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 fleche24 février 2020 : Terreur graphique

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Suites de l’affaire Griveaux sans doute, dans Libération  de samedi une courte BD (signée « Terreur graphique ») montrant un homme grisonnant et une jeune blonde dans une étreinte passionnée. Ils se jettent sur le lit, sont prêts à passer à l’acte quand l’homme calme le jeu en expliquant qu’il préfère qu’on éteigne les portables. La suite du dialogue mérite qu’on la cite :

-« J’ai pas trop envie de me retrouver cul nul et la bite à l’air sur les internets »

-« La confiance règne »

-« Me faire mater et kompromater, très peu pour moi… et encore moins me faire revenge porner »

-« OK, c’est ça boomer ».

Ce que j’ai mis en gras relève d’une sorte de photographie sociolinguistique. On y trouve d’une part des éléments du langage « jeune » actuel (les internets, OK boomer) et d’autre part une tendance forte dans le français actuel à n’inventer que des verbes du premier groupe, ici à partir d’un mot russe (kompromat) ou d’une formule anglaise (revenge porn), ailleurs à partir de racine arabes (kiffer, chouffer) et de façon générale dans tous les néologismes verbaux.

Bon, je ne vais pas vous faire un cours de linguistique, mais c’est l’occasion de rendre hommage à Claide Brétécher, disparue il y a deux semaines, et qui, dans ses albums (Cellulite, Les frustrés, etc.) savait capter l’air du temps dans la langue. D’un certain point de vue, Terreur graphique (quel nom !) en est un digne successeur.

 

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fleche19 février  2020 : Promotion...

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Pour ceux qui n’ont pas lu mon livre Méditerranée, mer de nos langues, il vient de sortir en format de poche, toujours à CNRS éditions, à un prix abordable.

Par ailleurs je donne demain jeudi 19 h 30, à  Mundolingua, 10 rue Servandoni, 75006, une conférence sur le thème de "Autour de la méthode Assimil". Pour les Parisiens qui seraient libres et, bien sûr, intéressés.

 

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fleche16 février  2020 : Club des idiots

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On a dit sur l’affaire Griveaux tout ce qu’il y avait à dire et tout ce qu’il est politiquement correct de dire. Que cette histoire est scandaleuse, dégueulasse, que mettre sur la scène publique la vie privée des gens est intolérable, que c’est une atteinte au droit et aux droits de l’homme, à la démocratie, etc. etc. Donc les gens qui ont semble-t-il piégé Griveaux (la jeune femme à laquelle il adressait ses images de branlette aurait aux dernières nouvelles joué avec lui et avec son démon de midi)  sont passibles de la loi et seront sans doute condamnés.

 

Plus largement, les réseaux sociaux sont une véritable merde, et les adolescents (et surtout les adolescentes, semble-t-il) qui s’étonnent de voir diffusées un peu partout les photos qu’ils ont mises sur Facebook sont bien naïfs. Les adultes aussi d’ailleurs, incapables de lutter contre leur ego et se livrent à une sorte de striptease psychologique en mettant en scène leurs photos de vacances, celles de leurs gosses, de leur chat, de leur chien ou de leur perroquet, toutes choses qui n’intéressent personne mais les excitent tout simplement.

 

Reste que Griveaux est un idiot. Il n’est pas grivois, il est con. Tout le monde sait qu’il est impossible aujourd’hui d’échapper aux photos, aux selfies, aux enregistrement de tous genres, qu’ils soient ou non malveillants. Et il le savait si bien qu’il a utilisé je ne sais quelle application faisant que ses images d’érection ou d’éjaculation devaient disparaître  sitôt avoir été vues (je ne suis pas de ses confidents et me fonde simplement ce que l’on peut lire dans la presse). Mais voilà, on trouve toujours plus malin que soi. Et lorsqu’on prétend être un homme politique, qu’on prétend à de hautes fonctions, en bref à être responsable, on fait gaffe à ce type d’irresponsabilités. Je sais, ce que j’écris là n’est pas politiquement correct, et l’on devrait se contenter de dénoncer les méchants qui ont fait le coup. Mais lorsque la victime est aussi bête, il est difficile de ne pas le souligner.

 

Tenez, je vais passer à presque autre chose. Il y a sur certains téléphones portables une application mesurant le nombre de pas que vous avez fait dans la journée, la distance que vous avez parcourue, et même le nombre d’étages que vous avez gravis. Et des gens (j’en connais beaucoup) la consultent régulièrement. Les mêmes sans doute que ceux qui sont tombés dans l’opération publicitaire des maraîchers affirmant qu’ils fallait consommer cinq fruits et cinq légumes par jour. Ils pensent (et je ne sais pas où ils ont trouvé ça) et disent qu’il faut faire au moins 5.000 (certains disent 10.000) pas par jour, ce qui doit plaire aux marchands de chaussures. Mais il y a un petit problème. Les mêmes téléphones portables sont munis d’un GPS. Du coup, certains petits malins doués en informatiques peuvent aisément savoir en hackant votre portable où vous êtes allés dans la journée, à quelle heure, et même à quel étage vous êtes montés. Mesdames ou messieurs, si vous allez voir votre amant ou votre maîtresse et ne voulez pas que cela se sache, laissez donc votre portable au vestiaire, surtout si vous êtres candidats à je ne sais quelle fonction. Ou alors, fondez un club des idiots, et demandez à Griveaux s’il veut en être le président d’honneur.

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fleche14 février  2020 : Surenchères compassionnelles

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Il y a une semaine les députés de la majorité rejetaient une proposition de loi visant à étendre de 5 à 12 jours le congé accordé à des parents venant de perdre un enfant. Scandale, assaut de déclarations apitoyées de la part de l’opposition, le président de la république en appelle à plus d’humanité et les mêmes députés de la majorité, sans crainte du ridicule, tournent leurs vestes et proposent de porter ce congé à trois semaines. C’est ce qu’on appelle de la surenchère compassionnelle…

 

Le 5 mai 1992, lors de la demi-finale de la coupe de France de football, une tribune du stade de Furiani, en Corse, s’écroulait. Bilan, 18 morts et plus de 2.000 blessés. En fait les travaux avaient été terminés le matin même, en accéléré, sans réel souci de sécurité, et treize personnes furent inculpées… Et voilà qu’un député corse, Michel Castellani, propose hier qu’en hommage à ces victimes aucun match de football professionnel ne puisse désormais être joué un 5 mai. Adopté à la quasi-unanimité en première lecture.

 

Cette décision laisse rêveur. Le 7 janvier 2015 12 personnes étaient assassinées lors de l’attentat à Charlie Hebdo. Le 13 novembre de la même année, c’est la salle de spectacle du Bataclan qui était victime d’un attentat : 129 morts. Pour montrer leur humanité, les dépits ne devraient-ils pas  interdire désormais les réunions de comité de rédaction tous les 7 janvier, et les spectacles tous le 13 novembre ?  Et pourquoi pas interdire les feux de cheminée tous les 30 mai ? Jeanne d’Arc a en effet était brûlée le 30 mai 1431. Et interdire aussi les réunions religieuses tous les 24 août ? Le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, les protestants étaient massacrés. Je pourrais bien sûr allonger cette liste à l’envi et nous pourrions avoir une commémoration chaque jour de l’année, et pourquoi pas des congés, ce qui serait une façon habile de régler le problème du temps de travail. Mais fermons le ban.

 

Tout cela relève du n’importe quoi.  Je ne sais pas quelles étaient les motivations du député corse qui a fait cette proposition d’interdire les matches de foot le 5 mai de chaque année, mais je suis persuadé que ses collègues ont eu peur, en ne la votant pas, d’être accusés de manque de compassion envers les victimes de Furiani. Face à une telle inhibition, on ne peut que leur conseiller une bonne psychanalyse… ou de faire un autre métier.

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fleche7 février  2020 : Souvenir

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La mort de Kirk Douglas, à l’âge de 103 ans, a réveillé dans le dortoir de ma mémoire un souvenir amusant. C’était en janvier 1989, Bernard Pivot recevait l’acteur américain, qui avait alors 73 ans,  dans son émission Apostrophe, pour parler de ses mémoires qui venaient de sortir en français sous le titre Le fils du chiffonnier. El l’émission était consacrée au « stars ». Pivot avait d’ailleurs commencé par une étrange remarque, soulignant que star était l’anagramme de tsar, peut-être parce que la famille de Douglas était originaire de Biélorussie. Mais qu’importe. Mon souvenir est ailleurs : Il avait un autre invité le publiciste Jacques Séguéla. Séguéla  n’avait pas encore développé sa théorie de la montre Rolex pour courir au secours de Sarkozy qui exhibait ostensiblement la sienne (vous savez : «celui qui a 50 ans ne peut pas se payer une Rolex a a raté sa vue »), mais il avait une théorie sur les stars. En cours d’émission, il prit bien sûr en exemple l’acteur américain pour expliquer qu’il n’était pas une star. Et Kirk Douglas, qui parlait parfaitement le français, avec un fort accent américain, lança alors : « Mais qui a décidé que vous pouvez décider de qui est une star ? » Et comme Séguéla insistait, Douglas poursuivit en disant quelque chose comme: «Je ne regrette pas d’avoir fait tous ces kilomètres en avion, à mon retour à Hollywood je pourrais leur dire ce qu’est une star». Et en conclusion il ajouta que le ridicule ne tuait pas assez.

Séguéla, ridiculisé en direct, n’en a pas pour autant disparu de l’espace public, c’est le moins qu’on puisse dire. Après avoir participé en 1981 à la campagne de François Mitterrand, il fit celles de Paul Biya au Cameroun, d’Omar Bongo au Gabon, soutint en 2007 la candidature de Ségolène Royal avant d’annoncer entre les deux tours qu’il voterait pour Sarkozy. Mais il n’a jamais avancé de théorie pour définir ce qu’était une girouette.

 

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fleche4 février  2020: Merde à Dieu !

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Mon absence dont je parlais avant-hier, pourtant courte, m’avait fait rater autre chose : « l’affaire Mila ». Un lycéenne est vilipendée, menacée de tous les maux, y compris de mort, pour avoir dit sur Instagram du mal de la religion musulmane. Je n’ai pas réussi à trouver ses déclarations et ne dispose donc que de citations : « Je déteste la religion, […] le Coran il n'y a que de la haine là-dedans, l'islam c'est de la merde. […] J'ai dit ce que j'en pensais, vous n'allez pas me le faire regretter. Il y a encore des gens qui vont s'exciter, j'en ai clairement rien à foutre, je dis ce que je veux, ce que je pense. Votre religion, c'est de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci, au revoir ».

Depuis, même si le Brexit et le coronavirus prennent beaucoup de place dans le bal des informations, tout le monde parle de ça et l’on demande aux politique si, comme on disait en janvier 2015 « être Charlie », ils « sont Mila ». Les réactions sont diverses. Du côté des responsables musulmans, on critique les menaces dont la jeune fille a fait l’objet. Sauf Abdallah Zekri, secrétaire général du Conseil Français du Culte Musulman qui, interrogé sur ces menaces de mort, déclare « elle l’a cherché, elle assume. Les propos qu’elle a tenus, les insultes qu’elle a tenues, je ne peux pas les accepter ». La ministre de la justice, Nicole Belloubet, a d’abord déclaré une grosse bêtise, « l’insulte à la religion c’est évidemment une atteinte à la liberté de conscience », et le parquet de Vienne a même ouvert une information contre la jeune-fille pour « incitation à la haine religieuse », avant de conclure à non-lieu. Et enfin Ségolène Royal a refusé « d’être Lila ». De son côté la gauche dans son ensemble a cependant défendu, mais sans excès, Mila. Sauf Raquel Garrido, ancienne porte-parole de la France Insoumise, selon laquelle on parlait de l’affaire Mila ne pas « parler du plus grand mouvement social qu’ait connu notre pays depuis l’après-guerre », c’est-à-dire des grèves contre la réforme des retraites. Et le Rassemblement National a réagi dans le désordre, Jordan Bardella déclarant que les responsables politiques étaient des « alliés objectifs des islamistes » tandis que pour Marine Le Pen« Les propos de cette jeune fille sont la description orale des caricatures de Charlie, ni plus ni moins. On peut trouver ça vulgaire, mais on ne peut pas accepter  que, pour cela, certains la condamnent à mort, en France, au XXIe siècle ».

Bref, nous sommes dans une grande cacophonie, au sein de laquelle on distingue une grande prudence de la gauche traditionnelle (PS, PC) qui prend cependant la défense de la jeune fille, un anti-islamisme de l’extrême droite et une gêne de l’extrême gauche, qui dégage en touche en faisant semblant de croire à un complot  du gouvernement pour faire oublier ses problème.

Pourtant, les données du problème me semblent simples. La France est un des très rares pays au monde dans lequel le blasphème n’est pas puni par la loi. On peut y dire que le catholicisme, l’islam, le bouddhisme, l’évangélisme, le judaisme,  « c’est de la merde », que Dieu, quel que soit le nom qu’on lui donne, Jahvé, Allah, Christ ou tout autre, est un con, mais on n’a pas le droit d’attaquer ou d’insulter ceux qui y croient. Cela s’appelle la laïcité et c’est très bien. Et Mila n’a rien fait qui aille contre la loi.

Mais voilà, il y d’un côté de plus en plus d’intolérances religieuses, de communautarisme, en particulier musulman, qui refuse qu’on puisse critiquer la religion, de l’autre beaucoup de lâchetés ou de prudences dans le corps politique et enfin une grande ambiguïté de ceux qu’on appelle les « islamo-gauchistes» qui trouvent aux populations d’origine musulmane, en France ou ailleurs, des vertus révolutionnaires. Derrière cela il y a beaucoup de « politiquement correct », pas mal  de post-colonialisme et d’autres théories à la mode, et un bien triste affaiblissement de la pensée critique et de l’humour. Je me prends parfois à penser qu’aujourd’hui Jacques Brel (souvenez-vous des Bigotes), Léo Ferré (souvenez-vous de ce qu’il chantait à propos de la thalidomide et du procès de Liège : « quand tu verras un pape sans bras avec quoi donc i’t’béniras ») et Georges Brassens (souvenez-vous de tout ce que vous voudrez) ne pourraient pas chanter aujourd’hui, ou du moins auraient pas mal de problèmes.  Et Rimbaud, qui avait gravé sur un banc de sa ville natale, Merde à Dieu ! Serait-il poursuivi aujourd’hui, vilipendé, menacé de mort ?

 Au Brésil, il y a quelques semaines, on a tenté de faire interdire une comédie, A Primeira Tentação de Cristo (La première tentation du Christ). Nous ne sommes pas encore sous le régime d’un Bolsonaro français, mais cela nous guette.

Bref, tout cela est inquiétant. Mais, heureusement, il y a des gens plein d’humour  de dénués de lâcheté. Je cite à nouveau un passage de la déclaration de Mila : « votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul ». Ciel ! Mon Dieu ! Mais un journaliste de Libération, Luc Le Vaillant, commentant ce matin « l’affaire », s’adresse à Mila de la façon suivante : « Tu menaces l’anus de dieu en question. Sache que cette pénétration préconisée par certaines sexpertes attachées à l’inversion de toutes les dominations, pourrait lui procurer un orgasme prostatique. Ni toi ni moi n’étant partants pour dispenser le moindre plaisir à cette irascible divinité, l’idéal serait sans doute de le priver à jamais de ce geste secourable ».

Bravo Luc ! Et merde à Dieu !

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fleche2 février  2020: Information...

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Je viens de passer près d’une semaine à plus de 6.000 kilomètres de la France , au Bénin, sans avoir eu  le temps de suivre l’actualité, et j’ai en revenant en France une curieuse impression, comme si l’actualité s’était accélérée.

Le matin même de mon départ, tôt le matin du 28 janvier, je recevais les mails de deux amis chinois auxquels j’avais demandé de leurs nouvelles. Le premier, après m’avoir souhaité une « bonne année du Rat », me disait que tout allait bien, simplement qu’ils restaient à la maison « car rester à la maison, c’est déjà contribuer au pays et à la lutte ». Le second me disait un peu la même chose, « tout va bien, on ne sort pas », précisait que la rentrée de l’université serait sans doute reportée, et ajoutait « on dit que l’épidémie est la vengeance des animaux ».

Depuis les premiers signes de virus à Wuhan, en décembre, la presse chinoise était restée silencieuse, parlant surtout des festivités à venir du nouvel an, qui devaient commencer le 25 janvier. Le 20 janvier un quotidien (le Hubai Ribao) indiquait simplement qu’on avait lancé à Wuhan une « campagne patriotique d’hygiène », sans même  mentionner le coronavirus. Et puis soudain, le lendemain, toute la presse du pays appelait à la lutte contre l’épidémie, à protéger « le vie des masses populaires ». L’explication est simple : Xi Jinping, après avoir attendu plus d’un mois, venait de faire un discours reconnaissant à la fois l’existence de l’épidémie et sa gravité. Il y a des centaines de journaux en Chine, mais aucun n’avait évoqué cette épidémie avant que le président ne le fasse. La veille elle n’existait pas, le lendemain elle était partout. Et il est bien sûr inutile de commenter cette conception particulière de l’information.

Je ne vais pas ici commenter ce qu’il y a de sous-jacent dans les messages cités plus haut, un mélange de langue de bois (ne pas sortir est un devoir patriotique) et de croyances un  peu naïves (la vengeance des animaux). Mais hier soir en m’installant dans l’avion je lis la presse et tombe sur la une du Libération du jour : La Chine coupée du monde. Et je ne sais pas si les Chinois savent qu’ils sont coupés du monde, sauf ceux qui voudraient voyager, bien sûr.

Au fait, j’avais tout de même eu quelques nouvelles de la France, au Bénin. dans la presse locale. Toute une page du Grand matin, « quotidien béninois d’informations et d’analyses »  qui traînait dans mon hôtel et racontait d’abord que dans le Lot-et-Garonne une femme avait eu la surprise de voir son chien rentrer à la maison avec dans la gueule une tête humaine, qu’en Seine-Saint-Denis une maman avait jeté ses deux enfants de 1 mois et 3 ans du troisième étage, et enfin qu’à Angoulême un homme ayant agressé sexuellement sa fille de 13 ans avait été condamné à trois mois de prison.U ne page entière.  En regardant de plus près, je me suis rendu compte que le journal datait d’une semaine, de bien avant mon départ. Et moi qui suis plutôt accro à l’information, je n’en savais rien. La presse française cacherait-elle la vérité comme la presse chinoise ? Et la population béninoise serait-elle mieux informée que nous sur des choses aussi importantes ?

Nous vivons une époque moderne.

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Janvier 2020

 

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fleche8 janvier  2020 : Anglomanie ou anglocide?

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Il y a quelques jours je signalais ici l’anglomanie galopante du chef de l’état français et de certains des députés de sa majorité. Le journaliste Jean Quatremer, l’un des meilleurs observateurs de l’administration européenne à Bruxelles, vient de raconter une histoire assez drôle. Irène Tolleret, député européenne elle aussi macroniste, a tenu à parler en anglais dans une réunie qui était pourtant interprétée. Problème : les interprètes chargés de traduire ses propos dans les autres langues ne comprenaient rien à son anglais. Selon Quatremer, « une partie des nouveaux eurodéputés macronistes a d’ailleurs acquis une mauvaise réputation à l’Assemblée, celle de vouloir à tout prix parler la langue de Shakespeare, au grand désespoir des interprètes-traducteurs ». Et il ajoute que leurs biographies, leurs messages sur leurs comptes Twitter, sont en anglais, « comme si leurs électeurs étaient anglophones ».

On pouvait se demander si le Brexit allait modifier le poids de l’anglais dans les institutions européennes, mais apparemment les macronistes volent à son secours. Sauf s’il s’agit d’une tactique perverse : ils parlent si mal cette langue qu’ils sont en train de la dynamiter. Auquel cas il ne s’agirait plus d’anglomanie mais, pour utiliser un mot qui n’existe pas, mais qu’importe, d’anglocide…

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fleche5 janvier  2020 : Churn rate

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Chaque année, à cette période, les media nous donne divers résumés des évènements qui ont marqué les douze mois écoulés : évènements politiques ou sociaux, morts, faits divers, films ou livres de l’année, etc. Et si nous faisions la liste des mots de l’année ? Nous sommes habitués à voir passer et parfois s’incruster des termes d’origine anglaise, comme streaming, bluetooth, start-up, cost-killer, et il faut dire que le président de la république en a remis une couche. A peine élu, il a créé un « Centre national du contre-terrorisme » qu’il a aussitôt baptisé task force, et il a poursuivi cette anglomanie: La démocratie est le système le plus bottom-up de la terre », «Entrepreneur is the new France », « j’ai pivoté le business model », « la culture du invented here », etc. Les députés du parti majoritaire l’ont suivi sur cette voie, parlant par exemple d’une «opération de team building » ou baptisant la coordonnatrice du groupe à la commission des finances la whip.

Mais ce qui m’a frappé est ailleurs.  D’une part dans une expression que les Français, même sans savoir un mot d’arabe, connaissent désormais : allahou akbar. Ces deux mots (ou maux ?) servent même désormais de marqueur de radicalisation et hier encore des témoins d’une agression mortelle déclaraient : « il a crié allahou akbar ». D’autre part dans une expression anglaise, OK boomer, à destination des « baby boomers », avec en gros le sens de « ta gueule grand-père », ou « tais-toi vieux con ».

Le plus drôle est cependant ailleurs. Les journalistes de Libération racontent avoir reçu un mail de leur patron (pas leur rédacteur en chef ou leur directeur, non, le PDG du groupe Altice) annonçant que ledit groupe avait « un taux churn au plus bas dans chacun des pays ». Taux de churn, kesaco ? Churn est un verbe anglais signifiant « barater le lait», « brasser » ou encore « bouillonner ». Mais Altice ne fabrique pas de beurre et fait plutôt dans le multimédia, les télécoms, la publicité… Renseignement pris, il existe un churn rate (traduit en français par « taux d’attrition») permettant de mesurer le nombre de clients  perdus dans l’année (le rapport entre nombre de clients perdus et nombre total de client). En bref le groupe Altice n’a pas perdu beaucoup de clients. Vous vous dîtes qu’il serait mieux d’en gagner ? Oui, et j’ai beau retourner le problème dans tous les sens, je n’arrive pas à comprendre dans cette phrase, « un taux de churn au plus bas », autre chose que  « nous n’avons pas gagné de clients mais nous n’en avons pas beaucoup perdu ». Ce qui signifierait, étant donné le sens premier du verbe anglais, qu’ils n’ont ni le beurre ni l’argent du beurre. Il fallait le dire!

 

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