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Décembre 2012

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fleche24 décembre 2012: Référendum ou plébiscite?

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Je n’ai jamais apprécié le principe du référendum, pseudo consultation démocratique instaurée par De Gaulle lorsqu’il fit rédiger la constitution de la V° république. Qu’il s’agisse de consulter le peuple ou de le faire décider, l’étymologie nous montre que la frontière entre référendum et plébiscite (plebs et scitum, « décision de la plèbe) est pour le moins ténue, et nous ne sommes pas très loin du césarisme. Un référendum demande de répondre par oui ou par non soit à une question simple (« voulez-vous la légalisation du haschich? » par exemple) soit à un choix plus complexe (« êtes-vous pour l’adoption du traité établissant une constitution pour l’Europe ? », toujours par exemple). Dans les deux cas, le peuple répond souvent à une autre question, selon ce qu’il pense du pouvoir politique qui l’interroge, et dans le second il lit rarement le texte qu’on lui demande d’approuver. Et enfin, si la réponse ne plaît pas à ce pouvoir politique, il peut toujours tourner la chose par un autre moyen. Nous en avons eu une belle démonstration en France lorsqu’en mai 2005 Jacques Chirac interrogea le peuple sur la ratification de la constitution européenne. Près de 55% de non, sans qu’il soit possible de savoir le pourcentage de citoyens qui en avaient lu le texte. Mais ce qui est sûr c’est qu’un sondage IPSOS avait montré après la consultation que 52% ce ceux qui avaient voté non l’avait fait pour s’opposer à la dégradation des conditions de vie, ce qui n’était pas tout à fait la question posée. Et ce qui est également sûr, c’est que Sarkozy s’est payé la tête des citoyens en passant, en 2008, par le Congrès pour finalement faire ratifier le traité par la voie parlementaire. En d’autres termes, si vous répondez oui, tout va bien, si vous répondez non, on vous impose de toute façon ce dont vous ne voulez pas. Si le peuple vote mal, onne prend pas son vote en considération!

Tout ceci pour en venir à l’Egypte, qui vient d’adopter sa nouvelle constitution par référendum. Ici comme en France en 2005 on peut se demander quelle est la proportion des citoyens égyptiens ayant lu le texte sur lequel il devait se prononcer . Mais l’immense majorité des Français sait lire alors qu’il en va très différemment pour les Egyptiens. Selon l’UNESCO, il y aurait 70 millions d’analphabètes  dans les pays arabes, pour une population globale de 320 millions d’habitants, et l’Egypte aurait un taux d’analphabétisme de 66% chez les plus de quinze ans. C’est-à-dire qu’un tiers seulement du corps électoral y est capable de lire le texte de la constitution (ce qui ne signifie pas qu’il l’ait fait) et que ce référendum est tout sauf une consultation démocratique : encore une fois la frontière entre référendum et plébiscite est ténue. Les Egyptiens ont donc voté pour une constitution qu’ils ne peuvent pas lire, et en imaginant même qu’il n’y ait eu ni pressions ni fraudes il est difficile que prendre au sérieux ce qui est une sorte de mascarade. Nous vivons une époque moderne où les analphabètes sont invités à dire ce qu’ils pensent d’un texte. Bientôt on demandera aux aveugles de donner leur avis sur les expositions de peintures et aux sourds de juger de la musique.

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fleche16 décembre 2012: Vu de Dakar

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En Egypte les frères musulmans, comme prévu, essaient de passer en force. Vu de loin, du Sénégal, à travers les informations télévisées, on a l’impression que les gens qui défendent la nouvelle constitution ne l’ont pas lue. Savent-ils lire, d’ailleurs ? Ils semblent se contenter de dire qu’il faut suivre les frères, soutenir Morsi, et puisqu’ils demandent de voter oui alors il faut voter oui. La seule référence au texte constitutionnel que j’ai entendue était dans la bouche d’opposants, citant par exemple l’article 149 qui renforce considérablement la pression de la charia… Samedi matin je vois à la télévision un bureau de vote, au Caire. On précise qu’il s’agit d’un bureau « pour hommes ». Hommes et femmes ne votent pas dans les mêmes lieux en Egypte. C’est beau le progrès.

A Newton, aux Etats-Unis, tous les records sont battus : cette fois-ci c’est 28 morts que l’on déplore dans une école. Obama écrase une larme mais ne parle pas d’interdire les armes. La NRA (national riffle association) est un lobby trop puissant. Aux armes, citoyens ! On devrait y penser en France : on dit qu’il n’y a pas assez d’enseignants, mais c’est une mauvaise évaluation, en fait il y a trop d’élèves. Les Américains, toujours à la pointe du progrès, ont trouvé la solution : diminuer le nombre d’élèves.

En France, Copé et Fillon continuent  leur petit spectacle. Cette fois-ci c’est Raffarin qui joue le monsieur bons offices : nous sommes sauvés !

Pendant ce temps, à Dakar, je me passionne pour les mésaventures de monsieur Guèye. Vous ne connaissez pas monsieur Guèye ? Il s’agit d’un brave enseignant à la retraite qui est allé un jour voir un marabout, Diallo, pour qu’il aide ses deux filles à réussir leurs examens. Non, il ne s’agissait pas de les faire réviser mais de faire des prières spéciales, de donner des bains mystiques, bref de tout ce qu’il faut pour aborder l’âme sereine ces épreuves universitaires. Diallo emmène alors Guèye dans la forêt (la forêt de Sébikotane, pour ceux qui connaissent) et là, ô stupeur, le marabout se transforme en nain. Très impressionné par cette performance, Guèye accepte donc ce que lui ordonne le marabout nanisé : épouser une fille djinn pour faire fructifier son patrimoine financier. Mais pour cela il faut, bien sûr, acheter une bague en or pour la fille djinn, du tissu pour les robes des demoiselles d’honneur, un bœuf, une chèvre blanche pour les parents djinns, bref beaucoup beaucoup d’argent. Monsieur Guèye y laisse toute sa fortune, mais il faut ce qu’il faut. D’ailleurs l’avocat plaide que les filles de l’enseignant retraité ont réussi leurs examens : de quoi se plaint-il. Il ajoute, l’avocat, que le marabout n’aurait pas pu se transformer en nain en présence du plaignant. De telles transformations nécessitent sans doute la solitude. Bref le tribunal hésite. Faut-il condamner ou non le marabout pour escroquerie ? Vous m’accorderez que, face à ce dilemme, l’article 149 de la constitution égyptienne, les 28 morts de Newton et le duel Copé-Fillon n’ont guère d’intérêt

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fleche7 décembre 2012: Tzolkin, haab, katun, baktun...

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A l’approche de l’an 2.000, vous vous en souvenez sans doute, une sorte de peur millénariste s’est répandue un peu partout. Dans mon domaine, celui de la linguistique, elle s’était manifestée par la profusion de livres sur la « mort des langues ». Et l’inénarrable Paco Rabanne, couturier espagnol aux tendances mystiques, avait même annoncé que nous ne verrions pas cet an 2.000 puisque le 11 août 1999 la station russe Mir devait s’écraser sur le château de Vincennes, entraînant à l’en croire une véritable apocalypse.

Depuis lors, Paco Rabanne s’est fait très discret. Mais d’autres ont pris le relais puisqu’on nous promet maintenant la fin du monde pour le 21 décembre prochain, en s’appuyant cette fois sur le « calendrier maya ». Il faut d’abord rappeler qu’il n’y a pas un calendrier maya, mais plusieurs. La chose est assez complexe car on n’a vraiment déchiffré l’écriture maya qu’il n’y a une trentaine d’années. Mais nous connaissions l’un de leurs calendriers grâce au manuscrit rédigé par Diego de Landa au XVI° siècle, et un autre a été analysé à la fin du XIX° siècle. Dans un cas il s’agit d’un calendrier religieux, appelé Tzolkin, composé de 13 cycles de 20 jours, ce qui donne une « année » de 260 jours. Dans l’autre cas il s’agit d’un calendrier « civil » solaire de 365 jours, appelé haab, composé de 18 cycles de 20 jours et de 5 jours complémentaires. Et pour indiquer une date, les Mayas donnaient la référence chronologique dans les deux systèmes, qui débutaient à une date mythique, en 3.114 avant J-C. Ajoutons qu’il fallait  52 années de 365 jours ou 73 années de 260 jours pour que le deux calendriers se synchronisent (disons, pour simplifier, qu’ils retombent sur le début des deux cycles, leur « premier janvier », puis ils se séparaient pour se retrouver 52 ans plus tard.

Mais les Mayas avaient aussi un « compte long », fondé sur des mois de 20 jours, des années de 360 jours, des groupes de 20 ans (katun) et de 400 ans (baktun) et si, comme le pensent certains spécialistes, le point de départ de cet ensemble était le 12 août 3.114 avant notre ère, alors on arriverait à la fin de ce cycle long le 21 décembre 2.012, de la même façon que les deux calendriers se synchronisent tous les 52 ans. Ce qui pourrait signifier que l’on repartirait pour un nouveau, une second, « compte long ». Les Mayas, dont la civilisation s’est éteinte il y a près de mille ans, n’imaginaient pas, bien sûr, que nous nous affolerions aujourd’hui. D’ailleurs, selon d’autres sources et d’autres calculs, nous disposons encore d’un peu de temps. En effet, selon une inscription trouvée à Palenque, le roi Pakal avait suggéré à ses successeurs de pratiquer des rituels magiques jusqu’à l’anniversaire de son intronisation, 20 baktuns (20 X 400 ans) après 615, soit le 14 octobre 4.772… Bon, tout cela est bien intéressant, un peu compliqué sur le plan mathématique, mais on a du mal à comprendre ce que cette « archéologie » maya peut bien avoir à faire avec la fin du monde. On peut songer, pour tenter d’expliquer ces angoisses ou ces pulsions de mort, à l’ouvrage de Freud, Das Unbehagen in der Kultur (traduit en français par Malaise dans la civilisation ou Le malaise dans la culture). Ce qui est sûr, c’est que toutes sortes de sectes et toutes sortes d’illuminés essaient d’attiser les peurs. Ce qui est sûr aussi, c’est que, par pur hasard, je serai le 21 décembre dans un avion. D’ici là, je pars au Sénégal demain. A bientôt


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Novembre 2012

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fleche29 novembre 2012 : Réactions

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J’ai promis hier de ne plus revenir sur le feuilleton de l’UMP et je tiendrai parole. Je veux juste vous donner deux réactions de lecteurs (en fait d’amis) à mon dernier billet, que je viens de recevoir. Le premier, Patrick, me dit qu’il a joué au petit jeu que je suggérai :  « Je viens de lire ton billet du jour et je ne résiste pas au plaisir de continuer ton jeu de permutation de consonnes. Mais je vais transgresser la règle et supprimer deux consonnes. Ça ne vole pas haut, je sais, mais ils l'ont bien cherché, et je suis d'ailleurs sûr, en lisant ton texte, que tu y avais pensé : "c'est normal d'inventer le RUMP quand on s'appelle Fion" . On s'achemine vers un parlement croupion ! » Le second, Didier, revient au «pétage de plombs de O. Mazerolles : apparemment il ne s'est jamais rendu compte que l'UMP est la mise dans le désordre de PMU, où l'aléatoire est donc prédictible ! »

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fleche28 novembre 2012 : It’s a hard day’s night ou Dog day afternoon

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Oui, c’est une dure journée ou une dure soirée  pour qui tente de comprendre la tragi-comédie que nous servent tout les jours les frères ennemis de l’UMP. Leur dernière trouvaille, hier, après l’intervention ex machina de Sarkozy, voter pour savoir si l’on doit voter : la belle idée ! C’est ce que nous avons appris mardi: l’UMP allait organiser un référendum pour savoir si les adhérents considéraient qu’il fallait refaire l’élection du président du parti. Je dois être intellectuellement limité, et je me dis  que le plus simple serait de passer directement au re-vote, mais pourquoi faire simple quand on peut on peut faire compliqué. Je me suis donc couché avec l’idée que l’UMP allait organiser un référendum baroque. Mais voilà, ce matin, j’avais à peine eu le temps d’aller acheter les journaux que j’entends dans le journal de huit heures de France Inter que Jean-François Copé estime que «les conditions d’un référendum ne sont pas réunies ». Le cirque continue donc et les commentateurs hésitent entre deux métaphores feuilletonnesques : Dallas ou 24 heures chrono. Mais les scénaristes du feuilleton ne savent pas très bien où ils vont. Motif du désaccord, semble-t-il, la création par les amis de François Fillon d’un groupe parlementaire, le « rassemblement UMP », ce qui donne le délicieux sigle de RUMP. Nous avions déjà à l’UMP deux acronymes originaux, l’exotique cocoé (commission de contrôle des opérations électorales) et l’osé conar (commission nationale des recours). Ils auraient pu y penser avant… Et voici donc le RUMP. Fillon, dont la femme est anglophone, devrait pourtant savoir qu’en anglais rump signifie « croupe », « croupion » pour un animal et pour un humain, en restant poli, « postérieur ». Nous pouvons dès lors imaginer un certain nombre d’expressions : Tête de RUMP, ras le RUMP, enRUMPé,  plein le RUMP, va te faire enRUMPer, On l’a dans le RUMP, ou dans mon français de Tunisie, qu’on m’en excuse, J’te pisse au RUMP… Bref, revenons au bal des bouffons. A midi, alors que je laisse mon ordinateur pour aller me faire à manger, j’apprends que Copé exige avant 15 heures la dissolution du RUMP. Un ultimatum, donc.. DéRUMPisation obligée, en quelque sorte. Comme je me lève très tôt j’aime bien faire une petite sieste et, à mon réveil, le RUMP est toujours là : Fillon et ses amis refusent l’ultimatum. Plus encore même car il semblerait que 112 des 120 sénateurs UMP aient rejoint Fillon. Bref, onze jours après l’élection (onze jours !) on nage dans un bordel indescriptible dont on voit mal comment il pourrait finir. Alors, je vous le jure, j’arrête désormais de commenter ce triste spectacle qui ne nuit pas qu’à la droite mais à toute la vie politique. Le testostérone, basta !

Changeons donc de paradigme et, pour finir, je vous propose un petit jeu, qui m’est venu à l’esprit ce matin en entendant à la radio un lapsus dont je n’ai pas pu noter l’auteur: « Jean-François Coupé ». Copé/Coupé, juste une voyelle. Il y a d’autres possibilités, en commutant une voyelle ou une consonne, Fillon/million par exemple, ou Copé/dopé. Si vous vous ennuyez, je vous laisse chercher la suite.

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fleche27 novembre 2012 : Titrologie

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Tout d’abord une petite précision préliminaire . Le billet qui suit n’est ni agressif ni même critique envers un titre de presse. Il constitue tout simplement une tentative de réflexion sur la mise en scène d’un texte et sur la force d’un titre. J’ai accepté de donner, par échange de courriers électroniques, une entretien à un quotidien algérien de Constantine, El Acil. Le papier est sorti hier (www.elacil.com/PDF/NOVEMBRE_2012/EDITION_26_11_12. pdf) avec, à la une, l’accroche suivante :

 Un entretien avec le grand linguiste français Louis-Jean Calvet, « La colonisation a fait preuve d’un grand mépris pour les langues locales en Algérie »

En page 6, je retrouve le texte exact que j’avais envoyé en réponse aux questions que l’on m’avait posées. Mais je n’avais consacré qu’une phrase aux rapports entre la colonisation et les langues algérienne, celle qui apparaît en première page et qui occupe trois lignes et demi dans l’article. En revanche, dans un long passage (une trentaine de lignes) je parlais de l’arabe algérien, du kabyle, de l’arabe standard, des rapports entre la langue officielle en Algérie et l’absence de laïcité. Tout cela, bien sûr, est dans mon interview mais ce titre, avant même qu’on aille éventuellement à la page 6, donne une certaine idée du contenu. Ca me rappelle, il y a quelques années, un long entretien que j’avais accordé à Télérama, trois ou quatre pages de l’hebdo, dont le titre était quelque chose comme « les hommes politiques sont plurilingues, ils parlent la langue de bois, la langue de pute et la  langue de vipère ». J’avais bien prononcé cette phrase, mais ce n’était pas le centre du papier. Remarquez, dans ce cas, c’était bien vu : on m’en parle encore et cette phrase s’applique parfaitement à ce qui se passe actuellement à l’UMP. Il demeure qu’on devrait faire réfléchir les enfants des écoles sur les titres : ce serait une forme d’éducation civique. D’autant plus qu’il y a bien des gens qui ne vont pas plus loin dans leur lecture. Le mois dernier, à Ouagadougou, un ami burkinabé me disait que la plupart des gens n’achetait pas les journaux : ils se contentaient de regarder les titres chez le marchand puis de les commenter. Et il ajoutait : « on les appelle des titrologues ».

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fleche25 novembre 2012: Mettre la charia avant les boeufs

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Grosse surprise et énorme plaisir hier soir : Stéphane Guillon était, l’espace d’un soir, de retour sur Canal +. Pour commenter, entre autres choses, le drame shakespearien de l’UMP. Un délire qu’il est impossible de retranscrire.

Il faut remercier les clowns de l’UMP car, à part eux, il n’y a pas beaucoup d’occasion de rire en ce moment. Un exemple. Ce que nous avons, dans un élan optimiste, baptisé les « printemps arabes » semble tourner en  eau de boudin hallal. On nous disait que les frères musulmans, en Egypte ou le parti En-Nahda en Tunisie, allaient jouer le jeu démocratique. J’ai déjà expliqué ici que le islamistes tunisiens au pouvoir, faux culs cachés derrière leurs barbes, poussaient devant eux les salafistes pour savoir jusqu’où on pouvait aller trop loin. En Egypte, le président Morsi est allé plus loin encore, il a fait un véritable putsch en se donnant pratiquement tous les pouvoirs. Est-il conseillé par Jean-François Copé ou par Patrick Buisson? Je n’en sais rien bien sûr, je ne suis pas dans le secret des dieux, du moins de ces dieux là, et d’ailleurs je ne crois pas en dieu. Mais cette façon de trousser la démocratie pourrait porter un  nom, que je me plais à inaugurer: Mettre la charia avant les bœufs. Les bœufs de la démocratie, déjà châtrés, s’effaceront devant la charia médiévale. Bon, heureusement pour ma petite santé que l’expression française que je m’amuse à détourner, mettre la charrue avant les bœufs, a choisi les bovins. Merci à nos ancêtres. Vous imaginez qu’ils aient choisi mettre la charrue avant les porcs, ou avant les gorets ? J’aurais été obligé d’écrire mettre la charia avant les porcs. Mon dieu, ça n’est pas hallal. Pas cacher non plus, d’ailleurs…

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fleche23 novembre 2012 : Girondins

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Le psychodrame de l’UMP donne le tournis et fait perdre la tête à certains. Ainsi le journaliste Olivier Mazerolle a-t-il pété les plombs en direct alors qu’il animait un débat sur BFM TV : « Plus personne ne comprend plus rien à ce parti. Plus personne ne fait confiance à personne dans ce parti (…) Arrêtons parce que la politique française à la petite semaine, y en a ras le bol. (...) J'en ai marre d’être obligé de commenter des inepties ». Il est vrai que la marmite et le chaudron dont je parlais hier donnent un singulier spectacle. Mais, plus largement, l’UMP a ce que nous pourrions appeler des problèmes girondins. Je ne fais pas allusion à une équipe de football, les girondins de Bordeaux (encore que nous ayons assisté à pas mal de coups francs) ni au groupe politique du même nom à l’époque de la révolution française mais, tout simplement, à la ville de Bordeaux, préfecture du département de la Gironde. C’est en effet à Bordeaux que se joue peut-être l’avenir du parti. C’est à Bordeaux que Nicolas Sarkozy, convoqué devant le juge Gentil, a été placé sous le statut de témoin assisté (pas tout à fait mis en examen, mais pouvant le devenir au gré de l’enquête), voyant du même coup son avenir politique sérieusement compromis. Et c’est le maire de Bordeaux, Alain Juppé, qui va tenter de servir de médiateur dans le bourbier UMP. Alors, pour sourire (il le faut, de temps en temps), je vous propose deux citations. Flaubert, dans son Dictionnaire des idées reçues, écrivait que les Girondins étaient « plus à plaindre qu’à blâmer ». Quant à Lamartine, dans son Histoire des Girondins, il faisait parler Danton : « Malheureux Girondins, s'écriait Danton, ils nous ont précipités dans l'abîme de l'anarchie, ils en ont été submergés ; nous le serons à notre tour, et déjà je sens la vague à cent pieds au-dessus de ma tête ». On croirait entendre un membre de l’UMP.

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fleche22 novembre 2012 : Ar pouthouarn a lâr d’ar chaodourenn eo du he revr

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C’est, je crois, Guy Mollet (une leader socialiste dont les jeunes générations n’ont sans doute jamais entendu parler…) qui avait dit que la droite française était la plus bête du monde Et ce qui se passe en ce moment semble lui donner raison. Bon, soyons honnêtes, ce qui se passe chez les écolos et chez les socialistes n’est guère plus  brillant. Devrions-nous en conclure que le peuple français est le plus bête du monde ? Ou que la classe politique française est la plus bête du monde ? Je n’irai pas jusque là, mais tout de même l’UMP (faut–il écrire l’ex UMP ?) nous donne à voir un spectacle assez étonnant. Deux candidats potentiels à la présidence de la république, qui pensent avoir la dignité nécessaire pour représenter un peuple, un pays, et la moralité nécessaire pour cela, se traitent mutuellement de tricheurs, de voleurs de voix, ce qu’ils sont sans doute l’un et l’autre. Il y a un proverbe breton qui s’applique parfaitement à leurs passes d’armes : C’est la marmite qui dit au chaudron qu’il a le cul noir (ar pouthouarn a lâr d’ar chaodourenn eo du he revr). Deux culs noirs, donc, qui s’empaillent, tandis que Juppé va essayer de tirer les marrons du feu. Mes chers amis, lisez la presse, écoutez les media audiovisuels. Nous n’en avons pas fini de nous instruire

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fleche20 novembre 2012 : Faut-il en rire?

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Jean-François Copé a donc été élu président de l’UMP, avec 50,03% des suffrages, soit 98 voix d’avance sur François Fillon. Après un psychodrame ou une comédie burlesque, comme on voudra, qui a duré plus de 24 heures (24 heures pour dépouiller un peu moins de deux cent milles bulletins !) et sous les rires de la France entière le parti de droite a donc fait l’apprentissage de la « démocratie ». Démocratie entre guillemets puisque que le nouveau président a commencé par une tentative de putsch. Dimanche soir à 23 heures 30 il annonçait benoitement qu’il était élu alors que le décompte n’était pas terminé et que la commission chargée de cette tâche était incapable de donner un résultat. Puis les mots ont volé bas, les accusations de truquage ou de bourrage d’urnes se sont croisées, et il fallait voir hier soir sur Canal + la haine derrière les sourires forcés de Rachida Dati (soutien de Copé) et d’Eric Woerth (soutien de Fillon). Bref le spectacle était hilarant. Mais faut-il vraiment en rire? La campagne de Copé a montré qu’il avait enfourché les thèmes les plus droitiers, flirtant avec les thèses du front national, ne reculant devant rien (l’épisode du pain au chocolat restera dans les annales), bref qu’il était prêt à tout pour prendre le pouvoir et préparer sa candidature à la prochaine présidentielle. Choisissant la droitisation maurassienne, identitaire, frileuse, Copé fait courir un énorme risque à son parti. Les sondages le donnaient largement battu par Fillon, mais ces sondages ne concernaient que les sympathisants de l’UMP et non pas les adhérents ou les militants. Or ces derniers se sont précipités en masse pour faire mentir les sondages, ce qui nous mène à au moins deux réflexions. La première est que la droite a sans doute fait la même erreur que les Verts l’an dernier, lorsqu’ils avaient choisi Eva Joly comme candidate alors que leurs électeurs en préféraient un autre, Nicolas Hulot, ce qui les mena à une catastrophe à l’élection présidentielle (2,31%). Choisissant Copé alors que les électeurs préféraient Fillon, l’UMP a choisi la fracture avec son électorat et s’expose peut-être à quelques déconvenues. La seconde réflexion est une question : pourquoi ? Pourquoi les militants de l’UMP ont-ils préféré l’aboyeur Copé au policé Fillon, qui ne dit jamais un mot plus haut que l’autre mais a parlé, après l’annonce des résultats, de « fracture politique et morale » ? En fait il semble que la droite n’ait toujours pas accepté sa défaite, qu’elle considère Hollande comme illégitime, comme un usurpateur, qu’elle veuille en découdre et le fait d’avoir choisi celui qui est apparu comme un quasi putschiste en dit long sur son état d’esprit. Ce parti va sans doute se durcir encore, se radicaliser et peut-être se minoriser

Il y a quelques années, lorsque nous analysions avec Jean Véronis la campagne présidentielle de 2007, nous nous étions amusés à rebaptiser l’UMP « Union des Morts de Peur ». Successivement Union pour la Majorité Présidentielle, puis Union pour un Mouvement Populaire l’UMP, inconsolable depuis la défaite de Sarkozy, va-t-elle devenir l’Union des Malade du Pouvoir ? Ayant manifestement trafiqué un peu les suffrages, serait-elle l’Union des Magouilleurs pour le Pouvoir? Si son nouveau président, élu sur le fil, ne parvenait pas à renouer les fils après la discorde, elle pourrait être l’Union du Marasme Programmé, voire l’Union des Mazettes à Perpète. Ce qui est sûr, c’est que pour Fillon elle vient de devenir l’Union qui l’a Mis à la Porte

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fleche18 novembre 2012 : Autocensure?

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On trouve au Maroc tous les hebdomadaires français, mais ils semblent avoir fait une cure d’amaigrissement. Les pages de publicité sont en effet supprimées, ce qui, par parenthèses, nous permet d’apprécier le nombre incroyable de conneries que nous sommes obligés de voir, même si nous ne les regardons pas, en passant d’un article à l’autre. Une exemple, le Nouvel Observateur de cette semaines : 196 pages, dont plus de 80 de pubs. Mais il n’y a pas que la publicité qui disparaît à l’exportation. Dans ce même numéro, en effet, à la page 130, se trouve un article sur le dernier roman de Mathias Enard, Rue de voleurs, dont la moitié se passe à Tanger. Ambiance un peu à la Mohamed Choukri, image du Maroc qui ne doit pas plaire à tout le monde, le tout finissant sur le terrorisme. Or j’apprends par un coup de téléphone que cette page ne figure pas dans l’édition mise en vente au Maroc. Censure du gouvernement marocain ? Ou prudence du Nouvel Observateur ? Il serait intéressant de voir ce qui se passe dans d’autres pays, en Afrique par exemple, pour savoir si le NO se courbe devant les pouvoirs en pratiquant une autocensure…

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fleche17 novembre 2012: En vert / envers

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Mon billet précédent m’a ramené à une période lointaine de ma vie et, du même coup, me pose étrangement quelques questions sur une partie de mes recherches actuelles. En 1964, j’avais quitté Nice pour Paris, ayant été élu au bureau de l’UNEF (Union Nationale des Etudiants de France) où j’étais vice-président chargé de l’information et rédacteur en chef de la revue de ce syndicat. Nous avions recruté comme vacataire  un jeune portugais venu d’Angola qui avait fui son pays pour ne pas participer à la guerre coloniale que menait Salazar, Luis Cilia. Luis faisait le jour des photocopies et, la nuit, écrivait, composait et chantait des chansons (en portugais, bien sûr). Parfois nous nous retrouvions le soir dans la chambre de bonne qu’il occupait du côté du boulevard Sébastopol (j’habitais pour ma part très loin, à la coté universitaire d’Antony) avec un jeune chanteur espagnol, Paco Ibañez. Paco avait trente ans et allait sortir son premier disque, Luis vingt-et-un et sortira également un disque cette année, et moi j’avais vingt-deux ans et me contentais de gratter la guitare. Je me souviens qu’un soir Paco nous avait fait entendre une version espagnol de La Mauvaise réputation de Brassens, nous expliquant qu’un français, Pierre Pascal, était en train d’en traduire d’autres, mais qu’il était très lent (et de fait le disque Paco Ibañez chante Brassens ne sortira qu’en 1979).

Tout ça pour en venir à une chose que j’avais totalement oblitérée et qui vient de ressortir du dortoir de ma mémoire. J’avais écrit un texte, que Luis Cilia avait mis en musique et chanté dans quelques meetings, une chanson sur Hiroshima qui commençait ainsi : « Tristesse en gris, tristesse en vert, tristesse envers  et contre tout »… En vert/ envers. Je me suis soudain rendu compte que, depuis vingt ou trente ans, lorsque je travaille sur la sémiologie de la chanson, que je décortique des passages de B. Lapointe ou de G. Brassens par exemple, je travaille sur des choses que j’avais pratiquées. Tout récemment par exemple, j’ai souligné que chez Bénabar, dans la suite  « j’ai tout vu, j’ai tout lu, j’ai tout fait et j’étouffe encore », le passage j’ai tout fait pouvait s’entendre, par rétroaction de j’étouffe encore, comme j’étouffais. Et cela venait dans une théorie sur le signe linguistique (voir mon Le Jeu du signe, le Seuil, 2010). Or il se passait strictement la même chose dans « tristesse en vert, tristesse envers et contre tout », et je ne m’en étais jamais rendu compte, j'avais même oublié ce texte (et je ne m'en remémore d'ailleurs que quelques passges). Je sais, cela n’a pas beaucoup d’intérêt et, c’est promis, j’arrête désormais de parler de mon misérable passé. Mais, tout de même, la mémoire suit parfois d'étranges trajets.

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fleche16 novembre 2012 : Une voix qui vient du passé

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J’ai reçu hier un long message qui m’a ramené quarante-six ans en arrière : une voix venue du passé. Jorge-Luis Borges, dans une interview, expliquait un jour que nos souvenirs sont toujours des souvenirs de souvenirs, que nous nous souvenons de la dernière fois où nous nous sommes souvenu de la chose dont nous nous souvenons (vous suivez ?). Il se trouve que j’ai très peu de souvenirs de cette époque. Je bossais dur, rédigeant ma première thèse (à cette époque on en faisait deux) et je revois seulement une masse indistincte de gamins plutôt sympas (en fait ils n’étaient pas tous gamins : j’avais aussi des terminales et certains élèves, essayant de passer le bac après leur service militaire, avaient à peu près mon âge). Et je découvre dans le texte que vous lirez ci-dessous une image de moi qui m’étonne un peu. Bien sûr mon « élève », qui devait alors avoir quatorze ans et doit donc en avoir une soixantaine aujourd’hui, a sans doute les mêmes problèmes de mémoire que moi. Aussi dois-je préciser certaines choses. Je n’ai jamais été champion de boxe par exemple, et j’ai toujours aimé Jacques Dutronc. Et puis je ne me souviens que vaguement de cette histoire de prof d’espagnol, et je n’ose imaginer ce qui se serait produit si ces chenapans avaient continué à la chahuter…. En revanche, j’avais eu des plaintes de certains parents d’élèves, parce que j’avais fait lire à leur progéniture Boris Vian (L’Ecume des jours), qui sentait à l’époque le soufre…. Pour le reste, les choses se passaient sans doute comme le raconte J-P (j’ai anonymisé son nom et publie évidemment son message avec son accord). Pourquoi le publier ? Pas par exhibitionnisme, mais parce qu’il m’a ému, d’une part.  Et parce que, d’autre part, je songe à Roland Barthes qui écrivait, dans son Roland Barthes par Roland Barthes que « les professeurs sont des catalyseurs de mémoire ». Ici, il se produit l’inverse : c’est un (ancien) élève qui est catalyseur de (ma) mémoire de prof. Deux ans après, en mai 1968, dans le même lycée, je racontais aux élèves en grève les barricades sur lesquelles je me trouvais la nuit. Et puis je suis passé en fac. Une dernière précision: après avoir mis un titre à ce billet je me suis rendu compte que je l'avais sans doute emprunté à une chanson de Joël Holmès et Maurice Fanon, Jean-Marie de Pantin, qui disait "Et ça fait mal à n'y pas croire, cette voix qui vient du passé". Ici, ça ne fait pas mal du tout. Et je laisse la parole à J-P.

Bonjour , mon nom est J-P et je suis un de vos anciens élèves du lycée de Montreuil , en 4° je pense et probablement en 66.
Je vous propose quelques souvenirs perso en vrac :
-Vos pantalons velours , votre cartable cuir et la pipe .
-Votre manière enflammée d'écrire une phrase au tableau , puis de la triturer avec méthode ( permutations des mots , flèches partout ) pour l'améliorer et la rendre plus percutante , jusqu'à se mettre totalement au service de la pensée .
-Les corrections de copies faites par le voisin , car vous n'aviez pas le temps de corriger . Vous disiez que les notes comptaient peu , que vous nous faisiez confiance ( tu parles ) et que l'important était de pratiquer la langue . Ma mère était effrayée par la méthode ( elle est décédée à 92 ans avec une orthographe parfaite , mais en dévorant les mémoires de Drucker ...). Il m'a fallu expliquer que je n'avais jamais eu un prof aussi passionnant pour qu'elle renonce à aller se plaindre chez le proviseur ( la honte pour moi ) !!!
- Nous étions une classe de salopards et nous martyrisions méthodiquement notre jeune prof d'espagnol . Vous êtes arrivé en classe et après une grande scène culpabilisante (vous avez fait pleurer cette femme bande de petites frappes...) vous avez posément annoncé que si cela se reproduisait , vous casseriez la gueule des responsables . Les deux messages sont passés et les cours d'espagnol ont pu se faire à peu près normalement ! Cette pratique de la discipline réduite à l'essentiel a été terriblement efficace .
-Les discussions autour des livres que vous nous faisiez lire . On parlait de tout , de la prostitution , de la vraie vie . C'était radicalement nouveau pour moi , cette manière de commenter ses lectures . Un plaisir absolu.
-Vos aimables polémiques avec les écervelées de la classe qui idolâtraient Dutronc .
-Voilà pour les souvenirs . On disait également que vous aviez été un champion de boxe ? Il me semble que nous vous appelions Jean Calvet et non Louis-Jean Calvet
-Votre blog est sympa . Un espace de liberté , genre Sylvie Caster de la bonne époque , en plus maîtrisé . J'ai particulièrement aimé la chronique Delarue . On se sent moins seul . Je vais devenir un lecteur régulier .
-Depuis la disparition de Sarkozy , on respire tout de même mieux !
-Pourquoi avoir limité votre bio à 2020 ?
-Sans déconner , j'ai l'impression de RENDRE MA COPIE et c'est délicieux !!!
Amicalement . JP .

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fleche15 novembre 2012 : Gorets

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J’ai fait hier un aller-retour à Paris pour donner une conférence. A midi, déjeuner rue de Bièvre, dans un restaurant algérien, où mangeait parfois François Mitterrand (il habitait dans la même rue, un peu plus bas). Sur la carte, le premier plat s’appelle Couscous du président, et le second Couscous royal : coexistence des systèmes politiques ?

Dans l’avion du retour, je suis en train de m’installer quand j’entends un hurlement étrange, comme le cri d’un goret qu’on égorge, ou peut-être celui d’une religieuse qui se trouverait soudain face à un sexe en érection. Je me retourne. Ni goret ni religieuse, une femme un peu grassouillette, blonde, habillée façon BCBG, qui continue de hurler. C’est drôle comme on peut penser vite. En une demi seconde, avant même d’accommoder mon ouie pour décrypter le sens qu’il peut y avoir derrière ces cris, je me dis qu’il ne peut pas y avoir d’alligator dans un avion d’Air France, qu’un crotale est également improbable, peut-être une mygale… En fait, elle hurle : Gardez-le, j’en veux pas, j’en veux pas.       .. Je reviens à l’hypothèse d’un sexe en érection. Mais non, à l’entrée de la cabine le stewart proposait gentiment des journaux et lui avait tendu Libération. Sand doute n’avait-il plus de Figaro…. C’était ma contribution à la sociologie de l’ordinaire, chapitre « les réactionnaires sont toujours aussi cons, et en plus ils font du bruit ».

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fleche12 novembre 2012 : Ouled magouille

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Jean-Vincent Placé, le bien nommé, et Cécile Duflot se paient en ce moment notre tête. L’une joue le jeu de la ministre responsable :  « je suis au gouvernement, j’en suis solidaire, et nos quelques points de désaccord ont été actés ». L’autre joue le jeu du sénateur trublion et se demande à haute voix ce que les Verts font dans un ministère socialiste: «Nous nous posons la question de savoir ce que nous faisons au sein du gouvernement ». Et puis Placé revient légèrement sur ses propos tandis que son parti déclare qu’il ne représente que lui-même, ne parle qu’en son nom, que ses « nous » ne sont que des « je ». Rideau, en attendant la prochaine représentation. De son côté, Noël Mamère commente : « nous voulons être respectés ». Oui, bien sûr. Encore faut-il être respectables.  Car Placé et Duflot ne sont là, l’un sénateur et l’autre députée puis ministre, que parce que le PS leur a fait un énorme cadeau. On a par exemple donné une circonscription imperdable à Duflot comme on a donné, à droite, une circonscription imperdable à Fillon. Mêmes magouilles…. Tous seuls, en comptant sur les seules forces des Verts, ni Placé ni Duflot n’auraient pas été élus et ces ouled magouille, ces enfants de la magouille, tiennent maintenant à leurs places, n’est-ce pas Placé. Alors arrêtons ce spectacle qui n’a de fonction que d’amuser la galerie…

PS qui n’a rien à voir. Hier soir, Jean-Claude Gaudin, le sémillant maire UMP de Marseille a mis sur son blog un compte rendu d’une visite des travaux qui ont actuellement lieu au stade vélodrome. Tout va bien, rien à signaler, la visite a été très instructive et s’est très bien passée Il y a juste un petit problème : cette visite devait avoir eu lieu ce matin à 11 heures, et ce compte rendu avait une vingtaine d’heures d’avance. On a beau dire, les politiciens quand ils sont à la fois marseillais et UMP, voient loin. On devrait lui demander les résultats des prochains lotos, à Gaudin.

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fleche9 novembre 2012 : Sémiologies tangéroises

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Les terrasses de café sont nombreuses à Tanger et elles ont au moins deux choses en commun : on n’y sert pas d’alcool et on n’y voit que des hommes. Fumant devant un verre de café au lait ou de thé à la menthe, ils semblent prendre le temps de voir passer le temps. Je ne sais pas si cette posture a un nom. En Algérie on appelle hittistes (du mot arabe hit, « mur ») les jeunes qui passent leurs journées debout à « soutenir le mur ». On appelle ici une place surplombant la mer, d’où l’on voit en face, en Espagne, la ville de Tarifa, la Terrasse des Paresseux, ce qui donne une assez bonne idée de l’occupation de ces disoccupati  qui traînent par là. Mais pour ceux qui passent des heures à la terrasse des cafés, sans femme et sans alcool ? Les macho-analcooliques ?

La place du Grand Socco (Socco étant l’hispanisation de Souk : les Marocains l’appellent Suk bara, le marché extérieur, hors de la Médina) joue un peu le même rôle que naguère celle de l’Hôtel de Ville à Paris. Les gens en quête d’emploi venaient y attendre les patrons, et ils « faisaient la grève » (la grève de la Seine), comme on fait le trottoir ou les Champs Elysées, d’où l’origine de l’expression faire la grève, qui a pris le sens d’arrêter le travail après avoir signifier chercher du travail. Sur la place du Grand Socco donc, des « artisans » attendent que l’on vienne demander leurs services. Et devant eux, pour indiquer leur spécialité, ils ont disposé leurs outils de travail : une scie pour le menuisier, un pot de peinture et un rouleau pour le peintre, une truelle pour le maçon, un robinet pour le plombier, etc. Les clients passent et embarquent celui dont ils ont besoin. Au Moyen Age, en Europe, les enseignes jouaient ce rôle sémiologique : le cordonnier accrochait une botte à sa devanture, le rétameur un pot en étain, le forgeron une enclume… Rien de semblable dans les souks, puisque l’espace y est spécialisé : le souk des parfumeurs, des tapis, des forgerons. Mais les « grévistes » du Grand Socco ont réinventé les enseignes.

Le 6 novembre est ici férié, en l’honneur du trente-septième anniversaire de la marche verte. La presse est unanime, parlant de la « glorieuse » marche verte, de « l’esprit de la marche ». Quant aux membres du Polisario qui réclament leur indépendance ils sont traités de tous les noms, « imposteurs », « menteurs ». J’ai cherché en vain un point de vue contraire, mais il est impossible de mettre en question la version officielle : l’ex Sahara espagnol est marocain, les Saharaouis sont marocains. Du Matin au Soir en passant par tous les autres titres de la presse quotidienne règne la langue de bois.

En route pour la ville berbère de Chefchaouen je regarde les panneaux indicateurs : Tétouan, Chefchaouen, Fès, mais pas de Ceuta. En revanche on indique un Sebta, dont je n’ai jamais entendu parler. Renseignement pris auprès de Si Mohamed, le chauffeur, Sebta (le « septième », signifiant que le samedi y est jour de marché) est le nom arabe de la ville, que les Espagnols ont transformé en Ceuta. Ceuta qui, comme Melilla, est une trace de la colonisation espagnoles, toujours occupée. Faute d’en obtenir la rétrocession, les Marocains en rappellent donc la marocanité à travers la toponymie : Sebta et non pas Ceuta.

En se promenant avec moi dans les petites rues bleues et blanches de Chefchaouen, Si Mohamed m’explique ce que je savais déjà, qu’ à chaque quartier de la ville il faut cinq choses essentielles : une mosquée, un msid (une école coranique), un four (celui du boulanger, où l’on apporte ses plats à cuire), une fontaine (tout le monde n’a pas l’eau courante) et un  hammam. Mais il oublie peut-être quelque chose. Un peu plus bas, en effet, je m’arrête devant un étal de poteries. Le marchand s’approche, me demande ce que je veux. « Rien, je regarde ». « Tu veux du chocolat ? » « Du chocolat ? » Il rigole : « Du kif».

Le lendemain, à Tanger, en rentrant me coucher, je vois à côté du baouab, du portier, une longue et fine pipe en roseau, munie d’un tout petit fourneau. Là c’est moi qui rigole : « tu fumes du kif, tu n’as pas honte ! ». Il acquiesce tranquillement. Oui, il fume du kif. Et alors ? Je lui souhaite d’en profiter. Il y a quelques semaines on parlait en Europe d’un réseau de blanchiment d’argent entre le Maroc, la Suisse et la France, l’argent de la drogue marocaine finissant dans la poche des bobos parisiens voulant frauder le fisc. Le Maroc, bien sûr, proteste de son innocence et affirme son ardeur à lutter contre le trafic. Mais ici, du moins dans le Rif, le haschich est partout. D’ailleurs ce mot, haschich, est bien anodin. Au fond il ne signifie, en arabe, que « gazon », « herbe »… Cette banalisation du H vaut presque autant pour l’alcool. Dans le centre de la ville, les boutiques vendant du vin, de la bière, du scotch ou du gin sont nombreuses. Simplement, on ne les voit pas, leurs vitrines sont opaques et, sur la devanture, on lit le plus souvent « vente de glaçons ».

Le chocolat pour le kif : métaphore. Le gazon pour le cannabis, la truelle pour le maçon: métonymie. Mais les glaçons pour l’alcool: métaphore, métonymie ou tout simplement hypocrisie ? Et Sebta pour Ceuta, ou Ceuta pour Sebta ? Ici le paradigme n’est pas neutre et l’alternance révèle ou souligne une situation politique. C’était quelques notes de sémiologie tangéroise.

En 1980, en Algérie, on parlait du « Printemps Berbère » (Tafsut Imazighen), expression qui sonne aujourd’hui comme annonciatrice des « Printemps Arabes ». Le berbère est ici partout, du moins le tarifit, version rifaine de l’amazight. Partout mais invisible, inaudible. Comme dans les romans de Mohamed Choukri (Le Pain nu, Le Temps des erreurs) dans lesquels cette langue n’apparaît que furtivement, alors qu’elle est la langue maternelle de l’auteur. En questionnant les gens on apprend qu’ils le parlent, qu’ils le transmettent à leurs enfants, mais l’environnement graphique est arabophone, francophone, hispanophone, pas une lettre de tifinagh, pas un mot d’amazight. Pourtant, à Rabat, se trouve un luxueux et très actif IRCAM (Institut Royal de Culture Amazight). Mais (pour l’instant ?) rien, dans les rues, ne rappelle que cette langue est désormais co-officielle avec l’arabe.

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fleche3 novembre 2012 : Lecture

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Dans le revue Hermès (N°63) consacrée au thème "Murs et frontières" : Des frontières et des langues, entretien avec Louis-Jean Calvet. Cela vous permettra (peut-être) de passer le temps. Je pars au Maroc pour une semaine...

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Octobre 2012

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fleche29 octobre 2012 : Accoutumance

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Il y a près de trente ans j’ai eu mon premier ordinateur, un macintosh qui n’avait même pas de disque dur (il fallait y insérer une disquette système pour pouvoir l’utiliser), et je suis incapable de savoir combien j’en ai eu depuis lors. Il y a près de quinze ans j’ai eu mon premier téléphone portable, et je n’en avais usé que deux. Et puis voilà, entre deux avions, dans un aéroport, j’ai perdu (ou on m’a volé) mon Iphone. Cela est sans doute arrivé à des centaines de milliers de personnes, mais je n’avais pas imaginé à quel point cette petite machine allait me manquer, ou plutôt à quel point ce qu’elle contenait allait me manquer. J’ai en effet acheté un nouvel Iphone, rien de plus simple (sauf le prix…), mais je me suis soudain trouvé dépourvu de deux ou trois cents numéros de téléphone que, bêtement, je n’avais pas recopié dans un bon vieux carnet. Et j’avais des tas de coups de fil urgent à passer, de rendez-vous à confirmer ou à annuler. Ce n’est pas seulement un bien matériel que j’avais perdu mais surtout un bien immatériel : une liste de chiffres… Bien sûr, il y a des réseaux : en envoyant une dizaine de mails à des amis j’ai pu reconstituer une partie de la liste perdue, mais une partie seulement. Et puis, pendant quelques heures, je me suis surpris à le chercher sans cesse, à me demander si quelqu’un ne cherchait pas à me joindre ou à avoir soudain un besoin urgent de passer un coup de fil. Cela s’appelle une drogue à accoutumance…

Cela n’a rien à voir mais, la semaine dernière à Ouagadougou nous parlions de la difficulté que les apprenants ont à prononcer le u français. Les Espagnols et les Italiens ont tendance à le prononcer ou, les arabophones i, et les Africains aussi. Un collègue camerounais nous a alors raconté une scène cocasse : un dirigeant de l’UPC, le parti au pouvoir, a lancé dans un grand meeting : « Notre parti est pire ». Il voulait dire « pur », bien sûr. Ou bien sire

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fleche21 octobre 2012 : C'est écrit dans le journal

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Une grande amie, Pauline, fabuleuse chanteuse québécoise, a un jour décidé de quitter la vie, ou plutôt (pourquoi fuir les répétitions ?), a un jour décidé de mettre fin à ses jours. Et je l’ai appris par la presse. Pauline avait justement à son répertoire un titre, C’est marqué su’l’journal, et cette expression, c’est dans le journal, ou c’est écrit dans le journal, résume assez bien la façon dont nous nous informons et dont nous croyons tout ce que la presse nous assène. C’est pourtant « dans le journal », dans Le Monde pour être précis, que j’ai déniché ce matin une information étrange : les douanes ont saisis il y a un peu plus d’un an à Marseille 25.000 porte-clés à destination de la Corse. Des porte-clés ? Oui, mais d’un modèle particulier. Il s’agissait de ribellu (en corse, « rebelle »), un bonhomme cagoulé et armé d’une kalachnikov, le symbole du nationalisme (ou du terrorisme) corse. Et selon le juge Thiel, qui rapporte le fait, ils provenaient de Chine. Son commentaire : « les partisans les plus acharnés des produits identitaires font désormais fabriquer les emblèmes de la clandestinité en Chine ». C’est cela aussi, la mondialisation…

Dans les journaux, toujours : la ville de Lourdes est sous les eaux, victime des inondations. Lourdes, comme on sait, tire depuis un siècle et demi ses revenus de sa grotte, dans laquelle Bernadette Soubirous aurait vu la vierge, et de son eau bénite, que les pèlerins boivent et achètent en bouteilles. Il y a même de l’eau de Lourdes d’origine contrôlée, certifiée par huissier. Bref, Lourdes est sous les eaux, mais la presse ne dit pas si elles sont bénites, ni bien sûr si elles sont certifiées comme telle par huissier…

Bon, je pars demain travailler quelques jours au Burkina Faso, où les gens aimeraient bien qu’il tombe un peu plus d’eau, bénite ou pas.

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fleche20 octobre 2012 : Encre/ancre

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Nous avons tous des amis que nous ne voyons que rarement. Mais nous savons où ils sont, nous savons qu’ils sont là, nous savons que si nous avons besoin d’eux ils répondront au moindre appel, et c’est rassurant. Il en va de même de certains journaux, que nous ne lisons pas tous les jours, de temps en temps seulement, mais que nous retrouvons avec plaisir lorsque nous en avons besoin. C’est pour moi, entre autres, le cas de l’hebdomadaire américain Newsweek. Il pouvait m’arrivait de l’acheter plusieurs semaines de suite, ou de l’oublier plusieurs mois, voire une année. Et je me disais récemment que j’allais y revenir au moment de l’élection présidentielle américaine. Eh bien non, je n’y reviendrai pas : confronté à de grosses difficultés financières Newsweek abandonne sa version papier et n’existera désormais qu’en ligne, et sur abonnement. Libération titrait à ce propos Newsweek lève l’encre. Le mot est joli, et je me disais en le lisant que Francis Cabrel aurait pu chanter « l’ancre de tes yeux ».

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fleche18 octobre 2012 : Plombiers et diversité

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Hier soir, dans un débat sur la criminalité en Corse, le juge antiterroriste Gilbert Thiel a eu un délicieux lapsus, parlant du tribunal de grande instance de mafia. Il voulait dire Marseille…

Hier aussi, des plombiers ont envahi ma résidence, pour changer les colonnes d’eau. Ils étaient trois dont deux ayant un accent qui me parlait. Il y a quelques années, en 2005, Philippe de Villiers s’était élevé contre une directive européenne en expliquant qu’elle permettrait « à un plombier polonais ou à un architecte estonien de proposer ses services en France au salaire et avec les règles de protection sociale de son pays d’origine ». Mais leur accent n’était ni polonais ni estonien. J’ai essayé l’espagnol, banco, l’un était argentin et l’autre péruvien. Nous avons tchatché, à la stupéfaction des voisins, mais ce qui m’a frappé n’a rien à voir avec la formule stupide de de Villiers sur le plombier polonais. Je travaille en ce moment sur la diversité linguistique, et je me suis rendu compte qu’elle est très différente au nord et au sud du monde. En Afrique, en Indonésie, en Inde, la diversité repose sur des langues locales, endogènes. En Europe, elle repose essentiellement sur des langues de migrants. Il y a deux siècles on aurait pu croiser en France des locuteurs du breton ou du provençal. Aujourd’hui… J’habite depuis plus de dix ans à Aix-en-Provence, j’y entend souvent parler l’arabe, parfois l’espagnol d’Argentine ou de Pérou donc, mais jamais le provençal. La chose est d’autant plus importante que la politique linguistique du Conseil de l’Europe n’en tient pas compte, et que sa Charte européenne des langues régionales et minoritaires, énonce clairement dans son préambule qu’elle ne se préoccupe pas des langues de migrants. Il y a là une façon de se regarder le nombril, une politique patrimoniale, qui surprend. En France en effet, à côté du français, la diversité linguistique repose surtout sur le kabyle, l’arabe, le bambara, le chinois ou l’espagnol argentin, beaucoup moins, ou presque plus, sur les langues régionales. Il serait peut-être intelligent d'en tenir compte...

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fleche17 octobre 2012 : Leader maxi maux

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Ca va mal dans les sphères gouvernementale, du moins vu de l’extérieur. Peillon, Duflot et Montebourg disent et font à peu près ce qu’ils veulent, Valls ne pense qu’à sa pomme et érige sa propre statue, les autres à l’avenant, avec un peu moins de puissance de voix mais le même sens de l’indiscipline, et le pauvre Ayrault tente de colmater tout ça. Ca dérape de tous les côtés, ça chahute, ça bordélise, et tout le monde se marre. J’ai pour ma part l’impression que nos ministres n’ont pas encore compris qu’ils étaient au pouvoir, qu’ils n’étaient plus dans l’opposition, et qu’ils lancent des idées dans tous les sens, au hasard ou presque, sans se demander si elles sont en cohérence avec la politique du gouvernement auquel ils appartiennent… Le plus drôle dans ce désordre, c’est qu’il permet d’occulter un désordre encore plus grand, à droite celui-ci. Copé et Fillon se livrent une guerre à mort, Sarkozy sera prochainement convoqué chez un juge, Woerth ira peut-être bientôt en prison, mais tous ou presque tapent sur les errements de la gauche pour faire oublier le spectacle qu’ils donnent de leur côté.

Libération de ce matin titre, en page intérieure, Jean-Marc Ayrault, leader maxi mots. Ils auraient pu pousser le jeu un peu plus loin, juste une case de plus, et écrire leader maxi maux…

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fleche16 octobre 2012 : Pour passer le temps

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Cela s'appelle Parcours d'un linguiste, c'est un film d'une heure, tourné à Rennes et réalisé par l'Université de Bretagne, bref si mes quelques interventions écrites ne vous suffisent pas, si vous avez une heure à perdre, pour passer le temps vous pouvez m'écouter à :

http://www.sites.univ-rennes2.fr/webtv/appel_film.php?lienFilm=588

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fleche8 octobre 2012 : Copé manque de réflexes

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Jean-François Copé fait le buzz! Vendredi, en meeting à Draguignan, il a volé au secours des victimes du « racisme antiblanc », parlant de quartiers dans lesquels, je le cite, « je peux comprendre l’exaspération de certains de nos compatriotes, pères ou mères de famille, rentrant du travail le soir, apprenant que leur fils s’est fait arracher son pain au chocolat par des voyous qui lui expliquent qu’on ne mange pas pendant le ramadan ». Mais il n’a rien vu, Copé. On m’a raconté qu’une petite fille sortant de l’école primaire s’était fait arracher son verre de pastis par des voyous lui expliquant qu’on ne buvait pas pendant le ramadan. Et qu’un jeune garçon fumant tranquillement du haschich s’était fait arracher son joint parce qu’on ne fume pas pendant le ramadan… Bon, restons sérieux. Copé raconte la même histoire (mais sans pain au chocolat, il ne s’agit que de « goûter ») dans un livre qui vient de sortir, Manifeste pour une droite décomplexée. Et c’est vrai qu’il est bien de droite, et qu’il n’a pas de complexe. Pas de réflexe non plus, car cette histoire de pain au chocolat, oui de goûter, il doit la garder sous le  coude depuis longtemps. En effet, le ramadan avait lieu cette année du 20 juillet au 19 août, en dehors de la période scolaire, donc. En 2011 ? Du 2 au 31 août, toujours en dehors de la période scolaire. Et en 2010 ? Du 11 août au 10 septembre. Si cette histoire est réelle, elle ne peut donc pas avoir eu lieu avant septembre 2010. Il aurait dû immédiatement hurler, monsieur Copé, en parler au gouvernement, au ministre de l’intérieur, au président de la république. Pourquoi s’est-il tu ? Il est vrai qu’à l’époque, le président s’appelait Nicolas Sarkozy…

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fleche7 octobre 2012 : Back from Brazil

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Langue des signes

J’ai donc participé à Belem (Brésil) à un énorme congrès (congrès international de dialectologie et de sociolinguistique) dans lequel, chose assez rare, il y avait une traduction simultanée pour les sourds. J’avais expérimenté la chose il y a bien des années, devant un public d’une centaine de sourds, et ce qui m’avait le plus frappé était les regards du public. Pour ne pas me gêner sans doute, l’interprète s’était placé derrière moi, quelque part à ma gauche, et tandis que je parlais je voyais tous les regards dirigés vers lui, comme si je n’avais pas existé. Ce dédoublement ou plutôt cette disjonction entre la parole (ou ici les signes) et le corps (celui du conférencier ou celui de l’interprète) m’avait marqué. Ici, à Belem, je suis pour l’instant dans la salle et j’ai face à moi trois lieux d’émission : le conférencier au centre, un énorme écran sur lequel est projeté son power point à sa droite, et à sa gauche l’interprète. Je devrais d’ailleurs dire les interprètes, car ils se remplacent toutes les vingt minutes, comme tous les interprètes du monde : c’est une mesure syndicale. Mais ici le changement a lieu à vue : Un nouvel interprète monte sur l’estrade, se glisse derrière celui qui est en fonction et qui, au bout de quelques secondes s’efface pour laisser la place à son remplaçant. J’oublie le power point, tente de suivre par les oreilles la conférence en portugais et utilise mes yeux pour suivre la traduction signée. Exercice un peu malaisé, mais plein d’enseignements.

J’avais déjà noté dans des situations d’interprétation orale une forme de mimétisme phonique entre la voix du « transmetteur » et celle de l’émetteur d’origine, mimétisme qui mériterait d’être étudié, en particulier quand c’est une voix féminine qui traduit une voix masculine, ou l’inverse. Ici les choses sont bien sûr différentes, mais encore plus frappantes. Une conférence lente, ennuyeuse, soporifique, et l’interprète semble languide, prêt à s’endormir, une autre conférence énergique et l’interprète est revivifié, et cela se voit sur son corps. Le meilleur exemple de cette sympathie, au sens étymologique, m’a été donné au tout début du colloque. Après quelques allocutions de circonstance on a joué l’hymne national (tous les goûts sont dans la nature…), neuf cents personnes debout dans la salle de conférence, et une interprète traduisait les paroles de l’hymne en langue des signes. Mais elle faisait plus que traduire le texte, tout son corps vibrait, comme si elle traduisait aussi la musique, ou la visualisait. Elle semblait parfois diriger un orchestre, parfois danser. J’aurais préféré une samba ou une bossa nova, mais bon…, et cette séquence m’a fait réfléchir sur la langue des signes. Les langues auxquelles nous sommes habitués sont par définition linéaires : l’être humain ne peut pas émettre deux sons à la fois et les phonèmes et les mots se déroulent, les uns après les autres. Il en va différemment pour la langue des signes, qui permet d’utiliser trois dimensions, de jouer avec l’espace, avec la mémoire visuelle aussi qui peut se souvenir d’un signe déposé quelque part dans l’espace par l’émetteur et auquel l’émetteur renvoie ensuite. Bref, cela ne signifie nullement que je vais apprendre cette langue, mais je lui suis reconnaissant de m’avoir fasciné pendant que d’autres écoutaient un hymne national. Il y est question, par deux fois, de « morts pour la patrie », ce qui est devenu une sorte de métaphore adoucie, aseptisée, détachée de toute réalité. Traduit en langue des signes brésilienne, cela donne la main droite plate, simulant une lame qui, parallèle au sol, vient trancher la gorge. Impressionnant.

Trois jours plus tard, j’ai donne la conférence de clôture du colloque, et je n’ai absolument pas remarqué les interprètes, qui étaient pourtant devant moi, à ma gauche. J’aurais pourtant aimé pouvoir observer leur gestuelle, mais cela aurait sans doute nui à ma conférence : il est difficile de parler et de regarder en même temps comment on est traduit en langue des signes…

Portugais, galicien, brésilien, idéologies

Marcos Bagno, professeur à l’université de Brasilia, est en train de devenir une vedette locale auprès des étudiants brésiliens. Il a présenté au cours du congrès une conférence au titre alléchant : Português não procede do latim, ou porque tudo na lingua tem a ver com ideologias (« Le portugais ne vient pas du latin, ou pourquoi tout dans la langue a à voir avec les idéologies »). Il entame par une introduction théorique sur laquelle nous sommes sans doute beaucoup à être d’accord, affirmant qu’il n’y a pas de langues ou de dialectes mais des pratiques en contexte social, que la nomination des langues est idéologique, etc., ce qui est presque un lieu commun. Puis il assène sa position, selon laquelle le brésilien et le portugais sont deux langues différentes. Là aussi, nous pouvons être d’accord, même s’il y a une énorme contradiction entre son introduction (il n’y a pas de langues mais des pratiques) et cette affirmation selon laquelle portugais et brésilien sont deux langues différentes. La suite est plus surprenante. Il développe un thème simple, voire simpliste, à l’aide de cartes historiques qui ne démontrent pas grand chose: le portugais ne vient pas du latin mais du galicien. Selon lui c’est parce que, au XII° siècle, après la bataille d’Ourique où Alphonse-Enrique a battu les Almoravides, a été proclamé le royaume du Portugal et couronné son roi, Alphonse premier, que la langue portugaise aurait oblitéré la langue galicienne qui serait son origine. Il est clair que si le royaume qui s’est alors constitué ne s’était pas appelé Portugal mais Galice, la langue que l’on parle aujourd’hui du Portugal au Brésil en passant par le Mozambique ou l’Angola ne s’appellerait pas portugais mais galicien. Mais Bagno va plus loin. Pour lui, l’appellation courante de galego-português est erronée car cette langue existait avant la création du Portugal et il faut donc l’appeler galicien. Il me paraît évident que galicien et portugais sont des langues romanes, et que si le portugais « vient » du galicien, le galicien « vient » du latin et donc le portugais « vient » du latin à travers le galicien : dès lors pourquoi affirmer en titre le contraire ? Peut-être le portugais est-il une forme de galicien, peut-être est-ce l’inverse, peut-être n’y a-t-il qu’une seule langue. Mais derrière cette conférence à fondement essentiellement idéologique se profilait une autre question : de quoi l’émergence d’une thématique aussi simpliste et aussi critiquable scientifiquement est-elle le signe?

Il y a au Brésil un fort sentiment anti-Portugal. En simplifiant un peu, je dirais que cela va des blagues sur les Portugais (dans lesquelles ils sont toujours ridiculisés) à la construction idéologique de Marcos Bagno (le Portugal n’est même pas le « propriétaire » d’origine de la langue, puisqu’elle viendrait de Galice). Or j’ai en effet été frappé, tout au long du congrès, par le nombre de communications portant sur les variations dans la langue portugaise au Brésil (ou dans la langue brésilienne, comme on voudra), beaucoup insistant sur le fait qu’elles ne venaient pas du Portugal mais des Açores, d’où sont venus beaucoup de migrants. Galicien ou portugais des Açores, dans les deux cas c’est donc le rôle du portugais péninsulaire qui est oblitéré.

D’où viennent nos langues, et que nous disent leurs origines ? Il y a eu, il y a une vingtaine d’années, un débat sur le créole haïtien, lancée par la linguiste québécoise Claire Lefebvre, débat apparemment théorique mais en fait profondément idéologique. Comme tous les créoles, le haïtien a une base lexicale européenne (et ici française) et une syntaxe mixte (et ici issue à la fois du français et de langues africaines). Beaucoup de militants (par exemple dans les Antilles françaises) préfèrent insister sur l’origine africaine de leur langue, en proposant en particulier un système orthographique le plus éloigné possible du français. Claire Lefebvre allait plus loin, affirmant que le créole haïtien était du fon (une langue du Bénin) et un linguiste français avait même poussé le ridicule très loin en disant : « c’est du fon, à la forme phonique près ».

Et, derrière ces affirmations perçait la volonté de défranciser le créole haïtien, d’en faire une langue uniquement africaine, ce qui constituait un étrange déni de l’histoire. Il se passe peut-être la même chose en ce moment au Brésil, où certains veulent non seulement affirmer qu’ils parlent une langue propre, le brésilien, ce qui est possible, mais encore nier qu’elle vienne du Portugal. Le petit Portugal, face au géant brésilien, a déjà bien du mal à exister linguistiquement. Pourquoi tirer sur une ambulance ?

Dans les deux cas, Brésil et Antilles, se manifestent des sentiments identitaires face auxquels on peut ressentir de la sympathie ou de l’approbation, mais lorsque ces sentiments virent au nationalisme un peu étroit et nécessitent pour s’exprimer des discours scientifiquement farfelus, on peut s’inquiéter. Marcos Bagno est sans doute le signe d’une quête d’identité nationale brésilienne, mais en même temps il risque d’être celui d’un nationalisme un peu étroit. Reste que l’on sent derrière tout cela une sorte de politique linguistique diffuse, non formulée mais en marche, et dont Marcos Bagno est l’un des porte-voix. Cette volonté de sauter ou d’effacer la « case Portugal » dans l’histoire linguistique du Brésil peut faire sourire. Mais en même temps on peut se demander si derrière la volonté de nier la « langue mère » il n’y a pas une volonté de tuer le père. Et ce ne serait pas la première fois que l’inconscient pointerait le bout de son nez dans les soubassements d’une politique linguistique (Turquie, Norvège, etc. mais je n’ai ni le temps ni la place de développer cela ici).

Pacification

La presse brésilienne fait en ce moment grand cas de la « pacification » des favelas de Rio. La police et les forces armées (armée de terre et marine) investissent, nous dit-on, ces lieux de non droit les uns après les autres et en chassent les milices mafieuses et les trafiquants. A Rozinha, tout serait rentré dans l’ordre. A Vidigal, où j’ai fait un tour, on voit des policiers dans les rues, et une fliquette nous fait même coucou en souriant… Cette pacification a au moins deux buts. A très court terme, assurer que les élections municipales qui se tiennent aujourd’hui se passent bien. A plus long terme, en prévision de la coupe du monde de football puis des jeux olympiques, donner à la ville un aspect plus présentable. Mais quelle ville ?  En fait les favelas « pacifiées » voisinent les beaux quartiers, au sud et à l’ouet de Rio. Et les trafiquants « chassés » se dirigent vers les favelas du nord, dans les quartiers pauvres. C’est ce qu’on appelle mettre la poussière sous les tapis…

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Septembre 2012

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fleche20 septembre 2012 : Illusionnisme

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Des imbéciles ont donc réalisé un film imbécile qui a mis dans la rue d’autres imbéciles : Touche pas à mon prophète! A Paris, devant l’ambassade américaine, deux cents manifestants ont manifesté. Deux cents! Pour quiconque a, dans sa vie, participé à une manifestation, deux cents personnes c’est un échec. Et il en allait de même dans d’autres villes, en Egypte ou au Yémen : pas grand monde. Mais voilà, il y avait la presse, et des photos soigneusement cadrées ont donné l’impression aux gogos lecteurs et téléspectateurs qu’il se passait quelque chose. En fait il ne se passait pas grand chose. Sans la presse, un non événement est un non événement, mais lorsque la presse décide qu’il y a un événement, elle le crée.

A l’autre bout du monde, les Japonais et les Chinois montrent leurs muscles pour quelques îles désertes. Qu’ont-ils à faire de ces cailloux ? Rien, mais les titres de la presse nous laissent penser qu’il y a un risque de guerre.

Et voici que l’Iran augmente la prime qui serait versée à celui qui tuerait Salman Rushdie en application d’une vielle fatwa.

Derrière tout cela, quoi? Je suis depuis longtemps frappé par la fonction, dans les pays arabes, des manifestations pour la Palestine. Le peuple palestinien et l’opposition à Israël étaient en effet, jusqu’aux « printemps arabes », le seul thème de manifestation autorisé, qui servait donc de soupape de sécurité : chaque fois que le peuple se sentait d’humeur revendicatrice, le pouvoir organisait une manifestation contre Israël. Cela tient de la prestidigitation, avec un principe très simple: ne regardez pas ce que je fais, regardez ailleurs, là où je fais porter vos regards, pour me permettre de faire tranquillement ma manipulation. Et c’est effectivement à de l’illusionnisme que nous assistons en ce moment.

Il y a actuellement en Chine, au sommet de l’Etat, d’énormes problèmes de succession, et l’on détourne donc les regards vers autre chose, en attisant la vieille haine anti-Japon. L’Iran est en difficulté, tant à cause de son programme nucléaire qu’à cause de son soutien au pouvoir syrien, et l’on détourne les regards vers Rushdie. En toile de fond, bien sûr, l’opposition entre sunnites et chiites, qui explique aussi les manifestations au Liban et les gesticulations du Hezbollah, le « parti de dieu » comme on sait. Et en France on tente de nous faire croire qu’il y a une menace salafiste. On parle beaucoup de la fermeté du ministre de l’intérieur, Manuel Valls. Et se pose alors une question : en faisant porter notre regard sur deux cents malheureux manifestants, de quoi veut-il le détourner ?

Je vous laisse chercher la réponse. Pour ma part je pars travailler quinze jours au Brésil.

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fleche14 septembre 2012 : Bonsoir Michel

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 Je ne vais dans les églises que de façon très épisodique, sauf bien sûr lorsque s'y trouvent des tableaux que j'ai envie de voir. Aujourd'hui la cathédrale d'Aix était pleine pour Michel. Je ne vous parlerai pas de lui, je ne vois dirai que quelques petites choses, qu'il était rayonnant, généreux, ouvert, que je l'aimais, et qu'il a choisi de disparaître. Bref, j'étais dans une cathédrale, pleurant derrière mes lunettes noires et écoutant vaguement un vague curé. Qui commença mal: "Que vous soyiez païen, non croyant ou de n'importe quelle religion...". Non, monsieur, je ne suis pas "païen", je suis athée.. Mais qu'importe, j'étais ailleurs, dans ma peine, une peine partagée par un millier de personnes. Ce doit être une déformation professionnelle, ou une façon de fuir ma tristesse, j'avais cependant une écoute flottante. Une oreille suffisamment présente pour percevoir quelques dérapages du curé. Michel était "mort dans la force de l'âme...euh de l'âge", ou encore "toute marque d'affection que vous donnerez sera signe de cette plaie...de cette paix". Je me sentais misérable d'enregistrer ces pauvres lapsus. Peut-être après tout ce curé connaissait-il Michel, peut-être était-il, lui aussi, désemparé. Il y avait une pauvre musique, avec une pauvre sonorisation, une musique anonyme, indéfinissable. Et puis soudain, au moment où le curé bénissait le cercueil, j'entends, à travers la même pauvre sonorisation, J'ai eu trente ans, ce succès de Julien Clerc, qui ce termine ainsi: "J'ai eu trente ans, je suis content, bonsoir". Je n'étais déjà pas bien mais là j'ai craqué. Cette chanson avait été écrite pat Maxime Le Forestier pour les trente ans de Julien Clerc. Un peu plus tard, pour mes quarante ans, nous avions fait chez moi une grande fête et Maxime avait pris ma guitare pour me la chanter, en changeant simplement la fin: "J'ai quarante ans, je suis content, bonsoir". Je ne sais pas quels étaient les liens de Michel avec cette chanson, sans doute des liens étroits pour que sa famille la passe en cette occasion. Mais soudain je me suis senti tout proche de lui. Ce drôle cette façon dont les chansons sont des catalyseurs de mémoire et d'émotion. Dorénavant, je ne l'écouterai jamais de la même façon. Bonsoir Michel.

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fleche11 septembre 2012 : La fin de la morosité

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 Je ne savais pas hier, en rédigeant mon billet, que Bernard Arnault allait porter plainte contre Libération. Je ne savais pas non plus, bien sûr, que le quotidien allait récidiver ce matin en titrant Bernard, si tu reviens, on annule tout! Pour mes lecteurs étrangers je précise qu'il s'agit d'un calque d'un SMS que Sarkozy aurait adressé à son ex femme alors qu'il commençait à fréquenter Carla Bruni. D'un côté l'humour de Libé, de l'autre la hargne d'Arnault, et au milieu le spectre de Sarkozy dans le bêtisier duquel on puise. Mais l'argent n'est pas étranger à tout cela. Bernard Arnault, comme on sait, est l'heureux propriétaire du groupe de luxe LVMH (Louis Vuitton Moët Hennessy) qui comprend aussi Christian Dior. Or, ce matin, il y avait dans Libération plus de trois pages de publicité pour les parfums Yves Saint Laurent, qui n'appartiennent pas à LVMH. Derrière la guerre des titres se profile ainsi une autre guerre: Libération a certes fait un joli coup publicitaire mais il a peut-être fait aussi un beau coup financier...

Bref, comme vous le voyez, c'est peut-être la fin de la morosité. Depuis la fellation/inflation de Rachida Dati, je me sentais un peu frustré. Or voici que coup sur coup deux lapsus viennent éclairer le paysage. Hier soir, dans l'émission C dans l'air, Ghislaine Hottenheimer, journaliste au très sérieux Challenges, expliquait que la gratuité des grandes écoles ne pouvait pas durer, que Polytechnique ou l'ENA devraient être payants, au moins 15.000 euros, et elle lance soudain: "Les arnaques...euh pardon les énarques..". Succès garanti. Et ce matin, dans la Matinale de Canal +, c'est le président de l'Assemblée Nationale, Claude Bartolone, interrogé sur la succession à la direction du PS (Cambadélis ou Désir) qui répond: "En tant que Président de la Répiblique..." Ouah! Je vous le disais, c'est peut-être la fin de la morosité: les lapsus sont de retour et Libé se dechaîne à la une.

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fleche10 septembre 2012 : Pauvres riches

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Je sais que le sujet divise : il y a ceux qui adorent les titres de Libération et ceux qui les détestent. Je fais plutôt partie du premier groupe et il m’est souvent arrivé, lorsque j’avais mon petit fils avec moi, de le faire « travailler » sur ces titres, lui demandant de me les expliquer : l’activité métalinguistique est toujours fructueuse. Il me reste d’ailleurs en tête pas mal de ces trouvailles linguistiques : la mort de Georges Brassens (31 octobre  1981), Brassens casse sa pipe, celle de Léo Ferré (17 juillet 1003), Avec Léo, va, tout s’en va, de Georges Marchais (17 novembre 1997), Globalement négatif, et de Charles Trenet (20 février 2001), Trenet Y’a eu d’la joie. Un gros livre, paru en 2010 aux éditions de La Martinière (Libération, les titres) me permet parfois, en le feuilletant, de m’en remémorer d’autres. Le 27 octobre 1974, alors que Franco tarde à mourir,  Franco : alors ça vient ?, le 18 juin 1976, un appel pour la dépénalisation du cannabis,  L’appel du 18 joint (et je me rends compte du même coup que j’avais signé cet appel), le 3 janvier 1977, alors qu’Emilien Amaury, propriétaire du Parisien Libéré, est mot d’une chute de cheval,  Le cheval d’Amaury sort indemne d’un accident, le 11 septembre 1981,à la mort de Lacan, Tout fou Lacan, ou encore le 16 mai 1991, alors que Mitterrand vient de nommer Edith Cresson à Matignon, Et Dieu nomma la femme, etc. Il y en a des centaines d’autres, souvent politiquement incorrects, parfois poussifs mais témoignant toujours d’un esprit inventif, et cet immense corpus mériterait que quelqu’un en tire une thèse.

Tout cela pour en venir à Libération d’aujourd’hui. A l’intérieur, à propos d’une sombre histoire de ramassage d’ordures, Marseille écope d’une lourde benne et à propos des mesures de rigueur à Lisbonne  Portugal : le zèle qui glace le pays. Bon, je vous l’accorde, il faut réfléchir un peu pour voir la peine derrière la benne et le gel derrière le zèle, même si cela ravit mon âme de linguiste. Mais c’est la une qui a attiré l’attention des journalistes et, semble-t-il, entraîné un débat houleux au sein de la rédaction de Libération : Casse-toi riche con !  avec une photo de Bernard Arnault, une valise à la main. Personne n’a oublié la formule de notre délicat ex président, Casse-toi pauvre con ! et tout le monde perçoit donc immédiatement la référence. Plus intéressant est le passage de pauvre à riche. Pauvre con est en effet ce que j’appellerai une formule figée et qui, comme son nom l’indique, est immuable. En faisant jouer le paradigme, on défige donc la formule. Brassens, celui qui a cassé sa pipe donc, était spécialiste de ce genre de défigement :

-« Il y avait des temps et des temps...que j'mettais pas d'vin dans mon eau (Celui qui a mal tourné)

-« J'ai l'honneur de ne pas te demander ta main » et "ma mie de grâce ne mettons pas sous la gorge à Cupidon, sa propre flèche" (La non demande en mariage)

-"Mes vingt ans sont morts à la guerre de l'autre côté du champ d'honneur" (Le temps passé)

-« Mieux vaut tourner sept fois sa crosse dans la main » (les deux oncles)

-« Dans ma gueule de bois j'ai tourné sept fois ma langue » (Le Vin)

Et bien d’autres encore. Le titre de Libé a fait beaucoup parler, un des rédacteurs en chef a dû préciser qu’il fallait le prendre au deuxième degré, mais les riches, apparemment, ne sont pas contents. Ils ont raison, les riches. Ce n’est pas gentil de les traiter de cons. Alors, pour le prochain candidat à l’exil fiscal, je suggère de titrer Casse-toi pauvre riche

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fleche5 septembre 2012 : Journaux télévisés

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Sur la deuxième chaîne de la télévision française il y a, chaque week-end, un spectacle qui devrait attirer l’attention de tous les sémiologues. Un même journaliste, Laurent Delahousse, présente le journal de treize heures et celui de vingt heures. Et alors ? Et alors rien : c’est dans son contrat. Mais il y a autre chose qui me frappe : systématiquement, le présentateur est à treize heures en col ouvert et à vingt heures soigneusement cravaté. En outre, à treize heures il arbore de grosses lunettes pour lire ses notes ou son prompteur et le soir, pas de lunettes ! Verres de contacts, peut-être, cela ne m’intéresse pas plus que ça, mais ce qui m’intéresse est la signification de ces changements. Toute variation fait du sens, c’est le B.A. BA de la sémiologie. Pas de cravate à midi, cravate le soir, cela pourrait signifier que le journal du soir est plus solennel, qu’on s’y présente de façon plus « distinguée ». Pourquoi ? J’avoue que je n’en sais rien, mais la répétition de semaine en semaine de cette alternance montre que lui, ou eux, attribuent une importance à cette variation, qu’ils ne considèrent pas de la même façon les deux journaux. Et les lunettes ? Là aussi l’interprétation est malaisée. Les journalistes de télévision, sans doute par coquetterie, cachent en général le fait qu’ils ont besoin de lunettes. Mais pourquoi cette coquetterie ne se manifeste-t-elle que le soir ? Cravate ou pas cravate, lunettes ou pas lunettes, si vous rencontrez Laurent Delahousse, posez-lui donc la question de ma part.

Restons dans la presse. Hier, dans la page « Rebonds » de Libération on pouvait lire une tribune signée par trois personnes et intitulée « Jeunes de France, votre salut est ailleurs : barrez-vous ! ». Parmi les trois signataires, Mouloud Achour, un « journaliste » qui tous les soirs, au « Grand journal » de Canal +, fait un numéro sensé être drôle et qui personnellement m’afflige par sa nullité. Il a bien raison, Mouloud Achour, son salut est ailleurs…

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fleche1er septembre 2012 : "Modérés" et "extrémistes"

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La presse française a vaguement fait écho à ce qui s’est passé en août à Bizerte, en Tunisie, Bizerte qui se trouve être ma ville natale. En gros un élu régional PS, français d’origine tunisienne, se promenait dans les rues avec sa femme et sa fille, l’une en jean et débardeur, l’autre habillée comme une gamine en vacances. Ils ont été attaqués par une bande de salafistes et l’homme a été roué de coups. La presse n’a parlé que de ça, parce que des Français étaient concernés, mais en fait, en différents points du pays, les mêmes salafistes ont attaqué plusieurs manifestations culturelles pour tenter de les interdire. Ces évènements n’ont rien pour étonner : les coups de force des salafistes sont désormais le quotidien de la Tunisie d’aujourd’hui. Mais plus important est le jeu que joue le pouvoir dominé par le parti islamiste En Nahda. En effet la police n’est nulle pas intervenue et la justice a été pratiquement absente. Manque de moyens ? Difficulté à trouver les coupables ? Pas du tout: complicité objective.

J’ai raconté ici, en avril dernier, que le 17 de ce mois j’avais assisté à un coup de force d’étudiants salafistes sur le campus de l’université de la Manouba, à Tunis. Je ne vais pas revenir sur les détails de l’événement mais sur le principal : le doyen avait prévenu le recteur qui avait prévenu le ministère qui avait décidé de ne rien décider. Les analystes parlent en général , à propos d’En Nahda, d’un parti islamiste modéré, et à propos des salafistes d’islamistes extrémistes. Mais il n’y a pas d’islamisme modéré : les gens qui veulent imposer leur religion, quelle qu’elle soit, à l’ensemble de la population, ne sont ni modérés ni extrémistes, ils veulent établir un état totalitaire. Et un pays dans lequel il n’y a pas de liberté de conscience, un pays dans lequel on n’a pas le droit de choisir sa religion ni le droit de ne croire en rien, de se proclamer éventuellement athée, n’est pas un pays libre. En Nahda joue un jeu pervers, ou développe une stratégie subtile, laissant faire les salafistes pour voir jusqu’où on peut aller trop loin, et ne condamnant mollement que lorsque les opinions publique ou internationale protestent. Du coup les salafistes apparaissent comme les nervi du pouvoir « modéré », comme des marionnettes ou des idiots utiles permettant à En Nahda de tester les réactions, de mettre à l’épreuve des scenarii. Bal de faux culs ? L’expression est mal choisie car bientôt il n’y aura plus de musique, plus de bals, si les islamistes parviennent à imposer leur idéologie rétrograde. C’est plutôt un théâtre d’ombre, de faux semblants, d’hypocrisies, de doubles discours. Les salafistes sont une petite minorité, En Nahda est au pouvoir et c’est ce parti qui est responsable de ces dérives antidémocratiques.

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Août 2012

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fleche28 août 2012 : Réhabilitation post mortem

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Je sais, on ne crache pas sur les cadavres. Mais on peut au moins garder le silence. Or la France est en train de subir un discours larmoyant et hagiographique sur Jean-Luc Delarue, à qui la télévision nationale rendra hommage ce soir. Mes lecteurs du bout du monde ne connaissent sans doute pas son nom, et ils ne s’en portent pas plus mal. Du top 50 d’Europe 1 à ça se discute sur la 2 en passant par la grande famille sur Canal + il a en effet participé à toutes les conneries médiatiques du temps, mettant en place une psychanalyse télévisuelle de bazar, un voyeurisme avilissant, participant activement à la dégradante société de spectacle dans laquelle nous vivons. Je suis sans doute très minoritaire et Antenne 2 battra certainement ce soir tous les records d’audience. Mais le processus qui s’est mis en place depuis cinq ans à son propos mériterait qu’on y consacre un jour une minutieuse analyse. Mis en garde à vue en 2007 à la descente d’une vol Johannesburg-Paris  pour violence envers le personnel d’Air France puis mis en examen en 2011 dans une affaire de stupéfiants il avait était exclu de l’antenne par France Télévision lorsqu’il fut notoire (on le savait avant, mais on ne le disait pas jusque là) qu’il était accro à la cocaïne. Il effacera tout cela en déclarant qu’il avait un cancer, lors d’une conférence de presse en décembre dernier, dans les locaux de France Télévision, justement : la société de spectacle prend racine dans un fumier catholicisant qui associe condamnation et rédemption. Depuis vendredi, depuis l’annonce de sa mort, on lui tresse des couronnes à n’en plus finir. Michel Drucker, dans son rôle habituel de « j’aime tout le monde » et « comment puis-je me faire mousser à tout propos ?» s’est répandu sur différents média pour dire tout le bien qu’il pensait de lui, et il n’est pas le seul. J’ai même entendu dire qu’il était « le modèle de toute une génération », « un surdoué », et j’en passe. Le business prépare l’avenir en faisant savoir qu’il aurait commencé à écrire un « livre confession » : on ne sait jamais, cela pourrait faire un succès de librairie. Et, touchante précision, particulièrement efficace en ces temps de rentrée scolaire, on ajoute que ce livre serait écrit « sur un cahier d’écolier ». Il ne manque que la marque, mais cela viendra bien un jour : « Jean-Luc Delarue écrivait sur le cahier à spirales X ». Or Delarue était la quintessence d’un subtil mélange de société de spectacle et de sociétés lucratives (il était à la tête de plusieurs sociétés de production) qui a envahi nos écrans et auquel il faut se battre pour échapper. C’est en cela qu’il était emblématique de notre monde de fric et de décervelage. Mais la télévision défend les siens, même lorsqu’elle les a condamnés de leur vivant. Ils seront tous présents, se bousculant devant les caméras pour être vus, lors de son enterrement (sauf bien sûr si la famille choisit la discrétion, ce que j’ignore). Alors, d’accord, on ne crache pas sur un cadavre. Mais on peut espérer un minimum de décence.

Petit détail qui apporte une touche finale à cette entreprise de réhabilitation post-mortem, l’émission qui lui est consacrée ce soir remplace un thriller américain : Crimes et pouvoirs. Ca ne s’invente pas.

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fleche25 août 2012 : Chrysanthèmes

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Je sais, cela ressemble à une couronne mortuaire, mais je viens de me voir attribuer le Sociolinguists Worldwide Award, quelque chose comme le "sociolinguiste de l'année", distinction descernée par le groupe Sociolinguists on Facebook et par Sociolinguisrs Worldwide Page. Le précédent récipiendaire était, pour 2011, le linguiste américain Joshua Fishman. Cela fait un peu enfantin, mais je suis bien content quand même...

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fleche18 août 2012 : De quoi Poutine est-il le nom?

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Il fut un temps où, dans la discothèque de la maison de la radio, certaines fiches de chansons portaient, en rouge, des mentions comme « ne pas diffuser », ou « diffuser seulement entre minuit et cinq heures », enfin des choses comme ça : il y a longtemps que je ne suis pas allé et, en outre, tout cela est désormais informatisé. Mais, aussi loin que je puisse remonter dans ma mémoire, je ne trouve pas trace d’une chanson dont l’auteur soit allé en prison. Le cas de censure le plus mémorable est celui du Déserteur, de Boris Vian, chanté à l’origine par Mouloudji, enregistré en 1954, c’est-à-dire à la fois à la fin de la guerre d’Indochine et au milieu de la guerre d’Algérie, et qui fut interdit jusqu’en 1962. D’autres chansons, bien sûr, furent interdites de diffusion sur les ondes (Le Déserteur était aussi interdit à la vente), pour des raisons politiques ou de moeurs, mais encore une fois depuis près d’un siècle aucun auteur français de chanson n’est allé en prison pour ce qu’il avait écrit.

Les trois chanteuses russes du groupe Pussy Riot viennent d’être condamnées  à deux ans de détention pour « hooliganisme » et « incitation à la haine religieuse », en fait pour une chanson demandant à la vierge Marie de débarrasser la Russie de Vladimir Poutine. Je les trouve bien naïves, les Pussy Riot : si la vierge Marie existait, ou avait existé, et si elle avait le moindre pouvoir, pourquoi l’utiliserait-elle pour s’occuper de Poutine alors qu’il y a de par le monde bien d’autres problèmes plus brûlants. Mais il demeure que leur requête est recevable : la Russie se porterait sans doute bien mieux sans Poutine.

De quoi Poutine est-il le nom ? Au Québec, la poutine est une chose particulièrement infecte, un mélange de frites, de cheddar fondu et de « brown sauce ». Mais personne ne vous oblige à en manger. En Russie, Poutine est le nom d’un président issu du KGB, qui gère son pays avec les méthodes de cette organisation de sinistre mémoire, un président qui joue avec les lois, un président qui ayant épuisé les mandats auxquels il avait droit fait élire à sa place un pantin puis se représente, le nom du président d’un pays dans lequel on assassine les journalistes critiquant le pouvoir, le nom des président qui envoie ses armées massacrer à ses frontières. Et le pays dont cet individu est président est membre du G8, a droit de veto au conseil de sécurité de l’ONU, bref est admis avec les honneurs dans un certain nombre d’institutions regroupant des pays démocratiques. Monsieur François Fillon a même récemment conseillé à François Hollande d’aller discuter avec ce président de l’avenir de la Syrie. Nous vivons une époque démocratique moderne et François Fillon en est le chantre.

Trois chanteuses ont donc été condamnées à deux ans de prison. Parce qu’elles ont souhaité le départ de ce président-KGB ? Non, parce qu’elles sont coupables de « hooliganisme » et  d’« incitation à la haine religieuse ». On croit rêver ! Nous sommes en plein régime totalitaire, un régime dans lequel la justice est aux ordres, dans lequel une juge invoque n’importe quoi (la haine religieuse !) pour condamner trois chanteuses s’opposant au tsar, et du côté des pays démocratiques qui condamne ? Quelques artistes, quelques intellectuels. Mais le département d’état américain a parlé hier de « peines disproportionnées », et notre ministre de la culture, Aurélie Filippetti, de « peine démesurée ». Dans les deux cas ce n’est pas la condamnation que l’on critique, mais son ampleur. C’est-à-dire que la France et les USA considèrent comme normal que l’on puisse traîner devant un tribunal trois chanteuse s’opposant au régime. Cela ressemble à quelque chose comme Munich…

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fleche13 août 2012 : Torpeur

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Ouf ! Après nous être débarrassés du Tour de France nous en avons fini avec les Jeux Olympiques. Mais, du coup, plus rien à nous mettre sous la dent. Et je dois dire qu’ayant terminé le livre que je devais remettre fin juillet à mon éditeur je m’ennuie un peu face au calme plat de l’actualité. Le bouffi sénateur vert Jean-Vincent Placé comme le ministre Arnaud Montebourg bouffi de suffisance, qui feraient des têtes de Turc tout à fait convenables, sont aux abonnés absents. Et la gauche semble endormie. La droite, elle, ne manque pas de culot et aboie sur tous les tons de la gamme canine. François Fillon, ce matin dans Le Figaro, conseille à François Hollande d’aller à Moscou pour régler avec Poutine le problème syrien, comme l’aurait fait Sarkozy. Il oublie simplement que si la Chine et la Russie traînent les pieds c’est parce que Sarkozy et Cameron ont largement outrepassé leur mandat en Libye, et qu’ils ne veulent pas se faire rouler dans la farine une deuxième fois. Mais, une fois n’est pas coutume, citons ce distingué organe de presse :

"Il y a une grande différence entre la politique de Sarkozy et celle de Hollande: le premier prenait des risques, cherchait à renouveler une politique étrangère trop souvent synonyme d'immobilisme et de faux semblants, le second ne se préoccupe que de sa 'normalitude' et préfère de beaucoup son image à la recherche de résultat!".

Passons sur le néologisme révolutionnaire de Fillon (normalitude) pour en venir au principal : l’ancien premier ministre se positionne bien sûr dans sa lutte contre Jean-François Copé et veut plutôt affirmer sa « Sarkozitude » (Sarkozy reste très populaire dans les rangs de l’UMP) que voler au secours de la Syrie. Et d’ailleurs, en Syrie, l’avenir est bien trouble. L’opposition financée par l’Arabie Saoudite nous prépare, si elle prend le pouvoir, quelques islamismeries  qui font frémir par avance. Tiens, à propos d’islamismeries, on a coupé la main d’un voleur, dans le nord du Mali. Mais revenons en France. Il ne s’y passe pas grand chose, demain on en aura fini avec les athlètes de retour de Londres et ce sera le vide sidéral du côté politique. Seul Manuel Valls s’applique à paraître ferme face aux Roms. Et ce calme étrange, cette torpeur estivale, laisse une drôle d’impression. Il ne faudrait pas que redevienne à la mode un slogan qui, naguère, avait été scandé à l’endroit de Mitterrand : François, tu déçois.

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Juillet 2012

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fleche30 juillet 2012 : Lectures

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Bon, je viens de finir et d'envoyer à l'éditeur un livre sur la chanson française. Ouf! Demain je pars et vacances et reprendrai ce blog autour du 15 août. En attendant, si vous voulez de la lecture:

Louis-Jean Calvet, "Un barometro per 'pesare' le lingue", in Madre lingua, gennaioi-marzo 2012

Louis-Jean Calvet, "Entre impressionnisme et pointillisme", in Monde méditerranéen, 2/2011, "Henri Van Lier, Anthropogénie et linguistique"

Enfin la revue en ligne Glottopol consacre son numéro 20 au thème Linguistiques et Colonialismes. Vous y trouverez des tas d'articles intéressant et en ouverture une interview de mézigue par Cécile Van Den Avenne: http://www.univ-rouen.fr/dyalang/glottopol/numero_20.html

Bonne lecture et bonnes vacances

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fleche28 juillet 2012 : Conférence

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J'ai mis en ligne une conférence que j'ai donnée le 29 juin 2012 à l'Université de Paris 7, Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà. Cliquez sur Documents, puis sur TV-Vidéo. Et bonne écoute.

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fleche18 juillet 2012 : Répulsifs

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La municipalité de Courtrai, en Belgique, vient d’avoir une idée lumineuse. Pour empêcher des « jeunes » de traîner dans le parc qui se trouve au centre de la ville elle a décidé d’y diffuser de la musique classique, qui est censée les faire fuir. Nous connaissions des produits chargés de repousser les chiens ou les chats qui viennent pisser devant chez vous, mais Bach ou Beethoven comme répulsifs, il fallait y penser. Les professeurs de musique doivent être contents : ce qu’ils enseignent est ainsi ramené à un digne rang. Nous vivons une époque moderne !

Jeunes encore : il y a dans l’équipe de football de Marseille, l’OM, des espoirs entièrement pris en charge, déjà sous contrat, mais qui sont encore à l’âge de la scolarisation obligatoire. Quatorze ont présenté cette année le baccalauréat. Et aucun n’a été reçu. Certains, peut-être, deviendront des vedettes et gagneront beaucoup d’argent. Mais ils ne seront sans doute pas plus futés que leurs aînés, ceux qui brillent dans l’équipe de France par exemple. Et le Paris Saint-Germain, dont les caisses sont désormais alimentées par de l’argent qatari, vient de recruter Zlatan Ibrahimovic, qui lorsqu’il parle nous éblouit par son intelligence. Si Bach ou Beethoven sont des répulsifs chargés de faire fuir la jeunesse, les footballeurs seraient-ils des répulsifs chargés de faire fuir le public ? Nous vivons une époque très moderne !

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