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Mars 2021

 

 

 

 


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fleche15 avril 2021: L'erreur est humaine

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Un policier de Minneapolis a tué un Noir. Jusque-là rien de neuf. Sauf que le policier était une policière et qu’elle a déclaré avoir confondu son pistolet et son taser (un pistolet à impulsion électrique). Et cette explication qui peut paraître  abracadabrante a inspiré la caricaturiste Coco qui, dans Libération de ce matin, dessine un conférencier proposant à une parterre de flics en uniforme de jouer au jeu des sept erreurs en désignant avec une baguette un tableau sur lequel on voir un taser et un Glock. Pourtant, comme le dit une formule latine, errare humanum est, l’erreur est humaine. Et l’explication de la policière de Minneapolis ouvre un large champ d’applications. Exemples.

« Non, monsieur le commissaire, je n’ai pas voulu tuer ma femme, j’ai confondu le pot de sucre et celui d’arsenic en voulant sucrer son thé ».

« Non, monsieur le juge, je n’ai pas voulu écraser la maîtresse de mon mari, j’ai confondu la première avec la marche arrière ».

« Non, monsieur l’inspecteur des impôts, je n’ai pas fait une fausse déclaration, j’ai par erreur confondu le 1 et le 7 et j’ai par ailleurs oublié deux zéros ».

« Mais non, nous n’avons pas truqué les élections, nous avons confondu une urne et une poubelle ».

« Non, non, j’ai pas volé cette tire, monsieur l’agent, l’ai confondu la BMV avec ma petite Fiat, elles sont de la même couleur ».

« Vous confondez, je vends de la farine, pas de la cocaïne. Vous voulez goûter ? ».

Bref, je vous laisser poursuivre ce paradigme. Je vous l’avez dit, l’erreur est humaine.  


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fleche11 avril 2021: Les patriotes et la liberté

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Lorsque Marine Le Pen a voulu tenter à la fois de « dédiaboliser » le Front National et de faire croire qu’elle avait autour d’elle toutes les compétences possibles, elle a fait courir le bruit que des énarques travaillaient pour elle. Elle en avait effectivement un qui, nommé à l’inspection générale de l’administration, tenait à garder l’anonymat. Il en sortit en 2011, prit la direction de la campagne de sa patronne, devint vice-président du FN puis le quitta pour fonder en 2017 son propre parti, Les Patriotes. Il s’agissait, vous l’aurez compris, de Florian Philippot.

Que vient-il faire ici ? Vous allez comprendre. Hier matin, allant vers une librairie pour acheter deux ou trois livres de Caryl Ferey (j’ai découvert cet auteur il y a peu de temps et dévore ses titres au rythme d’un par jour), je me suis trouvé, sur le cours Mirabeau d’Aix-en-Provence, face à un groupe d’une quarantaine de personnes hurlant : « Liberté, liberté, liberté !... ». Mes livres n’allaient pas s’envoler, je suis donc resté pur voir ce qui se passait, j’ai pris les tracts qu’ils distribuaient. Il s’agissait de militants des Patriotes, justement, et leur littérature était double. D’une part un petit tract luxueux, sur papier glacé, dont le titre au recto, Libérons la France, connotait la résistance. Mais la résistance à quoi ? Un dessin dans le style des affiches de 1968 montrait une foule dont surgissaient quatre pancartes : Frexit, Stop coronafolie, Liberté et RIC (Référendum d’Initiative Populaire, l’une des revendications des gilets jaunes) Et, au verso, le programme détaillé de ce parti dont le moins qu’on puisse dire est qu’il demeure confidentiel. En vrac : réouverture de toutes les activités économiques et culturelles, fin du masque obligatoire, liberté totale face au vaccin, sortie de l’Union européenne et de l’euro, sortie de Schengen et rétablissement des frontières, arrêt de l’immigration, nationalisation des banques, hausse des salaires et des retraites, doublement du budget de l’armée, sortie de l’OTAN, et j’en passe. On y trouvait aussi un bulletin d’adhésion au susdit parti, donnant le choix entre cinq possibilités : jeune (10 euros), classique (20 euros), soutien (60 euros), prestige (100 euros) et club (300 euros). Je suppose que nous n’ avez pas besoin de l’adresse. Mais il faut tout de même noter que Philippot ratisse large, empruntant des revendications aux syndicats, aux gilets jaunes, à l’extrême droite, aux défenseurs de la culture et à ceux de l’économie, aux militaristes et aux racistes…

Sur une autre feuille il y avait le texte d’une dizaine de chansons détournées qu’un gros mec chantant un peu faux entonnait au micro, les autres essayant de chanter avec lui, et à la fin de chacune d’entre elles scandaient « Liberté, liberté, liberté !... ». Quelques exemples :

-Sur l’air du Pénitencier (mauvaise adaptation pour J. Hallyday de The house of the rising sun) : Les portes du pénitencier Bientôt vont se refermer Et c’est là qu’ils voudraient nous enfermer Masqués confinés piqués

-Sur l’air de Ma gueule : Quoi ma gueule, qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? Une gueule de confiné  Qui rêve de liberté !

-Sur l’air de Ne la laisse pas tomber : Ne les laisse pas tomber Elles sont si fragiles Elles s’appellent Liberté Sa copine Démocratie.

Bref, une créativité limitée. Je savais vaguement que Philippot avait réussi à se raccrocher à une bouée de sauvetage en se faisant élire député européen, mais j’ignorais qu’il avait une quarantaine de militant à Aix (remarquez, quarante sur environ 140.000 habitants, nous sommes loin de la pandémie…). L’énarque de Marine Le Pen est donc toujours là.

Conclusion qi n'a rien à voir, ou presque. A l’heure où Macron fait semblant de vouloir supprimer l’ENA, on est en droit de s’interroger. Il est vrai que les énarques constituent une élite autoproclamée, prétentieuse et souvent inutile, qui illustre le pire de la bureaucratie française. Je ne sais pas ce que le président de la république vise avec son ripolinage et ses faux semblants, mais il devrait méditer ce proverbe danois, « Ce qu'on ne peut pas rendre meilleur, il ne faut pas le rendre pire ».

 

 

 


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fleche4 avril 2021: Mémoire de poisson rouge

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Ce qui m’a frappé dans l’intervention télévisée du 31 mars de Macron, ce n’est pas ce qu’il disait, mais comment il le disait, et plus particulièrement son usage des pronoms personnels. Son ego surdimensionné (et l’ étymologie d’ego, « je, moi » en latin, prend tout alors tout son sens) le pousse à parler en je. Et là, il parlait en nous. « Nous avons résisté, nous allons tenir encore, nous avons opté pour, nous avons par ces choix gagné des jours de liberté, nous avons décidé le 18 mars, nous devons donc nous fixer un nouveau cap, nous ne devons pas céder au déni », etc. Un journaliste a compté : il aurait prononcé ce nous une centaine de fois. Et ce n’est qu’à à toute fin de son allocution qu’il a parlé, pour trois ou quatre phrases, en je. Il ne fallait pas réfléchir très longtemps pour se dire que nous n’avions rien décidé, que nous n’avions opté pour rien du tout, que nous n’avions fixé aucun cap, et qu’il se foutait de nous. Mais il était assez habile de vouloir nous faire assumer  collectivement ses erreurs ou ses errements.

Le lendemain, premier avril, le premier ministre est allé au Sénat et à l’Assemblée nationale pour demander aux parlementaires de voter sur les mesures annoncées la veille. Et là, on se foutait carrément de la gueule des élus. Quel sens pouvait avoir le fait de voter oui ou non sur ce qui était déjà décidé ?

Mélenchon s’est précipité dans  cette brèche ouverte en jouant sur la date, lançant que « ce vote est un poisson d’avril », poursuivant que le poisson d’avril, « comme tous les poissons, pourrit par la tête », puis, entrainé par sa métaphore, concluant que « les Français, par contre, n’ont pas une mémoire de poisson rouge ». Le poisson pourrit par la tête, Mélenchon doit bien savoir que cette formule, mauvaise traduction d’un adage latin (piscis primum a capite foetet, « le poisson commence par puer de la tête »), que cette formule donc a été lancée par Pierre Poujade, maître à penser dans les années 1950 de Jean-Marie Le Pen, et qu’il risquait d’apparaître ainsi dans le sillage de ce populiste que Roland Barthes avait finement décortiqué une de ses Mythologies (« Poujade et les intellectuels »). En revanche, en affirmant que les Français n’ont pas une mémoire de poisson rouge, il se plantait comme un débutant. Des études scientifiques menées depuis les années 1990 ont en effet démontré par exemple que si l’on mettait dans un aquarium un levier sur lequel, en appuyant, on obtenait de la nourriture, les poissons rouges comprenaient très vite la manœuvre et l’utilisaient continûment. Ou encore qu’ils associaient très vite le moment  où on leur donnait à manger à une musique que l’on diffusait juste avant. Mais n’accablons pas le meneur de la France insoumise : pour Poujade, il a sans doute ce qu'il appelle une mémoire de poisson rouge, et pour ces poissons rouges, il ne peut pas tout savoir.

Et puisque nous sommes dans la langue, les pronoms personnels, les citations d’adages latins ou les formules toutes faites, concluons en riant un peu. Sergio Moro, le juge brésilien qui avait envoyé en prison l’ancien président Lula et qui a été désavoué, convaincu « d’agissements répréhensibles, de comportements contraires à l’éthique et de tromperies systématiques », a voulu faire le malin en introduisant dans un discours en portugais une citation française, tirée d’une chanson d’Edith Piaf : « Non, je ne me regrette rien ». C’est beau, la culture !

 

 

 


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fleche29 mars 2021: Règle de trois

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L’autosatisfaction d’Emmanuel Macron est illimitée. Il n’arrête pas de dire et de faire dire qu’il a eu raison de ne pas confiner, qu’il est pragmatique, qu’il veille au grain, que les prévisions des scientifiques étaient erronées, bref vous connaissez, on entend et on lit cela sur tous les media.

Par ailleurs les mêmes media nous disent que la situation du Brésil est catastrophique, que le nombre de morts du Covid s’y envole, comme d’ailleurs aux USA : 312.000 dans le premier cas, 549.00 dans le second. De son côté, Boris Johnson vante le système britannique et certains présentent le nombre de vaccinations en Grande Bretagne comme une victoire à mettre au crédit du Brexit.

Mais si nous regardons tout cela de plus près, il y a de quoi rabattre le caquet de Macron. Voici pour le Brésil, les USA et la France le nombre d’habitants, le nombre de morts du Covid et, grâce à une simple règle de trois, le pourcentage de la population morts de Covid. Conclusion : on meurt autant en France qu’au Brésil et à peine moins qu’aux USA.

Brésil  210 millions                 312.000                                   0,14%

USA     328 millions                 549.000                                   0, 16%

France  67 millions                    94.596                                   0,14%

Bolsonaro est un imbécile ou un fou criminel, Macron un fin tacticien, mais leurs résultats sont les mêmes. Allez  comprendre. Quant à la Grande-Bretagne (64 millions d’habitants, 127.000 morts) le même calcul, toujours une simple règle de trois,  nous donne 0,19%...

L’ennui avec les chiffres c’est que certains pensent qu’ils peuvent nous dispenser de penser.


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fleche23 mars 2021: Merci Erdogan, suite

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J’avais donné il y a deux jours  une information sur le retrait annoncé par la Turquie de la convention d’Istanbul en concluait que cela se passait de commentaire. Je n’en ferai pas  plus aujourd'hui  mais voudrais juste apporter des chiffres dont je ne disposais pas alors. Quatre cents femmes ont été assassinées en Turquie en 2020, parmi lesquelles 300 l'ont été par des hommes de leur entourage. Et, selon l’association turque « halte aux féminicides, 77 femmes ont été assassinées dans les premiers jours de 2021.

 


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fleche21 mars 2021: Merci Erdogan

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La convention dite « d’Istanbul », signée en mai 2011 et entrée en vigueur en 2014, dont le nom complet est « Convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à égard des femmes et la violence domestique », a été ratifiée par plus de quarante pays. Elle portait sur la prévention,  la protection des victimes, les poursuites des contrevenants, bref elle constituait une avancée importante (mais peut-être parfois uniquement  théorique) dans la lutte contre les violences faites aux femmes, la mutilation génitale,  le viol conjugal, etc.

La Turquie, par un décret présidentiel, vient de se retirer de cette convention. La raison invoquée ? Ce texte nuit à l’unité familiale, encourage le divorce, et ses références à l’égalité seraient utilisées par la communauté LGBT pour se faire mieux accepter par la société.

L’aspect positif de ces explications est que je n’ai pas à me fatiguer pour les commenter. Merci Erdogan.

 

 

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fleche20 mars 2021: La chèvre et le chou

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On nous annonçait une « formule originale » et nous l’avons eue. Un truc hybride, difficile à définir :  confinement hors de chez soi, en plein air, dehors toute la journée, ou pas confinement ? Ce qui est sûr c’est que les éléments de langage de la firme Macron sont clairs : surtout, ne parlez plus de confinement, il s’agit d’autre chose, d’une formule originale donc.

Il  y a bien sûr dans tout cela un argument qui n’est pas faux : on a plus de chances d’attrape le COVID en intérieur (chez soi, au travail, dans les restaurants…) qu’en plein air. Argument qui pose tout de même question : s’il n’y a pas beaucoup de danger à être dehors, pourquoi rendre le masque obligatoire ? Mais qu’importe, le problème n’est pas là. Tout le monde s’accorde à dire que le pari de Macron (ne pas confiner) était perdu, il ne faut pas donner cette impression. Et d’ailleurs ce n’est pas le président qui est venu présenter cette solution boiteuse, mais le premier ministre…

Disons que cette solution nouvelle, cette « formule originale » dont personne ne comprend vraiment les détails, est une façon de ménager la chèvre et le chou. Vous connaissez l’histoire : un homme, un petit bateau, une chèvre, un chou, un loup. L’homme veut faire passer une rivière à tout ce petit monde, dont tous les membres ne peuvent pas prendre place dans le petit bateau,  sans que la chèvre mange le chou ni que le loup mange la chèvre. Il y a plusieurs solutions qui se ramènent au même principe : ne pas laisser seuls sur l’autre rive la chèvre et le loup ou la chèvre et le chou. Il faudra donc faire différents aller-retours. Mais tout le monde sait que l’expression ménager la chèvre et le chou  a pris un sens très particulier : être incapable de choisir, ou vouloir gagner sur tous les tableaux. On dit avec le même sens en Allemagne Auf zwei Pferde setzen (« parier sur deux chevaux »), en Argentine andar bien con Dios y con el diablo, au Portugal agradar a Gregos e a Troianos (« plaire aux Grecs et aux Troyens »), etc. Et Macron, ancien banquier, préférerait sans doute l’expression win win : tout le monde y gagne. Surtout lui, pourrions-nous ajouter.

Mais revenons à nos moutons. Les spécialistes semblent assez unanimes pour dire que les nouveau pari du président ne va pas nécessairement améliorer la situation, et que la vraie question est de vacciner le plus vite possible le plus de gens possible. Mais, sur ce plan, l’avenir est incertain. Reste donc une autre question : qui va devenir chèvre dans l’histoire ?

 

 

 

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fleche18 mars 2021: Maître des horloges...

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Dans le Canard enchaîné de cette semaine un dessin représente le président Macron s’interrogeant : « Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour régler le problème de la violence des jeunes ? ». Et le ministre de l’éducation Blanquer répliquant : « Attendre qu’ils vieillissent ? »  Au-delà de la blague, on peut se demander combien de temps faut-il attendre ? Ou combien de temps va durer leur vieillissement ?

C’est Bergson qui a proposé de distinguer entre le temps et la durée, le temps étant du côté de la science et la durée du côté de la conscience. Il est facile de comprendre que le temps est mesurable (en secondes, minutes, heures, années, siècles…) tandis que la durée relève de la perception, du ressenti. Une expression  comme « j’ai trouvé le temps long » illustre bien cette différence, et plus encore le fait que face par  exemple à un film d’une heure trente, ceux qui l’ont trouvé ennuyeux diront qu’il était trop long tandis que d’autres diront qu’ils n’ont « pas vu passer le temps ». Tout ceci pour en venir à notre situation actuelle et sur les balbutiements de la communication gouvernementale.

Macron s’est souvent présenté comme le « maître des horloges », comme si le temps c’était lui. Et il a décidé de gérer la pandémie à sa manière, repoussant sans cesse des décisions drastiques en disant et faisant dire que chaque jour était un jour gagné. Gagné ou perdu ? Le gouvernement communique sur beaucoup de choses, sauf sur le nombre de morts. Mais des chiffres nous parviennent tout de même : il y aurait en France environ 300 décès du COVID par jour. Trois cents décès, c’est à peu près ce qui se passe lorsqu’un avion de ligne s’écrase, ce qui arrive deux ou trois fois par an dans le monde entier. Et chaque fois les media en parlent, s’interrogent sur les responsabilités de la compagnie, du fabriquant, des conditions climatiques, et annoncent qu’on y verra plus clair lorsque les boites noires auront été retrouvées et analysées. Il y a aujourd’hui en France l’équivalent d’un avion par jour qui s’écrase, et personne de parle de boites noires…

Macron a fait un énorme pari en décidant en janvier de ne pas confiner, et tout semble prouver qu’il s’est planté. Il a joué une partie, voulant montrer qu’il était le meilleur, le plus habile, le plus intelligent, il l’a perdue. Lorsqu’un joueur d’échec voit qu’il sera mat en deux ou trois coups, il se lève et serre la main de son adversaire, puis il repense à sa partie et cherche à comprendre comment il l’a perdue, pour ne pas refaire les mêmes erreurs. Je ne sais pas ce qu’on nous annoncera ce soir, mais la communication gouvernementale, encore elle, laisse entendre qu’on est à la recherche d’une « formule originale ». Encore une fois, vouloir montrer que Macron est plus malin que les autres, contre l’avis de tous les scientifiques, praticiens ou épidémiologues.

Le président sait qu’il s’est trompé, qu’il n’est pas le « maître des horloges », il a même lâché que c’était le virus qui était désormais le maître du temps. Mais tout laisse à penser qu’il se comporte comme un gamin qui ne veut pas  reconnaître son erreur. Et cela risque de durer car son acharnement relève plus de sa psychologie que du calcul politique ou économique. Et nous pourrions paraphraser le Canard enchaîné: qu'est-ce qu'on pourrait faire pour régler le problème du COVID? Attendre qu'il passe?

Enfin, peut-être les annonces gouvernementales prouveront, ce soir, que j’ai tort…

 

 

 

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fleche13 mars 2021: Brassens, Gainsbourg et la "cancel culture"

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Depuis deux ou trois semaines la presse presque unanime célèbre le souvenir de Serge Gainsbourg (mort le 2 mars 1991). Et, d’ici quelques mois, elle célèbrera sans doute le centenaire de la naissance de Georges Brassens (né le  22 octobre 1921). Deux géants de la chanson française, dans des styles certes très différents, mais indépassables, chacun dans le sien.

Par ailleurs, le personnage de Pépé le Putois (Pepe the Pew), qui dans la version américaine parle avec un fort accent français, vient d’être supprimé de la liste des personnage de dessins animés utilisés par la Warner Bros. Motif : il passe son temps à draguer, à tenter d’embrasser des femmes (en fait, rappelons-le, il s’agit d’animaux et d’anthropomorphisme) contre leur gré, et donc « banalise la culture du viol » : je n’invente rien.  La scène du film  Space Jam 2 (sur les écrans en juillet prochain) dans laquelle il apparaissait a été coupée au montage, et un autre personnage, Lola Bunny, a été « désexualisée », apparaissant désormais en tenue de sportive et non plus avec un décolleté aguichant.

Quel rapport en ces deux informations ? La première relève de l’histoire de la chanson. Le seconde, bien sûr, de la cancel culture, ou, pour être gentil, de sa caricature. Faut-il s’en inquiéter ? Se demander si  la prochaine victime de cette censure sera loup de Tex Avery ? Ou rire de ces conneries (je n’ai pas d’autre mot) ?

En fait, ce qui me retient dans cette stupidité, c’est que bien des chansons de Gainsbourg et Brassens seraient, si elles étaient en anglais, bannies aux Etats-Unis. Et que nous pouvons même nous demander s’ils auraient pu débuter aujourd’hui en France.  Il est inutile que je vous rappelle des titres, que je vous donne des citations, vous les trouverez vous-mêmes. Ce qui est sûr c’est que l’un comme l’autre seraient traités de machistes, d’apologistes de la violence, de la drague, de l’inceste, d’injure au drapeau français, à la police, à la nation, à l’église et j’en passe.

Le caricaturiste André Gill avait en 1874 créé un personnage, Madame Anastasie, qui armée d’une énorme paire de ciseaux représentait la censure. La Warner Bros en est une illustration moderne. Et, en 1933, les nazis organisaient d’immenses autodafés, brûlant des dizaines de milliers de livres dont les auteurs, juifs, pacifistes ou communistes, représentaient à leurs yeux « l’esprit non allemand ». Si vous n’avez pas tous les disques de Brassens et Gainsbourg, précipitez-vous pour les acquérir, au cas où ces foldingues décidaient de les brûler.

 

 

 

 

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fleche8 mars 2021: Numérologie

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Il y a une vingtaine d’années j’avais passé une journée à Puebla avec un couple mexicain dont une sorte de tic m’avait frappé : qu’il s’agisse d’une facture, d’un ticket de parking ou d’ un billet de banque l’un ou l’autre se livrait à un rapide calcul mental et annonçait à l’autre un chiffre compris entre 1 et 9. A ma demande, ils m’expliquèrent qu'en additionnant les nombres correspondant au jour, au mois et à l’année de leur naissance il obtenaient leur chiffre fétiche. Ainsi, quelqu’un né le 8 novembre 1987 aurait pour chiffre 8+11+ 1+9+8+7=  8.

La numérologie est une vieille chose, une pseudo-science qui accorde des propriétés particulières à certains nombres ou chiffres. Il y en a différentes variantes, de l’herméneutique indienne à la kabbale juive, et l’une d’entre elle consiste à donner aux lettres d’un alphabet une valeur numérique. Pour l’alphabet latin, cela pourrait donner A=1, B=2, C=3, D=4, etc… On peut en déduire que les gens qui ont les mêmes initiales et donc le même chiffres ont des choses en commun. Au hasard, C + B (3 + 2) = 5, ce qui, encore au hasard, établirait une relation entre Carla Bruni et Carte bleue. Toujours au hasard, faites la même opération avec les initiale d’Adolphe Hitler et de Dwight Eisenhower, et vous obtenez le même chiffre,  9. Continuons. On trouve dans l’apocalypse de Jean (chapitre 13, verset 18) l’indication que « le nombre de la bête, ou le chiffre de son nom » est six cent soixante-six. 666 : en additionnant les trois 6 vous obtenez 18. Prenez maintenant (j’insiste, au hasard) la lettre E, cinquième de l’alphabet, et la lettre M, treizième, additionnez ces deux chiffres et vous obtenez 18, ou 9.  Or E et M sont les initiales d’ Emmanuel Macron. Malgré son prénom (Emmanuel désigne en hébreu le messie promis au peuple juif), notre président serait donc l’égal de la bête immonde.  Pas sérieux ? Bien sûr, mais on a le droit de s’amuser.

Pourtant…  Vous avez sûrement entendu parler de Qanon, ce groupe de foldingues made in the USA qui diffusent des théories complotistes à tour de bras et voient partout la main maligne d’un « état profond ». Dans cette appellation baroque, « anon » signifie anonyme, et Q est le pseudonyme d’on ne sait qui. Mais Q étant la dix-septième lettre de l’alphabet latin, ces mabouls utilisent le nombre 17 comme moyen d’interprétation de n’importe quoi. Ainsi, je lis dans un dossier de Libération sur « les furieux du complot » qu’ils interprètent sans cesse des messages envoyés par Trump pour exprimer son soutien à leur cause. Ainsi, sur une photo de l’ancien président jouant au golf, ils ont cru voir sur son gant la lettre Q et précisent qu’il en était au 17ème trou. Ou encore, lorsqu’avant de quitter Washington  il a fait un discours à l’aéroport, ils ont compté qu’il y avait 17 drapeaux sur l’estrade.

Cela vous fait rire. Ouais. Mais lorsqu’on voit le succès en France du pseudo-documentaire de Pierre Barnérias, Hold Up, on rit un peu moins. Encore une fois, nous vivons une époque modetne.

 

 

 

 

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fleche2 mars 2021: Présumé innocent

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 Sarkozy vient donc d’être condamné, cela n’a pas pu vous échapper. Il a fait appel et, avant une éventuelle condamnation définitive, il est présumé innocent. Il a été cité ou impliqué dans une bonne dizaine d’affaires. Grâce à l’immunité présidentielle il n’a pas été inquiété dans l’affaire de l’arbitrage entre Tapie et le Crédit Lyonnais, ou dans celle des sondages de l’Elysée. Il a obtenu un non-lieu pour d’autres affaires et reste inquiété pour l’affaire Bygmalion (sa campagne de 2012), mis en examen pour des soupçons de financement lybien de sa campagne de 2007, est témoin assisté dans l’affaire Karachi et une enquête préliminaire est en cours pour l’affaire russe. Je passe sur les détails, vous trouverez tout cela dans la presse. Cela fait beaucoup pour un seul homme mais, je le répète, Sarkozy est présumé innocent.

J’ai toujours été admiratif  devant un passage de Jules César dans lequel, à l’acte 3 scène 2, Shakespeare met dans la bouche d’Antoine une discours dont la rhétorique est un modèle du genre :

« Le noble Brutus vous a dit que César était ambitieux; s'il en est ainsi , ce fut une faute grave, et César l'a gravement expiée. Ici, avec la permission de Brutus et des autres, - car Brutus est un homme honorable, et ils sont tous, tous des hommes honorables,- moi je viens parler aux funérailles de César. Il était mon ami, loyal envers moi et juste. Mais Brutus dit qu'il était ambitieux , et Brutus est un homme honorable. César a ramené à Rome, nombre de captifs dont les rançons ont rempli les coffres publics; a-t-on pris cela chez César pour de l'ambition ? Quand les pauvres ont geint, César a pleuré ; l'ambition devrait être faite de plus rude étoffe. Pourtant Brutus dit que César était un homme ambitieux et Brutus est un homme honorable. Vous avez tous vu qu'aux Lupercales trois fois je lui offris une couronne royale qu'il refusa trois fois ; était-ce là de l'ambition ? Pourtant Brutus dit qu'il était ambitieux et bien sûr, c'est un homme honorable »

Et je me dis que, dans un quelconque concours d’éloquence (il y en a des dizaines chaque année) on pourrait demander aux candidats de s’inspirer de Shakespeare sur le thème « Sarkozy est présumé innocent ». Si vous voulez vous y essayer, voici quelques citations qui pourraient vous aider :

-De Nicolas Beytout, directeur du très réactionnaire journal L’Opinion, «Pour être respectée, la justice ne doit pas être suspectée. Or, dans la condamnation de Nicolas Sarkozy, tout est suspect. D’abord, son histoire d’ancien président de la République et cette sourde bataille qui l’avait constamment opposé au monde judiciaire. Ce monde de petits pois ne lui a jamais pardonné. Voilà pour le contexte. Même chose pour les méthodes utilisées lors de l’enquête : les juges rebondissant d’une enquête à l’autre, comme s’il leur fallait absolument une affaire sur laquelle coincer l’ancien chef de l’Etat ».

-De Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur, « Chacun sait l’affection et le respect que j’ai pour Nicolas Sarkozy, qui a été un grand président de la République et qui, en ces moments difficiles, a mon soutien amical. Je n’oublie pas tout ce qu’il a apporté à notre pays. »

-De Christian Jacob, président du parti Les Républicains, « c’est une décision qui est incompréhensible, invraisemblable, totalement disproportionnées ».  

-De Guillaume Peltier, vice-président du même parti, « une décision disproportionnée et extravagante »

-« De Christian Estrosi, maire de Nice, « je suis étonné par cette judiciarisation de la vie politique ».

-De Carla Bruni, épouse du présumé innocent, «Quel acharnement insensé mon amour.... le combat continue, la vérité fera jour”.

Mais vous en trouverez d’autres. Alors, à vos plumes ! Et, n’oubliez pas, Nicolas Sarkozy est présumé innocent.

 

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Février 2021


 


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fleche27 février  2021: Pop-corn gate, suite.

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Un ami québécois m’écrit qu’il y a pire que le pop-corn gate : « «À l’université McGill, vous pouvez vous inscrire à un cours de littérature, vous plaindre de la présence d’un mot dans le premier roman à l’étude, être évalué sur un autre roman, abandonner le cours, vous faire rembourser ET obtenir vos crédits pour le cours abandonné.» Pour les détails: https://plus.lapresse.ca/screens/d6747695-6206-4808-bcf9 49585461fe39__7C___0.html?utm_content=twitter&utm_source=lpp&utm_medium=referral&utm_campaign=internal+share  

 Il ajoute un autre exemple : « A l'université Concordia (anglaise) de Montréal, des étudiants ont lancé une pétition pour chasser une chargée de cours pour avoir prononcé le titre du livre de Pierre Vallières «Nègres blancs d'Amérique» (l'auteur, indépendantiste et militant de gauche, s'était pourtant exilé à New York chez des Black Panthers dans les années 1960!) ».

 

Autre chose qui n’a rien à voir, un flash du bureau de l’Agence Française de Presse de Strasbourg : "Bas-Rhin: flashé à 191 km/h à 88 ans, il dit être en retard pour son vaccin anti-Covid-19" Et oui, la pandémie n’attend pas…

 

 

 


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fleche24 février  2021: Pop-corn gate

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« Je me mets à la place des parents pour la semaine de relâche. […] Donc, avec la Santé publique, pour accommoder les parents, on a quand même fait des efforts. Et je vous annonce que, à compter du vendredi 26 février, les cinémas vont être ouverts dans les zones rouges, donc partout au Québec».

 Cette déclaration du premier ministre a semé la zizanie au Québec. Les cinémas peuvent rouvrir. Bonne nouvelle ? Oui, plutôt, mais il y a un hic. En effet, les spectateurs devront porter un masque. Normal ? Oui, mais il y a un second hic. Puisqu’il  leur faudra porter un masque, il ne pourront pas manger de pop-corn. Et alors ? Et alors, voici la réaction d’un propriétaire de dix complexes de salles de ciné :

« C’est incompréhensible et absurde. Si le gouvernement maintient cette règle, je ne rouvrirai pas. Parce que ça n’a simplement pas de bon sens. Je suis bien prêt à abandonner les pizzas et ce genre de choses, mais le pop-corn et les boissons gazeuses, non ».

Ils sont exigeant, ces Québécois ! Ils ne peuvent pas aller au cinéma sans grignoter des grains de maïs sautés, gras et sucrés. Du coup le premier ministre, après avoir déclaré qu’il ne s’attendait pas à ce « pop-corn gate », propose aux propriétaires de salles une compensation financière pour le manque à gagner.

Les choses en sont là, pour l’instant, mais la situation est grave. Nous vivons décidément une époque moderne.



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fleche22 février  2021: Procrastinations

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Cela fait plus de vingt ans que j’ai quitté Paris pour Aix-en-Provence et j’ai très vite su qu’il y vivait aussi. « Il » : l’auteur de chansons à succès que tout le monde a oubliées, J’aime bien Lily, Tout quitter mais tout emporter, Mister Hyde, et d’une comédie musicale pour enfants dont au moins deux générations se souviennent, Emilie Jolie. Pendant des années que je me suis dit que nous étions peut-être voisins, que je devrais aller le voir. Mais, procrastination, je ne l’ai pas fait, je croyais avoir le temps, j’avais trop de choses à faire. ET Philippe Chatel vient de mourir. Il avait 72 ans.

Au moment où j’écris ce petit billet, j’apprends la mort d’Hélène Martin, à 92 ans, et là c’est l’ensemble de la population qui a fait preuve de procrastination, qui n’a pas pris la peine d’y aller voir. Cette femme a enregistré des dizaines de disques, a collecté les récompenses (trois fois prix  du disque de l’Académie Charles-Cros, grand prix de l’Académie du disque français, prix de la SACEM, etc.), a mis en musique Aragon, Eluard, Genet, Giono, Louise Labé, Seghers, Soupault.. Bref, c'était une très grande. Si vous n ‘écoutez qu’un titre d'elle, je vous conseille un poème de Jean Genet, Le condamné à mort.

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fleche19 février  2021: Livres "politiques"

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S’il y avait une compétition mondiale des hommes ou femmes politiques écrivant (ou du moins signant) des lignes, la France serait sans aucun doute à la première place sur le podium. Pour nous en tenir à la cinquième république, tous les présidents de la république en ont publiés. Et le ministres ne sont pas en reste. Qu’ils s’agisse de leurs mémoires, de leurs projets, de  livres vengeurs lorsqu’ils ont été exclus du pouvoir (Cécile Duflot, Delphine Batho, Rama Yade) ou de livres programmatiques lorsqu’ils visent le pouvoir (Macron, Taubira) ou veulent accéder à un degré supérieur  (Darmanin), ou lorsqu’ils veulent ne pas être oubliés (Hollande, Sarkozy), ils sont des dizaines chaque années à être présents sur les tables des libraires. Certains se sont même lancés dans le roman, même si l’on peut penser qu’ils ne marqueront pas l’histoire de la littérature : pour les plus récents Bruno Lemaire (Musique absolue), Edouard Philippe (dans l’ombre)et Marlène Schiappa (Marianne est déchaînée).

Bref, en France, les politiques doivent avoir une belle plume (ou, plus souvent, de bons « nègres », je suis désolé je ne dispose pas du mot politiquement correct pour ce qu’on désigne en anglais par une belle formule, ghost writer, « écrivain de l’ombre ».) Mais, et c’est désolant, aucun ni aucune n’a, à ma connaissance, publié de livre de jardinage ni de cuisine. Ca ne vous a pas frappé ? Ca ne vous manque pas ? Pour ma part, j’aimerais bien pouvoir profiter des conseils de Chirac pour faire pousser des pommes (je sais, il est trop tard), ou de ceux de Sarkozy pour faire pousser des salades.  En fait ils ont en tous vendues et pourraient faire un ouvrage collectif : Dictionnaire amoureux de la salade, par les responsables politiques de la France d’aujourd’hui.

Et pour la cuisine ? Tenez, si j’étais éditeur, je me dirais que tous les ministres de l’écologie, de l’environnement ou de la transition écologique (les appellations changent tout le temps), qui ont passé leur temps à avaler des couleuvres, sont des auteurs en puissance. Par exemple, Barbara Pompili , ministre de la transition écologique pourrait écrire quelque chose comme Mille et une recettes pour accommoder les couleuvres En voilà une idée qu’elle est bonne…

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fleche 12 février  2021: Butinage

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Au hasard, quelques notations butinées cette semaine et que je vous laisse éventuellement analyser vous-mêmes. Et tout d’abord, en zappant pour chercher une chaîne, j’aperçois dans une manifestation une grande pancarte : Hijo de Putin. Cela se passait évidemment dans un pays hispanophone, mais je ne sais pas lequel, tout le monde devine derrière Putin qu’il s’agit de Poutine, mais seul un hispanophone peut voir, derrière Hijo de Putin, Hijo de Puta (fils de pute).

 

Un lapsus : Après la démission de Frédéric Mion, directeur de Science-Po Paris, les protestations et dénonciations se sont multipliées dans les différents Instituts d’études politiques de province. Et sous le #sciencesporcs on apprend que les futures « élites » du pays donnent volontiers dans le viol ou le harcèlement sexuel.  Une journaliste radio annonce la réunion « des dictateurs…euh directeurs des IEP »

 

Un autre lapsus (et une autre journaliste)  présentant un artiste qui « a mis enceinte.. . euh en scène »…

 

Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, aurait expliqué au journal Le Parisien  qu’il ne va jamais chez le coiffeur avant de passer à la télévision « sinon les gens se disent tout de suite qu’on va reconfiner le pays ». Pour vous aider dans votre analyse, je vous donne le commentaire du Canard Enchaîné : « un argument un rien tiré par les cheveux ».

 

Et puis un abandon. Depuis des mots, en écoutant des gens interviewés à la radio ou la télévision, je m’amuse, sans vraiment prendre de note, à compter le nombre de fois où apparaît dans leurs discours le terme voilà. Mais la tâche devient fatigante, voilà est devenu une sorte de virgule verbale, totalement désémantisée. Je vous laisse, si cela vous amuse, prendre la relève.  

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fleche 6 février  2021: Habitus, confinement, complotisme

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J’ai toujours pensé que les concepts les plus opérationnels étaient ceux qui sont les plus faciles à expliquer. C’est à mon avis le cas de l’habitus de classe utilisé par Pierre Bourdieu, que je vais tenter d’illustrer en essayant de ne pas trop le trahir. Il s’agit d’un ensemble de pratiques héritées au acquises qui caractérisent un groupe social, ou une classe. Par exemple il y aurait d’un côté ceux qui jouent au bridge, boivent du scotch ou du champagne, s’intéressent ou jouent au tennis ou au golf, et de l’autre ceux qui jouent à la belote, boivent du pastis, s’intéressent au foot… Et ces deux groupes grossièrement définis par ces pratiques ont des tendances endogamiques, par exemple leurs membres se marient entre eux, font les mêmes études, etc. Il est d’ailleurs, de ce point de vue, intéressant de noter que ce concept d’habitus apparaît pour la première fois chez Bourdieu lorsqu’il analyse les comportements dans des bals du Béarn  où les jeunes-femmes dansent avec des gens venus de la ville tandis que les paysans restent éloignés de la piste.

Si j’évoque ce concept d’habitus, c’est parce que j’ai l’impression que les réactions au confinement ou au couvre-feu en sont une bonne illustration. Laissons de côté les protestations venues des professionnels (les patrons de restaurants, les artistes, les commerçants, etc.) pour nous intéresser à leurs « clients ». Ceux qui s’élèvent contre la fermeture des théâtres ou des lieux culturels en général par exemple ne sont pas agriculteurs ou petits commerçants mais plutôt des bobos vivant en ville. Et je vous laisse vous interroger sur les catégories sociales qui s’élèvent contre la fermeture des stations de ski, des stades, des librairies, des bistrots, etc. Bien sûr, la réponse ne peut pas venir de la simple intuition mais d’enquêtes et d’analyses sérieuses. Il demeure que Bourdieu aurait sans doute eu des choses à dire sur ce point.

Il y a en revanche une tache aveugle dans cette approche, sans doute parce que la pratique concernée est relativement nouvelle : le complotisme. Vous en connaissez des dizaines d’exemple, véhiculés le plus souvent par les réseaux sociaux, et il est facile d’imaginer, pour prendre un exemple nord-américain,  qu’il y a comme une suite d’implications entre le fait de fréquenter une église  évangélique, de voter Trump, d’attaquer le Capitole et de croire à un complot démocrate pédophile.

Mais dans quels habitus faut-il classer ceux qui pensent que le coronavirus a été inventé par Bill Gates, ceux qui croient à un complot des élites parisiennes contre le docteur Raoult, ceux qui suggèrent qu’au cours des siècles les grammairiens français ont comploté pour construire une langue sexiste, ceux qui affirment que le vaccin a pour fonction de nous injecter des puces électroniques ou encore, comme la sociologue Monique Pinçon-Charlot dans le documentaire complotiste  Hold-up, qui expliquent que le coronavirus est utilisé comme un « holocauste » pour « éliminer la partie la plus pauvre de l’humanité, dont les riches n’ont plus besoin » ?

Mais ne vous cassez pas trop la tête et passez un bon week-end quand même.

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fleche 4 février  2021: Baromètre

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 Depuis quelques années, le baromètre des langues du monde que nous avons élaboré a suscité des réactions diverses. Certains n’y comprennent pas grand-chose, d’autres réfutent toute approche quantitative, d’autres encore le portent aux nues (comme les auteurs du récent livre le français n’existe pas qui parlent de « l’hallucinant  baromètre du poids des langues dans le monde »). Mais il n’y eu que peu de discussions techniques ou scientifiques sur notre travail. Pour ceux que cela intéresse, les choses pourraient être dorénavant facilitées.

En tapant sur Google « baromètre Calvet 2017 » vous accéderez à un site du ministère de la culture français sur lequel vous aurez des liens avec les deux premières versions (2010, 2012) et à la version la plus récente (2017), ce qui vous permettra de comparer les trois classements successifs et de faire des hypothèses sur les raisons des changements qui apparaissent d’une version à l’autre.

 Mais il ne s’agit là que de la carrosserie d’une grosse machine et vous pouvez, si cela vous intéresse, vous plonger dans sa mécanique interne en téléchargeant les dossiers qui vous sont proposés. D’une part, en pdf, un long texte expliquant de la façon la plus simple possible notre démarche, la façon dont nous avons établi et traité nos données, etc. D’autre part deux dossiers Excel avec toutes nos données chiffrées, vous permettant de faire votre propre classement  en faisant varier le poids de nos douze facteurs, et, surtout, et d’éventuellement critiquer notre méthode. Bref, tout le matériel pour ouvrir un débat sur un travail scientifique qui a fait couler beaucoup d’encre.

 

 

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fleche1er   février  2021: Imbécilité ou inconcience?

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Ce qui s’est passé samedi au centre d’entraînement de l’Olympique de Marseille ne témoigne pas seulement de l’imbécillité des supporters de football mais de quelque chose de plus diffus et de plus grave. Précisons tout d’abord que la situation de l’OM est unique en France : les clubs de supporters se sont vus attribuer le droit de vendre eux-mêmes les abonnements annuels à leurs membres, avec les dérives financières que l’on peut imaginer. Ils se sentent propriétaires ou patrons de l’équipe, pensent avoir tous les droits, y compris celui de saccager et de s’en prendre physiquement aux joueurs. Il est vrai que l’OM est actuellement dans une mauvaise passe, à la neuvième place du classement, mais on voit mal comment ces actions de commando peuvent changer en quoi que ce soit sa situation. La pandémie rend-t-elle fou ?

A Nice, un patron de restaurant a ouvert son établissement malgré interdiction, et on l’a vu à la télévision tenant trois assiettes dans ses mains et hurlant « Liberté ! Liberté ! » avec la projection de postillons qu’on peut imaginer sur les plats qu’il servait. Et la cinquantaine de clients présents ne portaient, bien entendu, pas de masque. A Carpentras, un commissaire de police et un vice-procureur ont été surpris en train de manger dans un restaurant clandestin.  Sur les réseaux sociaux le slogan « je ne me confinerai pas » fleurit. Et l’on sait qu’aux Pays-Bas de violentes manifestations ont lieu contre le couvre-feu. Encore une fois, la pandémie rend-t-elle fou ? Inconscient ? Ou les deux à la fois ? Imbécillité ou inconscience ?

A vous de voir. En attendant, je partage avec vous un extrait d’un mail reçu d’une amie brésilienne, qui constitue peut-être un début de réponse :

« A Rio on a 40 degrés tous les jours, depuis deux semaines. Résultat 1: plages bondées. Résultat 2: des hôpitaux bondés »

 

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Janvier 2021

 

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fleche30  janvier 2021: Procrastination?

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Certains n’ont rien à dire mais le disent bien, c’est même en train de devenir une profession… Hier soir, le premier ministre n’avait pas grand-chose à lire, et l’a dit le plus vite possible, expédiant sa corvée comme s’il était pressé d’aller voir le feuilleton qu’il suit à la télé. Cette corvée, c’est bien entendu Macron qui la lui avait imposée. Mais pourquoi ?

Depuis une semaine, nous sommes abreuvés de discours alarmistes. Des ministres, et non des moindres (le premier d’entre eux, celui de la santé, le porte-parole du gouvernement…) et les médecins spécialisés en épidémiologie, pour une fois d’accord entre eux, nous ont tous dit la même chose : les indicateurs sont au rouge, le couvre-feu a eu peu d’effet sur l’épidémie, nous n’avons pas de temps à perdre, et puis, surprise, on ne nous annonce que quelques mesurettes, pas le confinement attendu. Le moins que l’on puisse dire est que la communication du gouvernement est incohérente. Les uns annonçaient un confinement sévère, les autres lançaient des formules sibyllines, « confinement light », « confinement hybride » (comme les voitures, moitié essence moitié électricité ?). Et l’explication en est simple : personne ne savait ce qu’allait décider Macron et les gens manœuvraient  à vue. Car c’est bien Macron qui est le problème.

Procrastination ? Cela en a bien l’air puisque tout le monde est convaincu qu’il faudra bien en revenir au confinement. Mais les choses sont plus complexes. Macron navigue entre l’indécision et la prudence, il a peur de mouvements sociaux, de manifestations semblables à celles qui se produisent aux Pays-Bas et en Allemagne, et ne veut pas suivre les conseils du conseil scientifique qu’il réunit régulièrement, ou du moins ne veut pas les suivre immédiatement, comme si cela était un signe de faiblesse. On a dit que le politique passait avant le sanitaire, ou que le problème était de choisir entre le politique et le sanitaire. En fait, l’actuel président est l’a meilleure illustration de la pratique solitaire du pouvoir. Il ne se différencie de De Gaulle que sur un point : il crée des comités, des conseils, qu’il réunit… Mais il attend avant de décider seul. On voit bien son pari : si les indicateurs passaient subitement au vert, il triompherait. Mais si c’était le contraire ? Trump ou Bolsonaro s’en sont tenu à un déni criminel et il suffit de voir le nombre de morts aux USA et au Brésil pour juger de leur efficacité. Et Macron prend un très grand risque.

Pour finir, quelques indications sur la façon dont les psychologues expliquent la procrastination. Les façons plutôt, car ils ne sont pas tous d’accord entre eux.  Ce qu’ils appellent les « retardataires chroniques » seraient caractérisés par de l’anxiété, du manque d’apprentissage, du manque d’estime de soi, mais aussi par de l’impulsivité, et par une activité frénétique dans des domaines n’ayant aucun lien avec la décision urgente à prendre. Vous avez donc le choix pour décider par vous-mêmes de ce qui caractérise le mieux Macron. Quant à savoir si le nombre de morts à venir lui donnera tort ou raison, c’est une autre histoire.

 

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fleche28 janvier 2021: Bientôt des dessinateurs manchots?

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Vous connaissiez (oui, c’est le passé qui convient désormais) peut-être les dessins de Xavier Gorce dans Le Monde, les indégivrables. Il mettait en scène des pingouins qui, le plus souvent échangeaient des propos drôles, décalés, souvent givrés, c’est le cas de le dire. Le dernier en date présentait une jeune pingouine interrogeant un aîné : "Si j'avais été abusée par le demi-frère adoptif de mon père transgenre devenu ma mère, est-ce un inceste?"

Cela peut faire rire ou pas, j’avoue que pour ma part j’adore ces phrases alambiquées ou paradoxales, qui vous font vous gratter la tête, tourner les mots dans tous les sens. Et ce dessin m’a fait rire. Mais la direction du Monde, a reçu des protestations : ce dessin serait une attaque contre l’homoparentalité ou les transgenres. Ni une ni deux, le dessin a été retiré et le journal a présenté ses excuses au lecteurs. Et le dessinateur, désavoué, a décidé de quitter le journal.

Si le dessin  m’a fait rire (mais il a pu en choquer d’autres), j’ai été en revanche choqué par une forme de lâcheté de la direction du journal, par sa peur face aux réseaux sociaux. La presse unanime avait en 2015 apporté son soutien à Charlie Hebdo et, plus récemment, a largement rendu compte du procès des complices de cette tuerie. Mais, en semblant vouloir aseptiser ce que produisent ses propres dessinateurs, elle semble du même coup laisser à Charlie le soin de faire rire de façon grinçante  irrespectueuse et salutaire. Et sa position, prudente et couarde à la fois, pourrait s’exprimer ainsi : puisqu’ils le font, nous n’avons pas à le faire…  Mais, en même temps, c’est le principe de l’autocensure qui se met en place.

Pour ceux qui ne connaissant pas Gorce, voici quelques exemples de la production :

Un pingouin annonce  « Selon notre dernier sondage, 100% des abrutis refusent  d’être vaccinés… «  Et l’autre réplique « C’est stable ».  Ou encore l’un déclare « Le virus de l’antisémitisme a muté et l’autre ajoute «  Mais c’est toujours la même souche… » .

Un dernier, qui s’applique plus particulièrement à la situation actuelle : « Vous avez votre passeport sanitaire  d’humour ? ». C’est bien la question. Les pingouins de Gorce ont donc quitté Le Monde mais l’on peut craindre que ce départ annonce  la naissance d’une génération de dessinateurs manchots.

Ce qui me rappelle un passage d’une des versions de Temps difficiles de Léo Ferré On avait découvert qu’un médicament utilisé pendant les années 1950 et 60 par les femmes enceintes, la thalidomide, donnait de graves malformations. A Liège, une femme ayant consommé d la Thalidomine pendant sa grossesse avait donné naissance à un enfant sans bras et l’avait euthanasié. Procès de la grand-père, de la mère, de sa sœur et du père. Ils sont tous acquittés. Et Ferré avait chanté : 

« Le Vatican n’est pas d’accord

Il dit qu’à Liège on a eu tort

Quand tu verras un pape sans bras

Avec quoi donc il t’bénira ? »

Qui pourrait aujourd’hui entonner cela ?

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fleche24 janvier 2021: Sociolinguistique et vérités altertnatives

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Il s’est passé quelque chose de très particulier au début de ce mois sur la liste de discussion sociolinguistique du RFS (réseau francophone de sociolinguistique). A l’origine, l’annonce de la publication d’un ouvrage de Patrick Charaudeau (La langue n’est pas sexiste, pour une intelligence du discours de féminisation), avec la photo de la couverture et un court texte de présentation :

« La langue n’est pas sexiste. C’est le sujet qui parle, qui écrit, lequel est à la fois maître et esclave de son usage, qui peut ajouter à ses façons de parler des relents de sexisme. Mais il peut également y échapper par des usages intelligents. C'est donc du discours qu'il est question — et non de la langue — faisant que seul le sujet parlant est responsable de ce qu'il dit. Tout ce qui concerne la féminisation de la langue, de la critique sexiste à la transformation des noms de métier, du genre grammatical à la féminisation des formes, est passé en revue sans oublier l'écriture inclusive qui propose des transformations d'usage de la langue, dont l'auteur examine les bonnes et les mauvaises solutions ».

 Immédiatement, des interventions se succèdent, sur le ton ironique (« Enfin le retour du bon ou mauvais en linguistique ! 

Féministement » ou agressif (« le problème commence au-delà du contenu du livre, étant donné la formulation des titres et sous-titres, qui encore une fois annoncent une « raison » et une « intelligence » masculines pour éclairer les autres qui en étaient forcément dépourvues »).

  L’ouvrage est attaqué essentiellement parce qu’il est écrit par un homme et qu’on lui prête  un point de vue masculin (prêtez attention aux pronoms : ils, eux) :

« Je pense qu’il faut les ignorer ou bien écrire ailleurs autre chose : ils n’attendent que cela car plus personne ne parle d’eux… C’est leur faire trop d’honneur ! Leur parole ne compte plus, plus personnes ne les connaît… Inventons ailleurs, sans eux, on n’a pas besoin d’eux ».

Ce sont donc les hommes qui sont attaqués, puis, par élargissement progressif, les hommes professeurs et enfin  les hommes, professeurs donc, et vieux, « qui contribuent petit à petit à restreindre la portée politique de la sociolinguistique à une discussion de comptoir entre vieux machins » et en outre sont traités de « masculinistes et autres cryptofascistes ». Résumons tout cela : un homme n’a pas le droit d’écrire sur le thème de la féminisation parce qu’il n’est pas femme, qu’il est en outre professeur et vieux. Ce qui semblerait signifier que seules de jeunes linguistes sans poste auraient le droit à la parole sur ce thème. Il y a dans cet enchaînement un condensé de discriminations : contre les hommes, vieux, professeurs, voire professeurs retraités. Il ne manque à cette litanie de discriminations que homme blanc pour clore le tableau. Bref les injures volaient bas (« cryptofascistes », « vieux machins ») et l’on cherchait en vain le moindre argument théorique contre le livre qui avait déclenché cette tempête.  

Il y avait à cela une raison très simple : personne ne l’avait lu  car il n’était pas encore publié. Il s’agissait donc uniquement d’un procès d’intention contre un sexe, une classe d’âge et une fonction. Il peut paraître étonnant de trouver cette absence totale de déontologie (condamner un livre n’on n’a pas lu), ce racisme et ce vide théorique sur une liste dont le but est d’accueillir un débat scientifique et non pas des invectives ou des insultes. Il va sans dire, mais cela va peut-être mieux en le disant, que je correspond tout à fait à la cible que je viens de définir : je suis un homme blanc (nobody is perfect) et professeur d’université à la retraite. On n’a pas  encore parlé dans ces débats de « vieux cons » (simplement de « vieux machins ») mais j’aime bien quand Georges Brassens chantait « le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con, on est con, qu’on soit jeunot qu’on soit grand-père, quand on est con on est con », à condition  que l’on puisse aussi remplacer con par son contraire (et je vous laisse le soin de chercher les antonymes de con).

Venons-en donc à corps du délit, puisque procès il y a. Patrick Charaudeau part dans son ouvrage, avec une sérénité toute scientifique, de la définition des notions sur lesquelles il considère qu’il faut se mettre d’accord pour pouvoir débattre. La  distinction entre la langue comme système, comme norme ou comme discours, l’histoire de la grammaire ou de la graphie, le genre grammatical, les catégories de genre et de sexe, le neutre, etc… En passant il explique comment l’importation des gender studies en vogue aux Etats-Unis a donné en français au genre un autre  sens, produisant une série de dérivés comme genré, agenre, dégenré, en introduisant une confusion entre le genre grammatical et le genre sexué. Puis il évoque différentes propositions de féminisation de l’écriture ou des noms de métiers, parmi lesquelles, bien sûr, l’écriture inclusive et le point médian, en souligne les inconvénients et les avantages. Bref il pose les bases d’un débat scientifique en rappelant, je le cite, que pour parvenir à « une égalité sociale entre les hommes et les femmes, il est évident qu’il faut éviter toute discrimination dans la façon de parler ». Mais, au centre de sa réflexion, ce que résume parfaitement son titre, la langue n’est ni sexiste, ni fasciste, ni quoi que ce soit d’autre, c’est le discours qui peut l’être. Je ne vais pas résumer tout son livre, ceux que cela intéresse peuvent aller y voir (il est publié aux éditions Le bord de l’eau).

Ce que je retiens pour ma part de la démarche de Charaudeau et de la polémique que j’ai rappelée est d’abord qu’il est préférable de lire un livre avant de le critiquer. J’ajouterais qu’on  ne peut pas être sociolinguiste sans être linguiste, voire même historien de la langue. Et, surtout, que la différence martelée par Charaudeau entre langue et discours est fondamentale. Lorsqu’on lit avec soin le livre de Victor Klemperer sur la langue du III° Reich, on se rend compte qu’il n’y aurait aucun sens à considérer  que l’allemand est une langue nazie : les nazis parlaient allemand et c’est dans leur utilisation de cette langue, dans leur discours donc, par différents procédés, qu’ils encodaient  leur idéologie nazie. Dire qu’une langue est nazie, sexiste ou fasciste (Barthes s’est laissé aller à cette dernière affirmation) est une grosse bêtise dénuée de sens scientifique.

On peut espérer que le livre Charaudeau permettra un débat dépassionné et serein, mais j’en doute.  Trump a quitté la maison blanche, ce qui n’empêche pas, selon les journalistes spécialistes des USA, le trumpisme d’être toujours vivant. Ce qui est sûr, c’est que si le susdit Trump avait déposé un brevet pour l’usage de fake news, ou des vérités alternatives,  bien des intervenants de la liste RFS lui devraient des royalties.

  

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fleche22 janvier 2021: Merci à Trump

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Donald Trump a eu l’inélégance de quitter la maison blanche mercredi matin sans être présent à la prestation de serment de Joe Biden. Mais, avant de prendre l’avion qui devait le mener à sa résidence dorée de Floride, il a fait une sorte de parodie de meeting sur le tarmac de l’aéroport, présentant une version   idyllique de son mandat, de ses succès imaginaires, de ses actions magnifiées, bref en ajoutant quelques mensonges de plus à son palmarès.

Et, comme dans chacun de ses meetings, la « bande son » comportait deux titres qui vont le retenir, YMCA interprété par le groupe Village People et My Way interprété par Franck Sinatra. La fin de ce dernier titre peut d’ailleurs s’entendre comme un plaidoyer pour ses mensonges :

« Yes, there were times, I'm sure you know
When I bit off more than I could chew
But through it all when there was doubt
I ate it up and spit it out
I faced it all and I stood tall
And did it my way
The record shows I took the blows
And did it my way

Alors, pourquoi « Merci à Trump ? » Pas pour ses mensonges, bien sûr. En fait ce n’est pas moi mais le show-biz français qui devrait le remercier. Je ne sais pas si l’ex-président a compris que Village People était un groupe du genre « machogay » et que YMCA appelait les « young men » à prendre du plaisir dans l’ « Association Chrétienne des Jeunes Hommes » (c’est le sens du sigle anglais), mais il ne savait sûrement pas que la musique de cette chanson a été composée par deux français (Henri Belolo et Jacques Morali) qui étaient en même temps les producteurs du groupe. Quant à My Way, c’est à l’origine une musique de Jacques Revaux et Claude François (pour la chanson Comme d’habitude), adaptée en anglais pour Paul Anka puis reprise par Sinatra. Donc…  Donc, si Trump a payé les droits des musiques qu’il utilisait dans ses meetings, une bonne partie de cet argent a été versée à la SACEM, ce pourquoi je me permets de le remercier au nom du show-biz français qui aurait dû le faire mais semble ne pas avoir la reconnaissance du ventre.

A moins que… à moins que Trump ne paie pas plus les droits musicaux que ses impôts…

 

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fleche16 janvier 2021: Sodomisation de diptère brachycère

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On connaît le paradoxe du Crétois qui déclarait : « tous les Crétois sont menteur ». Mentait-il ou disait-il la vérité ? A priori, puisqu’il était crétois, il mentait et donc sa phrase était un mensonge, et les Crétois n’étaient pas menteurs. Dès lors il disait la vérité et les Crétois étaient menteurs… On peut sortir de cette aporie en disant que la langue n’est pas nécessairement faite pour dire la vérité, et que le problème n’a aucun intérêt, ou qu’il s’agit  (pour tenter de l’exprimer en termes choisis) d’une sodomisation de diptère brachycère. Imaginons maintenant que, sans être lui-même journaliste, quelqu’un déclare que tous les journalistes sont menteurs. Fini le paradoxe, et cette assertion permettrait de savoir quelle est la vérité : le contraire de ce  disent les journalistes.

Mais les deux affirmations (tous les Crétois ou les journalistes sont menteurs) ont en commun de pécher à la fois par excès de généralisation et par absence de réflexion sur ce qu’est la vérité. La première cependant, celle du Crétois, ne disposait pas de tweeter, de face book ou de tout autre déversoir d’ego, et il ne pouvait donc guère faire de mal. Ce qui n’est pas tout à fait le cas aujourd’hui, et vous voyez où je veux en venir. Le changement de locataire de la maison blanche qui va se produire mercredi ne changera sans doute pas grand-chose aux flots d’egos, complotistes ou autres,  se déversant sur les réseaux sociaux, mais il leur manquera leur principal porte-voix. A moins qu’un autre surgisse.

Nous pourrions cependant nous débarasser de cette avalanche de « vérités alternatives » ou de « fake news » en changeant légèrement de point de vue. Vous vous souvenez peut-être au moins du titre d’un ouvrage de Pierre Bayard publié en 2007, Comment parler des livres qu’on n’a pas lus ? Je voudrais pour ma part vous rappeler un petit passage du livre (qu’il est bon de lire)  de Victor Klemperer sur la langue du 3ème Reich :

« On cite toujours cette phrase de Talleyrand, selon laquelle la langue serait là pour dissimuler les pensées du diplomate (ou de tout autre homme rusé et douteux en général). Mais c’est exactement le contraire qui est vrai. Ce que quelqu’un veut délibérément dissimuler, aux autres ou à soi-même, et aussi ce qu’il porte en lui inconsciemment, la langue le met à jour ».

Il ouvrait la voie à toutes les analyses de contenu, analyses rigoureuses mais moins faciles (et moins marrantes) que les affirmations à la Trump.  Pour ma part, je ne trouve pas de chute marrante à ce billet. Sauf que, peut-être, je penche moi-même du côté de la sodomisationdes diptères brachycères.

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fleche9 janvier 2021: Fascisme rampant aux USA. Et chez nous?

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Pendant quatre ans nous avons vu un adolescent en surpoids, colérique, exigeant d’obtenir immédiatement tout ce qu’il voulait, et des adultes lui passant tous ses caprices. Ces adultes étaient bien sûr les parlementaires républicains et l’adolescent colérique et en surpoids Donald Trump. Caricature ? Oui, mais les caricatures, en grossissant les traits, révèlent toujours quelque chose de la réalité. Trump a été battu lors qu’une élection dans laquelle son concurrent a obtenu sept millions de voix de plus de lui. Il a, en conséquence, obtenu 232 grands électeurs contre 302 pour Biden. Ses recours ont été refusées par différents juges, y compris ceux de la cour suprême. Ainsi posé, le problème serait résolu aisément par n’importe quel élève de primaire : Biden a été élu. Mais dans la cour de l’école, une centaine de congressistes républicains a continué à nier l’évidence, à donner à l’enfant colérique ce qu’il voulait. Comme lui, ils affirment que la victoire lui a été volée. Et c’est la réalité qui devient caricature.

Ces gens dont la fonction est de voter les lois, de les faire appliquer, soit se foutent de la constitution comme de leur première sucette et ne pensent qu’à leur réélection, qu’à plaire à leurs électeurs, soit croient réellement aux théories complotistes, à une puissance occulte, marxiste et pédophile, qui dirigerait en sous-main le pays… En bref, ils reprennent les délires de l’adolescent colérique, et l’on se demande s’il y a des adultes dans les salles du Congrès. Pendant ce temps l’adolescent colérique joue toujours de la menace, sur le mode « t’ar ta gueule à la récré », et ils s’écrasent, pensant toujours qu’il risque de ruiner leur carrière politique s’ils s’opposent à ses caprices.

Et puis les choses changent de genre. Dans sa cour de récréations, Trump a donc mobilisé ses troupes, les appelant à marcher sur le Capitole. En voyant ces images, on a d’abord des souvenirs scolaires, la marche sur Rome des partisans de Mussolini en octobre 1922, la marche sur l’assemblée nationale de l’extrême droite française, en février 1934, des souvenirs du passé. Et l’on se dit que tout cela est loin, loin dans le temps et loin dans l’espace. C’est loin, Mussolini, c’est loin Washington. Loin, vraiment ?

Le spectacle cette horde à la fois folklorique et fascisante enfonçant les portes du Pentagone, brisant des vitres, menaçant des congressistes, n’est pas si exotique (en son sens premier : qui vient de loin) ni si éloigné dans le temps qu’on pourrait le croire. Ces mouvements antidémocratiques et ce fascisme fascisant sont partout, y compris à nos portes. Il n’y a pas que les évangélistes américains qui mettent dieu avant les lois républicaines, il y a aussi, chez nous, les intégristes musulmans ou catholiques. Il n’y a pas que les proud boys américains qui cassent à tout va, il y a aussi, chez nous, les black blocs et certains gilets jaunes. Le complotisme n’existe pas qu’aux Etats-Unis, il fleurit aussi chez nous. Sans parler de la lâcheté et de l’arrivisme du personnel politique, qui se portent assez bien ches nous.

Alors, dire que ce spectacle déshonore la démocratie américaine, considérer comme fou furieux celui dont nos dirigeants ont serré chaleureusement la main, se demander si la police américaine a laissé faire, si elle n’aurait pas réagi différemment dans le cas où la horde trumpiste aurait été composée de Noirs, tout cela n’est-il pas une façon de ne pas balayer devant notre porte ? Un tour de passe-passe en quelque sorte, pour faire oublier, si nous n’y prenons garde, que ces dérives pourraient nous menacer nous aussi, un jour ou l’autre.

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fleche5 janvier 2021: Peaux de bananes

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Les politiques ont l’habitude des peaux de bananes que certains (le plus souvent, mais pas toujours, leurs adversaires) disposent devant eux. Et, lorsqu’ils ne parviennent pas à les éviter, ils s’étalent. C’est là un des ressorts du rire, comme l’analysait il y a plus d’un siècle le philosophe Henri Bergson. Parmi les procédés menant au rire, il en est certains qui s’appliquent assez bien à la situation actuelle du gouvernement. Bergson parlait par exemple de la répétition, lorsque une même scène grotesque se produit plusieurs fois de suite, ou encore de l’effet boule de neige, et sa thèse générale était que ce qui provoque le rire est la superposition sur du vivant d’un effet mécanique.

Revenons donc à la peau de banane. Un homme (mais ça fonctionne aussi avec une femme) marche tranquillement (c’est du vivant) quand soudain il glisse et accomplit un mouvement qui peut faire penser aux acrobaties d’un break dancer mais qu’il est plus simple de décrire en disant qu’il se casse la gueule. La peau de banane peut s’être trouvée là par hasard (un chimpanzé passait par là et, après avoir dégusté son fruit, en a jeté la pelure) ou avoir été déposée intentionnellement.

Mais il est un troisième cas de figure, qu’illustrent bien le président Macron et son gouvernement. Prenez l’affaire Benalla (au fait, quand passera-t-il devant les tribunaux, Alexandre Benalla ?) : personne n’a transformé ce proche du président en faux flic tabassant un manifestant. Ou encore, personne n’a inventé un ministre de l’intérieur, Darmanin pour ne pas le citer, sortant inopinément une loi dont l’article 24 a fait beaucoup de bruit. Pas plus que de sales gamins mal intentionnés n’ont bricolé un discours sur l’inutilité de masques qu’on n’avait pas, ou n’ont imaginé un protocole de vaccination ridicule.

Vous l’aurez compris, le troisième procédé que j’annonçais consiste pour quelqu’un à déposer devant lui une peau de banane puis à prendre son élan et à se précipiter dessus. Patatra ! Glissade, figure de break dance et on se retrouve dans la boue… On peut imaginer qu’un clown de livre méthodiquement à cette figure, pour faire rire bien sûr, c’est son métier. Et on ne rirait pas si l’on ne l’avait pas vu d’abord disposer soigneusement son piège. Mais, en l’occurrence, il ne s’agit pas d’un clown (enfin, pas d’un clown professionnel), il s’agit d’un président ou de ministres. Beaucoup disent que l’opposition n’existe plus aujourd’hui (et c’est vrai qu’elle n’a pas beaucoup d’idées) mais elle est inutile puisque le pouvoir fournit lui-même les peaux de bananes qui vont le ridiculiser.  Bergson n’avait pas pensé à ça, ou n’avait pas rencontré ce cas de figure. Comme quoi nous vivons une époque moderne… et inventive.

 

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fleche2 janvier 2021: conseils sanitaires

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 Tout d'abord, bonne année à tous.

J’ai récemment entendu à la radio que la canicule de 2003 avait tué 20% de plus de femmes que d’hommes. Mon sang n’a fait qu’un tour : quoi, la canicule aussi serait machiste ! Je suis tout d’abord allé vérifier les chiffres. Il y a eu, en août 2003, 15.000 décès en excès (c’est-à-dire 15.000 de plus que les années précédentes à la même période), 87% d’entre eux avaient plus de 70 ans et 65% étaient des femmes. Je me suis alors dit que les femmes vivaient plus longtemps que les hommes et, là aussi, je suis allé vérifier les chiffres (rassurez-vous, je ne me suis pas beaucoup fatigué, j’ai cherché les statistiques officielles). Le petit tableau ci-dessous, concernant la population française par sexe au 1er janvier 2020, confirme encore cette information :

 

Age

Nombre d’hommes

de femmes

95 ans

90 ans

85 ans

80 ans

60 ans

50 ans

40 ans

30 ans

20 ans

10 ans

1 an

16.359

57.533

122.243

173.240

407.015

439.368

405.284

385.549

398.800

428.212

365.656

53.442

128.482

202.703

234.771

438.821

449.572

425.335

408.207

379.795

408.308

350.503

 

On On voit qu’il y a davantage de garçon que de filles à la naissance, que la mortalité précoce des hommes rétablit la parité autour de 40 ans, et que plus on s’avance vers les âges avancés et plus la proportion s’inverse (l’espérance de vie est de 85 ans en moyenne pour les femmes contre 80 pour les hommes).

Revenons donc à la canicule. Les chiffres ci-dessus ne suffisent pas à expliquer la surmortalité des femmes. A 80 ans par exemple, les femmes représentent 57% de la population. Mais une analyse plus poussée nous montre que cette canicule a surtout frappé des personnes isolées. Or les femmes âgées vivent souvent seules (ce qui est normal : les hommes meurent avant). C’est donc les femmes âgées et seules qui furent les premières victimes.

Tout ceci me mène à la pandémie que nous vivons actuellement et à quelques conseils sanitaires aux messieurs qui souhaiteraient échapper au coronavirus. Pour peu que vous lisiez parfois les journaux ou écoutiez un peu les media audiovisuels vous connaissez les gestes barrières, inutile d’y revenir. Vous savez aussi qu’il est déconseillé d’aller danser toute à nuit au milieu d’un millier de personnes. Par ailleurs, il est difficile de rajeunir. La seule solution est donc de changer de sexe. Renseignez-vous, il y a de bons chirurgiens. Mais devenir femmes ne suffit pas, il vous faut aussi vivre en couple. Or plus vous vieillissez moins vous trouverez d’hommes (surtout si beaucoup d’entre eux ont suivi mon conseil et sont devenus femmes). Donc, pour ne pas vivre seules (oui, je passe au féminin), vivez avec une femme. Après avoir changé de genre, changez de sexualité. And fuck the virus…

 

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