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Juillet 2020

 

 


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fleche30 octobre  2020 : Les oiseaux

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Dans Le Monde daté d’hier un long article de Jean Birnbaum, « Rushdie, « Charlie », Paty, victimes d’une même offensive planétaire », se termine par le rappel d’un entretien avec Salman Rushdie qui, en 2012, déclarait :

En 1989 il était trop tôt pour comprendre de quoi il s’agissait. Personne n’a vu la fatwa comme le début d’un conflit plus large, on y percevait une anomalie farfelue. C’est comme dans Les Oiseaux, d’Hitchcock. Il y a d’abord un oiseau qui apparaît, et vous vous dîtes : « C’est juste un oiseau ! » C’est seulement plus tard, quand le ciel est rempli d’oiseaux furieux, que vous pensez : « Ah, oui, cet oiseau annonçait quelque chose, il n’était que le premier ».

Et le journaliste rappelle qu’en 2011, alors que les locaux de Charlie hebdo avaient été incendiés, certaines figures se réclamant de la « gauche radicale » ou « postcoloniale » comme Christine Delphy, sociologue,  Rokhala Diallo, journaliste, Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la république, signaient une tribune affirmant :

« qu’il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie Hebdo, que les dégâts matériels seront pris en charge par leur assurance, que le buzz médiatique et l’islamophobie ambiante assureront certainement à l’hebdomadaire, au moins ponctuellement, des ventes décuplées, comme cela s’était produit à l’occasion de la première « affaire des caricatures » - bref : que ce fameux cocktail Molotov risque plutôt de relancer pour un tour un hebdomadaire qui, ces derniers temps, s’enlisait en silence dans la mévente et les difficultés financières ».

Je n’avais pas lu l’entretien de Rushdie en 2012, mais la tribune de 2011 m’avait scandalisé par son absence de solidarité et ses basses insinuations. Et tout le monde se souvient que quatre ans plus tard  les frères Kouachi massacraient la rédaction de Charlie Hebdo.  Sans doute les signataires de cette tribune, comme les spectateurs du film d’Hitchcock, n’avaient-ils pas vu, ou pas voulu voir, les premiers oiseaux terroristes, ou pensaient-ils qu’un corbeau ne fait pas l’hiver noir. J’ai longtemps reçu, je ne sais pas pourquoi, des mails des Indigènes de la république. On y parle beaucoup, et depuis longtemps, de l’islamophobie, avec une confusion volontaire entre critique de l’islam politique terroriste et attaque contre les musulmans dans leur ensemble. Et, en mars 2020 on y appelait à voter aux  municipales pour des « listes autonomes communautaires ». Notons également que Christine Delphy et Houria Bouteldja ont également signé avec une cinquantaine d’autres personnes en février 2018, sur le site de Médiapart, une tribune réclamant « une justice impartiale et égalitaire » pour Tarik Ramadan. Fallait-il en conclure que ces signataires pensaient que la justice puisse être partiale et inégalitaire ? Ou que Tarik Ramadan, mis en examen pour viols.  méritait un traitement spécial ?

Bref, tout ceci n’est qu’un modeste apport à un débat qui tourne aujourd’hui autour de la notion d’islamo-gauchiste…

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fleche22 octobre  2020 : Suite...

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Je parlais dans mon billet d’avant-hier des « ambiguïtés de certains, comme la ligue des droits de l’homme». Or, le 16 octobre, elle publiait un texte contre le projet de loi sur le séparatisme, qu’elle avait fait signer par la CGT, le MRAP et le syndicat de la magistrature. Le texte protestait  entre autres choses contre le risque de faire « d’une partie de la population, celle de culture ou de confession musulmane ou perçue contre elle, les potentiels porteurs des pires dérives allant jusqu’aux plus mortifères d’entre elles ». Le jour même on apprenait la décapitation du professeur d’histoire et géographie, Samuel Paty. Le soir même, selon Le Canard enchaîné, la pétition disparaissait des écrans…

 

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fleche20 octobre  2020 : On va à la messe et puis on rentre chez soi

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Tout le monde est désormais au courant de l’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie qui essayait d’enseigner à ses élèves la tolérance, la liberté de pensée et d’expression, la laïcité, bref, les bases  de notre système français.

Dimanche, manifestations dans diverses villes du pays. Il y a longtemps que je pense qu’on va aux manifestations comme d’autres vont à la messe. On y fait acte de présence, on y prend l’air de componction qui convient, ou on y exprime sa colère, c’est selon, et puis, hop, la messe est dite, on passe à autre chose, jusqu’à la prochaine manif ou la prochaine messe.

Dans le cas présent, cet aspect rituel est particulièrement frappant car il s’inscrit dans un contexte de mollesse, de naïveté ou de lâcheté d’une partie de la gauche, ou de compromission d’une partie de l’extrême gauche, face à l’islamisme..

Mollesse ou lâcheté de certains maires qui, pour se garantir une sorte de paix sociale, ou gagner des voix aux élections, font des compromis avec des éléments salafistes (en bon français : fondamentalistes) de leurs administrés: on accepte des heures réservées aux femmes dans certaines piscines, on ferme les yeux sur des pratiques religieuses dans l’espace de travail ou sur la discrimination  des femmes par certains hommes, on cède devant plusieurs exigences des musulmans radicaux… On peut aussi penser ici aux ambiguïtés de certains, comme la ligue des droits de l’homme, sur la question du voile, à une sorte d’aveuglement volontaire sur tout cela, par peur d’être traités d’islamophobes, j’y reviendrai.

 Naïveté d’une certaine gauche qui, face à l’insécurité, à la montée de l’islamisme politique ou à la violence,  se contente d’explications sociologisantes, pas fausses pour autant, insiste sur la ghettoïsation de certains quartiers en passant à côté (volontairement ? par lâcheté ?) d’un autre pan de la réalité, celui de la volonté politique d’une partie de l’islam d’imposer ses règles à la société.

Compromission d’une partie de l’extrême gauche aveuglée par des analyses selon lesquelles l’islam serait la religion des pauvres, des opprimés, de ceux dont viendraient la révolte et qu’il faudrait  soutenir. Ici, le flirt de la France Insoumise avec les Indigènes de la République, la présence en novembre 2019 de Mélenchon à une manifestation contre l’islamophobie organisée par le CCIF (collectif contre l’islamophobie en France) et au cours de laquelle les organisateurs firent scander par une partie de la foule Allahou akbar, les ambiguïtés à une certaine époque de Médiapart face à Tariq Ramadan, tout cela a d’abord intrigué, puis inquiété.

La lutte contre l’islamophobie, ou la peur d’être considérés comme islamophobes est à la base de ces renoncements, de ces ambiguïtés ou de ces lâchetés. Islamophobie : un mot fourre-tout au sémantisme flou, connotant le « racisme », racisme anti-arabe ou antimusulmans, la « haine des musulmans », et confondant par un tour de passe-passe la lutte contre les dérives islamistes et la haine de l’Islam . Il y a longtemps que le catholicisme ne massacre plus (il s’est particulièrement illustré en ce domaine) et qu’il ne fait plus la loi. Or une certaine forme d’islam politique massacre et veut imposer sa loi, et s’y opposer n’est ni de l’islamophobie ni du racisme. C’est lutter pour la liberté de pensée. Et il n’y a pas d’accommodements possibles contre ceux qui s’opposent aux libertés ou à la laïcité.

Un professeur a été assassiné pour avoir fait son métier. Médiapart  commente ainsi cette horreur : « La portée symbolique de cette décapitation est immense et l’émotion s’empare du pays. Malheureusement, deux jours après le drame, force est de constater que le traitement médiatique de cette affaire reste partial. Une fois de plus, il semble que l’étiquette “attentat terroriste” dispense les journalistes de tout effort réflexif. Les titres sensationnalistes s’accumulent et créent une chambre aux échos très favorable aux rhétoriques d’extrême-droite ». Et, sans doute au nom de ce nécessaire « effort réflexif » Médiapart titre :  « Exécution sommaire du suspect: nouvelle norme en matière de terrorisme? » Comme si cela n’était pas un « titre sensationnaliste ». Et comme si la décapitation de l’enseignant n’était pas une exécution. Du côté de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon et Eric Coquerel tombent dans une forme de racisme anti-Tchétchènes : « On a accueilli des Tchétchènes qui sont les partisans d’une guerre civile sur fond de religion ». Faisant ainsi d’une pierre deux coups : faire plaisir à Poutine et ne pas passer pour arabophobe. Comme si pointer la communauté tchétchène n’était pas du racisme.

Ce grand désordre théorique peut faire rire, mais il est affligeant. En ce domaine comme dans bien d’autres, la gauche ne pense plus, ou plutôt elle ne pense qu’à protéger ses structures et à sauver ses sièges aux élections.

Mais laissons la gauche de côté, car il n’y a pas que ces renoncements, ces lâchetés ou ces compromissions, il y a aussi, en d’autres lieux de pouvoir, une grande impuissance. Les réseaux sociaux ont d’abord servi à des communications anodines, puis ils ont créé, en particulier facebook, une sorte de striptease médiatique envahissant et infantile, ils sont ensuite devenus une tribune pour les fausses nouvelles, l’intoxication et les complotistes. Ils servent maintenant  à la diffusion des appels à la haine et au crime. Le problème est que l’on dispose de bien peu de moyens pour lutter contre tout cela. Si, dans la presse écrite, radiophonique ou télévisuelle, sont diffusées ce genre de choses il y a toujours des responsables de la rédaction auxquels la justice peut demander des comptes. Sur les réseaux sociaux règne de plus en plus l’anonymat, en outre leurs responsables ne sont pas en ici mais plutôt aux USA, ils ne se contentent pas de payer le minimum d’impôts, ils échappent à la loi française. Et, bien sûr, l’islamisme fondamentaliste en profite.

Il m’est difficile de trouver une fin amusante ou ironique pour ce billet. Je crains que l’extrême droite profite de cette confusion généralisée et que bientôt des tarés armés se mettent à  tirer dans les rues sur tout ce qui ressemble à un arabe. Je crains que les jeunes décervelés égorgeurs se multiplient. Je crains… Je ne sais pas. Peut-être qu’aller manifester devienne une sorte d’alibi ou de diversion. On va à la messe et puis on rentre chez soi.

 

 

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fleche17 octobre  2020 : En vrac

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Commençons par une petite histoire. Cherchant la référence d’un article d’une collègue argentine dont je n’avais pas le mail, j’ai écrit à un de ses collègues qui m’a renseigné et a ajouté : « Elvira no te escribe directamente porque apenas tiene tiempo de respirar; en su departamento está viviendo uno de sus hijos con una hija de cinco años ». Intrigué par un mot, départamento, je l’interrogeai : «supongo que departamento es un argentismo por apartamento ? » (je suppose que departamento est un argentisme pour apartamento) et voici sa réponse : « Sí, sí, apartamento es un españolismo por departamento ». C’est comme si je demandais à un belge si pistolet était un belgicisme pour petit pain et qu’il me répondait que petit pain était un gallicisme pour pistolet. L’humour, par les temps qui courent, ne peut que nous faire du bien, mais surtout l’échange en espagnol ci-dessus a le mérite de nous rappeler que le point de vue créé l’objet et, qu’en matière de langue comme ailleurs, il ne faut être ni jacobin ni nationaliste…

Et puisque nous parlons de mots. J’avais noté que Macron, dans son intervention du 16 mars, n’avait pas prononcé le mot confinement pour annoncer… le confinement. Le gouvernement a d’ailleurs des problèmes avec le vocabulaire, depuis la malvenue distanciation sociale dont j’avais parlé en son temps jusqu’au séparatisme en passant par divers autres exemples. On s’attendait à ce que le président  annonce cette semaine un couvre-feu mais les journalistes susurraient qu’il parlerait plutôt, pour éviter de semer la panique, de confinement nocturne. Et bien non, il a prononcé le mot tabou.

Et c’est en partie autour de ce couvre-feu que tournait jeudi soir l’émission d’Antenne 2 « Vous avez la parole ». Les journalistes Léa Salamé et Thomas Sotto, en direct de Marseille, avaient invité le ministre de la santé, Olivier Véran, qui réagissait aux questions d’un médecin, d’un infirmière, d’une propriétaire de restaurant, d’un architecte, d’artistes, etc. Il paraissait à la fois empathique et compétent, l’émission suivait son cours mais il y eut quelques moments particuliers. Tout d’abord l’architecte Rudy Ricciotti, sur le plateau, et Bernard Henri Levy, depuis Paris, firent des déclarations auxquelles on ne comprenait pas grand-chose.. Ensuite vint le tour de Michèle Rubirola, maire de Marseille, qui n’était pas sur le plateau mais en direct de son bureau. Très mal à l’aise, paraissant au bord des larmes, elle donnait l’impression de lire un texte, ce qui est  d’ailleurs bien possible : peut-être était-elle en trains de verbaliser le produit des discussions âpres entre les membres de sa majorité. Surtout, elle ne répondit pas vraiment à la question assez simple des journalistes : « allez-vous faciliter la tenue de ce couvre-feu ? ».

Puis, sur le coup de 22 heures, l’un des journalistes, montrant un fauteuil vide, expliqua qu’à ce moment-là Jean-Luc Mélenchon, député de Marseille, aurait dû intervenir, qu’il avait pris le train, n’était pas très loin, mais qu’il venait de faire savoir qu’il ne viendrait sur la plateau que si le ministre le quittait. Le journaliste  indiqua que c’était eux qui décidaient de qui devait être là, et on passa à la suite, sans Mélenchon. Je dois dire que j’ai trouvé assez stupéfiante l’exigence du leader de la France insoumise. Si cet incident est réel, et il n’y a pas de raison d’en douter, cet homme exhibe de plus en plus des pulsions dictatoriales qui inquiètent.

Ce matin, dans le journal local La Provence, j’ai lu qu’un Marseillais avait tweeté sobrement Marseille 0 – Paris 2, traduisant en termes journalistiques les prestations de Rubirola et Mélenchon. Encore une fois un peu d’humour, qui ne peut nous faire que du bien.

 

 

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fleche12 octobre  2020 : Leçon de français

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Après l’attaque du commissariat de police de Champigny sur Marne par une bande de jeunes, Gérard Darmanin, ministre de l’intérieur, s’est rendu sur place et a affirmé sa détermination. Voici un extrait de sa déclaration, que j’ai écoutée plusieurs fois pour être sûr de ne pas me tromper :

« Il s’en sont pris par des mortiers aux policiers (…) Je souhaite que  dans la prochain  le prochain texte de lois (…) nous puissions définir comme une arme à destination ces feux d’artifice, ces mortiers  (…)  il faut aujourd’hui que nous arrêtons cette vente sur Internet… »

Passons sur son hésitation concernant le genre de texte de loi. Il craint peut-être de faire une erreur qui lui attirerait les critiques des féministes, dont il n’a pas vraiment besoin en ce moment. Mais, étant données ses fonctions, il ne devrait pas ignorer qu’une une arme par destination n’est pas une arme à destination (qui devrait être suivi d’un complément : à destination de qui ?) . Quant à son maniement de la conjugaison (je souhaite que nous puissions puis il faut que nous arrêtons), il pose quelques questions. Notre ministre a étudié dans un lycée catholique de Paris puis à l’Institut d’études politiques de Lille, dans lesquels je suppose que les élèves doivent parler français. Darmanin aurait-il eu de mauvais professeurs ? Ou serait-il un militant du changement linguistique ? Après tout, les langues appartiennent à ceux qui les parlent et qui sont le moteur de leurs changements. Dans ce cas, si sa carrière politique ne suivait pas le cours qu’il souhaite, il pourrait devenir enseignant de linguistique…

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fleche11 octobre  2020 : Encore l'arabe

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Il s’appelle Nabil Wakim, il est né au Liban, à Beyrouth en 1981, est arrivé en France en 1985, et il est aujourd’hui journaliste au quotidien Le Monde, parle, outre le français, l’anglais et l’espagnol  Jusque-là, rien de très stressant, mais… Mais écrit-il dans un livre qui vient de paraître, « j’ai honte de mon arabe haché, de mon accent ridicule, de mon vocabulaire qui ne dépasse pas la liste des courses ». L’arabe est pourtant ce qu’on appelle sa « langue maternelle », celle dans laquelle ses parents lui parlaient, celle qui parlait et chantait, dans laquelle il communiquait pendant ses années libanaises. Aujourd’hui il ne peut plus communiquer avec sa grand-mère, il a perdu l’arabe en cours de route, sans comprendre ni comment ni pourquoi.

Il en tire un livre à la fois drôle et émouvant, parfois naïf et frôlant parfois la mauvaise foi. Drôle lorsqu’il décrit la rencontre annuelle des musulmans de France comme « une sorte de fête de l’Huma halal », touchant lorsqu’il parle de sa fille, à laquelle il ne peut pas transmettre l’arabe, et qui cependant prononce quotidiennement le mot zaatar, un mélange d’épices à base de thym, qu’elle met jusque dans son yoghourt, émouvant lorsqu’il raconte ses différentes tentatives, les cours d’arabe qu’il suit dans une université américaine,ou  à Paris, ou encore par skype avec une amie vivant à Bruxelles, tout ça en vain. Un peu de mauvaise fois lorsqu’il voit l’origine de son incapacité à parler « sa » langue dans la façon dont on l’enseigne en France, ou dans un racisme anti-arabe. Naïf lorsqu’il raconte les différentes personnes qu’il a interrogées, psycholinguistiques, spécialistes de l’enseignement ou de l’histoire des langues, etc., comme si elles pouvaient du haut de leur science résoudre un problème qui est d’abord un problème de transmission familiale.  Mais toujours intéressant car, derrière cette quête individuelle de ses origines, il y en a des milliers d’autres.

Dans un de ses chapitres, intitulé l’arabe est-il la langue du Coran il met le doigt sur un vrai problème, d’autant plus frappant qu’il est lui-même issue d’une famille libanaise chrétienne, soulignant que bien souvent les familles françaises arabophones, parlant un arabe national (ou « dialectal »), tunisien, libanais ou marocain, veulent surtout que leurs rejetons apprennent à réciter quelques sourates.

Bref, un livre agréable à lire et qui fait réfléchir.

Un dernier point. Je ne sais pas qui a choisi son titre, L’arabe pour tous (sous-titré « pourquoi ma langue est taboue en France », aux éditions du Seuil), mais il ne donne aucune idée de ce qu’il contient. Je l’ai cherché longuement chez mon libraire, parce qu’un entrefilet dans un journal m’avait donné envie de le lire,  il était au rayon « langues », entre des grammaires scolaires du français, des dictionnaires, des livres pour enfants, des abécédaires, etc., alors qu’il s’agit d’une forme d’autobiographie  linguistique que je m’attendais à trouver avec les romans, sur les tables des nouveautés. Comme quoi l’habit (ici la couverture) ne fait pas le moine…ou l’imam.

 

 

 

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fleche7 octobre  2020 : Autour du Coran

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Le Coran est un texte. Cette affirmation peut être vue comme une tautologie, puisqu’on le lit ou qu’on le récite, et qu’il existe même une discipline ou un art de cette récitation, le tajwid. Mais ce texte, selon la tradition, a d’abord été transmis oralement, puis transcrit. Or la graphie utilisée dans les premières versions n’en rend pas la lecture  facile puisqu’il n’utilise ni les points diacritiques (qui permettent de distinguer entre différentes consonnes, comme le B, le T et le N, ou le F et le Q) ni la longueur des voyelles. A ce titre, il est soit  illisible soit soumis à interprétation, et c’est d’ailleurs ce qui s’est passé puisqu’autour au 10ème siècle on canonise sept lectures différentes. On voit que nous sommes là au cœur d’une question que les linguistes connaissent bien, celle des relations entre l’oral et l’écrit. Alors, oral ou écrit, le Coran ? La réponse traditionnelle est qu’il est la transcription d’un oral, celui des prédications de Mohamed. Et comme, l’oral précède l’écrit, le linguiste est amené à s’interroger sur la nature de cet oral. C’est ce que fait Pierre Larcher dans un livre qui vient de paraître (Sur le Coran, nouvelles approches linguistiques, ed. Lambert-Lucas, 2020). Livre passionnant et à la fois très technique et très savant, ce qui risque de  limiter le nombre de ses lecteurs. La présentation que je vais en donner, à mes risques et périls, sera donc simplificatrice et peut-être parfois erronée. Mais mon ami Pierre Larcher pourra, s’il le désire, rectifier le tir en ce même lieu, dans un autre billet

Le Coran est donc pris comme l’objet d’une analyse linguistique, et Larcher divise son livre en cinq partie : texte, langue, lexique et discours d’abord, thèmes linguistiques classiques, et une cinquième partie au titre plus complexe, Koranophilologie médiévale. Il cite par exemple un mot qui apparaît dans le Coran avec deux orthographes différentes, l’une avec un S et l’autre avec un S emphatique, ce qui pose une question à laquelle il n’y a que deux réponses possibles: ou bien la langue du texte est hétérogène, ce qui mène au problème de la constitution du texte, ou bien, ce que fait la tradition musulmane, on homogénéise le texte, sans se poser de questions. C’est d’ailleurs ce qui se passe à l’oral, lorsqu’on lit ou récite le texte : on gomme les différences. Mais demeurent la question de l’histoire de ce texte et celle que pose le linguiste (Larcher): qu’est-ce que l’arabe du Coran ? Sa réponse est toute en finesse : « si je ne sais pas ce qu’il est, je sais déjà ce qu’il n’est pas. En fait il n’est pas (peut-être :pas encore) l’arabe classique ». Et il montre ensuite que le Coran n’a pas influencé l’arabe classique mais que plutôt la grammaire de l’arabe classique  a eu une influence sur l’évolution de la langue coranique.

Cette présentation (la mienne), qui laisse de côté toutes les démonstrations fouillées et tous les exemples précis de l’auteur, est bien sûr réductrice. Ce qui importe est que, pour Larcher, il y a une série de mythes musulmans résultant de la confusion entre linguistique et théologie d’abord, puis entre linguistique et nationalisme ensuite. En fait Larcher milite pour une islamologie moderne, une approche historico-critique fondée en particulier sur la philologie et non plus théologique, ce que les études bibliques par exemple par exemple ont entamé il y a plus d’un siècle. De ce point de vue, il tend une perche aux chercheurs arabisants et islamologues à la fois. Mais sauront-ils ou pourront-ils la saisir ?

 

 

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fleche2 octobre  2020 : Positif

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Jair Bolsonaro, Boris Johnson, Donald Trump : tous trois ont d’abord nié l’existence du virus, puis l’ont minimisé (une grippette…) puis finalement atttrapé. Une belle leçon de choses, une réalité qui s’impose et qu’on aurait du mal à situer dans la logique préhistorique  de Trump (fake news, vérité alternative et autres fariboles.Les virus, comme les faits, ont la vie dure. Il y a à peine quelques jours le président américain se moquait du masque porté par Biden, alors que ce dernier lui donnait un conseil salutaire : shut up. Il aurait pourtant dû le savoir, Trump, que le virus s’attrapait par la bouche.

Je sais, je sais, je suis très méchant et ne devrais pas tirer sur une ambulance ! Mais que voulez-vous : pour une fois que Trump a quelque chose de positif.

 

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fleche1er octobre  2020 : Initiation au titrage

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Commençons par un rappel historique d’un événement que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître. Le 1er novembre 1970, dans un dancing situé à Saint-Laurent en Isère, le 5-7, un incendie faisait 146 victimes. Bal tragique à Saint-Laurent-du-Pont, 146 morts titrait la presse. Quelques jours plus tard le général de Gaulle mourait dans sa résidence de Colombey-les-deux-Eglises et l’hebdomadaire Hara Kiri titrait : Bal tragique à Colombey, un mort. Scandale, interdiction, et création d’un nouveau journal, Charlie hebdo, qui fête avec un peu d’avance ses 5O ans aujourd’hui. Une occasion de s’initier à la conception de titres journalistiques un peu provocateurs. En voici quelques-uns, à vous d’en imaginer d’autres.

Communiqué du Vatican : Dieu n’existe pas

Ricard lance un nouveau produit : le pastis à l’eau bénite

Crise pétrolière : l’Arabie Saoudite, en difficulté financière, veut transformer la Mecque en ville de casinos, concurrente directe de Las Vegas.

Un groupe d’intellectuels demande les transfert des cendres de Serge  Gainsbourg au Panthéon.

Les viticulteurs français demandent les transfert des cendres du foie de Serge Gainsbourg au Panthéon, pour services rendus à l’alcool français.

Selon la faculté de médecine, la fumée d’encens donne le cancer.

Sous le titre hallal-kascher même combat, le syndicat des éleveurs de porcs lance une pétition demandant à la communauté internationale de boycotter les pays musulmans et Israël.

A pékin, le président Xi Jinping déclare :我不是查理,我 是独裁者 

(Wǒ bùshì chálǐ, wǒ shì dúcái zhě, « je ne suis pas Charlie, je suis dictateur »).

Exclusif : Mohamed était une femme.

Voilà, j’en ai rédigé une dizaine, à vous de jouer.


 

 

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fleche29 septembre    2020 : Nouvelles du front

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Il se passe des choses intéressantes dans les débats  des sociolinguistes francophones. La tribune dont je parlais ici dans mon dernier billet a quelques problèmes sur le web. Voici les messages  de deux signataires. L'un vient de France et le second du Québec :

"Le texte de la tribune semble être hacké sur le site de Marianne. Il en reste deux paragraphes, les signatures n'y sont plus".

"Chez moi, au Québec, le texte est tronqué, les signatures ont disparu. C'était déjà le cas il y a quelques jours puis tout est réapparu normalement avant de redisparaître aujourd'hui".

En voilà une façon démocratique de mener le débat. Ceci dit, il est possible qu’il ne s’agisse que d’un accident. A suivre, je vous tiendrai au courant .

 

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fleche27 septembre    2020 : Lire et démolir

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Le semaine dernière j’ai participé à un jury de thèse. L’impétrante comme on dit, une jeune femme, avait l’air terrorisée, alors qu’une soutenance de thèse n’est qu’un rite de passage, terrorisée au point qu’elle fit d’entrée de jeu un énorme lapsus. Elle avait rédigé le texte de présentation qu’elle lut en ouverture, mais dérapa sans s’en rendre compte. Voulant remercier les membres du jury d’avoir accepté de lire et d’évaluer son travail, elle dit « lire et démolir mon travail ». Joli lapsus, mais qui va me servir à présenter tout autre chose.

 

Le 18 septembre était publiée dans l’hebdomadaire Marianne un tribune intitulée Une "écriture excluante" qui "s’impose par la propagande" : 32 linguistes listent les défauts de l’écriture inclusive (https://www.marianne.net/debattons/tribunes/une-ecriture-excluante-qui-s-impose-par-la-propagande-32-linguistes-listent-les?fbclid=IwAR3xhzDdPL6-NQwFk87JTD3OGDtqXNIu0ZnoDjL9wqxSiBlUAyUHf1yJsfc) qui ouvrit une semaine que je ne saurais qualifier de débats. Dans les jours qui suivirent, en effet, se  déclenchait une offensive contre les initiateurs de ce texte. En fait il avait été rédigé par quatre personnes et signé par 28 autres linguistes, et l’argument qui fut d’abord avancé (dans des mails privés et des coups de téléphones que j’ai reçus) était que deux des quatre rédacteurs étaient réactionnaires et sionistes. Vérification faite, c’était vrai. Et alors ? Si des réacs et des sionistes disent que le ciel est bleu, faut-il dire le contraire ? Pour ma part, j’avais signé ce texte en tant que linguiste et pour des raisons très simples, qui concernent la dialectique des rapports entre l’oral et l’écrit. En gros une écriture  doit pouvoir être oralisée (lue, prononcée) et l’oral doit pouvoir être transcrit. Or l’écriture inclusive est imprononçable et poserait pas mal de difficultés chez les lecteurs débutants, par exemple chez les migrants apprenant le français. Ce seul argument, simple, suffit à mes yeux à la discréditer. Je considère que la féminisation des noms de métiers, lorsqu’elle n’aboutit pas à des résultats ridicules, est une chose nécessaire. Mais l’écriture inclusive me paraît plutôt être un boulet.

Après cette publication vinrent d’abord  des attaques ad personam, certains des signataires étant nommément cités et critiqués. Je vous donne quelques exemples des arguments utilisés, sans donner aucun pour ne pas tomber dans la délation ambiante:

« Trois quarts de retraité·es, ces gens remâchent leur rage depuis des mois, Quant à la tribune, on y retrouve les sottises ordinaires, que je vous laisse reconnaitre: toutes les cases attendues sont à cocher »

« Et ce que je remarque surtout sur cette liste, ce n'est pas la répartition homme- femmes, mais l'âge des signataires! »

« Donc, des linguistes réagissent. 32, dont 31 non spécialistes du domaine »

«  La digue est ouverte et la parole raciste, sexiste et sectaire a désormais pignon sur rue. On a ici affaire à une offensive qui n’est qu’une couche de plus dans une série d’offensives idéologiques générales, dans le cadre de face à faces exacerbés pas un épuisement des ressources et une volonté accrue d’une petite minorité d’humains d’accentuer son entreprise de prédation (autrement appelée néolibéralisme »

Tout y est : des vieux, des retraités, des sots, des incompétents, etc. En outre le dernier exemple est intéressant, en qu’il utilise  un procédé typiquement stalinien consistant à ne pas argumenter sur le fond  mais à vouloir disqualifier l’ « adversaire » : raciste, sexiste, sectaire, prédateur, néolibéral. Bigre ! Je ne crois être rien de tout cela, mais je vois mal dans cette suite d’injures le rapport avec la linguistique !

Finalement, le 25 septembre, une contre-tribune fut publiée ( https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/250920/au-dela-de-l-e-criture-inclusive-un-programme-de-travail-pour-la-linguistique-d-aujour )) avec des arguments un peu plus scientifiques. Vous avez donc le lien de ces deux tribunes et pouvez, si cela vous intéresse, aller y voir.

Toute cette polémique s’est essentiellement exprimée sur le RFS, «réseau de sociolinguistique francophone », et les intervenants y étaient très majoritairement français, ou de la « francophonie du Nord. Deux collègues « du Sud » sont cependant intervenus. Le premier était bref (« Je pense que l'écriture inclusive crée plus de problèmes qu'elle n’en résout! ») et le second plus long, et son texte me paraît devoir être médité:

« Quand monsieur X dit "ils sont nombreux à être infiniment plus importants", les sujets de débat, il me donne l'occasion de mettre mon grain de sel dans cette discussion qui n'en manque pas. Je rappelle que si "la langue appartient à tout le monde" l'écriture pas du tout! Le rappel de cette évidence pour dire ceci: si toute la passion et l'énergie déployée autour de l'écriture inclusive était mise au profit de l'alphabétisation et de la scolarisation de millions de femmes de l'espace francophone, la cause des femmes n'en serait-elle pas un peu plus avancée? L'abolition de la domination masculine n'en serait-elle pas un peu plus avancée? Libre à chacun de choisir ses combats -idéologiques et scientifiques- mais enfin voir qu'il y a autant de passions et de réactions sur ce sujet et rien sur d'autres en dit beaucoup sur la francophonie, quelqu'un d'autre aurait dit "francofollie" mais je me permettrais pas cette désinvolture. 

Bonne fin de semaine à toutes et à tous!

P-S: avant de retourner à mon silence, on est combien au juste à tout lire des discussions et des textes qui circulent ici, sans jamais réagir? « 

Ce qui me frappe le plus dans ces réactions, c’est que l’idéologie passe avant la  science, ou que la frontière entre science et idéologie est de plus en plus poreuse, que le débat scientifique semble préférer la passion à la raison. Tout cela, bien sûr, est assez consternant. Est-ce un signe des temps ? On ne peut pas ne pas penser à la polémique qu’a entretenue pendant des mois un médecin marseillais, le professeur Raoult, traitant ceux qui soulignaient que rien ne prouvait l’efficacité de la chloroquine contre le coronavirus d’imbéciles ou d’incompétents.

Mais revenons au lapsus de la doctorante que j’ai citée au début de ce billet, « lire et démolir ». Elle présentait une thèse de sociolinguistique et l’on peut supposer qu’elle avait suivi cette polémique sur le réseau francophone de sociolinguistique. Dès lors, peut-on en voir, dans son lapsus,  un écho ?  Si cela était le cas, j’aurais une autre formulation : ne pas lire et démolir…

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fleche19 septembre    2020 : Changer la vie

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On m’a demandé des précisions sur ce que j’écrivais hier :  « le slogan « changer la vie » viendrait de Rimbaud (ce qui est un détournement de sens que je n’ai pas le temps de développer ici) ».

Voici donc tout d’abord le passage de la pétition qui traite des raisons politiques de faire entrer les deux hommes au Panthéon :

« C’est dans l’œuvre de Verlaine que l’on a puisé en 1944 le message annonçant le débarquement en Normandie à l’intention de la résistance intérieure – le vers célèbre « Les sanglots longs des violons de l’automne/ Bercent mon cœur d’une langueur monotone ». C’est vers la figure emblématique de Rimbaud que l’on se tourne dès qu’une révolte éclate, surréaliste ou étudiante, comme en mai 68, ou lorsqu’il est question de « Changer la vie », le slogan de la gauche des années 1970 ».

Et voici le seul passage de Rimbaud où apparaît l’expression changer la vie  (Dans Une saisons en enfer) :

« Il a peut-être des secrets pour changer la vie ? Non, il ne fait qu’en chercher, me répliquais-je ».

On conviendra que c’est un peu bref et que dans les deux cas, Verlaine comme Rimbaud, l’argument « politique » est léger, voire spécieux. Parmi les nombreux messages codés de l’émission Les français parlent aux Français de Radio Londres on trouve « Les carottes sont cuites », la lune est pleine d’éléphants verts », « la girafe a un longs cou », etc. Faudrait-il en déduire que les carottes sont politiques, tout comme l’usage de stupéfiants (« éléphants verts ») ou la masturbation (le long cou de la girafe renvoyant à « peigner la girafe ») ? Quant à Rimbaud, qui avait gravé « merde à Dieu » sur son banc d’école à Charleville, est-il le précurseur de Charlie Hebdo ? Tout cela n’est pas sérieux, et il serait plus honnête de dire que l’on veut faire entrer au Panthéon un couple (très brièvement) homosexuel, ce qui aurait le mérite de poser les bases d’une discussion claire.

 

 

 

 

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fleche18 septembre    2020 : Cette cave où il n'y a pas de vin

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Une pétition « pour l’entrée au Panthéon d’Arthur Rimbaud et Paul Verlaine » fait ces derniers jours parler d’elle. Elle s’appuie sur « quatre raisons principales ». Une raison  littéraire d’abord car ces « deux poètes ont nourri depuis plus d’un siècle notre imaginaire ». Une raison politique une peu tirée par les cheveux : d’une part radio Londres avait annoncé le débarquement en Normandie par deux vers de Verlaine (« les sanglots longs des violons de l’automne…. »), d’autre part le slogan « changer la vie » viendrait de Rimbaud (ce qui est un détournement de sens que je n’ai pas le temps de développer ici). Puis une leçon morale : les deux poètes sont enterrés dans leurs caveaux familiaux, sans prestige. Et enfin une raison judiciaire : Verlaine a été condamné à deux ans de prison parce que, selon les signataires, il était favorable à la Commune de Paris et homosexuel. Car, et c’est l’exergue du texte, « ils durent endurer l’homophobie implacable de leur époque ».

Fort bien. Mais personne ne semble se demander ce qu’en auraient pensé les deux poètes. L’œuvre brève de Rimbaud est traversé par une rébellion fulgurante, un rejet de la société, qui laisse penser que cette initiative l’aurait révolté. Quant à Verlaine, il avait exprimé son opinion avec netteté. Dans le chapitre XXXII de ses Mémoires d’un veuf  intitulé Panthéonades  il écrivait à propos de Victor Hugo:

« L’auteur exquis de si jolies choses, Sara la Baigneuse, Gastibelza-l’homme-à-la-Carabine, Comment disaient-ils, En partant du golfe d’Otrante. Me voici, je suis un éphèbe. Dormez (bis), ma belle, Par saint Gilles, viens nous-en et cœtera, ils l’ont fourré dans cette cave où il n’y a pas de vin ! »

Et puis loin il s’interrogeait sur « ce que peut signifier pour les grands hommes qui nous gouvernent le mot Panthéon, puisqu’il n y a plus ni dieux, ni Dieu ». 

Tout est dit, non ? Alors laissons-les tranquilles, plutôt que les fourrer dans une cave sans vin.

 

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fleche15 septembre    2020 : Conspiration des imbéciles?

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Le maire écologiste de Bordeaux, Pierre Humic, a déclaré la semaine dernière :  « nous ne mettrons pas d’arbres morts sur les places de la ville …ce n’est pas du tout  notre conception de la végétalisation». Traduisez : il n’y aura pas de sapin de Noël dans les rues de la ville. Il a raison, le maire, même si certains rétorqueront que dans le Morvan par exemple on n’arrête pas de planter des arbres que l’on vend à Noël, et qu’ils participent à la lutte contre le CO2. Il a raison, mais je le trouve un peu mou. Il devrait aussi fermer tous les fleuristes de la ville, qui vendent de futurs cadavres, des fleurs qui vont mourir dans des vases. Et ces vases, d’ailleurs, sont en général posés sur une table,  ou un guéridon, en bois. Je regarde autour de moi. Dans mon salon il y a une table ronde en teck, une armoire chinoise en bois laqué, un escalier en pin qui monte vers une mezzanine et, pour couronner le tout, des fauteuils en cuir. Honte sur moi ! Je vais remplacer tout cela par du plastique.

 

Le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, a de son côté traité le tour de France de « machiste et polluant », ajoutant qu’il « n’est pas «écoresponsable ». Là, je l’avoue, j’ai du mal à comprendre sa logique profonde. Je croyais naïvement que le vélo était écolo, que c’était une alternative écoresponsable aux véhicules polluant. Et que le tour de France pouvait attirer les gens vers le vélo. Mais il est écologiste, le maire, donc il doit avoir raison.

Ceci dit, moi qui me fout comme de l’an quarante des fêtes de Noël et du tour de France, je me demande pourquoi ces écolos nouvellement élus ne trouvent rien de mieux à faire que de donner une image répressive, punitive, de l’écologie. Ne risquent-ils pas de ne parvenir qu’à une chose, se faire détester. ?

 

De son côté le désormais célèbre docteur Raoult, après avoir pendant six mois fait des déclarations contradictoires et contredites par les faits  vient de dire : « incontestablement il y a plus de morts associés au Covid19 depuis 10 jours que ce qu’il y avait dans les deux mois antérieurs ». Ah bon ! Selon une de ses déclarations, il n’y aurait pas de seconde vague…

 

Tout cela me fait penser au titre d’un roman hilarant de John Kennedy Toole, La conspiration des imbéciles. Selon certain, il aurait été  inspiré par une phrase de Jonathan Swift: « Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles  sont tous ligués contre lui ». Les maires écolos suscités viennent contredire cette pensée : l’imbécillité semble plutôt être de leur côté. Quant à Raoult, elle devrait lui plaire, puisqu’une grande majorité des scientifiques étaient ligués contre lui. Alors, pourquoi s’est-il tant de fois contredit ? Parce qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, bien sûr, et qu’il garantit ainsi son statut de vrai génie…

 

 

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fleche13 septembre    2020 : Les singes de la sagesse et l'inconscient de Sarkozy

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Le moins qu’on puisse dire est que je ne suis guère défenseur des différents discours politiquement corrects, dans lesquels je vois l’annonce de nouveaux discours totalitaires. Mais le numéro auquel s’est récemment livré Nicolas Sarkozy laisse rêveur. Il y a quelques jours, sur une chaîne de télévision (TMC) il a fait une déclaration dont je vous donne l’intégralité :

« Cette volonté des élites qui se pincent le nez, qui sont comme les singes, qui n'écoutent personne… Je ne sais pas si… On a le droit de dire singe ? (rires) On n'a plus le droit de dire… On dit quoi ? Les dix petits soldats, maintenant, c'est ça ? Elle progresse la société. Vous voyez le livre ? D'Agatha Christie. On n'a plus le droit maintenant. On a peut-être le droit de dire singe sans insulter personne».

Ce texte un peu confus mérite une analyse. On croit comprendre qu’il veut attaquer le politiquement correct, mais qui sont ces singes qui n’écoutent personne ?  L’ex président veut faire référence (mais le fait bien mal) aux « singes de la sagesse », l’un qui se cache les yeux, l’autre qui se ferme la bouche et le troisième qui se bouche les oreilles, dont l’interprétation n’est pas évidente. En Chine on fait remonter cette métaphore à Confucius, en lui donnant comme sens « ne pas voir, ne pas dire, ne pas entendre le mal ». Les Japonais ont baptisés ces singes : l’aveugle, le sourd, le muet. Et l’on dit que Gandhi avait toujours sur lui la statuette de ces trois singes. Ce qui leur donne un sens assez peu agressif. Cette utilisation des trois singes est donc assez confuse.

 Puis Sarkozy veut faire référence au roman d’Agatha Christie Ten little niggers, dont on vient de transformer en français le titre en Ils étaient dix et dont le titre, d’ailleurs décalqué sur une comptine américaine (Ten little Indians ), est très vite devenu en anglais And then there were none. Et là… Et là tout dérape. Dans le paradigme que je viens de résumer, Indiens(Ten little Indians), Nègres (Ten little niggers), Ils (Ils étaient dix), Sarkozy introduit  un élément extérieur, les singes. Et du coup pose une égalité : singes = nègres. Unbewusste disait Freud, « inconscient », dont Lacan a expliqué qu’il était structuré comme un langage.  La longue citation ci-dessus nous montre que le langage de Sarkozy est plutôt foutraque, mal structuré. Comme son inconscient ? On croit savoir qu’il ne boit pas, ce qui exclue l’hypothèse d’un discours balbutiant d’ivrogne (ça y ressemble pourtant beaucoup), il ne semble pas être déjà atteint d’Alzheimer, et il ne reste donc qu’une explication, celle du contenu refoulé, de l’inconscient qui débarque et s’affiche. Certains supporters du PSG se mettent à pousser des cris de singes face aux joueurs noirs des équipes adverses. Sarkozy assiste à tous les matches de cette équipe parisienne. Mais ni lui ni ces supporters ne semblent vraiment connaître les trois singes de la sagesse.

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fleche8 septembre    2020 : Words, words, words

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Dans la pièce de Shakespeare Hamlet (acte II scène 2),  Polonius demande à Hamlet ce qu’il lit et celui-ci lui répond « words, words, words », des mots, des mots, des mots, c’est-à-dire des choses sans intérêts. Mais lorsque Victor Klemperer, à la fin de son livre sur le langage du troisième Reich, se demande pourquoi il s’est pendant des années levé avant l’aube pour rédiger son journal avant d’aller travailler à l’usine, il raconte une discussion qu’il a eu avec une militante communiste qui avait passé un an en prison :

« Pourquoi étiez-vous donc en taule ? demandai-je. -Ben, j’ai dit des mots qui n’ont pas plu. (elle avait offensé le Führer, les symboles et les institutions du troisième Reich). Ce fut l’illumination pour moi. En entendant sa réponse je vis clair. Pour des mots », j’entreprendrais le travail sur mon journal ».

« Pour des mots ». Une des façons la plus fréquente de critiquer l’autre, dans la politique politicienne, est de l’accuser de ne pas faire ce qu’il annonce vouloir faire : « ce ne sont que des mots ». Mais cette distinction entre les mots et les actes laisse de côté l’efficacité des mots, leurs connotations, et la façon dont on les reçoit, les décrypte, les interprète. Or, depuis quelques jours un mot, ensauvagement, est au centre du débat politique français. Il saute aux yeux qu’il dérive de sauvage, bien sûr, terme qui lui-même remonte au latin silvaticus, « celui qui vit dans la forêt », et il a eu une large utilisation à l’époque coloniale (société sauvage, tribus sauvages, pensée sauvage…). Et puis, il n’y a guère (depuis six ou sept ans), ce terme un peu oublié à été utilisé par Marine Le Pen dans ses discours sur l’insécurité. Aussi, lorsque le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin a lancé fin juillet « il faut stopper l’ensauvagement d’une partie de la société » le milieu politique s’est agité. Au gouvernement, certains ont pris leurs distances avec le ministre de l’intérieur, mais l’extrême droite s’est réjouie de la diffusion de sa « pensée ». Darmanin, bien sûr, se défend de cette influence et persiste à utiliser le mot.

« Tout ce débat pour un mot! » diront certains. Eh oui ! Car, comme pourrait le dire un proverbe populaire (disons un proverbe tunisien, que je viens d’inventer) : « Qui se ressemble se rassemble autour des mêmes mots ». Il y en a un qui doit râler, c’est Nicolas Sarkozy. Lui n’avait trouvé que le mot racaille, bien mal choisi puisque les jeunes qu’il visait l’utilisaient déjà sous sa forme verlanisée (caillera)pour se désigner eux-mêmes.

 

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fleche31 août   2020 : En eau de boudin

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J’ai reçu un message, à propos de mon billet d’hier et de l’ultracrépidarianisme, me posant cette question : « finalement, est-ce que les gens qu’on peut qualifier de ton nom savant ne seraient pas ceux dont mon père disaient qu’ils « veulent péter plus haut que leur cul » ? Péter : le mot peut sembler trivial mais les dictionnaires se débrouillent en général pour en donner une définition distinguée : « lâcher bruyamment des vents » ou « des gaz intestinaux ». Quant à vouloir péter plus haut que son cul,  jamais une expression n’a reposé sur une telle précision anatomique. Au-dessus de l’anus, c’est évident, il n’y a pas de trou par lequel expulser ces gaz en général malodorants, et comme il est impossible de se faire plus haut un trou dans le dos, vouloir péter plus haut que son cul désigne une entreprise inaccessible. C’est donc la marque des prétentieux, des crâneurs, des fats, des pédants, des blancs-becs, etc. Mais l’ultracrépidarianisme dont je parlais hier est une chose légèrement différente. Pendant la pandémie et le confinement est apparue une cohorte de gens parfois cultivés, parfois formés à des disciplines médicales, parfois spécialistes d’autres choses, sollicités par les media et donnant avec autorité des avis ne reposant sur aucun argument scientifique. Ce sont eux, à mon avis, les ultracrépidarianistes.

Prenons un exemple auquel tout le monde pense, celui de Didier Raoult. La compétence de cet homme dans le domaine des maladies infectieuses est indiscutable. Mais, dès le mois de janvier 2020, il a commencé à dire tout et son contraire, sans respect pour les procédures scientifiques. Ce fut le premier des ultracrépidarianistes. A partir de là il faut considérer deux populations différentes. D’une part un petit groupe de chercheurs qui ont pris sa défense contre vents et marées, et d’autre part une multitude de gens qui pour des raisons diverses, en général antisystèmes, les ont suivis. Ces derniers voulaient péter plus haut que leur cul. Mais les premiers, pour rester dans la métaphore anatomique, pétaient à côté de leur cul. Et, en général, ils pètent plutôt dans la soie.

Et, pour finir dans le même registre, je dirais que les affirmations des ultracrépidarianistes sont parties en eau de boudin. Certains voient dans cette expression la déformation de en aune de boudin. Mais la véritable origine est sans doute ailleurs: l'eau de boudin, c'est plutôt la colique...

 

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fleche30 août   2020 : Sutor, ne supra crepidam

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Vous n’êtes pas venus pour rien aujourd’hui : je vais vous rappeler (ou vous apprendre) un mot bien utile par les temps qui courent. L’expression latine qui sert de titre à ce billet, Sutor, ne supra crepidam, se traduit mot-à-mot « cordonnier, pas plus haut que la sandale » mais signifie en fait « ne prétends pas savoir faire ce que tu ne sais pas faire », « contentes-toi de faire ce que tu sais faire »  ou, de façon plus large, « ne parles pas de ce que tu ne connais pas ». D’où le mot ultracrépidarianisme, qui serait apparu en anglais en 1819, puis passé en français. Mais je vous accorde qu’il n’est guère employé. Pourtant, depuis le coronavirus, une foule d’ultracrépidarianistes s’est répandue dans les media et, surtout, sur les réseaux sociaux et dans les milieux conspirationnistes. Des gens qui veulent absolument donner leur avis, qui croient tout savoir  mieux que les autres, et auxquels on tend d’ailleurs sans cesse le micro. Nous pourrions les appeler plus simplement des  toutologues, mais ce mot ne recouvrent qu’une partie des ultracrépidarianistes, celle qui est composée de conspirationnistes et de gens ne sachant rien mais prétendant tout savoir, en bref d’imbéciles. L’autre partie, la plus importante, est composée de gens ayant un certain savoir et croyant que cela les autorise à donner leur avis sur tout : les hommes politiques défendant bec et ongles la chloroquine (de Trump ou Bolsonaro à Cristian Estrosi ou Bruno Retailleau), les journalistes critiquant le port du masque, bref tous ceux qui très sûrs d’eux assènent des affirmations qu’ils sont bien incapables de démontrer, ou font des choix entre des choses que la sciences n'a pas encore prouvées.

Quoiqu’il en soit, si vous voulez faire de l’effet en société, vous pouvez opposer aux affirmations qui vous semblent fantaisistes : ultracrépidarianisme ! L’ultracrépidarianiste visé sera probablement bien en peine de vous comprendre.

 

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fleche28 août   2020 : Métaphores footballistiques

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Hier, grande agitation à Marseille. Michèle Rubirola, la nouvelle maire, son ennemie politique Martine Vassal, et le médecin Didier Raoult, bref un trio d’enfer, se sont unis pour protester contre la façon dont le ministre de la santé, Olivier Véran, avait imposé des mesures sanitaires à Marseille (en fait la décision a été prise par le préfet…). A la une de La Provence un titre guerrier : Marseille fait front. Mais dès le titre de l’éditorial (Clasico) on se trouve en pleine métaphore footballistique : « match à distance », « coup d’envoi ». Et cela continue en pages 2 et 3 avec un tire énorme, un match Marseille-Paris en pleine crise du Covid, et des titres intermédiaires, « Paris-Marseille, balle au centre ». Et ces métaphores se renouvellent dans le cours des articles « Le microbiologiste allait-il dribbler le gouvernement ? », « ça s’annonçait sanglant, mais sur le terrain, Raoult est resté sur la touche », « Martine Vassal… n’a pas poussé plus loin le ballon. Bien qu’encouragé…à tirer au but, l’équipe marseillaise n’a pas tenté le pénalty », etc. Tout cela, encore une fois, avec en toile de fond l’opposition entre deux équipes, l’OM et le PSG et entre deux villes. Et ces métaphores footballistiques peuvent paraître bien déplacées face à un problème sanitaire grave.

Mais s’il n’a pas tiré de pénalty, Didier Raoult s’est un peu embrouillé dans les chiffres, lançant que « depuis le 15 juin à Marseille la mortalité est deux fois plus faible qu’à Paris », sans se rendre compte qu’il se tirait une balle dans le pied. En effet il avait déjà déclaré, le 27 mai , « la mortalité de Paris est plus de cinq fois supérieure à celle de Marseille » (mais il n’avait pas répondu aux question de Libération lui demandant d’où il tirait ces chiffres et comment il faisait ses calculs). Si l’on prend cependant  ses chiffres au sérieux, cela signifierait que la différence entre Paris et Marseille aurait beaucoup évolué : en passant de cinq fois moins qu’à Paris a deux fois moins, la proportion relative de morts à Marseille aurait fortement augmenté. Bref, tout cela ressemble à des chicanes de cour de récréation. Mais il y a longtemps que le ridicule ne tue plus.

Le Brésil, pays où le football est roi, nous donne un autre point de vue sur le problème. Dans le dernier numéro de L’Obs, je lis une longue interview de Marcia Barbosa, directrice de l’académie des sciences du Brésil, qui parle de la situation désastreuse, des mensonges et de la folie de Jair Bossonaro, etc. Mais elle livre en même temps une information intéressante. Elle rappelle qu’alors « qu’un consensus se dégage pour écarter la chloroquine comme possible traitement, le ministère de la justice poursuit une équipe qui a publié une étude sur ses effets secondaires », que « les chercheurs sont harcelés, sommés de justifier la façon dont ils ont conçu leur étude »… Mais surtout elle lâche tranquillement le morceau : « Bolsonaro voudrait que tous les Brésiliens en prennent pour écouler les importants stocks produits par nos laboratoires militaires ». D’un côté, donc, un problème d’égo, de l’autre un problème de fric. Comme au football, finalement.

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fleche26 août   2020 : Histoires de ponts

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Vous connaissez sans doute le Tower Bridge de Londres, un pont construit à la fin du 19ème siècle qui a la particularité (en fait la nécessité) de pouvoir être levé pour laisser passer les bateaux, se refermant ensuite pour laisser passer les voitures. C’est-à-dire qui permet à la fois la circulation fluviale et automobile, effectuant cette opération environ 800 fois par an. Or, il y a trois jours, il s’est bloqué ouvert. Problème technique, ont déclaré les responsables. Et, pendant quelques heures, des centaines de voitures furent bloquées sur les deux rives de la Tamise. « Il suffit de passer le pont, c’est tout de suite l’aventure » chantait Brassens. Ne pas pouvoir le passer est une autre forme d’aventure.

Encore le Covid : devant la situation dans notre pays, en particulier dans la région parisienne et dans le Sud-Est, les autorités allemandes déconseillent fortement à leurs citoyens de se rendre dans ces régions. Le Covid vient bien tard : s’il était arrivé en 1940, cela aurait évité aux Allemands de passer un certain ombre de ponts…

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fleche24 août   2020 : Encore les supporters

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Je m’amusais avant-hier à imaginer une chasse aux supporter intelligents. On ne peut pas dire qu’elle ait été fructueuse. Le PSG, comme on sait, a perdu hier à Lisbonne son match en finale de la ligue des champions. Immédiatement, à Paris, des supporters ont mis le feu à des voitures et défoncé des vitrines. Ce matin, dans mon bistro préféré, j’entendais les commentaires du garçon : « ils ont perdu, ils étaient mécontents, ils ont cassé, mais ils auraient gagné, ils auraient été contents, ils auraient aussi cassé, mais dans la joie ». Les analyses de René, c’est son nom, sont parfois judicieuses.

A Marseille, toujours hier soir, c’était la joie : l’ennemi parisien avait perdu. J’avoue que ces conneries me fatiguent, et que je n’ai même plus envie de les commenter. Mais ce matin, dans le quotidien local (le seul que la CGT, avec son goût prononcé pour l’information libre, nous permette de lire, mais cela est une autre histoire), dans La Provence donc, un long article relatait le match, mais un énorme titre, sur toute la largeur de la page et en gras, proclamait : Toujours seul en Europe. Traduisez : l’Olympique de Marseille est toujours le seul club français à avoir gagné cette compétition. C’était en 1993… Pas une ligne dans l’article sur ce point, mais le titre disait tout. C’est ce qu’on appelle de l’information impartiale. Bref, ils sont contents que les Parisiens perdent, les supporters Marseillais. On exprime sa connerie comme on peut.

Il y a cependant un point sur lequel on ne les entend plus guère, celui du professeur Raoult. Vous vous souvenez ? C’est lui qui à propos du virus avait parlé d’abord de « grippette », puis qui avait affirmé avoir le remède miracle, la chloroquine, puis qu’il n’y aurait pas de deuxième vague de cette épidémie, puis que Marseille (grâce à lui sans doute) avait eu beaucoup moins de cas que Paris (encore l’opposition OM/PSG). Et voilà que la seconde phase est à nos portes, qu’elle frappe bien plus à Marseille qu’à Paris, que personne n’a démontré l’efficacité de la chloroquine, et qu’on n’entend plus le professeur Raoult ni ses supporters. Ah oui, j’en ai entendu une. Elle n’est pas marseillaise, loin s’en faut, mais son amoureux l’est, lui. Et, alors que je plaisantais comme je viens de le faire, elle m’a intimé l’ordre de ne pas parler des sujets qui fâchent, expliquant que Raoult avait raison, mais que ce n’était pas de sa faute car c’étaient les touristes qui avaient amené le virus dans la région. Encore les Parisiens, sans doute…

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fleche21 août   2020 : Enchaînements

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Croyez-le ou pas, les vols de chiens se multiplient de façon étonnante en Grande-Bretagne. Non, il ne s’agit pas de l’apparition d’une génération de chiens aviateurs, mais de chiens que l’on dérobe à leurs légitimes propriétaires. Cela, selon les « experts », s’explique aisément par un enchaînement de faits. Tout d’abord le confinement : les gens enfermés chez eux ont ressenti le besoin d’une compagnie, et le chien est le meilleur des compagnons dans la catégorie animale. Résultat prévisible : les solitaires se sont précipités dans les animaleries pour y acquérir un chien. Deuxième résultat : la marchandise a commencé à manquer. Troisième résultat, classique sur tous les marchés capitalistes : ce qui est rare et cher, et le prix des canins a monté en flèche. Enfin, quatrième résultat, tout aussi classique : pour se procurer cette marchandise devenue rare, on s’est mis à la voler. Enchaînement d’une logique implacable, donc. Mais, quand même, nous visons une époque moderne.

Autre enchaînement, un peu imaginaire comme on verra. Je viens d’entendre à la radio que toute la France était, comme un seul homme, derrière le club parisien, le PSG, qui doit dimanche affronter le Bayern de Munich en finale de la ligue des champions (il s’agit de football). Toute la France ? J’ai entendu hier au bistro des gens, sans doute supporters de l’Olympique de Marseille, exprimer à haute voix leurs vœux : « s’ils pouvaient prendre 5 à zéro ! ». « Ils », bien sûr, c’étaient les Parisiens. Et à Marseille, justement, le préfet vient d’interdire le port du maillot du PSG dans les rues, pour éviter les bagarres avec les supporters de l’OM. C’est beau, l’intelligence des supporters. Imaginons que vous cherchiez des supporters intelligents. Cette marchandise étant rare, son prix va monter. Certains petits malins vont les voler, pour les vendre sur le marché noir. Si leur prix monte vraiment très haut, les voleurs de chiens britanniques vont changer de commerce. On peut même imaginer un système de troc : trois chiens de race contre un supporter intelligent, non quatre, cinq chiens… La dévaluation des chiens rassurera leurs propriétaires : on ne les volera plus. Et, on peut rêver, les supporters pourraient commencer à réfléchir, à devenir intelligents. Mais il ne faut pas trop demander à la loi du marché…

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fleche20 août   2020 : Délai raisonnable...

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Cela fait plus de 50 ans que je vais régulièrement au Mali. La première fois, en 1969, Modibo Keita venait d’être renversé  par un coup d’état militaire.  Premier président de cette jeune république, militant tiers-mondiste et panafricaniste, il devait finir sa vie en prison. J’étais à Bamako en mai 1977, lors de sa mort (son empoisonnement ?) et j’assistais à son enterrement, suivi par une foule énorme scandant « Modibo notre père ». Depuis lors, le seul président, deux fois élu (en 1992 et 2002), qui a terminé ses mandats a été Alpha Oumar Traoré. Tous les autres ont été, d’une façon ou d’une autre, victimes  d’un putsch. Le dernier en date survient au pire moment de l’histoire du pays. Il va sans doute se passer dans les rues de Bamako ce que j’ai vu des dizaines de fois dans les pays africains : une foule qui scandait la veille « Vive X » et le lendemain, X chassé par Y, scandait avec la même conviction « Vive Y ». Ce qui est sûr, c’est que Bamako, tout à fait au Sud du pays, est loin du théâtre des opérations où, du Mali au Burkina Faso et au Niger, des djihadistes de tous bords menacent les régimes en place. Il pourrait d’ailleurs se passer la même chose à Niamey et à Ouagadougou qu’à Bamako. Ajoutons à cela les frontières poreuses avec l’Algérie et la Libye, l’uranium du Niger qui pourrait intéresser les poètes de la Kalachnikov qui rêvent peut-être de bombe atomique : la situation est catastrophique. Ajoutons-y encore les velléités indépendantistes de certains mouvements de Tamasheks, et nous avons un tableau incertain d’une situation explosive.

Je ne sais rien des positions politiques du nouvel homme fort, le colonel Assimi Goita, mais, ici comme dans les pays voisins, les armées sont traversées par des factions diverses. Et le M5, mouvement d’opposition aux contours flou, compte en son sein l’imam Mahmoud Dicko, dont les positions djihadistes ne sont pas un mystère. La CEDEAO (organisation régionale de l’Afrique de l’ouest), L’ONU, L’Union Africaine, L’Union Européenne  condamnent en chœur le coup d’état ou disent leur inquiétude, tandis que les putschistes  annoncent des élections « dans un délai raisonnable ». En attendant, il est impossible de savoir ce qui va se passer là où l’armée malienne, aidée par l’armée française et les casques bleus de l’ONU, lutte contre les différents groupes islamistes

Un jour, peut-être, quelqu’un écrira un petit manuel du parfait putschiste, avec la liste des phrases à prononcer, concernant les crimes du pouvoir déchu, les projets de rénovation, de démocratie, et le délai raisonnable de retour à la normalité. Mais ne figurera pas dans ce manuel la réponse à cette question toute simple : c’est quoi, un délai raisonnable ? Ou, si vous préférez : « c’est combien de temps ? ».

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fleche17 août   2020 : The Times They Are a-Changin' ?

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En 1964 Bob Dylan, dans The Times They Are a-Changin', lançait ce qui allait devenir comme un hymne de la contestation. Quatre ans plus tard, Michel Delpech, dans son Inventaire 1966, chanson en forme d’hommage à Jacques Prévert, énumérait une série de faits plus ou moins importants, la minijupe, Courrèges, Cacharel, la guerre du Vietnam, Juanita banana, les chemises à fleurs et les cheveux longs, Un homme et une femme, le tout ponctué d’une phrase : « Et toujours le même président ». Deux points de vue, deux univers, mais la même question : ça change ou pas ? Depuis le début du confinement on a parlé, on nous a parlé, de la vie d’après, d’après le virus, d’après le confinement. Alors, ça change ou pas ?

Sur un plateau de la balance, du côté du changement, il y a surtout des annulations : des spectacles, des journaux et des repas sur les vols d’Air France, des évènements sportifs, de la fête de l’Humanité, des réunions de famille, des mariages, Poutine prétend que la Russie a trouvé un vaccin (à voir) et l’on n’entend plus parler (ouf !) du professeur Raoult… Sur l’autre plateau de la balance le masque est toujours là, de plus en plus, la Biélorussie est toujours (pour peu de temps ?) une dictature, la forêt brûle toujours en Amazonie et Bolsonaro le nie toujours, la « culture cancel » s’enfonce de plus en plus dans la délation, le changement climatique ne semble pas devoir être ralenti, Israël et les EU se moquent toujours comme de leur premier mensonge des Palestiniens, la CGT bloque toujours la distribution des journaux dans les Bouches du Rhône, les jeunes comme on dit semblent être toujours aussi inconscients face au virus, Trump est toujours (pour longtemps ?) là, et toujours le même président.

Alors, ça change ou pas ? Hélas le « nouveau monde » semble bien devoir être comme l’ancien. En pire.

 

 

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fleche31 juillet   2020 : RTT

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Je m’éloigne pour quelques jours de mon ordinateur.

Retour mi-août. En attendant, un peu de lecture :  https://algeriecultures.com/actualite-culturelle/la-sociolinguistique-decrit-des-langues-mais-aussi-des-situations-sociales-louis-jean-calvet-sociolinguiste/

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fleche28 juillet   2020 : Les enchères sont ouvertes

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Une de mes amies a un téléphone portable antédiluvien, qu’elle traîne depuis plus de vingt ans et qui ne peut servir qu’à deux choses : téléphoner et envoyer des textos. Elle s’en sert d’ailleurs de façon tout à fait irresponsable: elle envoie avec dextérité des messages tout en conduisant sa voiture(ce n’est pas bien, ça, Marielle !).

Elle vient de me raconter qu’un restaurateur, voyant sa pièce de musée, lui a lancé : « ça c’est un téléphone de bandit marseillais ». Et, devant son air ahuri, il lui a expliqué : « Ce sont les seuls que la police ne peut pas localiser. Ils sont très recherchés ».

Si vous avez au fond de vos tiroirs de telles antiquités, vous savez désormais comment vous en débarasser avec profit. Vous pouvez d’ailleurs sans doute pouvoir les vendre également en Corse. Mais si, à l’inverse, vous avez besoin de ne pas être géolocalisé, je ne pense pas qu’elle soit vendeuse. Sauf si vous proposez un très bon prix. Dans ce cas, faîtes-moi signe, je servirai d’intermédiaire (en prenant bien sûr ma commission au passage). Les enchères sont ouvertes.

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fleche26 juillet   2020 : Y'en a marre!

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Je ne connais ni Christophe Girard ni Gabriel Matzneff. Je sais simplement que le premier est conseillé de Paris depuis 2001, qu’il a été adjoint de Pierre Delanoë puis d’Anne Hidalgo et qu’il a été dans les années 1980 secrétaire général de la maison Yves Saint-Laurent, qui a apporté (la maison, pas lui pour autant que je sache) une aide financière au second. Ce dernier est un personnage assez répugnant qui a longtemps bénéficié du silence, voire de la complaisance, d’une bonne partie de l’intelligentsia française et qui se trouve aujourd’hui l’objet d’une enquête judiciaire pour viols sur mineurs. Et, dans ce cadre, C. Girard a été entendu comme témoin.

Or deux élues au conseil de Paris sur la liste des Verts, Raphaëlle Rémy-Leleu et Alice Coffin (autant les nommer puisque leur nom est partout)  ont organisé un rassemblement devant la mairie pour dénoncer le « soutien » que Girard aurait apporté à Matzneff. Une pancarte proclamait même Bienvenue en Pédoland. L’adjoint au maire a démissionné de sa charge et, à la dernière réunion du Conseil il a été soutenu par une grande majorité des présents, y compris de l’opposition, qui tous l’applaudissaient debout, ce qui a poussé Alice Coffin à crier « la honte ! la honte ! ».

Voilà le résumé le plus objectif possible que je puisse faire de ce qui vient de se passer à la mairie de Paris. J’ajoute simplement qu’aux dernières nouvelles Anne Hidalgo a porté plainte pour « graves injures publiques ». Tout cela va sans doute mettre à mal la majorité municipale dans laquelle sont associés socialistes, communistes et verts. Mais là n’est pas mon propos.

Christophe Girard n’a pas été mis en cause par la justice (un témoin est un témoin, pas un accusé), et s’il était accusé ce serait le rôle de la justice de le juger. Mais il est ouvertement accusé par les deux élues des verts. Qui s’arrogent donc le droit de se substituer à la justice, qui affirment en savoir plus que les enquêteurs (qui n’ont d’ailleurs pas terminé leur travail) et au bout du compte s’autoproclament procureurs.

Tout cela pue. Pue l’inquisition, pue la chasse aux sorcières, pue l’appel au meurtre, fut-il symbolique, bref pue la fin de la démocratie et de ses règles fondamentales. N’importe qui de mal intentionné et d’un peu malin pourrait facilement, en fouillant dans la vie de mesdames Raphaëlle Rémy-Leleu et Alice Coffin, trouver matière à lancer de fausses informations dégueulasses sur elles, pourrait mobiliser les réseaux sociaux et les mettre ainsi en position d’accusées.  Ce genre d’appel à une sorte de justice populaire qui ne se préoccupe pas de la présomption d’innocence, des procédures judiciaires et de la recherche de la vérité relève du fascisme. Et le moins que l’on puisse dire est que mesdames Raphaëlle Rémy-Leleu et Alice Coffin se déshonorent, et déshonorent leur parti, les Verts, s’il ne prend pas fermement position contre leur démarche. Ces dérives du politiquement correct vers une société  de délation, d’accusation sans preuve, de jugement sommaire et de condamnation  sont à vomir. Trop c’est trop, y’en a marre !

 

 

 

 

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fleche23 juillet   2020 : Le coût énergétique du numérique

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Comme beaucoup de gens je suppose, je reçois chaque jour des dizaines de mails et réponds à une partie d’entre eux. Plus d’enveloppes et de timbres à acheter, les boites aux lettres de contiennent plus de lettres mais des livres, des journaux et de surtout la publicité. Bref, le progrès est merveilleux, il nous facilite la vie et le courrier est désormais gratuit.

Gratuit, vraiment ? Se pose-t-on la question du coût du numérique ? Lorsque sur les réseaux sociaux des flopées de paires de mains nous inondent d’argumentaires sur le changement climatique, la nécessité de changement de société, la décroissance, la transition écologique, les économies d’énergie, savent-ils ce que, collectivement, ils dépensent d’énergie ?

Selon une chercheuse du CNRS, Françoise Berthoud, le numérique causerait 4% des émissions de gaz à effet de serre, soit autant que l’aviation civile mondiale. Et Internet dans le monde consommerait deux fois plus d’énergie que la France.

Ajoutons à cela les « data centers », qui se trouvent le plus souvent en Islande ou dans le Montana (parce que dans ces régions  leur refroidissement y est moins énergivore)  ne sont pas en reste. Pour prendre un autre exemple, selon une recherche de l’Université de Cambridge, le système bitcoin consommerait autant d’énergie que La Suisse. 

Vous en voulez encore ? La fabrication d’un seul smartphone  (on en vend en France 24 millions par an) nécessite plus de 70 kilos de ressources naturelles, en particulier des métaux rares. Ajoutons à cela qu’on ne peut recycler que moins d’un quart des smartphones. Encore ? Un personnage virtuel d’un jeu vidéo consommerait autant d’énergie qu’un habitant du Brésil. Bref,  le numérique devrait, en 2025, consommer 20% de l’électricité mondiale. Et alors ?

Et alors j’ai le sentiment qu’on nous abreuve de discours politiquement corrects sur les nécessaires économies d’énergie, économies  qui seraient tout à fait louables,  mais que les plus grosses dépenses ne sont pas où l’on pense. On discute par exemple beaucoup sur les dangers des ondes que créent les systèmes 4G et 5G, mais pas du coût énergétique de ces sytèmes.

Faut-il en déduire que les vertueux écologistes devraient dorénavant jeter leurs téléphones portables et leurs ordinateurs, priver leurs gosses de jeux vidéos, ne plus mesurer avec leur smartphone ou leur montre connectée le nombre de pas qu’ils font par jour, etc. ? A eux de voir.

Ceci dit, je suis incapable de vous dire combien d’énergie j’ai brûlée en rédigeant de billet et en le mettant en ligne. Honte à toi, Calvet !

 

 

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fleche21 juillet   2020 : Euphémisme chinois

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Tiens, Bruno Lemaire, notre sémillant ministre, vient de sortir de sa réserve en affirmant que la pratique d’internement de près d’un million de Ouïghours était « révoltante et inacceptable, et nous la condamnons fermement », ajoutant que cela  « doit évidemment faire partie de la discussion que nous avons avec nos partenaires chinois ». Il a ainsi joint sa voix à celle de nombreuses capitales, au premier rang desquelles Washington.

Bien sûr la Chine a rétorqué que les Ouïghours en question n’étaient pas du tout enfermés, qu’ils étaient dans des centres de formation. Renseignements pris, c’est bien l’expression que l’on utilise là-bas, « en formation », à propos des gens disparus de leur domicile. « En formation » pour « en rééducation ». L’euphémisme est de façon générale typique du discours des pays totalitaires. En fait on tente de  « désislamiser » les Ouïghours puisque dans le discours  officiel il s’agit de terroristes islamistes.

Restent deux petits points. Tout d’abord, une information : le nom de la région dans laquelle vivent les Ouïghours, le Xinjiag (新 疆), signifie en chinois « nouvelle frontière », ce qui est une belle façon d’admettre que le Xinjiang n’est pas à l’origine chinois, qu’il est le produit d’une opération impérialiste. Ensuite, une question : est-il vrai que les masques chinois importés par la France seraient fabriqués dans ces camps de « formation » ? Auquel cas nous sommes rassurés. Les Ouïghours sont « internés » ou « formés » pour la bonne cause : la nôtre.


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fleche17 juillet   2020 : Fébrilité

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Lundi, le président de la république annonçait que le port du masque serait obligatoire à partir du 1er août dans les lieux publics clos. Quatre jours plus tard le premier ministre déclarait que ce serait la semaine prochaine. Précipitation? Informations nouvelles concernant la diffusion du virus ? Écho fait à la publication d’un tribune appelant au port du masque signée par des médecins de haut niveau ? Tout cela à la fois, sans doute. Bien sûr, cela fait un peu désordre et les méchantes gens ne se privent pas de souligner l’ incohérence de cette mascarade gouvernementale. Certains ont même parlé de fébrilité au cœur du pouvoir.

La fébrilité est, dans l’usage courant, une agitation extrême, injustifiée ou critiquable. Mais n’importe quel francophone peut percevoir sous le mot la même étymologie que celle de fièvre. La fièvre rend fébrile, et l’on parle d’état fébrile aussi bien pour un agité que pour un malade. Faut-il en conclure que la fièvre gagne le gouvernement ? Si ce changement de date était l’indice d’un désaccord (déjà ?) entre l’Elysée et Matignon nous pourrions, sur le modèle du film de John Struges, Règlement de compte à OK corral, parler de Règlement de compte à Matignon. Mais il s’agit plus sûrement d’une précipitation face à un danger de recrudescence de l’épidémie.  Auquel cas, sur le modèle du film de John Badmam, La fièvre du samedi soir, ça serait  pour le premier ministre La fièvre du jeudi après-midi,  ou sur le modèle de celui de Luis Buñuel La fièvre monte à el pao,  La fièvre monte à Matignon.

Quoiqu’il en soit, fébrilité ou pas, à vos masques…


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fleche15 juillet   2020 : Hémistiche

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Décidément, ce président est un bavard impénitent. On avait annoncé que son interview d’hier durerait environ 45 minutes, il a parlé une heure trente, un véritable Niagara verbal, long, très long, trop long, au point qu’on a du mal à tirer de réelles informations de cette accumulation de phrases déjà entendues, de tentatives de séduction, de rhétorique.

La rhétorique, parlons-en. A-t-il vraiment besoin de glisser au coin d’une phrase une expression latine (penser in petto) que peu de gens doivent comprendre ? Passons sur « la réforme des retraites ne peut pas se faire comme elle était emmanchée » car il y a mieux. On se frotte les yeux lorsqu’il déclare « j’ai passé l’hémistiche et je suis sur la pente descendante de mon quinquennat ». L’hémistiche comme on sait (ou ne sait pas) est la moitié d’un vers, séparée de la suivante par la césure. Bon, on voit ce qu’il voulait dire : il lui reste peu de temps, ou il passe à une autre phase. Mais entre deux hémistiches la césure est un temps de repos, et là, on ne le suis pas bien : à quel repos fait-il référence?

Il y a cependant quelque chose qui m’a frappé dans ses coquetteries lexicales, deux expressions que je cite de mémoire, « je ne sais pas vous le dire aujourd’hui » et « si nous savons produire un vaccin en 5-6 semaines ». Je ne garantis pas l’exactitude de ces phrases, mais cette utilisation du verbe savoir là où on dirait plutôt pouvoir est, du moins à mes oreilles, un belgicisme : « tu sais me passer le sel ? » par exemple ou, « tu sais me passer la brosse à reluire ? ». Je sais qu’Amiens n’est pas très loin de la Belgique, mais j’ignorais qu’on y utilise cette forme. Remarquez, Bruxelles est beaucoup plus éloignée de la ville natale du président que le capitole de la roche tarpéienne. Tiens, j’y pense, c’est peut-être à ça qu’il voulait faire référence avec son histoire d’hémistiche : à la chute. Mais c’est tout de même bien alambiqué pour dire des choses simples.


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fleche12 juillet   2020 : Panorama de la semaine

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Je me suis depuis quelques temps tenu loin de mon ordinateur. J’y reviens aujourd’hui avec un panorama de la semaine qui vient de s’écouler.

Beaucoup de gens ont noté que Jean Castex, le nouveau premier ministre, avait un accent. Remarque imbécile, bien sûr, car nous avons tous un accent. D’autres, ayant sans doute une meilleure oreille, ont précisé : « un accent du sud-ouest ». Et un journaliste de Paris Match, Bruno Jeudy, en a même dans un tweet donné une sorte de description politico-sociale qui n’engage que lui: "Le nouveau premier ministre n'est pas là pour chercher la lumière. Son accent rocailleux façon troisième mi-temps de rugby affirme bien le style terroir". Cette diversité phonétique, ou plutôt cette trace en français de langues que l’on ne parle souvent plus (basque, breton, corse, alsacien…) a  toujours été curieusement perçue. « Ce qu’il y a d’ennuyeux avec la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres » clamait Léo Ferré. De la même façon, l’accent, c’est toujours l’accent des autres. Cela a donné naissance ici ou là à une sorte d’anti-jacobinisme, de rejet de l’accent parisien, de valorisation de l’accent local, lorsque les Marseillais par exemple se moquent de l’accent « pointu » des parisiens. Et nous avons parfois un narcissisme individuel ou collectif tendant  à valoriser son accent, à l’exagérer même, pour bien montrer qu’on est d’ici, et qu’on en est fier. Une forme un peu puérile de nationalisme local.

Quoiqu’il en est, face à ces remarques concernant l’accent du premier ministre, des linguistes ont crié à la discrimination. Discrimination ? Cette vilaine chose est heureusement définie par la loi :

« Aucune personne ne peut être écartée d'une procédure de recrutement ou de nomination ou de l'accès à un stage ou à une période de formation en entreprise, aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte (….) en raison de son origine, de son sexe, de ses mœurs, de son orientation sexuelle, de son identité de genre, de son âge, de sa situation de famille ou de sa grossesse, de ses caractéristiques génétiques, de la particulière vulnérabilité résultant de sa situation économique, apparente ou connue de son auteur, de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une prétendue race, de ses opinions politiques, de ses activités syndicales ou mutualistes, de son exercice d'un mandat électif, de ses convictions religieuses, de son apparence physique, de son nom de famille, de son lieu de résidence ou de sa domiciliation bancaire, ou en raison de son état de santé, de sa perte d'autonomie ou de son handicap, de sa capacité à s'exprimer dans une langue autre que le français »

L’accent ne figure pas dans ce texte, mais rien ne nous empêche de l’y ajouter. Disons qu’il y  discrimination lorsqu’à compétence semblable on refuse d’embaucher quelqu’un par exemple pour sa couleur de peau, son sexe, sa nationalité ou son accent. Mais il est difficile de considérer qu’être nommé premier ministre est une discrimination… En fait il s’agirait plutôt ici du contraire,  d’une discrimination positive. Bref, Jean Castex n’a été l’objet d’aucune discrimination, il a eu au contraire une promotion. Mais la bêtise va se nicher partout, chez certains linguistes comme ailleurs.

 

Le changement de gouvernement est venu illustrer la désormais célèbre formule de Macron, « en même temps ». Ses soutiens ont souvent expliqué qu’il fallait voir là un changement dans le binarisme politique, et qu’on pouvait « en même temps » être de gauche et de droite. Aujourd’hui les choses sont plus claires : le gouvernement est de droite et « en même temps » de droite. En outre, les observateurs avertis auront remarqué que plusieurs collaborateurs du président ont été placés aux côtés des nouveaux ministres, y compris le premier d’entre eux, pour s’assurer qu’ils suivraient bien les consignes venues d’en haut. Macron est donc président et « en même temps » premier ministre et « en même temps » ministre de ceci ou cela.

 

Le président brésilien Bolsonaro a été testé positif au Covid19. Lui qui affirme depuis des semaines qu’il s’agissait d’une grippette, surévaluée par les media, a cette fois expliqué que le virus était comme la pluie, rien de grave. Jusqu’ici il disait qu’il ne risquait rien parce qu’il avait un « corps d’athlète », maintenant il explique qu’il se soigne à la chloroquine….  Il y a eu dans son pays plusieurs dizaines de milliers de morts victimes de cette grippette ou de cette pluie, mais que lui importe… Ce qui importe, cependant, c’est que Bolsonaro n’a pas arrêté de recevoir des dizaines de gens, de se mêler à la foule, de serrer des mains, et peut-être de les contaminer. Il a eu, selon ses dires, un peu de fièvre, une petite fatigue, il s’est fait tester, et bingo !  Trump le lui avait pourtant dit : il ne faut pas faire des tests, ça fait monter les chiffres. Bolsonaro ne l’a pas écouté, mais il doit être fier d’être un foyer potentiel d’épidémie à lui tout seul.

 

Changeons de continent et allons vers la Tunisie, où nous trouverons d’ailleurs des problèmes, réels ceux-ci, de discrimination. Jusqu’à il n’y a guère, les Tunisiennes n’avaient pas le droit d’épouser des non-musulmans : il fallait que ces derniers se convertissent d’abord. La circulaire instituant cette discrimination a été annulée: les Tunisiennes peuvent désormais se marier avec qui elle veulent. Mais les lois n’engagent que ceux qui veulent bien les respecter. Fathi Laâvouni, maire de la commune du Kram, a décidé de s’en tenir à la circulaire et de ne pas marier des Tunisiennes à des non-musulmans. Le progrès est en marche…

 

Un autre continent encore. A Hong Kong  la Chine s’est lancé dans une guerre aux livres, ceux qui « inculquent la haine »  dans la tête des lycéens, ceux qui critiquent le gouvernement chinois, ceux qui… Bref la censure qui pointe le bout de son nez donne, comme toujours, naissance à l’autocensure. Déjà, dans certaines bibliothèques, des ouvrages ont disparu : les responsables se protègent de façon préventive. En Chine continentale, les manuels scolaires d’histoire ont, depuis longtemps, des trous de mémoires. Les écoliers n’entendent jamais parler du 4 juin 1989 par exemple. Ceux de Hong Kong seront-ils atteints bientôt du même type d’amnésie ? C’est probable. Et il serait intéressant de savoir comment on analyse tout ça à Taiwan, république sur laquelle lorgne le régime chinois.

 

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Juin 2020

 

 



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fleche30 juin   2020 : Encore la phonétique et le virus

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Le 30 avril je présentais et résumais, sous le tire  De l'importance de la phonétique articulatoire dans la lutte contre le virus, un texte dont j’ignorais l’auteur. Il vient de me contacter, s’appelle François Pla, et n’ai pas linguiste mais professeur de physique. Il a mis en ligne une sorte d’histoire de la diffusion virale de ce texte. Vous la trouverez ici :


https://www.plaf.org/articles/la_phonetique_du_postillon

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fleche27 juin   2020 : Eléments de langage

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Cette expression, éléments de langage, est apparue en France il y a moins de vingt ans et s’est répandue au début du 21ème dans les sphères gouvernementales puis dans les organisations politiques ou syndicales pour tenter d’assurer une sorte de cohérence dans la communication des ministres ou des responsables. Pour dire les choses plus clairement, il s’agit d’une sorte de feuille de route argumentaire et linguistique pour leur dicter ce qu’ils doivent dire. Et l’on a vu à Marseille ces dernières semaines apparaître au centre de la campagne de Martine Vassal, l’héritière politique de Gaudin, un thème martelé de façon répétitive : « derrière la liste du «printemps marseillais il y a l’extrême gauche ». L’apothéose a été cette semaine avec un « meeting » de soutien à Vassal, des pointures nationales venant dire tout le bien qu’ils pensaient d’elle, via leur écran, coronavirus oblige : une vidéoconférence de soutien. Je n’étais pas en ligne et ce qui suit provient de la présentation qu’en a donné La Provence.

Seule Valérie Pécresse (née en 1967) est restée dans les généralités, disant que Vassal (née en 1962) était sa « grande sœur du Sud » : façon perverse de souligner qu’elle était plus jeune qu’elle ? D’autant qu’elle l ‘a bizarrement traitée de « femme des causes perdues » : autre façon perverse de prendre par avance ses distances en cas d’échec ?

Pour les autres, ils semblaient tous dire plus ou moins la même chose. Christian Jacob soulignait « le risque pour Marseille de se renfermer sur elle-même si elle était demain gérée par l’extrême gauche ». Pour  Xavier Bertrand : « C’est Martine ou les extrêmes. Bruneau Retailleau de son côté a parlé d’une « gauche archaïque » et, attisant le conflit (surtout footballistique)  entre les deux villes, a poursuivi :  « il n’y a qu’à voir ce qu’a fait Paris. Depuis quand les Marseillais veulent-ils suivre la route des Parisiens ! » Et, pour terminer, Vassal : « Marseille est exposée à un grand danger et pourrait se livrer corps et âmes à l’extrême gauche (…) Michèle Rubirola est le pantin de Mélenchon. Elle est tellement manipulée qu’elle refuse toute débat ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que les éléments de langage ne brillent pas par leur diversité, ce qui est normal, ils sont faits pour ça. C’est beau, l’unité de parole !

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