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fleche28 mai 2022: Reliques

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Le quotidien espagnol El Pais a publié au début du mois de mai un article sur les reliques religieuses dont la vogue ne tarit pas et qui, miraculeusement, semblent se multiplier. A l’origine on les trouvait dans des lieux consacrés, églises, monastères, puis un commerce se mit en place, l’église cédant parfois contre rétribution un petit bout d’un os de saint Machin, un poil de la barbe de saint truc… Puis on en vint à moins de mercantilisme, on protégea les reliques, ce qui donna d’ailleurs naissance à une autre forme de commerce, celui des fausses reliques. El Pais parle ainsi de deux prépuces de Jésus, ou de deux églises qui possédaient la tête du même saint. Pour ménager les susceptibilités, on décida que l’une avait la tête du saint jeune, et l’autre du saint plus âgé….  Et l’on ne compte plus les petits bouts de tissu venus de suaires ou de vêtements de saints… Un véritable marché.

Vous vous demandez à servent les reliques ? Ignorants ! Elles sont d’abord des objets de vénération et, surtout, elles protègent ceux qui les possèdent. Vous ne le croyez pas ? Infidèles ! Tenez, vous vous souvenez du Moskva, le navire amiral russe qui a été coulé en mer Noire par les Ukrainiens ? Et bien il y avait à son bord une relique de valeur,  un bout de la croix du Christ…


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fleche23 mai 2022: Ziguinchor

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Comment je l'indiquais dans mon précédent billet, j'ai travaillé pendant deux semaines dans le sud du Sénégal, à Ziguinchor, où j’ai refait avec une quinzaine l’étudiants en master ou en doctorat une enquête sur les langues des marchés que j’avais faite il y a 32 ans. L’idée était, bien sûr, de voir si, et dans quel sens, les choses avaient changé. Ziguinchor est une ville extrêmement plurilingue (on y parle un vingtaine de langues africaines, plus bien sûr le français, langue officielle du pays) et depuis longtemps une langue locale, le joola, dominait sur les marchés, suivie par le wolof, langue véhiculaire du nord du pays et souvent perçue comme « la langue des autres », voire des envahisseurs. Et les choses ont bien changé. Le wolof est désormais la langue dominante, le joola en régression. On utilise aussi beaucoup un créole à base lexicale portugaise qui a été renforcé par des migrants venant d’un pays voisin. En 1998 en effet, la Guinée Bissau a connu une période agitée qui a débouché en mai 1999 sur le renversement du gouvernement en place, et entrainé la fuite de nombreux Bissau-Guinéens vers la Casamance.

Mais ce qui a surtout changé ce sont les sentiments ou les représentations linguistiques : on sent grandir l’acceptation de l’idée que le wolof pourrait devenir « la » langue du Sénégal et non plus la langue des "envahisseurs" du Nord, ce qui à terme pourrait impliquer la disparition de beaucoup de langues locales. Certains disent qu'il disparaît actuellement dans le monde une langue par semaine, affirmation difficile à vérifier. Mais on peut se demander si ce pays, parmi d’autres, ne va pas emprunter le scénario qui s’est produit en France, comme s’il y avait un « sens de l’histoire » fatal à un grand nombre de langues. A suivre, donc. Pour l’instant nous sommes en train d’essayer de comprendre ce qui s’est passé à Ziguinchor à l’aide de tableaux Excel et de différents tris croisés. Après le plaisir du travail de terrain, une autre « plaisir » bien différent: celui de la statistique…


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fleche19 mai 2022: Prosecco ou Champagne, il faut choisir

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Je viens de travailler quinze jours dans le sud du Sénégal, mais je vous en parlerai une autre fois. Je voudrais en effet partager avec vous l’illustration d’une nouvelle façon de se tirer une balle dans le pied. Mardi dernier, le cycliste Biniam Girmay a gagné la 10ème étape du Giro (le tour d’Italie à vélo). Pour fêter l’événement, il est de tradition de « faire péter » une bouteille de Champagne, ce que fit le vainqueur (mais, Italie oblige, il s’agissait d’une bouteille de Prosecco).

Hélas, hélas, hélas ! S’il est habile de ses jambes, Girmay l’est moins de ses mains, et le bouchon est allé frapper violemment son œil. Ce qui s’appelle  non pas se tirer une balle dans le pied mais se tirer un bouchon dans l’œil ! Après le podium, le cycliste est donc allé directement à l’hôpital, et il a dû abandonner le Giro.. Après la victoire, la retraite. Conclusion ? Selon votre goût :

-L’abus d’alcool est dangereux, ou

-Pourquoi boire du Prosecco quand il existe le Champagne ?


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fleche4 mai 2022: Pause

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Je vais prendre un peu de distance: pas de billet d'ici quinze jours.
A bientôt, donc.

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fleche1er mai 2022: Ctoyenneté ou nationalité?

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Le linguiste Patrick Sériot, spécialiste du russe et plus généralement des langues slaves, a dans un article publié dans le quotidien suisse Le Temps, apporté des précisions intéressante sur ce qui pourrait se passer dans la tête de Vladimir Poutine. Il explique qu’en Russie on distingue entre nationalité  et citoyenneté. La citoyenneté est définie par l’appartenance à un pays (on est citoyen russe, français, allemand…) tandis que la nationalité est une notion plus floue, à tendance ethnique , définie en particulier par la langue. Et il rappelle qu’en URSS les papiers d’identité indiquaient une nationalité (russe, juive, ukrainienne, ouzbèque…) mais que tous étaient de citoyens soviétiques.  De ce point de vue, les Suisses romands seraient des citoyens helvétiques de nationalité française, les germanophones seraient toujours citoyens helvétiques mais de nationalité allemande, ou encore les Bretons seraient des citoyens français de nationalité bretonne…

 Et c’est justement cette « logique » qu’utilise  le président russe Poutine. Pour lui, les Ukrainiens parlant russe sont de nationalité russe et, secondairement, des citoyens ukrainiens. La citoyenneté pèserait donc moins que la  nationalité, et cela lui permettrait d’étendre ses frontières à tous les pays de l’ancienne URSS où l’on parlerait russe.  

Faut-il rappeler que cette même « logique » a permis à Hitler de considérer les germanophones de Tchécoslovaquie comme allemands et d’envahir en 1938 les Sudètes. Tentant d’envahir l’Ukraine pour la « dénazifier » et « libérer » les « Russes »,  Poutine se comporte donc exactement comme les nazis.



 

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fleche28 avril 2022: 动态清零

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En Chine, il y a eu 25 millions de personnes confinées à Shanghai, et à Pékin, la population craignant d’être elle aussi confinée se rue sur les supermarchés pour faire des provisions. En fait, et depuis de longues semaines, plusieurs autres villes, de taille plus restreinte, ont été confinées, les cas de covid se multiplient, les décès aussi : le taux de vaccination est faible,  le vaccin lui-même peut-être pas très efficace, et l’immunité collective est donc impossible à atteindre.

Mais la population en a assez. Ainsi un texte intitulé "Les shanghaiens sont à bout de souffle",  mis en ligne il y a une quinzaine de jours et se plaignant de la situation catastrophique des habitants, a été lu par plus de 20 millions de personnes. Et un commentaire disant « qui censure ce texte cherche la mort » a eu 800.000 « like». Le texte a été supprimé pendant quelques heures, puis est réapparu, mais avec l’impossibilité de le commenter. Et l’un de mes correspondants m’écrit : «Si on n'a pas beaucoup à manger, il faut nous laisser parler ». Selon un autre, les habitants ne supportent plus de manquer de nourriture, les malades d’autres maladies que le covid ne peuvent pas être hospitalisés, les parents et les enfants sont parfois séparés... Bref la situation est compliquée.

 

Face à tout cela, on peut s’interroger sur la « politique zéro covid » de la Chine dont on parle partout à l’étranger : zéro covid alors qu’il y a de plus en plus de contaminations et de morts ? En fait cette expression a été forgée pour être diffusée hors des frontières. On utilise très souvent en chinois, pour les slogans politiques ou publicitaires, des formules en quatre caractères, et l’expression chinoise traduite par « politique zéro covid » est 动 态清零 (dong tai qing ling), 动 态 signifiant « de  façon évolutive » ou « dynamique », et  清 零 « remettre à zéro ». Cela ne signifie donc pas qu’il n’y a pas de covid en Chine mais plutôt que l’on veut couper les chaînes d’infections. Mais nous pourrions nous amuser à traduire 动 态清零 par « on efface tout et on recommence ». Vaste programme.

 

 


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fleche25 avril 2022  : Ce à quoi nous avons échappé

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Sans mots inutiles, voici un collage de mon ami Michel Santacroce (titre : la fachosphère) :



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fleche24 avril 2022: France-Orbanistan

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Je viens de passer quatre jours en Orbanistan, enfin disons en Hongrie. J’y ai rencontré quelques universitaires très critiques envers leur premier ministre, Viktor Orban, mais l’ensemble du pays semble approuver ce populiste sans scrupules, jouant habilement sur l’ambiguïté face à  la guerre en Ukraine, face aux libertés fondamentales, et de façon générale face à la démocratie. Pour vous donner une idée, c’est la première fois que l’Union européenne envisage de priver un pays, la Hongrie, de subventions (40 milliards, tout de même…) pour violation de l’état de droit. Bref, Orban n’a rien d’un démocrate, il n’est guère fréquentable, mais Marine Le Pen le fréquente assidument. Il lui a d’ailleurs apporté officiellement son soutien dans la campagne présidentielle française. Selon elle, ils n’auraient qu’une même vision de l’organisation européenne, mais son programme, en particulier sa volonté d’utiliser les référendums à foison, est pratiquement décalqué des pratiques d’Orban. Et certains  disent ici qu’une victoire de Le Pen changerait la situation européenne, grâce à une axe France-Hongrie.

Faisant allusion à l’exclusion de journalistes de « Quotidien » d’une de ses conférences de presse, Macron a d’ailleurs lancé : «Quand l’extrême droite se met à dire : “Je choisis les journalistes qui viennent ou qui ne viennent pas” (…), elle fait la même chose qu’on fait en Hongrie ». Cette sortie n’est pas très diplomatique, mais elle sonne assez juste. Chantre de l’illibéralisme, opposé à l’immigration, insistant sur les racines  chrétiennes de l’Europe (il a même fait inscrire une référence à Dieu dans la constitution du pays), refusant tout droit aux LGBT, Orban coche toutes les cases de la réaction. Aux dernières élections, il a cependant obtenu 54% des voix, raflé une majorité des deux tiers à l’assemblée : le peuple semble formaté, endoctriné, bref le peuple le suit. En France, dans la rue ou dans un bistrot, comptez les gens, un, deux, trois, un, deux, trois, un sur trois vote facho. En Hongrie, c’est un sur deux.

 

C’est donc dans ma chambre d’hôtel, à Budapest, que j’ai suivi le débat entre Le Pen et Macron mercredi soir. Les deux journalistes n’avaient apparemment pour fonction que de surveiller les chronomètres, pour éviter que l’un parle plus que l’autre : « il vous reste deux minutes », « vous avez une minute trente de retard », « une minute d’avance »… Mais au moins les deux candidats avaient droit à la parole, au même temps de parole, ce qui n’est pas nécessairement le cas en Hongrie. On m’a raconté que le premier ministre y contrôlait une grande partie des media, qu’on l’y avait entendu lors des récentes élections pendant des heures alors que l’opposition n’y apparaissait que quelques minutes. France, Hongrie, deux pays, deux modèles bien différents. Un comique hongrois, Tibor Bödőcs, a d’ailleurs annoncé sur sa page facebook que l’avenir du pays était d’être « une Biélorussie light »: «De nouveaux ennemis soigneusement façonnés. Des campagnes de haine chirurgicales vendues par des influenceurs écœurants à pochette de costume et autres biorobots. Le harcèlement du reste de la presse. Une propagande du succès. Des mensonges joliment emballés. Le gavage d'hommes de paille au talent modeste. Du cynisme sans plaisanterie. Des cauchemars. Des théories complotistes brodées pour les masses. Une Biélorussie light. Bref, du bonheur en perspective ». Le Pen voudrait-elle faire de la France une Biélorussie light ? En fait, il n’est pas sûr qu’elle sache où se trouve la Biélorussie, elle qui a parlé d’Habib Bourguiba comme d’un ancien président de la république algérienne. Mais ce qui est sûr, c’est qu’elle aime Orban autant qu’elle aime Poutine. D’ailleurs, tous les deux sont ses banquiers. Elle avait emprunté en 2014 9 millions d’euros à la First Czech-Russian Bank, elle a cette année emprunté 10 millions à la banque hongroise MKB, propriétaire d’un ami d’Orban. On disait naguère dans certains romans policiers que, pour résoudre une enquête, il fallait chercher la femme, ici il faut plutôt chercher la banque, ou les banques, pour avoir une idée de ce que serait la politique de la candidate Le Pen.

 

 

 

 

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fleche16 avril 2022: Voter contre le pire

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Le chirurgien Stéphane Velut, dans un petit livre publié dans la collection « Tracts » ( L’hôpital, une nouvelle industrie, le langage comme symptôme, Gallimard, 2020) raconte que lors d’une réunion de service dans laquelle il somnolait, il sursauta lorsque « un jeune membre d’un cabinet de consulting » expliqua que «tout en restant dans une démarche d’excellence il fallait désormais transformer l’hôpital de stock en hôpital de flux ». Par stock il fallait entendre non pas des stocks de médicaments, de lits, de bouteilles d’oxygène  ou d’ambulances mais des malades, et flux signifiait qu’il fallait éviter de garder ces malades trop longtemps, en gros de les virer le plus vite possible. Et Velut soulignait  qu’on « déconnecte les mots de la chose », que « cette langue masque sous des termes tarabiscotés, constats, projets, décisions…, dont l’énonciation simple brutaliserait l’oreille ». Et ce « jeune membre d’un cabinet de consulting » est à lui seul l’archétype d’une catégorie sociale en développement: celle des petits marquis de la société libérale.

Ils s’habillent de la même façon, même type de costume, pantalon étroit, chemise blanche, portent sans doute le même type d’eau de toilette. Les uns, le plus souvent  issus de l’ENA, sont spécialisés dans le général, c’est-à-dire à peu près dans rien du tout, les autres sortent de grandes écoles de commerce ou de master en « business ». Ils sont hauts fonctionnaires, experts ou consultants et portent un regard distant sur les réalités, comme un chirurgien qui ouvrirait un corps et dirait « il faut faire ceci ou cela » puis partirait faire une partie de golfe en laissant aux autres le soin d’opérer. Ces petits marquis parlent le même jargon, entre globish et précieuses ridicules, se considèrent (peut-être parfois à raison) comme supérieurement intelligents, en tout cas plus intelligents que les autres et méprisent souverainement ceux qui ne pensent pas comme eux, les considérant comme trop bêtes  pour comprendre la profondeur de leurs analyses et des solutions qu’ils proposent.

De la pointe des cheveux et celle de ses chaussures, Macron a le look de ces petits marquis. Et il porte à croire que, malgré le dicton connu,  l’habit chez lui fait le moine. Il pense comme eux, parle comme eux. Souvenez-vous des premières expressions qu’il utilisa en 2017, après son élection, start up nation, task force… Touchant ou ridicule, il faisait penser à ces enfants qui essaient d’apprendre à se comporter comme les grands, comme des adultes. Bref, vous m’avez compris : je ne suis pas un fanatique de notre président de la république. J’avais, en 2017, voté au premier tour pour Benoît Hamon et au second contre Le Pen. Cette année, pour la première fois de ma vie, j’ai voté pour un communiste, Fabien Roussel, disruptif et marrant. Et je tout à fait conscient de n’avoir ainsi pas voté pour Mélenchon, dont le comportement, les postures, la morgue, m’ont toujours fait penser à Mussolini.

Dimanche, je voterai à nouveau contre Le Pen. C’est-à-dire pour Macron. D’ailleurs, et quoi que je pense du personnage, il n’a pas fait que des dégâts. Sa gestion de la pandémie a évité bien des faillites, bien des mises au chômage. Et son comportement face à Poutine est tout de même plus clair que celui de Mélenchon, moins sordide que celui de Le Pen, sans parler de la fascination de Le Pen pour Orban...

Les discours que j’entends autour de moi, la peste et le choléra, Macron égale Le Pen et autres fadaises, me révoltent. Ils témoignent d’une maladie infantile bien connue, ou du syndrome de Ponce Pilate, « je m’en lave les mains », bref d’une très grande irresponsabilité ou d’un analphabétisme politique. Non, ce ne serait pas la même chose d’avoir une présidente d’extrême droite ou un président de centre droit. Non ce ne serait pas la même chose d’avoir une information contrôlée, à la russe, ou une information libre. Non, ce ne serait pas la même chose d’avoir la politique que nous avons envers  les femmes, les homosexuels, les étrangers, ou celle qui sévit en Russie, en Hongrie ou en Pologne. Non, ce ne serait pas la même chose de fermer nos frontières et de sortir, à terme, de l’Europe, ou de continuer à chercher à l’améliorer.  Non, la politique de la terre brûlée ne générera rien de positif.

Et j’aurais le rouge au front si le soir du 24 avril j’apprenais que Le Pen est élue alors que j’aurais voté blanc ou que je me serais abstenu.

On ne choisit pas le meilleur, on évite le pire.

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fleche14 avril 2022: Tête de quoi?

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David Caviglioli, dans l’hebdomadaire L’obs, s’est amusé, sous le titre « les sortie de la semaine », à inventer des résumés de films pour chaque candidat à la présidentielle. Voici ce que ça donne pour Marine Le Pen :

Russian Roulette Thriller avec Marine Le Pen, Vladimir Poutine

Une femme doit 8 millions d’euros à un gangster russe, Vladimir. Pour le rembourser, elle n’a qu’un seul choix : transformer la France en régime fasciste. 

Notre avis Un thriller étouffant, dont la fin vous glacera le sang

Si son article n’avait pas été écrit avant le premier tour, Caviglioli aurait aussi pu chercher son inspiration du côté de Crocodile Dundee : une vieille femelle  crocodile, Marine, est dans son marigot. Déjà édentée mais encore combative, elle défend son territoire pour s’assurer un dernier tour de piste. Le jeune mâle ambitieux, Zemmour, attendra la prochaine fois .

En breton, Le Pen (ar penn)  signifie «la  tête ».  Mais tête de quoi ? Le choix est large. Pour ma part, j’hésiterai entre « tête de faux cul » ou « tête de linotte ». En effet, elle a tenté de changer son apparence, mémère avec ses chats, doucereuse, et l’on a l’impression que les électeurs ne lisent pas son programme. On y trouve en effet l’annonce d’une France alliée avec le hongrois Orban et le russe Poutine,  transformée en démocratie « illibérale », s’éloignant de l’Europe pour se rapprocher de ses amitiés dictatoriales. Habileté de la candidate ou mémoire courte des électeurs, elle a réussi à faire oublier ces accointances, ses mains liées par sa dette à une banque russe proche du dictateur, elle nie ou fait semblant de ne pas entendre et passe à autre chose. Il y a pourtant des détails très récents qui parlent : jeudi dernier, le parlement européen a voté à une très large majorité (513 voix pour, 22 contre) une résolution demandant un embargo complet sur le gaz et le pétrole russe. Curieux hasard :  aucun député du RN n’était présent…

Encore étudiante en droit, puis avocate débutante (elle n’est d’ailleurs pas allée beaucoup plus loin), elle avait la réputation d’une teufeuse, fille à papa fervente de fête, pas de culture. On dit que certains étalent leur culture comme de la confiture sur une tartine. Comme elle n’a pas grand-chose à étaler, ses petits déjeuners doivent être tristes. Des biscotes ? Et à propos de son père, une devinette pour finir. Jean-Marie Le Pen, avait traité Anne Sinclair de « pulpeuse charcutière casher » et avait d’ailleurs été en 1986 condamné pour injure. On se demande comment il traiterait sa fille, si elle n’était pas sa fille.

 

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fleche12 avril 2022: V'là mon scrutin, j'garde mes scrupules

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Il n’en reste donc que deux. Je reviendrai sur eux dans les prochains jours, je voudrais aujourd’hui m’intéresser aux exclus du second tour, à leurs réactions, en particulier à ce qu’ils appellent à faire. Il fut un temps où l’on parlait de consignes de vote. Cette expression n’a aujourd’hui plus  aucun sens, pour au moins deux raisons. La première est simple : les candidats savent, ou affectent de considérer, qu’ils ne sont pas propriétaires de leurs voix. Mais cette position masque peut-être une autre raison : ils ne savent absolument pas ce que pensent leurs électeurs, ce qu’ils feront.

Ainsi Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Valérie Pécresse ont immédiatement annoncé qu’à titre personnel ils voteraient Macron et qu’ils appelaient leurs électeurs à en faire de même. A titre personnel. Le cas de Pécresse est de ce point de vue exemplaire. Avant même la réunion au sommet du Parti Républicain Eric Ciotti avait annoncé qu’il ne voterait pas Macron et, après ladite réunion, Christian Jacob a présenté la position du parti : "Aucune voix ne peut se porter sur Marine Le Pen, son projet politique et économique nous conduirait au chaos." Traduisons : un vœu pieux et la constatation de l’impossibilité pour ces instances de se mettre d’accord sur un vote. Et concluons: certains voteront sans doute pour Le Pen. En fait, la situation est compliquée par l’approche des élections législatives. Les députés PR vont étudier de près les scores dans leurs circonscriptions, afin de ne pas aller contre les positions de leurs électeurs. Certains auraient même commandé des sondages et en attendent les résultats avant d’annoncer leur décision, évidemment celle qui favoriserait leur réélection. Les principes, s’il y en a, passent donc après les combines politiciennes.

Mais la position la plus subtile est sans discussion celle de Jean-Luc Mélenchon. Affirmant haut et fort devant ses militants qu’il serait clair, il a répété quatre fois : « Il ne faut pas donner une seule voix à Madame Le Pen » Cette phrase en fait n’est pas vraiment claire, plutôt ambiguë (plus ambiguë d’ailleurs car elle peut avoir trois sens). Elle peut en effet être comprise « ne votez pas », « votez blanc » ou « votez Macron ». C’est-à-dire « faîtes ce que vous voulez mais ne votez pas Le Pen ». Ce qui nous ramène à ce que j’écrivais plus haut : il n’y a plus de consignes de vote claires. Surtout que, selon un sondage publié hier, un tiers des électeurs de Mélenchon déclareraient vouloir voter Le Pen, un tiers Macron et un tiers s’abstiendraient. En déclarant qu’il serait clair, Mélenchon cherche donc surtout à ne pas trop se mouiller.

Et cela pose une toute autre question. Que nous dit cette porosité entre les électorats de l’extrême droite et de l’extrême gauche ? Il nous faudra des mois ou des années pour analyser cela et en tirer des conséquences politiques, et je me garderai bien de tenter de le faire en quelques lignes.

Je préfère donc évoquer ce que chantait Léo Ferré dans la deuxième version des Temps difficiles (il y en a trois):

« Ma femme veut jouer les présidents, elle dit qu’c’est très plébixitant, pour lui montrer que j’suis un homme, j’dois lui dire pas référendum, les temps sont difficiles, l’matin c’est oui le soir c’est non, elle tient pas compte des abstentions,ni oui ni non ça fait coup nul, v’là mon scrutin j’garde mes scrupules… »

Et oui : v’là mon scrutin j’garde mes scrupules. Nous y reviendrons.

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fleche9 avril 2022: Aux urnes, citoyens!

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Fidèle à sa politique des jeux de mots, Libération titrait ce matin en une  Votez adroits, votez à gauche. Certes, même si la gauche est depuis longtemps bien maladroite et mal représentée. Pour ma part je préfère vous chanter « Aux urnes citoyens » . Mais je dois m’expliquer. Dès son origine, en 1792, la chanson qui est devenue l’hymne national français a été détournée, et sa première parodie devrait plaire à Fabien Roussel :

"A table, citoyens, Videz tous les flacons, Buvez, mangez, qu'un vin bien pur humecte vos poumons!"

En 1848 est lancée  une Marseillaise des cotillons :

Liberté, sur nos fronts verse tes chauds rayons ;
Tremblez, tremblez, maris jaloux,
Respect aux cotillons !

En suivront beaucoup d’autres, dont au début du 20ème siècle une Marseillaise maçonnique qui devrait plaire à Mélenchon :

Debout ! frères maçons
Sans peur des goupillons
Marchons, Marchons
Hardis lutteurs,
Contre les imposteurs !

Mais celle que je préfère, rédigée en 1881 par Léo Taxil, est la Marseillaise anticléricale :

Allons ! Fils de la République,
Le jour du vote est arrivé !
Contre nous de la noire clique
L'oriflamme ignoble est levé. (bis)
Entendez-vous tous ces infâmes
Croasser leurs stupides chants ?
Ils voudraient encore, les brigands,
Salir nos enfants et nos femmes !

Aux urnes, citoyens, contre les cléricaux !
Votons, votons et que nos voix
Dispersent les corbeaux !

Je vous la livre telle  quelle, mais vous pouvez l’adapter à votre goût. Quoiqu’il en soit : Aux urnes citoyens !

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fleche7 avril 2022: Election 5, Les trois derniers

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Ils sont trois, tout en bas des intentions de vote. Les trois derniers donc, jusqu'à plus ample informé.

Commençons par les deux trotskystes, Philippe Poutou, doublure de Besancenot, et Nathalie Arthaud, clone de Laguiller. D’un côté le NPA (nouveau parti anticapitaliste) de l’autre LO (lutte ouvrière).

 Poutou a des airs de Pierrot lunaire, et son discours semble tourner en rond, comme l’astre en question. C’est peut-être pour masquer cet aspect sélénite qu’il porte désormais une casquette, sur les affiches électorales, sur les tracts. Mais sa façon de la mettre, visière devant, risque de le couper des jeunes : enfin, Philippe, une casquette ça se porte dans l’autre sens, visière derrière, au-dessus de la nuque!

Si Poutou est marrant, avec un sens indéniable de l’humour et de la formule, Nathalie Arthaud est plus raide, plus sèche. Elle a repris à Arlette Laguiller son apostrophe célèbre des débuts d’allocution, « travailleuses, travailleurs ». Tous deux parlent vite, trop vite, au point qu’on a du mal à prendre des notes. Sans doute craignent-ils de ne pas avoir le temps de dire tout ce qu’ils ont à dire. L’un est pour un monde sans frontières, la fin du capitalisme, la lutte du peuple corse, la défense de l’écologie, l’anticolonialisme, pour une démocratie réelle, l’augmentation des salaires, l’autre pour l’augmentation des salaires, contre la guerre et l’impérialisme, contre le saccage de la planète, contre le capitalisme. En lisant leurs programmes, on trouve cependant quelques différences : Poutou veut un SMIC à 1800 euros, Arthaud 2000 euros au minimum. On comprend d’autant moins ces candidatures distinctes, cette coprésence, que le candidat du NPA a d’abord été militant de LO, avant de s’en faire exclure. Mais les logiques d’appareils pèsent plus lourd que les logiques politiques. Poutou, dans une allocution télévisée, a lancé un avertissement: Macron, « ce qu’il dit, ça va se faire ». L’ennui, hélas,  est qu’on peut en déduire l’inverse : ce qu’ils disent, lui et Arthaud, ça ne se fera pas.

 Du haut de ses montagnes et de sa voix de Stentor, Jean Lassalle les dominent: selon les sondages il aurait à lui seul plus de voix que les deux réunis. Il est loin pour sa part des logiques d’appareil, il n’a pas d’appareil à défendre et parle en je : « je veux refonder… je veux développer… je veux garantir… je veux redonner… je veux lancer… je veux accompagner… ». Et puis il chante. Des chansons traditionnelles, comme Aqueros mountagnos, une chanson en hommage au personnel hospitalier, Un grand merci, voire une chanson sur lui-même. Mais il est rafraichissant dans sa vacuité politique. D'ailleurs tout le monde aurait envie de boire une bière avec lui.

Si vous voulez plus de détails sur leurs programmes à tous trois, reportez-vous aux documents qui doivent être arrivés dans vos boites aux lettres. Et faites-le vite : dans trois jours ils ne seront plus là, et il nous faudra attendre cinq ans avant de les revoir. Peut-être…

 

 

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fleche4 avril 2022: Election 4, Mélenchon, la vieille dame indigne

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Ayant logiquement décidé de réserver pour la campagne du second tour les deux finalistes, il me fallait ici faire un choix, prendre un risque,  ou plutôt un pari. Au risque de le perdre, je traiterai donc de Mélenchon, que je ne vois pas au second tour, et je saurai la semaine prochaine si j’avais tort.

D’abord membre de l’organisation trotskyste la plus sectaire (l’Organisation Communiste Internationale), il adhère ensuite au parti socialiste où il aura une carrière d’apparatchik: directeur de cabinet du maire de Massy, secrétaire de fédération,  conseiller municipal, conseiller régional, sénateur, il se présente en 1997, contre François Hollande, au poste de premier secrétaire du PS (il obtiendra 8,81 % des voix). Puis il sera ministre délégué à l’enseignement professionnel dans le gouvernement Jospin, mais il décide en 2008,  à 57 ans, de changer de vie, comme la vieille indigne de Brecht, portée à l’écran par René Allio.

La nouvelle vie de Mélenchon commence vraiment en 2012, lorsqu’il est candidat à l’élection présidentielle, terminant à la quatrième position, derrière Sarkozy, Hollande et Le Pen avec 11% des voix. Rebelote en 2017, il termine toujours quatrième mais cette fois avec 19,58% des voix. Faisant tout pour faire oublier son passé socialiste,  il décide alors de se moderniser, se multipliant sous forme d’hologrammes en 2017, puis pour sa troisième candidature, faisant un « meeting immersif »  avec paysages et odeurs… Bref la vieille dame indigne tente de se donner une nouvelle jeunesse. Pourtant Mélenchon n’arrête pas de se tirer des balles dans le pied. On se souvient de son comportement lors d’une perquisition dans les locaux de son parti « mon corps est sacré, je suis la République », etc. , se donnant en spectacle comme un irresponsable incapable de se contrôler.

Car cet orateur brillant et cultivé fait parfois preuve d’une grande bêtise. A un journaliste lui demandant s’il parle anglais, il répond en substance « mal, d’autant plus mal que je suis anti américain », avant d’ajouter fièrement qu’il parle couramment l’espagnol. Son plus grand problème est en effet sa confusion géopolitique (en fait j’ai hésité ici entre plusieurs mots à la place de confusion, je vous en propose donc d’autres : flottement, indétermination, oscillation, irrésolution, imprécision, indécision, incertitude…). Le 6 mars, dans un meeting à Lyon, il croit trouver la réplique à ceux qui lui rappelle ses tendances pro-russe, ses complaisances envers Poutine : le non-alignement. Il y revient dans le JDD du 13 mars : « j’ai toujours été non aligné », ce qui semble cocasse quand on se souvient qu’en 2017 il voulait que la France adhère à l’Union Bolivarienne de Chavez. On peut faire mieux dans le non-alignement.

 Mais la vieille dame indigne croit à sa nouvelle vie. Décalquant une fable de La Fontaine, Mélenchon se considère comme une « tortue sagace » : « J’avance doucement et j’épuise les lièvres » explique-t-il dans un tweet. Mais il a peut-être oublié que, parfois, le tort tue…


Mars 2022




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fleche29 mars 2022: Election 3, les absents

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A côté des douze candidats entre lesquels nous aurons à choisir, il y a ceux qui n’auront pas pu se présenter, les absents qui, à part Montebourg, qui a abandonné en cours de route, n’ont pas obtenu leur 500 soutiens. C’est dommage pour Montebourg, je le regretterai, non pas en tant que citoyen mais en tant que linguiste. Député de Saône-et-Loire, il avait la particularité de parler à Paris un français standard et de prendre comme sur commande dans sa circonscription, en particulier sur les marchés, un accent morvandiau pour s’adresser à ses électeurs. J’aurais aimé voir si ce caméléon phonétique aurait pris, dans une campagne présidentielle, tous les accents locaux, au gré de ses déplacements. Mais bon, tant pis, on s’en passera.

Et puis il y a les autres. Nous n’aurons donc pas François Asselineau (inspecteur général des finances), Kazib Anasse (trotskiste et syndicaliste à SUD rail), Hélène Thouy (Parti Animaliste), Arnaud Chiche (médecin anesthésiste) , Gaspard Koenig (essayiste), Rafik Smati (entrepreneur) et plusieurs autres. C’est dommage ! Imaginez le portrait-robot d’un président que nous pourrions tracer avec leurs qualifications diverses. En les mettant dans un shaker et en secouant bien fort nous aurions un cocktail intéressant. Appelons-le cocktail présidentiel, ou cocktail des exclus. Un verre  d’inspecteur général des finances, un zeste de trotskiste et  de syndicaliste, un pincée de médecin anesthésiste et d’entrepreneur, puis saupoudrer d’un peu d’essayiste, et servez avec un glaçon de candidat aimant les animaux (il y a toujours un chien à l’Elysée). Avec un tel homme, ou une telle femme, la France aurait été présidée par quelqu’un ayant une remarquable multiplicité de talent.

J’allais oublier Christiane Taubira, que nous n’aurons pas non plus. Elle n’avait que 274 signatures, et voilà : trois p’tits tours et puis s’en va ! Depuis le début de son opération ratée, je me suis demandé ce que pouvaient bien lui trouver les électeurs de gauche. A part son  lyrisme, indéniable, quoi ? Un petit coup d’œil sur sa carrière politique peut nous aider à tirer son portrait. Elue députée de Guyane en 1993, elle vote l’investiture du gouvernement Balladur. Dans le genre « de gauche » on fait mieux. En 2002 elle est candidate à la présidentielle. Petit rappel des résultats du premier tour : Chirac 19,88%, Le Pen 16,86 %, Jospin 16, 18%. Et, loin derrière, Chevènement 5,33%, Taubira 2,3%. Faites vos comptes : le verdict est sans appel. Autre rappel : Jospin était donné par les sondages vainqueur au second tour face à Chirac.

Et voilà qu’en 2022 elle tente une nouvelle opération dont je ne comprends pas si elle était d’union ou dé désunion… Il y a cependant un petit indice pouvant nous aider à la comprendre.  En 1998 elle est candidate dans une élection régionale en Guyane. Et elle a la douloureuse surprise de voir son mari (dont elle se séparera ensuite) se dresser contre elle, à la tête d’un liste concurrente.  On se souvient de César lançant à Brutus tu quoque fili mi, elle aurait pu  s’exclamer tu quoque vir meus ! Et garder de cette trahison un désir de vengeance. Allez savoir…

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fleche23 mars 2022: паляниця

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Laissons pour un temps la campagne présidentielle française pour faire un tour vers l’Ukraine, en passant par la Bible. Selon elle en effet , après la guerre entre les tribus de Galaad et d’Ephraïm, les vainqueurs utilisèrent une technique très particulière pour reconnaître les vaincus qui cherchaient à passer le Jourdain à gué. Ils leur demandaient de dire un simple mot, schibboleth, c’est-à-dire « épi » en hébreu. Or, les gens de la tribu d’Ephraïm le prononçaient avec une sifflante à l’initiale (sibboleth), tandis que ceux de la tribu de Galaad y mettaient une chuintante (schibboleth), et cette petite différence permettait de les reconnaître et … de les massacrer.

Depuis lors, le mot schibboleth a pris le sens de « piège linguistique », et on en trouve de nombreux exemples au cours de l’histoire. Ainsi, en mars 1282, le mardi de Pâques, la population sicilienne se souleva contre la domination angevine et massacra les Français au cours de ce qu’on appelle les «Vêpres siciliennes ». Là aussi on utilisa un piège linguistique pour reconnaître l’ennemi, en lui demandant de prononcer ciciri qui, en sicilien, signifie « pois chiches ». À l’époque les Français ne savaient pas prononcer la chuintante initiale, qu’ils réalisaient comme une sifflante. Le chanteur italien Benito Merlino en fit une chanson dont le refrain, dans sa brièveté, fait froid dans le dos : Di ciciri ! Sisiri ! A morti  (Dis ciciri ! Sisiri. A mort ! ».

On raconte aussi que, durant la Première Guerre mondiale, des prisonniers allemands tentaient de se faire passer pour des Alsaciens, et que ceux-ci imaginèrent une façon de les confondre en leur montrant  un parapluie et en leur demandant ce que c’était. Les uns répondaient schirm, les autres regenschirm alors que les Alsaciens disaient pour leur part barabli….

Les Ukrainiens viennent de trouver et d’utiliser un piège linguistique semblable pour vérifier que les suspects qu’ils arrêtent sont bien ukrainiens : ils leur demandent de prononcer un mot  typiquement ukrainien qui désigne un pain spécial, паляниця ( palyanitsya), mot dans lequel les Russes n’arrivent pas à réaliser la suite ля (lya). Ce qui montre que les langues jouent parfois jouer un rôle dans la guerre, permettant de distinguer les amis des ennemis. Même si la situation linguistique de l’Ukraine est plus compliquée, que beaucoup sont bilingues et peuvent tromper l’ennemi…


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fleche21 mars 2022: Election 2,
Valérie Détresse : Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

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Commençons par elle, puisqu’elle est la première au nombre de parrainages. Mon frère, qui a le sens de la formule, l’appelle, depuis qu’elle est sur la scène politique, Valérie Tristesse. Il est vrai qu’elle semble toujours faire la gueule. Les choses se sont d’ailleurs aggravées depuis quelques semaines. Son visage, inexpressif, un peu gonflé, fait irrésistiblement penser à celui de Poutine, comme si tous deux avaient abusé du botox.

Son parcours est typique d’une fille de la bourgeoisie. Née dans les beaux quartiers, à Neuilly sur Seine, élève d’une école privée (Sainte-Marie de Neuilly), elle fait ensuite HEC puis l’ENA. Depuis peu, la bourgeoise tente cependant parfois de s’encanailler en risquant quelques formules plus populaires, comme « Macron a cramé la caisse ». Un conseiller en communication a dû la convaincre de la puissance de l’effet de miroir consonantique,  macron cramé. 

Mais elle semble, dans sa campagne,  à contre-emploi, Une marionnette dont les fils seraient tirés dans des sens différents par Ciotti, Bertrand ou Barnier. Et, comme certains veulent péter plus haut que leur cul, elle veut sans y parvenir parler plus haut que sa voix.  A contre-emploi, à contre voix, sans trouver sa voie. Quand on lui pose des questions, dans les conférences de presse ou les émissions de télé, elle a l’air de souffrir, comme en détresse. Elle a l’air de se dire sans cesse: quand cela va-t-il finir ? N’en déplaise à mon frère, Valérie tristesse est devenue Valérie détresse

Elle a fondé en 2017 son mouvement, Soyons libres, ce qui laisse à penser qu’elle croit en la fonction performative du langage, mais, libre ou pas, elle est allé en février 2020 chez Sarkozy mendier son soutien  à sa candidature. Pour l’instant en vain.  Valérie Pécresse a un second prénom, Anne. Et peut-être se parle-t-elle à elle-même en fredonnant  « Anne ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ? »  Mais elle ne voit que le soleil qui poudroie… et pas de Sarkozy.


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fleche20 mars 2022: Election 1

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Il y a des décennies que je parcours le monde en tous sens et, de l’Asie à l’Afrique en passant par l’Europe de l’Est ou l’Amérique du Sud, je connais bien des pays dont les citoyens aimeraient bien avoir des élections présidentielles non truquées ou pouvoir choisir entre trois ou quatre candidats. La France détient le record du monde absolu : nous aurons cette année 12 candidats au premier tour de l’élection présidentielle ! Et nous avons échappé au pire : 64 personnes ont obtenu au moins 1 parrainage. Parmi elles, certaines n’étaient d’ailleurs même pas candidates, du moins à ma connaissance, comme Raphaël Glucksmann, François Hollande, Thomas Pesquet, Edouard Philippe ou François Ruffin qui ont pourtant eu chacun 1 parrainage..

Il y aura donc beaucoup d’absents. Voici tout d’abord le nombre de parrainages obtenus par les rescapés, avec entre parenthèses le score qu’ils atteindraient au premier tour selon le dernier sondage Ipsos du 18 mars :

Valérie Pécresse 2636  (10,5%)

Emmanuel Macron 2098 (29%)

Anne Hidalgo 1440 (2,5%)

Jean-Luc Mélenchon 906 (12%)

Eric Zemmour 741 (13%)

Yannick Jadot 712 (7%)

Jean Lassalle 642 (2%)

Fabien Roussel 626 (4%)

Marine Le Pen 622 (16%)

Nicolas Dupont-Aignan 600

Philippe Poutou 596 (1,5%)

Nathalie Arthaud 576 (0,5%)

Cette liste appelle quelques commentaires, dont le premier est incontestable : il n’y a aucun lien entre le nombre de parrainages obtenus par les candidats et les voix que leur prédit ce sondage. On voit en outre que ceux qui allaient criant qu’ils craignaient  ne pas avoir leur 500 signatures (Mélenchon, Zemmour, Le Pen, Poutou) soit se foutaient de nous soit ont profité de la charité faite par certains élus à l’appel du maire de Pau, François Bayrou. Enfin, on peut se demander à quoi sert de gaspiller de l’argent, le temps des militants, l’attention des media parfois et en tout cas du temps d’antenne, alors qu’on sait ne pas pouvoir dépasser 2% des voix.

Mais, je le répète, on aimerait dans beaucoup de pays avoir beaucoup de candidats  (mais peut-être pas autant…)

Tout ceci n’est qu’une mise en bouche. Dans les semaines qui suivent et jusqu’au premier tout, je ferai ici quelques portraits de candidats, au gré de mes inspirations. A suivre, donc.


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fleche9 mars 2022: Pour rire un peu

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"Lorsque vous recevez tous les jours des appels vous expliquant que l'on souhaite bombarder votre lieu de travail ou bien casser des vitrines, cela joue sur votre moral. Ces appels stressent nos équipes et les empêchent de travailler sereinement". Ces mots viennent du directeur d’un restaurant parisien, qui reçoit quotidiennement des appels téléphoniques menaçants. Mais pourquoi ces menaces ?

Ceux qui sont allés au Québec connaissent sans doute ce que je considère comme une insulte à la gastronomie et que d’autres présentent comme un phare de la gastronomie québécoise. La recette en est simple : des frites sur lesquelles on met une sorte de fromage râpé  et une épaisse sauce brune chaude. C’est lourd comme une mauvaise plaisanterie, une agression pour l’estomac. Ca se vend en général dans les rues, street food, ou fast food, je dirais plutôt shit food ou néfaste food, et c’est donc arrivé à Paris. Je devine vos interrogations : pourquoi menacer un restaurant qui vend un plat québécois ? Par nationalisme ? Vous n’y êtes pas. Ce « plat » s’appelle la poutine, mot dont l’origine est discutée : déformation de pudding ou mot québécois signifiant « bazar ».

Ce qui compte c’est que le restaurant parisien s’appelle La maison de la poutine. Plaisantins ou défenseurs de l’Ukraine, certains y ont vu une allusion au dictateur russe Vladimir Poutine. D’où leurs réactions. D’autres auraient pu s’offusquer du fait que l’on considère Poutine comme une femme.

A propos, puisque je viens de parler de l’étymologie de la « poutine », arrêtons-nous sur le prénom de Poutine, Vladimir, en russe владимир. Il se décompose en влади, « maître » et мир. On trouve par exemple le même влади dans le nom d’un port russe, Vladivostok, « qui domine l’Est », ou « l’Orient ». Et мир ? C’est là où commencent les difficultés, ou la plaisanterie. Ce mot a en russe deux sens, « paix » et « monde ». Vladimir est donc le maître du monde, ou le maître de la paix. Dans les circonstances actuelles, c’est assez marrant, non ?

Pour finir, revenons au restaurant, La maison de la poutine. Il vient de préciser dans un tweet que son nom n’avait aucun lien avec le nom du président russe, en ajoutant un émoji représentant un cœur en y ajoutant le drapeau ukrainien.

Tout est bien qui finit bien…

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fleche7 mars 2022: Informations mensongères

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Vendredi dernier la Douma (chambre basse du parlement russe) a voté à l’unanimité une loi prévoyant jusqu’à quinze ans de prison pour la diffusion d’ « informations mensongères » concernant la guerre d’Ukraine et l’armée russe, loi que Poutine a immédiatement signée et qui est entrée en vigueur le lendemain. La loi s’applique à tous les media russes et à tous les particuliers, ainsi qu’aux journalistes étrangers. Dans la foulée Facebook a été bloqué, et l’accès à Twitter limité.

Enfin ! Nous vivons sous le règne des « fake news » et aucun Etat n’a jusqu’ici réagi. La démocratie russe a, elle, pris la seule décision qui s’imposait : halte aux « informations mensongères ». Dorénavant les citoyens russes, les veinards, n’auront accès qu’à la vérité. La vérité ! J’écrivais ici il y a quelques mois que la vérité était le mensonge qui nous convenait le mieux. Les citoyens russes n’auront donc accès qu’aux mensonges qui conviennent le mieux à Poutine.

Nous vivons une époque moderne !


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fleche2 mars 2022: Province, Xinjiang, Ukraine

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 En latin,  provincia était un terme juridique, désignant le domaine dans lequel s’exerçait légalement la charge d’un magistrat, ou le territoire gouverné par un proconsul. Plus largement il désignera un territoire conquis, et Provincia avec une majuscule désignait la Provence, première conquête de la Gaule transalpine. Le mot ne sera emprunté en français que tardivement, vers le XV° siècle, d’abord avec le sens de circonscription d’un évêque. Puis il prendra un sens féodal, connotant la centralisation royale et désignant ce qui n’est pas la capitale, ce qui en dépend.  Cet éloignement de la capitale lui donnera ensuite un sens péjoratif (voir les connotations de l’adjectif provincial), ce qui mènera d’ailleurs au fait qu’on préfère aujourd’hui parler de régions et non plus de provinces.

Changeons de pays. En Chine, beaucoup de région portent dans leur nom une indication géographique (comme d’ailleurs en français le Nord, le Sud-Est, etc.) : Le Hebei, 河 北, « au nord du Fleuve Jaune », le Henan, 河 南, « au sud du lac », le Shandong, 山 東, « à l’est de la montagne », le Shanxi, 山 西, « à l’ouest de la montagne », le Jiangxi, 江 西, « à l’ouest du fleuve », le Yunnan, 云 南, « au sud des nuages », etc. Les choses deviennent plus intéressantes lorsque ces appellations ont également une connotation impériale, rappelant une époque de conquêtes. Ainsi le Guangdong 廣 東, dont le nom originel, 廣 南東路, signifiait « région orientale d’expansion vers le sud ». Le cas du Tibet,  西 藏, « trésor de l’ouest », est également significatif. La plupart des grands fleuves d’Asie y prennent leur source : l’Indus, le Mékong, et pour ce qui concerne la Chine le Fleuve Jaune et le Yang-tsé. Autrement dit, contrôler le Tibet c’est contrôler l’eau… Tout cela pour en venir au Xinjiang, conquis par l’empire Qing au milieu du 18ème siècle et dont le nom, 新 疆, signifie « nouvelle frontière »  ou « nouveau territoire ». Territoire conquis, donc, ou annexé…

Reste l'Ukraine, dont le nom russe, украинка,  est forgé sur une racine slave, край, désignant la limite, la province, la frontière.

Je vous laisse tirer les conclusion de tout cela...


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Février 2022


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fleche27 février 2022: Ukraine, bis

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Après le texte de Patrick Sériot, voici une lettre ouverte de Raphaël Glucksmann

« C’est peut-être la dernière fois que vous me voyez vivant »

Ces mots sont ceux de Volodymyr Zelensky, le Président ukrainien, aux dirigeants européens réunis en conseil extraordinaire. Implorant notre aide et des sanctions bien plus fortes contre la Russie, il a ensuite tenu un discours bouleversant à son peuple. 

Nous paierons très cher l’abandon de la démocratie ukrainienne. Chaque dirigeant européen, allemand et italien en tête, qui cherche à édulcorer les sanctions ou refuse d’aider la résistance ukrainienne aura à répondre devant l’Histoire de son attitude dans ces heures décisives.

Pourquoi il faut arrêter Poutine en Ukraine?

Pour sauver la démocratie ukrainienne et protéger les ukrainiens. D’abord et avant tout. Mais pas seulement. 

Pour défendre la sécurité européenne et éviter les guerres suivantes. Si Poutine paie un prix trop bas, l’Ukraine n’aura été qu’une étape.

Les services de sécurité en Europe travaillent déjà sur les suites possibles: Interventions russes en République Serbe de Bosnie ou opérations menées sur le territoire de l’OTAN (via des manipulations en Lettonie par exemple).

La paix et la sécurité de notre continent à long terme se jouent maintenant.

Voilà pourquoi les sanctions doivent être bien plus massives. Voilà pourquoi il faut immédiatement exclure la Russie du système bancaire international SWIFT malgré l’opposition honteuse de l’Italie et de l’Allemagne au Conseil européen. 

Voilà pourquoi il faut saisir les biens et les comptes en banque des oligarques russes partout en Europe.

Voilà pourquoi il faut aider les Ukrainiens à se défendre sur le terrain en leur fournissant les équipements qu’ils demandent. 

Voilà pourquoi toute faiblesse, dans ces heures tragiques, est criminelle.

Nous le devons à un peuple dont le seul crime est de vouloir vivre libre ET nous le devons à nous-mêmes. Il en va de la survie d’une nation. 

ET de notre avenir à toutes et tous en Europe.


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fleche26 février 2022: Ukraine

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Ci-dessous un article publié dans le quotidien genevois Le temps  par Patrick Sériot, linguiste spécialiste des langues slaves.

La logique des mots

Que vient faire la langue dans la géopolitique ? Comprendre la vision du monde de V. Poutine suppose qu’on s’intéresse de près à cette question, qui attire peu l’attention en Europe occidentale, à l’exception de la Catalogne. 

Le russe et l’ukrainien sont des langues différentes mais proches, comme sont proches l’espagnol et l’italien, mais moins que le tchèque et le slovaque, langues officielles de deux États différents, moins encore que le serbe et le croate, pratiquement identiques.

Après des siècles d’interdiction et de répression de la langue ukrainienne dans la Russie tsariste, puis de russification des normes de l’ukrainien sous Staline, l’immense majorité des citoyens ukrainiens sont bilingues, ou du moins comprennent parfaitement l’autre langue. Beaucoup d’entre eux parlent un mélange des deux langues, appelé le surzhyk, ou passent d’une langue à l’autre en fonction des interlocuteurs ou de la situation. Il est donc impossible de faire des statistiques fiables sur la répartition des langues, même si la question de la langue fait partie des recensements de population. Le gouvernement ukrainien a peut-être été maladroit d’imposer l’ukrainien comme seule langue officielle et de transformer le russe en langue étrangère au même titre que l’anglais, ce qui a profité à la démagogie poutinienne qui a argumenté sur la «répression» dont seraient victimes les «Russes» en Ukraine. Or «les Russes» en Ukraine ne sont pas «des Russes». Une nuance sémantique fondamentale doit être prise en compte : en Europe orientale certains pays font une différence entre «nationalité» et «citoyenneté». La citoyenneté est l’appartenance à un État (définition politique, non essentielle), la nationalité est une identité ethnique (essentielle, inaliénable). La nationalité se définit, entre autres, par la langue. Sur les papiers d’identité soviétiques était inscrite la «nationalité» : russe, ouzbèque, lettone, juive, ukrainienne… En 1975 A. Solzhenitsyne a été privé de sa citoyenneté soviétique, mais les sbires du KGB n’auraient jamais eu l’idée de le priver de sa nationalité russe, idée dénuée de sens. Cette double appartenance subsiste dans la Russie post-soviétique (même si elle n’est plus mentionnée sur les papiers d’identité), mais pas en Ukraine, où tous les citoyens sont ukrainiens au même titre que ceux dont la langue maternelle est le hongrois ou le roumain. 

Dans cette logique du point de vue russe, les Suisses romands, parce qu’ils sont francophones, sont des citoyens helvétiques de nationalité française, qui rêveraient de réintégrer un jour la mère-patrie, comme les Tessinois des citoyens helvétiques de nationalité italienne, injustement séparés de la mère-patrie, logique irrédentiste. A l’inverse, les Bretons, les Basques et les Alsaciens sont, toujours de ce point de vue, des citoyens français, de nationalité bretonne, basque ou alsacienne.

Cette définition de l’identité, ou appartenance d’un individu à un groupe remonte à l’opposition entre la définition française jacobine, politique, de la nation, et la définition allemande, romantique, culturelle, d’où la différence entre Gemeinschaft (essentielle, naturelle) et Gesellschaft (superficielle, non essentielle) (un thème récurrent de l’idéologie völkisch au début du XXe siècle).

Toute comparaison doit être maniée avec précaution, mais une s’impose : en 1938 pour Hitler les citoyens tchécoslovaques de langue allemande étaient «des Allemands», dont le territoire (les Sudètes) devait revenir dans le giron de la nation. Pour Poutine, les citoyens ukrainiens de langue maternelle (ou principale) russe sont «des Russes» avant d’être des citoyens ukrainiens. Il est donc logique, dans cette idéologie déterministe, que le territoire où ils sont en majorité revienne à la mère-patrie, dont ils n’auraient jamais dû être séparés. Mais cette logique a un prix : le mépris total de tout choix démocratique, de toute auto-détermination, puisque, dans ces conditions, l’individu n’existe pas en dehors du groupe auquel il est censé appartenir : la «nation» au sens ethnique. 

Le discours de Poutine n’est pas raciste (au sens biologique), mais ethniciste. Or, au final, la différence n’est pas grande, puisque pour lui la démocratie n’est qu’une faiblesse décadente, un facteur de division, et que seul compte le déterminisme ethnique. Chauvinisme, xénophobie et mépris du droit en sont l’expression la plus manifeste.

Quant Poutine prétend défendre ce qu’il appelle «nos concitoyens» ou «nos compatriotes» opprimés en Ukraine, il est indispensable de décoder ces mots démagogiques dont le sens premier a été détourné. Considérer que l’appartenance ethnique prime sur l’appartenance citoyenne est une idéologie politique dangereuse, qui repose sur l’idée de pseudo-naturalisme, à savoir que tout russophone, quelle que soit sa citoyenneté, est en même temps redevable de son être profond à l’État russe.

La Lettonie (membre de l’UE), où réside une importante minorité russophone, sera-t-elle la prochaine cible de la reconstitution de l’Empire soviétique ? La fragile Moldavie, presque bilingue, n’est-elle pas encore plus en danger ?

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fleche25 février 2022: Lapsus

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Il y avait dans le numéro de Libération de mercredi une longue enquête sur les conditions dans lesquelles s’est tenu le choix de la candidate du parti républicain à l’élection présidentielle. Inscriptions en masse de nouveaux adhérents, dont certains ne parlaient pas français, ne savaient pas pour dit ils avaient voté ou disant nettement qu’on avait voté pour eux, d’autres étaient morts depuis plusieurs années, et dans d’autre cas encore on trouvait sur les listes plusieurs personnes ayant la même adresse et surtout le même numéro de téléphone (les électeurs devaient recevoir pour voter un code par SMS). Il y avait même un petit malin qui avait inscrit son chien sur la liste électorale, sans doute pour s'amuser…

Bien sûr le PR a nié, accusant le journal de mauvaise foi ou de partialité, affirmant qu’il était impossible de truquer ainsi le scrutin, etc. Mais mon problème n’est pas là. La principale intéressée, Valérie Pécresse, a passé la journée à démentir sur tous les media. Et elle a fermement affirmé sur BFMTV : « Il y a moins de gens qui étaient inscrits que de gens qui ont pu voter ». Comme il est peu probable qu’elle ait voulu vendre la mèche en dénonçant un truquage, elle a sans doute voulu dire exactement le contraire. Mais tout de même, dans le genre lapsus, on fait rarement mieux !

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fleche19 février 2022: A la soupe

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Après l’élection présidentielle de 2007, Ségolène Royal a longtemps essayé de faire fructifier son score du deuxième tour (près de 47% des suffrages), argumentant qu’elle « pesait » plus de 16 millions de voix. Par la suite elle a tenté de se placer un peu partout. En 2008 elle postule à la direction du Parti Socialiste mais sera battue sur le fil par Martine Aubry. En 2012 elle est battue aux élection législative en Charente-Maritime, en partie à cause d’une intervention peu élégante de Valérie Trierweiler. Elle sera ministre des gouvernements Valls et Cazeneuve puis candidate, mais en vain, à un poste au PNUD. Une fois Macron élu président, elle se rapproche de lui, espérant sans doute un poste ministériel.  Un temps « ambassadrice aux pôles », elle tente en 2018 d’être sur la liste Europe Ecologie Les Verts pour les élections européennes, mais sera refusée par ce parti. Puis, en 2021, elle essaie de se faire élire sénatrice des français à l’étranger. Encore un échec. Et voici qu’elle vient de déclarer que pour l’élection présidentielle de 2020, le vote pour Mélenchon était le seul utile pour la gauche.

Tout cela donne un peu le tournis. PS, EELV, Macron, Mélenchon, il est difficile de trouver une cohérence à ces fluctuations (ou à ces caprices ?). Ce parcours erratique, ces grands écarts, outre qu’ils doivent être douloureux pour les muscles abducteurs (ouille !!!), ne sont guère à son honneur, ni à celui de la vie politique de façon générale. Et l’on comprend parfois le désintérêt croissant d’une partie de la population pour la vie politique.

Nous assistons depuis quelques semaines à toute une série de reniements, de passages du Rassemblement National ou du Parti Républicain vers Eric Zemmour. Cela s’appelle « aller à la soupe », même s’il y a sans doute derrière ces ralliements une façon de préparer l’après présidentielle. Mais, Mélenchon n‘ayant aucune chance d’être élu, on se demande ce que cherche Royal. Se venger du PS ? Se venger d’Aubry à travers Hidalgo ? Chercher un siège aux prochaines législatives ? Bref elle va à la soupe, mais elle a peut-être choisi la mauvais gargote. La soupe risque en effet d’être froide, ou trop salée, ou à la grimace. Ce qui est sûr c’est qu’à bientôt soixante-dix ans, énarque, ancienne juge au tribunal administratif de Paris, ancienne avocate, ancienne députée, ancienne présidente de conseil régional, ancienne ministre, elle ne risque pas d’aller à la soupe populaire. Nous sommes rassurés pour elle.


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fleche14 février 2022: Cercle vicieux

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Depuis une soixantaine d’années, en gros depuis la déstalinisation et la perte du modèle soviétique, la gauche française semble avoir toujours cherché ses modèles à l’étranger. Ce fut l’Italie du PCI, Cuba, Castro et Guevara, la Chine de Mao, voire même pour certains l’Albanie. Le dernier avatar de cette attraction vers le socialisme exotique fut Mélenchon qui, en 2017, se proposait (au chapitre 62 de son programme présidentiel) de faire adhérer la Guyane, la Martinique et la Guadeloupe à l’Alba (Alliance Bolivarienne pour les Amériques) crée par Chavez… Sans idées endogènes, cette gauche cherchait désespérément son inspiration ailleurs.

Puis des gens (je ne sais plus s’il faut dire « de gauche », ou « communautaristes », ou autre chose) ont commencé à importer des modèles nord-américains qu’il faudrait évaluer épistémologiquement mais qui alimentent les communautarismes: décolonialisme, « gender studies », etc. Et voici que la dernière importation nous vient du Canada : « liberty convoy », c’est-à-dire des convois de camions bloquant Ottawa ou le pont Ambassador reliant le Canada aux USA. Le mot « liberté » a connu du même coup une évolution sémantique originale, prenant chez les antivax le sens d’égoïsme social. Mais les convois de voitures qui ont tenté de pénétrer dans Paris et tentent aujourd’hui de pénétrer dans Bruxelles sont plus composites. D’un côté les antivax donc, eux-mêmes extrêmement variés (naturopathes, complotistes, adeptes des médecines douces ou pratiquant une délire pseudo-scientifique), de l’autre des gens protestant contre la hausse des prix, en particulier celle des carburants.

Et c’est ici que, si l’on cherche une solution, on se trouve face à une série de cercle vicieux. Prenons l’exemple du prix de l’essence, alourdi par des taxes qui constituent un impôt injuste puisque payé de la même façon par les riches et par les pauvres. Mais la suppression de ces taxes serait une façon de pousser à la consommation d’essence et irait contre la volonté affirmée par tous de réduire les émissions de CO2.  Un autre exemple : les producteurs d’œufs réclament une augmentation de 2 à 5 centimes (selon qu’il s’agit d’œufs bio on non) et ils ont des arguments recevables. Mais, du même coup, s’ils obtenaient satisfaction, cela participerait à l’augmentation du coût de la vie. Dernier exemple, celui du nucléaire, dangereux comme on sait en cas d’accident, mais source d’énergie plus sûre et moins polluante que le gaz ou le pétrole, et plus efficace pour l’instant que les panneaux solaires ou les éoliennes. Comment le discours écologique peut-il sortir de ce cercle vicieux ?

Bref nous assistons à l’émergence conjointe de revendications de type communautariste (chacun avançant son propre problème, sans aucun recul) et d’une vacuité de la pensée politique, incapable de proposer des solutions globales de progrès. Cercle vieux donc. Et on sait que plus on caresse un cercle vicieux et plus il devient vicieux.


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fleche13 février 2022: O.T.A.N

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En octobre dernier, l’hebdomadaire britannique The Economist consacrait un article à la « passion » française pour les sigles, que l’on trouve partout : dans les trains (TGV, RER, SNCF), dans le nom des partis politiques ou des syndicats, dans la finances, etc. Et il terminait en disant que seule la gastronomie échappait à cette mode : la blanquette de veau n’est pas devenue BDV ni le confit de canard CDC.

Cela m’a rappelé  un passage d’un livre d’Hébert Marcuse, L’homme unidimensionnel, qui m’avait frappé lorsque je l’ai lu, au début des années 1960, et qui explique peut-être que j’ai fait ma première thèse sur le système de sigles. Il se demandait s’il n’y avait pas dans les sigles « une ruse de la raison », la siglaison permettant d’opacifier derrière des initiales le sens d’une suite de mots. Ainsi il signalait que dans URSS il y avait « Socialiste » et « Soviet », que dans DDR il y avait « Démocratique », alors que ces pays n’étaient ni socialistes ni démocratiques. Et il écrivait « le sens est fixé, truqué, alourdi…. Une fois devenu vocable officiel…il a perdu tout valeur cognitive ».

Mais surtout il prenait l’exemple d’OTAN (NATO en anglais), dans lequel on ne voyait plus « Atlantique Nord », ce qui empêchait de se demander ce qu’y faisaient des pays méditerranéens comme la Grèce et la Turquie. Bien sûr, Marcuse ne pouvait pas savoir que des pays comme l’Espagne, la Roumanie, la Hongrie, la Bulgarie, la Slovénie, l’Albanie, la Croatie, la Macédoine allaient rejoindre l’OTAN, et que nous sommes très loin de cet Atlantique Nord que la siglaison nous fait oublier. En outre, la disparition des points (OTAN et non plus O.T.A.N.)  transforme les sigles en mots à part entière. On parle par exemple de l'Unesco sans pouvoir décomposer ces lettres en organisation des nationas unies pour l'éducation, la science et la culture, sans parfois même savoir qu'il s'agit d'un sigle. Bien sûr, ces sigles constituent une économie. SFIO par exemple est plus bref que section française de l’internationale ouvrières, CGT remplace avantageusement les onze syllabes de confédération générale du travail, mais en même temps  ils sont effectivement des tueurs de valeur cognitive, et SDF fait oublier que ces trois initiales cachent des sans domicile fixe.

Reste que si Poutine ou ses conseillers avaient un minimum de culture, ils trouveraient là une forme d’argument : que l’OTAN reste donc dans l’Atlantique Nord, comme le dit son nom. Mais la culture n’est pas la caractéristique dominante du dictateur russe, qui préfère le langage de la violence et la menace des armes…

 

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fleche8 février 2022: anti-Thomas

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Tout le monde a noté le lapsus de Zemmour, déclarant le 2 février « Moi je vois ce que je crois ». On pense immédiatement à l’apôtre Thomas, symbole de l’incrédulité puisque, selon l’évangile de Jean, il n’aurait pas cru à la résurrection du Christ avant de voir sur ses mains les traces des clous de la crucifixion. « Je ne crois que ce que je vois », donc. Inversant la formule, Zemmour a certes fait un lapsus, mais un lapsus qu’il faut soupeser et qui le dépasse largement.

Voir ce que l’on croit, c’est chercher dans les données ce qui confirme nos croyances, notre idéologie, c’est choisir, faire le tri, pour ne retenir que ce qui nous arrange. Dans le domaine scientifique, on a parfois parlé de « principe de la cafétéria ». De la même façon que dans une cafétéria on met sur son plateau les plats que l’on veut pour constituer son menu, certains retiennent ce qui arrange leur théorie et sont aveugles à ce qui la contredit. C’est par exemple le cas du linguiste Chomsky qui utilisait systématiquement des exemples improbables, des phrases un peu fabriquées, pour illustrer les analyses qu’il plaquait sur les langues.

Ces « anti-Thomas » sont d’ailleurs assez nombreux et parasitent parfois les sciences sociales, subordonnant la recherche scientifique à leurs choix idéologiques ou politiques. Et cela crée parfois des situations assez cocasses. Je n’en donnerai qu’un exemple récent, celui d’une personne (dont je tairai le nom : on ne tire pas sur les ambulances) qui, défendant l’écriture inclusive dans une tribune du Monde expliquait doctement que ne pas l’appliquer impliquait que l’on jette des millions de cartes d’identité sur lesquelles on lisait « né(e) le »… L’ennui était que sur les nouvelles cartes d’identité (souvent critiquées d’ailleurs, parce que bilingues) on lit « date de naissance ». S’il existait un prix « anti-Thomas », cette personne le mériterait…



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Janvier 2022




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fleche30  janvier 2022 : Le chiffre du jour

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Il fut un temps, au 17ème siècle,  où les chanteurs du Pont-Neuf se faisaient l’écho de tous les potins visant le pouvoir, en particulier Mazarin. Tout au long du 20ème siècle,  les mégaphones des meetings, les slogans, les pancartes jouèrent ce rôle. Aujourd’hui il est rempli par les réseaux sociaux. Lieux de liberté, de foisonnement d’informations, de bouillonnement d’opinions disent certains.

Or un récent rapport de l’ONG américaines Center for Countering Digital Hate nous donne une autre image de ce «bouillonnement d’opinions ». On y apprend qu’aux USA  12 personnes sont à l’origine, essentiellement  sur Facebook et Twitter, de 65% des fausses informations sur le Covid 19 et les vaccins. Leurs noms sont connus, vous les trouverez aisément sur Internet, et je n’en citerai qu’un. Celui de Robert Kennedy Jr., le neveu de John Kennedy. Il avait minimisé l'impact du virus sur la mortalité tout en prétendant que les mesures de confinement avaient été mises en place afin d'installer la 5G pour que Bill Gates, Zuckerberg, Bezos et d'autres milliardaires puissent surveiller et collecter nos données….

Ces  12 comptes sont suivis par 59 millions de personnes. Vous m’avez bien lu : douze désinformateurs de la sphère antivaccin américaine influencent 59 millions de « followers ». J’ai titré ce billet « le chiffre du jour », mais ce chiffre risquerait bien de croître en importance et en longévité pour devenir le chiffre de la décennie, voire du siècle, avec à terme deux ou trois influenceurs qui seraient suivis par des milliards de personnes. Eh oui, nous vivons une époque moderne.


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fleche24  janvier 2022 : Politique affective... ou hystérique?

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« Je hais Macron », « Je déteste Mélenchon », « J’adore Le Pen », « Je déteste Blanquer », « J’aime Mélenchon », « Je vomis Zemmour », « J’aime bien Taubira », « Je trouve Rousel sympa », "J'admire Mélenchon", etc.  Depuis quelques semaines, en écoutant les gens (et j’aime bien « les gens », même si cette notion est floue ), je n’entends que des déclarations de ce type. La politique ? Personne n’en parle vraiment.  Ou du moins la politique a pris des allures affectives. Le mouvement des « gilets jaunes » en a été une préfiguration : inaudible sur le plan politique, détruisant immédiatement tous ceux qui tentaient de le représenter, il inaugurait l’ère des coups de gueule, voire des coups. L’héritier immédiat de ces « gilets jaunes » est sans doute aujourd’hui l’ensemble flou constitué aujourd’hui par les « antivax ». Même absence d’arguments politiques ou théoriques, même tendance à l’injure ou à la violence. Et l’on risque de passer de cette politique affective à une politique hystérique.

Nous pouvons espérer, du côté des candidats un retour vers des arguments politiques novateurs, mais nous risquons d’être déçu. Pour l’instant nous assistons simplement à un bal des egos. Cela nous prépare une campagne électorale inédite. Nous vivons une époque moderne…

 


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