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Décembre 2018



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fleche25 décembre 2018 : A la marge ?

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Il est de bon ton de déclarer que les gilets jaunes sont sympas, calmes, résolus mais pacifiques, et qu’il faut les distinguer soigneusement des casseurs qui, à la marge de leurs manifestations, se livrent aux déprédations que vous savez. Cela me fait penser aux doctes déclarations de ceux qui distinguent entre le salafisme, mouvement « quiétiste », et le jihad,  en oblitérant ses rapports avec le wahhabisme et le jihad, et plus largement, de ceux qui nient les rapports entre islam et islamisme, comme ceux qui naguère niaient les liens entre le catholicisme et l’inquisition. Or, de la même façon que la notion de périphérie implique celle de centre,  la marge implique, par définition, un texte, un corps central : une page serait vide sans texte et la marge n’existe que par lui.

Or ce que l’on trouve à la « marge » du mouvement des gilets jaunes est inquiétant. J’ai écrit « à la marge du mouvement » et non pas « à la marge des manifestations », car il n’y a pas, juridiquement, de manifestations des gilets jaunes. En effet, si la loi garantit le droit de manifester, elle impose aussi le devoir de déclarer une manifestation et son parcours enfin d’obtenir son autorisation. Lorsque la CGT ou la CFDT manifestent, lorsque le PCF ou la Ligue Communiste manifestaient, il y a ou il y avait autour des manifestants un service d’ordre efficace qui assurait une étanchéité entre eux et d’éventuels casseurs. Rien de semblable avec les gilets jaunes, et il est donc impossible de distinguer entre le centre et la périphérie, entre le texte et la marge. Or, je l’ai dit, cette marge est inquiétante. Citons au hasard quelques exemples, mais il y en a beaucoup d’autres. On a plusieurs fois entendu crier « on est chez nous » depuis le début du mouvement, expression venue de l’extrême droite et dont les relents racistes et xénophobes sont clairs. Samedi dernier, c’est la « chanson de la quenelle » de Dieudonné qui était entonnée à Montmartre. Ailleurs un panneau mettait des signes d’égalité entre Macron, Attali, Drahi, les banques et « Zion » : encore une fois la vieille assimilation entre les Juifs et la finance, et même si je suis assez d’accord sur le fait que Macron fasse le jeu du capitalisme, je ne vois pas ce que les Juifs font là-dedans. Ailleurs, en province, on mimait la décapitation de Macron, et je ne supporte pas l’idée de mise à mort, qu’il s’agisse de celle d’un président, d’un voisin ou d’un amant de sa femme (qui peut d'ailleurs être en même temps voisin)…

Bref, la « marge » du mouvement des gilets jaunes n’est pas ragoûtante, et comme, pour les raison que j’ai dîtes plus haut, il y a une grande porosité entre cette « marge » et le « texte » qui l’accompagne, les gilets jaunes ne sont guère sympas, ils sont directement responsable de leur périphérie et ne font pas grand chose pour s’en séparer. Je ne dis pas que tous les musulmans sont terroristes ou approuvent secrètement les terroristes, ni que tous les gilets jaunes sont racistes ou fascisants, ou approuvent secrètement les racistes. Mais, même s'il y a derrière le mouvement des gilets jaunes une réelle misère qu'il faut résorber, il est difficile d’exonérer  totalement les uns et les autres de ce qu’ils produisent. Encore une fois, la périphérie n’existe que par le centre, et la marge n’existe que par le texte .

 


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fleche19 décembre 2018 : Trop intelligents

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Gilles Le Gendre, responsable depuis peu du groupe macroniste à l’Assemblée Nationale, commence bien. Voulant lundi faire son mea culpa, ou plutôt celui de son groupe, il a en effet déclaré : « nous avons été trop intelligents, trop subtils, trop techniques dans les mesures de pouvoir d’achat ». Bien sûr, cette phrase est sortie de son contexte et vous avez sans doute remarqué que, lorsqu’on interroge un politique sur une phrase qu’il a prononcée il répond toujours (et cela est à ajouter à la liste des éléments de langage) qu’il faut la replacer dans son contexte. Quoi qu’il en soit, contexte ou pas, Le Gendre a bien dit « nous avons été trop intelligents, trop subtils… Concluez : « vous n’avez rien compris, parce que nous sommes trop fins pour vous, que vous êtes trop bêtes ». Pourtant, monsieur Le Gendre n’a pas fait l’ENA, juste Science Po et le Centre de Formation des Journalistes, mais il fait de son mieux pour se mettre au niveau d'un énarque, pour avoir les chevilles qui gonflent. Remarquez, pour un marcheur, ce n’est pas surprenant, mais il devrait tout de même prendre le temps de lire un traité de savoir vivre.

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fleche13 décembre 2018 :  "Allo! Non mais allô quoi! T'es un gilet jaune et tu passes pas à la télé ?"

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Hier matin Libération, qui boucle trop tôt pour pouvoir rendre compte d’évènements tardifs, consacrait encore sa une aux gilets jaunes avec uniquement, en haut de la page, une accroche renvoyant en page 14 à un petit article peu informatif sur ce qui s’était passé mardi soir à Strasbourg. L’après-midi Le Monde en parlait sur quatre colonnes à la une, et ce matin Libération y revenait sur une première page entière avec un gros titre accrocheur : « Nuit de terreur ». Même chose depuis hier sur les télévisions, en particulier les émissions branchées sur l’actualité qui, après quinze jours de gilets jaunes, basculaient vers Strasbourg.   Une info chasse l’autre, finie la xanthophilie, les gilets jaunes passaient à la trappe et laissaient place à la xanthophobie. Ce qui a d’ailleurs immédiatement suscité des théories complotistes imbéciles selon lesquelles c’était la police qui avait tiré à Strasbourg, pour faire oublier le conflit…

Rien de nouveau, bien sûr, dans ce changement de focus, les media fonctionnent toujours ainsi, mais c’est peut-être l’occasion de réfléchir un peu sur les rapports que nous avons à eux. Vous avez tous vu, un jour ou l’autre, lorsqu’un reporter se trouve en direct dans un lieu public, des gens s’agglutiner derrière lui pour être dans le champ de la caméra, faire des signes imbéciles ou prendre un air niais. But de l’opération : « on m’a vu à la télé ». C’était d’ailleurs là un slogan récurrent, il y a une vingtaine d’années : on lisait sur un paquet de n’importe quoi, nouilles ou crème miracle, vu à la télé, référence à une pub que la marque s’était payée et dont elle voulait ainsi redoubler l’effet. Vu à la télé, c’était aussi le principe des émissions de téléréalité dans lesquelles des gens sans beaucoup d’intérêt acceptaient de se faire filmer en continu : la vacuité et l’ego allaient ainsi de pair. Cela a donné, en 2013, une Nabila s’étonnant qu’une candidate des Anges de la téléréalité n’ait pas de quoi se laver la tête et s’exclamant en mimant avec sa main un téléphone :  « Allô ! Non, mais allô quoi ! T'es une fille, t'as pas d'shampooing ? ». Buzz et succès immédiats, dix millions de vues, jusqu’à ce qu’elle soit, un an après, incarcérée pour avoir donné quelques coups de couteau à son compagnon. Sic transit gloria mundi.

Or cette volonté d’être vu à la télé explique en partie les difficultés qu’ont eu les pouvoirs publics à trouver des interlocuteurs représentatifs du mouvement. Dès qu’un « porte-parole » passait une ou deux fois à la télévision, il était dénoncé par d’autres, voire menacé : « il ne nous représente pas ». Et d’autres « représentants » se manifestaient, d’autres candidats pointaient le bout de leur nez, voulant être à leur tour sous les projecteurs. Le phénomène était encore plus visible sur les ronds-points ou les barrages tenus par les manifestants. Dès qu’un micro était tendu, qu’une caméra tournait, ils débitaient n’importe quoi, tout et le contraire de tout, peu importait, pourvu qu’ils soient « vus à la télé ». « Allô ! Non, mais allô quoi ! T'es un gilet jaune et tu passes pas à la télé? ».

Et ce phénomène est amplifié sur les réseaux sociaux, en particulier grâce au nouvel algorithme de facebook qui renforce les relations entre gens du même avis. Certains affichent leur gueule et débitent doctement des âneries, des « infox » comme on dit pour fake news, sans que personne ne puisse les contredire puisque le système fait qu’on n’est écouté que par des gens qui pensent comme nous. « Allô ! Non, mais allô quoi!». Nous vivons une époque moderne…

 

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fleche6 décembre 2018 : Lecon de choses ?

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Depuis bientôt trois semaines, sur les chaînes d’info en continu, on ne parle que de ça. C’dans l’air, émission qui, sur la cinquième chaîne, aborde chaque soir de façon très professionnelles un fait d’actualité, traite de ça tous les jours depuis dix jours. Ca, c’est quoi ? Les « gilets jaunes », bien sûr. Et cette présence médiatique envahissante est sans doute un signe, mais signe de quoi ? Comme vous sans doute, j’avoue que je n’y vois pas très clair dans cette foisonnante profusion de faits qui vont un peu dans tous les sens.

Lorsque j’étais à l’école primaire, nous avions ce qu’on appelait des leçons de choses, qui consistaient à aller du concret à l’abstrait, en  partant de l’analyse de faits pour en dégager des conclusions plus générales. Le mouvement des « gilets jaunes » est une sorte de leçon de choses, mais nous n’avons pas d’instituteur nous nous aider à la comprendre. Ce qui me paraît clair, mais les historiens se pencheront plus tard sur cela, c’est le rôle des media, d’Internet, des réseaux sociaux, dans le buzz qui nous assaille. Mais, comme on dit qu’il n’y a pas de fumée sans feu, il n’y a pas de buzz sans motif. Un mouvement protéiforme, à forts relents poujadistes auxquels se mêlent une grosse touche de « dégagisme », beaucoup de confusion et des revendications en grande partie fantaisistes (dissolution du sénat, démission du président, assemblée populaire…). Mais, à la base, un ras-le-bol généralisé qui prend racine dans une situation sociale indiscutablement inégalitaire. Je sais, pour avoir trainé mes guêtres depuis un demi-siècle de l’Amérique du Sud à l’Afrique en passant par la Chine, que la misère qu’on y côtoie est bien supérieure à celle qui existe en France. Mais cela n’excuse rien.

Alors, quelle leçon de choses ? Une première chose, évidente, m’apparaît : l’amateurisme affligeant des politiques au pouvoir. Nous avons d’un côté un président et un gouvernement gonflés d’orgueil, imbus de leur clairvoyance autoproclamée, des conseillers convaincus de leurs compétences parce qu’ils sortent de l’ENA. Et de l’autre des députés godillots (mais ce n’est pas très nouveau) qui en majorité n’ont jamais labouré le terrain politique, ne savent pas grand chose de la vie et des problèmes de leurs électeurs. Tous apparaissent comme des poulets de l’année, naïfs, analphabètes politiques et aujourd’hui à la dérive. Lorsque le premier ministre allait répétant qu’il ne changerait pas de cap, il illustrait clairement cet autisme qui caractérise le macronisme : nous voyons loin, nous savons où nous voulons aller et nous vous y mènerons, que vous le vouliez ou pas, pour votre bien. Mais, dès lors que ce cap est en passe d'être abandonné, le roi est nu. On voit que le pouvoir est désarçonné, qu’il se fissure, qu’il ne comprend pas grand chose à ce qui lui arrive. Le ministre de l’intérieur, le porte parole du gouvernement, le premier ministre, balbutient et se contredisent. Nous avons même entendu deux ministres, aussitôt rappelés à l’ordre par l’Elysée, dire qu’il serait possible de rétablir l’impôt sur la fortune…

Autre chose : la gourmandise de certains partis d’opposition, le Rassemblement Nationale, la France Insoumise et Les Républicains, qui tentent de tirer les marrons du feu alors qu’eux non plus n’en avaient pas vu la fumée annonciatrice. Mélenchon appelait depuis longtemps de ses vœux au soulèvement, il s’en produit un qu’il n’a pas suscité mais qu’il voudrait bien récupérer. La droite, craignant qu’on revienne à l’impôt sur la fortune, tire à boulets rouges sur le gouvernement. Et l’extrême droite va très vite expliquer que tout est la faute des migrants. Tous parlent de « colère légitime » mais ne savent quoi proposer pour y répondre concrètement.

Certains ont risqué une comparaison avec Mai 68. Pourtant les différences crèvent les yeux. D’une part le mouvement étudiant avait à l’époque des représentants que personne ne contestait (Geismar, secrétaire du SNESup, Sauvageot, président de l’UNEF, et Cohn Bendit)  alors que l’incapacité des « gilets jaunes » à se donner des représentants est flagrante. D’autre part, les étudiants avaient forcé les syndicats, en particulier la CGT, à manger leur chapeau en finissant par rejoindre le mouvement qu’ils avaient d’abord condamné. Les syndicats n’ont aujourd’hui que peu de poids, ils ont échoué dans leur opposition aux premières réformes de Macron et sont eux aussi désemparés. Enfin la situation économique du pays est très différente.

Je ne sais pas qui a trouvé cette formule, mais elle est parlante : l’opposition entre fin du monde et fin du mois, « cette fameuse fin du mois qui depuis qu’on est toi et moi nous revient sept fois par semaines » comme chantait Léo Ferré. Le grand échec du gouvernement est sans doute d’avoir laissé penser que les urgences écologiques passaient avant les urgences sociales, d’avoir été incapable de présenter clairement un projet de société tenant compte des deux. Il est aujourd’hui devant un mur et, pour Macron, ce n’est plus la fin du mois mais la fin du moi.

Alors, maintenant, quoi ? Je n’en sais rien, je ne sais pas ce qui se passera samedi prochain, je ne sais pas s’il y aura une « convergence des luttes » comme disent certains, et j’ai l’impression d’avoir écrit les lignes qui précèdent pour ne pas dire grand chose.

Mais il me faut bien conclure. Le général chinois Sun Tzu, écrivait il y a vingt-six siècles dans L’art de la guerre, qu’il fallait toujours laisser une face à l’ennemi. Mais ni les « gilets jaunes » ni le gouvernement n’ont dû lire Sun Tzu. Alors, tout peut arriver.

 

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fleche3 décembre 2018 :  Ch’sais que c’est que c’est quoi !

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Je suis entré il y a quelques jours dans une boulangerie pour acheter de la chapelure. Pour ne rien vous cacher, je voulais faire un mélange de persil de thym, de poivre, de fleur de sel, de chapelure  et d’huile d’olive pour en badigeonner un carré d’agneau que j’allais mettre en four avec quelques gousses d’ail en chemise…

Bref, j’entre donc dans la boulangerie et demande à la jeune fille derrière le comptoir la chapelure nécessaire à ma recette. « De la cha quoi ? ». « De la chapelure ». « C’est quoi, ça ? » Le patron, qui entend notre échange depuis la porte du four me dit qu’il n’y en a pas et explique de quoi il s’agit à son employée.

« Ah, lance-t-elle, maintenant ch’sais que c’est que c’est quoi ! »

Pour débuter studieusement votre semaine, je vous propose de vous pencher sur cette phrase. Vous pouvez employer la théorie qui vous sied le mieux, grammaire distributionnelle, fonctionnelle, générative, transformationnelle ou toute autre de votre goût. Et rassurez-vous, même sans chapelure, le carré d’agneau était bon.

 

 

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Novembre 2018

 

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fleche30 novembre 2018 :  Et en plus il est con !

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Vous avez vu ? Il est question, à l’Assemblée Nationale, d’interdire désormais la fessée aux enfants. Interdire la fessée ? Eh oui ! Pourtant, y’en a des... Tenez, prenez le petit Darmanin, que ses parents ont laissé à la crèche de Bercy. Il a vraiment la gueule du sale gamin qui, au fond de la classe, fait des bruits incongrus en laissant croire que l’auteur en est son voisin, la gueule de l’abruti qui jette des boules puantes, la gueule d’un délateur qui dénonce tout le monde, bref on regrette que Cabu ne soit plus là pour le croquer sous les traits qu’il mérite.

Et en plus il est con.

Le 22 novembre, à la Sorbonne, voulant montrer qu’il comprenait les gilets jaunes il aurait dit ceci, cité par l’AFP et repris par l’hebdomadaire Marianne :

«Si nous ne voulons pas être dans le Brexit intérieur […], nous devons tous intégrer et pas seulement expliquer, mais entendre et comprendre, ce que c’est de vivre avec 950 euros par mois quand les additions dans les restaurants parisiens tournent autour de 200 euros lorsque vous invitez quelqu’un et que vous ne prenez pas de vin. Qui peut croire que nous vivons dans la même société ?»

Bien sûr, il a immédiatement démenti, disant sur twitter qu’il avait « rarement vu de malhonnêteté intellectuelle » tandis que Dominique Seux, journalistes aux Echos et éditorialiste sur France Inter volait à son secours  en twittant  qu’il avait assisté à la séance, qu’on  avait tordu sa phrase et qu’il avait voulu « pointer la déconnexionentre les élites qui étaient devant lui et ceux qui vivent avec 950 euros ». Or voici ce qu’a réellement dit Darmanin (merci la rubriquechecknews de Libération), c’est-à-dire, si vous comparez soigneusement les deux versions,  pratiquement la même chose  que le texte publié par Marianne :

«Si nous ne voulons pas être dans un Brexit intérieur, ni nous ne voulons pas connaître les cartes électorales de nos amis américains, nous aurions tous intérêt, et les gouvernements en premiers, à pas seulement expliquer mais à entendre et à comprendre qu’est-ce que c’est de vivre avec 950 euros par mois lorsque les additions dans les tables des restaurants parisiens c’est autour de 200 euros quand vous invitez quelqu’un et que vous ne prenez pas de vin. Qui peut croire qu’on vit dans la même société et qui peut croire qu’ils sont simplement victimes ? » 

Non seulement Darmanin est con, mais en plus il est de mauvaise foi en accusant Marianne de « malhonnêteté intellectuelle ». Et il a récidivé quelques jours plus tard, le 25 novembre, en expliquant, toujours à propos des gilets jaunes, que c’était la peste brune qui avait défilé sur les Champs-Elysées.

Alors, chers députés, avant de voter l’interdiction de la fessée, réfléchissez un peu. Ou alors prévoyez des exceptions, quelque chose comme un « Amendement Darmanin ».

 

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fleche29 novembre 2018 : Ter repetita placent

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Bis repetita placent disait-on en latin. En fait nous pourrions modifier légèrement la formule : ter repetita... Nous avions avec mon frère Alain mis au point et publié en 2010 un « baromètre des langues du monde » qui, à partir du traitement de dix facteurs discriminants, prenait en compte et classait les 137 langues ayant plus de 5 millions de locuteurs (en langue première). Deux ans plus tard nous répertorions les 563 langues ayant plus d’un million de locuteurs. Nous avons cette fois élargi notre travail aux langues ayant plus de 500.000 locuteurs, qui sont au nombre de 634. En même temps, au fil des versions, nous avons augmenté nos facteurs, ajoutant en 2012 la véhicularité des langues et en 2017 leur place dans l’enseignement supérieur. Il est donc désormais possible de comparer ces trois versions, de voir les changement dans la place des langues et, comme auparavant, de jouer avec l’importance accordée aux différents facteurs pour faire son propre classements. Il suffit d’aller sur :  http://www.wikilf.culture.fr/barometre2017/ En outre, en cliquant sur « en savoir plus... » vous trouverez toutes les indications sur la façon dont nous avons travailler, traitement des données, etc.  Bonne lecture.

 

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fleche27 novembre 2018 :  La sourate "Les Femmes"

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Depuis les printemps arabes, je suis particulièrement fier de mon pays natal, la Tunisie. En effet, lentement mais sûrement on y fait avancer la démocratie et l’égalité entre les hommes et les femmes. Il faut dire que les femmes tunisiennes sont particulièrement combattives pour défendre leurs droits acquis et réclamer ceux dont elles ne disposent pas encore, et qu’elles jouissent d’ailleurs, depuis Habib Bourguiba, d’un statut inédit dans les autres pays arabes.

Voici qu’un projet de loi sur l’égalité entre hommes et femmes au moment d’hériter vient d’être adopté par le conseil des ministres et devrait être présenté au parlement d’ici quelques mois. Il prévoit qu’un Tunisien et une Tunisienne de même degré de parenté héritera de la même part, ce qui peut nous paraître tout à fait normal. Mais le problème, ou la difficulté, est que dans l’ensemble des contraintes que l’islam impose aux femmes (voile, répudiation, statut de mineure face à l’homme, etc.), l’inégalité devant l’héritage est la seule qui apparaissent dans le Coran. On lit en effet, au verset 11 de la sourate « Les femmes » :

« Au fils, une part équivalente à celle de deux filles. S’il n’y a que des filles, même plus de deux, à elles alors deux tiers de ce que le défunt laisse. Et s’il n’y en a qu’une, à elle alors la moitié... »

Les débat s’annoncent donc fiévreux et le parti islamiste El Nahda se trouvera devant une sorte d’épreuve de vérité : va-t-il accepter que la charia médiévale puisse ne pas s’appliquer ?

La constitution tunisienne (qui débute d’ailleurs par la formule « au nom de dieu le clément le miséricordieux ») stipule dans son article premier que « La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, l’Islam est sa religion, l’arabe sa langue et la République son régime ». Que pèse l’égalité entre l’homme et la femme face à la religion ?  Et y a-t-il une contradiction dans les termes entre un régime républicain et une religions d’état ? Toute la question est là. A suivre...

 

 

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fleche21 novembre  2018 : Age ressenti

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Il y a une quinzaine de jours j’ai lu une enquête sur des parents (américains, si je me souviens bien) qui demandaient à l’administration le droit de ne pas mentionner le sexe de leurs nouveaux nés sur les certificats de naissance et, ipso facto, sur leurs futurs papiers d’identité. Ce sera, disent-ils, à eux de choisir plus tard leur sexe. J’avoue que la chose m’a amusé et que je me suis demandé quelles conneries du même genre (c’est le cas de le dire) je pouvais inventer. Dans un récent film libanais, Capharnaüm, on voit un jeune adolescent attaquer ses parents en justice au motif qu’ils l’ont mis au monde. C’est vrai, après tout, il n’avait rien demandé. J’ai alors pensé à la possibilité ouverte à tous les enfants de choisir, par exemple à sept ans, entre le suicide ou l’euthanasie et la suite de l’expérience sur terre. Ou encore à la possibilité de changer de parents, de réfuter les biologiques pour choisir qui ils veulent, d’autres humains bien sûr, ou encore un âne ou un mouflon. Bref, je m’amusais.

Et puis j’apprends qu’un Néerlandais, un certain Emile Ratelband, demande à la justice le droit de changer sur ses papiers sa date de naissance. Venu au monde en 1949, il voudrait remplacer cette date par 1969, qui correspondant à l’âge qu’il ressent. Ses arguments sont imparables : il est à la retraite à cause de sa date de naissance et trouve cela discriminatoire, il se sent jeune et veut afficher sur ses papiers un âge correspondant à son ressenti.

Voilà une idée qu’elle est bonne ! Je ne sais pas si monsieur Ratelband se rend compte qu’en retrouvant subitement l’âge de 49 ans il devra se remettre au travail pour près de vingt ans, mais c’est son problème. En revanche, les gouvernements qui se battent avec le problème de l’âge de la retraite pourraient trouver dans son idée une solution idéale au problème du déficit des caisses. Finis les débats sur la prolongation de l’âge de la retraite à 63 ou 65 ans. Au contraire, mettons-le à 60 ans, voire à 55. Mais, en même temps, décrétons que tous les citoyens parvenus à 50 ans seraient rajeunis à 30. Ils prendront ainsi leur retraite à 60 ans. Que dîtes-vous, à 80 ? Mais non, vous n’avez rien compris à l’âge ressenti. Et ils seront centenaires à 120 ans, ce qui prouvera la qualité de vie du pays...

Je vais y penser sérieusement. Si je pouvais me « rajeunir » de 20 ans, tout le monde dirait le jour où... : « Le pauvre, il est mort jeune ». L’autre solution serait de dire que l’âge que l’on ressent est de 20 ans supérieur à celui que prétendent nos papiers. « J’ai cinquante ans, mais je ressens en avoir 70. Donc je dois prendre ma retraite ». Songez-y, les jeunes. Pour moi il est trop tard.

 

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fleche19 novembre 2018 :  Entendre et écouter

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La langue française a la particularité de distinguer, à propos de la perception visuelle, entre voir et regarder : On peut voir quelque chose, de plus ou moins loin et, lorsqu’on s’intéresse plus précisément à un détail,  regarder  de près. Mais on ne voit pas un tableau, on le regarde. De la même façon, on distingue pour la perception auditive, entre entendre et écouter. On entend les bruits de la rue mais on écoute son interlocuteur, ou une partition de Bach. On peut voir ou entendre sans le vouloir, mais on regarde ou on écoute volontairement.

Ces petites précisions ne sont pas inutiles si nous voulons nous pencher sur ce que disait, mercredi dernier, Emmanuel Macron sur TF1.  Interrogé sur la diarrhée de tweets de Donald Trump, il a répondu : « A chaque grand moment de notre histoire, nous avons été des alliés et entre alliés on se doit le respect (...) Je ne veux pas entendre le reste ». Puis à propos  des « gilets jaunes » il a enchaîné :« j’entends la colère ». Hier soir sur France 2 Edouard Philippe, fidèle au mimétisme lexical qui caractérise le gouvernement, a pour sa part déclaré : « j’entends ce que disent les Français mais je vois le cap, je n’en change pas ». Autrement dit, je n’ai rien à foutre de ce que j’entends.

L’inénarrable Benjamin Griveaux, si on l’interroge sur ce point, ne manquera pas de dire qu’entendre a aussi le sens de « comprendre », et rappellera que « j’entends bien » peut signifier « je comprends ». Mais, outre que cet usage est aujourd’hui un peu précieux, Griveaux ne pourra pas nier que « j’entends bien » signifie surtout pour les francophones « je ne suis pas sourd », « je n’ai pas de problèmes d’audition ». Entendre  a en effet d’abord le sens de « percevoir par le sens de l’ouïe » tandis qu’écouter a celui de « prêter son attention à ».

Dès lors, si Macron et Philippe entendent (du moins prétendent entendre) ce qui disent les Français ou leur colère, il serait peut-être temps pour eux de les écouter.

 

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fleche12 novembre 2018 :  Le nom des autres

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Lundi dernier, le premier ministre (au cas où cela vous aurait échappé, il s’appelle Edouard Philippe) s’est rendu en Nouvelle Calédonie. Et le présentateur a annoncé au journal de vingt heures de TF1 : « Le premier ministre Edouard Balladur est arrivé à Nouméa ». Effectivement, Balladur a été premier ministre... de 1993 à 1995. A l’heure où la propagande gouvernementale nous bassine sur le nouveau monde politique, on voit que les frontières avec l’ancien sont perméables...

Puisque nous parlons du nom des gens, je reviens sur un thème que j’ai déjà abordé, celui de l’incapacité des journalistes de l’audiovisuel à faire le moindre effort pour prononcer les consonnes prénasalisées. Le footballeur Mbappé est régulièrement baptiser ème bappé, la ville sénégalaise de Mbour ème bour, etc. Et il y a dans cette nonchalance quelque chose qui s’apparente au racisme. Allez, camarades, faites un petit effort. Respectez le nom des autres.

Pire encore. La chanteuse Angélique Kidjo, qui a interprété hier, lors de la commémoration du centenaire de l’armistice, une chanson en hommage aux combattants  des troupes colonial en 14-18, a été selon les media déclarée malienne, béninoise ou congolaise. Il suffirait de prendre la peine d’aller, en deux clics, sur Wikipedia pour savoir qu’elle est née au Bénin. Mais non, on s’en fout, elle est noire donc elle est de là-bas, quelque part entre Bamako, Kinshasa, Ouidah ou Brazzaville. Il ne s’agit, après tout, que d’un rayon de près de 5000 kilomètres. Et je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il y a derrière tout cela un mépris des autres, un j’m’en foutisme qui nous fournit des fake news à la chaîne, à l’heure où nous n’en avons vraiment pas besoin.

Mais nous vivons une époque moderne.

 

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fleche8 novembre 2018 : Maréchaux nous voilà

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Pendant la guerre les Français, des écoles primaires aux maisons de retraite, chantaient cette ode à un maréchal sénile et collabo, Pétain : Maréchal, nous voilà, devant toi le sauveur de la France, nous jurons nous tes gars de servir et de suivre tes pas... Son nom n’était pas cité mais il n’y avait aucune ambiguïté, tout le monde savait de qui il s’agissait : LE maréchal. La communication du gouvernement pour sa part nous a plongé, pendant deux jours, en pleine ambiguïté.

Tentons de résumer. Le bruit court que tous les maréchaux de la première guerre mondiale (ils sont huit, parmi lesquels Pétain) seront honorés samedi. Interrogé par la presse, Macron le confirme et tente de la justifier : « il a été un grand soldat », « je reconnais la part que les maréchaux ont joué et que notre armée a joué dans la victoire française ». Immédiatement on se révolte. Hollande monte au créneau, puis le CRIF, Mélenchon, Hamon, etc. Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, déclare alors qu’il s’agit d’une mauvaise polémique et qu’il est « légitime de rendre hommage au Maréchal Pétain samedi aux Invalides », citant au passage une phrase du général de Gaulle déclarant en 1966 « sa gloire à Verdun ne saurait être contestée ni méconnue par la patrie ». Mercredi soir, le même Griveaux affirme qu’il n’y aura aucun hommage à Pétain, « il n’en a jamais été question ». Ah bon ? Il avait dit exactement le contraire quelques heures plus tôt ! Et le soir, l’Elysée dément : « Comme indiqué à plusieurs reprises ces derniers jours, le samedi 10 novembre ne seront honorés que les maréchaux présents aux Invalides : Foch, Lyautey, Franchet d’Esperey, Maunoury et Fayolle».

Huit maréchaux, puis sept en enlevant Pétain, puis cinq en ne prenant que ceux qui sont aux Invalides, tout cela fait un peu désordre. Ce que l’on croit comprendre, c’est que Macron ne connaissait pas le dossier et qu’il a dit n’importe quoi, montrant cependant qu’il n’était pas contre (« il a été un grand soldat »), que Griveaux a volé à son secours en disant lui aussi n’importe quoi, qu’il s’est ensuite rétracté en mentant (« il n’en a jamais été question ») et que la communication du gouvernement est un travail d’amateurs. Les politiques peuvent (rarement) dire la vérité ou (plus souvent) mentir, mais se contredire en quelques heures relève d’un rapport fantaisiste ou méprisant aux Français.

A propos, il y a dans cette histoire quelques centaines d’oubliés, les 639 fusillés pour l’exemple (c’est le chiffre donné par le Service Historique de la Défense ) lors de ce qu’on a appelé, à tort, les décimations. François Hollande avait demandé en novembre 2013 au ministère de la défense « qu’une place soit accordée aux fusillés aux Invalides ». On a failli donner une place à Pétain, mais on les a encore  oubliés.

 

 

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fleche5 novembre 2018 : Caramel mou

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Ce matin, entre 6 et 7 heures, j’entends sur France Inter parler du périple présidentiel dans le Nord de la France. Une heure après, sur la même chaîne, on annonce une itinérance commémorative du président, et une demi heure plus tard on parle à nouveau de périple présidentiel. Europe 1, sur son site, parle pour sa part de voyage mémoriel. Et la veille, dans le Journal du dimanche, on annonçait entre guillemets, sans doute pour indiquer que la formule venait d’un quelconque zozo chargé de la communication dans un quelconque bureau d’un quelconque ministère, voir de l’Elysée,  une « itinérance mémorielle ». En fait je m’amuse, ou me fait plaisir : vérification faite, c’est bien l’Elysée qui a lancé cette formule.

Périple, itinérance ou voyage, commémoratif ou mémoriel, tout cela semble bien compliqué pour dire que le président de la république a entamé hier, à partir de Strasbourg, un voyage dans l’Est et le Nord de la France, sur les lieux les plus connus des batailles de la guerre de 1914-1918 : onze départements et dix-sept villes. Il s’agit donc d’un déplacement ou d’un voyage présidentiel, à l’occasion du centième anniversaire de l’armistice de 1918.

Le moins qu’on puisse dire c’est que le mot choisi par l’Elysée, itinérance, est peu fréquent. Au Québec il désigne le fait d’être à la rue, sans domicile fixe, mais on peut espérer que le président aura, dans ses différentes escales, un toit. Il désigne aussi ce qu’on appelle en anglais roaming, le fait de pouvoir utiliser un téléphone portable hors de sa zone de service, mais là aussi le président ne devrait pas avoir de problème, d’autant plus qu’il ne quittera pas le territoire national. Enfin, pour la bonne bouche, je ne résiste pas au plaisir de citer ce passage du quotidien québécois Le Soleil (8 mars 2008) qui parlait d’une personne ayant connu « une enfance difficile qui l’a très tôt menée à la dépendance à la drogue et à l’itinérance ». Mais nous pouvons espérer qu’il ne s’agissait pas du jeune Emannuel Macron.

Bref, je me demande ce que comprennent nos concitoyens à cette innovation élyséenne, itinérance mémorielle. Certains d’entre eux doivent mâcher plusieurs fois la formule en se demandant ce qu’elle peut bien vouloir dire. Ce n’est plus de la langue de bois, c’est de la langue de caramel mou ou, puisque le président aime bien les anglicismes, de la langue de marshmallow.

 

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Octobre 2018

 

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fleche26 octobre 2018 : Panurge

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Le 17 octobre se tenait un séminaire gouvernemental (non, je n’y étais pas, je tire les informations qui suivent du Canard Enchaîné) au cours duquel Benjamin Griveaux a donné quelques conseils aux ministres.

A ceux qui n’avaient pas de compte twitter : « je crois que c’est utile pour relayer les discours du président, comme celui d’hier. J’ai vu que certains ne l’ont pas fait ». On se moquait beaucoup, dans les années 1960, des députés gaullistes, les « godillots », qui répétaient en chœur ce que leur dictait le gouvernement. Twitter n’existait pas à l’époque, mais le principe était le même : ne pas avoir d’idée, faire écho à celles qui viennent d’en haut. C’est donc maintenant au tour des ministres.

A ceux qui passent à la radio ou à la télé : « Il faudrait que, quand vous allez à une émission, vous parliez bien entendu de votre domaine de compétence, mais aussi que, systématiquement, vous parliez d’un autre ministre ». Deux jours après, le 19 , Didier Guillaume, nouveau ministre de l’agriculture, à montré que sa compétence était grande en déclarant sur RTL « C’est aux scientifiques de faire la preuve ou non qu’il y a des conséquences à l’usage des pesticides ou pas ». On ne sait pas s’il relayait un discours du président, ou si le président ne s’était pas encore exprimé sur ce point et que le nouveau ministre improvisait avec brio.

Tout cela donne une drôle d’image des ministres que leur berger, Griveaux, dirige avec soin et qui, suivant en cela le modèle de la majorité des députés, se comportent comme le mouton de Panurge. Faut-il rappeler que chez Rabelais, dans le Quart Livre, ce syndrome du suivisme se finit mal : « Panurge sans aultre chose dire jette en pleine mer son mouton criant et bellant. Tous les aultres moutons crians et bellant en pareille intonation commencerent soy jecter et saulter en mer aprés à la file. La foulle estoit à qui premier y saulteroit aprés leur compaignon. »

 

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fleche24 octobre 2018 :  Rhétorique ou dérive ?

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"La haine des média et de ceux qui les animent est juste et saine". Tout le monde connaît cette phrase de Jean-Luc Mélenchon, qui peut cependant laisser perplexe. On peut en effet lire la presse, écouter les media audio-visuels ou s’en désintéresser. On peut avaler ce qu’ils disent ou s’en méfier. On peut savoir les décrypter, les analyser, les critiquer et se faire grâce à eux sa propre idée. Mais pourquoi les haïr ?  En quoi est-ce « sain » ? En quoi cette haine peut-elle faire avancer la réflexion et, subsidiairement, les idées politiques de Mélenchon ?

Bien sûr, le dirigeant de la France insoumise n’en est pas resté là. Après les révélation de Médiapart concernant sa vie privée, il a récidivé : « Plenel, quel naufrage du trotskisme à ce niveau de caniveau après avoir dirigé Le Monde. Je laisse les gens vous dire ce qu’ils en pensent. A ce niveau d’agression et d’ignominie, il n’y a plus besoin d’argumentation ». Et enfin, après une enquête de Radio France concernant ses comptes de campagne, il a appelé à « pourrir » ses journalistes qu’il avait auparavant traités d’ « abrutis » et de « menteurs ».

Faisons crédit à Mélenchon sur un point, il connaît la langue française et manie parfaitement la rhétorique. Dès lors, que signifie pour lui l’appel à la haine ? Que signifie le verbe pourrir ? Et que veut dire la phrase  « Je laisse les gens vous dire ce qu’ils en pensent. A ce niveau d’agression et d’ignominie, il n’y a plus besoin d’argumentation ». Comment peut-on dire sans argumenter ? Et si on n’argumente pas, on fait quoi ? On cogne ? On brûle ? On lynche ?

Bref la rhétorique de Mélenchon sent mauvais, je dirai même qu’elle pue. A moins, bien sûr, qu’il ne se contrôle pas, qu’il lui arrive parfois de ne pas savoir ce qu’il dit. Il doit bien exister des thérapies pour cela...

 

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fleche19 octobre 2018 :  L'accent des autres

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 Jean-Luc Mélenchon n’en rate décidément pas une, mais là il est en train de virer vers l’ignoble. Déjà, il y a quelques mois, il avait laissé percer des accents racistes envers l’Allemagne et les Allemands. Hier la chose était plus drôle et plus grave.

Drôle parce qu’il était pris à son propre piège. Une journaliste de FR3, se souvenant sans doute qu’interrogé  naguère sur les ennuis de François Fillon il avait répondu «Chacun doit répondre de ses actes...Je n’ai pas d’autre choix que de faire confiance à la justice », l’interroge : « Il y a quelques mois, vois pointiez les déboires judiciaires de Fillon et de Le Pen sur la 3, et vous disiez que c’était une décadence de la République... » Voyant venir la suite et comprenant qu’il allait être mis face à ses contradictions, il a choisi...

Et c’est là où la chose devient grave. Il a choisi de se moquer de l’accent de la journaliste plutôt que de la laisser finir sa question: « Qu’esseu que ça veut direu....  Non Madame, vous ne savez pas de quoi vous parlez. Vous dîtes n'importe quoi. Quelqu'un a-t-il une question formulée en Français? Et à peu près compréhensible? Parce que moi votre niveau me dépasse, je ne vous comprends pas ». Petite précision, la journaliste a l’accent du Sud-Ouest, de Toulouse plus précisément. Seconde petite précision, Mélenchon est élu d’une ville dans laquelle on a un accent du Sud-Est, Marseille plus précisément. Le pauvre homme doit souffrir tous les jours en entendant parler ses électeurs.

Tirer en touche pour ne pas répondre à une question est une vieille ficelle de la langue de bois et Mélenchon, en vieux politicien, manie parfaitement la langue de bois. Il y a différentes façons de ne pas répondre à une question gênante, la plus courante étant de noyer l’autre sous un flots d’arguments qui n’ont rien à voir avec la question. Mais parfois cette procédure d’évitement révèle la face cachée de celui qui la pratique (souvenez-vous de Sarkozy et de son Casse-toi pauv con).  Le leader de la France insoumise a choisi de mépriser la journaliste, en insinuant qu’avoir l’accent de Toulouse c’est ne pas parler français, être incompréhensible, et il a du même coup révélé quelque chose de lui. Jacobin ? Sans doute. Raciste ? Je ne le crois pas vraiment. Il est plutôt irresponsable, incapable de se contrôler. Mélenchon, comme d’ailleurs Le Pen, a entraîné derrière lui depuis quelques années beaucoup de jeunes. Et  cela est une bonne chose : La jeunesse française est fortement dépolitisée et tout ce qui peut l’intéresser aux choses de la cité est positif... Mais insulter la justice, appeler à la haine des journalistes, tenir des propos racistes est une drôle de façon d’attirer les jeunes vers la politique. Et qu’elle soit commune à l’extrême gauche et l’extrême droite est inquiétant.

Evidemment l’incident a fait le buzz hier soir sur les  réseaux sociaux et continue ce matin. Le quotidien La dépêche publie sur son site des réactions de ses lecteurs internautes dont voici quelques exemples:

« Eh Meluche, n'oubliez pas que vos deux députés LFI ariégeois n'ont pas non plus l'accent de la capitale. Et vous les comprenez dans l'hémicycle (si bien sûr ils ouvrent la bouche) ? »

  "Quel choc pour les sympathisants insoumis occitans, qui découvrent que leur guide sacré, pétri de culture ne les comprend pas lorsqu'ils s'expriment avec des mots simples avec l'accent du peuple des régions"

 "Député de Marseille incapable de comprendre les accents du Sud, oh bonne mèèèèèère !"

 "Là je crois qu'il a perdu des voix dans le sud ouest bouducon !"

 "Et puis aussi, si notre accent écorche les oreilles de certains, qu'ils retournent respirer l'air parisien... et surtout qu'ils y restent avec leurs mines blêmes à respirer les senteurs des pots d'échappements et la puanteur du métro"

 "Amic Jean-Luc, Quina bergonha ! Per ua elejut deth sud dera França ! Eth accent qu'ei ua riquessa ». (Ami Jean-Luc, quelle honte ! Pour un élu du sud de la France ! L'accent est une richesse).

Etc.

« Ce qu’il y a d’encombrant dans la morale c’est que c’est toujours la morale des autres » disait Léo Ferré, et nous pourrions le parodier : ce qu'il y a d'encombrant dans l’accent, c’est que c'est toujours l’accent des autres. En France, effet de la centralisation sans doute, les Parisiens pensent qu’ils sont les seuls à ne pas avoir d’accent, et bien souvent, lorsqu’ils veulent réussir au niveau national certains tentent de perdre le leur, de le masquer, en s’alignant sur l’accent de la capitale. Pasqua, avec son accent grassois, ne pouvait pas aller plus loin dans la hiérarchie ministérielle, qu’au ministère de l’intérieur. Castaner, qui vient d’y parvenir, aura du mal à suivre la longueur de ses dents jusqu’à l’élection présidentielle. Et Mélenchon, qui dans son enfance avait sans doute un accent pied-noir, est aujourd’hui linguistiquement formaté pour participer à une telle élection. Mais à quel prix ! Au prix d’un racisme de ruisseau, ou du café du commerce. C’est à se demander pourquoi les Marseillais l’ont élu député. Seraient-ils masochistes ? Allez, je vais me livrer à une plaisanterie douteuse. Quand on compare les résultats de l’Olympique de Marseille à la ferveur de ses supporters, on pourrait croire à ce masochisme. Mais il sera intéressant d’examiner de près dans le sud de la France les résultats de la FI aux prochaines élections.

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fleche15 octobre 2018 : Autocéphalie

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Il m’arrive, dans mes cours ou mes conférences, lorsque je parle des frontières linguistiques et que je veux montrer qu’elles peuvent être aussi sociales ou politiques, d’évoquer le cas de l’Ukraine. En effet, si l’on examine le résultat de l’élection présidentielle de 2004,  opposant Viktor Ianoukovitch à Viktor Iouchenko, on constate une partition du pays en deux, que confirme l’élection de 2010, opposant Ioulia Timochenko, considérée comme pro-européenne, à Victor Ianoukovitch, pro-russe:  les cartes des résultats des deux élections sont pratiquement superposables avec à l’Est une majorité pour le candidat pro-russe et à l’Ouest une majorité pour le candidat pro-occidental.

Or cette partition correspond assez largement à la carte linguistique du pays : on parle plutôt russe à l’Est, plutôt ukrainien à l’Ouest. Et il en va un peu de même en ce qui concerne les religions : les catholiques sont majoritaires à l’Ouest du pays, , les orthodoxes à l’Est. C’est-à-dire que dans l’ensemble délimité par les « frontières de l’Ukraine », mises à mal par l’expansionnisme russe, nous voyons apparaître deux sous ensembles : les résultats des élections présidentielles, la répartition des langues dominantes et les religions concordent en grande partie.

Or l’église orthodoxe d’Ukraine est depuis longtemps mise sous la tutelle directe du patriarche de Moscou, ce qui est une façon de plus pour le régime de Poutine de contrôler ce voisin qui aiguise ses appétits. Mais il vient de se produire une petite révolution : le patriarcat de Constantinople (quelque chose comme le Vatican des orthodoxes) vient d’accorder à Kiev l’autocéphalie, c’est-à-dire l’indépendance spirituelle et juridique, et le droit d’avoir son propre patriarche. Il s’agit d’un coup dur pour Moscou, qui perd environ  un tiers de ses églises et ne peut plus prétendre au statut de premier patriarcat au monde, ou de rival du patriarcat de Constantinople. En gros, Poutine a certes mis la main sur la Crimée mais il vient de perdre une bataille politico-religieuse.

Comme quoi les frontières peuvent être polysémiques, avoir à la fois un sens  politique, linguistique, religieux, et la tendance à faire coïncider ces espaces parfois différents est sans doute l’une des marques du nationalisme.

 


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fleche9 octobre 2018 : Irresponsabilités

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Chaque semaine ou presque, et depuis longtemps, les media nous alarment : « Bientôt il sera trop tard », « Maintenant ou jamais », « la maison brûle et nous regardons ailleurs », « que lèguerons-nous à nos enfants », « éviter l’ingérable », « gérer l’inévitable », « où va la planète ? » Et le récent rapport du GIEC a multiplié ces appels à la prise de conscience. Tout le monde le sait, et tout le monde s’en fout. Mais cette inconscience ou cette irresponsabilité collectives ne concernent pas que le climat.

Dimanche, au Brésil, Jair Bolsonaro a recueilli au premier tour de l’élection résidentielle 46% des voix. Bolsonaro, vous connaissez ? Un militaire venu à la politique, misogyne, homophobe, raciste, anti-droits de l’homme, soutenu par les églises évangélistes, les fazendeiros de l’agrobusiness et par tout le monde économique, qui rêve de ramener son pays à l’ère des « gorilles », cette  dictature qui a muselé le pays de 1964 à 1985. C’est loin le Brésil, ça ne nous concerne pas ?

Regardons plus près de nous. Lundi, en Italie, Marine le Pen et Matteo Salvini ont paradé, affirmant leur volonté de construire un axe fort à Bruxelles, de  détruire l'Europe de l’intérieur grâce aux élections à venir, avec sans doute le FPÖ autrichien, le KNP polonais. FPÖ est le sigle de Freiheitliche Partei Österreischs, « parti de la liberté d’Autriche », les mots ne coûtent pas cher. Et KNP signifie Kongress Nowej Prawicy, « Congrès le la Nouvelle droite ». Nouvelle droite, ça ne vous fait pas frémir ? N’oublions pas Orban en Hongrie, chantre du nationalisme ou Netanyahou en Israël, qui lui aussi ne sait pas vraiment ce que signifie « droits de l’homme », surtout quand l’homme ou la femme sont palestiniens. Tout cela est moins loin que le Brésil, non ?

Et en France ? Wauquiez, Le Pen, Dupont-Aignan et la « manif pour tous » vont d’une façon ou d’une autre converger un jour pour nous donner une belle extrême droite  (ou une nouvelle droite) qui n’aura pas grand mal à cueillir le pouvoir. Face à cette menace, quoi ? La gauche est incapable de se confronter intellectuellement aux problèmes qui font le miel de cette extrême droite (les réfugiés, le racisme, le nationalisme pais aussi la retraite ou le déficit). Macron, propre sur lui et lisse comme un banquier qui sort de l’ œuf, bluffe mais dérape sans cesse, se casse les dents et montre à ceux qui ont cru en lui son incapacité à agir sur la situation. Mélenchon poursuit sa démarche solitaire de populiste de gauche, sachant très bien qu’il n’aura jamais seul la moindre majorité.

L’inconscience et l’irresponsabilité ne concernent pas seulement la situation écologique de la planète. Elles concernent aussi notre avenir politique. L’extrême droite est à nos portes, et nous regardons ailleurs.

 

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fleche2 octobre 2018 :  Obsèques... et hommage

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Le 19 avril 1980, plus de 50.000 personnes accompagnaient la dépouille de Jean-Paul Sartre vers le cimetière du Montparnasse. Deux semaines auparavant, seuls des amis assistaient à la levée du corps de Roland Barthes, qui sera enterré dans un petit cimetière à Urt, dans les Pyrénées-Atlantiques. Deux morts, deux traitements différents. En octobre 1978, Jacques Brel, mort à l’hôpital de Bobigny, était enterré discrètement dans un petit cimetière, aux îles Marquises. Le 31 octobre 1981, Georges Brassens était enterré dans l’intimité à Sète. En juillet 1993, c’était au tour de Léo Ferré, enterré à Monaco, en présence de quelques proches. Dans tous ces cas, des personnalités publiques, célèbres, dont les obsèques étaient plus ou moins discrètes. Mais, dans tous les cas aussi, ce n’étaient pas les pouvoirs publics qui en décidaient.

Plus récemment, le 5 décembre 2017, mourraient Jean d’Ormesson et Johnny Hallyday. Le premier eut droit à une cérémonie discrète, le second à des obsèques quasiment nationales.

Il y a eu en France, depuis 1885,  un peu plus d’une quarantaine d’obsèques nationales, celles de quelques écrivains (Victor Hugo, Pierre Loti, Maurice Barrès, Paul Valery, Colette, Aimé Césaire), d’une dizaine de militaires, d’une quinzaine de politiques et d’une artiste, Joséphine Baker. Sous la quatrième république, il fallait une loi pour octroyer cet honneur, sous la cinquième il suffit d’un décret du président. Mais cette tendance croissante à vouloir réserver à certains disparus un cérémonie officielle particulière est étrange. Les  dernières obsèques nationales, en 2008, étaient celles d’un certain Lazare Ponticelli, dont peu de gens connaissent le nom. Il s’agit du dernier vétéran français de la seconde guerre mondiale. Mais le général de Gaule n’a pas eu droit à cet honneur. Allez comprendre ! Voici donc que des voix s’élèvent pour réclamer qui un hommage national qui des obsèques nationales pour Charles Aznavour.

Il n’est pas question pour moi d’établir un baromètre de la notoriété ou du mérite, et d’ailleurs Aznavour a droit au moins aux mêmes égards qu’Hallyday. Des obsèques nationales ? Cela aurait peu de sens.

Mais c’est un immense chanteur qui vient de disparaître. Je ne l’ai que très peu connu mais je voudrais moi aussi lui rendre un petit hommage discret, à mon échelle. En 1991, je publiais une biographie de Georges Brassens, aux éditions Lieu Commun. Mon éditeur, Gérard Voitey, était également notaire, en particulier le notaire de Charles Aznavour. C’est un ami, Gérard Davoust, qui m’avait mis en rapport avec Voitey, Davoust qui était aussi l’associé d’Aznavour à la direction des éditions musicales Raoul Breton. Et Aznavour s’était bizarrement investi dans la promotion de mon livre. Nous avions mangé deux ou trois fois ensemble, et un soir qu’à Bobino, Alice Dona présentait un spectacle Brassens avec les élèves de son école de chanson, dans le hall je signais mon bouquin. Et Aznavour s’était subitement transformé en bonimenteur, interpellant les gens : « Achetez le livre de Calvet, il est excellent ». Il s’amusait comme un gamin dans ce rôle que personne ne lui avait demandé de jouer. Mais, même si beaucoup parlent de son ego, il m’était apparu ce jour-là sous un aspect tout différent: désintéressé, généreux et surtout marrant.

C’était juste un petit hommage. Et il aura les obsèques que voudra sa famille.

 

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Septembre 2018


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fleche23 septembre 2018 :  Baptême

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Dans le Journal du dimanche d’aujourd’hui, un article sur un tournoi de golf parle du joueur « Nord-irlandais » Rory Mcliroy. L’homme est effectivement né en Irlande du Nord, ce qui signifie qu’il doit avoir un passeport britannique. Le qualifier de « joueur britannique » ne serait donc pas faux, mais aurait sans doute des connotations différentes. Je suis incapable de dire si ce changement de nomination  aurait entraîné des troubles, en d’autres termes je ne sais pas quelle est la formulation « politiquement correcte », mais ce droit de nommer, ou de baptiser, est la première violence faite aux êtres humains. Les parents ont ainsi le droit de choisir le prénom que leur enfant portera toute sa vie, comme Christophe Colomb se donnait le droit de baptiser les îles qu’il « découvrait » dans la mer des Caraïbes.

Or il se passe actuellement au Liban un débat de nomination porteur d’opposition violente. Un certain Moustapha Badreddine, dont j’ignorais jusqu’ici le nom, est en effet au centre d’une violente polémique. Ce Badreddine est en effet accusé par le Tribunal Spécial pour le Liban d’avoir été l’un des organisateurs en 2005 de l’assassinat de l’ancien premier ministre du Liban, Rafiq Hariri. Mais Badreddine était en outre un chef militaire du Hezbollah, qui a été tué en 2006 à Bagdad, qui comme on sait n’est pas une ville libanaise mais syrienne.

Dès lors, comme le qualifier (ou baptiser) ? Terroriste ? Assassin ? Combattant ? Le Hezbollah a choisi : martyr. Et la municipalité de Ghobeiry, dans le sud de Beyrouth, vient de rebaptiser une artère  rue du martyr  Moustapha Badderine. On imagine la réaction du premier ministre, Saad Hariri, fils de Rafiq. Pour compliquer encore les choses, il tente depuis longtemps de constituer un gouvernement, dans lequel devrait figurer le Hezbollah, mais cette histoire de nom de vue complique singulièrement les choses.

Je n’ose proposer rue de l’olivier, ou rue de la colombe...


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fleche12 septembre 2018 :  L'un souille, l'autre pas

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Il est donc probable que le prochain président de l’Assemblée Nationale ne soit pas une présidente et que Richard Ferrand soit élu à ce poste. Il faut dire qu’il a toutes les compétences requises. Conseiller général PS du Finistère, puis conseiller général PS de Bretagne, élu en 2012 député PS (je sais, j’ai répété trois fois PS, et je vais récidiver) il est alors considéré comme proche de l’aile gauche du PS. Et puis, abracadabra, il devient subitement l’un des premiers soutiens de Macron, dès octobre 2016. Pendant la campagne présidentielle, alors que Fillon se débat dans les affaires, Ferrand déclare que cela « souille tous les élus de France » (hou ! le vilain Fillon). Il devient ministre, alors qu’il traîne lui aussi une casserole (une magouille présumée dans les mutuelles de Bretagne grâce à laquelle il aurait permis à sa compagne d’acquérir dans les conditions douteuses un bien immobilier). Et, à la mi-juin 2017 il quitte le gouvernement pour devenir président du groupe La République en Marche à l’assemblée. Un joli parcours, rapide et sinueux si l’on se souvient que deux ans avant il était... à la gauche du PS.

Le voici donc sur le point de devenir président de l’assemblée. Problème : l’affaire des mutuelles de Bretagne est relancée par une nouvelle plainte (de l’association Anticor) en cours d’instruction. Et un journaliste de Libération lui demandait hier s’il démissionnerait en cas de mise en examen. Sa réponse est exemplaire. Il rappelle tout d’abord de beaux principes : « séparation des pouvoirs », « différence radicale entre une mise en examen... et ce qui procède simplement d’une plainte », puis conclue : « Quoiqu’il en soit, une décision procédurale n’a pas vocation à décider de l’exercice d’un mandat parlementaire ».

Je ne sais pas comment vous analysez cette dernière phrase, mais je la traduirais volontiers de la façon suivante : « je vous emmerde et j’emmerde les décisions procédurales, je suis élu, je le reste ». Hasard du calendrier, le même jour, Alexandre Benalla  refusait de se rendre devant la commission d’enquête du Sénat (il changera d’avis le lendemain). Et, dans les deux cas, on croit entendre, comme en voix off : « nous sommes intouchables ». Il y a là une grande arrogance

C’est le 3 mars 2017 que Ferrand voyait dans l’affaire Fillon une souillure pour tous les élus de France. Or Fillon ne sera mis en examen que le 14 mars. Il était donc à peu près dans la même situation que Ferrand aujourd’hui. Mais il nous faut bien conclure que l’un souille, l’autre pas.

 

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fleche4 septembre 2018 : Bigorneau

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Il était, bien sûr, difficile de remplacer Nicolas Hulot, le plus populaire des ministres, le plus médiatique. Le pâlot François de Rugy a dont été choisi, et les commentateurs le qualifient de « macronien pur jus », élu député avec l’étiquette de la République en marche et soutien inconditionnel du président. En fait les positions politiques du nouveau ministre ont toujours été à dimension variable. D’abord élu député comme  écologiste, il rejoint le groupe socialiste en 2016, participe à la primaire du PS en 2017, y obtient 3,88% des voix (ce qui témoigne de l’importance de son envergure), s’engage à défendre le vainqueur, Benoît Hamon, mais s’empresse de retourner sa veste pour soutenir Macron et se fait réélire député sous son drapeau. Bref c’est un politicien moyen (je veux dire dans la moyenne : avec des convictions politiques fluctuantes), qui ne gênera jamais le gouvernement. Il ne dira jamais un mot plus haut que l’autre, ne menacera jamais de démissionner, bref il respectera les codes.

Un chroniqueur de Libération écrit ce matin que ce remplacement ne changera rien : « Qu’il s’agisse de Hulot, d’une plante verte, de François de Rugy, d’un bigorneau ou du pape, le résultat sera le même ». A une différence près, peut-être : Hulot était un bigorneau vivant, frais, alors que Rugy est un bigorneau surcuit.

 

 

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Août 2018

 

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fleche31 août 2018 : Causes et effets

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J’ai vu dans le New York Times International Weekly de cette semaine un article dont le titre, « In East Ukraine, War brings more wolves » m’a intrigué. Après lecture, il s’agissait d’abord d’un paysan qui a été mordu par un loup, de divers chiens tués par les loups, d’un pêcheur attaqué par un renard, mais, derrière tout cela, d’un entraînement de causes et d’effets qui mérite d’être conté.

A l’Est de l’Ukraine, là où se manifestent depuis quelques années les appétits territoriaux de la Russie, la chasse est désormais interdite sur une bande de soixante kilomètres le long de la ligne de front entre les forces ukrainiennes et les séparatistes pro-Russes (et, mais cela est nié par la Russie, également des forces russes). Fort bien, et fort sage : n’importe qui portant un fusil pourrait être pris pour un belligérant et descendu par un véritable belligérant le prenant pour quelqu’un du camp adverse.

Premier résultat, la population de faisans et de lièvres a subitement augmenté de façon notable. Normal, puisqu’on ne les chasse plus, ils se multiplient, bien à l’abri des balles des chasseurs.

Deuxième résultat, cette profusion de proies attire les prédateurs. Normal : là où il y a à bouffer, il y a des bouffeurs. C’est donc la population de loups et de renards qui a subitement augmenté dans cette zone sans chasseurs et pleine de gibier.

Problème : le pêcheur attaqué par un renard l’a tué et ramené, et un vétérinaire a constaté qu’il était porteur de la rage.

Conclusion sous forme de constatations et d’une question.

Les constatations : les Russes veulent prendre une partie de l’Ukraine, ils lancent une guerre civile, les chasseurs sont interdits le long de la ligne de front, le gibier y prospère, les prédateurs en profitent, certains d’entre eux sont porteurs de la rage et attaquent les êtres humains.

Question : les Russes sont-ils propagateurs de la rage ?


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fleche28 août 2018 : Un peu de fraîcheur

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Non, je ne vais pas vous parler de la canicule (encore que...) mais de la démission, hier et en direct sur France   Inter, de Nicolas Hulot.

D’habitude les choses se passent très différemment : un communiqué de Matignon disant que Monsieur ou Madame X a présenté sa démission pour des « raisons personnelles » et que le premier ministre l’a acceptée, même si c’est en fait le premier ministre qui l’a viré. De ce point de vue, Hulot a créé un précédent, ne prévenant personne, sans doute pour éviter qu’on dénature le sens de sa décision avant qu’il ait le temps de s’expliquer publiquement. Et il s’ensuivit une véritable panique. Il fallait voir la gueule de Benjamin Griveaux, transfuge du PS où il n’avait jamais occupé de poste très important et désormais porte-parole d’En Marche ! Interrogé par le journaliste Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV, et privé d’éléments de langage, Il ne pouvait que parler « d’absence de courtoisie » (le fait de démissionner sans prévenir). Il fallait aussi voir aussi celle de Marlène Schiappa interrogée par Guillaume Durand sur Radio Classique. Il lui parle d’abord des propos du pape sur l’homosexualité, elle répond comme quelqu’un qui récite une leçon, il l’interroge sur sa loi, elle argumente, puis sur la loi sur les fake news, elle continue à répondre en déroulant un discours convenu et boum, il annonce que Nicolas Hulot vient de démissionner. Elle se fige, puis se met à rire et répond « c’est une plaisanterie ?! », ajoute qu’il faut vérifier, insinue que c’est peut-être encore un coup de fake news.

Et bien non, ce n’était pas une plaisanterie ni une fausse nouvelle! Et ces deux séquences sont une parfaite illustration des limites de la profession politique. Le pétrole, le nucléaire, le réchauffement climatique, le glyphosate et j’en passe, nous sommes confrontés à une crise inimaginable il y a cinquante ans, tout le monde le sait et tout le monde s’en fout. D’ailleurs, lorsque Hulot a essayé de faire avancer la date d’interdiction du glyphosate, les députés de la France en Marche ont voté contre. Je n’ai personne derrière moi, pas de parti qui me soutienne a-t-il dit. Il est vrai que les Verts ne pèsent pas lourd. On disait naguère que le plus grand parti de France était celui des anciens membres du Parti Communiste. Nous pourrions dire aujourd’hui que le parti le plus inefficace, le plus inutile, est celui des écologistes, ou plutôt la galaxie des petites sectes qui passent leur temps à se dénigrer les unes les autres.

Hulot, sans le savoir peut-être, a jeté la lumière sur cette profession politique remplie de gens faisant la queue pour obtenir un poste de ministre, n’importe lequel, même s’ils n’y connaissent rien. Il a apporté un peu de fraîcheur dans ce milieu, expliquant que les lobbyistes opèrent jusque dans les bureaux de l’Elysées. Car c’est bien là le problème. Il y a un millions de chasseurs en France, ce qui donnerait selon les spécialistes trois millions d’électeurs si on y ajoute les familles de chasseurs. Alors Macron les caresse dans le sens du poil. Et les paysans, qui défendent leur droit au glyphosate, c’est-à- dire à la pollution ? Ils représentent aujourd’hui 3,6% de la population française, et l’élection présidentielle se joue en général à 3% des voix (sauf lorsqu’il y a un Le Pen au second tout). Dès lors il faut, eux aussi, les caresser dans le sens du poil. Et peu importe les convictions, s’il y en a, quand la prochaine élection est en jeu. On peut dire tout ce que l’on veut pendant les campagnes, tout promettre, mais on oublie tout cela au moment de passer aux actes. Ce que « l’affaire Hulot » dévoile, c’est que Macron, celui qui a lancé avec fierté (et en anglais) make the planet great again, celui qui a déclaré vouloir changer la politique, est finalement un politicien comme les autres.

 

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fleche19 août 2018 : "Fake science"

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Depuis environ deux ans je reçois, comme je suppose beaucoup de mes collègues, des courriers émanant de revues inconnues, en tout cas inconnues de moi, disant qu’elles publieraient volontiers un article de moi, courriers que je mettais régulièrement à la poubelle, sans chercher vraiment à savoir d’où ils émanaient vraiment. Mais un long article publié il y a quelques semaines dans Le Monde m’a éclairé. Traitant de ce qu’il appelait la « fake science », la science bidon, le quotidien expliquait qu’il y avait là un effet pervers de la pression exercée sur les enseignants-chercheurs. Publish or perish dit-on en anglais, publier ou crever, formule qui a été détournée : « publier n’importe quoi... »  Selon Le Monde, à ceux qui répondent à ces courriers on demande très vite une participation financière (c’est-à-dire qu’il s’agit de publication à compte d’auteur), on organise même des congrès bidon et, surtout, toujours selon le quotidien, certains laboratoires paient les frais de ces publications ou de ces colloques pour leurs chercheurs. J’ai même appris en passant que l’université française qui utilisait le plus cette façon frelatée de faire croire qu’on faisait de la recherche de pointe était celle à laquelle j’ai appartenu à la fin de ma carrière, l’université d’Aix-Marseille.

Or voici que la façon de draguer de ces revues a évolué. Il y a une quinzaine de jours j’ai reçu un message d’un International Journal of Language and Linguistics beaucoup plus personnalisé  que les précédents. Le voici :

Dear Calvet L-J, Warm greetings from the editorial office !

It is learnt that you have published a paper titled Pratiques des langues en France, Oui mais de quoi parlons-nous in Langage et Société and the topic of the paper has impressed us a lot.

Researchers specializing in a wide range of disciples have expressed keen interests in your paper. Aiming at promoting the communications within scientific community, specialists and professionals in different fields can get the cutting-edge research results from International Journal of Language and Linguistics. In view of the advance, novelty, and potential wide applications of your innovation, we invite you to send other unpublished works of similar themes to the journal. We are also quite looking forward to receiving your further research on the published paper. If you have any interest, please refer to the following link for more information:

http://www.journaloflanguage.org/submission

La référence à mon article était exacte, ce qui signifie que le logiciel servant à rechercher des gogos avait été amélioré. Une revue « scientifique internationale » qui propose de publier des articles qu’elle n’a pas lus, cela n’est pas banal. Mais vous imaginez la réaction de jeunes chercheurs naïfs qui ont besoin d’étoffer leur CV ? Ils doivent se précipiter sur ce genre de propositions comme la vérole sur le bas-clergé. Reste bien sûr à savoir si les autorités universitaires qui auront à évaluer ce CV seront dupes. Mais tout est possible, surtout si les évaluateurs ont partie liée avec cette « fake science ».

En effet, ce matin, j’ai reçu un autre courrier du même émetteur, qui commençait de la même façon, « Dear Calvet L-J, Warm greetings from the editorial office !

It is learnt that you have published a paper titled Pratiques des langues en France, Oui mais de quoi parlons-nous in Langage et Société and the topic of the paper has impressed us a lot.

Researchers specializing in a wide range of disciples have expressed keen interests in your paper», et poursuivait :

« On behalf of the Editorial Board of the journal, it is privileged for us to invite you to join our team as the editorial board member/reviewer of International Journal of Language and Linguistics. Your academic background and professional and rich experience in this field are highly appreciated by us. It is believed that your position as the editorial board member/reviewer will promote international academic collaborations ».

Ici encore, des collègues peut-être moins naïfs que les jeunes chercheurs pourraient sauter à pieds joints sur cette proposition. Appartenir au comité de rédaction d’une revue internationale, quel honneur !

Bref, j’ai autre chose à faire qu’à poursuivre ces investigations, que Le Monde a d’ailleurs parfaitement menées, mais il y a là une pollution du système d’évaluation de la recherche qui mériterait une enquête. Il serait d’ailleurs savoureux si l’on découvrait que certains « mandarins » étaient tombés dans le panneau. Mais j’ai sans doute mauvais esprit...

 

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fleche17 août 2018 : Etats voyous

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« Rogue state », cette expression utilisée pour la première fois par Ronald Reagan (déjà un canard à la Maison blanche) à l’endroit de la Libye, puis remis à la mode par Bush junior et Colin Powell, est aujourd'hui au centre de la politique étrangère US et de sa rhétorique : les Etats qui ne respectent pas les lois internationales, qui ne se plient pas aux désirs américains, qui gênent leurs intérêts sont décrétés voyous. Fort bien.

Mais, à y réfléchir, il y a deux états voyous, complices de surcroît, qui dominent dans cet « axe du mal » cher à Bush : les USA et Israël. Le nombre des résolutions de l’ONU auxquelles ces deux pays se sont seuls opposés est important, plus encore celui des résolutions votées par l’ONU que ces deux pays, toujours eux, ne respectent pas. Voter contre ou s’abstenir est leur droit le plus strict, ne pas respecter une résolution en revanche relève d’une voyoucratie qui, en toutes occasions, ne se préoccupe que d’une seule chose, les intérêts d’Israël, et accessoirement les intérêts électoraux du pouvoir américain.

Dans notre culture politique correcte, il devient délicat de critiquer Israël sans être immédiatement traité d’antisémitisme. Et Israël a en outre développé une ruse sémantique sournoise lui permettant de traiter d’antisémite toute critique de sa politique. Ce pays se donne le droit de faire ce qu’il veut, d’installer des colonies dans les territoires palestiniens au mépris des lois internationales, bref de se comporter comme un état voyou avec le soutien indéfectible des USA et d’une grande partie le l’opinion juive mondiale.

La loi que Netanyahou a fait voter le 19 juillet dernier va encore plus loin. Revenant sur le principe d’égalité que David Ben Gourion avait mis, en mai 1948, au sein de la déclaration d’indépendance, elle institue « légalement » un état raciste, avec les citoyens de deuxième zone, les arabes palestiniens, dont même la langue, jusque là co-officielle, est raturée. L’un des résultats de cette vilénie, auquel l’extrême droite israélienne n’avait pas pensé, est que les Druzes, jusqu’ici fidèles au pouvoir, se retournent aujourd’hui contre lui. Un autre est que la société israélienne se fissure, que l’opposition depuis longtemps muette se regroupe. Mais le pire est ailleurs. Ce petit pays, dont la création répondait à la barbarie nazie, aurait dû être une démocratie exemplaire. Il bafoue depuis de longues années les principes démocratiques. Voilà qu’il évolue officiellement vers une sorte d’apartheid honteux, vers un pays fondé sur une « race » et une religion, un pays dans lequel les minorités seraient opprimées, les ultra-orthodoxes dominants, bref vers une dictature théologique, un modèle  régulièrement dénoncé, paradoxalement celui d’un certain nombre des pays arabo-musulmans.

Bien sûr la cour suprême peut encore invalider cette loi, nous verrons, mais la séparation des pouvoirs, l’un des piliers de toute démocratie, devient de plus en plus poreuse au pays de Netanyahou. Et qu’on ne me dise pas que noter cela, signaler que ce pays dérape de plus en plus, comme d’autres pays régulièrement dénoncés par les USA, est de l’antisémitisme.


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fleche5 août 2018 : La voix de son maître

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« L’affaire » Benalla, qui aurait pu être un simple fait-divers, a fonctionné comme un révélateur, sans doute à cause des longs flottements dans la communication politique. Nous avons vu un porte-parole de l’Elysée, figé devant la caméra, ne dire pratiquement rien, deux ou trois ministres se contredire, et pour le reste un silence assourdissant. Christophe Castaner, délégué général de LREM et Richard Ferrand, président du groupe parlementaire, d’habitude très bavards, fuyaient les caméras tandis que les députés LREM semblaient pétrifiés, désarmés, perdus. Cette « affaire » ne donnait pas seulement à voir des disfonctionnements de l’Elysée, elle mettait en pleine lumière le fonctionnement d’un groupe politique attendant l’épiphanie (du grec epiphâneia,  « apparition du verbe »), incapable de raisonner sans avoir reçu l’aide d’éléments de langage.

Cela fait une trentaine d’années que cette expression est apparue dans le vocabulaire politique et dans les media, façon faussement technique de désigner une chose toute bête : dès qu’il y a un sujet brûlant tous ceux qui peuvent être interrogés par la presse reçoivent un message leur disant ce qu’ils doivent dire. Nous avons tous entendu, d’une station de radio à l’autre, d’une chaîne de télé à l’autre, le personnel politique répondre strictement de la même façon aux questions, incapable souvent de commenter, de faire la moindre digression. Un peu comme des candidats à un examen qui apprennent par cœur les réponses aux questions qu’on leur posera et les recrachent ensuite mot pour mot.

Ce type d’argumentaire, avec des formules toute faites, des petites phrases qui frappent, a pour effet de laisser croire à une cohérence : ils disent tous la même chose, donc ce doit être vrai. L’ennui est qu’il atteint souvent le but inverse. Et, dans le cas de LREM,  cela tourne à un véritable psittacisme : des députés qui, comme des perroquets, répètent des mots ou des phrases dont on a l’impression qui les comprennent à peine. Ils ressemblent à ces enfants qui récitent le catéchisme, ou à ces « fous de Dieu » qui ânonnent des passages du Coran. En fait les députés que les électeurs ont envoyés à l’Assemblée nationale sont surtout, dans leur grande majorité, des novices en politique. Le groupe LREM attend la voix de son maître pour aller ensuite la répandre à l’envi. Et lorsque le maître n’a pas encore parlé, il se tait. Puis, l’épiphanie tombée du ciel élyséen, il se précipite et récite.

Cela peut s’appeler du l’analphabétisme politique ou religieux, ou du prêt-à-penser, comme on voudra. Et cela me fait penser à une formule de François Bayrou, que je ne cite pourtant pas souvent : « Si nous pensons tous la même chose, alors nous ne pensons rien ».

 

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fleche4 août 2018 : Petite chienne

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Le spectre de la canicule semble hanter les responsables politiques, puisque nous apprenons que la ministre de la santé a reculé ses vacances afin de pouvoir veiller au grain (je sais, cette expression est mal venue : de grain, justement il n’y en pas et on en voudrait bien), et les media en font leurs choux gras (même si la sécheresse rend les choux assez rares sur les marchés). Cela me rappelle un billet que j’avais mis sur ce blog il y a bien longtemps (en 2006) et que je recycle en partie aujourd’hui. Car derrière la chaleur, les vapeurs, les ventes de climatiseurs et l'augmentation de la consommation en électricité, canicule dit au linguiste une histoire plus drôle.

J’expliquais donc il y a douze ans que le mot vient du latin canicula, diminutif de canis, qui signifiait "petite chienne" (A propos, nous avons en français un mot pour désigner le "petit chien", chiot, mais rien pour la "petite chienne", chiotte étant utilisé en un autre sens... Que font les féministes ?). Mais revenons à la canicule. Le mot latin va être utilisé pour désigner une étoile, Sirius, que l'on appelait aussi "Chien d'0rion". Or cette étoile se lève et se couche en même temps que le soleil entre le 23 juillet et le 24 août, c'est-à-dire au moment des plus grandes chaleurs. Cette période a donc été nommée canicule (canicola en italien, canicula en espagnol) par référence aux mouvements de Sirius en un point donné de l’année. Et comme, malheureusement, la canicule ne se limite pas aux 23 et 24 juillet mais déborde largement sur août, le mot a pris le sens plus large que nous connaissons aujourd’hui, perdant son lien avec le calendrier.

Chienne de vie.


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fleche3 août 2018 : Ouaf Ouaf et cocorico

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Après les animaux privés de viande, voici les animaux condamnés à mort !  Rassurez-vous (ou désespérez-vous), je ne suis pas un défenseur acharné des droits des animaux, même si une amies algérienne, Dalila, m’a dit un jour que j’étais presque un arabe, « presque » parce que j’aimais les animaux...  Bref, en Colombie, le puissant cartel de narcotrafiquants dit « cartel du golfe » a mis à prix la tête d’un chien, ou plutôt d’une chienne, qui porte le nom de Sombra. Elle travaille à la brigade des stupéfiants et a pour métier de savoir détecter grâce à son flair la cocaïne. Elle aurait ainsi à son palmarès dix tonnes de cocaïne et 245 arrestations de trafiquants à l’aéroport El Dorado de Bogota. Le « cartel du golfe » a donc promis environ 6.000 euros à quiconque l’éliminerait. Vous me direz que 6.000 euros ce n’est pas cher pour un tel flair, mais ça fait plus sérieux en pesos colombiens : 20 millions. Il ne fait pas bon être chien renifleur en Colombie...

Il est préférable d’être poulet... Enfin poule ou coq ou poulet au Liban. En effet on a découvert au siège d’Electricité du Liban, à Beyrouth, un étage entier consacré à l’élevage de ces gallinacés. Qu’est-ce que les poules, les coqs et leurs rejetons ont à voir avec la production d’électricité ?  Rien ! Enfin, pas grand-chose. Ce n’est pas que les employés d’Electricité du Liban aiment particulièrement les œufs, les omelettes, le poulet rôti ou le blanc de poulet, non. Ou du moins je n’ai aucune information sur ce point. C’est que le siège d’Electricité du Liban serait le seul endroit de la capitale où il n’y a pas de coupures d’électricité. Ainsi ces gallinacés jouissent en permanence d’éclairage, de chaleur ou de climatisation. On peut aussi imaginer qu’après abattage on les conserve au congélateur sans risque de panne.

Le « cartel du golfe » n’a pas songé à mettre Sombra dans un congélateur, peut-être parce que là-bas aussi il y a beaucoup de pannes d’électricité. En revanche, les poulets libanais se moquent comme de leur premier plumage de la canicule.

Tiens ! A propos de canicule... Mais j’y reviendrai demain.

 

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Juillet 2018

 


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fleche28 juillet 2018 : Ouaf Ouaf!

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Nous vivons une époque complètement folle ! Un certain nombre de marques proposent des aliments végans pour chiens et chats. Oui, vous avez bien lu : des aliments végans pour chats et chiens. Comment chacun sait, le chat est carnivore, et vous en avez sans doute vus jouer avec un oiseau ou une souris avant de les dévorer.. Quant au chien, il est omnivore, donc carnivore, et là aussi vous en avez vus croquer un os ou dévorer un bout de barbaque. J’ai eu dans ma vie une chatte et un chien. La chatte s’appelait Louise Michel et le chien Mandrin. Elle aurait fait une drôle de tête si je lui avait servi de la salade, et il aurait boudé si j’avais mangé devant lui un gigot d’agneau sans lui en donner les reliefs.

Vous allez me dire que tout le monde peut changer de comportement. Oui. Nous pourrions (enfin, ils pourraient) organiser des stages pour des lions, ou des alligators,      afin de les convaincre que ce n’est pas bien de manger son prochain. J’aimerais beaucoup voir ça. Je peux même leur fournir une adresse, en Louisiane, où j’ai travaillé avec des éleveurs et chasseurs d’alligators (pour être plus précis je travaillais sur la langue qu’ils parlaient, leur créole). Et j’imagine la révolte de ces bêtes que l’on voudrait priver de leur nourriture habituelle et naturelle.

Allons plus loin. Imaginez un syndicat des chiens, un autre des lions, un troisième des requins, revendiquant le droit de bouffer ce qu’ils veulent. Ce serait plaisant, non ? Et s’ils réalisaient l’union syndicale? Si le SAA (le syndicat des animaux affamés) décidaient de mener des opérations nutritives en dévorant systématiquement ceux qui veulent le priver de  viande ?

Les végans se déclarent antispécistes, c’est-à-dire qu’ils refusent l’exploitation d’une espèce animale par l’espèce humaine. Fort bien, c’est leur problème, ils peuvent bouffer des légumes ou des graines à leur guise. Mais ce qui apparaît ici, c’est la volonté d’imposer son idéologie à une espèce qui n’a rien demandé. Et vouloir imposer à un chat ou à un chien de ne pas manger de la viande, n’est-ce pas du spécisme ? A moins que ce ne soit du racisme, ou du fascisme...

Mais s’ils veulent absolument imposer leur volonté à leurs animaux, les antispécistes peuvent adopter des cobayes ou des lapins. Pas des oiseaux, ils mangent des vers. Ni des députés de la République en marche : ils avalent tout.

 

 


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fleche13  juillet  2018 : sans commentaire...

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Sans commentaire, ou silmplement celui-ci: Ce mélange de langues que dénonce la Haute Autorité tunisienne est celui que mes collègues et mes amis tunisiens utoilisent souvent entre eux. Ce qui ne les empêchent pas d'être d'excellents chercheurs et de publier en arabe ou en français.

La Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA) a mis en garde les radios Express Fm et Misk FM car leurs animateurs et chroniqueurs “utilisent une langue qui repose sur un mélange entre le dialecte tunisien et la langue française”. Selon la haute autorité, cela contrevient à l’article 28 du cahier des charges relatif à l’octroi d’une licence radiophonique mais également l’article 4 de la Convention relative à la création et à la diffusion signées par les deux radios avec la HAICA.

Cet article 4 affirme que: “Les programmes doivent être présentés en langue arabe et en dialecte tunisien et peuvent être présentés dans une langue étrangère (principalement en français ou en anglais) à condition que ces programmes ne dépassent pas les 2 heures par jour”.

“Plusieurs de vos journalistes n’appliquent pas les dispositions de l’article 4 de la convention de création et de diffusion d’une chaine radiophonique privée (...) et utilisent une langue basée sur un mélange entre le dialecte tunisien et la langue française” s’adresse l’Instance aux deux radios, ce qui représente selon elle “une contravention au cahier des charges”.

Mettant en garde Express FM et Misk, la HAICA recommande de “ne plus utiliser une langue basée sur le mélange entre le dialecte tunisien et la langue française” et appelle ”à présenter les émissions dans une seule langue claire et précise” que ce soit en arabe, en dialecte ou dans une langue étrangère.

Contactée par le HuffPost Tunisie, la chargée des relations avec les médias à la HAICA explique cette mise en garde. Selon elle, celle-ci repose sur deux niveaux: d’abord au niveau du cahier des charges qui oblige à la “bonne utilisation d’une langue” ainsi qu’au niveau de la convention qui dispose que la langue doit être claire et précise: “Quand une radio choisit la langue arabe et/ou le dialecte tunisien, ces émissions doivent être dans cette langue. Ensuite, elle peut avoir une ou plusieurs émissions dans une langue étrangère à partir du moment où ça ne dépasse pas les 2 heures par jour”. 

“Quand on parle en arabe et en français, la langue n’est pas claire. Une phrase en arabe suivie d’une phrase en français, ou deux mots en arabes et deux en français et un mot en anglais ne contribuent pas à la clarté et à la précision de la langue” explique-t-elle.

Pour elle, les principes de clarté et de précision de la langue ont été basés sur un ensemble de réflexions: “Bien sûr cela a été pensé au profit des auditeurs mais aussi pour les générations futures, en se posant la question de savoir quelle est notre langue?”.

Cette convention qui dispose ces règles à suivre a été le fruit de concertations avec les médias mais aussi de spécialistes: “Ce sont des experts et des spécialistes en sociologie, en langues, en musique et dans tant d’autres domaines qui ont convenu de ces spécificités” a-t-elle conclu.

 


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fleche11  juillet  2018: Ancrage...

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Les Belges et les Français ont regardé hier le match de demie finale de la coup du monde de football dans des conditions et des situations diverses. En famille, chez eux, parfois avec des amis, dans des bars, en abusant parfois de l’alcool, en plein air, sur des place publiques, face à des écrans géants... Et, après la victoire de la France, ce fut un concert de pétards, de cornes de brumes, de sifflets, de chansons...

Ma compagne et moi, qui ne nous intéressons nullement au foot et ne suivons jamais le moindre match, avons pour notre part innové. D’un côté l’écran de télévision, une chaîne que nous ne regardons jamais, la une, mais qui retransmettait le match, de l’autre la radio. Nous avions coupé le son de la télé et écoutions sur France Inter une émission hilarante : des humoristes belges et français, toute la bande de l’émission Par Jupiter, « commentaient » si l’on peut dire les ébats des deux équipes. Plaisanteries, jeux de mots, faux nationalismes, références à ce qui passait sur une autre chaîne (une émission consacrée au chanteur Michel Sardou), conseillant même parfois de changer de programme et, à la fin, la Belge Charline Vanhoenacker lançant quelque chose comme « maintenant je deviens française ».

Ca n’a pas d’intérêt ? Pas sûr. On sait déjà qu’une image sans son, une télé muette, est encore une émission de sens. Vous regardez les informations sans le son et vous avez une petite idée de ce qui se dit, ou encore vous faites des hypothèses, vous subodorez. Mais lorsque le son n’a que peu de rapports avec l’image, il se construit un autre sens, qui peut-être comique, ou critique. Imaginez l’image d’un discours d’un chef de l’état, celui que vous voudrez, avec le son d’un autre discours, celui d’un dictateur ou des Marx Brothers ou de Woody Allen... Roland Barthes, dans une analyse célèbre  d’une affiche publicitaire des pâtes Panzani  avait théorisé ce qu’il appelait « la fonction d’ancrage » du texte, qui donne à l’image un sens alors qu’elle peut en avoir plusieurs, être polysémique. Hier les commentaires parfois délirants de la bande à Charline donnaient un autre sens au match. Quel sens de l’image ce discours ancrait-il ? C’est bien le problème, mais ce qui est sûr c’est qu’il déconstruisait le « sérieux » de la situation, l’angoisse des supporters, le cinéma des joueurs faisant semblant de tomber puis se roulant dans le gazon. On ne voyait que de grands garçons en culottes courtes s’agiter, se bousculer, se disputer un ballon en lui donnant des coups de pieds, et on entendait un discours presque onirique qui déclenchait un rire libérateur.

 

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fleche10  juillet  2018 : Encore des clichés

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J’écrivais hier : «il n’est pas exclu que les « histoires belges » reviennent en force d’ici demain ». Ce matin, comme pour me démentir, La Provence  titrait Pas de blague ! Et l’article se terminait ainsi : « Les Bleus sont prêts pour atteindre leur zénith, à Saint-Pétersbourg, et écrire une nouvelle page de leur histoire. Surtout pas de blague, pas maintenant. Davaï les Bleus »   Joli tour de passe-passe qui consiste à intimer l’ordre de ne pas faire de bêtises, et donc de gagner, tout en évoquant de façon subliminale les blagues belges que l’on feint d’interdire. Quant au davaï les Bleus, vous aurez compris qu’il signifie, en russe, « allez les Bleus ». L’Equipe, le quotidien sportif français, nous offrait une couverture en bleu et rouge avec comme titre Une foi. Là encore tout est dans la nuance : foi en la victoire, bien sûr, mais aussi référence à une fois, expression désémantisée  qui ponctue parfois, dans le français parlé en Belgique, les phrases, et constitue surtout un cliché récurrent : lorsqu’on fait parler un Belge, dans les histoires du même nom, on lui fait dire une fois plus que de raison.. Enfin Libération titrait en une : France Belgique, frères à demi. Oui, il manque un e au dernier mot. Faute d’orthographe ? Que nenni ! Juste une façon de renvoyer « subtilement » au demi de bière. Allez, ce soir tout se terminé, ou presque. Ouf !

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fleche9 juillet  2018 : La guerre des clichés