2017

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fleche 22  juin  2017 : "Tais-toi Marseille"

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Hier, une fois n’est pas coutume, je suis allé à Marseille pour la fête de la musique. Depuis quelques années j’avais pris l’habitude de la passer à Paris, dans le Marais, entre la Bastille, la Place des Vosges, la rue Saint Antoine, où divers groupes ou solistes se produisaient. On n’avait que l’embarras du choix, rock, chanson française, rap, airs d’opéra, etc. Hier, donc, Marseille. Nous choisissons le quartier du vieux port. Rien ni personne. La place Etienne d’Orves idem. Derrière la mairie non plus. Bref, à part une jeune chanteuse sur le Quai du Port et une vague sono dans un bistrot, Marseille semblait ignorer qu’hier c’était la fête de la musique, et qu’il faut aussi l’entendre « faites de la musique ». Personne ou presque n’en faisait. Peut-être aurions-nous dû aller du côté de la Plaine, ou de la Friche mais là, au centre de la ville, silence.

Bien sûr, il faut voir dans cette absence de musique un effet du terrorisme, ou de l’état d’urgence. Chaque fois que je vois dans les rues les poubelles réduites à un sac en plastique transparent, qui sont rarement ragoutantes, je me dis que c’est une victoire du terrorisme : pour pouvoir vérifier qu’on ne met pas de bombes dans les poubelles, on expose leur contenu à tous les regards. Mais je me suis souvenu d’une chanson qu’interprétait Colette Renard (que les moins de vingt temps ne peuvent pas connaître) dont le refrain disait : « Marseille, tais-toi Marseille, tu cries trop fort. Je n’entends pas claquer les voiles dans le port ». Marseille se taisait hier. Et en plus, il n’y a plus de voiles dans le port, mais des bateaux à moteur. Dylan ne pourrait pas y chanter  « Blowin’ in the Wind », aucune voile ne claque dans le vent. Il nous reste  « The Times they are a changing ».

 

 

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fleche 20  juin  2017 : Sauce trempette, grammaire et statistiques

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Un ami québécois, Jacques Maurais,  m’écrit, à propos de mon récent billet sur la « trempette », que ce mot est depuis longtemps utilisé chez lui et me donne deux exemples. Tout d’abord un livre de cuisine de 1979 dans lequel Jehane Benoit écrivait : « Sur la table française, les crudités sont très appréciées, toujours présentées avec goût, nature ou avec une sauce trempette ». Et dans un article de1984 : « Les entrées sont simples : salade César (€3,25), crudités avec trempette (€2,50), etc. ». Merci Jacques. Mais il est troptard pour demander à la vendeuse de « sauce trempette » du marché d’Antibes si elle était québécoise.

Restons dans les mots, non plus ceux du Québec mais ceux de Mélenchon. Après son élection à Marseille il a utilisé, dans son allocution, quelques formules qui méritent d’être soulignées. Faisant allusion au taux d’abstention élevé, il a d’abord déclaré que « notre peuple est entré dans une forme de grève générale civique ». L’abstention une grève générale, il fallait l’inventer ! Mais il a ajouté que du coup la majorité n’avait pas « la légitimité pour perpétrer le coup d’Etat social qui était en prévision ». Petit problème, dans la circonscription qui l’a élu, l’abstention a été de 64,2%,  soit 7 points de plus que le chiffre national. Mais Mélenchon n’en a tiré aucune conclusion concernant sa propre légitimité. Ces pourcentages ne semblent pas l'intéresser outre mesure. Enfin il a lancé : « Et j’informe le nouveau pouvoir que pas un mètre du terrain du droit social ne lui sera cédé sans lutte ».  Analysez cette phrase avec soin et dîtes-moi ce que vous y comprenez. Pour moi,   «pas un mètre du terrain du droit social nelui sera cédé sans lutte »  ne peut avoir qu’un seul sens : nous lutterons et nous céderons.

Il y a quelques mois, dans une émission télévisée, Mélenchon avait, dans sa cuisine, montré comment il confectionnait une salade de quinoa, expliquant qu’il lui fallait maigrir pour aborder la campagne électorale en pleine forme. Il n’a pas dit s’il utilisait une sauce trempette. Ni s’il révisait sa grammaire et les statistiques.

 

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fleche 19  juin  2017 : Basculement

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J’ai toujours aimé les titres de Libération qui, vous le savez sans doute, ne sont jamais donnés par les journalistes (ils n’ont même pas le droit d’y mettre le nez) mais par un service spécial du journal. Aujourd’hui, ils battent tous les records. En une, Législatives, L’EMPRISE DU MILIEU, puis en page 2 Macron fait chambre à part, en page 5 Pour le Modem, une oasis après la traversée du désert, en page 6 Une élection qui attire l’abstention, en page 9 Pour Cédric Villani (un mathématicien de renom élu député hier) le compte est bon, en page 10 Nouvelle veste pour Philippot qui risque sa peau, bref un véritable festival.

Macron a donc fait main basse sur l’Assemblée nationale, et je laisse aux spécialistes le soin de commenter cette vague de « marcheurs », puisque tel est le mot qui désigne désormais les candidats de « la République en marche ».

Ce qui m'a frappé dans les résultats d'hier est ailleurs. Depuis que j’habite dans le Sud-Est de la France, à Aix-en-Provence pour être précis, la région PACA est la terre d’élection du Front National ? Il y obtenait au fil des élections 25% des voix, puis 30%, puis près de 50%.  Et il y gagnait des mairies dans la région PACA, celles de Marignane puis de Vitrolles dans les Bouches-du-Rhône, de Saint-Gilles dans le Gard, d’ Orange , de Toulon...  Aux législatives de 2012, deux députés FN ou apparentés étaient élus, l’un dans le Gard et l’autre dans le Vaucluse. Mais hier le FN a fait élire huit député, dont trois seulement sont dans le Sud (dans le Gard, les Pyrénées-Orientales et l’Hérault), et cinq dans le Nord-Pas-de-Calais. C’est-à-dire que nous assistons à un basculement du Sud vers le Nord, déplacement qui n’est pas seulement géographique mais plutôt social. Pendant longtemps, dans le sud, l’électorat du FN était essentiellement constitué de pieds noirs animés de rancœurs rassies, de nostalgies de l’Algérie française et de l’OAS. Mais, comme tout le monde, les pieds noirs vieillissent et disparaissent, et même si certains de leurs enfants héritent de l’idéologie de leurs parents, cette population électorale tend à se réduire. Le déplacement vers le Nord est d’un autre ordre : c’est dans une terre ouvrière et socialo-communiste que le FN s’implante. D’ailleurs, un de ses cinq élus dans le Nord-Pas-de-Calais est un ancien membre du parti communiste. Et il y a là de quoi réfléchir. Certains disent que la classe ouvrière a disparue, mais il en reste tout de même, et elle vote FN. Aveuglement ? Incapacité des partis de la gauche traditionnelle de leur ouvrir des horizons politiques ? Analphabétisme politique ? Tout cela à la fois ? C’est à voir, mais il faudrait voir vite. Dans quelques années il sera trop tard.

 


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fleche 12  juin  2017 : Trempette et tsunami

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Vous connaissez sans doute cette habitude qui consiste à servir, pour accompagner l’apéritif, des morceaux de légumes crus, carotte, fenouil, chou-fleur, que l’on trempe dans des sauces variées. J’ai toujours appelé et entendu appeler cela un dip, d’un mot terme anglais qui signifie « plonger ». On plonge donc, ou on trempe, son légume dans la sauce. Or, il y a quelques jours, sur le marché d’Antibes, j’ai vu devant des pots de sauce une étiquette proclamant pour trempettes. Trempette, le mot n’est pas mal trouvé, et cette néologie populaire (je veux dire qu’elle n’est pas sortie des bureaux des planificateurs ou des fonctionnaires de la langue) me ravit. Donc, si je vous invite un jour chez moi pour une trempette, il sera inutile de prendre votre maillot de bain.

De la trempette à la douche, il n’y a qu’un pas, et hier soir c’est une véritable douche qu’ont subie des candidats de droite, de gauche, d’extrême droite, dégagés dès le premier tour ou en situation difficile. La presse parle, pour les candidats macronistes, de tsunami, de raz-de-marée, de lame de fond, bref nous sommes en pleine métaphore aquatique. Pour les « dégagés » il faudrait donc parler de grande marée qui emporte tout vers le large, ou d’anguilles qui nageaient en eaux troubles et se retrouvent sur la rive, asphyxiées. Cela ne me fait ni chaud ni froid pour la droite, mais, vieux réflexe,  j’aimerais bien que les socialistes trouvent, d’une façon ou d’une autre, le moyen de se ressourcer. Ce que nous pourrions appeler, pour rester dans cette ambiance aquatique, une hydrothérapie, ou une renaissance dans un liquide amniotique. Si jamais cela advenait, nous pourrions alors célébrer ce miracle par quelques trempettes.

 

 

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fleche 6  juin  2017 : Le Qatar encerclé?

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Il y a un peu plus d’un an, début mai 2016, de retour du Qatar j’écrivais ceci :

« Au Qatar il faut tout importer. De la moindre carotte, la moindre pomme-de-terre à la machine à laver ou au climatiseur, des vêtements à l’huile, de la viande aux voitures. Ce qui constitue un étonnant paradoxe : le Qatar est à la fois une énorme puissance financière et un territoire qui (je fais de la politique fiction) s’écroulerait en peu de temps s’il était victime d’un embargo ou d’un blocus. Comment dit-on, sur le mode hypothétique, sic transit gloria mundi ? »

La politique fiction à laquelle je m’amusais alors pourrait aujourd’hui devenir réalité. En effet l’Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis, Bahrein et l’Egypte viennent de rompre leurs relations diplomatiques avec Doha. Je n’analyserai pas cette scission entre pays sunnites sur fond de « lutte » contre le terrorisme islamique du point de vue géopolitique, d’autres sont plus compétents que moi en la matière. Mais, parmi les mesures annoncées figure l’interdiction de survol du territoire de ces pays par les avions qataris. Regardez une carte. Un vol Paris-Doha qui jusqu’ici survolait bien sûr l’Arabie saoudite devrait désormais passer au Sud par la Libye, le Soudan, l’Ethiopie et contourner la péninsule arabique, ou au Nord survoler la Syrie et l’Iraq. Ce qui ne fera pas baisser le prix des billets...

Tout cela se résoudra sans doute sur le mode de la transaction, pour ne pas dire du marchandage diplomatique, et le Qatar a déjà fait appel au Koweït pour qu’il serve de médiateur. Mais, déjà, on se bouscule dans les supermarchés de Doha pour faire des provisions de riz et de sucre. Bref le Qatar est (momentanément ?) encerclé, et c’est à la fois inattendu et drôle.

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fleche 1er  juin  2017 : Covfefe...

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Je sais, j’arrive un peu après la bataille, mais cette phrase inachevée du président américain, despite the constant negative press covfefe..., pose problème. Non pas celui que l’on croit, concernant le sens de ce mot, covfefe, qui est clair, mais l’interruption de la phrase. Quelle est en effet la conséquence de ce covfefe négatif de la presse ? Qu’est-ce qui a empêché Trump de l’écrire en terminant sa phrase? That is the question, évidemment. On a dit qu’il été saoul, ou shooté, qu’il était tombé dans un profonde sommeil. Bullshits ! Il a été tout simplement désactivé, mis hors d’état de nuire.

En effet, covfefe a fait tilt en haut lieu, très haut lieu. Le côté obscurs de la force immédiatement alerté par les milliers de réseaux dont il dispose a fait ce qu’il fallait faire, et nul ne saura ce que Trump allait révéler : il a été remplacé par un chevalier Jedi à son image qui a d’ailleurs tout de suite pris une décision que jamais le véritable président n’aurait prise (tout le monde sait que plus écolo que lui tu meurs). L’empire galactique est ainsi sauvegardé. Ouf !

Déjà, sentant qu’il allait déraper avec ses tweets intempestifs, le côté obscurs de la force avait tenté de lui briser la main, en envoyant dans celle de Macron un fluide mortel.  Peine perdue ! Vous l’avez vu, Trump, dents serrées, suant, résistant à Macron qui faisait semblant de sourire mais lui transmettait en fait toutes les forces galactiques négatives. Trump a donc résisté ce jour-là. Mais lorsqu’il a dévoilé le mot magique, covfefe, que seuls connaissent de rares initiés, le côté obscurs de la force a prit la décision qui s’imposait, et le jedi qui a pris sa place fera, dorénavant, son devoir. Tu n’aurais pas dû, Trump, dévoiler ce covfefe, ce dérapage t’a été fatal.

Voilà, vous savez tout.

Quoi ? Qu’est-ce que ça veut dire, covfefe ? Vous ne croyez tout de même pas que je vais vous révéler notre code secret...

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fleche 31 mai  2017 : Préférences...

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Hier, j’étais invité à une émission de la radio suisse à propos de mon dernier bouquin. Le journaliste qui m’interrogeait et moi-même parlions la même langue, à quelques nonantes près : nous sommes en Suisse francophone. Avant de passer à l’antenne, j’écoute le journal de la RTS. On y parle, entre autres choses, de l’entrée de Wawrinka dans le tournoi de tennis de Roland Garros. Le matin, sur France Inter, on annonçait celles de Monfils et de Tsonga. Nous sommes bien en Suisse francophone : la même langue que la notre, mais côté sport une sorte de préférence nationale.

A propos de préférence, Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse, a expliqué hier qu’une charte locale de recrutement prévoyait que, dans les recrutements sur un emploi, les résidents corses seront favorisés. Après la préférence nationale, la préférence régionale. Racisme ? Infraction de discrimination à l’embauche ? L’avenir nous dira ce que deviendra cette charte...

Mais, jusqu’ici, c’est le Front National qui parlait de « préférence nationale ». Le FN aime bien mêler les sigles, UMPS par exemple, pour suggérer l’entente entre deux partis. La droite (Sarkozy, Copé, Kosciusko-Morizet...) l’a imité en suggérant une alliance objective entre FN et PS :  FNPS. Faudrait-il ici jouer sur l’enlacement des sigles FLNC (Front de Libération Nationale de la Corse) et FN ?

Tiens, à propos de FN. Une députée européenne FN, Sophie Montel, vient de dénoncer dans une lettre 19 eurodéputés français qui auraient employé des assistants travaillant en fait pour leur parti. On a beaucoup parlé de Marielle de Sarnez, parce qu’elle est ministre, mais il y a dans la liste d’autres nom connus (Michèle Alliot-Marie, Brice Hortefeux, Yannick Jadot, etc.) appartenant à tous les partis de l’éventail politique français. Le but de l’opération est clair : faire croire que le FN, qui a de graves problèmes avec la justice, n’est pas le seul « pourri ».  Ah bon ? Mais cette manœuvre jette une lumière intéressante sur la psychologie du FN. Que ces accusations soient fondées ou pas, nous le saurons un jour ou l’autre, il s’agit à la fois d’un comportement enfantin (les autres aussi, m’sieur, ils le font) et d’une véritable délation. Ainsi la préférence peut être nationale, régionale ou de parti...

 

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fleche 26 mai  2017 : Ca aurait pu être vrai

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Florian Philippot a cette semaine largement diffusé un SMS attribué à l’équipe de Macron conseillant à ses supportés d’aller perturber les manifestations du Front National. Problème : le SMS était un faux. Interrogé  par la presse, Philippot a reconnu : « oui, c’était un faux, mais ça aurait pu être vrai ». Ca aurait pu être vrai : nous entrons là dans une nouvelle ère , ou dans une nouvelle sémantique du vrai et du faux. Ce qui est vrai n’est plus ce qui est attesté, vérifié, authentifié, c’est ce qui est crédible. Autrement dit ce que les « gens » peuvent croire. Mieux encore : toute fausse donnée que l’on a intérêt à faire passer pour vraie et que le public pourra croire vraie sera considérée comme vraie. C’est ce que certains petits malins appellent la post-vérité, habile euphémisme pour désigner le mensonge.

Il est vrai, si je puis dire, que nous vivons depuis une vingtaine d’années sous la dictature de l’idéologie du post-quelque chose, en particulier de l’idéologie postmoderne. Désormais, post  n’indique plus la postérité, ce qui vient après, mais le contre-pied. Le postmodernisme n’est pas ce qui vient après le modernisme mais une façon ironique et désinvolte de se débarrasser de l’histoire.   Ce terme polysémique (celui de postmodernité) a servi d’étendard à divers mouvements artistiques, et il serait intéressant de demander à leurs adeptes ce qu’ils pensent de la post-vérité, qui d’un certain point de vue appartient à leur famille, la famille du post-quelque chose.

 Mais peu importe. Plus important en effet est que, dans les campagnes électorales des partisans du Brexit en Grande-Bretagne, de Trump, aux USA et en France de Le Pen, de Fillon, de Mélenchon et aujourd’hui de Baroin, les discours sont truffés de ces « fake news », de ces fausses nouvelles très vite amplifiées par les réseaux sociaux, assénées comme des vérités, c’est-à-dire, répétons-le, de nouvelles que certains veulent croire vraies.

Viendra bientôt un temps où l’on ne pourra plus dire à quelqu’un, dans une discussion, « ce que vous avancez est faux » sans qu’on vous rétorque « c’est une post-vérité ». Vous ne me croyez pas ? Pourtant ce pourrait être vrai.

 

 

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fleche 20 mai  2017 : Chomsky ne comprend pas

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Je viens de passer une semaine au Maroc, à un colloque, et je n’ai lu que dans l’avion le numéro de Libération du 11 mai, dans lequel se trouvait une longue interview de Noam Chomsky dont certains passages sont stupéfiants. On attribue au nazi Hermann Göring la phrase suivante : Quand l’entend le mot « culture » je sors mon révolver. La phrase n’est sans doute pas de lui, mais qu’importe, elle est caractéristique d’un certain état d’esprit. Or Chomsky déclare à Libé :

Quand j’entends des mots comme « dialectique » ou « herméneutique » et toutes sortes de choses prétendument profondes, alors, comme Goering, « je sors mon révolver ».

On se frotte les yeux, on relit, mais c’est bien ça : Quand j’entends des mots comme « dialectique » ou « herméneutique » et toutes sortes de choses prétendument profondes, alors, comme Goering, « je sors mon révolver ».

Et puis, il poursuit :

Si, par exemple, je lis Russell ou la philosophie analytique, ou encore Wittgenstein, il me semble que je peux comprendre ce qu’ils disent et pourquoi cela me paraît faux, comme c’est souvent le cas. Par contre quand je lis Derrida, Lacan, Althusser ou l’un ce deux-là, je ne comprends pas. C’est comme si les mots défilaient sous mes yeux : je ne suis pas leurs argumentations, je ne vois pas d’arguments, tout ce qui ressemble à une description des faits me semble faux. Alors peut-être qu’il me manque un gène ou je ne sais quoi, c’est possible. Mais ce que je crois vraiment, c’est qu’il s’agit de charlatanisme.

Résumons : Chomsky comprend Russell et Wittgenstein, et peut donc dire qu’ils ont tort. Il ne comprend rien à Derrida, Lacan ou Althusser, et affirme qu’ils sont des charlatans.

Cette ruse de la raison est vieille comme le monde. Dire qu’on ne comprend rien à quelque chose alors qu’on est supposé être intelligent, c’est laisser entendre qu’il n’y a rien à comprendre. Roland Barthes, dans une de ses Mythologies (« critique muette et aveugle »), épinglait dans les années 1950 les critiques qui feignaient de ne pas comprendre une œuvre pour laisser entendre qu'elle était nulle. Laissons-lui la parole :

Tout cela signifie en fait que l’on se croit d’une intelligence assez sûre pour que l’aveu d’une incompréhension mette en cause la clarté de l’auteur, et non celle de son propre cerveau : on mime la niaiserie, c’est pour mieux faire le public se récrier, et l’entraîner ainsi avantageusement d’une complicité d’impuissance à une complicité d’intelligence.

Chomsky va plus loin, il ne laisse pas penser qu’il n’y a rien à comprendre, il le dit : ce sont des charlatans.

Revenons à Barthes, qui écrivait un peu plus loin :

En fait toute réserve sur la culture est une position terroriste. Faire métier de critique et proclamer que l’on ne comprend rien à l’existentialisme ou au marxisme (...) c’est ériger sa cécité ou son mutisme en règle universelle de perception, c’est rejeter du monde le marxisme et l’existentialisme : « je ne comprends pas, donc vous êtes idiots ».

Chomsky procède de la même façon : « je suis intelligent, je ne comprend pas, donc c’est du charlatanisme ». Mais, en outre, il  sort son révolver, se revendiquant ouvertement de Göring. Il y a longtemps que je critique la façon de travailler des générativistes, qui choisissent soigneusement les exemples syntaxiques qui collent avec leurs théories et ignorent les autres, mais là leur maître à penser est plus expéditif: il tire. On croit rêver, mais on ne rêve pas, hélas.

 

 

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fleche 10 mai  2017 : Les gens du système, et le parachutage qui ne dégage pas

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J’ai reçu ce matin un mail, à propos d’un colloque auquel je suis invité. Le colloque se passe en Allemagne, mais la personne qui m’écrit est brésilienne, et le message se termine ainsi : Estamos muiot felices que vc. Va estar com a gente! Traduisons: « Nous sommes très heureux que vous soyez avec nous ». Il y a longtemps que cette spécificité du brésilien a été notée : a gente utilisé avec le sens de « on » ou, comme ci-dessus, « nous ». Mais ce petit détail m’a fait penser à la campagne qui vient de se terminer.

En effet, les élections présidentielles vont en général de pair avec une certaine créativité lexicale. Ainsi, en 2007, Sarkozy n’avait que la rupture à la bouche et Ségolène Royal son désir d’avenir. Et je me suis demandé ce qui avait lexicalement marqué la campagne de 2017. C’est à Mélenchon, bien sûr, que m’a fait penser le mail ci-dessus. De la même façon qu’il a remplacé l’Internationale par la Marseillaise, il a délaissé les camarades auxquels il s’adressait en 2012 par les gens. Négligeant les connotations du terme (songez à gendarmes ou à entregent), il en a fait un usage invasif, inaugurant d’ailleurs notablement sur un point de syntaxe :  « les gens » ne sont plus ceux dont on parle mais ceux à qui l’on parle : « Les gens, révoltez-vous », « réagissez les gens », « unissez-vous les gens ». Bref, il en a fait un vocatif. Cette invasion de gens dans ses discours est trop marquante pour qu’elle soit due au hasard, et il est clair qu’il voulait se débarrasser des camarades, trop communistes, pour « faire plus peuple ». Quant à son « dégagisme », emprunté aux révolutions arabes, en particulier à la « révolution de jasmin » tunisienne, il va bien sûr dans le même sens populiste.

Côté Le Pen, père et fille, il s’est également passé des mutations intéressantes. Il y a longtemps que Le Pen père s’est constitué un vocabulaire spécifique. Je n’en citerai que deux exemples, diaboliser et établissement.  Diaboliser signifiait dans sa bouche « critiquer le FN » et établissement était bien sûr un (mot) immigré  clandestin (establishment) qui se masquait sous de faux papiers français. Le Pen fille a repris l’idée en changeant sa forme : l’établissement est devenu le système, cause selon elle de tous les maux : « les candidats du système », « victime du système ». Et la diabolisation chère au père a repris du service chez la fille, sous une forme inversée : elle s’est attachée pendant des années (jusqu’au débat dont je traitais dans mon précédent billet et qui a détruit sa stratégie) à la dédiabolisation du FN...

Reste un point sur lequel Le Pen fille et Mélenchon se retrouvent. Il est un mot, ancien dans le vocabulaire politique : parachutage. Le terme désigne une pratique courante consistant à aller se présenter à une élection dans une circonscription sans avoir aucun lien avec elle mais dans laquelle on pense avoir de bonnes chances d’être élu. Notre histoire récente est remplie de ces parachutages, et c’est ainsi que Le Pen fille et Mélenchon se sont, en 2012, trouvés face-à-face à Hénin-Beaumont, où la première a d’ailleurs battu sèchement le second. Or, en écoutant d’une oreille distraire la radio tout en écrivant ce billet, j’apprends que Mélenchon sera dans quelques semaines candidat aux élections législatives à Marseille. Marseille ? Oui Marseille. Il est de Marseille, Mélenchon ? Non, pas du tout, mais il y a fait un succès au premier tour de la présidentielle, alors il y retourne, à tout hasard. Conclusion ? Le dégagisme est une notion à géométrie variable, qui ne concerne pas le parachutage.

 

 

 

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fleche 4 mai  2017 : A la schlague

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Depuis des jours on nous a abreuvés, à la radio comme à la télévision, de séquences de duels de second tours précédents, Giscard, Mitterrand, Chirac, Hollande, « vous n’avez pas le monopole du cœur », « vous êtes l’homme du passif », « vous avez raison, monsieur le premier ministre », « moi, président », etc., pour nous préparer à la soirée d’hier et nous mettre en position de carnassiers affamés. Nous allions nous mettre devant notre télé et attendre le massacre de l’un des candidats, la formule qui tue, compter les coups, saliver. Sur le premier point, les prévisions étaient fausses ou, du moins, le débat fut si brouillon qu’aucune formule particulière ne surnagea.

Débat atypique, ne ressemblant à aucun autre de la cinquième république : même Sarkozy n’a jamais atteint ce degré d’agressivité, c’est dire. En fait, c’est Le Pen qui démarra sur les chapeaux de roue, lâchant en rafale,  en deux ou trois minutes, tout ce qu’elle avait préparé comme qualificatifs désobligeants pour Macron : « candidat de la mondialisation sauvage », « saccage », « ubérisation », « froideur du banquier d’affaires », etc., ajoutant en contre-point « je suis la candidate du peuple ». Il ne lui restait qu’à marteler son thème majeur, l’appelant « monsieur le ministre», le traitant de « Hollande junior », martelant « vous étiez au gouvernement », se trompant au passage sur les dates : « quatre ans conseiller », « deux ans ministre », ce qui est un peu long pour un quinquennat, puis se rabattant sur un « des années et des années » plus vague.

Macron, bien sûr, ne fut pas en reste : « logorrhée », « poudre de Perlimpinpin », « sauts de cabri », « ne dîtes pas de bêtises », « impréparation crasse », « ne mentez pas »  (plusieurs fois), « galimatias », arrêtez vos caricatures », « grand n’importe quoi », « faux et archifaux », « mensonges et falsifications », « bidouillage », « vous n’avez pas assez travaillé », « vous n’avez pas de projet pour notre pays », et j’en passe.

De projet, effectivement, on parla peu. Le Pen, agressive, volubile, parfois perdue dans ses dossiers, se trompant dans ses références, a montré ses limites. De façon étonnante, elle a donné l’impression de ne pas savoir ce qu’étaient l’ECU ou le Serpent Monétaire Européen, de confondre Alstrom et SFR, ce qui permit à Macron de lui dire sur un ton professoral : « Vous êtes en train de lire une fiche qui ne correspond pas au dossier dont vous parlez, c’est triste pour vous... » Et il est vrai que sur l’économie, l’euro, les retraites elle a été pour le moins imprécise, donnant l’image d’une étudiante qui tente de lire en douce ses notes mais se prend les pieds dans le tapis.

Quelques détails qui m’ont frappé. Les plans de coupe tout d’abord (« plans d’écoute » ont dit certains), sélectionnés bien sûr par les "réalisateurs conseils" des candidats. Le Pen affichait un sourire étudié, qui s’éteignit peu à peu, Macron, les poings sous le menton, semblait écouter. Dans les deux cas, donc, pose étudiée. Deuxième chose : Le Pen avait pour stratégie de faire sortir Macron de ses gonds et, n’y parvenant pas, elle tenta à plusieurs reprises la magie du verbe, « calmez-vous », vous êtes énervé », comme si dire c’était faire ou plutôt faire faire, comme si à force de dire qu’il était énervé elle finirait par l’énerver.  Mais ce qui m’a frappé le plus, c’est l’absence de réaction de Le Pen lorsque Macron utilisa plusieurs fois la formule «extrême droite » qu’elle réfute d’habitude (je me souviens l’avoir entendu dire qu’elle attaquerait en justice quiconque la traiterait d’extrême droite), ou lorsqu’il asséna « vous êtes sous le coup d’une procédure judiciaire », « n’ajoutez pas à votre indignité personnelle une critique des juges »... Au bout du compte, Macron a martelé que Le Pen était incompétente (il faut dire qu’elle l’a bien aidé sur ce point en se trompant plusieurs fois) et elle l’a renvoyé plusieurs fois à « son passé » (de banquier, de ministre).

Pour finir par où j’ai commencé, il ne restera pas de ce débat une formule choc, un trait assassin définitif. Le Pen a bien essayé, mais en vain, avec "je suis la candidate du pouvoir d’achat et vous le candidat du pouvoir d’acheter », trop visiblement calquée sur le passé et le passif de Mitterrand. Mais on n’oubliera pas ce combat d’un style sans précédent. La presse de ce matin parle de « pugilat ». S’il fallait parler de boxe, cette rencontre pourrait rappeler celle de George Foreman contre Mohamed Ali à Kinshasa en 1974. Le premier, gros cogneur, se laissa prendre au piège, se fatigua et, finalement, fut mis KO pour la seule fois de sa carrière je crois. Ce fut sans doute la victoire de l’intelligence sur la brutalité bête. Le Pen tournait sans cesse autour de son adversaire qui tenait sa garde et décrochait des directs dès qu’elle se découvrait. Mais je penserais plutôt à un match qui aurait pu opposer Marcel Cerdan à Bruce Lee, ou aux judokas qui utilisent la violence de l’adversaire pour le faire tomber. Le Pen avait choisi le pugilat, le style bouledogue, mais elle a sans cesse donné l’impression que, battue pour battue, elle s’entraînait pour l’avenir, se préparait à être dans l’opposition à la présidence de Macron. Spectacle plus que débat, ce fut le spectacle d’un suicide politique.

Pour finir, une notation sémantique. Sans doute pour critique les ordonnances annoncées par Macron, Le Pen lança par deux fois qu’il irait « à la schlague ». Choix étrange, ou choix significatif. La schlague est en effet un mot dont on sait qu’il est d’origine allemande (schlagen « battre », Schlag « coup ») et qu’il connote irrésistiblement le nazisme. Peut-être voulait-elle renforcer son aspect dogue allemand...

 

 

 

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fleche 2 mai  2017 : Pudeur de gazelle ou le syndrome Mélenchon

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Certains m’ont reproché d’être injuste ou agressif  envers Mélenchon. Mais ce qui est en train de se passer a un goût amer. Selon les récents sondages, 20% de ceux qui ont voté pour lui reporteraient leurs suffrages sur Le Pen, ce qui lui ferait environ 5% de plus, auxquels il faut ajouter une bonne partie des électeurs de Fillon, 3 ou 4% venus de Dupont-Aignan (Celui-là, je vous avais dit qu’il la rejoindrait, et il a fait mieux : il serait son premier ministre...) Bref, les gens votent comme ils veulent, mais les hommes politiques devraient assumer leurs responsabilités. Or Mélenchon, concernant son propre vote, est pour le moins pusillanime : il ne votera pas pour Le Pen, dit-il. C’est la moindre des choses. Mais il refuse de dire ce qu’il votera faisant la preuve soit de lâcheté, soit d’irresponsabilité, soit d’une étrange modestie. « Pas une voix ne doit aller au front national » a-t-il lancé dimanche. Mais où doivent-elles aller ? Silence. Il aura fallu attendre ce mardi, soit neuf jours après le premier tour, pour que tombe le résultat de la « consultation » lancée auprès des adhérents de la « France insoumise » : ils optent aux 2/3 pour le vote blanc ou l’abstention. Ce n’est plus la France insoumise, c’est la France qui s’en lave les mains.

Et cette ambiguïté se retrouve chez ceux qui le soutiennent. Je n’ai entendu personne jouant un rôle important dans son entourage prendre une position opposée à la sienne. Le culte du chef ? Sans doute. Mais, sans entrer dans les invectives qui se pressent pourtant au bout de mes doigts, je dirai en termes que j’atténue avec peine que cela est déroutant. Disons, pour reprendre son expression à propos des affaires de Le Pen et Fillon, que Mélenchon fait montre d’une pudeur de gazelle, et que cela n’est pas à la hauteur de l’évènement. Revenir à la rhétorique du « bonnet blanc et noir bonnet », ou de « la peste ou le choléra » lorsque le lepénisme est aux portes, considérer que Macron et Le Pen c’est du pareil au même, tout cela n’a pas de sens. C'est du gauchisme déraillant, délirant.

Atrabilaire, Mélenchon ? Mauvais perdant ? Orgueilleux ? Enragé de ne pas avoir atteint le second tour ? Tout cela sans doute, et d’autres choses encore. Mais jouer à l’enfant gâté qui boude parce qu’il n’a pas eu le joujou qu’il attendait, afficher qu’il se fout de l’avenir du pays, c’est proprement insupportable. Si Le Pen l’emportait, ou faisait un score très important, se sentirait-il en partie responsable ? Je n’en sais bien sûr rien, et d’une certaine façon je m’en fous : Mélenchon est désormais pour moi sorti des radars.

Et que dire de la CGT, de FO, qui clament qu’il faut faire barrage à Le Pen sans jamais citer le nom de Macron, alors qu’il est jusqu’à plus ample informé le seul candidat en face d’elle. Ce mot, Macron, serait-il tabou ? Encore une fois, pudeur de gazelle ? Ou rage d’avoir été dépassés par la CFDT qui est désormais en tête des syndicats représentatifs ? On a l’impression que les uns et les autres présentent tous les signes de ce que nous pourrions appeler le syndrome Mélenchon : identifier un ennemi mais refuser de soutenir celui qui peut le battre. Bref, tout cela est inquiétant. J’ai souligné dans un précédent billet que dans les meetings de Mélenchon on chantait désormais la Marseillaise. En 1881, Léo Taxil avait écrit sur la même musique une Marseillaise anticléricale dont je vous livre le premier couplet et le refrain :

Allons ! Fils de la République,

Le jour du vote est arrivé !

Contre nous de la noire clique

L'oriflamme ignoble est levé. (bis)

Entendez-vous tous ces infâmes

Croasser leurs stupides chants ?

Ils voudraient encore, les brigands,

Salir nos enfants et nos femmes !

Refrain

Aux urnes, citoyens, contre les cléricaux !

Votons, votons et que nos voix

Dispersent les corbeaux !

Plutôt que de rester sans voix devant les atermoiements des victimes du syndrome Mélenchon et les méfaits de ce "vote gaucho", je vous suggère d’entonner, à pleine voix justement, ce refrain :

Aux urnes citoyens, contre le vote gaucho

Votons, votons, et que nos voix

Dispersent les fachos

 


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fleche 24 avril  2017 : Résultats

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Depuis plusieurs mois on croyait connaître le peloton de tête puis le carré gagnant et les demi-finalistes. Mais tout changea en cours de route. L’un d’entre eux se désista, deux autres puis trois furent éliminés durant les premiers tours et il n’en resta qu’un, qu’on n’avait d’abord pas vu monter, qui était loin dans les sondages et qui finalement l’emporta. Oui, je vous entend protester : nous n’en sommes qu’au premier tour, reste le second ! Mais de quoi parlez-vous ? Moi je parlais du tournoi de tennis de Monte-Carlo, dont Fédérer était absent, où les trois premiers, Murray, Djokovic et Wawrinka, furent éliminés les uns après les autres et que, finalement, Nadal, remontant de la septième place de l’ATP, remporta.

Ah oui, vous pensiez aux élections ! Pour Fillon, après les costumes ce fut une veste. Mélenchon, mauvais perdant (feignant jusqu’à tard dans la nuit de ne pas croire au résultat, attendant disait-il les chiffres du ministère de l’intérieur) frappa surtout, lui l’e candidat auto-proclamé, chef incontesté, décidant tout seul de tout,  il frappa donc en n’ayant pas le courage de dire pour qui il voterait au second tour. Macron, pour qui j’ai voté, commence à me casser les pieds avec sa Brigitte dont nous n’avons que faire. Et puis pauvre Hamon, massacré par son parti. Bon, le tournoi de Monte-Carlo est terminé, le spectacle se déplace vers les règlements de compte qui vont avoir lieu au PR et au PR. Ca va saigner. Une seule question, mais je n’ai pas la réponse : que va faire Sarkozy, lui qui a tiré les ficelles, pour maintenir Fillon afin de ne pas avoir Juppé ? Il va tenter de revenir? De placer Barroin? A suivre...

Bon, rendez-vous pour la suite. Le second tour ? Non, tout semble réglé. Le 11 juin. En effet,  cela ne vous a pas échappé, ce sera le premier tour des législatives et... la finale de Roland-Garros.


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fleche 21 avril  2017 : Studium et punctum sont dans un bateau

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Ouf ! Cette campagne touche à sa fin : Hier soir, sur la 2, se tenait le dernier débat avant le premier tour. Enfin, par vraiment un débat mais un défilé de têtes : onze séquences de quinze minutes dans lesquelles, seul, chacun des onze candidats s’exprimait, puis, tous réunis sur le plateau, onze nouvelles séquences de deux minutes trente, sans le moindre échange entre eux, le contraire d’un débat donc.

Nous sommes alors obligés de parler d’eux un à un, puisqu’ils n’ont pas communiqué entre eux. Ci-dessous, quelques notes, sans doute injustes et parfois politiquement incorrectes, sur les candidats, dans leur ordre d’apparition, avant d’en venir à des questions plus générales.

Le premier, Mélenchon, roublard et ego maniaque, dont tout le monde apprécie le jeu de scène, et peut-être les hologrammes, sans rien savoir de son programme. Ce qui l’arrange peut-être : on risquerait de se rendre compte que sur le plan économique et géopolitique il n’est guère différent de Le Pen.

Arthaud, bouche tordue comme par la haine, presqu’autiste, coincée par les consignes de sa secte, ce clone de Laguiller semble s’agiter dans une cage dont elle ne veut absolument pas sortir. Elle refuse de répondre à une question sur l’éventuelle existence d’un pays qui lui servirait de modèle. Normal : son modèle, c’est sa cage.

Le Pen toujours aussi approximative sur le plan économique (jusqu’au lapsus : « l’euro valait un euro quatre-vingt il y a cinq ans »), on l’imagine en uniforme de douanier (expulsion, frontières, suppression du droit du sol, etc.).

Asselineau. Il veut nationaliser, déchirer tous les traités, il fera baisser en deux ans le chômage de 1,5 à 2 millions (mais il ne donne pas sa recette). Un doux dingue adepte de la théorie du complot (les Américains sont, à l’entendre, responsables de tous nos maux). 

Hamon. Il se sait battu et pourtant il se bat, il est convaincant, sincère. Son parti, le PS, l’a lâché en rase campagne. On a envie de lui chanter une chanson de Souchon, Allo maman, bobo...

Dupont-Aignant. Je me souviens, il y a quelques années, au moment de l’affaire Bettencourt, de Woerth disant à un journaliste quelque chose comme « est-ce que j’ai l’air d’un voleur ?». Et je m’étais dit qu’il était impossible de répondre à cette question de façon objective, car « avoir l’air » n’est pas une catégorie scientifique. Ou alors j’aurais répondu : « puisque vous me posez une question subjective, alors, oui, je trouve, subjectivement,  que vous avez l’air d’un voleur ». Pour moi, Dupont-Aignant a surtout l’air niais. Je sais, ce n’est pas objectif.

Avec son ait benêt, il dit des chose semblables à celles qu’éructe Le Pen, et je ne crois pas beaucoup m’avancer en disant que si elle est au second tour il la ralliera à elle d’une façon ou d’une autre, subtilement ou pas.

Poutou. Lunaire, collectif (c’est le seul qui ne parle pas en je mais en nous), il est surtout marrant. Rappelle sans les nommer que Le Pen et Fillon sont des voleurs et des menteurs, ce que personne d’autre n’a osé dire. Hélas pour lui, il rappelle que « nous voulons » désarmer la police au moment même où un policier se fait flinguer sur les Champs Elysées. Pas de chance.

Macron. Flou et précis à la fois, ce gendre idéal était le premier à entrer sur le plateau en sachant ce qui venait de se passer à Paris. Du coup il avait laissé sa grammaire dans sa loge (chacun devait apporter un objet symbolique, lui c’était un livre de grammaire). Il tient des propos plutôt sympas sur l’école, flotte un peu sur la Syrie, mais l’absence d’aspérités fait qu’on ne peut que tourner autour de son discours, sans trouver de prise.

Cheminade.  Bien sûr il a lui-aussi un côté « théorie du complot » : il ne croit pas au 11 septembre. Mais il est touchant, ce grand-père qui, sur le tard, décide l’espace de quelques semaines se faire un peu de publicité avec l’aide des media publics. Pas antipathique, mais il a le défaut de tous les grands-pères, il croit tout savoir, n’avoir que de bonnes idées. Et puis il a sa part de rêve, Mars, la Lune... Bref il y est déjà un peu, dans la lune

Lassalle. On ne sait pas s’il est foldingue ou inconscient. Ce qui me frappe le plus ce n’est pas son accent mais sa diction, comme si ce grand corps de rugbyman avait peur de pousser sa voix vers l’extérieur. Du coup il semble incapable d’articuler quelque chose de suivi, de cohérent, il semble bredouiller. S’il chantait en béarnais ses propositions, il serait peut-être plus audible.

Et puis, pour finir, Fillon, en digestif un peu indigeste, malgré son costume de bonne coupe. Et ces deux derniers candidats, Lassalle et Fillon, m’amènent à des questions plus générales.

 

D’une part ils sont six sur onze à savoir, quoi qu’ils en disent, qu’ils feront entre zéro et quatre pour cent des suffrages. Dès lors on peut se demander pourquoi, certes après avoir obtenu les 500 parrainages légaux, ils doivent disposer du même temps de parole que les trois ou quatre qui ont une chance de parvenir au second tour. Je connais tous les arguments, la démocratie, la diversité, etc., mais, tout de même, il y a quelque chose de pourri au royaume de nos élections. D’ailleurs, tout le monde parle des petits candidats, avec ou sans guillemets.

D’autre part, et pire encore, ils sont deux à avoir devant eux un avenir judiciaire : après les plateaux, les tribunaux, du moins s’ils ne sont pas élus. Tout le monde le sait, Le Pen et Fillon sont malhonnêtes, ils ont piqué dans les caisses. Comment notre système permet-il à des voleurs (et ne me faites pas le coup de la présomption d’innocence, votre argument serait invalidé d’ici quelques mois, quand la justice sera passée) de prétendre à la fonction de président ? Comment les électeurs peuvent-ils passer l’éponge sur ce qu’ils savent être vrai ?

Ce matin, avec mon copain Michel (encore lui), nous parlions de Roland Barthes, de la Chambre claire et de la distinction qu’il proposait entre le studium et le punctum. Par studium il entendait un intérêt distancié, il parlait « d’affect moyen », pour une photo, « le goût pour quelqu’un, une sorte d’investissement général, empressé, certes, mais sans acuité particulière ». Et le punctum était pour lui un « second élément qui vient déranger le studium », une sorte de flèche « qui part de la scène... et vient me percer ». Ce qui se passe avec les électeurs de gens comme Le Pen, Fillon ou Mélenchon est différent. Ils perçoivent une mise en scène, un cadrage sur un personnage, ils aiment ça, c’est le studium. Mais ils refusent de se laisser atteindre, piquer, par le punctum. Barthes n’avait pas songé à ce genre de déni, à cette façon de ne pas vouloir être frappé par ce qui point de l’image, ou se cache derrière l’image et que refusent de sentir ceux qui, du même coup, se font complices. Pour faire un peu dans la parodie, une devinette: studium et punctum sont dans un bateau. Punctum tombe à l'eau, qui est-ce qui reste? La complicité coupable.

 

Je fais de la morale ? Peut-être. Mais les fautes morales me sont aussi insupportables que les fautes de goût ou les fautes de syntaxe (oui, je suis linguiste et ne devrait pas condamner les « fautes de syntaxe », mais j’ai droit à quelques périodes de repos). Et, pour revenir à cette élection, j’ai voté pour mes convictions en votant Hamon à la primaire de la gauche, mais je n’ai pas envie d’avoir un second tour Fillon/Le Pen, qui n’est pas exclu à l’heure où j’écris. Alors je voterai Macron, sans enthousiasme. Appelez-ça, si vous voulez, un vote utile. Mais utile pour qui ? Pas pour moi, en tout cas, ou du moins pas pour moi seul. Car je ne crois pas être le seul à refuser l’idée d’avoir pendant cinq ans un président qui échappe aux tribunaux.

 

 

 

 

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fleche 20 avril  2017 : Lectures

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Le livre que j’ai publié en 2002 aux éditions Plon Le marché aux langues, sous-titré Les effets linguistiques de la mondialisation, était depuis longtemps épuisé. Je viens de le ressortir en format de poche, sous le titre Les langues : quel avenir ? Les effets linguistiques de la mondialisation, chez CNRS éditions.

En fait je l’ai largement remanié. Cela n’implique pas que j’aurais changé d’avis sur les positions que j’y défendais. Mais d’une part la situation linguistique du monde a poursuivi son évolution et il nous faut en tenir compte. C’est par exemple le cas d’un chapitre sur la situation Corse, que j’ai largement actualisé, ou de données également actualisées dans l’ensemble du livre. D’autre part j’ai depuis quinze ans élaboré des instruments d’analyse qui rendent caduque une partie de l’ouvrage, en particulier un chapitre dans lequel je postulais un « système expert » sur lequel j’ai beaucoup avancé et un autre dans lequel j’apporte des analyses plus précises de la situation linguistique du monde. Enfin certains chercheurs ont également publié des recherches sur les mêmes thèmes, dont je tiens bien entendu compte dans cette réédition. L’articulation du livre est donc la même, mais son contenu tient compte, comme il se doit, de l’évolution des choses. Si ça vous amuse, donc, il sera en librairie début mai.

Autre informations, je viens de recevoir la traduction turque de ma biographie de Roland Barthes que j’avais publié il y a... plus de vingt-cinq ans. Oui, je sais, ils ne sont pas très en avance. Ca s’appelle, ô surprise, Roland Barthes, 1915-1980, et c’est aux éditions YKP (Yampi Kredi Yayinlari). Vous ne lisez pas le turc ? Pas grave, je vais en conseiller la lecture à Erdogan. Cela lui permettra peut-être de s’essayer à la sémiologie en écrivant une Mythologie de l’islamisme rampant en Turquie, en s’inspirant de la façon dont Barthes traitait de Billy Graham ou de Pierre Poujade. A ton calame, Erdogan !

 

 

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fleche 17 avril   2017 : écoute flottante

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On entend beaucoup de choses sans vraiment le chercher...Ce matin j’étais avec un copain à la terrasse d’un bistro, le fumais une pipe en buvant mon café, et comme Michel (c’est mon copain) était au téléphone je prêtais une écoute flottante à ce qui se disait derrière moi, dans la salle. Soudain j’entends une voix féminine:

« Ils sont tous pareils, ils avaient tous des maîtresses, Giscard, Mitterrand, Chirac... » Je suppose, vu le contexte électoral, qu’elle avait commencé par un candidat, et je tends l’oreille, me disant que j’allais peut-être apprendre des choses : Fillon, Le Pen, Mélenchon ou Macron auraient-ils une maîtresse ? La voix, appelons-la vox populi, poursuit :

« Je le sais, j’ai été la femme d’un député, et je n’ai jamais été aussi cocue »

Nous passons alors de la vox populi à une voix plus individuelle, qui poursuit :

« Je n’ai pas divorcé, j’aurais perdu tous les avantages ».

Je transcris cela de mémoire, je n’avais pas de quoi écrire, mais l’analyse de ce monologue peut être intéressante. « j’ai été la femme d’un député », donc elle ne l’est plus. « j’aurais perdu tous les avantages », donc il y a des avantages à être femme de député. Dès lors il y a deux solutions : soit elle est désormais veuve de député, soit elle a divorcé plus tard, non pas parce qu’elle était cocue mais parce qu’il n’était plus député et qu’il n’y avait plus d’avantages à attendre.

En ces temps où l’éthique passe bien après l’idéologie, où les électeurs de Le Pen ou Fillon se foutent comme de leur premier bulletin de vote de savoir si l’une et l’autre peuvent aller en prison, cela est instructif. « Le Pen pique dans la caisse de l’Europe ? Et alors ? Elle va nous débarrasser des métèques ». « Fillon s’en met plein les poches de ses costumes de luxe ? Qu’importe ? Il va supprimer l’impôt sur la fortune ». Et plus finir : « Mon mari député me trompe ? Je le garde pour garder les avantages de sa fonction ».

Où veux-je en venir ? Je n’en sais rien. C’était juste la pêche d’une écoute flottante.

 

 

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fleche 14 avril   2017 :  L'utopie zamenhofienne

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Il y a cent ans mourait Ludwik Zamenhof, l’inventeur de l’espéranto. Né en Pologne et mort à 58 ans à Varsovie, élevé en russe et en yiddish, parlant également le polonais et l’allemand, connaissant le français, l’anglais, le grec et le latin, il baigna dans les langues et imagina très tôt une langue universelle qui prendra le nom d’espéranto, d’après la formule par laquelle il signait ses articles, « doctor espéranto », docteur espérance (il avait fait des études de médecine à Moscou).

Cela fait donc plus d’un siècle que cette langue artificielle est, si je puis dire, dans les rayons du supermarché linguistique. Elle n’était d’ailleurs, à l’époque, pas la seule (le volapück, l’ido, interlingua et d’autres encore étaient également sur les rangs) et Zamenhof n’était pas le premier des rêveurs ou des philosophes à proposer une langue « universelle ».  Du côté des rêveurs on trouve des romanciers, des utopistes, dont l'archétype français pourrait être Cyrano de Bergerac dans son ouvrage Les Etats et Empires du soleil  et du côté des philosophes Descartes ou Leibniz, qui se proposaient d'élaborer ou espéraient une langue scientifique palliant les défauts inhérents aux langues naturelles.  D'un certain point de vue, Descartes, dans sa lettre au père Mersenne (20 novembre 1629) , soulignait cependant l'inanité de ces projets:  "Je tiens que cette langue est possible (.....) Mais n'espérez pas de la voir jamais en usage, cela présuppose de grands changements en l'ordre des choses, et il faudrait que le monde ne fût qu'un paradis terrestre". Staline n'avait sans doute pas lu Descartes, car la langue universelle sera également appelée de leurs vœux, dans un autre registre, par Nicolas Marr et le "petit père des peuples". Le premier, théoricien des "langues japhétiques", pensait que l'avenir de l'humanité  était d'être monolingue. Il a consacré à ce thème plusieurs textes, dans lesquels on trouve une foi solidement ancrée en l'émergence d'une langue unique parallèlement à l'unification mondiale de l'économie: c'était pour lui le socialisme universel qui devait produire une langue universelle.

Marr a été le linguiste officiel de l'URSS pendant un bon tiers de siècle, et si l'on sait en général comment Staline, en 1950, a mis fin à sa domination sur la linguistique soviétique, on connaît moins le Staline "marriste". Or, en 1930, lors du XVI° congrès du Parti Communiste de l'Union Soviétique, il déclarait: "La question du dépérissement des langues nationales et de leur fusion en une langue unique n'est pas unproblème intérieur à notre pays, ce n'est pas un problème de victoire du socialisme dans un seul pays, c'est une question internationale, celle de lavictoire du socialisme à l'échelle internationale". Nicolas Marr a commenté ce passage, en soulignant "la clarté et la profondeurstupéfiantes" du camarade Staline dont "la pensée politiquement directrice" retrouvait "très exactement la position à laquelle lathéorie japhétique est parvenue en élaborant à l'échelle mondiale une théorie absolue novatrice sur le langage". Je suis bien sûr incapable de dire sile passage du discours de Staline a été directement écrit par Marr, mais il est clair qu'il n'y a pas de hasard objectif et que si le "grand Staline"parvient aux mêmes conclusions que Marr, c'est bien entendu parce qu'il s'en est inspiré. Dans son indéniable folie, Marr avait cependant parfois deséclairs de lucidité, par exemple lorsqu'il écrivait: "Aucune langue individuelle, quelle que soit sa diffusion impérialiste, ne saurait être cette langue uniquede l'avenir. Toutes les langues qui furent autrefois internationales sont mortes; toutes les langues, quelle que soit leur expansion, petites ou grandespar le nombre de leurs locuteurs, émanant comme langues de classes des couches supérieures de la société ou au contraire productions plus vigoureuses desmasses, toutes périront de même; et ce ne sont pas, naturellement, ces ersatz du langage humain, les espéranto et autres ido, qui poussent aujourd'hui commedes champignons, ni aucune des langues que la création individuelle nous offrira dans l'avenir, qui sauront les remplacer", soulignant ainsi uneévidence qu'il est bon de rappeler de temps en temps.

On peut voir dans tout cela une nostalgie de la langue pré-babélique, une recherche d'une langue philosophique ou scientifique idéale, ou de l'avènement annoncé d'une langue universelle socialiste, donc une vision optimiste de l’avenir à travers une langue universelle. Mais ce thème a pris de nos jours d'autres connotations: il ne s'agit plus de construire ou d'appeler de ses vœux une langue qui nous ramène aux heureux temps pré-babéliques mais de montrer du doigt le danger d'une américanisation par la langue anglaise. Le projet espérantiste était de ce point de vue généreux : chacun parlerait sa langue et une langue universelle qui, empruntant à toutes les langues, ne serait en rien dominatrice. Bien sûr, cette définition est fausse : l’espéranto s’inspire essentiellement des langues indoeuropéenne et n’est guère familière à un locuteur de l’arabe ou du chinois, du bambara ou de l’aymara.

Quoi qu’il en soit, quelle est aujourd’hui la situation de ce projet? Après un siècle de militantisme, les espérantistes ne se sont pas imposés et la « guerre » entre les grandes langues impériales se poursuit. Il est d’ailleurs difficile d’évaluer le nombre de pratiquants de l’espéranto. On parle de 100.000 locuteurs, de dix millions de personnes qui l’auraient étudié, de mille qui l’auraient comme langue maternelle, mais tout ceci est impossible à vérifier.

Alors, l’héritage de Zamenhof ? Une belle utopie, sans doute, mais qui, comme toutes les utopies, ne se trouve nulle part...

 

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fleche 13 avril    2017 : Pénélope

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Au début de la semaine je suis allé assister à un concert : Le retour d’Ulysse, de Monteverdi, dirigé John Gardiner. Au centre de l’histoire, Pénélope, dont on dit qu’elle était si belle que son père dût organiser pour lui donner un mari des jeux auxquels participèrent tous ses prétendants et dont Ulysse sortit vainqueur. Puis, après la guerre de Troie, Ulysse disparut pendant vingt ans et Pénélope lui resta obstinément fidèle, expliquant à ses nouveaux prétendants qu’elle n’épouserait personne avant de terminer une toile, qu’elle tissait le jour et défaisait la nuit. Et, au retour de son mari, elle ne le reconnut pas et, là encore, elle eut recours à une épreuve : tendre l’arc d’Ulysse. Tous échouèrent, sauf Ulysse, bien sûr. Mais tout cela vous le savez.

Georges Brassens a rendu, à sa manière, hommage à cette fidélité, mettant en scène une Pénélope de banlieue :

« Toi l'épouse modèle

Le grillon du foyer

Toi qui n'a point d'accrocs

Dans ta robe de mariée

Toi l'intraitable Pénélope

En suivant ton petit

Bonhomme de bonheur

Ne berces-tu jamais

En tout bien tout honneur

De jolies pensées interlopes

Derrière tes rideaux

Dans ton juste milieu

En attendant l'retour

D'un Ulysse de banlieue

Penchée sur tes travaux de toile

Les soirs de vague à  l'âme

Et de mélancolie

N'as tu jamais en rêve

Au ciel d'un autre lit

Compté de nouvelles étoiles »

Pour ma part, bien sûr, bercé par la musique de Monteverdi, je n’ai pas pu ne pas penser à une autre Pénélope, celle dont tout le monde parle aujourd’hui, Pénélope Fillon, et à ses avanies supposées. Laissons encore la parole à Brassens :

 « N'aie crainte que le ciel

Ne t'en tienne rigueur

Il n'y a vraiment pas là 

De quoi fouetter un cœur

Qui bat la campagne et galope

C'est la faute commune

Et le péché véniel

C'est la face cachée

De la lune de miel

Et la rançon de Pénélope ».

Péché véniel ou pas, la justice tranchera. Je ne sais pas si elle s’inspirera de l’étymologie de ce prénom pour décider de son verdict. Mais les spécialistes ne sont pas tout à fait d’accord. Certains y voient un mot composé de pếnê (« tissu, toile ») et lépô  (« déchirer»), « celle qui déchire la toile » . Mais d’autres soutiennent que ce nom vient du grec pênélops, « oie sauvage ». Et tout le débat est là : une travailleuse qui se cache la nuit pour défaire son travail et n’en laisser aucune trace ou une oie blanche.

 

 

 

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fleche 11 avril    2017 : Epoque moderne

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Nous vivons un époque moderne, enfin, vous allez voir.

A la fin des meetings de Jean-Luc Mélenchon, on chante désormais La Marseillaise : il y a cinq ans, c’était L’Internationale.

Dans les meetings de Jean-Luc Mélenchon, on brandit des drapeaux tricolores : il y a cinq ans, c’était des drapeaux rouges.

Marseillaise et drapeau tricolore, deux symboles de la « nation », du nationalisme, qui ont accompagné toutes les aventures coloniales, toutes les bassesses, et que l’on a plutôt l’habitude de trouver chez Le Pen et Fillon. Tu vas où, Mélenchon ?

Dimanche, à Marseille, Mélenchon arborait un rameau d’olivier dans la pochette de sa veste, après avoir expliqué que c’était un symbole de paix. Hasard du calendrier, le dimanche 9 avril, c’était le dimanche des rameaux qui, dans le calendrier chrétien, marque l’ouverture de la semaine sainte et commémore la passion du Christ et sa mort sur la croix. Après un signe aux amateurs de drapeau tricolore et de Marseillaise, une signe aux grenouilles de bénitier qui font bénir ce dimanche des rameaux d’olivier! On le croyait bouffeur de curés, mais il caresse les cathos. Tu vas où, Mélenchon ? Ou plutôt : quo vadis ?

Nous vivons aussi une époque moderne de l’autre côté de l’Atlantique. Non, je ne veux pas parler de Trump, mais de l’Arkansas. Dans cet état, on a programmé  sept exécutions capitales avant le 1er mai. Recrudescence de l’insécurité, du crime ? Non, pas du tout. Mais en Arkansas on exécute les condamnés par injection létale. Or le stock du produit utilisé, un mélange chimique, sera périmé le 1er mai. Oui, il est écrit dessus : « messieurs les bourreaux, ne pas utiliser après le 1/5/2017 ». Alors, par souci d’économie, on va accélérer le massacre. C’est pas beau, le sens de l’économie ? Il faudrait leur envoyer Fillon : les économies, il connaît.

 

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fleche 5 avril    2017 : Vivement les vacances

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Près de quatre heures de débat, hier soir, entre les onze candidats à l’élection présidentielle. Bien sûr, il est jouissif d’entendre Poutou dire leurs quatre vérités à Fillon et Le Pen. "Plus on fouille plus on sent la corruption ", lance-t-il d’abord, poursuivant qu’il y a "des bonshommes qui nous expliquent qu'il faut la rigueur, l'austérité, et qui eux-mêmes piquent dans les caisses". Puis il passe à Le Pen, qui avance pour ne pas répondre à la convocation des juges l’argument de son immunité parlementaire: « quand nous on est convoqués par la police, nous ouvriers, on n’a pas d’immunité ouvrière, désolé. On y va », formule qui restera dans les mémoires. Mais au delà ?

Au delà, une sorte de cirque dans lequel Cheminade, Lassalle ou Asselineau jouent le rôle des clowns de service, parfois illuminés, parfois obsédés. Ajoutons-y Arthaud, qui fait de la colère une ligne politique, Dupont Aignan, qui donne l’impression de toujours se regarder dans une glace... On se demande ce que peut apporter au débat politique cette galerie de portraits hétéroclites. Les autres candidats, les « grands » comme on dit, on semblé se contenter de gérer prudemment leur capital. Les uns avec arrogance, comme Fillon ou Le Pen, les autres avec légèreté (Macron) ou opiniâtreté (Hamon, Mélenchon). Fillon est quand même sorti de sa hauteur lorsque Poutou est revenu à la charge ("Quand on voit même Fillon qui se dit préoccupé par la dette... Mais il y pense moins quand il se sert dans les caisses publiques quand il paye sa famille !") : "Je vais vous foutre un procès à vous."

Mais, au bout du compte, on se dit qu’on ne gagne rien à vouloir copier les autres (et ici les Américains). Les primaires de droite puis de gauche, les rebondissements, les feuilletons judiciaires, maintenant les débat télévisés embouteillés tout cela laisse un goût de trop plein, ou d’indigestion. A quoi servent des candidats qui n’ont aucune chance et le savent , même si certains font semblant d’y croire? C’est le prix de la démocratie ? Peut-être. Mais entendre un Asselineau citer sans cesse des articles d’on ne sait quel code ou quel traité, un Lassalle bredouillant des choses incohérentes, une Arthaud répéter toujours les mêmes mantras, est-ce bien nécessaire ? Bien sûr Hamon a pu agresser Fillon sur les postes de fonctionnaires qu’il veut supprimer, mais Le Pen peut répéter ses inepties sans qu’on l’interroge sérieusement sur son programme et son financement.

Bref, même si j’ai ri deux ou trois fois, moi qui suis presque drogué à la politique, je me sens fatigué par tout cela, une sorte de ras-le-bol. Vivement les vacances (parlementaires).

 

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fleche1er avril    2017 : Météorologues

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Hier matin j’ai acheté Le Monde et La Republica  à l’aéroport de Milan, puis Libération et El Pais  à celui de Barcelone. Retour en France après quelques jours en Italie, retour aux nouvelles dont une seule servira de résumé : Valls annonce qu’il votera Macron. Et une phrase m’est venue en tête : Les rats quittent le navire. Cette vieille expression française remonte à une époque où il était difficile de prévoir le temps. Or les marins avaient remarqué que parfois, avant qu’un navire quitte le port, les rats fuyaient, sentant qu’une tempête était imminente. Mais on ne connaît aucune expression ni aucun récit laissant entendre qu’en d’autres occasions ces braves muridés se jetteraient, à l’inverse, sur un bateau, histoire de faire une croisière si leur sens météorologique leur annonçait du beau temps. C’est pourtant ce à quoi nous assistons depuis quelques semaines : les rats se précipitent sur le navire Macron. Et rien ne laisse penser qu’ils ont l’intention de rester dans les caves.

On connaît la fable de La Fontaine le rat des villes et le rat des champs, mais il y en a beaucoup d’autres mettant en scène des rats . Etrangement, ou pas, deux d’entre elles se terminent par des phrases devenues formules figées. « Tel est pris qui croyait prendre » pour   Le rat et l’huître et « patience et longueur de temps font mieux que force et que rage » pour  Le lion et le rat. Remplaçons le rat par Valls, ou par tout autre transfuge : se retrouvera-t-il pris alors qu’il croyait prendre ? Regrettera-t-il  de n’avoir pas su être patient et laisser faire le temps ? Car tous, bien sûr, attendent quelque chose, un soutien pour les prochaines élections législatives, plusieurs sièges pour son courant, son parti (n’est-ce pas, Bayrou), un prochain poste ministériel... Pour en rester aux rats qui quittent le navire parce qu’ils sentent venir une tempête, leur sens météorologique leur a fait sentir le vent et changer de cap. Mais les marins savent qu'on est parfois obligé de changer de cap, de tirer des bordées, bref de naviguer à vue.

Il est une autre fable de La Fontaine qui met en scène un rat et nous a légué une formule. Dans  Le chat et un vieux rat  l’auteur conte l’histoire d’un chat qui fait mille ruses pour attraper des rats et y parvient, à l’exception d’un vieux rat expérimenté qui se méfie « et savait que la méfiance est mère de la sûreté ». Et je vous laisse le soin de mettre des noms sur ce chat, ce vieux rat, cette huître, ce lion...

 

 

 

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fleche24 mars   2017 : Aux abois

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François Fillon est-il aux abois ?

Hier soir, sur la 2, il a commencé par lancer une ignominie que ses conseillers en communication lui ont sans doute soufflée, déclarant qu’avec les affaires dont tout le monde parle à son propos il avait « souvent pensé à Pierre Bérégovoy ». Sachant que Pierre Bérégovoy s’est suicidé, cette sortie ne pouvait pas ne pas être interprétée comme une sorte de chantage au suicide, ou une façon de laisser planer le doute... Minable !

Puis, évoquant un livre dont il dit au début de l’émission  avoir lu les bonnes feuilles dans Valeurs actuelles  puis à la fin de la même émission qu’il l’a lu en pdf, il accuse François Hollande d’être à l’origine de la « cabale » contre lui : « on cherchait un cabinet noir, on l’a trouvé ». Problème, un des auteurs du livre fait immédiatement savoir qu’il n’y a rien se semblable dans l’ouvrage. Ce qui est sûr, c’est que cela fera vendre l’ouvrage.

Interrogé par Pujadas sur son ultime affaire, ou sur la plus récente, les costumes que lui a offerts un avocat au passé sulfureux, il déclare les avoir rendus, dit qu’il a commis une erreur (il avait dit la même chose il y a trois semaines). Une erreur, donc. On cite souvent la formule latine, errare humanum est, « l’erreur est humaine », en oubliant la suite : sed persevare diabolicum. Et si persévérer est diabolique, il y a un antidote. Fillon,  à deux reprises, a utilisé le même verbe, confesser : « je le confesse, j’ai confessé ». J’ai toujours été frappé par cette vieille hypocrisie catholique : il suffit d’aller dans le secret d’un confessionnal dire à voix basse toutes ses bassesses pour ressortir blanchi, comme de l’argent sale. Fillon, finalement, ne fait que ça depuis des semaines : chercher à se blanchir. Et j’ai pensé à une des premières chansons de Jacques Brel, Grand Jacques, qui date je crois de 1953 :

« C’est trop facile d’entrer aux églises, De déverser toute sa saleté,  Face au curé qui dans la lumière grise, Ferme les yeux pour mieux nous pardonner »                                                                                    

On ne saurait mieux dire.

Depuis des semaines, donc, nous assistons à ce spectacle désolant d’un Snoopy « confessant » ses erreurs révélées, puis les reconfessant après de nouvelles révélations. Et nous ne savons même pas comment exprimer notre dégoût. Christine Angot, invitée surprise de l’émission d’hier, l’a su, elle. Dans une saine colère, expliquant qu’elle parlait au nom de millions de Français qui le considèrent comme malhonnête, elle a cassé le moule de ce genre d’émissions. Au début, pourtant, on avait l’impression que Pujadas était pugnace, mais il a paru fade après l’explosion d’Angot qui, avant de partir, a lancé : on ma invitée parce que je dis les choses qu’ils n’osent pas dire.

Alors, Fillon, aux abois ? Nous le saurons dans un mois, jour pour jour. Nous saurons s’il parviendra au second tour de l’élection pour l’immunité présidentielle, ou s’il troquera le confessionnal pour le tribunal. A suivre.

 


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fleche23 mars   2017 : Autisme ou aveuglement?

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Après Cahuzac Thévenoud, après lui Le Pen, puis Fillon et enfin Le Roux : ils sont fous ces Gaulois ! Ou grippe-sous, ou malades. L’un d’entre eux, Thévenoud, s’est d’ailleurs livré à un auto-diagnostic : il souffrait de phobie administrative. Je ne suis pas sûr que ce mal ait une place dans la formation des médecins mais passons. Il est phobique administratif, le pauvre. Mais les autres ? Tous les autres ? Ils sont tous atteints de phobie ? Une phobie arithmétique qui consiste à ne pas pouvoir compter les heures de travail de ses assistants (Fillon), à confondre 20 et 40 millions (Sarkozy) ou zéro et deux villas à l’étranger (Balkany), à se tromper systématiquement dans l’évaluation de ses biens immobiliers (Le Pen) ? Ou encore une phobie vestimentaire qui consiste à ne pas pouvoir payer les factures de son tailleur (Fillon) ?  Une phobie sémantique les poussant tous à confondre argent public et argent privé ? Une phobie géographique qui consiste à confondre Bruxelles et Saint Cloud ou un manoir dans la Sarthe et l’Assemblée nationale (Le Pen, Filon). Etc. Etc. Toutes ces phobies que la médecine s’avère incapable de soigner et qui nous oblige à remplacer les médecins par des juges d’instruction : il y a urgence, donner aux juges une formation médicale...

Je n’ai cité que quelques noms, ceux que la presse évoque le plus souvent, mais ne nous y trompons pas : cette poignée de petits fraudeurs ou de gros escrocs ne constitue qu’un tout petit sommet d’un gros iceberg. De nos jours, avec le réchauffement climatique, les icebergs se détachent et voguent à la dérive, et c’est bien d’une dérive qu’il s’agit, la dérive d’une partie du personnel politique. Ceux que nous pouvons observer, il y en aura sans doute d’autres, semblent plutôt souffrir d’autisme.

Selon Wikipédia (je n’ai pas de dictionnaire médical sous la main) on entend par autisme « des troubles du développement humain caractérisés par une interaction sociale ou une communication atypiques ». Et l’auteur de l’article ajoute que « les symptômes sont souvent détectés par les parents dans les premières années de la vie de l’enfant ». Alors, Monsieur et Madame Fillon ont-ils détecté des symptômes chez le petit François ? Monsieur et Madame Le Pen les ont-ils perçus chez la petite Marine ? Un enfant sur cent serait atteint d’autisme. Projetons ce chiffre : un politique sur cent serait-il autiste ? Ou les politiques seraient-ils de grands enfants ?

Ce qui est sûr c’est que, si l’étymologie d’autisme est transparente (autos, « soi-même ») nos politiques, autistes ou pas, sont tout sauf transparents. Les analystes disent que nous assistons à la fin de la cinquième république, ce qui est probable, et n’osent pas dire que Le Pen n’a jamais eu autant de chances d’arriver au pouvoir, ce qui hélas est plausible. Des bouleversements se préparent sous nos yeux et une partie du personnel politique, bien au chaud dans sa bulle et dans ses privilèges, semble ne rien en voir. Autisme ou aveuglement ? En 1992 Georgina Dufoix , face au scandale du sang contaminé, disait se sentir responsable mais pas coupable. Nos Fillon, Le Pen ou Le Roux sont pour l’instant responsables, la justice dira s’ils sont coupables. Mais ils font surtout la preuve d’un aveuglement pathologique. Et pendant ce temps, je l’ai déjà dit dans de précédents billets, le monde se gausse et nous regarde comme une république bananière...


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fleche21 mars   2017 : Caran d'Ache

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Je vais vous faire une confidence. Il y a quelques mois, en octobre, l’hebdomadaire Télérama m’avait proposé de tenir sur son site un blog pendant toute la campagne électorale. J’avais évalué le temps que cela me prendrait, m'était rendu compte qu'il s'agissait de beaucoup de temps, et  j’avais décliné l’offre. Je m’en félicité aujourd’hui, face aux péripéties que nous avons vécues et qui ne sont peut-être pas terminées : je n’aurais pas eu un moment de libre...

Venons-en au débat d’hier soir entre cinq candidats. La première question qui leur fut adressée (« quel président serez-vous si vous êtes élu ? ») impliquait presque automatiquement des réponses sous forme d’anaphore : je serai, je serai, je serai..., et la plupart des candidats s’y sont prêtés.  L’ennui, avec la langue française, est que ce que je viens décrire serai pourrait l’être serais, et qu’il était donc impossible de savoir s’ils parlaient au futur ou au conditionnel, s’ils affirmaient devoir être élus ou s’ils en envisageaient la possibilité. Deux d’entre eux, cependant, ont marqué leur différence : Le Pen enchaînant une série de je veux, je veux être, je ne souhaite pas (elle ne dira je serai qu’une seule fois) et Hamon se lançant par une question : Quel peuple voulons-nous être ?, le seul à parler en nous.

Trois hommes en costume et cravate sombre, un quatrième (Mélenchon) en cravate rouge et une femme en tailleur sombre et chemisier blanc, les candidats avaient, derrière eux, leurs partisans. Ceux de Mélenchon avaient l’air inspiré en buvant les paroles de leur chef, ceux de Le Pen s’esclaffaient sans cesse, sans doute pour laisser croire que leur candidate avait de l’humour, seul Florian Philipot semblait tout contrit de ne pas avoir, pour une fois, la parole à la télévision. Et, pour continuer avec la sémiologie, Macron était le seul à montrer ostensiblement qu’il écoutait les autres, approuvant parfois d’un hochement de tête, histoire de bien faire comprendre qu’il prendrait des idées à droite et à gauche, comme dans une cafétéria on choisit les plats que l’on met sur son plateau. Quant à Fillon, immobile, ne regardant personne, pensif, il tentait de refaire le coup de la primaire de droite, avec l’air de dire « causez toujours, je serai le vainqueur ». Mais sa face de Droopy sera-t-elle efficace ?

Sur le fond ? Jusqu’ici, on a pu regretter que les affaires (celles de Fillon et de Le Pen) envahissaient trop la campagne et qu’on ne parlait guère des programmes. Ce fut le contraire hier soir. Le 14 février 1898 le dessinateur Caran d’Ache publiait dans Le Figaro sous le titre « un dîner de famille » un diptyque. Premier dessin, une famille attablée et, au dessus : « Surtout ne parlons pas de l’affaire Dreyfus ». Second dessin, tout le monde se bat dans un grand désordre, et cette phrase : « ils en ont parlé ». Hier, nos candidats n’en ont que peu parlé. Mélenchon s’est moqué des «pudeurs de gazelle », Hamon a parlé de l’interdiction d’embaucher des parents, mais Fillon et Le Pen sont restés dans un prudent silence et, pendant la partie du débat sur la moralisation de la vie publique Fillon se terra tandis que Le Pen adoptait, si je puis dire, une stratégie sous-marine, se cachant quelques temps au fond de la piscine, mais sans pull marine. On parla donc des programmes, un peu ou beaucoup, parfois passionnément, mais j’avoue qu’après deux heures d’échanges, alors qu’ils allaient aborder les problèmes d’environnement, je me suis trouvé à espérer, pour la première fois de ma vie, une coupe publicitaire.

Je m’esquive donc pour un petit pipi et c’est à mon retour qu’arrive la pub attendue : protège-slip, peau éclatante de beauté, voitures d’occasion, pâtes Lustucru, soutien-gorge, nouvelle voiture à partir de 136 euros par mois, nouveau dentifrice, économies d’électricité, brillance des cheveux, nouvelle Ford à 249 euros par mois, Panzani aux tomates fraiches, j’en oublie peut-être, plein de nouvelles choses, donc, notre belle société de consommation et d’abrutissement (comme je ne regarde jamais cette chaîne, j’avais un peu oublié) et l’on revient au débat, aux propositions économiques et sociales. Mélenchon promet des milliards dont on ne voit pas où il les trouvera, Le Pen invoque le « patriotisme économique », le « protectionnisme économique », glorifie les paysans et lance un chiffre à vérifier : les mutuelles françaises dépenseraient huit milliards d’euros de publicité. Age de la retraite, santé, place de la France dans le monde, terrorisme, les thèmes se  succèdent, Fillon-Droopy, voyant qu’on ne l’a pas attaqué sur ses malhonnêteté, reprend un peu du poil de la bête, Hamon souhaite couper les ponts avec le Qatar et l’Arabie Saoudite, Macron déclare avec honnêteté que « personne ne peut garantir qu’il n’y aura pas d’attentats » et l’on en vient aux conclusions. Fillon-Droopy lance qu’il est le seul à pouvoir obtenir une majorité à l’Assemblée, Hamon appelle à voter pour nos enfants, nos petits-enfants, Macron veut mettre fin au « tic tac droite gauche », Mélenchon n’a insulté personne et a paru presque calme. Bref, ils ont tous suivi à la lettre les éléments de langage que leur ont fournis leurs conseillers en communication. Hamon a parlé à ses concitoyens, Le Pen à ses compatriotes, Hamon et Mélenchon ont appelé de leur vœux la fin de la « monarchie présidentielle », Mélenchon et Le Pen se sont parfois trouvés sur les mêmes positions, Macron s’est souvent trouvé d’accord avec les uns ou les autres, sauf avec Le Pen. On ne s’est pas ennuyé, et c’est déjà beaucoup, des programmes antagonistes ont été enfin présentés. Le prochain débat, avec onze candidats, sera peut-être plus foutraque mais, tout de même, on avait parfois envie de dire, en souvenir de Caran d’Ache : « Mais qu’ils en parlent donc !"

 

 

 

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fleche15 mars   2017 : Pauvre Molière

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On parle beaucoup depuis quelques temps de la « Clause Molière ». Lancée en mai 1916 par un obscurs adjoint au maire d’Angoulême, Dominique You, elle consiste à imposer aux entreprises voulant accéder aux marchés publics soit que ses employés parlent français soit dans le cas contraire que les patrons utilisent des interprètes. Proposée en amendement à la loi travail  à l’Assemblée Nationale puis au Sénat, elle est chaque fois rejetée. Mais, passée inaperçue à l’époque, elle a fait depuis lors son petit bout de chemin. Laurent Wauquiez la fait adopter par le région Auvergne-Rhône-Alpes, Valérie Pécresse fait de même pour l’île de France, et elle est aujourd’hui adoptée par cinq régions, toutes présidées par la droite. Et, outre le PR, elle a le soutien du Front National.

Bien sûr, les arguments avancés font tous allusion à la sécurité sur les lieux de travail. Ainsi Valérie Pécresse, très proche comme on sait des intérêts du peuple, déclarait-elle : « C’est une condition sine qua non pour la sécurité des travailleurs sur les chantiers ». Mais nul n’est besoin d’être grand clerc pour voir qu’elle vise en réalité les travailleurs européens détachés et les travailleurs étrangers et que, derrière les arguments sécuritaires se profile la thèse du FN sur la préférence nationale. « On est chez nous », bien sûr.

Passons sur le fait que les Régions n’ont juridiquement pas le droit d’effectuer des contrôles sur les chantiers car le problème est ailleurs. Le gouvernement actuel n’a en effet  guère montré d’intérêt pour la Francophonie et nous serions bien en peine pour expliquer quelle est sa politique en la matière. La droite traditionnelle, du moins ce qu’il en reste, n’a pas non plus brillé en la matière et voilà que les thèses du front National pointent le bout de leur nez. Yannick Moreau, qui l’avait présentée à l’Assemblée, a de ce point de vue eu un parcours politique intéressant : d’abord membre du MPF (mouvement pour la France) de Philippe de Villiers il rejoint ensuite l’UMP puis le PR, et c’est bien la droite extrême qui s’exprime, sous couvert de sécurité, et développe une vision de la Francophonie ou de la défense du français effrayante. Ne serait-il pas plus intelligent et plus généreux de mettre en place une formation linguistique sérieuse pour les travailleurs migrants afin d’aider à leur intégration ? Pauvre Francophonie, et pauvre Molière.

 

 

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fleche13 mars   2017 : Se prendre une veste ou la retourner

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Je ne suis sans doute pas le premier à y avoir pensé, mais la chanson que chantait naguère Jacques Dutronc, L’Opportuniste, me paraît tout à fait adaptée à cette situation d’avant élection présidentielle. Vous vous en souvenez ? 

« Je suis pour le communisme

Je suis pour le socialisme

Et pour le capitalisme

Parce que je suis opportuniste

Il y en a qui conteste

Qui revendique et qui proteste

Moi je ne fais qu'un seul geste

Je retourne ma veste

Je retourne ma veste

Toujours du bon côté »

La droite nous a donné une belle illustration de ces transhumances politiques, qui pourrait nous donner ce léger détournement :

« J’étais pour le sarkozisme

J’étais pour le juppéisme

Je suis passé au fillonnisme

Parce que je suis opportuniste »

La gauche n’est pas en reste  côté retournement de veste et pourrait entonner :

« J’étais pour le socialisme

J’étais pour le hollandisme

Je suis passé au macronnisme

Parce que je suis opportuniste »

Il y avait aux jeux de cartes une expression, être capot, qui par attraction du nom d’un vêtement, la capote,  a donné une autre expression, se prendre une veste. Dans les deux cas, droite ou gauche, ces vagabondages politiques, ces errances ou ces migrations, semblent se ramener à un principe qui, s’il n’est pas très moral, pourrait bien être efficace : retourner sa veste plutôt que de s’en prendre une.

 

 

 

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fleche4 mars   2017 : Deus ex machina

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Deus ex machina. Cette expression latine (mais traduite du grec) désignait au théâtre le fait de faire descendre un dieu sur scène pour dénouer au dernier moment une situation compliquée : quelque chose d’inattendu, d’imprévu, qui venait tout régler.

J’ai depuis quelques mois, depuis la primaire de la droite, comparé cette élection présidentielle à une pièce de théâtre, et je dois dire que j’ai été exaucé au delà de ce que je pouvais espérer. Quel scénariste aurait imaginé une telle suite de retournements, de bouleversements ? A l’heure où j’écris, Fillon s’obstine, s’accroche au mât d’un navire en détresse, et l’on présente Juppé comme ce deux ex machina justement qui pourrait sauver la droite, à condition que le commandant de bord lui cède la barre avant le naufrage.

Je pars quelques jours à Paris, où j’aurais beaucoup de choses à faire, mais vous pourriez, vous tous qui me faîtes l’amitiés de me lire, imaginer quelques scenarii pour la suite des évènements. Surtout ne bridez pas votre imagination : tout ce qui s’est passé jusqu’ici dépasse l’imagination. Alors allez-y. Mais comme je suis bon prince, je vous suggère quelques idées, quelques débuts de piste. Faîtes votre choix et développez. Vous avez six jours.

Première idée, mais elle est un peu plate : rien ne change, Fillon s’obstine, impose à tous sa candidature et... A vous de jouer.

Deuxième idée, un peu macabre : Fillon se suicide, ou sa femme le tue, ou il tue Juppé, Baroin  et quelques autres. Ici il faudrait développer dans un style policier : s’il y a crime, l’auteur n’en est pas connu au départ, un policier avisé entre en scène, etc. On peut imaginer l’utilisation du mystérieux poison utilisé pour l’élimination de Kom-Jong-nam, le frère du leader démocrate nord-coréen Kim-Jong-un, ce qui vous mènerez sur une piste biscornue mais pas dénuée d’intérêt, la piste nord-coréenne. Il y aurait aussi la piste Poutine, qui avait fait empoisonner à Londres l'une de ses oppposants.

Troisième idée, Fillon se retire mais exige qu’un duel soit organisé (c’est plus rapide qu’une nouvelle primaire) entre les prétendants à la candidature. Vous avez le choix entre plusieurs armes, l’épée, le révolver. Je pencherai pour ma part pour quelque chose de plus original. Dans ma jeunesse, en Tunisie, nous organisions des duels d’injures. Deux personnes face à face s’injuriaient à tout de rôle en arabe, ayant le droit d’inventer des injures mais pas de se répéter. Et celui qui restait coi, sans nouvelle injure, avait perdu. Ici, pour mettre un peu de sauce, on pourrait imposer une contrainte supplémentaire : s’injurier en verlan. Vous pouvez enrichir tout cela en partant de la créativité du langage, des structures profondes. Je verrai assez bien chaque candidat disposant d’un conseiller linguistique, ce qui pourrait donner du travail à quelques doctorants, surtout s’ils sont payés au même tarif que Penelope...

Quatrième idée : Le plan B comme Balkany. Fillon prend la fuite avec sa famille. On apprend que c’est Balkany  qui lui a prêté une villa à l’étranger. Du coup la police découvre de nombreuses autres résidences que le couple Balkany avait réussi à cacher. Et, en tirant sur ce fil, démontre qu’un partie des sommes détournées par Bygmalion ont été récupérées par Sarkozy qui a chargé Balkany de placer cet argent dans l’immobilier qatari, ou hongrois...

Cinquième idée, un autre plan B, B comme Barjot Frigide, avec en toile de fond la « manif pour tous » qui prend en charge la campagne... On annonce que si elle était élue, la présidente Barjot choisirait ses ministres sur des critères stricts : pères ou mères de familles nombreuses, catholiques intégristes, homophobes, etc.

Sixième idée : allez relire Soumission de Houellebecq.

Moi, je vais faire ma valise.

 

 

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