour le savoir : les hôpitaux français sont au bord de l’implosion et certains ont activé le « plan blanc ». Ce plan est destiné à gérer dans une situation d’urgence (attentats, épidémie, risque nucléaire…) la prise en charge de victimes plus nombreuses que d’habitude. Et il implique que l’on repousse à plus tard l’accueil de malades considérés comme  moins prioritaires. Concrètement, cela signifie actuellement que, pour faire place aux nombreux malades du covid, on repousse des opérations de cancéreux par exemple, dont le cancer peut du coup s’aggraver, ou de cardiaques…

Les hôpitaux sont donc aujourd’hui saturés par des gens malades du covid, et  76% des gens entrant en réanimation ne sont pas vaccinés. On sait que certains pays européens (l’Autriche, l’Allemagne, la Grèce) ont déjà décidé de rendre la vaccination obligatoire, et il est probable que d’autres suivront. Mais qui sont ces non vaccinés ? Il y aurait parmi eux entre 2 et 4% d’antivax résolus et pour le reste , la majorité donc, des gens qui avancent des arguments foireux (nous n’avons pas assez de recul, nous attendons pour juger, nous sommes en bonne santé…) ou qui sont isolés, et ne peuvent pas se déplacer, etc. Ce qui est sûr c’est que, dans leur ensemble, les non vaccinés sont responsables de la situation des hôpitaux.

Face à cela, le discours politique et médical est toujours le même : il faut convaincre les gens, surtout pas les forcer, ne pas non plus créer une opposition dans la population entre vaccinés et non vaccinés… Discours mesuré, raisonnable sans doute, mais surtout discours politiquement correct : les responsables politiques et médicaux ne peuvent pas en tenir un autre. Mais y croient-ils ?

Il se trouve que j’ai discuté ces dernières semaines avec deux médecins, non pas dans leur cabinet mais en situation que l’on pourrait dire non professionnelle et, séparément, ils m’ont dit à peu près la même chose. D’abord qu’ils ne pouvaient accepter que des professionnels de santé refusent de se faire vacciner : « leur métier est de soigner, pas de transmettre le virus ». Mais surtout, ils tenaient sur la population refusant la vaccination des propos très durs, que je résumerai en deux phrases :

« S’ils veulent mourir, qu’ils meurent », et « s’ils ne veulent pas se faire vacciner, il n’y a aucune raison pour que la sécurité sociale les prennent en charge s’ils attrapent le covid. C’est à eux de payer tous les frais ». Bien sûr, ils ne peuvent pas tenir ces propos devant leurs patients, pas plus que des ministres ou des spécialistes en épidémiologie ne pourraient les tenir à la télévision. Mais je suis persuadé qu’ils pensent tous la même chose et qu’il leur est difficile de l’exprimer. J’ai d’ailleurs entendu il y a deux jours à la télévision un médecin urgentiste parler de l’égoïsme des non vaccinés.

Le problème est que si les chiffres continuaient d’évoluer dans le même sens, et si le gouvernement était amené à prendre des décisions drastiques (confinement, fermeture des restaurants ou des lieux culturels…), les vaccinés pourraient reprocher aux non vaccinés d’en être responsable. Ce qui ne serait d’ailleurs pas faux. Mais je n’ose imaginer sur quelles violences pourraient déboucher cette situation. De ce point de vue, le discours politiquement correct fonctionne comme un emplâtre sur une jambe de bois.

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fleche6 décembre: Miettes sémiologiques...

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J’ai jeté un coup d’œil hier sur le meeting de Zemmour à Villepinte, histoire d’avoir une idée du spectacle. Voici donc quelques miettes sémiologiques. Derrière lui, une trentaine de jeunes des deux sexes, devant lui dix à douze mille personnes, essentiellement de sexe masculin : la parité était très relative. Les gens derrière lui semblaient diriger les réactions de la salle : ils se levaient, la salle se levait, ils agitaient des drapeaux tricolores, la salle agitait des drapeaux tricolore. Je précise que les images sur lesquelles je me fonde étaient fournies par l’organisation zemmouriste. D’autres images, plus ou moins « clandestines » nous ont montré plus tard des échauffourées au fond de la salle, des infiltrés antiracistes ou certains journalistes violentés.

Pendant le peu de temps que j’ai passé devant ce meeting, Zemmour a annoncé qu’il voulait « interdire l’écriture inclusive », ce qui est aussi con que de vouloir l’imposer. Et cette volonté de légiférer sur la  langue semble donc être partagée par l’extrême droite et par certain.e.s militant.e.s se réclamant plutôt de l’extrême gauche. Tirez-en les conclusions que vous voudrez.

J’ai aussi appris que son mouvement (son parti ?) avait été baptisé reconquête, évidente allusion à la reconquista espagnole, la reconquête par les chrétiens des territoires occupés par les musulmans. Nous n’aurons donc pas d’Alcazar, comme à Séville, d’Alhambra, comme à Grenade…. Autre petite notation sémiologique, un logo présentant un rameau d’olivier placé entre le nom Eric Zemmour et la date 2022. Que vient faire là  ce rameau ? Symbole de paix ? Sans doute pas. Référence à Bonaparte ? Peut-être. Au costume des académiciens ? Bof ! En fait ce serait plutôt la traduction d’un ego surdimentionné. On sait que de nombreux juifs d’Afrique du Nord portent des noms arabes ou berbères, et Zemmour vient d’un mot berbère, azemmour, qui signifie « olivier ». Ce rameau symboliserait donc tout simplement Zemmour lui-même. Il y a là de quoi couper l’appétit de ceux qui, comme moi, considèrent que la seule huile digne de ce nom est l’huile d’olive…

On a revu, comme dans la vidéo de déclaration de sa candidature,  des photos de Barbara, Brassens, Aznavour ou Hallyday, sans que les ayant-droits aient été consulté (mais je sais qu’Universal doit les représenter pour une éventuelle action en justice).  Pour le reste, rien de très neuf dans les images, la même évocation d’une France « d’avant », d’une France au cinéma en noir et blanc, de la France de de Gaulle, du Concorde, de Gabin, voire de Jeanne d’Arc.

A propos de Jeanne d’Arc, justement : Si Zemmour l’ apprécie tant, serait-ce parce qu’elle était une femme au foyer ? Je sais, mon jeu de mots est nul. Mais on a vu Zemmour à Marseille faire un doigt d’honneur : alors,  à vulgarité vulgarité et demie.


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fleche2 décembre: Adieu Xavier je t'aimais bien...

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Il y a donc deux droites irréconciliables, si l’on en juge sur le choix des adhérents du PR. D’une part Eric Ciotti qui, s’il ne remporte pas, comme c’est probable, le second tour de cette primaire, apportera sans doute son soutien à un autre Eric, et d’autre part Valérie Pécresse, politiquement entre Nicolas Sarkozy et la poupée Barbie. Mais cette petite méchanceté qu’on pourrait croire machiste ne doit pas nous faire oublier que son nom rime avec ogresse, agresse, vengeresse, chasseresse, etc. C’est donc elle qui sera sans doute présente au premier tour de l’élection présidentielle.

Je ne suis pas politologue et suis incapable de dire si cette percée de Ciotti préfigure une prochaine cassure dans ce parti qui se dit gaulliste, et je ne lis pas dans le marc de café et suis tout aussi incapable de dire si Pécresse parviendra au second tour de l’élection présidentielle. Mais je dois dire que je regrette Xavier Bertrand. Adieu Xavier je t’aimais bien. Pour de mauvaises raisons en fait,  très personnelles et très égoïstes. J’ai depuis quelques semaines l’idée de faire, pendant la campagne électorale, le portrait des différents candidat et je me pourléchais par avance les babines en pensant à celui que j’aurais pu faire de Bertrand. Avec son onctuosité de prélat, le discours d’un promoteur immobilier qui chercherait à vous vendre un appartement sans vous le faire visiter et parfois sa tendance à jouer les gros bras (« je suis le seul à pouvoir battre Macron »), il avait tout pour me plaire. Bon, il faut s’y résigner. L’avenir nous dira s’il était vraiment le seul à pouvoir battre Macron, ce qui est sûr c’est que nous ne saurons jamais s’il l’aurait vraiment pu. Et que je me passerai du plaisir de faire de lui un portrait plus fourni.

 

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Novembre 2021


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fleche30 novembre: Misère de l'université ou mépris pour les universitaires?


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Vendredi dernier, j’avais un jury de thèse à Rouen et les liaisons ferroviaires entre Aix-en-Provence et Rouen via Paris étant ce qu’elles sont j’ai dû y passer deux nuits. Une collègue sénégalaise, venant de Strasbourg,  était dans la même situation. J’arrive donc à Rouen vers 21 heures et me dirige vers l’hôtel qu’on m’avait indiqué. Il s’agissait d’un établissement d’une étoile (je ne savais pas que cette catégorie existait encore). Je demande à la réception une bouteille d’eau pour la nuit, on me répond qu’il n’y en a pas. Je demande à quelle heure on commence à servir le petit déjeuner, on me dit qu’il n’y a pas de petit déjeuner. Quant à la chambre, nouvelle surprise : pratiquement pas de chauffage (et il faisait froid cette nuit-là à Rouen) et un lit aux dimensions réduites.

Au réveil je téléphone à ma collègue sénégalaise qui me dit en substance « Ah nous sommes dans le même hôtel ! Je suis contente, je craignais qu’on m’ait mise ici parce que j’étais noire ». La honte ! Elle m’a reçu de façon très confortable dans son pays et elle avait pu imaginer que dans le mien on puisse traiter différemment les Blancs et les Noirs ! J’ai souvent noté que les universitaires français invités à l’étranger et reçus de façon chaleureuse étaient très occupés lorsque leurs homologues venaient en France et n’avaient pas le temps de les voir. Mais là il s’agissait de l’administration d’une grande université, qui considérait qu’une chambre à 46 euros la nuit suffisait pour ses invités. J’ai bien sûr poussé un coup de gueule, nos collègues rouennais, désolés bien sûr, ont réussi, non sans mal, à nous faire  transférer pour la seconde nuit dans un établissement convenable, avec chauffage et petit déjeuner, mais cette anecdote pose quelques problèmes. L’université de Rouen est-elle ruinée ? Son administration est-elle appelée à faire des économies ? Touche-t-elle des primes pour cela ? Ou professe-t-elle un grand mépris pour ceux qu’elle invite à siéger dans un jury de thèse ?

En résumé, misère de l’université ou grand mépris pour les universitaires ?

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fleche28 novembre: Peng Shuai et VPN

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Un correspondant chinois ayant lu mon billet du 20 novembre m’écrit :

« Je viens de lire ton article du 20 novembre. Félicitations pour ton nouveau livre! Cet extrait du livre est très intéressant. Les livres sont déjà imprimés? J'ai vu une  petite erreur:  " , dont le premier est la forme classique pour « six » et le second se prononce comme , « quatre »" , en fait, le second se prononce comme 四,mais pas  ».

J’espère que les sinologues me pardonneront ce lapsus calami.

Je supposais que « l’affaire Peng Shuai » devait être soigneusement occultée en Chine. Et mon correspond confirme mon intuition en poursuivant :

« Grâce à toi, je suis informé sur l'affaire de Peng Shuai et j'ai cherché sur Google après, avec un VPN, bien sûr ».

Pour ceux qui l’ignorent, les VPN (Virtual Private Network) sont des applications qui permettent de contourner la censure en Chine. Mais pour avoir l’idée de chercher clandestinement sur Google Peng Shuai, il faut savoir qu’il y a un problème Peng Shuai et disposer d’une application VPN….

Donc une affaire chinoise à laquelle les media du monde entier font largement écho peut être totalement ignorée en Chine. C’est beau, la démocratie !



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fleche24 novembre: Iel

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Le débat qui s’est déclenché en France autour du pronom « iel » (pour ceux qui ne seraient pas au courant : pronom de troisième personne du singulier pour ceux qui ne se sentiraient ni « il » ni « elle »), que le dictionnaire Robert vient d’introduire dans sa version numérique témoigne à la fois d’une grande futilité et d’une confusion plus grande encore.

Le rôle d’un dictionnaire est d’enregistrer les usages, ce qui le met parfois en retard par rapport à eux (ne pas donner un terme dont l’usage est devenu fréquent) ou en avance (enregistrer un terme peu utilisé, quitte à le retirer parfois ensuite), ce qui ne le protège pas de certains dangers : céder par exemple à une pression idéologique, ou faire un coup publicitaire. J’avais un jour fait remarquer à Alain Rey que l’article du Robert définissait le mariage comme l’union de deux personnes de sexes différents. Il avait pâli (nous étions à l’époque  du débat sur le mariage pour tous) et deux jours après je recevais un mail me disant que mon édition du dictionnaire était ancienne : la définition avait depuis lors changé. Qu’il le fasse bien, plus ou moins bien, plus ou moins mal ou mal, le dictionnaire fait son travail, et le procès que certains font au Robert n’a pas lieu d’être. Il s’agit de postures futiles et sans intérêt.

Le rôle des politiques, en particuliers des politiques qui ont en charge l’éducation nationale, est de faire leur possible pour que les élèves apprennent, entre autres choses, à lire et à écrire. De ce point de vue, il est sans doute inutile de compliquer un système orthographique qui l’est déjà assez. Il leur revient de faire établir des programmes, de décider s’il convient d’introduire telle ou telle réforme (orthographique ou autre) et de vérifier que les livres scolaires appliquent ces réformes. Mais on voit mal pourquoi ils participeraient à une opération de critique d’un dictionnaire. Sauf si ce « buzz » dont ils sont en partie responsables les arrange : en faisant monter la sauce autour du « iel » on ne parle pas de problèmes sociaux, migratoires ou environnementaux autrement plus importants.

Reste le rôle des linguistes. Et ici les choses sont plus complexes. Nous avons vu éclater en France il y a deux ou trois ans une polémique autour de l’écriture inclusive qui a parfois pris des aspects violent. Si la linguistique est une science, elle doit respecter des procédures scientifiques. On sait que les langues évoluent et que leurs changements sont lents. On sait aussi que les politiques linguistiques peuvent parfois introduire des changements brusques. Mais il est une question qu’on pose rarement : est-il possible de changer la société par la langue ou bien les changements sociaux génèrent-ils des changements dans la langue ? De nombreux exemples apportent une réponse négative à la première partie de cette question. La féminisation des noms de métiers en français par exemple ne semble pas avoir entraîné un parité dans les postes de responsabilité ou une égalité des salaires. Ou encore les changements d’appellations de « Noirs » aux USA n’a guère mis fin au racisme. La police américaine continue de traiter différemment les « Blancs » et les « Africains Américains », et le statut social de ces derniers n’a pas changé : il ni a eu ni corrélation ni causalité entre un changement lexical et changement social, pour la simple raison qu’il n’y a pas eu, jusqu’à plus ample information, de changement social.

Je ne sais bien entendu pas quel est l’avenir de « iel ». Mais le débat continue de courir chez les linguistes, et il y a chez certains d’entre eux une sorte de dissonance cognitive : ils savent que l’histoire linguistique relève du temps long, mais ils proposent en même temps de changer le monde par le biais de la langue. Comme si, paradoxalement, la linguistique n’enseignait rien à ceux qui l’enseignent.

 

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fleche20 novembre: Merci Xi Jinping!

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Mon prochain livre, Enquête sur le signe, avec pour sous-titre  « du roman policier à la police de la langue en passant par l’interprétation du signe linguistique », sera dans les librairies au tout début du mois de décembre. Mais j’en parle avec un peu d’avance pour des raisons qu’on va comprendre. Voici tout d’abord un extrait de mon ouvrage :

« Lorsque Google est  arrivé en Chine en 2005, son moteur de recherche eut très vite un grand succès, mais il se heurta tout aussi vite aux exigences d’autocensure du pouvoir chinois : en bref on lui demanda de ne pas donner suite à certaines recherches en lui fournissant une liste de « mots tabous ». L’entreprise se déplaça à Hong Kong en 2010 puis, en 2012, décida d’afficher une annonce chaque fois qu’un mot recherché était censuré par le régime.  Je cite dans mon livre cet exemple :

« We’ve observed that searching for in mainland Chinas may temporarly break your connection to Google. This interruption is outside Google’s control. » (« Nous avons observé que la recherche de peut en Chine continentale temporairement arrêter votre connexion à Google. Cette interruption n’est pas sous le contrôle de Google. »)

Pourquoi ce caractère, , était-il dangereux pour le régime chinois ? Il signifie « fleuve » et se prononce jiang. Et alors ? Alors Jiang est également un nom de famille, en particulier celui de江 青 (Jiang Qing), la dernière femme de Mao Ze Dong, et celui de 江 泽民 (Jiang Ze Min). La première, surnommée « l’impératrice rouge », joua un rôle central dans la révolution culturelle, sera condamnée à mort, peine commuée en prison à vie, et mourra en1991. Quant à Jiang Ze Min, après avoir soutenu en 1989 la répression des manifestations de Tian An Men, il deviendra président de la république chinoise (1993- 2003), puis sera condamné (par la justice espagnole après les plaintes d’ associations de défense du Tibet) pour génocide au Tibet et répression de la secte Falun Gong, mais le mandat d’interpellation n’aura aucune suite. Le résultat de ces homonymies était qu’en cherchant sur Google des renseignements sur le Yanzi (长 江, Yanzi Jiang, « long fleuve), la recherche était bloquée. Et il se passe la même chose sur les moteurs de recherche chinois, certains mots menant à une page blanche. Un bon exemple est celui de la date de la répression du 4 juin 1989 à Tian An Men, liu si, ( , c’est-à-dire six pour le mois de juin et quatre pour le jour). Les recherches concernant cette date sont bloquées, même si on utilise les caractères classiques, qui ne sont plus employés en Chine continentale, et même s’il s’agit d’une simple homophonie, comme 陆 肆, dont le premier est la forme classique pour « six » et le second se prononce comme , « quatre ». De la même façon, on n’aboutira à rien en tapant en chinois « les fleurs de la liberté », titre d’une chanson d’un artiste de Hong Kong régulièrement entonnée lors de veillées à la mémoire des victimes lors de manifestations. Tout cela au nom de réglementations adoptées en 1997 selon lesquelles «aucun groupe ou individu ne peut utiliser Internet pour créer, répliquer, récupérer ou transmettre les types d’informations suivantes... ».

Ce passage ne joue pas un rôle central dans mon bouquin, il n’est qu’un exemple parmi d’autres. Mais l’actualité récente illustre parfaitement ce que je voulais signaler. Le 2 novembre dernier une championne de tennis chinoise, Peng Shuai a accusé sur le réseau chinois Weibo l’ancien vice-premier ministre Zhang Gaoli de l’avoir violée. Son message a très vite disparu et on n’a plus aucune nouvelle de la championne, dont personne ne sait où elle se trouve. Mieux : si l’on tape sur l’internet chinois son nom, voire même le mot tennis, on n’obtient aucun résultat. Et le fait de mettre son nom dans un message entraîne la suspension de votre compte.

J’écris dans mon livre qu’en Chine «on n’envoie pas nécessairement les gens dans des camps, mais on peut chercher à mettre des barbelés autour de leur tête ». Et je n’imaginais pas que les autorités chinoises me donneraient à ce  point raison.

Merci qui ? Merci Xi Jinping. Et lisez mon livre.


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fleche14 novembre: Vive Brassens!

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Pour la dernière fois de l’année je pense, j’ai donné une conférence sur Brassens, vendredi à Sète. C’était cette fois-ci dans le cadre d’une journée « Liberté, Libertés », et je suis intervenu sur le thème « Politiquement correct, cancel culture… Brassens aurait-il pu débuter aujourd’hui ? ».  Et j’ai bien sûr écouté mes collègues avec intérêt. L’un, musicologue, a étudié dans le détail les tonalités et les structures harmoniques dans l’œuvre du Sétois. Tonalités : les deux tiers de ses chansons sont, par ordre décroissant, en ré majeur, si mineur, la majeur, la mineur et do majeur… Les structurent harmoniques : la ré, comme dans Gare au Gorille, mi la ré, anatole…, le tout donnant une sorte de signature stylistique. Il y a là le début d’analyses qui pourraient être productive, par exemple en croisant ces données avec la diachronie pour voir par exemple si, dans le temps, Brassens n’a pas de chanson en chanson complexifié  ses harmonies.

 Un autre, faisant peut-être du Lacan sans le savoir, voyait dans un syntagme comme vous élever au pinacle une évocation de l’érection (élever) et du sexe masculin (pine), évocation multipliée (dans La religieuse) turlupinent, épines, opinent, ou encore de la masturbation (branlent du chef)…  Dans cette chanson, Brassens ne fait pas (il le faisait pourtant souvent) ressortir par des coupes syllabiques ou par le temps fort d’une mesure ces sens subliminaux. Et l’on peut songer au maître en la matière, Boby Lapointe, qui par exemple dans sa chanson bien nommée Comprend qui peut, faisait apparaître des sexes à foison : « Il sait de quoi j'ai envie, Il n'est pas si bête, il sait que c'est de son vi- (vit) -goureux corps d'athlèt' », « Je pose ma main sur son gros bras que m'arrive-t-il » (braquemart), « J'aime son heu (nœud) reux  caractère »      c'est comme s'il avait devi ( deux vits) c'dont j'ai envie », « j'dirais même qu'il a si vi (six vits) goureux appétit, que je jurerais parfois qu'il a divi- (dix vits) qu’il  a divinement fait tout ce qu'il faut faire », etc.

Bref, en écoutant tout cela je me disais plusieurs choses. En particulier, que Brassens, un homme simple, n’aurait sans doute pas imaginé que quarante ans après sa mort on puisse se penche sur son  œuvre avec de tels apparats critiques ou de telles analyses universitaires. En aurait-il ri ou été content ? Cela l’aurait-il amusé ou emmerdé ? Nul ne saurait le dire. En outre, cette année 2021, centième anniversaire de sa naissance, a véritablement été en France une « année Brassens », et je m’en réjouis : presse écrite, radios, télévisions, tous les media lui ont accordé une énorme place. En comparaison, on n’a pas parlé en 2013 de Charles Trent (né en 1913), ni en 2016 de Léo Ferré ( né en 1916).  Nous verrons en 2029 si le centenaire de la naissance de Jacques Brel (1929) sera évoqué, mais cela souligne le statut très particulier de Brassens. Tirant à boulets rouges sur la société « bien-pensante », sur la police, la religion, « les gens qui voient de travers », ceux qui « n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux », homophobe, parfois misogyne , il aurait en ces temps de politiquement correct tout pour déplaire mais échappe à la vindicte ou au lynchage médiatique. Et c’est salutaire.

Je l'ai écrit ici fin octobre, Brassens comme Barthes nous ont légué les moyens de déconstruire le prêt-à-penser, une boîte à outils pour lutter contre la bêtise.

En bref, vive Brassens. Au sens premier de cette expression : qu’il vive longtemps encore.

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fleche10 novembre: Lavilliers, un crooner qui dynamite

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Début 2019, Bernard Lavilliers s’envolait pour Buenos Aires. Il ne connaissait pas l’Argentine et partait, comme à son habitude, le nez au nez, oreilles ouvertes, comme un grand reporter musical et politique. Et il rencontra, encore comme à son habitudes, des gens de toutes sortes et de tous milieux. A son retour il m’avait dit avoir mis en place quelques chansons, avec des musiciens locaux. Et puis est venue la pandémie. Impossible de retourner sur place, d’y poursuivre le travail. Le disque qu’il vient de sortir, Sous un soleil énorme, est le résultat de ces conditions : travail à distance avec les musiciens argentins pour certaines chansons, observation de la France confinée, de l’islamisme et de la mort de Samuel Paty, collaboration avec un jeune duo stéphanois, Terrenoire…

Cela donne un disque pluriel, branché sur le présent, sur le voyage et revenant aux racines. Les racines : Saint-Etienne, sa ville natale, qu’il avait déjà chantée en 1975 (« on n’est pas d’un pays mais on est d’une ville.. ») et qu’il évoque à nouveau de façon plus douce (Je tiens d’elle). Le présent : Beautiful days (« jamais élus, toujours choisis, c’est le règle des petits marquis… »). Et surtout, en ouverture de l’album, Le cœur du monde (« on attend la prochaine, la dernière, la certaine, la guerre économique, au fond, c’est pas sérieux, faudra bien que ça saigne… »). Et puis, en bonne place, Buenos Aires (Les porteños sont fatigués, Le piéton de Buenos Aires). Et, cerise sur le gâteau et clin d’œil aux amis, la reprise de Who Killed Daey Moore ?, une chanson de Bob Dylan de 1963 (souvent chantée sur scène, mais qui ne figurera sur un disque qu’en 1991) relatant la mort d’un boxeur. C’est la version française de  Graeme Allwright, Qui a tué Davy Moore ?, qui est ici reprise avec Izia, Hervé, Gaétan Roussel et… Eric Cantona.

On ne sait jamais ce qu’il faut admirer le plus chez Lavilliers : ses musiques, ses textes, sa présence sur scène, sa fidélité à des principes politiques au sens le plus large ? Mais ce qui frappe surtout sur ce disque, c’est le décalage entre des thèmes forts, parfois insupportables et sa voix. Il chante une violence et une révolte à peine contenues avec sa voix -admirable- de quasi crooner. Un crooner qui interroge, qui critique, qui dévoile, qui dynamite. On ne saurait être plus efficace dans la chanson.

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fleche8 novembre: ATLAS, RECIT, NAVIRE, LIBAN

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Je viens de passer deux jours à Arles, invité par ATLAS, une association de promotion de la traduction  littéraire qui a créé dans cette ville le CITL,  collège international des traducteurs littéraires. Un ensemble complexe, qui accueille en résidence des traducteurs professionnels venus du monde entier et organise divers ateliers. Et, chaque année depuis trente-huit ans, ATLAS réunit à Arles les Assises de la traduction littéraire.

J’y étais donc invité pour donner une conférence, et je m’attendais à y trouver une sorte de syndicat de traducteurs, défendant leurs droits, leurs tarifs… J’avais tout faux. Plusieurs centaines de traducteurs littéraires s’y réunissent pour échanger, s’écouter, écouter des voix venues d’autres disciplines. Lorsqu’on est, comme moi, habitué à des réunions dans lesquelles s’expriment surtout des linguistes, l’expérience est très enrichissante. J’y ai certes retrouvé un linguiste (Nicolas Tournadre) ou un philosophe (Patrice Maniglier) mais j’ai surtout discuté avec des traducteurs parfois en même temps romanciers, dont certains s’amusent parfois rient d’histoires drôles… de traductions. Agnès Desarthe par exemple m’a raconté qu’une amie avait reçu un mail d’un admirateur japonais qui se déclarait son « plus grand ventilateur au Japon ». Cherchant à écrire un français châtié, il avait bien sûr considéré fan comme un anglicisme et en avait cherché la bonne traduction…

Mais revenant à ATLAS. Partant de l’idée qu’un traducteur littéraire traduit non pas une langue mais une œuvre, non pas le grec ancien mais L’Illiade par exemple, l’association ATLAS considère que le traducteur porte sur les épaules, comme Atlas portait le monde, je les cite :  « la voute où sont accrochées les étoiles -penseurs, poètes, romanciers, essayistes- qui éclairent depuis des siècles notre vivre-ensemble et façonnent nos sociétés». L’association est membre du RECIT (Réseau européen des centres de internationaux des traducteurs littéraires) et j’ai entendu lors de ces journées la présentation d’un projet d’aide aux migrants traversant la Méditerranée à l’aide d’un bateau nommé Avenir. ATLAS, RECIT, j’aime bien ces sigles qui veulent en même temps faire du sens, tout comme le jeu sur les anagrammes, NAVIRE, AVENIR. Et sur la route du retour, écoutant à la radio une émission sur la situation au Liban, je me suis dit que ce pays n’arriverait décidément pas à faire son bilan : LIBAN BILAN.

Ca n’a rien à voir avec ce qui précède ? Je sais, mais il faut bien trouver une chute.

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Octobre 2021

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fleche27  octobre: Brassens aujourd'hui

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Cela n’a pas pu vous échapper si vous vivez en France : nous célébrons cette année le centième anniversaire de la naissance (et le quarantième de la mort) de Georges Brassens. Devenu une idole, il est aujourd’hui adulé, échappant aux foudres du politiquement correct, lui qui fut interdit sur les chaînes nationales pendant longtemps (il ne devint « fréquentable » aux yeux de la censure qu’après La chanson pour l’Auvergnat). S’il débutait aujourd’hui, il attirerait sans doute  les foudres des syndicats de policiers, des religions, des féministes, des anciens combattants, des homosexuels… Mais non, il est désormais intouchable, et c’est heureux. Enfin, presqu’intouchable. Une série d’articles publiés par Médiapart avec pour titre global « Brassens pris aux mots » en témoigne.  Le troisième papier par exemple  Les copains d’abord ou l’abdication politique ») déclarait « S’il n’a jamais capitulé avec l’antimilitarisme, celui-ci a fini par justifier l’inertie passée comme présente : l’attentisme sous l’Occupation, puis le désengagement intégral ». Et la quatrième,  Misogynie guère à part, phallocratie galopante ») poursuivait sur la même voie bêtasse : «Notre série s’attaque pour finir à un sacré travers : la représentation des femmes véhiculée par les chansons de Georges Brassens. Le sexisme, dénoncé par des féministes, ne fait pas un pli chez le poète »…. Cet acharnement nous montre que Brassens ne peut pas être dépassé s’il suscite encore ce genre d’attaques.

Brassens a croisé ma vie il ya plus de soixante ans. Je suis né en Tunisie, où j’ai vécu dix-huit ans, et j’y ai découvert Brassens dans la première moitié des années 1950. Il critiquait ou ridiculisait tout ce que je détestais : l’armée, les bien-pensants, la religion, la police… Avec le recul, je pense à la seconde de mes grandes découvertes, en France cette fois-ci et au tout début des années 1960, celle des Mythologies de Roland Barthes. Et même si la comparaison pourrait surprendre, je trouve que certaines des chansons de Brassens sont des petites mythologie « à la Barthes », une critique sociale féroce, une façon de décortiquer avec le style, la manière, des choses qui semblent aller de so et qui sont des condensés des idéologies quotidiennes. La société est bavarde, elle dit beaucoup d’elle-même dans les signes qu’elle émet. Et Le bistrot ou Les croquants par exemple, côté Brassens, Le bifteck et les frites ou Dominici côté Barthes, nous aident à lire ces petites idéologues quotidiennes.  Peut-on être plus moderne ? Finalement, ce qu’il y a de moderne chez lui, c’est qu’il nous a légué les moyens de déconstruire le prêt-à-penser, une boîte à outils pour lutter contre la bêtise.

Ayant écrit sa biographie, je suis très sollicité cette année pour des conférences, des articles. Télérama m’a encore interrogé sur lui cette semaine. Et j’ai reçu il y a deux jours un mail me félicitant pour mon émission sur France Culture. Un peu surpris, car je n’avais pas participé à une telle émission, j’ai fait des recherches…En fait il s’agissait de la rediffusion d’une émission enregistrée  en 2006. Et, quinze ans après, je suis toujours d’accord avec moi-même. Voici le lien :
https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/louis-jean-calvet-ce-qui-est-frappant-chez-brassens-c-est-sa-facon-de-defiger-des-formules-figees


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fleche19  octobre: A quelle heure votez-vous?

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Dans une interview donnée à l’hebdomadaire L’Obs, Jean Luc Mélenchon a eu une curieuse formule, qui témoigne d'une étrange conception de la sociologie électorale. A propos de ce qu’il appelle une « classe moyenne supérieure » qu’il ne définit d’ailleurs pas, il déclare en effet :

« Il y a des jours ou cette classe se lève zemmourienne, puis elle déjeune jadotiste et se couche mélenchoniste ».

Qu’a-t-il voulu dire ? Qu’il y a des gens qui, chaque matin, sont prêts à voter Zemmour, puis Jadot à l’heure du déjeuner et Mélenchon le soir ? Qu’on peut donc (ou que certains peuvent) hésiter entre Zemmour,  Jadot et Mélenchon ? Que l’heure de la journée à une influence sur les opinions politiques ? Que la fraicheur du matin pousse vers Zemmour et la fatigue du soir vers lui ? Et quelle est cette « classe moyenne supérieure » aux opinions si fluctuante ?  Là, Mélenchon est d’une grande approximation sociologique puisqu’il ajoute immédiatement « le centre gauche est l’incarnation de cette hésitation ». Le centre gauche hésiterait donc, selon l’heure de la journée, entre Zemmour, Jadot et Mélenchon. L’éventail entre ces trois choix et si large qu’on aimerait savoir sur quelles données, quel sondage, Mélenchon peut se fonder pour affirmer qu’il existe une telle versatilité dans les intentions de vote.

Quoiqu’il en soit, l’avenir du candidat, qui affirme d’ailleurs qu’il va être élu, reposerait donc en partie sur une question toute bête : à quelle heure votent les gens ? Ou à quelle heure se couchent-ils ? Et les choses se compliquent encore plus lorsque l’on sait que les bureaux de vote ne ferment pas à la même heure dans toutes les villes…

Bref, si vous voulez avoir une idée des opinions politiques de vos voisins, posez-leur tout simplement cette question : A quelle heure votez-vous ?

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fleche14 octobre: Mirages

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Edouard Philippe a donc créé un nouveau parti, Horizons. Au fait, savez-vous qu’il existe en France plus de cinq cents partis politiques, qui tous doivent se débrouiller pour gratter, ici et là, quelques subventions… Mais là n’est pas la question. Horizons donc est sur les rails. Mais que signifie ce  mot ? Et pourquoi l’avoir choisi comme nom de ce nouveau parti ? En voici trois définitions.

Selon de dictionnaire Littré : « ligne circulaire, variable en chaque lieu, où le ciel et la terre semblent se joindre »

Selon le dictionnaire Larousse : « ligne imaginaire circulaire dont l’observateur est le centre et où le ciel et la terre (ou la mer) semblent se confondre »

Selon le Petit Robert « limite circulaire de la vue, pour un observateur qui en est le centre »

Une ligne circulaire donc, imaginaire et dépendant de l’observateur qui se trouve en son centre. Ajoutons que l’horizon s’éloigne sans cesse, au fur à mesure qu’on croit s’en approcher. Et résumons-nous : l’horizon n’existe pas, c’est une illusion optique, essentiellement produit par un ego, celui d’un observateur. Autant dire que le but d’Edouard Philippe et de son nouveau parti sera difficile à atteindre : les différentes définitions ci-dessus l’assimilent à un mirage.

Et puisque nous sommes dans la plaisanterie. Il existe depuis de longues années un feuilleton télévisé quotidien qui se passe à Marseille. Son titre : Plus belle la vie. Au vu de ce qui vient de se passer dans cette ville, conjonction d’une inondation et d’une grève des éboueurs, cette beauté apparaît comme un autre mirage. A l’heure où il est fréquent de débaptiser,  nous pourrions l’appeler Poubelle la vile.

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fleche8 octobre: Ministères, appel au peuple

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Ca y est : Un sondage vient de donner Eric Zemmour comme dépassant Marine Le Pen et accédant au second tour de l’élection présidentielle. Nous sommes d’accord, des sondages effectués six mois avant une élection, alors que ni Macron ni Zemmour ne sont officiellement candidat, n’a aucun sens. Mais sait-on jamais…

Alors je vous propose d’aider ce pauvre Zemmour, car si certains soulignent qu’il n’a pas vraiment de programme, personne ne se demande comment il pourrait constituer un gouvernement. Alors je fais appel à votre imagination. Il s’agit à la fois de trouver qui pourrait occuper des ministères classiques mais aussi d’imaginer de  nouveaux ministères et leurs titulaires. Je commence, mais je compte sur votre collaboration pour compléter le tableau.

Donc, je verrais bien Didier Raoult ministre de la santé (mais on pourrait aussi penser à Bolsonaro, s’il est au chômage d’ici quelques mois), Michel Onfray à la culture. Mais il faut aussi penser à intégrer Eric Ciotti : député des Alpes Maritimes, il pourrait être ministre du troisième âge. Du côté des nouveautés, il faudrait penser à un ministre de la réhabilitation, chargé de redorer l’image de Pétain, Bonaparte ou Vercingétorix. Et pourquoi pas un ministère des jeunes filles ? Ici, Gabriel Matzneff serait un bon candidat. Mais il y a encore du boulot pour compléter cette fine équipe. En particulier : qui serait premier ministre ? Alors, je compte sur vous.


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fleche7 octobre: Sarkozy critique d'art... et truqueur d'infos

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Mardi soir, Nicolas Sarkozy était invité à l’émission C’à vous  de la cinquième chaîne de télévision à l’occasion de la parution d’un livre sur ses goûts artistiques. En matière d’art, je n’attends pas l’avis de Sarkozy, mais je l’écoute, pour des raisons presque professionnelle. Il déroulait un effet son histoire comme un discours appris par cœur : « j’ai toujours aimé l’art, sans art il n’y a pas de vie… », révélant même que tout jeune il était tombé en admiration devant Les joueurs de cartes  de Cézanne, précisant qu’il l’avait vu  ce tableau représenté sur un timbre-poste et qu’il avait eu l’envie d’être le troisième à la table de jeu. Il y a peut-être mieux que le format timbre-poste pour admirer un tableau, mais enfin, il nous donne la preuve qu’il sait compter jusqu’à trois, qu’il fait la différence entre deux et trois, lui qui ne distingue pas entre vingt ou quarante millions d’euros de frais de campagne électorale.

Évidemment, les journalistes l’interrogent sur sa récente condamnation. Là-aussi il déroule un discours préparé, impartialité, injustice, contradiction, bref, il est innocent.

Et l’on passe au rapport sur la pédophilie dans l’église catholique, Sarkozy exprime son dégoût, le journaliste dit que le pic de ces agressions sexuelles se situe entre 1950 et 1970, puis qu’il y a eu une lente diminution (ce qui s’explique en partie par la diminution du nombre de petits séminaires) mais Sarkozy corrige, l’air sûr de lui : « non, c’est un peu plus tard ». Tiens, il a déjà lu les 3.000 pages d’un rapport qui vient de sortir ? En fait, là-aussi il avait ses éléments de langage : la faute à mai 68, à un passage d’un livre de Cohn-Bendit , en 1975, à une couverture de Libération sur la sexualité des enfants. Bref, il connaissait ses arguments sur le bout des doigts. Sauf qu’il fallait, pour les rendre plausibles, une augmentation de la pédophilie après 1968. Alors il suffisait d’affirmer que le journaliste, ou le rapport s’étaient trompés sur les dates, et que lui, Sarkozy, savait. Cela s’appelle de la désinformation, du truquage, ou du mensonge, au choix…

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fleche3 octobre: Il y a appel et appels

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Pour commencer, une petite notation sémantique. Dans La Provence d’hier je lis que la grève des éboueurs a trouvé une solution. Laquelle ? Le journal n’en dit rien, mais il rappelle l’origine du conflit : « le passage aux 35 heures ». Souvenez-vous, c’était entre 2.000 et 2.002, lorsque le gouvernement Jospin avait fait voter une loi diminuant le temps de travail hebdomadaire, qui passait de 39 à 35 heures. Ne vous indignez pas ! Les éboueurs de la région marseillaise n’étaient pas restés à 39 heures. En fait, ce « passage aux 35 heures » est un passage en sens inverse, le point de départ n’étant pas 39 heures mais 28.

Je vous laisse méditer sur cette subtilité sémantique, pour en venir à autre chose. Nicolas Sarkozy a été condamné à un an de prison ferme dans ce qu’on a appelé l’affaire Bygmalion, le truquage de ses comptes de campagne en 2012. Et pas un petit truquage : il avait dépassé de 20 millions d’euros la somme permise par la loi… Quelques mois auparavant, il avait déjà été condamné dans une autre affaire, dite « des écoutes téléphoniques ». Et dans quelques mois il sera de nouveau jugé pour des soupçons de financement illicite de sa campagne de 2007. Nous avons donc un ancien président de la république qui, comme un mafieux, communiquait avec son avocat grâce à des téléphones sous pseudonymes, qui a doublé la somme autorisée pour une campagne présidentielle à l’aide de fausses facturations (sur ces deux points il n’y a pas de contestation) et qui a peut-être financé une autre campagne avec de l’argent étranger. Bien sûr, comme un seul homme, la droite s’indigne, exprime son soutien à Sarkozy et accuse la justice de partialité. Ca ne vous rappelle rien ? La même droite, Sarkozy en tête, défendait les Balkany, aujourd’hui condamnés de façon définitive pour blanchiment de fraude fiscale. Bien sûr encore, Sarkozy est présumé innocent puisqu’il a fait appel pour ces deux condamnations, et s’il est une troisième fois condamné il fera une troisième fois appel. Ca fait beaucoup ! Et ça ne fait pas très chic dans un curriculum vitae.

A propos d’appels, ça me rappelle que Sarkozy est issu un parti (enfin de plusieurs partis, puisqu’il a plusieurs fois changé de nom : UNR, UDR, RPR, UMP, PR) se réclamant du gaullisme. Ca vous rappelle quelque chose ? Gaullisme.. de Gaulle… appel du 18 juin.

Mais les appels de Sarkozy n’ont pas la même grandeur….

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Septembre 2021


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fleche28 septembre: Légitimisation

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Faut-il débattre avec Zemmour ? J’ai écrit ici même (le 16 septembre) que les media déroulaient devant lui un tapis rouge, mais les politiques doivent-ils débattre avec lui ? Ce qui est sûr, c’est que Mélenchon l’a fait. Ce qui est également  sûr, c’est que quelques semaines auparavant, ses partisans se bouchaient le nez : « Parler avec Zemmour ? Pouah ! », et qu’aujourd’hui les mêmes partisans applaudissent leur leader de l’avoir fait. Rien de nouveau sous le soleil du culte de la personnalité.

Pour ma part, j’ai été frappé par le contraste sémiologique entre les deux hommes. Si vous aviez coupé le son (je l’ai fait quelques minutes) vous auriez eu un spectacle intéressant. D’un côté Mélenchon sourcilleux, penché sur ses notes, de nombreuses feuilles de papier devant lui, perdant à un moment son stylo et le cherchant avant qu’on lui signale qu’il était tombé sous la table, de l’autre Zemmour souriant, les mains dans les poches, sans aucune note, l’air très à l’aise…

Qu’est-ce que ce débat a apporté ? J’ai écrit « débat » mais plus qu’à un débat nous avons assisté à deux monologues, avec les mêmes tics de langage que d’habitude (laissez-moi parler, je ne vous ai pas interrompu, je n’ai pas terminé…) et, parfois, un concours de références historiques, chacun voulant prouver qu’il était aussi cultivé que l’autre. Par ailleurs nous n’avons pas appris grand-chose: Zemmour est bien le facho raciste que nous savions, Mélenchon est bien le vieux un peu usé qui mène peut-être la campagne présidentielle de trop.

Chaque bord, le mélenchoniste et le zemmourien, revendiquera bien entendu que son porte-parole a « gagné ». Gagné quoi ? Les sondages nous diront peut-être que la grande perdante est Marine Le Pen, Zemmour (mais il n’est pas encore candidat) lui piquant des intentions de vote, que la cote de Mélenchon est restée stable ou que Zemmour a gagné en visibilité. Mais il était déjà très visible et s’il a gagné quelque chose, c’est Mélenchon qui le lui a offert : il l’a introduit dans la catégorie des politiques avec lesquels on peut discuter, intronisé dans la fonction de candidat fréquentable. En d’autres termes, il l’a légitimisé.


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fleche26 septembre: Le temps ne fait rien à l'affaire...

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Comme vous le savez sans doute, Georges Brassens est né il y a un siècle. Sa ville natale, Sète, est donc le lieu de nombreuses commémorations et rencontres. J’y suis allé la semaine dernière pour un mini-colloque (« le temps chez GB »), j’y retournerai en novembre pour traiter d’un autre thème (« GB pourrait-il débuter aujourd’hui ? ») et je viens de tomber sur des textes qui, hélas, répondent en partie à cette question. Il s’agit de quatre articles publiés sur le site de Médiapart avec pour titre global « Brassens pris aux mots ». Je ne vais pas vous les résumer (vous pouvez aller les lire » mais simplement vous en donner les titres et les petits textes mis en exergue de chacun d’entre eux.

Pour le premier (« Brassens : le dernier des troubadours ») : «Comment Georges Brassens (1921-1981) se tissa, de chanson en chanson, un cocon tutélaire et fécond un passé recomposé, un Moyen Âge perfectionné. De là, il faisait la nique au XXe siècle, juché sur les épaules de Paul Fort et François Villon ».

Pour le suivant (« Les sain(t)s principes brasséniens ») :

«L’anarchisme de Georges Brassens, évolutif, n’eut rien d’une assignation à résidence idéologique. Ses chansons font figure de labyrinthe, où la piste chrétienne mène à tout sauf à Rome. D’où notre p’tite expédition herméneutique ».

Pour le troisième («Les copains d’abord ou l’abdication politique ») : « Le temps aurait-il raison des idéaux ? Brassens l’a du moins vécu et chanté. S’il n’a jamais capitulé avec l’antimilitarisme, celui-ci a fini par justifier l’inertie passée comme présente : l’attentisme sous l’Occupation, puis le désengagement intégral ».

Enfin, pour le quatrième («Misogynie guère à part, phallocratie galopante ») : «Notre série s’attaque pour finir à un sacré travers : la représentation des femmes véhiculée par les chansons de Georges Brassens. Le sexisme, dénoncé par des féministes, ne fait pas un pli chez le poète ».

Faut-il commenter ? L’auteur s’amusant, dans ses deux derniers textes, à citer deux des chansons de Brassens (Les copains d’abord et Misogynie à part) je m’amuserai simplement à en citer une troisième : Le temps ne fait rien à l’affaire…L Vous connaissez la suite.


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fleche16 septembre: Effet Zemmour ou effet des media?

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Tout d’abord une omission : Dans mon billet précédent j’ai oublié de citer la réponse d’une cliente, une « dame » qui, alors que le garçon lui demandait son passe, a lancé : « Ca me fait grave chier ! ». C’était pour ceux qui s’intéressent aux formes contemporaines de la langue française.

Mais ce qui peut nous faire « grave chier » par les temps qui courent, c’est l’omniprésence d’Eric Zemmour dans les media. Ira ? Ira pas ? Tous feignent de se questionner et le questionnent, questionnent ses amis, l’invitent, invitent ses amis, et du coup déroulent devant lui un tapis rouge. Lui lance chaque jour ou presque des provocations) (ou des ballons d’essai ? ): pour la peine de mort, contre les prénoms étrangers, contre l’immigration, contre l’Europe, contre les musulmans… Et il profite de la sortie prochaine de son nouveau livre pour organiser une longue séries de déplacements à travers la France, campagne promotionnelle qui semble devoir ressembler à une pré-campagne électorale. On a d’ailleurs appris que son livre était « déjà réédité », alors qu’il n’était pas encore en librairie. Bref, il fait sa pub un peu partout et déverse des lieux communs racistes ou antisociaux face auxquels les journalistes font semblant de prendre des pincettes ou de se boucher le nez, alors qu’ils lui facilitent la tâche. Je ne suis pas vraiment de ceux qui applaudissent les déclarations d’Alain Finkielkraut, mais je l’ai entendu dire que « Zemmour est la punition du politiquement correct ». Et c’est assez vrai. En effet le peut-être futur candidat saute à pieds joints sur des thèmes que les partis traditionnels, Rassemblement National, Parti Socialiste, la France Insoumise, Parti Républicain, et même les partis qui n’existent pas vraiment, comme la République en marche, n’osent pas aborder parce qu’ils n’y ont pas réfléchi, n’ont aucune réponse ou n’osent pas les aborder. Et Zemmour en profite pour apporter, lui, ses réponses, celles que Jean-Marie Le Pen aurait apportées, les pires. Son discours est faisandé, il pue la rancœur, la nostalgie d’une France qui n’existe plus.

J’oubliais : son nouveau livre s’intitule La France n’a pas dit son dernier mot, et comme il se prend pour la France, on risque de l’entendre pendant quelques temps proposer ses derniers maux… Enfin, rendez-vous au 17 novembre (oui, ce jour-là il sera entendu par un tribunal pour des propos tenus en 2020 sur CNews, un des media de monsieur Bolloré). Il aura d’ici-là vendu beaucoup de livres, signé beaucoup de dédicaces. Reste à obtenir la signature de 500 élus, s’il veut vraiment se présenter à l’élection présidentielle.

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fleche12 septembre: Façons de dire

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Depuis la mise en place du passe sanitaire, ou du passe vaccinal, comme vous voudrez, je tends l’oreille chaque fois que je me trouve dans un lieu où ce QR code est nécessaire. Comment les responsables demandent-ils ce sésame qui ouvre leur porte ? Il y a bien sûr certaines techniques organisationnelles : à l’entrée des cinémas par exemple, où une personne se tient à l’entrée, avec sa machine à vérifier que vous pouvez accéder au guichet de vente des billets. Cela peut se faire « à la muette », en silence : aucun mot n’est nécessaire pour vous faire comprendre qu’il faut exhiber votre passe. Même technique dans un bistrot dont tous les accès à une immense terrasse sont fermés, sauf un, où se tient la personne qui contrôle. Tout le monde comprends.

Mais le plus souvent, on demande le passe, et il y a alors diverses façons de dire. Dans un restaurant, j’ai noté une technique simple. Le garçon accueille les clients d’une voix suave : « Bonjour, installez-vous, je vais chercher la carte, le temps que vous prépariez votre passe ». Bien joué ! Mais, le plus souvent, j’ai noté la même courte phrase : « Vous avez votre passe ? ». Ceux qui ont lu Constantin Stanislavski (La formation de l’acteur), théoricien du théâtre qui a marqué aussi bien Bertolt Brecht ou Jerzy Grotowski que les fondateurs de L’Actor Studio de New York, ceux qui l’ont lu, donc, savent qu’il y a des tas de façons de prononcer cette phrase, de la plus rogue à la plus aimable. La question évolue sur un large spectre, entre l’agressivité et le  plus grand naturel. Pour mieux étudier ces variations, il faudrait bien sûr les enregistrer et les étudier dans un laboratoire, en analyser les phonogrammes. Si cela vous intéresse, je vous laisse le faire.

Reste la réaction des clients. Au début, juste après le discours de Macron du 12 juillet, j’ai noté quelques résistances. Par exemple cinq personnes arrivent au restaurant, l’une d’entre elles n’a pas de passe et les clients tentent d’argumenter. Ou alors une personne sans passe le prend de haut, invoque sa liberté. Là aussi le comportement du garçon est variable. Le plus efficace : « Si j’ai une vérification de la police, le patron aura une amende de 15.000 euros et je risque de perdre ma place ». Le plus violent: « si vous insistez, j’appelle la police ». Mais ces incidents sont désormais rares, comme si la majorité des gens avait accepté cette contrainte, ou s’était résignée à ne pas aller au restaurant ou au bistrot.

Ah oui ! Il me faut ajouter une dernière notation. Hier après-midi, à la terrasse d’un grand café sur le Cours Mirabeau, à Aix-en-Provence, personne ne m’a rien demandé et, pendant l’heure que j’y ai passée, personne n’a rien demandé à personne. Petits coquins !

Voilà, c’était une brève sociolinguistique de l’ordinaire.

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fleche1er septembre: Vous êtes riche ? Votez Worth !

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  Eric Woerth, ancien ministre du budget, puis du travail, de François Fillon, avait il y a quelques années était soupçonné, avec Nicolas Sarkozy, d’avoir participé au racket de Liliane Bettencourt. Et il avait lancé à un journaliste quelque chose comme « Est-ce j’ai la tête de quelqu’un qui rançonne une vieille dame ? ». M’aurait-il posé la question (hypothèse plus qu’improbable) que je lui aurais répondu en gros : vous faites appel à une impression, à un sentiment, en bref à rien de rationnel, et comme je n’ai aucun moyen rationnel ni aucune information policière pour vous répondre, je vous donnez donc mon impression : oui, vous avez la tête de quelqu’un qui pourrait rançonner une vieille dame… Mais passons aux chose sérieuses.


Le même Woerth, actuellement président de la commission des finances, vient de faire une étrange proposition : ouvrir une réflexion sur la possibilité de donner aux propriétaires de résidences secondaires la possibilité de voter deux fois, sur leurs deux lieux de résidence. On peut imaginer que celui qui possède deux, trois ou quatre résidences secondaires pourrait donc voter trois, quatre ou cinq fois. Voilà une idée qu’elle est bonne ! Il y a cependant une petite difficulté. Imaginons que je réside à Paris (dans le 16ème arrondissement, bien sûr), que je possède un chalet à Megève, une villa en Corse et une autre à Saint-Barthélemy ou à Tahiti, comme puis-je, même avec mon jet privé, aller voter le même jour en ces différents lieux ? Bien sûr, il y a la possibilités de voter par correspondance, mais cela va me ruiner en timbres. Je pourrais donner une procuration aux domestiques qui s’occupent de mes résidences. Mais ils risquent de voter à gauche.

Woerth justifie sa proposition de deux façons. En expliquant tout d’abord qu’elle serait un remède à l’abstention, ce qui est totalement baroque. Et en ajoutant que les propriétaires de résidences secondaires sont les seuls à payer une taxe d’habitation, ce qui n’est pas tout à fait vrai, mais qu’importe. Et il ajoute que cela permettrait de «renforcer la démocratie» en faisant «évoluer nos modes de participation». On croit rêver ! Certains ont protesté, bien sûr, arguant que cela permettrait « aux plus riches de voter deux fois». D’autres l’ont pris sur le mode humoristique: «Bonne idée ça, on pourrait aussi retirer le droit de vote aux jeunes et aux locataires pendant qu’on y est.» Ou ont demandé si, avec un piscine, ça comptait triple » ?

Pour ma part je soupçonne Woerth de lancer un ballon d’essai pour pouvoir ensuite faire baisser les taxes des propriétaires de résidences secondaires, ces pauvres gens martyrisés par le fisc, et qui en général votent à droite.

Cela va de soi, les multipropriétaires sont rarement pauvres. Alors, si vous êtes riches, votez Woerth !

Il n’est pas candidat ? Merde alors !


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Août 2021


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fleche27 août: Rajeunissement

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Les présidents africains ont souvent du mal à quitter le pouvoir. Lorsque la constitution limite le nombre de mandats, ils changent le texte, ou passent outre et s’imposent, ou encore trouvent de bonnes raisons pour ne pas organiser d’élection… La liste serait longue de ces bienfaiteurs du peuple que les textes constitutionnels empêchent de poursuivre leur tâche altruiste et qui, à contre cœur, se dévouent quand même.

 Yoweri Muséveni  n’a pas eu ce problème. Président de l’Ouganda depuis 1986 (trente-cinq ans tout de même) il est atteint par la limite d’âge : à 78 ans, il est obligé de prendre sa retraite car la Constitution du pays indique que les candidats à la fonction suprême ne doivent pas avoir plus de 74 ans. Mais le peuple ougandais est radieux, Alléluia !  Grâce à l’aide du clergé, Muséveni vient d’apprendre qu’il y avait eu une erreur dans son acte de naissance : non pas 1943 mais 1947 . Il pourra donc de nouveau se présenter démocratiquement aux suffrages. Et si Dieu lui prête vie, il pourrait, on ne sait jamais, rajeunir encore avant la prochaine échéance électorale.

Qui dit mieux ? Poutine est nettement battu dans le concours mondial des arrangements avec la Constitution. Un dicton populaire dit qu’on a l’âge de ses artères, il semblerait en l’occurrence qu’on ait plutôt l’âge de ses magouilles.

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fleche12 août: Propos de terrasse

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Dimanche dernier, la veille de l’entrée en vigueur du passe vaccinal, deux hommes installés à la terrasse de mon bistrot habituel échangeaient. Le premier, gonflant métaphoriquement ses muscles (ou ce qu’il en restait) : « Moi, à 75 ans, personne ne me forcera à me faire vacciner. Qu’ils viennent, ils verront ! ». L’autre, à peu près du même âge : « Chez moi, personne n’est vacciné. Interdit ! » Et ils finirent en concluant : « Moi j’attends le vaccin Sanofi ! ». « Moi aussi ! ». Ce nationalisme vaccinal m’a fait sourire. Le vaccin Sanofi (boite pharmaceutique française), c’est un peu l’Arlésienne du milieu médical. Nul ne sait quand il arrivera, ou même s’il arrivera, nul ne peut donc savoir s’il sera plus ou moins efficace, et le patron de ce labo a même lancé un appel ; « N’attendez pas pour vous faire vacciner ».  Mais mes deux voisins de bistrot eux, étaient sûr d’eux : « Moi j’attends le vaccin Sanofi ! »

Le lendemain, l’un d’entre eux vint au bistrot. La garçon lui demanda s’il avait un passe, non bien sûr, il n’en avait pas, mais il obtint tout de même un café dans un verre en carton, à condition de ne pas s’asseoir et de le boire dans la rue. Depuis, je ne l’ai plus vu. Un peu plus tard un couple s’installe. « Vous avez votre passe ? » demande le garçon. « Oui, bien sûr, nous arrivons de Paris et nous avons  notre passe ». Petits sourires entendus : Ah ! Des Parisiens ! Je ne vois pas très bien le rapport entre le fait d’être parisien et celui d’avoir un passe vaccinal, mais la réaction de la clientèle tenait à une autre forme de nationalisme, régional celui-ci. Et j’en ai recueilli hier une autre manifestation. Hier un groupe parlait de l’arrivée du footballeur argentin Messi au Paris Saint-Germain, comme on sait entreprise qatarie au sein de la capitale française (et, par parenthèses, tête de pont du capitalisme sportif). Le PSG est la bête noire des supporters de l’OM (Olympique de Marseille), et tout ce qui est bon pour ce club parisien est évidemment honni. Commentaires, donc : « Ils nous emmerdent, ils ne parlent que de Messi et du Covid ». Par « ils », bien sûr, il faut entendre les media. C’est vrai, pourquoi ne parlent-ils pas de chose plus proche des gens, le pastis, l’OM, la pétanque ? En attendant de parler du merveilleux vaccin Sanofi, qui ne manquera pas de venir et de détrôner  tous ces vaccins étrangers…

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fleche6 août: La  liberté des crétins

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Ceux qui ont en charge aujourd’hui la santé publique, ministres, sous-ministres, épidémiologistes, médecins, urgentistes, etc., pratiquent un remarquable autocensure face aux anti vaccin ou anti passe sanitaire. Il faut, disent-ils, être pédagogue, les comprendre, leur expliquer, les convaincre… Les convaincre ! Les dizaines de milliers de gens qui manifestent chaque samedi ont, lorsqu’on les écoute, un discours verrouillé, cadenassé, dans lequel il est impossible de rentrer : ils sont imperméables au raisonnement, à l’argumentation, ils récitent tous la même chose. N’étant responsable de rien, c’est-à-dire n’étant tenu à aucune obligation de réserve, à aucune langue de bois, je peux me permettre d’appeler un chat un chat et un crétin un crétin.

Et ces crétins réclament la liberté ! Quelle liberté ? L’usage abusif de ce mot est de plus en plus répandu : la liberté de rouler à la vitesse que l’on désire, la liberté de posséder des armes à feu, la liberté de faire des rodéo en scooter et d’emmerder les piétons, la liberté de jeter son mégot par la fenêtre et de déclencher un incendie, la liberté de rouler sans permis ? Je vous laisse compléter cette liste…Et il serait dictatorial ou liberticide de demander aux gens de se faire vacciner, de se protéger et de protéger les autres ?

Car si quelqu’un attente à la liberté de tous, c’est bien ces crétins. Nous avons vécu des mois de confinement, donc des mois de privation d’une partie de notre liberté de déplacement. Et les vaccins nous ont tirés de cette situation, enfin presque. Si la quatrième vague dont on parle advenait, notre liberté pourrait de nouveau être limitée. Par qui ? Par ceux qui, au nom de leur liberté, c’est-à-dire de leur égoïsme, de leur individualisme, de leur obscurantisme, refusent toute solidarité.

Depuis le discours de Macron, le nombre de vaccinations augmente. Mais ce qui augmente surtout, ce sont les queues devant les pharmacies ou les laboratoires de ceux qui viennent se faire tester, gratuitement bien sûr, avant d’aller en boite de nuit ou dans une teuf. Et ils recommencent chaque semaine. Au nom de leur liberté ? Liberté chérie…. Pour paraphraser John Kennedy Toole, l’auteur de La conjuration des imbéciles, nous voilà face à une conjuration des crétins. Une infime minorité, certes, mais dans laquelle on trouve pourtant des membres du personnel sanitaire, dont le rôle est de soigner et non pas de transmettre le virus. On y trouve aussi, et c’est toute autre chose, des politiques qui chevauchent ces crétins pour leurs intérêts électoraux : Plorian Philippot, ou encore Nicolas Dupont-Aignan. Et d’autres, à l’extrême gauche, qui ménagent la chèvre et le chou, mais invoquent aussi la liberté, encore elle. Bref, tous ceux qui tentent de tirer mes marrons de cette flambée de crétins. Nous vivons une époque formidable. Et vive la liberté !

 

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Juillet 2021

 

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fleche27 juillet: Je suis un déliquant sexuel

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Je suis très fier car je viens de recevoir un message personnel de Christian Rodriguez, directeur général de la gendarmerie nationale. Bon, son contenu n’est pas agréable, car cet honorable fonctionnaire et ses services ont découvert que j’étais un délinquant sexuel qui devait être poursuivi pour pédopornographie et détournement de mineur. Mais tout de même, c’est classieux de recevoir un mail d’un si important personnage. Vous le lirez ci-dessous. Un petit détail, cependant : les adresses mail de cette administration se terminent toutes par @interieur.gouv.fr et celui-ci se termine par outlook.fr. Je suppose que si j’avais répondu, ont m’aurait proposé de transiger pour ne pas être poursuivi…
 

DIRECTION GÉNÉRALE DE LA GENDARMERIE NATIONALE

Je suis Mr Christian RODRIGUEZ, directeur général de la gendarmerie nationale. Je vous contacte peu après une saisie informatique de cyber-infiltration (Autorisée, notamment en matière de pédopornographie, site pornographique, cyber pornographie, pour vous informer que vous faites l'objet de plusieurs poursuites judiciaires en vigueur :

* LA PÉDOPORNOGRAPHIE

* SITE PORNOGRAPHIQUE

* CYBER PORNOGRAPHIE

* DÉTOURNEMENT DE MINEURS

Vous êtes prié de vous faire entendre par mail en nous écrivant vos justifications afin qu'elles soient mises en examen et vérifiées de sorte à évaluer les sanctions ; cela dans un délai strict de 72 heures. Passé ce délai, nous nous verrons dans l'obligation de transmettre notre rapport à Mme Maryvonne CAILLIBOTTE, substitute du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Versailles et spécialiste de cybercriminalité pour établir un mandat d'arrêt à votre encontre, et vous serez fiché comme délinquant sexuel. 

Votre dossier sera également transmis aux médias pour une diffusion où votre famille, vos proches et toute l'Europe entière verront ce que vous faites devant votre ordinateur.

Maintenant vous êtes avertis. 

Cordialement,

 

 Mr Christian RODRIGUEZ  

Directeur général de la gendarmerie nationale.

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DIRECTION CENTRALE DE LA GENDARMERIE

BRIGADE DE PROTECTION DES MINEURS

Adresse : 4 rue Claude-Bernard 92130 Issy-les-Moulineau

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fleche25 juillet: Communication avec un robot

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La communication est peut-être l’un des liens sociaux les plus importants. Deux êtres humains utilisant le même code (c’est préférable si l’on veut se comprendre) s’écoutent, tentent de se comprendre, discutent, soupèsent les arguments de l’autre, cherchent des réponses ou s’en foutent et parlent d’autre chose. Sauf lorsque la communication est truquée. Il est sans doute trop tôt pour évaluer sérieusement ce  que l’intelligence artificielle apportera (ou enlèvera) à la communication humaine, mais quelques exemples peuvent nous aider à y réfléchir. Je donne ci-dessous un échange de SMS entre un ami, Philippe, qui me les as transmis, et le service après-vente d’Engie, le groupe énergétique français né de la fusion entre Suez et Gaz de France. Cette fusion a-t-elle fait sauter quelques neurones dans le service après-vente de l’entreprise ? Ou a-t-elle fait disparaître son personnel (cela s’appelle un « plan social », bel euphémisme), remplacé par des machines imbéciles. Quoi qu’il en soit, mais je vous en laisse juge, les SMS d’Engie me rappellent un peu les « arguments » des antivaccins, récitant inlassablement le même discours sans même entendre ce qu’on leur répond.

Premier SMS d’Engie :  ENGIE vous remercie de votre récent appel. Répondez 5 si vous êtes très satisfait, 4 assez, 3 moyennement, 2 peu, 1 insatisfait. Prenez bien soin de vous.

Réponse : 5

SMS d’Engie:  Une note c'est bien... mais un commentaire c'est encore mieux ! Dites-nous tout. SMS non surtaxé

Réponse : Eh bien il y en assez des services clientèles intrusifs. J'ai le droit d'être très satisfait d'un service et de ne pas le faire savoir. Maintenant on ne peut plus rien acheter sans se faire sonder. Il y en a ras le bol de la dictature de la culture client. 

SMS d’Engie:  Sur une échelle de 0 à 10, dans quelle mesure recommanderiez-vous ENGIE à votre entourage ? Non surtaxé.

Réponse : Eh robot tu les lis les SMS que tu reçois ?

SMS d’Engie: La réponse doit être entre 0 et 10. 0 signifie que vous ne recommanderiez pas du tout et 10 tout à fait. Non surtaxé

Réponse : Finalement à force de savoir si le client est satisfait tu le rends mécontent. Et maintenant alors que tu aurais dû avoir un 10 tu vas écoper d'un 0. 

SMS d’Engie: Nous vous remercions pour le temps que vous nous avez accordé.

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fleche23 juillet:Le président des chiens

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Comme tout un chacun peut s’en rendre compte en lisant la presse ou en écoutant les media audiovisuels, le Parti Républicain se cherche un candidat pour la prochaine élection présidentielle, mais se déchire sur la façon de le choisir : primaire, sondage ? Les écolos se déchirent aussi mais semblent d’accord sur le principe d’une primaire. Dans ma grande mansuétude, je voudrais mettre à leur disposition à tous, pour alimenter leurs réflexions, le conte suivant (que j’emprunte à Henri Gougaud).

On raconte que l’espèce canine décida un jour de se donner un chef, ou un roi, ou un président. Mais comment le choisir ? Après des discussion désordonnées, des conflits, des engueulades, les batailles d’égo (les candidats étaient nombreux) il fut décidé de créer une commission canine de réflexion sur le mode de nomination d’un président canin. Au bout d’une longue procédure, la décision tomba : on choisirait pour la fonction suprême le chien qui aurait, sous la queue, la meilleure odeur. C’était il y a longtemps, et les canins n’ont toujours pas trouvé le chef idéal. C’est pourquoi vous pouvez voir partout dans le monde des chiens qui, lorsqu’ils se rencontrent, se sentent le cul.

J’espère sincèrement que les républicains tireront profit de ma contribution désintéressée . Et si certains se sentent offensés, j’ajouterai que l’ironie est toujours un pari sur l’intelligence de l’autre, mais que l’on peut parfois perdre son pari.

 

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fleche14 juillet: Macro, micro et sans cerveaux

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On se dit parfois que certains ne réagissent qu’à la menace du fouet. Après l’annonce faite par Macron que la vaccination serait peut-être obligatoire pour tous, qu’un passe vaccinal serait nécessaire pour accéder à divers manifestations culturelles ou pour aller au restaurant, et que les tests (dit de « convenance ») deviendraient payants, on a assisté à deux types de réactions. D’une part, tout le monde a pu l’entendre, les seuls groupes politiques à l’Assemblée Nationale à avoir considéré ces décisions comme « liberticides » sont le Rassemblement Nationale et la France Insoumise. D’autre part nous avons appris que subitement plus de deux millions de Français avaient pris rendez-vous pour se faire vacciner. Tiens donc ! Après plus de six mois de refus la simple menace d’avoir à payer les tests ou de se voir refuser l’accès à certains lieux les a soudain convaincus. La peur du fouet ? De la fessée ?

Certes, les chiffres ne  sont que des chiffres. Et les statistiques nous paraissent toujours lointaines. Ah bon, 43% disent penser ceci et 51% cela ? Mais nous ne connaissons pas ces gens, et ces informations d’ordre macroscopique nous paraissent théoriques. Ce matin, la jeune femme (elle doit avoir entre 30 ou 40 ans) à qui j’achète les journaux et mon tabac, avait mal au bras. « Qu’est-ce qui vous arrive ? ». « J’ai été vaccinée hier ». « Ah bon ! C’est à cause de… ». « Oui, s’il faut payer les tests quand on veut aller au restaurant ou au théâtre… » (Par parenthèse, je doute fort qu’elle aille au théâtre). Et voilà qu’une information d’ordre micro vient donner corps aux statistiques. Ils existent bien, ceux qui ont peur du fouet.

Conclusion ? Ces gens-là, appelons-les des indécis (mais d’autres diraient des tarés, des antivax ou des complotistes) changent subitement d’opinion devant la menace du fouet. Ou pour être plus précis devant l’obligation d’avoir à payer les tests (qui, encore par parenthèse, coûtent plus cher aux finances publiques que le vaccin) qu’ils se font faire chaque fois qu’ils en ont envie plutôt que de se faire vacciner.  Ils ne se préoccupent pas de pouvoir attraper la maladie, ou d’être contagieux et de risquer de la transmettre à d’autres, ils pensent seulement qu’ils ne veulent pas payer des tests.

Que disait-il, de Gaulle ? Ah oui, « les Français sont des veaux ». C’était un peu exagéré. Disons que certains français (Combien ? Reportez-vous aux statistiques et enquêtez ensuite autour de vous) peuvent être des sans-cerveaux et devenir des fléaux. Tiens ! Je ne l’ai pas fait exprès, je cherchais une rime, mais en tapant ce dernier mot je me rends compte qu’il n’est pas éloigné du fouet


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fleche12 juillet: Antivax

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Dans le Canard enchaîné un dessin présentant une femme qui déclare : « Ma mère a été vaccinée et comme par hasard le lendemain sa voiture est tombée en panne et elle a perdu ses lunettes. Alors qu’on ne vienne pas me dire que ce vaccin est inoffensif ».

On dit que la réalité dépasse la fiction. Si cela est vrai, à quoi nous attendre ?

 

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fleche8 juillet 2021: Galéjade marseillaise ?

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Beer, cerveja, cerveza, birra, bref la bière. En quelque langue que vous cherchiez, vous en trouverez toujours la même définition : une boisson alcoolisée obtenue par la fermentation de végétaux comme l’orge, le riz, le manioc, la banane, le maïs, le mil, etc. On peut faire de la bière avec beaucoup de choses, mais pas avec de la chloroquine. D’ailleurs, précisons-le, la bière ne protège pas du paludisme, au contraire de la chloroquine, qui d’ailleurs, elle, ne désaltère pas. Où veux-je en venir ? A ceci. Hier, en faisant des courses dans un supermarché, je suis tombé sur un étalage de bouteilles sur lesquelles s’affichait la tête de Didier Raoult. Il s’agissait de bières, trois variétés de bières (blanche, blonde et ambrée), portant le doux nom de Chloroquine Dundee. Vous avez saisi l’allusion à Crocodile Dundee, le chasseur de crocodiles. Il s’agit donc d’une bière, une bière artisanale, dont la publicité précise que le marque « reprend le surnom donné au Professeur en Afrique, son pays d’origine, et par le personnel de l’IHU à Marseille », et que « le clin d’œil au célèbre film » est un détournement « pour la bonne cause ». Nous voilà rassurés. On lit ailleurs qu’il s’agit d’un « hommage à notre célèbre défenseur national de la chloroquine ». Bigre ! Encore une galéjade marseillaise ? En fait cette bière est brassée dans l’Hérault, et je ne sais pas quelle est la part marseillaise dans cette initiative. Mais il est évident qu’on ne peut pas lancer un produit avec la tête d’un quidam en effigie sans son accord. En outre, il y a sans doute pas mal d’argent dans cette opération : l’étalage que j’ai vu hier était énorme et en tête de gondole. On connaît la politique des supermarchés en la matière. Reste un problème sémantique. Crocodile Dundee était un personnage qui traquait les sauriens et les tuait à main nue. Chloroquine Dundee, alias Raoult, voudrait-il se débarasser de C18H26ClN3 (c’est la formule de l’antipaludique) qui a gravement entaché sa réputation scientifique ?

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Juin 2021

 

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fleche30 juin: Chronique de la connerie ordinaire, suite

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Selon une professeure à l’Université du Connecticut et chercheuse au CNRS, la gastronomie française serait raciste : « Les habitudes alimentaires sont façonnées par les normes des classes moyennes supérieures blanches (…) La blanchité alimentaire renforce la blanchité comme identité raciale dominante » (je trouve cette citation dans le Canard enchaîné). Comme on voit, l’Université du Connecticut et le CNRS sont à la pointe de la recherche ! Effectivement, les habitudes alimentaires françaises n’ont pas été façonnées par des paysans vietnamiens ou chinois, des planteurs de coton africains ou des indiens quichuas des Andes. Je ne sais pas s’il faut le regretter, mais je sais surtout qu’il ne pouvait pas en être autrement. Cette professeure et chercheuse mérite d’évidence une promotion pour avoir découvert le fil à couper le beurre. Mais elle devrait poursuivre son raisonnement jusqu’au bout en dénonçant toutes les cuisines du monde pour leur racisme… Elle pourrait aussi élargir son champ de recherche. Les « classes moyennes supérieures blanches » vont, en France, manger du couscous dans des restaurants maghrébins, du canard laqué ou du riz cantonnais dans des restaurants asiatiques, et l’on dit même que certains vont consommer du poulet yassa dans des restaurants africains. En analysant ces directions de recherche que je lui signale de façon confraternelle, elle verrait que les habitudes alimentaires françaises sont non seulement racistes mais aussi colonialistes. On dit merci qui ?

 

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fleche29 juin: Chronique de la connerie ordinaire

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Sans doute connaissez-vous ce poème de Jacques Prévert : Je suis allé au marché aux oiseaux Et j’ai acheté des oiseaux Pour toi Mon amour Je suis allé au marché aux fleurs Et j’ai acheté des fleurs Pour toi, Mon amour Je suis allé au marché à la ferraille Et j’ai acheté des chaînes Pour toi mon amour Et puis je suis allé au marché aux esclaves Et je t’ai cherchée Mais je ne t’ai pas trouvée, Mon amour. Un ami québécois m’écrit que « le wokisme ne cesse de faire des progrès de ce côté-ci de l’Atlantique » et qu’on « vient de s’en prendre à un poème de Prévert (qui comme tout le monde sait, était raciste) ». Une enseignante de Toronto faisant un cours d’immersion en langue française a envoyé à ses auditeurs le poème ci-dessus et l’une des étudiantes a porté plainte, au motif qu’elle a été choquée par ce texte raciste. On cite le soir sur une chaîne de télé le nom de l’enseignante et l’étudiante témoigne, mais anonymisée. L’enseignante est suspendue, puis reçoit une sanction disciplinaire et enfin la menace d’être licenciée si une telle chose se reproduisait. Vous ne rêvez pas et pouvez d’ailleurs aller à la source et vérifier par vous-mêmes: https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/610281/ils-ont-ose). Bêtise, ignorance des responsables ? Certes. Mais la chose est beaucoup plus grave. Il n’y a pas de différence de nature entre une imbécile qui, voyant du racisme dans un poème de Prévert, parvient à faire sanctionner une enseignante et une petite menteuse qui, prétendant avoir assisté à un cours, entraîne la mort du professeur d’histoire Samuel Paty. Et guère de différence entre tout cela et l’inquisition. Lors du siège de Béziers, en 1208, le chef de la croisade, Arnaud Amaury, aurait déclaré : « Tuez-les tous, dieu reconnaîtra les sens ». Et nous y revoilà.

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fleche9 juin: Petite pause

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Disons deux petites semaines de pause. Nous nous retrouverons après les élections.

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