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Décembre 2020


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 fleche30 décembre 2020 : Les gauches, la laïcité, les idées

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Une division traverse la gauche (ou les gauches) : quelle conception de la laïcité devons-nous défendre ? Et, pourquoi le cacher, cette question est posée, ou nous est imposée, par l’islam. L’usage de ce dernier mot est d’ailleurs une partie du problème. On nous rabâche sans cesse  qu’il ne faut pas confondre islam et islamisme, ou musulmans et intégristes, air connu qui semble frappé au coin du bon sens, mais qui découle peut-être, justement, de la notion de laïcité elle-même. Elle est à dimensions variables, et on le voit dans les pratiques de certains responsables politiques. Certains, par calcul ou par naïveté, font des concessions, passent des accords, par exemples sur des horaires de piscine réservés aux femmes, ou sur le port du voile, en espérant y gagner des voix, là où d’autres sont intraitables. Certains, par calcul ou par aveuglement, participent à des manifestations dans lesquelles on scande Allah akbar là où d’autres s’y refusent. Certains croient voir dans l’islam la religion des nouveaux damnés de la terre là où d’autres y voient une forme de fascisme.

Mais, semble-t-il, bien peu s’interrogent sur ce qui se passe en face. A la mi-novembre, le Président de la république avait réuni 8 des 9 fédérations membres du Conseil français du culte musulman (CFCM), qui toutes d’étaient engagées à rédiger une « charte des valeurs » affirmant leur respect des principes et des lois de la République. Depuis lors, rien n’est venu. En fait, 3 des fédérations, en particulier celle qui est contrôlé par la Turquie, ont refusé un passage du texte qui avait été élaboré par le président du CFCM. Ce passage, le voici :

Par islam politique, la présente charte désigne les courants politiques et/ou idéologiques appelés communément : wahhabisme, salafisme, doctrine des frères musulmans, et plus généralement  toute mouvance locale, transnationale ou internationale qui vise à utiliser l’islam afin d’asseoir une doctrine politique, notamment parmi celles qui fustigent la démocratie, la laïcité, l’égalité entre les femmes et les hommes ou qui fait la promotion de l’homophobie, de la misogynie, de l’antisémitisme, de la haine religieuse et plus généralement toute idée ou pensée qui contesterait, directement ou indirectement, les principes fondamentaux énoncés dans la Déclaration universelle  des droits de l’homme.

Je sais, ce passage est un peu long, mais relisez-le tout de même avec soin car il constitue un portrait en creux de ce que pensent certains représentants des musulmans. D’autres passages ont d’ailleurs été refusés, l’un qui affirmait « ne pas qualifier l’apostasie de crime ni stigmatiser celles ou ceux qui renoncent à une religion », l’autre qui soulignait « l’importance de l’école laïque publique » et disait qu’ « aucune autorité religieuse ne peut remettre en question des méthodes pédagogiques». 

La gauche est donc divisée sur la laïcité, mais on aimerait bien savoir ce que ses différents courants pense de cette « contre-laïcité » qui s’affirme dans le refus des passages ci-dessus. En fait, je n’ai jamais entendu le moindre écho de discussions sur ce point. Ce qui pourrait laisser penser que les différents courants de la gauche n’ont pas d’idées sur ces points, ou en ont mais ne veulent pas en discuter.

En fait le problème n’est pas que la gauche soit divisée mais plutôt qu’elle n’a pas d’idées, sur ce point comme sur beaucoup d’autres. Soyons juste, la droite de son côté n’en a guère. Quant aux macronnistes, ils les  ont toutes à la fois, c’est-à-dire qu’ils n’en ont pas non plus. Nous voilà bien partis…

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fleche26 décembre 2020 : Parité

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Je suis peut-être mal informé, mais j’ai l’impression que, parmi les différents mouvements féministes qui, à juste titre, luttent pour la parité ou, de façon plus discutable, pour des quota, négligent un domaine dans lequel les hommes sont largement majoritaires. Selon un rapport de l’Observatoire national de la délinquance et de la réponse pénale, sur 100 personnes mises en cause pour un délit ou pour un crime, il n’y a que 14 femmes, et celles-ci ne représentent que 3,6%  de la population carcérale en France alors qu’elles constituent  la moitié de la population.

Injustice ? Il y a bien sûr plusieurs interprétations possibles à ces chiffres. La première serait que les femmes respectent plus la loi que les hommes, qu’il y a plus de voleurs que de voleuses, de griveleurs que de griveleuses, de maquereaux que de maquerelles, etc. . La deuxième serait que la police soupçonne plus facilement les hommes, ce qui serait une forme de discrimination. Mais pourquoi s’il y a 14% de femmes mise en cause, seulement 3,6% se retrouvent en prison ? La troisième interprétation serait alors que les tribunaux seraient plus cléments envers les femmes, ce qui serait une autre forme de discrimination. N’est-il pas temps de se lever contre ce scandale?

D’autant plus que ces questions ont également des retombées sur un autre domaine de lutte, celui de la féminisation des noms de métiers. Pourquoi, par exemple, n’y a-t-il pas de  féminin pour escroc ou assassin? Pourquoi tortionnaire et exhibitionniste sont-ils épicène ? Les femmes ne mériteraient-elles leurs propres appellations ?

Si je parle de tout cela, c’est que la presse locale s’est étonnée d’un fait récent : on a arrêté une jeune fille qui vendait de la drogue  (ecstasy, cannabis, kétamine…) devant un lycée d’Aix-en-Provence. Le titre de La Provence est d’ailleurs révélateur : Stupéfiants : le dealer était une femme. Pourquoi ne pas l’appeler dealeuse ? N’est-il pas scandaleux de lui imposer un nom de métier masculin ? Bref, encore une fois, les hommes dictent leur loi.

Il est cependant une autre façon, plus positive,  de voir les choses.  « L’avenir de l’homme est la femme », a écrit Aragon, vers que Jean Ferrat a transformé en « la femme est l’avenir de l’homme ». Dans les deux cas le poète, qui a toujours raison, nous offre peut-être une solution au problème de la surpopulation carcérale. Rétablir la parité. A condition de ne pas raisonner en pourcentage mais en chiffres absolus : ramener le nombre d’hommes emprisonnés au niveau de celui des femmes. Voilà une idée qu’elle est bonne… Je ne suis pas sûr, cependant, qu’elle plaise à tout le monde. La parité dans tous les domaines ? Les hommes aimeraient-il la parité chez les femmes de ménage ? Et les femmes chez les balayeurs de rues ou les ramasseurs de poubelles ?

Pour finir, on prête à Pierre Desproges cette formule : « on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui ». J’ajouterais volontiers : « pas avec ceux (ou celles ?) qui n’ont pas le sens de l’humour »…

 

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fleche22 décembre 2020 : Alertez les parents!

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Lorsque j’étais gamin j’avais l’habitude de m’asseoir par terre derrière le comptoir de la librairie de mes grands-parents, et de puiser dans les piles de journaux qui étaient là en réserve. Je lisais de tout, Spirou, Tintin, le Corriere dei Piccoli en italien, une revue américaine que je trouvais luxueuse, Life, parfois, lorsque les vendeuses ne me regardaient pas, Paris-Hollywood, un journal un peu porno qui fournissait des lunettes spéciales pour voir en relief les rondeurs féminines en photos, bref, je n’avais aucune censure. Enfin presque… Je n’avais pas le droit de lire Vaillant, qui était pourtant un hebdomadaire pour enfant, oui, mais un hebdomadaire communiste. D’ailleurs il me semble que mes grands-parents ne vendaient pas le journal L’Humanité qui, sitôt arrivé, partait vers les invendus. Censure politique.

Dans Vaillant il y avait les aventures de Pif le chien, qui était né en 1948 dans L’Humanité, avait ensuite migré vers Vaillant  et l’avait finalement piraté : le journal s’appellera Pif Gadget.

Mais les lecteurs de la presse du PC, même celle pour enfants, auront la même destinée que ses électeurs. Pif Gadget disparaîtra lentement des kiosques.

Et voilà-ty-pas qu’il reparaît !

Le sauveur s’appelle Frédéric Lefèvre. Ca vous dire quelque chose ? Souvenez-vous. Ce proche de Nicolas Sarkozy, qui fut sous-ministre de je ne sais plus quoi mais surtout porte-parole de l’UMP, avait été baptisé par un journaliste « l’aboyeur de Sarkozy », par d’autres « le sniper de l’UMP ». Il était spécialisé dans le mensonge, les approximations sélantiques et la bêtise. Côté mensonge il avait expliqué que des collectifs d’aide aux étrangers étaient responsables de l’incendie d’un centre de rétention. Côté intoxication, il avait proposé une distinction entre dénonciation (des passeurs de migrants) et délation. Côté bêtise enfin, il avait répondu à une enquête sur la lecture que son livre préféré était Zadig et Voltaire….

Bref, ce Frédéric Lefèvre là, oui, c’est le même, relance Pif Gadget en version  trimestrielle. Il semblerait que le gadget du premier numéro soit un pied de sapin, à planter, bien sûr. Mais, farceur comme il est, Frédéric Lefèvre est capable d’y mettre en fait un plant de cannabis ! Ou encore, pervers comme il est, il est capable de faire de la publicité pour des marques de fringues (les gamins adorent) en feignant de parler de littérature ! Il y a urgence : alertez les parents !

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fleche12 décembre 2020 : Quelques arguments pour les imbéciles...

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Nous sommes de plus en plus cernés par des discours sectaires, complotistes, qui reposent à la fois sur la négation de ce que la science a démontré et sur la mise en doute de tout ou rien, le darwinisme, la gravitation et j’en passe. Cela repose sur des démonstrations mal foutues et, surtout, sur l’unanimiste. Des cultes évangéliques dans lesquels on écoute, en transe, les paroles du prédicateur aux conseils d’administration des grandes sociétés dans lesquels personne ne conteste les dires du patron en passant par les comités de rédaction de certaines revues dans lesquels celui ou celle qui a la plus grande pulsion de pouvoir fait passer ses décisions  en faisant croire que tout le monde est d’accord et maître absolu de ses décisions, on impose des positions ou des croyances.

J’ai longtemps considéré tout cela de façon ironique, mais la brebis égarée que j’étais a enfin vu la lumière. Ils ont raison, tous ceux que je considérais comme des charlatans, mais se défendent bien mal. C’est pourquoi j’ai décidé de voler à leur secours.

Tout commence par Descartes  (1596-1650) : on lui attribue la fameuse formule, cogito ergo sum . Et c’est ici que commence une énorme conspiration. Descartes, en effet, a écrit son Discours de la méthode (1637) en français et non pas en latin, à une époque où l’orthographe n’était pas fixée, et on a lu « je pense donc je suis » alors qu’il avait voulu dire « je panse donc je suis ». Il visait les médecins du temps, pseudo scientifiques qui, parce qu’ils posaient des pansements (je panse), considéraient qu’il fallait les suivre dans leurs délires : ceux qui pansent sont des suivistes. C’est à la lumière de cette forte pensée qu’il faut analyser les discours qu’on nous tiennent sur la pandémie, la nécessité de porter un masque, etc…, des médecins (des « panseurs ») de tous bords.

Autre thème bien mal argumenté, celui qui consiste à dire que la terre n’est pas ronde mais plate. On nie les photos de la terre prise par les astronautes, on dit qu’elle sont truquées, mais la langue française, dans sa grande précision, nous donne la meilleure démonstration possible. Non seulement la terre n’est pas ronde mais plate, mais en outre elle est carrée. La preuve : on va aux quatre coins du monde.

Enfin, la lune, où certains prétendent être allés. Ici encore la langue française nous apporte la vérité. On dit «prendre la lune entre ses dents  et, mieux encore, décrocher la lune. La lune est un décor, que l’on peut donc décrocher, et nul besoin de fusées interplanétaires pour s’y rendre, il suffirait d’une très longue échelle pour la décrocher.

Puis finir, une citation réelle celle-ci,  de Frédéric Dard, créateur de l’inoubliable San Antonio : « ne cherche pas à décrocher la une pour l’offrir à une femme, va plutôt chez Cartier ».

 

On dit merci qui ?

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fleche8 décembre 2020 : Souvenirs, souvenirs...

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Il y a quarante ans, je me  trouvais à Brazzaville, au Congo où pendant un mois je donnais des cours et dirigeais des enquêtes sur les langues utilisées sur les différents marchés de la ville. J’ai particulièrement privé d’informations : pas de journaux autres que locaux et, à la télévision, une chaîne locale et l’autre du pays voisin, le Zaïre, où l’on ne voyait pratiquement que Mobutu. Et un matin, en sortant de ma chambre, je vis  sur un chariot plusieurs journaux français que l’occupant de la chambre d’à côté, sans doute arrivé de France la veille où l’avant-veille, avait mis à la poubelle. Je dérobai le tout et descendis, muni de lecture, prendre mon petit-déjeuner.

Et alors ? Et alors, si je me souviens de ce détail, c’est qu’il y avait d’une part à la une du Monde un article que j’avais signé sur le Dictionnaire de français non conventionnel de Jacques Cellard et Alain Rey et, dans le même journal ou un dans autre, je ne sais plus, l’annonce de la mort de John Lennon.

Tous les media en parlent aujourd’hui, et passent en général Imagine, une de ses grandes chansons. Il en est une autre, que je vous conseille d’écouter ou de réécouter. Et si vous ne la connaissez pas en voici, vous vous appâter, le début :

As soon as you're born they make you feel small
By giving you no time instead of it all
Till the pain is so big you feel nothing at all
A working class hero is something to be
A working class hero is something to be

They hurt you at home and they hit you at school
They hate you if you're clever and they despise a fool
Till you're so fucking crazy you can't follow their rules
A working class hero is something to be
A working class hero is something to be

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fleche1er décembre 2020 : Anne Sylvestre, les gens qui doutent

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J’ai, comme tous les gens de ma génération, découvert Anne Sylvestre  à la fin des années 1950 (Les Cathédrales) et au tout début des années 1960 (Mon mari est parti). Puis, en 1964, alors qu’à Nice je m’occupais des activités culturelles de l’UNEF, j’avais organisé un spectacle dont elle était la vedette, avec en première partie Romain Bouteille. Elle chantait alors surtout dans les cabarets parisiens, puis sa carrière prit de l’ampleur, avec d’autres petites merveilles, Comment je m’appelle, La femme du vent, Mon mari est parti, Eléonore…  Je la voyais souvent, avec plaisir, d’autant plus qu’elle était très amie avec la chanteuse québécoise Pauline Julien, sur laquelle j’avais écrit un petit livre. Elle chantait alors des textes « féministes » (elle avait été féministe bien avant l’’apparition des mouvements du même nom), sur l’avortement (Non, tu n’as pas de nom), la dénonciation du viol (Douce maison), l’amitié entre femmes (Frangines), le droit de vieillir (Marie-géographie). Son malheur fut peut-être alors le succès de ses Fabulettes, des chansons pour enfants, qui éclipsèrent  un peu le reste de son œuvre. Mais elle continuait à enregistrer, à se produire sur scène, un peu oubliée par les média.

Anne Sylvestre est morte hier. La plus belle de ses chansons, ou la plus caractéristique, est pourmoi Les gens qui doutent : J’aime les gens qui doutent, les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer, J'aime les gens qui disent et qui se contredisent et sans se dénoncer,  J'aime les gens qui tremblent, que parfois ils ne semblent capables de juger, J'aime les gens qui passent moitié dans leurs godasses et moitié à côté, J'aime leur petite chanson, Même s'ils passent pour des cons...

On peut l’écouter sur un disque intitulé Favourite songs, enregistré en 2OO7,  interprétée par Vincent Delerm, Jeanne Cherhal et Albin  de la Simone. Elle est d’ailleurs en bonne compagnie, entre Votre fille a vingt ans (Moustaki) Les cerfs-volants (Benjamin Biolay), Au pays de merveilles de Juliet (Yves Simon) ou Y’a d’la rumba dans l’air (Alain Souchon). En famille, en quelque sorte.


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Novembre 2020

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fleche28 novembre 2020 : Corporatismes

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La France, pays des droits de l’homme. Le France dont le président donne des leçons à la Hongrie, à la Pologne, à la Chine, à la Corée du Nord, à je ne sais qui encore… Et sa police se comporte de la même façon que celle de ces pays. En quelques jours, sur la place de la République et dans un studio d’enregistrement dans le 17ème arrondissement de Paris, elle nous donne une image de ses pratiques à faire vomi. Inutile d’insister sur ce que ces images ont d’insupportable, toute la presse, même celle de droite, s’y emploie. Cela tombe bien mal pour le gouvernement en général et le ministre de l’intérieur en particulier, qui défendent une loi tendant à interdire de filmer la police en action. Son aspect liberticide est évident, plus encore lorsqu’on se rend compte que sans la caméra de surveillance du studio, les caméras des journalistes ou les téléphone portables des voisins, nous n’aurions aucune image de ces deux évènements. Le ministre de l’intérieur, dont j’ai récemment écrit qu’il était un clone de Sarkozy, se comporte comme ceux qui l’ont précédé. Passons sur la vulgarité populiste de Darmanin (des policiers qui « déconnent ») pour souligner le principal : selon lui la police est propre, elle ne comporte que quelques rares mauvais éléments. Donc inutile de réfléchir sur ses problèmes structurels, sur la formation de ses membres, sur la compétence de ses chefs. Et lui-même se comporte  comme la majorité des ministres de l’intérieur qui l’ont précédé. J’écrivais il y a quelques mois, ici même, à propos de Castaner, que le ministre de l’intérieur est le ministre de tutelle de la police, qu’il  doit la contrôler, exercer sur elle son autorité, qu’il n’est pas « le premier des flics » ni leur soutien, mais un homme politique qui doit leur imposer le respect de la loi, faire prévaloir l’intérêt public. Nous savions, depuis la démission fracassante de Nicolas Hulot, que les lobbyistes étaient comme chez eux dans les couloirs de l’Elysée. Les policiers, ou leurs syndicats, n’ont pas besoin de se chercher des lobbyistes, ils en ont un, le ministre de l’intérieur. En fait, il réagit de façon corporatiste, défendant par principe ceux qu’il devrait contrôler.

A propos de corporatisme, il vient de se passer quelque chose de peu banal. Le président de la république a mis en place il y a un an et demi une commission chargée de faire un rapport sur ce qui s’est passé au Rwanda au début des années 1990, lors du massacre des Tutsis. Parmi les membres de la commission, une certaine Julie d’Andurain, historienne, professeure d’Université depuis trois ans, dont on vient de se rendre compte qu’elle avait des liens très forts avec l’armée, qu’elle avait enseigné à l’école de guerre et, surtout, qu’elle avait publié en 2018 dans un Dictionnaire des opérations extérieures de l’armée française un article blanchissant totalement la dite armée, sans beaucoup de discernement ni, semble-t-il, de respect des sources. Sa thèse : il y a e un massacre entre Tutsis et Hutusi, et un seul génocidaire, l’actuel président du Rwanda, Kagamé, l’armée française n’y a joué aucun rôle. En bref, des propos que beaucoup considèrent comme « négationnistes ». C’est le Canard enchaîné qui, fin octobre, a levé le lièvre.  Aussitôt madame d’Andurain crie au lynchage médiatique et obtient le soutien de quatre organisations d’historiens (parmi lesquelles la Société Française d’histoire des outre-mers et l’Association des historiens de l’enseignement supérieur et de la recherche) qui fustigent une «campagne calomnieuse » dont elle est victime. Trois d’entre elles se sont, depuis, désolidarisées et ont retiré leur soutien à leur collègue. Mais il demeure que ces « honorables » associations l’ont d’abord défendue, sans prendre connaissance du dossier. Ce qui est tout de même étonnant chez des universitaires chercheurs et historiens. Mais, contrairement à Darmanin, aucun d'entre eux na dit que l'historienne déconnait.

Ce corporatisme universitaire me mène à cette question à mille euros : y a-t-il des différences entre le corporatisme de la police, porté par le ministre de l’intérieur, et le corporatisme de certains universitaires, porté par des sociétés savantes ?

 

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fleche27 novembre 2020 : Dis-moi quelles langues tu parles et je te dirai...

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Ce matin sur France Inter, comme tous les derniers vendredis de chaque mois, « le rendez-vous de la médiatrice ». Des auditeurs téléphonent, formulent en général des critiques, et on leur répond. Aujourd’hui, le premier  sujet était les élections américaines : Pourquoi l’élection américaine a-t-elle eue une telle couverture médiatique ?Pourquoi en parler tant ? Américanolâtrie ? Et surtout : trop de commentaires pro Joe Biden, France Inter est-elle la succursale du parti démocrate ? Les journalistes ont-ils oublié d’être neutres ?

Le journaliste Franck Mathevon explique que « ce qui se joue aux EU nous concerne tous », que la chaîne a abordé ces élections de différents points de vue, interrogé différentes tendances politiques, des gens des deux camps, puis il ajoute que, pour ce qui concerne les invités,  les universitaires américains sont en général plutôt démocrates et que, de façon générale les spécialiste américains qui parlent français sont plutôt démocrates.

Il est vrai qu’inviter quelqu’un qui parle français et plus commode que d’avoir recours à un interprète. Mais ce que dit Mathevon pose une autre question : y a-t-il une corrélation entre le fait de parler français et celui d’être démocrate ? Bien sûr que non, et je suppose que les chaînes espagnoles ont sans doute cherché des gens parlant espagnol, que les chaînes allemandes ont cherché des gens parlant allemand, etc. Je me souviens qu’en janvier 2O15, devant le siège de Charlie Hebdo, un cameraman m’avait bousculé, s’était excusé en espagnol et que, m’entendant lui répondre dans la même langue, la journaliste m’avait interviewé en espagnol. Mais revenons aux EU. Le fait de parler une autre langue que l’anglais, si l’on met à part les émigrés récents, est relativement rare dans la population générale américaine, et peut même être mal vu. Par exemple, un ministre français, reçu au début des années 1990 par le président Bush sénior, s’était rendu compte qu’il parlait parfaitement le français. Mais les conseils en communication du président lui avaient conseillé de ne pas en faire état… Certes, il n’était pas pour autant démocrate, loin s’en faut. Mais on se souvient qu’en 2003, lorsque la France s’était opposée à l’intervention américaine en Irak, les French fries (les « frites frajçaises», en fait leur origine est belge) avaient été rebaptisées Liberty fries ou Freedom fries. Si, à la même époque, c’était l’Allemagne qui avait pris la même position, peut-être les hamburgers seraient-il devenus new yorkers. Encore eût-il fallu  qu’ils soient conscients de l’étymologie de hamburger (Hambourg), ce qui est douteux puisqu’on parle aussi de cheeseburger, le fromage remplaçant le jambon (ham) que l’on croit entendre dans hamburger. Le rapport aux langues, les représentations linguistiques, ne sont pas innocents.

Il serait donc intéressait d’introduire parfois, dans les sondages politiques, une question sur les langues parlées par les sondés et, pour ce qui concerne la France, les langues régionales et les langues étrangères (de migrants ou pas). Avis aux amateurs.

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fleche23 novembre 2020 : Coq ou phénix

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Dans ses Mémoires qui viennent de sortir, Barak Obama n’est pas tendre avec Nicolas Sarkozy. Interrogé sur France 2 par François Busnel, qui lui demande pourquoi il le compare Sarkozy à un "coq nain qui bombe le torse", il répond de façon plus diplomatique "j’ai en fait trouvé que le président Sarkozy était un partenaire important au côté d’Angela Merkel à l’époque où nous traitions beaucoup de questions difficiles et comme je l’ai décrit, Nicolas,c’était quelqu’un qui était constamment en mouvement, qui parlait constamment, qui aimait qu’on fasse attention à lui. Cette énergie et ce charme lorsqu’il était associé à Angela Merkel qui était une personne beaucoup plus sobre, réfléchie, ont fini par composer une bonne combinaison". Qu’en termes choisis cela est dit. Mais peu de gens ont réagi à cette description aviaire, sauf quelques « inconditionnels de chez inconditionnel » comme Brice  Hortefeux ou Nadine Morano. Et d’ailleurs Sarkozy a d’autres problèmes. Aujourd’hui commence normalement un de ses procès, pour corruption et trafic d’influence celui-ci, ce qui n’est pas rien, en attendant celui sur l’affaire Bygmalion.

Depuis des années, Sarkozy ne cesse de critiquer la justice (lorsqu’il était président il avait d’ailleurs comparé les juges à des petits pois rangés les uns à côté des autres dans une boite de conserve), et plus encore aujourd’hui. Alors, face à ces procédures, il joue la montre (comme l’a longuement fait avant lui  son ami Balkany) et pratique ce qu’on a appelé l’envoi cyclique de "cartes postales" : des livres, des déclarations, un réseau de fidèles qui reçoit régulièrement. Certains, à droite, voient en lui le seul homme capable de les sauver et pouvant éventuellement les représenter lors de l’élection présidentielle à venir en 2022.

Nul ne sait bien sûr s’il sera condamné ou si, comme un phénix, cet oiseau mythique, il renaîtra de ses cendres. Mais la droite ne devrait pas s’en inquiéter car elle dispose d’un clone (du coq, du phénix ou des deux, comme vous voudrez) en la personne de l’actuel ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin. Dans la fonction qu’il occupe actuellement, il rappelle furieusement celui qui l’occupa de 2005 à 2007. Après avoir trahi Chirac pour Balladur, puis être revenu vers Chirac, Sarkozy avait occupé ce poste ministériel pour préparer sa candidature à la présidence. Ralliement, trahison, candidature, les voie est tracée…

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fleche21 novembre 2020 : Histoire de bonhomme de neige (ou histoire de cons)

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Mon ami Samir Marzouki vient de mettre en ligne un texte de Jean Charroing, et je ne résiste pas au plaisir de le faire circuler :

Les cons sont partout ! Il neige ! Restons prudemment confinés au lit ! Il a neigé toute la nuit. Ce matin je décide de faire un bonhomme de neige sur le trottoir devant ma maison.

9h 00 , mon bonhomme de neige est terminé. Il a fière allure.

9h 05 : une féministe passe et me demande pourquoi je n’ai pas fait une bonne femme de neige ! Bon !Je fais donc aussi une bonne femme de neige

9h 10 : la femme de ménage du voisin est scandalisée et me traite d’obsédé sexuel, parce que je lui ai fait des seins trop volumineux

9h 15 : au nom de la loi sur l’interdiction de fumer et la lutte contre le tabagisme, on me reproche d’avoir mis une pipe dans la bouche de mon bonhomme de neige. C’est un très mauvais exemple pour les jeunes.

9h 20 : un couple gay me fait remarquer que j’aurais pu faire deux bonhommes de neige

9h 25 : une végétarienne me reproche d’avoir utilisé une carotte pour faire le nez de mon bonhomme ! On ne gaspille pas la nourriture. Et pourquoi des morceaux de charbon pour faire les yeux et les boutons alors qu’il y a des gens qui n’ont pas les moyens de se chauffer.

9h 30 : deux lesbiennes du quartier me demandent pourquoi je n’ai pas fait deux bonnes femmes de neige

9h 35 : on me traite de raciste parce que mon bonhomme et ma bonne femme sont blancs

9h 40 : des Islamistes exigent que je mette un voile à la bonne femme de neige

9h 45 : le voisin rouspète parce que la bonne femme de neige empiète sur son trottoir ! « A Pfulgriesheim les trottoirs sont faits pour le stationnement des voitures et pas pour les piétons ; vous prenez la place de stationnement d’un client potentiel des restaurants ! »

9h 50 : un gauchiste me reproche d’avoir mis un chapeau haut de forme sur la tête du bonhomme ! Le chapeau haut de forme est le symbole de l’aristocratie et du capitalisme

9h 55 : un groupe de Gilets Jaunes veut que je lui mette un gilet jaune. De peur qu’ils cassent tout, je cherche le gilet jaune dans ma voiture et le lui enfile.

10h 00: des collégiens de passage essaient de mettre le feu à mon bonhomme avec leurs briquets : ils ne savent pas que la neige ne brûle pas

10h 05 : le temps de rentrer pour me réchauffer un peu , voilà que mes œuvres de neige se voient taguées avec une couleur verte , sans doute par un écolo du village: NON au GCO (=Contournement Ouest de Strasbourg) ! Je suis plutôt content que mon couple serve de support à ce message.

10h 05 : la Pasteure me fait gentiment remarquer que j’aurais pu faire don à Emaüs du cache-nez en laine que j’ai mis au cou de ma bonne femme de neige. Il y a tant de personnes qui meurent de froid.

11h 00: Les gendarmes de passage exigent que j’enlève le balai des bras du bonhomme. Le manche du balai pourrait servir d’arme.

11h 05 : Le ton monte sérieusement quand je leur réponds qu’ils peuvent se mettre le manche du balai là où je pense

11h 10 : les flics me menottent et me conduisent au commissariat

11h 15 : une équipe de la télé FR3, alertée par je ne sais qui, filme toute la scène qui passe le soir aux infos régionales ! Je suis présenté comme un dangereux terroriste ! Un peu plus tard, sur Facebook, des Djihadistes revendiquent l’opération.

vers 19h 00 , on me relâche avec une convocation chez le juge dans 5 jours.

Tous les chiens du village ont pissé contre mon bonhomme et ma bonne femme de neige qui sont tout jaunes. (comme les gilets)

La morale de cette histoire : il n’y en a pas.

C’est le reflet du monde dans lequel nous vivons.

La prochaine fois qu’il neigera, je reste au lit !

 

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fleche13 novembre 2020 : Citizen Trump

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J’ai toujours eu une grande admiration pour Citizen Kane, à mon avis le meilleur film d’Orson Welles, au montage éblouissant, qui raconte la vie d’un homme d’affaire hors normes, Charles Forster Kane, patron de presse qui tenta mais en vain une carrière politique. Mais il m’avait échappé ce que je lis dans Le Canard enchaîné de cette semaine : Donald Trump aurait souvent déclaré que Citizen Kane était son film préféré.  Vous allez comprendre pourquoi.

Je me souvenais, bien sûr, de la mystérieuse phrase, rosebud, et de Xanadu, le manoir que Charles Kane s’était construit sans parvenir à l’achever. Mais j’avais complètement oublié un « détail ». Lorsque Kane se présente au poste de gouverneur de New York, sa presse le soutient, bien sûr. Et, le jour de l’élection (qu’il perdra) son quotidien, The Inquirer, avait préparé deux « unes ». L’une proclamait Kane élu ! et l’autre Kane battu, fraude aux urnes.

Ce film, qui date de 1940, apparaît rétrospectivement comme le scénario de ce que les Américains vivent aujourd’hui : « je gagnerai, et si je perds c’est qu’ils ont triché ». Trump n’a pas beaucoup d’imagination, mais il a de la mémoire.

 

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fleche10 novembre 2020 : Varia

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Pendant ces derniers jours les média français ont vécu à l’heure de Washington et, en regardant diverses chaînes de télé on a pu recueillir différents slogans, ou des formules portées à bout de bras par des manifestants, We di dit, You are fired, Trump is over… Mais ce qui me frappe le plus c’est que  les soutiens de Trump ont subitement changé » de discours. Ils réclamaient à grands cris qu’on arrête de compter les bulletins, puisque qu’il avait gagné et que selon eux poursuivre le dépouillement était de la triche. Et subitement, ils font un virage à 180 degrés : « Ce n’est pas fini, on n’a pas compté tous les votes », voire Trump votes matter, parodie d’un slogan connu, Black lives matter. Il faudrait savoir ce qu’ils veulent.

Mais bref, en France on commence à passer à autre chose. Mélenchon en profite pour annoncer sa candidature à la prochaine élection présidentielle, ce qui ne surprendra personne, avec cependant « un mais », dit-il. A condition que 150.000 personnes lui donnent leur soutien. 150.000, ce n’est pas beaucoup : au premier tour, en 2017, il avait recueilli plus de sept millions de voix. C’est un mini mini « mais » pour un maxi maxi « moi ».

Enfin, pour le cinquantième anniversaire de sa mort, nous assistons à un phénomène gérontocratique, amnésique ou hémiplégique : tout le monde ou presque se met à honorer la mémoire du général de Gaulle. « Les  morts sont tous des braves type », chantait Brassens. Mais tout de même ! Encenser aujourd’hui celui que nous combattions à l’époque, celui qui manipulait en 1958 pour prendre le pouvoir, dont le pouvoir s’appuya ensuite sur les barbouzes de Service d’Action Civique. Cela manque un peu de pudeur… On a revu l’annonce de sa mort par Pompidou le 9 novembre 1970. J’avais oublié la formule qu’il avait utilisée : « la France est veuve ». La France était donc une femme, et de Gaulle son mari ? Aujourd’hui on dirait plutôt « la France est orpheline », ou « en deuil ». Certaines formules datent, ou porte leur âge. Et un jour, sans doute, « Crève salope » sera également démodé.

 

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fleche8 novembre 2020 : Feuilleton, suite

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Tout d’abord, une autocritique : J’ai été un peu gourmand hier en écrivant que Biden aurait dix millions de voix d’avance… Et les derniers résultats montrent qu’il a regagné des états à domination ouvrière, dans la rust belt.  J’étais trop pessimiste cette-fois.

Ceci dit, le feuilleton n’est pas terminé, il porte maintenant sur l’attitude de Trump.  Enfermé dans son bunker comme un enfant boudeur dans sa chambre, il est capable de tout. D’autant que lui et sa famille pourraient avoir certains ennuis, une fois terminée l’immunité présidentielle : le procureur Cyrus Vance a en effet ouvert contre eux quelques informations judiciaires…

Le feuilleton se poursuit donc. Une armée d’avocats surpayés vont tout tenter pour… pour quoi ? Pour donner un peu d’espoir à Trump afin d’en tirer plus de dollars ? Pour le consoler comme un gros bébé en pleurs ? Nous verrons, mais les analystes s’accordent à dire qu’il n’y a que très peu de chance pour que le président battu obtienne quoi que ce soit. Donc Biden sera président. Bon courage car Trump a déjà fait beaucoup de dégâts et ne manquera pas de lui laisser des bananes sous le pied à tous les coins de couloirs.

Pour finir, j’ai reçu d’un ami ce plaisant texte :

« Ils sont lents ces Américains. A quoi sert leur technologie ? En Afrique les résultats sortent avant même l’élection ».

Mais c’est faux : Trump avait annoncé les résultats bien avant la fin du dépouillement. Il avait même annoncé deux résultats : je vais gagner, ou les démocrates vont truquer les élections.

Seulement, il s’est trumpé, pardon, trompé.

 

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fleche7 novembre 2020 : Feuilleton américain

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Le feuilleton continue donc aux USA. Biden aura sans doute dix millions de voix de plus que Trump et on mégote toujours pour savoir qui sera le président élu : paradoxe d’un système électoral dont j’ai déjà parlé. Mais il est intéressant d’analyser les cartes présentant la situation au fur et à mesure qu’elle se précise. Des parties bleues (pour les démocrates) à l’Ouest (Californie, Oregon…) et au Nord-Ouest (Maine, Massachusetts, New-York, Connecticut, Virginie…) et entre les deux une énorme partie centrale, allant du Montana à la Floride en passant par le Wyoming, le Kansas, le Texas, l’Arkansas… D’un côté des zones urbaines rapportant par leur densité démographique de nombreux grands électeurs et de l’autre des territoires qui, à l’exception de la Floride et du Texas, en rapportent peu et sont surtout agricoles.

Il ressort de tout cela  une situation sociale que nous n'aurions pas imaginée il y a trente ou quarante ans. Du côté républicain une classe paysanne réac et raciste, voire d'extrême droite et surtout une classe ouvrière désyndicalisée, également réac,  de l‘autre des urbains et intellectuels de "gauche". S'y ajoute le vote des migrants, prévisible pour les Cubains mais nouveau pour les autres latinos: en gros, dès qu'ils sont entrés et intégrés dans le pays, ils ferment la porte pour empêcher les autres d'en profiter.

Cette répartition peut surprendre, mais elle nous montre bien un pays divisé dans lequel Biden va finir par être reconnu  comme vainqueur, mais dans lequel la marque de Trump restera profonde. On dit que les modes nous viennent souvent des USA et l’on peut se demander si cette situation ne sera pas, horror referens (je sais, cette expression latine fait un peu pédant : « je frémis en le rapportant ») bientôt la nôtre. Nous y sommes d’ailleurs presque : aux dernières élections européennes, le Nord ouvrier et les quartiers périphériques ont beaucoup voté pour le Rassemblement National, les grandes ville et les quartiers dans lesquels la population est la plus riche et la plus diplômée beaucoup moins.

 Le populisme galopant ferait-il que la gauche perde le peuple ?

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fleche1er novembre 2020 : Trump au zoo?

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Je suis bien entendu incapable de pronostiquer la moindre chose concernant l’élection présidentielle américaine. Ce pays a d’une part  un système électoral si étrange qu’il y est possible  d’être élu tout en ayant deux ou trois millions de voix de moins que le battu. D’autre part, le pays qui a vu naître Google, Apple et quelques autres géants de l’informatique n’est ni capable de garantir que les votes par correspondance seront acheminés à temps, ni d’assurer un dépouillement efficace des bulletins. Souvenons-nous que Bush junior  fut élu face à Gore grâce au bordel total du compte des voix en Floride, alors que nous savons aujourd’hui que Gore y avait en fait gagné.  Mais peu importe : les électeur états-uniens ont le système électoral qu’ils veulent.

La question que je me pose est autre : ont-ils actuellement le président qu’ils méritent ? Ils ont élu il y a quatre ans, grâce au système étrange que je viens d’évoquer mais qui est après tout leur système, ils ont élu donc un clown égocentrique et paranoïaque, qui ne cesse de mentir, qui ne fait pas grand-chose (il passerait selon de nombreux témoignages la moitié de ses journées devant la télévision) qui raconte tout et son contraire et qui, dans le domaine international, fait preuve d‘un engouement manifeste pour les dirigeants populistes ou totalitaires : Poutine, Erdogan, Kim Jong-un… Bref cet homme a tout pour déplaire, voire à dégoûter, il a fait par ailleurs face à la pandémie la preuve de son incompétence, et pourtant un peu plus de 40% des électeurs l’adulent. Il s’appuie sur tout ce qui peut nous paraître haïssable : des milices armées, les vendeurs de fake news de Qanon et, surtout, la religion évangéliste

Nous défendons en France, les principes de la laïcité, les Etats-uniens, eux, ne pensent majoritairement qu’à travers la religion. Et, si nous prenons un peu de recul, il n’y a pas beaucoup de différences entre les décervelés armés se réclamant d’une religion, qu’il s’agisse de l’islam, de l’évangélisme ou d’une autre.

Bref, Trump a-t-il mis son pays dans un état lamentable, ou est-il tout simplement le reflet de ce pays ? Ce qui est sûr, c’est que le fat que certains se demandent si, en cas de défaite, il acceptera de passer la main, de quitter la maison blanche, montre que la démocratie américaine  souffre d’une grande maladie.

Mais bon, changeons un peu de point de vue. En 1965, dans ses Elucubrations, le chanteur Antoine lançait :

« Les choses devraient changer tout le temps

Le monde serait plus amusant

On verrait des avions dans les couloirs du métro

Et Johnny Hallyday en cage à Médrano »

Piqué au vif, Hallyday répliquait par une autre chanson, Cheveux longs et idées courtes. Les démocrates auraient pu lancer une chanson sur Trump, du genre Cheveux teints et idées courtes… Mais la gauche, aux Etats Unis comme en France, a peut-être aussi les idées courtes. Elle pourrait aussi proposer d'envoyer Trump dans un zoo. Ce qui est sûr, c’est que Trump, s’il est battu, ne pourra pas, s’inspirant d’une couverture de Charlie Hebdo montrant Mahomet se tenant la tête dans les mains et se lamentant : « c’est dur d’être aimé par des cons », lancer « c’est dur d’être lâché par des cons ». Il paraît en effet qu’il a le sens de la famille et ne critique pas les siens.


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Octobre 2020

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fleche30 octobre 2020 : Les oiseaux

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Dans Le Monde daté d’hier un long article de Jean Birnbaum, « Rushdie, « Charlie », Paty, victimes d’une même offensive planétaire », se termine par le rappel d’un entretien avec Salman Rushdie qui, en 2012, déclarait :

En 1989 il était trop tôt pour comprendre de quoi il s’agissait. Personne n’a vu la fatwa comme le début d’un conflit plus large, on y percevait une anomalie farfelue. C’est comme dans Les Oiseaux, d’Hitchcock. Il y a d’abord un oiseau qui apparaît, et vous vous dîtes : « C’est juste un oiseau ! » C’est seulement plus tard, quand le ciel est rempli d’oiseaux furieux, que vous pensez : « Ah, oui, cet oiseau annonçait quelque chose, il n’était que le premier ».

Et le journaliste rappelle qu’en 2011, alors que les locaux de Charlie hebdo avaient été incendiés, certaines figures se réclamant de la « gauche radicale » ou « postcoloniale » comme Christine Delphy, sociologue,  Rokhala Diallo, journaliste, Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la république, signaient une tribune affirmant :

« qu’il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie Hebdo, que les dégâts matériels seront pris en charge par leur assurance, que le buzz médiatique et l’islamophobie ambiante assureront certainement à l’hebdomadaire, au moins ponctuellement, des ventes décuplées, comme cela s’était produit à l’occasion de la première « affaire des caricatures » - bref : que ce fameux cocktail Molotov risque plutôt de relancer pour un tour un hebdomadaire qui, ces derniers temps, s’enlisait en silence dans la mévente et les difficultés financières ».

Je n’avais pas lu l’entretien de Rushdie en 2012, mais la tribune de 2011 m’avait scandalisé par son absence de solidarité et ses basses insinuations. Et tout le monde se souvient que quatre ans plus tard  les frères Kouachi massacraient la rédaction de Charlie Hebdo.  Sans doute les signataires de cette tribune, comme les spectateurs du film d’Hitchcock, n’avaient-ils pas vu, ou pas voulu voir, les premiers oiseaux terroristes, ou pensaient-ils qu’un corbeau ne fait pas l’hiver noir. J’ai longtemps reçu, je ne sais pas pourquoi, des mails des Indigènes de la république. On y parle beaucoup, et depuis longtemps, de l’islamophobie, avec une confusion volontaire entre critique de l’islam politique terroriste et attaque contre les musulmans dans leur ensemble. Et, en mars 2020 on y appelait à voter aux  municipales pour des « listes autonomes communautaires ». Notons également que Christine Delphy et Houria Bouteldja ont également signé avec une cinquantaine d’autres personnes en février 2018, sur le site de Médiapart, une tribune réclamant « une justice impartiale et égalitaire » pour Tarik Ramadan. Fallait-il en conclure que ces signataires pensaient que la justice puisse être partiale et inégalitaire ? Ou que Tarik Ramadan, mis en examen pour viols.  méritait un traitement spécial ?

Bref, tout ceci n’est qu’un modeste apport à un débat qui tourne aujourd’hui autour de la notion d’islamo-gauchiste…

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fleche22 octobre 2020 : Suite...

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Je parlais dans mon billet d’avant-hier des « ambiguïtés de certains, comme la ligue des droits de l’homme». Or, le 16 octobre, elle publiait un texte contre le projet de loi sur le séparatisme, qu’elle avait fait signer par la CGT, le MRAP et le syndicat de la magistrature. Le texte protestait  entre autres choses contre le risque de faire « d’une partie de la population, celle de culture ou de confession musulmane ou perçue contre elle, les potentiels porteurs des pires dérives allant jusqu’aux plus mortifères d’entre elles ». Le jour même on apprenait la décapitation du professeur d’histoire et géographie, Samuel Paty. Le soir même, selon Le Canard enchaîné, la pétition disparaissait des écrans…

 

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fleche20 octobre 2020 : On va à la messe et puis on rentre chez soi

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Tout le monde est désormais au courant de l’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie qui essayait d’enseigner à ses élèves la tolérance, la liberté de pensée et d’expression, la laïcité, bref, les bases  de notre système français.

Dimanche, manifestations dans diverses villes du pays. Il y a longtemps que je pense qu’on va aux manifestations comme d’autres vont à la messe. On y fait acte de présence, on y prend l’air de componction qui convient, ou on y exprime sa colère, c’est selon, et puis, hop, la messe est dite, on passe à autre chose, jusqu’à la prochaine manif ou la prochaine messe.

Dans le cas présent, cet aspect rituel est particulièrement frappant car il s’inscrit dans un contexte de mollesse, de naïveté ou de lâcheté d’une partie de la gauche, ou de compromission d’une partie de l’extrême gauche, face à l’islamisme..

Mollesse ou lâcheté de certains maires qui, pour se garantir une sorte de paix sociale, ou gagner des voix aux élections, font des compromis avec des éléments salafistes (en bon français : fondamentalistes) de leurs administrés: on accepte des heures réservées aux femmes dans certaines piscines, on ferme les yeux sur des pratiques religieuses dans l’espace de travail ou sur la discrimination  des femmes par certains hommes, on cède devant plusieurs exigences des musulmans radicaux… On peut aussi penser ici aux ambiguïtés de certains, comme la ligue des droits de l’homme, sur la question du voile, à une sorte d’aveuglement volontaire sur tout cela, par peur d’être traités d’islamophobes, j’y reviendrai.

 Naïveté d’une certaine gauche qui, face à l’insécurité, à la montée de l’islamisme politique ou à la violence,  se contente d’explications sociologisantes, pas fausses pour autant, insiste sur la ghettoïsation de certains quartiers en passant à côté (volontairement ? par lâcheté ?) d’un autre pan de la réalité, celui de la volonté politique d’une partie de l’islam d’imposer ses règles à la société.

Compromission d’une partie de l’extrême gauche aveuglée par des analyses selon lesquelles l’islam serait la religion des pauvres, des opprimés, de ceux dont viendraient la révolte et qu’il faudrait  soutenir. Ici, le flirt de la France Insoumise avec les Indigènes de la République, la présence en novembre 2019 de Mélenchon à une manifestation contre l’islamophobie organisée par le CCIF (collectif contre l’islamophobie en France) et au cours de laquelle les organisateurs firent scander par une partie de la foule Allahou akbar, les ambiguïtés à une certaine époque de Médiapart face à Tariq Ramadan, tout cela a d’abord intrigué, puis inquiété.

La lutte contre l’islamophobie, ou la peur d’être considérés comme islamophobes est à la base de ces renoncements, de ces ambiguïtés ou de ces lâchetés. Islamophobie : un mot fourre-tout au sémantisme flou, connotant le « racisme », racisme anti-arabe ou antimusulmans, la « haine des musulmans », et confondant par un tour de passe-passe la lutte contre les dérives islamistes et la haine de l’Islam . Il y a longtemps que le catholicisme ne massacre plus (il s’est particulièrement illustré en ce domaine) et qu’il ne fait plus la loi. Or une certaine forme d’islam politique massacre et veut imposer sa loi, et s’y opposer n’est ni de l’islamophobie ni du racisme. C’est lutter pour la liberté de pensée. Et il n’y a pas d’accommodements possibles contre ceux qui s’opposent aux libertés ou à la laïcité.

Un professeur a été assassiné pour avoir fait son métier. Médiapart  commente ainsi cette horreur : « La portée symbolique de cette décapitation est immense et l’émotion s’empare du pays. Malheureusement, deux jours après le drame, force est de constater que le traitement médiatique de cette affaire reste partial. Une fois de plus, il semble que l’étiquette “attentat terroriste” dispense les journalistes de tout effort réflexif. Les titres sensationnalistes s’accumulent et créent une chambre aux échos très favorable aux rhétoriques d’extrême-droite ». Et, sans doute au nom de ce nécessaire « effort réflexif » Médiapart titre :  « Exécution sommaire du suspect: nouvelle norme en matière de terrorisme? » Comme si cela n’était pas un « titre sensationnaliste ». Et comme si la décapitation de l’enseignant n’était pas une exécution. Du côté de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon et Eric Coquerel tombent dans une forme de racisme anti-Tchétchènes : « On a accueilli des Tchétchènes qui sont les partisans d’une guerre civile sur fond de religion ». Faisant ainsi d’une pierre deux coups : faire plaisir à Poutine et ne pas passer pour arabophobe. Comme si pointer la communauté tchétchène n’était pas du racisme.

Ce grand désordre théorique peut faire rire, mais il est affligeant. En ce domaine comme dans bien d’autres, la gauche ne pense plus, ou plutôt elle ne pense qu’à protéger ses structures et à sauver ses sièges aux élections.

Mais laissons la gauche de côté, car il n’y a pas que ces renoncements, ces lâchetés ou ces compromissions, il y a aussi, en d’autres lieux de pouvoir, une grande impuissance. Les réseaux sociaux ont d’abord servi à des communications anodines, puis ils ont créé, en particulier facebook, une sorte de striptease médiatique envahissant et infantile, ils sont ensuite devenus une tribune pour les fausses nouvelles, l’intoxication et les complotistes. Ils servent maintenant  à la diffusion des appels à la haine et au crime. Le problème est que l’on dispose de bien peu de moyens pour lutter contre tout cela. Si, dans la presse écrite, radiophonique ou télévisuelle, sont diffusées ce genre de choses il y a toujours des responsables de la rédaction auxquels la justice peut demander des comptes. Sur les réseaux sociaux règne de plus en plus l’anonymat, en outre leurs responsables ne sont pas en ici mais plutôt aux USA, ils ne se contentent pas de payer le minimum d’impôts, ils échappent à la loi française. Et, bien sûr, l’islamisme fondamentaliste en profite.

Il m’est difficile de trouver une fin amusante ou ironique pour ce billet. Je crains que l’extrême droite profite de cette confusion généralisée et que bientôt des tarés armés se mettent à  tirer dans les rues sur tout ce qui ressemble à un arabe. Je crains que les jeunes décervelés égorgeurs se multiplient. Je crains… Je ne sais pas. Peut-être qu’aller manifester devienne une sorte d’alibi ou de diversion. On va à la messe et puis on rentre chez soi.

 

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fleche17 octobre 2020 : En vrac

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Commençons par une petite histoire. Cherchant la référence d’un article d’une collègue argentine dont je n’avais pas le mail, j’ai écrit à un de ses collègues qui m’a renseigné et a ajouté : « Elvira no te escribe directamente porque apenas tiene tiempo de respirar; en su departamento está viviendo uno de sus hijos con una hija de cinco años ». Intrigué par un mot, départamento, je l’interrogeai : «supongo que departamento es un argentismo por apartamento ? » (je suppose que departamento est un argentisme pour apartamento) et voici sa réponse : « Sí, sí, apartamento es un españolismo por departamento ». C’est comme si je demandais à un belge si pistolet était un belgicisme pour petit pain et qu’il me répondait que petit pain était un gallicisme pour pistolet. L’humour, par les temps qui courent, ne peut que nous faire du bien, mais surtout l’échange en espagnol ci-dessus a le mérite de nous rappeler que le point de vue créé l’objet et, qu’en matière de langue comme ailleurs, il ne faut être ni jacobin ni nationaliste…

Et puisque nous parlons de mots. J’avais noté que Macron, dans son intervention du 16 mars, n’avait pas prononcé le mot confinement pour annoncer… le confinement. Le gouvernement a d’ailleurs des problèmes avec le vocabulaire, depuis la malvenue distanciation sociale dont j’avais parlé en son temps jusqu’au séparatisme en passant par divers autres exemples. On s’attendait à ce que le président  annonce cette semaine un couvre-feu mais les journalistes susurraient qu’il parlerait plutôt, pour éviter de semer la panique, de confinement nocturne. Et bien non, il a prononcé le mot tabou.

Et c’est en partie autour de ce couvre-feu que tournait jeudi soir l’émission d’Antenne 2 « Vous avez la parole ». Les journalistes Léa Salamé et Thomas Sotto, en direct de Marseille, avaient invité le ministre de la santé, Olivier Véran, qui réagissait aux questions d’un médecin, d’un infirmière, d’une propriétaire de restaurant, d’un architecte, d’artistes, etc. Il paraissait à la fois empathique et compétent, l’émission suivait son cours mais il y eut quelques moments particuliers. Tout d’abord l’architecte Rudy Ricciotti, sur le plateau, et Bernard Henri Levy, depuis Paris, firent des déclarations auxquelles on ne comprenait pas grand-chose.. Ensuite vint le tour de Michèle Rubirola, maire de Marseille, qui n’était pas sur le plateau mais en direct de son bureau. Très mal à l’aise, paraissant au bord des larmes, elle donnait l’impression de lire un texte, ce qui est  d’ailleurs bien possible : peut-être était-elle en trains de verbaliser le produit des discussions âpres entre les membres de sa majorité. Surtout, elle ne répondit pas vraiment à la question assez simple des journalistes : « allez-vous faciliter la tenue de ce couvre-feu ? ».

Puis, sur le coup de 22 heures, l’un des journalistes, montrant un fauteuil vide, expliqua qu’à ce moment-là Jean-Luc Mélenchon, député de Marseille, aurait dû intervenir, qu’il avait pris le train, n’était pas très loin, mais qu’il venait de faire savoir qu’il ne viendrait sur la plateau que si le ministre le quittait. Le journaliste  indiqua que c’était eux qui décidaient de qui devait être là, et on passa à la suite, sans Mélenchon. Je dois dire que j’ai trouvé assez stupéfiante l’exigence du leader de la France insoumise. Si cet incident est réel, et il n’y a pas de raison d’en douter, cet homme exhibe de plus en plus des pulsions dictatoriales qui inquiètent.

Ce matin, dans le journal local La Provence, j’ai lu qu’un Marseillais avait tweeté sobrement Marseille 0 – Paris 2, traduisant en termes journalistiques les prestations de Rubirola et Mélenchon. Encore une fois un peu d’humour, qui ne peut nous faire que du bien.

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fleche12 octobre 2020 : Leçon de français

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Après l’attaque du commissariat de police de Champigny sur Marne par une bande de jeunes, Gérard Darmanin, ministre de l’intérieur, s’est rendu sur place et a affirmé sa détermination. Voici un extrait de sa déclaration, que j’ai écoutée plusieurs fois pour être sûr de ne pas me tromper :

« Il s’en sont pris par des mortiers aux policiers (…) Je souhaite que  dans la prochain  le prochain texte de lois (…) nous puissions définir comme une arme à destination ces feux d’artifice, ces mortiers  (…)  il faut aujourd’hui que nous arrêtons cette vente sur Internet… »

Passons sur son hésitation concernant le genre de texte de loi. Il craint peut-être de faire une erreur qui lui attirerait les critiques des féministes, dont il n’a pas vraiment besoin en ce moment. Mais, étant données ses fonctions, il ne devrait pas ignorer qu’une une arme par destination n’est pas une arme à destination (qui devrait être suivi d’un complément : à destination de qui ?) . Quant à son maniement de la conjugaison (je souhaite que nous puissions puis il faut que nous arrêtons), il pose quelques questions. Notre ministre a étudié dans un lycée catholique de Paris puis à l’Institut d’études politiques de Lille, dans lesquels je suppose que les élèves doivent parler français. Darmanin aurait-il eu de mauvais professeurs ? Ou serait-il un militant du changement linguistique ? Après tout, les langues appartiennent à ceux qui les parlent et qui sont le moteur de leurs changements. Dans ce cas, si sa carrière politique ne suivait pas le cours qu’il souhaite, il pourrait devenir enseignant de linguistique…

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fleche11 octobre 2020 : Encore l'arabe

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Il s’appelle Nabil Wakim, il est né au Liban, à Beyrouth en 1981, est arrivé en France en 1985, et il est aujourd’hui journaliste au quotidien Le Monde, parle, outre le français, l’anglais et l’espagnol  Jusque-là, rien de très stressant, mais… Mais écrit-il dans un livre qui vient de paraître, « j’ai honte de mon arabe haché, de mon accent ridicule, de mon vocabulaire qui ne dépasse pas la liste des courses ». L’arabe est pourtant ce qu’on appelle sa « langue maternelle », celle dans laquelle ses parents lui parlaient, celle qui parlait et chantait, dans laquelle il communiquait pendant ses années libanaises. Aujourd’hui il ne peut plus communiquer avec sa grand-mère, il a perdu l’arabe en cours de route, sans comprendre ni comment ni pourquoi.

Il en tire un livre à la fois drôle et émouvant, parfois naïf et frôlant parfois la mauvaise foi. Drôle lorsqu’il décrit la rencontre annuelle des musulmans de France comme « une sorte de fête de l’Huma halal », touchant lorsqu’il parle de sa fille, à laquelle il ne peut pas transmettre l’arabe, et qui cependant prononce quotidiennement le mot zaatar, un mélange d’épices à base de thym, qu’elle met jusque dans son yoghourt, émouvant lorsqu’il raconte ses différentes tentatives, les cours d’arabe qu’il suit dans une université américaine,ou  à Paris, ou encore par skype avec une amie vivant à Bruxelles, tout ça en vain. Un peu de mauvaise fois lorsqu’il voit l’origine de son incapacité à parler « sa » langue dans la façon dont on l’enseigne en France, ou dans un racisme anti-arabe. Naïf lorsqu’il raconte les différentes personnes qu’il a interrogées, psycholinguistiques, spécialistes de l’enseignement ou de l’histoire des langues, etc., comme si elles pouvaient du haut de leur science résoudre un problème qui est d’abord un problème de transmission familiale.  Mais toujours intéressant car, derrière cette quête individuelle de ses origines, il y en a des milliers d’autres.

Dans un de ses chapitres, intitulé l’arabe est-il la langue du Coran il met le doigt sur un vrai problème, d’autant plus frappant qu’il est lui-même issue d’une famille libanaise chrétienne, soulignant que bien souvent les familles françaises arabophones, parlant un arabe national (ou « dialectal »), tunisien, libanais ou marocain, veulent surtout que leurs rejetons apprennent à réciter quelques sourates.

Bref, un livre agréable à lire et qui fait réfléchir.

Un dernier point. Je ne sais pas qui a choisi son titre, L’arabe pour tous (sous-titré « pourquoi ma langue est taboue en France », aux éditions du Seuil), mais il ne donne aucune idée de ce qu’il contient. Je l’ai cherché longuement chez mon libraire, parce qu’un entrefilet dans un journal m’avait donné envie de le lire,  il était au rayon « langues », entre des grammaires scolaires du français, des dictionnaires, des livres pour enfants, des abécédaires, etc., alors qu’il s’agit d’une forme d’autobiographie  linguistique que je m’attendais à trouver avec les romans, sur les tables des nouveautés. Comme quoi l’habit (ici la couverture) ne fait pas le moine…ou l’imam.

 

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fleche7 octobre 2020 : Autour du Coran

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Le Coran est un texte. Cette affirmation peut être vue comme une tautologie, puisqu’on le lit ou qu’on le récite, et qu’il existe même une discipline ou un art de cette récitation, le tajwid. Mais ce texte, selon la tradition, a d’abord été transmis oralement, puis transcrit. Or la graphie utilisée dans les premières versions n’en rend pas la lecture  facile puisqu’il n’utilise ni les points diacritiques (qui permettent de distinguer entre différentes consonnes, comme le B, le T et le N, ou le F et le Q) ni la longueur des voyelles. A ce titre, il est soit  illisible soit soumis à interprétation, et c’est d’ailleurs ce qui s’est passé puisqu’autour au 10ème siècle on canonise sept lectures différentes. On voit que nous sommes là au cœur d’une question que les linguistes connaissent bien, celle des relations entre l’oral et l’écrit. Alors, oral ou écrit, le Coran ? La réponse traditionnelle est qu’il est la transcription d’un oral, celui des prédications de Mohamed. Et comme, l’oral précède l’écrit, le linguiste est amené à s’interroger sur la nature de cet oral. C’est ce que fait Pierre Larcher dans un livre qui vient de paraître (Sur le Coran, nouvelles approches linguistiques, ed. Lambert-Lucas, 2020). Livre passionnant et à la fois très technique et très savant, ce qui risque de  limiter le nombre de ses lecteurs. La présentation que je vais en donner, à mes risques et périls, sera donc simplificatrice et peut-être parfois erronée. Mais mon ami Pierre Larcher pourra, s’il le désire, rectifier le tir en ce même lieu, dans un autre billet

Le Coran est donc pris comme l’objet d’une analyse linguistique, et Larcher divise son livre en cinq partie : texte, langue, lexique et discours d’abord, thèmes linguistiques classiques, et une cinquième partie au titre plus complexe, Koranophilologie médiévale. Il cite par exemple un mot qui apparaît dans le Coran avec deux orthographes différentes, l’une avec un S et l’autre avec un S emphatique, ce qui pose une question à laquelle il n’y a que deux réponses possibles: ou bien la langue du texte est hétérogène, ce qui mène au problème de la constitution du texte, ou bien, ce que fait la tradition musulmane, on homogénéise le texte, sans se poser de questions. C’est d’ailleurs ce qui se passe à l’oral, lorsqu’on lit ou récite le texte : on gomme les différences. Mais demeurent la question de l’histoire de ce texte et celle que pose le linguiste (Larcher): qu’est-ce que l’arabe du Coran ? Sa réponse est toute en finesse : « si je ne sais pas ce qu’il est, je sais déjà ce qu’il n’est pas. En fait il n’est pas (peut-être :pas encore) l’arabe classique ». Et il montre ensuite que le Coran n’a pas influencé l’arabe classique mais que plutôt la grammaire de l’arabe classique  a eu une influence sur l’évolution de la langue coranique.

Cette présentation (la mienne), qui laisse de côté toutes les démonstrations fouillées et tous les exemples précis de l’auteur, est bien sûr réductrice. Ce qui importe est que, pour Larcher, il y a une série de mythes musulmans résultant de la confusion entre linguistique et théologie d’abord, puis entre linguistique et nationalisme ensuite. En fait Larcher milite pour une islamologie moderne, une approche historico-critique fondée en particulier sur la philologie et non plus théologique, ce que les études bibliques par exemple par exemple ont entamé il y a plus d’un siècle. De ce point de vue, il tend une perche aux chercheurs arabisants et islamologues à la fois. Mais sauront-ils ou pourront-ils la saisir ?

 

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fleche2 octobre 2020 : Positif

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Jair Bolsonaro, Boris Johnson, Donald Trump : tous trois ont d’abord nié l’existence du virus, puis l’ont minimisé (une grippette…) puis finalement atttrapé. Une belle leçon de choses, une réalité qui s’impose et qu’on aurait du mal à situer dans la logique préhistorique  de Trump (fake news, vérité alternative et autres fariboles.Les virus, comme les faits, ont la vie dure. Il y a à peine quelques jours le président américain se moquait du masque porté par Biden, alors que ce dernier lui donnait un conseil salutaire : shut up. Il aurait pourtant dû le savoir, Trump, que le virus s’attrapait par la bouche.

Je sais, je sais, je suis très méchant et ne devrais pas tirer sur une ambulance ! Mais que voulez-vous : pour une fois que Trump a quelque chose de positif.

 

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fleche1er octobre 2020 : Initiation au titrage

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Commençons par un rappel historique d’un événement que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître. Le 1er novembre 1970, dans un dancing situé à Saint-Laurent en Isère, le 5-7, un incendie faisait 146 victimes. Bal tragique à Saint-Laurent-du-Pont, 146 morts titrait la presse. Quelques jours plus tard le général de Gaulle mourait dans sa résidence de Colombey-les-deux-Eglises et l’hebdomadaire Hara Kiri titrait : Bal tragique à Colombey, un mort. Scandale, interdiction, et création d’un nouveau journal, Charlie hebdo, qui fête avec un peu d’avance ses 5O ans aujourd’hui. Une occasion de s’initier à la conception de titres journalistiques un peu provocateurs. En voici quelques-uns, à vous d’en imaginer d’autres.

Communiqué du Vatican : Dieu n’existe pas

Ricard lance un nouveau produit : le pastis à l’eau bénite

Crise pétrolière : l’Arabie Saoudite, en difficulté financière, veut transformer la Mecque en ville de casinos, concurrente directe de Las Vegas.

Un groupe d’intellectuels demande les transfert des cendres de Serge  Gainsbourg au Panthéon.

Les viticulteurs français demandent les transfert des cendres du foie de Serge Gainsbourg au Panthéon, pour services rendus à l’alcool français.

Selon la faculté de médecine, la fumée d’encens donne le cancer.

Sous le titre hallal-kascher même combat, le syndicat des éleveurs de porcs lance une pétition demandant à la communauté internationale de boycotter les pays musulmans et Israël.

A pékin, le président Xi Jinping déclare :我不是查理,我 是独裁者 

(Wǒ bùshì chálǐ, wǒ shì dúcái zhě, « je ne suis pas Charlie, je suis dictateur »).

Exclusif : Mohamed était une femme.

Voilà, j’en ai rédigé une dizaine, à vous de jouer.


 

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Septembre 2020

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fleche29 septembre 2020 : Nouvelles du front

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Il se passe des choses intéressantes dans les débats  des sociolinguistes francophones. La tribune dont je parlais ici dans mon dernier billet a quelques problèmes sur le web. Voici les messages  de deux signataires. L'un vient de France et le second du Québec :

"Le texte de la tribune semble être hacké sur le site de Marianne. Il en reste deux paragraphes, les signatures n'y sont plus".

"Chez moi, au Québec, le texte est tronqué, les signatures ont disparu. C'était déjà le cas il y a quelques jours puis tout est réapparu normalement avant de redisparaître aujourd'hui".

En voilà une façon démocratique de mener le débat. Ceci dit, il est possible qu’il ne s’agisse que d’un accident. A suivre, je vous tiendrai au courant .

 

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fleche27 septembre 2020 : Lire et démolir

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Le semaine dernière j’ai participé à un jury de thèse. L’impétrante comme on dit, une jeune femme, avait l’air terrorisée, alors qu’une soutenance de thèse n’est qu’un rite de passage, terrorisée au point qu’elle fit d’entrée de jeu un énorme lapsus. Elle avait rédigé le texte de présentation qu’elle lut en ouverture, mais dérapa sans s’en rendre compte. Voulant remercier les membres du jury d’avoir accepté de lire et d’évaluer son travail, elle dit « lire et démolir mon travail ». Joli lapsus, mais qui va me servir à présenter tout autre chose.

 Le 18 septembre était publiée dans l’hebdomadaire Marianne un tribune intitulée Une "écriture excluante" qui "s’impose par la propagande" : 32 linguistes listent les défauts de l’écriture inclusive (https://www.marianne.net/debattons/tribunes/une-ecriture-excluante-qui-s-impose-par-la-propagande-32-linguistes-listent-les?fbclid=IwAR3xhzDdPL6-NQwFk87JTD3OGDtqXNIu0ZnoDjL9wqxSiBlUAyUHf1yJsfc) qui ouvrit une semaine que je ne saurais qualifier de débats. Dans les jours qui suivirent, en effet, se  déclenchait une offensive contre les initiateurs de ce texte. En fait il avait été rédigé par quatre personnes et signé par 28 autres linguistes, et l’argument qui fut d’abord avancé (dans des mails privés et des coups de téléphones que j’ai reçus) était que deux des quatre rédacteurs étaient réactionnaires et sionistes. Vérification faite, c’était vrai. Et alors ? Si des réacs et des sionistes disent que le ciel est bleu, faut-il dire le contraire ? Pour ma part, j’avais signé ce texte en tant que linguiste et pour des raisons très simples, qui concernent la dialectique des rapports entre l’oral et l’écrit. En gros une écriture  doit pouvoir être oralisée (lue, prononcée) et l’oral doit pouvoir être transcrit. Or l’écriture inclusive est imprononçable et poserait pas mal de difficultés chez les lecteurs débutants, par exemple chez les migrants apprenant le français. Ce seul argument, simple, suffit à mes yeux à la discréditer. Je considère que la féminisation des noms de métiers, lorsqu’elle n’aboutit pas à des résultats ridicules, est une chose nécessaire. Mais l’écriture inclusive me paraît plutôt être un boulet.

Après cette publication vinrent d’abord  des attaques ad personam, certains des signataires étant nommément cités et critiqués. Je vous donne quelques exemples des arguments utilisés, sans donner aucun pour ne pas tomber dans la délation ambiante:

« Trois quarts de retraité·es, ces gens remâchent leur rage depuis des mois, Quant à la tribune, on y retrouve les sottises ordinaires, que je vous laisse reconnaitre: toutes les cases attendues sont à cocher »

« Et ce que je remarque surtout sur cette liste, ce n'est pas la répartition homme- femmes, mais l'âge des signataires! »

« Donc, des linguistes réagissent. 32, dont 31 non spécialistes du domaine »

«  La digue est ouverte et la parole raciste, sexiste et sectaire a désormais pignon sur rue. On a ici affaire à une offensive qui n’est qu’une couche de plus dans une série d’offensives idéologiques générales, dans le cadre de face à faces exacerbés pas un épuisement des ressources et une volonté accrue d’une petite minorité d’humains d’accentuer son entreprise de prédation (autrement appelée néolibéralisme »

Tout y est : des vieux, des retraités, des sots, des incompétents, etc. En outre le dernier exemple est intéressant, en qu’il utilise  un procédé typiquement stalinien consistant à ne pas argumenter sur le fond  mais à vouloir disqualifier l’ « adversaire » : raciste, sexiste, sectaire, prédateur, néolibéral. Bigre ! Je ne crois être rien de tout cela, mais je vois mal dans cette suite d’injures le rapport avec la linguistique !

Finalement, le 25 septembre, une contre-tribune fut publiée ( https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/250920/au-dela-de-l-e-criture-inclusive-un-programme-de-travail-pour-la-linguistique-d-aujour )) avec des arguments un peu plus scientifiques. Vous avez donc le lien de ces deux tribunes et pouvez, si cela vous intéresse, aller y voir.

Toute cette polémique s’est essentiellement exprimée sur le RFS, «réseau de sociolinguistique francophone », et les intervenants y étaient très majoritairement français, ou de la « francophonie du Nord. Deux collègues « du Sud » sont cependant intervenus. Le premier était bref (« Je pense que l'écriture inclusive crée plus de problèmes qu'elle n’en résout! ») et le second plus long, et son texte me paraît devoir être médité:

« Quand monsieur X dit "ils sont nombreux à être infiniment plus importants", les sujets de débat, il me donne l'occasion de mettre mon grain de sel dans cette discussion qui n'en manque pas. Je rappelle que si "la langue appartient à tout le monde" l'écriture pas du tout! Le rappel de cette évidence pour dire ceci: si toute la passion et l'énergie déployée autour de l'écriture inclusive était mise au profit de l'alphabétisation et de la scolarisation de millions de femmes de l'espace francophone, la cause des femmes n'en serait-elle pas un peu plus avancée? L'abolition de la domination masculine n'en serait-elle pas un peu plus avancée? Libre à chacun de choisir ses combats -idéologiques et scientifiques- mais enfin voir qu'il y a autant de passions et de réactions sur ce sujet et rien sur d'autres en dit beaucoup sur la francophonie, quelqu'un d'autre aurait dit "francofollie" mais je me permettrais pas cette désinvolture. 

Bonne fin de semaine à toutes et à tous!

P-S: avant de retourner à mon silence, on est combien au juste à tout lire des discussions et des textes qui circulent ici, sans jamais réagir? « 

Ce qui me frappe le plus dans ces réactions, c’est que l’idéologie passe avant la  science, ou que la frontière entre science et idéologie est de plus en plus poreuse, que le débat scientifique semble préférer la passion à la raison. Tout cela, bien sûr, est assez consternant. Est-ce un signe des temps ? On ne peut pas ne pas penser à la polémique qu’a entretenue pendant des mois un médecin marseillais, le professeur Raoult, traitant ceux qui soulignaient que rien ne prouvait l’efficacité de la chloroquine contre le coronavirus d’imbéciles ou d’incompétents.

Mais revenons au lapsus de la doctorante que j’ai citée au début de ce billet, « lire et démolir ». Elle présentait une thèse de sociolinguistique et l’on peut supposer qu’elle avait suivi cette polémique sur le réseau francophone de sociolinguistique. Dès lors, peut-on en voir, dans son lapsus,  un écho ?  Si cela était le cas, j’aurais une autre formulation : ne pas lire et démolir…

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fleche19 septembre 2020 : Changer la vie

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On m’a demandé des précisions sur ce que j’écrivais hier :  « le slogan « changer la vie » viendrait de Rimbaud (ce qui est un détournement de sens que je n’ai pas le temps de développer ici) ».

Voici donc tout d’abord le passage de la pétition qui traite des raisons politiques de faire entrer les deux hommes au Panthéon :

« C’est dans l’œuvre de Verlaine que l’on a puisé en 1944 le message annonçant le débarquement en Normandie à l’intention de la résistance intérieure – le vers célèbre « Les sanglots longs des violons de l’automne/ Bercent mon cœur d’une langueur monotone ». C’est vers la figure emblématique de Rimbaud que l’on se tourne dès qu’une révolte éclate, surréaliste ou étudiante, comme en mai 68, ou lorsqu’il est question de « Changer la vie », le slogan de la gauche des années 1970 ».

Et voici le seul passage de Rimbaud où apparaît l’expression changer la vie  (Dans Une saisons en enfer) :

« Il a peut-être des secrets pour changer la vie ? Non, il ne fait qu’en chercher, me répliquais-je ».

On conviendra que c’est un peu bref et que dans les deux cas, Verlaine comme Rimbaud, l’argument « politique » est léger, voire spécieux. Parmi les nombreux messages codés de l’émission Les français parlent aux Français de Radio Londres on trouve « Les carottes sont cuites », la lune est pleine d’éléphants verts », « la girafe a un longs cou », etc. Faudrait-il en déduire que les carottes sont politiques, tout comme l’usage de stupéfiants (« éléphants verts ») ou la masturbation (le long cou de la girafe renvoyant à « peigner la girafe ») ? Quant à Rimbaud, qui avait gravé « merde à Dieu » sur son banc d’école à Charleville, est-il le précurseur de Charlie Hebdo ? Tout cela n’est pas sérieux, et il serait plus honnête de dire que l’on veut faire entrer au Panthéon un couple (très brièvement) homosexuel, ce qui aurait le mérite de poser les bases d’une discussion claire.

 

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fleche18 septembre 2020 : Cette cave où il n'y a pas de vin

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Une pétition « pour l’entrée au Panthéon d’Arthur Rimbaud et Paul Verlaine » fait ces derniers jours parler d’elle. Elle s’appuie sur « quatre raisons principales ». Une raison  littéraire d’abord car ces « deux poètes ont nourri depuis plus d’un siècle notre imaginaire ». Une raison politique une peu tirée par les cheveux : d’une part radio Londres avait annoncé le débarquement en Normandie par deux vers de Verlaine (« les sanglots longs des violons de l’automne…. »), d’autre part le slogan « changer la vie » viendrait de Rimbaud (ce qui est un détournement de sens que je n’ai pas le temps de développer ici). Puis une leçon morale : les deux poètes sont enterrés dans leurs caveaux familiaux, sans prestige. Et enfin une raison judiciaire : Verlaine a été condamné à deux ans de prison parce que, selon les signataires, il était favorable à la Commune de Paris et homosexuel. Car, et c’est l’exergue du texte, « ils durent endurer l’homophobie implacable de leur époque ».

Fort bien. Mais personne ne semble se demander ce qu’en auraient pensé les deux poètes. L’œuvre brève de Rimbaud est traversé par une rébellion fulgurante, un rejet de la société, qui laisse penser que cette initiative l’aurait révolté. Quant à Verlaine, il avait exprimé son opinion avec netteté. Dans le chapitre XXXII de ses Mémoires d’un veuf  intitulé Panthéonades  il écrivait à propos de Victor Hugo:

« L’auteur exquis de si jolies choses, Sara la Baigneuse, Gastibelza-l’homme-à-la-Carabine, Comment disaient-ils, En partant du golfe d’Otrante. Me voici, je suis un éphèbe. Dormez (bis), ma belle, Par saint Gilles, viens nous-en et cœtera, ils l’ont fourré dans cette cave où il n’y a pas de vin ! »

Et puis loin il s’interrogeait sur « ce que peut signifier pour les grands hommes qui nous gouvernent le mot Panthéon, puisqu’il n y a plus ni dieux, ni Dieu ». 

Tout est dit, non ? Alors laissons-les tranquilles, plutôt que les fourrer dans une cave sans vin.

 

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fleche15 septembre 2020 : Conspiration des imbéciles?

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Le maire écologiste de Bordeaux, Pierre Humic, a déclaré la semaine dernière :  « nous ne mettrons pas d’arbres morts sur les places de la ville …ce n’est pas du tout  notre conception de la végétalisation». Traduisez : il n’y aura pas de sapin de Noël dans les rues de la ville. Il a raison, le maire, même si certains rétorqueront que dans le Morvan par exemple on n’arrête pas de planter des arbres que l’on vend à Noël, et qu’ils participent à la lutte contre le CO2. Il a raison, mais je le trouve un peu mou. Il devrait aussi fermer tous les fleuristes de la ville, qui vendent de futurs cadavres, des fleurs qui vont mourir dans des vases. Et ces vases, d’ailleurs, sont en général posés sur une table,  ou un guéridon, en bois. Je regarde autour de moi. Dans mon salon il y a une table ronde en teck, une armoire chinoise en bois laqué, un escalier en pin qui monte vers une mezzanine et, pour couronner le tout, des fauteuils en cuir. Honte sur moi ! Je vais remplacer tout cela par du plastique.

 Le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, a de son côté traité le tour de France de « machiste et polluant », ajoutant qu’il « n’est pas «écoresponsable ». Là, je l’avoue, j’ai du mal à comprendre sa logique profonde. Je croyais naïvement que le vélo était écolo, que c’était une alternative écoresponsable aux véhicules polluant. Et que le tour de France pouvait attirer les gens vers le vélo. Mais il est écologiste, le maire, donc il doit avoir raison.

Ceci dit, moi qui me fout comme de l’an quarante des fêtes de Noël et du tour de France, je me demande pourquoi ces écolos nouvellement élus ne trouvent rien de mieux à faire que de donner une image répressive, punitive, de l’écologie. Ne risquent-ils pas de ne parvenir qu’à une chose, se faire détester. ?

 De son côté le désormais célèbre docteur Raoult, après avoir pendant six mois fait des déclarations contradictoires et contredites par les faits  vient de dire : « incontestablement il y a plus de morts associés au Covid19 depuis 10 jours que ce qu’il y avait dans les deux mois antérieurs ». Ah bon ! Selon une de ses déclarations, il n’y aurait pas de seconde vague…

 Tout cela me fait penser au titre d’un roman hilarant de John Kennedy Toole, La conspiration des imbéciles. Selon certain, il aurait été  inspiré par une phrase de Jonathan Swift: « Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles  sont tous ligués contre lui ». Les maires écolos suscités viennent contredire cette pensée : l’imbécillité semble plutôt être de leur côté. Quant à Raoult, elle devrait lui plaire, puisqu’une grande majorité des scientifiques étaient ligués contre lui. Alors, pourquoi s’est-il tant de fois contredit ? Parce qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, bien sûr, et qu’il garantit ainsi son statut de vrai génie…

 

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fleche13 septembre 2020 : Les singes de la sagesse et l'inconscient de Sarkozy

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Le moins qu’on puisse dire est que je ne suis guère défenseur des différents discours politiquement corrects, dans lesquels je vois l’annonce de nouveaux discours totalitaires. Mais le numéro auquel s’est récemment livré Nicolas Sarkozy laisse rêveur. Il y a quelques jours, sur une chaîne de télévision (TMC) il a fait une déclaration dont je vous donne l’intégralité :

« Cette volonté des élites qui se pincent le nez, qui sont comme les singes, qui n'écoutent personne… Je ne sais pas si… On a le droit de dire singe ? (rires) On n'a plus le droit de dire… On dit quoi ? Les dix petits soldats, maintenant, c'est ça ? Elle progresse la société. Vous voyez le livre ? D'Agatha Christie. On n'a plus le droit maintenant. On a peut-être le droit de dire singe sans insulter personne».

Ce texte un peu confus mérite une analyse. On croit comprendre qu’il veut attaquer le politiquement correct, mais qui sont ces singes qui n’écoutent personne ?  L’ex président veut faire référence (mais le fait bien mal) aux « singes de la sagesse », l’un qui se cache les yeux, l’autre qui se ferme la bouche et le troisième qui se bouche les oreilles, dont l’interprétation n’est pas évidente. En Chine on fait remonter cette métaphore à Confucius, en lui donnant comme sens « ne pas voir, ne pas dire, ne pas entendre le mal ». Les Japonais ont baptisés ces singes : l’aveugle, le sourd, le muet. Et l’on dit que Gandhi avait toujours sur lui la statuette de ces trois singes. Ce qui leur donne un sens assez peu agressif. Cette utilisation des trois singes est donc assez confuse.

 Puis Sarkozy veut faire référence au roman d’Agatha Christie Ten little niggers, dont on vient de transformer en français le titre en Ils étaient dix et dont le titre, d’ailleurs décalqué sur une comptine américaine (Ten little Indians ), est très vite devenu en anglais And then there were none. Et là… Et là tout dérape. Dans le paradigme que je viens de résumer, Indiens(Ten little Indians), Nègres (Ten little niggers), Ils (Ils étaient dix), Sarkozy introduit  un élément extérieur, les singes. Et du coup pose une égalité : singes = nègres. Unbewusste disait Freud, « inconscient », dont Lacan a expliqué qu’il était structuré comme un langage.  La longue citation ci-dessus nous montre que le langage de Sarkozy est plutôt foutraque, mal structuré. Comme son inconscient ? On croit savoir qu’il ne boit pas, ce qui exclue l’hypothèse d’un discours balbutiant d’ivrogne (ça y ressemble pourtant beaucoup), il ne semble pas être déjà atteint d’Alzheimer, et il ne reste donc qu’une explication, celle du contenu refoulé, de l’inconscient qui débarque et s’affiche. Certains supporters du PSG se mettent à pousser des cris de singes face aux joueurs noirs des équipes adverses. Sarkozy assiste à tous les matches de cette équipe parisienne. Mais ni lui ni ces supporters ne semblent vraiment connaître les trois singes de la sagesse.


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fleche8 septembre 2020 : Words, words, words

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Dans la pièce de Shakespeare Hamlet (acte II scène 2),  Polonius demande à Hamlet ce qu’il lit et celui-ci lui répond « words, words, words », des mots, des mots, des mots, c’est-à-dire des choses sans intérêts. Mais lorsque Victor Klemperer, à la fin de son livre sur le langage du troisième Reich, se demande pourquoi il s’est pendant des années levé avant l’aube pour rédiger son journal avant d’aller travailler à l’usine, il raconte une discussion qu’il a eu avec une militante communiste qui avait passé un an en prison :

« Pourquoi étiez-vous donc en taule ? demandai-je. -Ben, j’ai dit des mots qui n’ont pas plu. (elle avait offensé le Führer, les symboles et les institutions du troisième Reich). Ce fut l’illumination pour moi. En entendant sa réponse je vis clair. Pour des mots », j’entreprendrais le travail sur mon journal ».

« Pour des mots ». Une des façons la plus fréquente de critiquer l’autre, dans la politique politicienne, est de l’accuser de ne pas faire ce qu’il annonce vouloir faire : « ce ne sont que des mots ». Mais cette distinction entre les mots et les actes laisse de côté l’efficacité des mots, leurs connotations, et la façon dont on les reçoit, les décrypte, les interprète. Or, depuis quelques jours un mot, ensauvagement, est au centre du débat politique français. Il saute aux yeux qu’il dérive de sauvage, bien sûr, terme qui lui-même remonte au latin silvaticus, « celui qui vit dans la forêt », et il a eu une large utilisation à l’époque coloniale (société sauvage, tribus sauvages, pensée sauvage…). Et puis, il n’y a guère (depuis six ou sept ans), ce terme un peu oublié à été utilisé par Marine Le Pen dans ses discours sur l’insécurité. Aussi, lorsque le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin a lancé fin juillet « il faut stopper l’ensauvagement d’une partie de la société » le milieu politique s’est agité. Au gouvernement, certains ont pris leurs distances avec le ministre de l’intérieur, mais l’extrême droite s’est réjouie de la diffusion de sa « pensée ». Darmanin, bien sûr, se défend de cette influence et persiste à utiliser le mot.

« Tout ce débat pour un mot! » diront certains. Eh oui ! Car, comme pourrait le dire un proverbe populaire (disons un proverbe tunisien, que je viens d’inventer) : « Qui se ressemble se rassemble autour des mêmes mots ». Il y en a un qui doit râler, c’est Nicolas Sarkozy. Lui n’avait trouvé que le mot racaille, bien mal choisi puisque les jeunes qu’il visait l’utilisaient déjà sous sa forme verlanisée (caillera)pour se désigner eux-mêmes.


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Août 2020


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fleche31 août 2020 : En eau de boudin

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J’ai reçu un message, à propos de mon billet d’hier et de l’ultracrépidarianisme, me posant cette question : « finalement, est-ce que les gens qu’on peut qualifier de ton nom savant ne seraient pas ceux dont mon père disaient qu’ils « veulent péter plus haut que leur cul » ? Péter : le mot peut sembler trivial mais les dictionnaires se débrouillent en général pour en donner une définition distinguée : « lâcher bruyamment des vents » ou « des gaz intestinaux ». Quant à vouloir péter plus haut que son cul,  jamais une expression n’a reposé sur une telle précision anatomique. Au-dessus de l’anus, c’est évident, il n’y a pas de trou par lequel expulser ces gaz en général malodorants, et comme il est impossible de se faire plus haut un trou dans le dos, vouloir péter plus haut que son cul désigne une entreprise inaccessible. C’est donc la marque des prétentieux, des crâneurs, des fats, des pédants, des blancs-becs, etc. Mais l’ultracrépidarianisme dont je parlais hier est une chose légèrement différente. Pendant la pandémie et le confinement est apparue une cohorte de gens parfois cultivés, parfois formés à des disciplines médicales, parfois spécialistes d’autres choses, sollicités par les media et donnant avec autorité des avis ne reposant sur aucun argument scientifique. Ce sont eux, à mon avis, les ultracrépidarianistes.

Prenons un exemple auquel tout le monde pense, celui de Didier Raoult. La compétence de cet homme dans le domaine des maladies infectieuses est indiscutable. Mais, dès le mois de janvier 2020, il a commencé à dire tout et son contraire, sans respect pour les procédures scientifiques. Ce fut le premier des ultracrépidarianistes. A partir de là il faut considérer deux populations différentes. D’une part un petit groupe de chercheurs qui ont pris sa défense contre vents et marées, et d’autre part une multitude de gens qui pour des raisons diverses, en général antisystèmes, les ont suivis. Ces derniers voulaient péter plus haut que leur cul. Mais les premiers, pour rester dans la métaphore anatomique, pétaient à côté de leur cul. Et, en général, ils pètent plutôt dans la soie.

Et, pour finir dans le même registre, je dirais que les affirmations des ultracrépidarianistes sont parties en eau de boudin. Certains voient dans cette expression la déformation de en aune de boudin. Mais la véritable origine est sans doute ailleurs: l'eau de boudin, c'est plutôt la colique..

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fleche30 août 2020 : Sutor, ne supra crepidam

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Vous n’êtes pas venus pour rien aujourd’hui : je vais vous rappeler (ou vous apprendre) un mot bien utile par les temps qui courent. L’expression latine qui sert de titre à ce billet, Sutor, ne supra crepidam, se traduit mot-à-mot « cordonnier, pas plus haut que la sandale » mais signifie en fait « ne prétends pas savoir faire ce que tu ne sais pas faire », « contentes-toi de faire ce que tu sais faire »  ou, de façon plus large, « ne parles pas de ce que tu ne connais pas ». D’où le mot ultracrépidarianisme, qui serait apparu en anglais en 1819, puis passé en français. Mais je vous accorde qu’il n’est guère employé. Pourtant, depuis le coronavirus, une foule d’ultracrépidarianistes s’est répandue dans les media et, surtout, sur les réseaux sociaux et dans les milieux conspirationnistes. Des gens qui veulent absolument donner leur avis, qui croient tout savoir  mieux que les autres, et auxquels on tend d’ailleurs sans cesse le micro. Nous pourrions les appeler plus simplement des  toutologues, mais ce mot ne recouvrent qu’une partie des ultracrépidarianistes, celle qui est composée de conspirationnistes et de gens ne sachant rien mais prétendant tout savoir, en bref d’imbéciles. L’autre partie, la plus importante, est composée de gens ayant un certain savoir et croyant que cela les autorise à donner leur avis sur tout : les hommes politiques défendant bec et ongles la chloroquine (de Trump ou Bolsonaro à Cristian Estrosi ou Bruno Retailleau), les journalistes critiquant le port du masque, bref tous ceux qui très sûrs d’eux assènent des affirmations qu’ils sont bien incapables de démontrer, ou font des choix entre des choses que la sciences n'a pas encore prouvées.

Quoiqu’il en soit, si vous voulez faire de l’effet en société, vous pouvez opposer aux affirmations qui vous semblent fantaisistes : ultracrépidarianisme ! L’ultracrépidarianiste visé sera probablement bien en peine de vous comprendre.

 

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fleche28 août2020 : Métaphores footballistiques

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Hier, grande agitation à Marseille. Michèle Rubirola, la nouvelle maire, son ennemie politique Martine Vassal, et le médecin Didier Raoult, bref un trio d’enfer, se sont unis pour protester contre la façon dont le ministre de la santé, Olivier Véran, avait imposé des mesures sanitaires à Marseille (en fait la décision a été prise par le préfet…). A la une de La Provence un titre guerrier : Marseille fait front. Mais dès le titre de l’éditorial (Clasico) on se trouve en pleine métaphore footballistique : « match à distance », « coup d’envoi ». Et cela continue en pages 2 et 3 avec un tire énorme, un match Marseille-Paris en pleine crise du Covid, et des titres intermédiaires, « Paris-Marseille, balle au centre ». Et ces métaphores se renouvellent dans le cours des articles « Le microbiologiste allait-il dribbler le gouvernement ? », « ça s’annonçait sanglant, mais sur le terrain, Raoult est resté sur la touche », « Martine Vassal… n’a pas poussé plus loin le ballon. Bien qu’encouragé…à tirer au but, l’équipe marseillaise n’a pas tenté le pénalty », etc. Tout cela, encore une fois, avec en toile de fond l’opposition entre deux équipes, l’OM et le PSG et entre deux villes. Et ces métaphores footballistiques peuvent paraître bien déplacées face à un problème sanitaire grave.

Mais s’il n’a pas tiré de pénalty, Didier Raoult s’est un peu embrouillé dans les chiffres, lançant que « depuis le 15 juin à Marseille la mortalité est deux fois plus faible qu’à Paris », sans se rendre compte qu’il se tirait une balle dans le pied. En effet il avait déjà déclaré, le 27 mai , « la mortalité de Paris est plus de cinq fois supérieure à celle de Marseille » (mais il n’avait pas répondu aux question de Libération lui demandant d’où il tirait ces chiffres et comment il faisait ses calculs). Si l’on prend cependant  ses chiffres au sérieux, cela signifierait que la différence entre Paris et Marseille aurait beaucoup évolué : en passant de cinq fois moins qu’à Paris a deux fois moins, la proportion relative de morts à Marseille aurait fortement augmenté. Bref, tout cela ressemble à des chicanes de cour de récréation. Mais il y a longtemps que le ridicule ne tue plus.

Le Brésil, pays où le football est roi, nous donne un autre point de vue sur le problème. Dans le dernier numéro de L’Obs, je lis une longue interview de Marcia Barbosa, directrice de l’académie des sciences du Brésil, qui parle de la situation désastreuse, des mensonges et de la folie de Jair Bossonaro, etc. Mais elle livre en même temps une information intéressante. Elle rappelle qu’alors « qu’un consensus se dégage pour écarter la chloroquine comme possible traitement, le ministère de la justice poursuit une équipe qui a publié une étude sur ses effets secondaires », que « les chercheurs sont harcelés, sommés de justifier la façon dont ils ont conçu leur étude »… Mais surtout elle lâche tranquillement le morceau : « Bolsonaro voudrait que tous les Brésiliens en prennent pour écouler les importants stocks produits par nos laboratoires militaires ». D’un côté, donc, un problème d’égo, de l’autre un problème de fric. Comme au football, finalement.

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fleche26 août 2020 : Histoires de ponts

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Vous connaissez sans doute le Tower Bridge de Londres, un pont construit à la fin du 19ème siècle qui a la particularité (en fait la nécessité) de pouvoir être levé pour laisser passer les bateaux, se refermant ensuite pour laisser passer les voitures. C’est-à-dire qui permet à la fois la circulation fluviale et automobile, effectuant cette opération environ 800 fois par an. Or, il y a trois jours, il s’est bloqué ouvert. Problème technique, ont déclaré les responsables. Et, pendant quelques heures, des centaines de voitures furent bloquées sur les deux rives de la Tamise. « Il suffit de passer le pont, c’est tout de suite l’aventure » chantait Brassens. Ne pas pouvoir le passer est une autre forme d’aventure.

Encore le Covid : devant la situation dans notre pays, en particulier dans la région parisienne et dans le Sud-Est, les autorités allemandes déconseillent fortement à leurs citoyens de se rendre dans ces régions. Le Covid vient bien tard : s’il était arrivé en 1940, cela aurait évité aux Allemands de passer un certain ombre de ponts…

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fleche24 août 2020 : Encore les supporters

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Je m’amusais avant-hier à imaginer une chasse aux supporter intelligents. On ne peut pas dire qu’elle ait été fructueuse. Le PSG, comme on sait, a perdu hier à Lisbonne son match en finale de la ligue des champions. Immédiatement, à Paris, des supporters ont mis le feu à des voitures et défoncé des vitrines. Ce matin, dans mon bistro préféré, j’entendais les commentaires du garçon : « ils ont perdu, ils étaient mécontents, ils ont cassé, mais ils auraient gagné, ils auraient été contents, ils auraient aussi cassé, mais dans la joie ». Les analyses de René, c’est son nom, sont parfois judicieuses.

A Marseille, toujours hier soir, c’était la joie : l’ennemi parisien avait perdu. J’avoue que ces conneries me fatiguent, et que je n’ai même plus envie de les commenter. Mais ce matin, dans le quotidien local (le seul que la CGT, avec son goût prononcé pour l’information libre, nous permette de lire, mais cela est une autre histoire), dans La Provence donc, un long article relatait le match, mais un énorme titre, sur toute la largeur de la page et en gras, proclamait : Toujours seul en Europe. Traduisez : l’Olympique de Marseille est toujours le seul club français à avoir gagné cette compétition. C’était en 1993… Pas une ligne dans l’article sur ce point, mais le titre disait tout. C’est ce qu’on appelle de l’information impartiale. Bref, ils sont contents que les Parisiens perdent, les supporters Marseillais. On exprime sa connerie comme on peut.

Il y a cependant un point sur lequel on ne les entend plus guère, celui du professeur Raoult. Vous vous souvenez ? C’est lui qui à propos du virus avait parlé d’abord de « grippette », puis qui avait affirmé avoir le remède miracle, la chloroquine, puis qu’il n’y aurait pas de deuxième vague de cette épidémie, puis que Marseille (grâce à lui sans doute) avait eu beaucoup moins de cas que Paris (encore l’opposition OM/PSG). Et voilà que la seconde phase est à nos portes, qu’elle frappe bien plus à Marseille qu’à Paris, que personne n’a démontré l’efficacité de la chloroquine, et qu’on n’entend plus le professeur Raoult ni ses supporters. Ah oui, j’en ai entendu une. Elle n’est pas marseillaise, loin s’en faut, mais son amoureux l’est, lui. Et, alors que je plaisantais comme je viens de le faire, elle m’a intimé l’ordre de ne pas parler des sujets qui fâchent, expliquant que Raoult avait raison, mais que ce n’était pas de sa faute car c’étaient les touristes qui avaient amené le virus dans la région. Encore les Parisiens, sans doute…

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fleche21 août 2020 : Enchaînements