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Mars 2018

 

 

 

 

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fleche19 octobre   2018:  L'accent des autres

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Jean-Luc Mélenchon n’en rate décidément pas une, mais là il est en train de virer vers l’ignoble. Déjà, il y a quelques mois, il avait laissé percer des accents racistes envers l’Allemagne et les Allemands. Hier la chose était plus drôle et plus grave.

Drôle parce qu’il était pris à son propre piège. Une journaliste de FR3, se souvenant sans doute qu’interrogé  naguère sur les ennuis de François Fillon il avait répondu «Chacun doit répondre de ses actes...Je n’ai pas d’autre choix que de faire confiance à la justice », l’interroge : « Il y a quelques mois, vois pointiez les déboires judiciaires de Fillon et de Le Pen sur la 3, et vous disiez que c’était une décadence de la République... » Voyant venir la suite et comprenant qu’il allait être mis face à ses contradictions, il a choisi...

Et c’est là où la chose devient grave. Il a choisi de se moquer de l’accent de la journaliste plutôt que de la laisser finir sa question: « Qu’esseu que ça veut direu....  Non Madame, vous ne savez pas de quoi vous parlez. Vous dîtes n'importe quoi. Quelqu'un a-t-il une question formulée en Français? Et à peu près compréhensible? Parce que moi votre niveau me dépasse, je ne vous comprends pas ». Petite précision, la journaliste a l’accent du Sud-Ouest, de Toulouse plus précisément. Seconde petite précision, Mélenchon est élu d’une ville dans laquelle on a un accent du Sud-Est, Marseille plus précisément. Le pauvre homme doit souffrir tous les jours en entendant parler ses électeurs.

Tirer en touche pour ne pas répondre à une question est une vieille ficelle de la langue de bois et Mélenchon, en vieux politicien, manie parfaitement la langue de bois. Il y a différentes façons de ne pas répondre à une question gênante, la plus courante étant de noyer l’autre sous un flots d’arguments qui n’ont rien à voir avec la question. Mais parfois cette procédure d’évitement révèle la face cachée de celui qui la pratique (souvenez-vous de Sarkozy et de son Casse-toi pauv con).  Le leader de la France insoumise a choisi de mépriser la journaliste, en insinuant qu’avoir l’accent de Toulouse c’est ne pas parler français, être incompréhensible, et il a du même coup révélé quelque chose de lui. Jacobin ? Sans doute. Raciste ? Je ne le crois pas vraiment. Il est plutôt irresponsable, incapable de se contrôler. Mélenchon, comme d’ailleurs Le Pen, a entraîné derrière lui depuis quelques années beaucoup de jeunes. Et  cela est une bonne chose : La jeunesse française est fortement dépolitisée et tout ce qui peut l’intéresser aux choses de la cité est positif... Mais insulter la justice, appeler à la haine des journalistes, tenir des propos racistes est une drôle de façon d’attirer les jeunes vers la politique. Et qu’elle soit commune à l’extrême gauche et l’extrême droite est inquiétant.

Evidemment l’incident a fait le buzz hier soir sur les  réseaux sociaux et continue ce matin. Le quotidien La dépêche publie sur son site des réactions de ses lecteurs internautes dont voici quelques exemples:

« Eh Meluche, n'oubliez pas que vos deux députés LFI ariégeois n'ont pas non plus l'accent de la capitale. Et vous les comprenez dans l'hémicycle (si bien sûr ils ouvrent la bouche) ? »

  "Quel choc pour les sympathisants insoumis occitans, qui découvrent que leur guide sacré, pétri de culture ne les comprend pas lorsqu'ils s'expriment avec des mots simples avec l'accent du peuple des régions"

 "Député de Marseille incapable de comprendre les accents du Sud, oh bonne mèèèèèère !"

 "Là je crois qu'il a perdu des voix dans le sud ouest bouducon !"

 "Et puis aussi, si notre accent écorche les oreilles de certains, qu'ils retournent respirer l'air parisien... et surtout qu'ils y restent avec leurs mines blêmes à respirer les senteurs des pots d'échappements et la puanteur du métro"

 "Amic Jean-Luc, Quina bergonha ! Per ua elejut deth sud dera França ! Eth accent qu'ei ua riquessa ». (Ami Jean-Luc, quelle honte ! Pour un élu du sud de la France ! L'accent est une richesse).

Etc.

« Ce qu’il y a d’encombrant dans la morale c’est que c’est toujours la morale des autres » disait Léo Ferré, et nous pourrions le parodier : ce qu'il y a d'encombrant dans l’accent, c’est que c'est toujours l’accent des autres. En France, effet de la centralisation sans doute, les Parisiens pensent qu’ils sont les seuls à ne pas avoir d’accent, et bien souvent, lorsqu’ils veulent réussir au niveau national certains tentent de perdre le leur, de le masquer, en s’alignant sur l’accent de la capitale. Pasqua, avec son accent grassois, ne pouvait pas aller plus loin dans la hiérarchie ministérielle, qu’au ministère de l’intérieur. Castaner, qui vient d’y parvenir, aura du mal à suivre la longueur de ses dents jusqu’à l’élection présidentielle. Et Mélenchon, qui dans son enfance avait sans doute un accent pied-noir, est aujourd’hui linguistiquement formaté pour participer à une telle élection. Mais à quel prix ! Au prix d’un racisme de ruisseau, ou du café du commerce. C’est à se demander pourquoi les Marseillais l’ont élu député. Seraient-ils masochistes ? Allez, je vais me livrer à une plaisanterie douteuse. Quand on compare les résultats de l’Olympique de Marseille à la ferveur de ses supporters, on pourrait croire à ce masochisme. Mais il sera intéressant d’examiner de près dans le sud de la France les résultats de la FI aux prochaines élections.

 

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fleche15 octobre   2018:  Autocéphalie

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Il m’arrive, dans mes cours ou mes conférences, lorsque je parle des frontières linguistiques et que je veux montrer qu’elles peuvent être aussi sociales ou politiques, d’évoquer le cas de l’Ukraine. En effet, si l’on examine le résultat de l’élection présidentielle de 2004,  opposant Viktor Ianoukovitch à Viktor Iouchenko, on constate une partition du pays en deux, que confirme l’élection de 2010, opposant Ioulia Timochenko, considérée comme pro-européenne, à Victor Ianoukovitch, pro-russe:  les cartes des résultats des deux élections sont pratiquement superposables avec à l’Est une majorité pour le candidat pro-russe et à l’Ouest une majorité pour le candidat pro-occidental.

Or cette partition correspond assez largement à la carte linguistique du pays : on parle plutôt russe à l’Est, plutôt ukrainien à l’Ouest. Et il en va un peu de même en ce qui concerne les religions : les catholiques sont majoritaires à l’Ouest du pays, , les orthodoxes à l’Est. C’est-à-dire que dans l’ensemble délimité par les « frontières de l’Ukraine », mises à mal par l’expansionnisme russe, nous voyons apparaître deux sous ensembles : les résultats des élections présidentielles, la répartition des langues dominantes et les religions concordent en grande partie.

Or l’église orthodoxe d’Ukraine est depuis longtemps mise sous la tutelle directe du patriarche de Moscou, ce qui est une façon de plus pour le régime de Poutine de contrôler ce voisin qui aiguise ses appétits. Mais il vient de se produire une petite révolution : le patriarcat de Constantinople (quelque chose comme le Vatican des orthodoxes) vient d’accorder à Kiev l’autocéphalie, c’est-à-dire l’indépendance spirituelle et juridique, et le droit d’avoir son propre patriarche. Il s’agit d’un coup dur pour Moscou, qui perd environ  un tiers de ses églises et ne peut plus prétendre au statut de premier patriarcat au monde, ou de rival du patriarcat de Constantinople. En gros, Poutine a certes mis la main sur la Crimée mais il vient de perdre une bataille politico-religieuse.

Comme quoi les frontières peuvent être polysémiques, avoir à la fois un sens  politique, linguistique, religieux, et la tendance à faire coïncider ces espaces parfois différents est sans doute l’une des marques du nationalisme.

 

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fleche9 octobre   2018:  Irresponsabilités

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Chaque semaine ou presque, et depuis longtemps, les media nous alarment : « Bientôt il sera trop tard », « Maintenant ou jamais », « la maison brûle et nous regardons ailleurs », « que lèguerons-nous à nos enfants », « éviter l’ingérable », « gérer l’inévitable », « où va la planète ? » Et le récent rapport du GIEC a multiplié ces appels à la prise de conscience. Tout le monde le sait, et tout le monde s’en fout. Mais cette inconscience ou cette irresponsabilité collectives ne concernent pas que le climat.

Dimanche, au Brésil, Jair Bolsonaro a recueilli au premier tour de l’élection résidentielle 46% des voix. Bolsonaro, vous connaissez ? Un militaire venu à la politique, misogyne, homophone, raciste, anti-droits de l’homme, soutenu par les églises évangélistes, les fazendeiros de l’agrobusiness et par tout le monde économique, qui rêve de ramener son pays à l’ère des « gorilles », cette  dictature qui a muselé le pays de 1964 à 1985. C’est loin le Brésil, ça ne nous concerne pas ?

Regardons plus près de nous. Lundi, en Italie, Marine le Pen et Matteo Salvini ont paradé, affirmant leur volonté de construire un axe fort à Bruxelles, de  détruire l'Europe de l’intérieur grâce aux élections à venir, avec sans doute le FPÖ autrichien, le KNP polonais. FPÖ est le sigle de Freiheitliche Partei Österreischs, « parti de la liberté d’Autriche », les mots ne coûtent pas cher. Et KNP signifie Kongress Nowej Prawicy, « Congrès le la Nouvelle droite ». Nouvelle droite, ça ne vous fait pas frémir ? N’oublions pas Orban en Hongrie, chantre du nationalisme ou Netanyahou en Israël, qui lui aussi ne sait pas vraiment ce que signifie « droits de l’homme », surtout quand l’homme ou la femme sont palestiniens. Tout cela est moins loin que le Brésil, non ?

Et en France ? Wauquiez, Le Pen, Dupont-Aignan et la « manif pour tous » vont d’une façon ou d’une autre converger un jour pour nous donner une belle extrême droite  (ou une nouvelle droite) qui n’aura pas grand mal à cueillir le pouvoir. Face à cette menace, quoi ? La gauche est incapable de se confronter intellectuellement aux problèmes qui font le miel de cette extrême droite (les réfugiés, le racisme, le nationalisme pais aussi la retraite ou le déficit). Macron, propre sur lui et lisse comme un banquier qui sort de l’ œuf, bluffe mais dérape sans cesse, se casse les dents et montre à ceux qui ont cru en lui son incapacité à agir sur la situation. Mélenchon poursuit sa démarche solitaire de populiste de gauche, sachant très bien qu’il n’aura jamais seul la moindre majorité.

L’inconscience et l’irresponsabilité ne concernent pas seulement la situation écologique de la planète. Elles concernent aussi notre avenir politique. L’extrême droite est à nos portes, et nous regardons ailleurs.

 

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fleche2 octobre   2018:  Obsèques... et hommage

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Le 19 avril 1980, plus de 50.000 personnes accompagnaient la dépouille de Jean-Paul Sartre vers le cimetière du Montparnasse. Deux semaines auparavant, seuls des amis assistaient à la levée du corps de Roland Barthes, qui sera enterré dans un petit cimetière à Urt, dans les Pyrénées-Atlantiques. Deux morts, deux traitements différents. En octobre 1978, Jacques Brel, mort à l’hôpital de Bobigny, était enterré discrètement dans un petit cimetière, aux îles Marquises. Le 31 octobre 1981, Georges Brassens était enterré dans l’intimité à Sète. En juillet 1993, c’était au tour de Léo Ferré, enterré à Monaco, en présence de quelques proches. Dans tous ces cas, des personnalités publiques, célèbres, dont les obsèques étaient plus ou moins discrètes. Mais, dans tous les cas aussi, ce n’étaient pas les pouvoirs publics qui en décidaient.

Plus récemment, le 5 décembre 2017, mourraient Jean d’Ormesson et Johnny Hallyday. Le premier eut droit à une cérémonie discrète, le second à des obsèques quasiment nationales.

Il y a eu en France, depuis 1885,  un peu plus d’une quarantaine d’obsèques nationales, celles de quelques écrivains (Victor Hugo, Pierre Loti, Maurice Barrès, Paul Valery, Colette, Aimé Césaire), d’une dizaine de militaires, d’une quinzaine de politiques et d’une artiste, Joséphine Baker. Sous la quatrième république, il fallait une loi pour octroyer cet honneur, sous la cinquième il suffit d’un décret du président. Mais cette tendance croissante à vouloir réserver à certains disparus un cérémonie officielle particulière est étrange. Les  dernières obsèques nationales, en 2008, étaient celles d’un certain Lazare Ponticelli, dont peu de gens connaissent le nom. Il s’agit du dernier vétéran français de la seconde guerre mondiale. Mais le général de Gaule n’a pas eu droit à cet honneur. Allez comprendre ! Voici donc que des voix s’élèvent pour réclamer qui un hommage national qui des obsèques nationales pour Charles Aznavour.

Il n’est pas question pour moi d’établir un baromètre de la notoriété ou du mérite, et d’ailleurs Aznavour a droit au moins aux mêmes égards qu’Hallyday. Des obsèques nationales ? Cela aurait peu de sens.

Mais c’est un immense chanteur qui vient de disparaître. Je ne l’ai que très peu connu mais je voudrais moi aussi lui rendre un petit hommage discret, à mon échelle. En 1991, je publiais une biographie de Georges Brassens, aux éditions Lieu Commun. Mon éditeur, Gérard Voitey, était également notaire, en particulier le notaire de Charles Aznavour. C’est un ami, Gérard Davoust, qui m’avait mis en rapport avec Voitey, Davoust qui était aussi l’associé d’Aznavour à la direction des éditions musicales Raoul Breton. Et Aznavour s’était bizarrement investi dans la promotion de mon livre. Nous avions mangé deux ou trois fois ensemble, et un soir qu’à Bobino, Alice Dona présentait un spectacle Brassens avec les élèves de son école de chanson, dans le hall je signais mon bouquin. Et Aznavour s’était subitement transformé en bonimenteur, interpellant les gens : « Achetez le livre de Calvet, il est excellent ». Il s’amusait comme un gamin dans ce rôle que personne ne lui avait demandé de jouer. Mais, même si beaucoup parlent de son ego, il m’était apparu ce jour-là sous un aspect tout différent: désintéressé, généreux et surtout marrant.

C’était juste un petit hommage. Et il aura les obsèques que voudra sa famille.

 

 

 

 

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fleche23 septembre     2018:  Baptême

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Dans le Journal du dimanche d’aujourd’hui, un article sur un tournoi de golf parle du joueur « Nord-irlandais » Rory Mcliroy. L’homme est effectivement né en Irlande du Nord, ce qui signifie qu’il doit avoir un passeport britannique. Le qualifier de « joueur britannique » ne serait donc pas faux, mais aurait sans doute des connotations différentes. Je suis incapable de dire si ce changement de nomination  aurait entraîné des troubles, en d’autres termes je ne sais pas quelle est la formulation « politiquement correcte », mais ce droit de nommer, ou de baptiser, est la première violence faite aux êtres humains. Les parents ont ainsi le droit de choisir le prénom que leur enfant portera toute sa vie, comme Christophe Colomb se donnait le droit de baptiser les îles qu’il « découvrait » dans la mer des Caraïbes.

Or il se passe actuellement au Liban un débat de nomination porteur d’opposition violente. Un certain Moustapha Badreddine, dont j’ignorais jusqu’ici le nom, est en effet au centre d’une violente polémique. Ce Badreddine est en effet accusé par le Tribunal Spécial pour le Liban d’avoir été l’un des organisateurs en 2005 de l’assassinat de l’ancien premier ministre du Liban, Rafiq Hariri. Mais Badreddine était en outre un chef militaire du Hezbollah, qui a été tué en 2006 à Bagdad, qui comme on sait n’est pas une ville libanaise mais syrienne.

Dès lors, comme le qualifier (ou baptiser) ? Terroriste ? Assassin ? Combattant ? Le Hezbollah a choisi : martyr. Et la municipalité de Ghobeiry, dans le sud de Beyrouth, vient de rebaptiser une artère  rue du martyr  Moustapha Badderine. On imagine la réaction du premier ministre, Saad Hariri, fils de Rafiq. Pour compliquer encore les choses, il tente depuis longtemps de constituer un gouvernement, dans lequel devrait figurer le Hezbollah, mais cette histoire de nom de vue complique singulièrement les choses.

Je n’ose proposer rue de l’olivier, ou rue de la colombe...

 


 

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fleche12 septembre     2018:  L'un souille, l'autre pas

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Il est donc probable que le prochain président de l’Assemblée Nationale ne soit pas une présidente et que Richard Ferrand soit élu à ce poste. Il faut dire qu’il a toutes les compétences requises. Conseiller général PS du Finistère, puis conseiller général PS de Bretagne, élu en 2012 député PS (je sais, j’ai répété trois fois PS, et je vais récidiver) il est alors considéré comme proche de l’aile gauche du PS. Et puis, abracadabra, il devient subitement l’un des premiers soutiens de Macron, dès octobre 2016. Pendant la campagne présidentielle, alors que Fillon se débat dans les affaires, Ferrand déclare que cela « souille tous les élus de France » (hou ! le vilain Fillon). Il devient ministre, alors qu’il traîne lui aussi une casserole (une magouille présumée dans les mutuelles de Bretagne grâce à laquelle il aurait permis à sa compagne d’acquérir dans les conditions douteuses un bien immobilier). Et, à la mi-juin 2017 il quitte le gouvernement pour devenir président du groupe La République en Marche à l’assemblée. Un joli parcours, rapide et sinueux si l’on se souvient que deux ans avant il était... à la gauche du PS.

Le voici donc sur le point de devenir président de l’assemblée. Problème : l’affaire des mutuelles de Bretagne est relancée par une nouvelle plainte (de l’association Anticor) en cours d’instruction. Et un journaliste de Libération lui demandait hier s’il démissionnerait en cas de mise en examen. Sa réponse est exemplaire. Il rappelle tout d’abord de beaux principes : « séparation des pouvoirs », « différence radicale entre une mise en examen... et ce qui procède simplement d’une plainte », puis conclue : « Quoiqu’il en soit, une décision procédurale n’a pas vocation à décider de l’exercice d’un mandat parlementaire ».

Je ne sais pas comment vous analysez cette dernière phrase, mais je la traduirais volontiers de la façon suivante : « je vous emmerde et j’emmerde les décisions procédurales, je suis élu, je le reste ». Hasard du calendrier, le même jour, Alexandre Benalla  refusait de se rendre devant la commission d’enquête du Sénat (il changera d’avis le lendemain). Et, dans les deux cas, on croit entendre, comme en voix off : « nous sommes intouchables ». Il y a là une grande arrogance

C’est le 3 mars 2017 que Ferrand voyait dans l’affaire Fillon une souillure pour tous les élus de France. Or Fillon ne sera mis en examen que le 14 mars. Il était donc à peu près dans la même situation que Ferrand aujourd’hui. Mais il nous faut bien conclure que l’un souille, l’autre pas.

 

 

 

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fleche4 septembre     2018:  Bigorneau

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Il était, bien sûr, difficile de remplacer Nicolas Hulot, le plus populaire des ministres, le plus médiatique. Le pâlot François de Rugy a dont été choisi, et les commentateurs le qualifient de « macronien pur jus », élu député avec l’étiquette de la République en marche et soutien inconditionnel du président. En fait les positions politiques du nouveau ministre ont toujours été à dimension variable. D’abord élu député comme  écologiste, il rejoint le groupe socialiste en 2016, participe à la primaire du PS en 2017, y obtient 3,88% des voix (ce qui témoigne de l’importance de son envergure), s’engage à défendre le vainqueur, Benoît Hamon, mais s’empresse de retourner sa veste pour soutenir Macron et se fait réélire député sous son drapeau. Bref c’est un politicien moyen (je veux dire dans la moyenne : avec des convictions politiques fluctuantes), qui ne gênera jamais le gouvernement. Il ne dira jamais un mot plus haut que l’autre, ne menacera jamais de démissionner, bref il respectera les codes.

Un chroniqueur de Libération écrit ce matin que ce remplacement ne changera rien : « Qu’il s’agisse de Hulot, d’une plante verte, de François de Rugy, d’un bigorneau ou du pape, le résultat sera le même ». A une différence près, peut-être : Hulot était un bigorneau vivant, frais, alors que Rugy est un bigorneau surcuit.

 



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fleche31 août    2018: Causes et effets

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J’ai vu dans le New York Times International Weekly de cette semaine un article dont le titre, « In East Ukraine, War brings more wolves » m’a intrigué. Après lecture, il s’agissait d’abord d’un paysan qui a été mordu par un loup, de divers chiens tués par les loups, d’un pêcheur attaqué par un renard, mais, derrière tout cela, d’un entraînement de causes et d’effets qui mérite d’être conté.

A l’Est de l’Ukraine, là où se manifestent depuis quelques années les appétits territoriaux de la Russie, la chasse est désormais interdite sur une bande de soixante kilomètres le long de la ligne de front entre les forces ukrainiennes et les séparatistes pro-Russes (et, mais cela est nié par la Russie, également des forces russes). Fort bien, et fort sage : n’importe qui portant un fusil pourrait être pris pour un belligérant et descendu par un véritable belligérant le prenant pour quelqu’un du camp adverse.

Premier résultat, la population de faisans et de lièvres a subitement augmenté de façon notable. Normal, puisqu’on ne les chasse plus, ils se multiplient, bien à l’abri des balles des chasseurs.

Deuxième résultat, cette profusion de proies attire les prédateurs. Normal : là où il y a à bouffer, il y a des bouffeurs. C’est donc la population de loups et de renards qui a subitement augmenté dans cette zone sans chasseurs et pleine de gibier.

Problème : le pêcheur attaqué par un renard l’a tué et ramené, et un vétérinaire a constaté qu’il était porteur de la rage.

Conclusion sous forme de constatations et d’une question.

Les constatations : les Russes veulent prendre une partie de l’Ukraine, ils lancent une guerre civile, les chasseurs sont interdits le long de la ligne de front, le gibier y prospère, les prédateurs en profitent, certains d’entre eux sont porteurs de la rage et attaquent les êtres humains.

Question : les Russes sont-ils propagateurs de la rage ?

 

 

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fleche28 août    2018: Un peu de fraîcheur

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Non, je ne vais pas vous parler de la canicule (encore que...) mais de la démission, hier et en direct sur France   Inter, de Nicolas Hulot.

D’habitude les choses se passent très différemment : un communiqué de Matignon disant que Monsieur ou Madame X a présenté sa démission pour des « raisons personnelles » et que le premier ministre l’a acceptée, même si c’est en fait le premier ministre qui l’a viré. De ce point de vue, Hulot a créé un précédent, ne prévenant personne, sans doute pour éviter qu’on dénature le sens de sa décision avant qu’il ait le temps de s’expliquer publiquement. Et il s’ensuivit une véritable panique. Il fallait voir la gueule de Benjamin Griveaux, transfuge du PS où il n’avait jamais occupé de poste très important et désormais porte-parole d’En Marche ! Interrogé par le journaliste Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV, et privé d’éléments de langage, Il ne pouvait que parler « d’absence de courtoisie » (le fait de démissionner sans prévenir). Il fallait aussi voir aussi celle de Marlène Schiappa interrogée par Guillaume Durand sur Radio Classique. Il lui parle d’abord des propos du pape sur l’homosexualité, elle répond comme quelqu’un qui récite une leçon, il l’interroge sur sa loi, elle argumente, puis sur la loi sur les fake news, elle continue à répondre en déroulant un discours convenu et boum, il annonce que Nicolas Hulot vient de démissionner. Elle se fige, puis se met à rire et répond « c’est une plaisanterie ?! », ajoute qu’il faut vérifier, insinue que c’est peut-être encore un coup de fake news.

Et bien non, ce n’était pas une plaisanterie ni une fausse nouvelle! Et ces deux séquences sont une parfaite illustration des limites de la profession politique. Le pétrole, le nucléaire, le réchauffement climatique, le glyphosate et j’en passe, nous sommes confrontés à une crise inimaginable il y a cinquante ans, tout le monde le sait et tout le monde s’en fout. D’ailleurs, lorsque Hulot a essayé de faire avancer la date d’interdiction du glyphosate, les députés de la France en Marche ont voté contre. Je n’ai personne derrière moi, pas de parti qui me soutienne a-t-il dit. Il est vrai que les Verts ne pèsent pas lourd. On disait naguère que le plus grand parti de France était celui des anciens membres du Parti Communiste. Nous pourrions dire aujourd’hui que le parti le plus inefficace, le plus inutile, est celui des écologistes, ou plutôt la galaxie des petites sectes qui passent leur temps à se dénigrer les unes les autres.

Hulot, sans le savoir peut-être, a jeté la lumière sur cette profession politique remplie de gens faisant la queue pour obtenir un poste de ministre, n’importe lequel, même s’ils n’y connaissent rien. Il a apporté un peu de fraîcheur dans ce milieu, expliquant que les lobbyistes opèrent jusque dans les bureaux de l’Elysées. Car c’est bien là le problème. Il y a un millions de chasseurs en France, ce qui donnerait selon les spécialistes trois millions d’électeurs si on y ajoute les familles de chasseurs. Alors Macron les caresse dans le sens du poil. Et les paysans, qui défendent leur droit au glyphosate, c’est-à- dire à la pollution ? Ils représentent aujourd’hui 3,6% de la population française, et l’élection présidentielle se joue en général à 3% des voix (sauf lorsqu’il y a un Le Pen au second tout). Dès lors il faut, eux aussi, les caresser dans le sens du poil. Et peu importe les convictions, s’il y en a, quand la prochaine élection est en jeu. On peut dire tout ce que l’on veut pendant les campagnes, tout promettre, mais on oublie tout cela au moment de passer aux actes. Ce que « l’affaire Hulot » dévoile, c’est que Macron, celui qui a lancé avec fierté (et en anglais) make the planet great again, celui qui a déclaré vouloir changer la politique, est finalement un politicien comme les autres.

 

 

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fleche19 août    2018: "Fake science"

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Depuis environ deux ans je reçois, comme je suppose beaucoup de mes collègues, des courriers émanant de revues inconnues, en tout cas inconnues de moi, disant qu’elles publieraient volontiers un article de moi, courriers que je mettais régulièrement à la poubelle, sans chercher vraiment à savoir d’où ils émanaient vraiment. Mais un long article publié il y a quelques semaines dans Le Monde m’a éclairé. Traitant de ce qu’il appelait la « fake science », la science bidon, le quotidien expliquait qu’il y avait là un effet pervers de la pression exercée sur les enseignants-chercheurs. Publish or perish dit-on en anglais, publier ou crever, formule qui a été détournée : « publier n’importe quoi... »  Selon Le Monde, à ceux qui répondent à ces courriers on demande très vite une participation financière (c’est-à-dire qu’il s’agit de publication à compte d’auteur), on organise même des congrès bidon et, surtout, toujours selon le quotidien, certains laboratoires paient les frais de ces publications ou de ces colloques pour leurs chercheurs. J’ai même appris en passant que l’université française qui utilisait le plus cette façon frelatée de faire croire qu’on faisait de la recherche de pointe était celle à laquelle j’ai appartenu à la fin de ma carrière, l’université d’Aix-Marseille.

Or voici que la façon de draguer de ces revues a évolué. Il y a une quinzaine de jours j’ai reçu un message d’un International Journal of Language and Linguistics beaucoup plus personnalisé  que les précédents. Le voici :

 

Dear Calvet L-J, Warm greetings from the editorial office !

It is learnt that you have published a paper titled Pratiques des langues en France, Oui mais de quoi parlons-nous in Langage et Société and the topic of the paper has impressed us a lot.

Researchers specializing in a wide range of disciples have expressed keen interests in your paper. Aiming at promoting the communications within scientific community, specialists and professionals in different fields can get the cutting-edge research results from International Journal of Language and Linguistics. In view of the advance, novelty, and potential wide applications of your innovation, we invite you to send other unpublished works of similar themes to the journal. We are also quite looking forward to receiving your further research on the published paper. If you have any interest, please refer to the following link for more information:

http://www.journaloflanguage.org/submission

 

La référence à mon article était exacte, ce qui signifie que le logiciel servant à rechercher des gogos avait été amélioré. Une revue « scientifique internationale » qui propose de publier des articles qu’elle n’a pas lus, cela n’est pas banal. Mais vous imaginez la réaction de jeunes chercheurs naïfs qui ont besoin d’étoffer leur CV ? Ils doivent se précipiter sur ce genre de propositions comme la vérole sur le bas-clergé. Reste bien sûr à savoir si les autorités universitaires qui auront à évaluer ce CV seront dupes. Mais tout est possible, surtout si les évaluateurs ont partie liée avec cette « fake science ».

En effet, ce matin, j’ai reçu un autre courrier du même émetteur, qui commençait de la même façon, « Dear Calvet L-J, Warm greetings from the editorial office !

It is learnt that you have published a paper titled Pratiques des langues en France, Oui mais de quoi parlons-nous in Langage et Société and the topic of the paper has impressed us a lot.

Researchers specializing in a wide range of disciples have expressed keen interests in your paper», et poursuivait :

« On behalf of the Editorial Board of the journal, it is privileged for us to invite you to join our team as the editorial board member/reviewer of International Journal of Language and Linguistics. Your academic background and professional and rich experience in this field are highly appreciated by us. It is believed that your position as the editorial board member/reviewer will promote international academic collaborations ».

Ici encore, des collègues peut-être moins naïfs que les jeunes chercheurs pourraient sauter à pieds joints sur cette proposition. Appartenir au comité de rédaction d’une revue internationale, quel honneur !

Bref, j’ai autre chose à faire qu’à poursuivre ces investigations, que Le Monde a d’ailleurs parfaitement menées, mais il y a là une pollution du système d’évaluation de la recherche qui mériterait une enquête. Il serait d’ailleurs savoureux si l’on découvrait que certains « mandarins » étaient tombés dans le panneau. Mais j’ai sans doute mauvais esprit...

 

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fleche17 août    2018: Etats voyous

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« Rogue state », cette expression utilisée pour la première fois par Ronald Reagan (déjà un canard à la Maison blanche) à l’endroit de la Libye, puis remis à la mode par Bush junior et Colin Powell, est aujourd'hui au centre de la politique étrangère US et de sa rhétorique : les Etats qui ne respectent pas les lois internationales, qui ne se plient pas aux désirs américains, qui gênent leurs intérêts sont décrétés voyous. Fort bien.

Mais, à y réfléchir, il y a deux états voyous, complices de surcroît, qui dominent dans cet « axe du mal » cher à Bush : les USA et Israël. Le nombre des résolutions de l’ONU auxquelles ces deux pays se sont seuls opposés est important, plus encore celui des résolutions votées par l’ONU que ces deux pays, toujours eux, ne respectent pas. Voter contre ou s’abstenir est leur droit le plus strict, ne pas respecter une résolution en revanche relève d’une voyoucratie qui, en toutes occasions, ne se préoccupe que d’une seule chose, les intérêts d’Israël, et accessoirement les intérêts électoraux du pouvoir américain.

Dans notre culture politique correcte, il devient délicat de critiquer Israël sans être immédiatement traité d’antisémitisme. Et Israël a en outre développé une ruse sémantique sournoise lui permettant de traiter d’antisémite toute critique de sa politique. Ce pays se donne le droit de faire ce qu’il veut, d’installer des colonies dans les territoires palestiniens au mépris des lois internationales, bref de se comporter comme un état voyou avec le soutien indéfectible des USA et d’une grande partie le l’opinion juive mondiale.

La loi que Netanyahou a fait voter le 19 juillet dernier va encore plus loin. Revenant sur le principe d’égalité que David Ben Gourion avait mis, en mai 1948, au sein de la déclaration d’indépendance, elle institue « légalement » un état raciste, avec les citoyens de deuxième zone, les arabes palestiniens, dont même la langue, jusque là co-officielle, est raturée. L’un des résultats de cette vilénie, auquel l’extrême droite israélienne n’avait pas pensé, est que les Druzes, jusqu’ici fidèles au pouvoir, se retournent aujourd’hui contre lui. Un autre est que la société israélienne se fissure, que l’opposition depuis longtemps muette se regroupe. Mais le pire est ailleurs. Ce petit pays, dont la création répondait à la barbarie nazie, aurait dû être une démocratie exemplaire. Il bafoue depuis de longues années les principes démocratiques. Voilà qu’il évolue officiellement vers une sorte d’apartheid honteux, vers un pays fondé sur une « race » et une religion, un pays dans lequel les minorités seraient opprimées, les ultra-orthodoxes dominants, bref vers une dictature théologique, un modèle  régulièrement dénoncé, paradoxalement celui d’un certain nombre des pays arabo-musulmans.

Bien sûr la cour suprême peut encore invalider cette loi, nous verrons, mais la séparation des pouvoirs, l’un des piliers de toute démocratie, devient de plus en plus poreuse au pays de Netanyahou. Et qu’on ne me dise pas que noter cela, signaler que ce pays dérape de plus en plus, comme d’autres pays régulièrement dénoncés par les USA, est de l’antisémitisme.

 

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fleche5 août    2018: La voix de son maître

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« L’affaire » Benalla, qui aurait pu être un simple fait-divers, a fonctionné comme un révélateur, sans doute à cause des longs flottements dans la communication politique. Nous avons vu un porte-parole de l’Elysée, figé devant la caméra, ne dire pratiquement rien, deux ou trois ministres se contredire, et pour le reste un silence assourdissant. Christophe Castaner, délégué général de LREM et Richard Ferrand, président du groupe parlementaire, d’habitude très bavards, fuyaient les caméras tandis que les députés LREM semblaient pétrifiés, désarmés, perdus. Cette « affaire » ne donnait pas seulement à voir des disfonctionnements de l’Elysée, elle mettait en pleine lumière le fonctionnement d’un groupe politique attendant l’épiphanie (du grec epiphâneia,  « apparition du verbe »), incapable de raisonner sans avoir reçu l’aide d’éléments de langage.

Cela fait une trentaine d’années que cette expression est apparue dans le vocabulaire politique et dans les media, façon faussement technique de désigner une chose toute bête : dès qu’il y a un sujet brûlant tous ceux qui peuvent être interrogés par la presse reçoivent un message leur disant ce qu’ils doivent dire. Nous avons tous entendu, d’une station de radio à l’autre, d’une chaîne de télé à l’autre, le personnel politique répondre strictement de la même façon aux questions, incapable souvent de commenter, de faire la moindre digression. Un peu comme des candidats à un examen qui apprennent par cœur les réponses aux questions qu’on leur posera et les recrachent ensuite mot pour mot.

Ce type d’argumentaire, avec des formules toute faites, des petites phrases qui frappent, a pour effet de laisser croire à une cohérence : ils disent tous la même chose, donc ce doit être vrai. L’ennui est qu’il atteint souvent le but inverse. Et, dans le cas de LREM,  cela tourne à un véritable psittacisme : des députés qui, comme des perroquets, répètent des mots ou des phrases dont on a l’impression qui les comprennent à peine. Ils ressemblent à ces enfants qui récitent le catéchisme, ou à ces « fous de Dieu » qui ânonnent des passages du Coran. En fait les députés que les électeurs ont envoyés à l’Assemblée nationale sont surtout, dans leur grande majorité, des novices en politique. Le groupe LREM attend la voix de son maître pour aller ensuite la répandre à l’envi. Et lorsque le maître n’a pas encore parlé, il se tait. Puis, l’épiphanie tombée du ciel élyséen, il se précipite et récite.

Cela peut s’appeler du l’analphabétisme politique ou religieux, ou du prêt-à-penser, comme on voudra. Et cela me fait penser à une formule de François Bayrou, que je ne cite pourtant pas souvent : « Si nous pensons tous la même chose, alors nous ne pensons rien ».

 

 

 

 

 

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fleche4 août    2018: Petite chienne

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Le spectre de la canicule semble hanter les responsables politiques, puisque nous apprenons que la ministre de la santé a reculé ses vacances afin de pouvoir veiller au grain (je sais, cette expression est mal venue : de grain, justement il n’y en pas et on en voudrait bien), et les media en font leurs choux gras (même si la sécheresse rend les choux assez rares sur les marchés). Cela me rappelle un billet que j’avais mis sur ce blog il y a bien longtemps (en 2006) et que je recycle en partie aujourd’hui. Car derrière la chaleur, les vapeurs, les ventes de climatiseurs et l'augmentation de la consommation en électricité, canicule dit au linguiste une histoire plus drôle.

J’expliquais donc il y a douze ans que le mot vient du latin canicula, diminutif de canis, qui signifiait "petite chienne" (A propos, nous avons en français un mot pour désigner le "petit chien", chiot, mais rien pour la "petite chienne", chiotte étant utilisé en un autre sens... Que font les féministes ?). Mais revenons à la canicule. Le mot latin va être utilisé pour désigner une étoile, Sirius, que l'on appelait aussi "Chien d'0rion". Or cette étoile se lève et se couche en même temps que le soleil entre le 23 juillet et le 24 août, c'est-à-dire au moment des plus grandes chaleurs. Cette période a donc été nommée canicule (canicola en italien, canicula en espagnol) par référence aux mouvements de Sirius en un point donné de l’année. Et comme, malheureusement, la canicule ne se limite pas aux 23 et 24 juillet mais déborde largement sur août, le mot a pris le sens plus large que nous connaissons aujourd’hui, perdant son lien avec le calendrier.

Chienne de vie.

 

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fleche3 août    2018: Ouaf Ouaf et cocorico

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Après les animaux privés de viande, voici les animaux condamnés à mort !  Rassurez-vous (ou désespérez-vous), je ne suis pas un défenseur acharné des droits des animaux, même si une amies algérienne, Dalila, m’a dit un jour que j’étais presque un arabe, « presque » parce que j’aimais les animaux...  Bref, en Colombie, le puissant cartel de narcotrafiquants dit « cartel du golfe » a mis à prix la tête d’un chien, ou plutôt d’une chienne, qui porte le nom de Sombra. Elle travaille à la brigade des stupéfiants et a pour métier de savoir détecter grâce à son flair la cocaïne. Elle aurait ainsi à son palmarès dix tonnes de cocaïne et 245 arrestations de trafiquants à l’aéroport El Dorado de Bogota. Le « cartel du golfe » a donc promis environ 6.000 euros à quiconque l’éliminerait. Vous me direz que 6.000 euros ce n’est pas cher pour un tel flair, mais ça fait plus sérieux en pesos colombiens : 20 millions. Il ne fait pas bon être chien renifleur en Colombie...

Il est préférable d’être poulet... Enfin poule ou coq ou poulet au Liban. En effet on a découvert au siège d’Electricité du Liban, à Beyrouth, un étage entier consacré à l’élevage de ces gallinacés. Qu’est-ce que les poules, les coqs et leurs rejetons ont à voir avec la production d’électricité ?  Rien ! Enfin, pas grand-chose. Ce n’est pas que les employés d’Electricité du Liban aiment particulièrement les œufs, les omelettes, le poulet rôti ou le blanc de poulet, non. Ou du moins je n’ai aucune information sur ce point. C’est que le siège d’Electricité du Liban serait le seul endroit de la capitale où il n’y a pas de coupures d’électricité. Ainsi ces gallinacés jouissent en permanence d’éclairage, de chaleur ou de climatisation. On peut aussi imaginer qu’après abattage on les conserve au congélateur sans risque de panne.

Le « cartel du golfe » n’a pas songé à mettre Sombra dans un congélateur, peut-être parce que là-bas aussi il y a beaucoup de pannes d’électricité. En revanche, les poulets libanais se moquent comme de leur premier plumage de la canicule.

Tiens ! A propos de canicule... Mais j’y reviendrai demain.


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fleche28  juillet  2018: Ouaf Ouaf!

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Nous vivons une époque complètement folle ! Un certain nombre de marques proposent des aliments végans pour chiens et chats. Oui, vous avez bien lu : des aliments végans pour chats et chiens. Comment chacun sait, le chat est carnivore, et vous en avez sans doute vus jouer avec un oiseau ou une souris avant de les dévorer.. Quant au chien, il est omnivore, donc carnivore, et là aussi vous en avez vus croquer un os ou dévorer un bout de barbaque. J’ai eu dans ma vie une chatte et un chien. La chatte s’appelait Louise Michel et le chien Mandrin. Elle aurait fait une drôle de tête si je lui avait servi de la salade, et il aurait boudé si j’avais mangé devant lui un gigot d’agneau sans lui en donner les reliefs.

Vous allez me dire que tout le monde peut changer de comportement. Oui. Nous pourrions (enfin, ils pourraient) organiser des stages pour des lions, ou des alligators,      afin de les convaincre que ce n’est pas bien de manger son prochain. J’aimerais beaucoup voir ça. Je peux même leur fournir une adresse, en Louisiane, où j’ai travaillé avec des éleveurs et chasseurs d’alligators (pour être plus précis je travaillais sur la langue qu’ils parlaient, leur créole). Et j’imagine la révolte de ces bêtes que l’on voudrait priver de leur nourriture habituelle et naturelle.

Allons plus loin. Imaginez un syndicat des chiens, un autre des lions, un troisième des requins, revendiquant le droit de bouffer ce qu’ils veulent. Ce serait plaisant, non ? Et s’ils réalisaient l’union syndicale? Si le SAA (le syndicat des animaux affamés) décidaient de mener des opérations nutritives en dévorant systématiquement ceux qui veulent le priver de  viande ?

Les végans se déclarent antispécistes, c’est-à-dire qu’ils refusent l’exploitation d’une espèce animale par l’espèce humaine. Fort bien, c’est leur problème, ils peuvent bouffer des légumes ou des graines à leur guise. Mais ce qui apparaît ici, c’est la volonté d’imposer son idéologie à une espèce qui n’a rien demandé. Et vouloir imposer à un chat ou à un chien de ne pas manger de la viande, n’est-ce pas du spécisme ? A moins que ce ne soit du racisme, ou du fascisme...

Mais s’ils veulent absolument imposer leur volonté à leurs animaux, les antispécistes peuvent adopter des cobayes ou des lapins. Pas des oiseaux, ils mangent des vers. Ni des députés de la République en marche : ils avalent tout.


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fleche13  juillet  2018: sans commentaire...

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Sans commentaire, ou silmplement celui-ci: Ce mélange de langues que dénonce la Haute Autorité tunisienne est celui que mes collègues et mes amis tunisiens utoilisent souvent entre eux. Ce qui ne les empêchent pas d'être d'excellents chercheurs et de publier en arabe ou en français.


La Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA) a mis en garde les radios Express Fm et Misk FM car leurs animateurs et chroniqueurs “utilisent une langue qui repose sur un mélange entre le dialecte tunisien et la langue française”. Selon la haute autorité, cela contrevient à l’article 28 du cahier des charges relatif à l’octroi d’une licence radiophonique mais également l’article 4 de la Convention relative à la création et à la diffusion signées par les deux radios avec la HAICA.

Cet article 4 affirme que: “Les programmes doivent être présentés en langue arabe et en dialecte tunisien et peuvent être présentés dans une langue étrangère (principalement en français ou en anglais) à condition que ces programmes ne dépassent pas les 2 heures par jour”.

“Plusieurs de vos journalistes n’appliquent pas les dispositions de l’article 4 de la convention de création et de diffusion d’une chaine radiophonique privée (...) et utilisent une langue basée sur un mélange entre le dialecte tunisien et la langue française” s’adresse l’Instance aux deux radios, ce qui représente selon elle “une contravention au cahier des charges”.

Mettant en garde Express FM et Misk, la HAICA recommande de “ne plus utiliser une langue basée sur le mélange entre le dialecte tunisien et la langue française” et appelle ”à présenter les émissions dans une seule langue claire et précise” que ce soit en arabe, en dialecte ou dans une langue étrangère.

Contactée par le HuffPost Tunisie, la chargée des relations avec les médias à la HAICA explique cette mise en garde. Selon elle, celle-ci repose sur deux niveaux: d’abord au niveau du cahier des charges qui oblige à la “bonne utilisation d’une langue” ainsi qu’au niveau de la convention qui dispose que la langue doit être claire et précise: “Quand une radio choisit la langue arabe et/ou le dialecte tunisien, ces émissions doivent être dans cette langue. Ensuite, elle peut avoir une ou plusieurs émissions dans une langue étrangère à partir du moment où ça ne dépasse pas les 2 heures par jour”. 

“Quand on parle en arabe et en français, la langue n’est pas claire. Une phrase en arabe suivie d’une phrase en français, ou deux mots en arabes et deux en français et un mot en anglais ne contribuent pas à la clarté et à la précision de la langue” explique-t-elle.

Pour elle, les principes de clarté et de précision de la langue ont été basés sur un ensemble de réflexions: “Bien sûr cela a été pensé au profit des auditeurs mais aussi pour les générations futures, en se posant la question de savoir quelle est notre langue?”.

Cette convention qui dispose ces règles à suivre a été le fruit de concertations avec les médias mais aussi de spécialistes: “Ce sont des experts et des spécialistes en sociologie, en langues, en musique et dans tant d’autres domaines qui ont convenu de ces spécificités” a-t-elle conclu.

 

 

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fleche11  juillet  2018: Ancrage...

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Les Belges et les Français ont regardé hier le match de demie finale de la coup du monde de football dans des conditions et des situations diverses. En famille, chez eux, parfois avec des amis, dans des bars, en abusant parfois de l’alcool, en plein air, sur des place publiques, face à des écrans géants... Et, après la victoire de la France, ce fut un concert de pétards, de cornes de brumes, de sifflets, de chansons...

Ma compagne et moi, qui ne nous intéressons nullement au foot et ne suivons jamais le moindre match, avons pour notre part innové. D’un côté l’écran de télévision, une chaîne que nous ne regardons jamais, la une, mais qui retransmettait le match, de l’autre la radio. Nous avions coupé le son de la télé et écoutions sur France Inter une émission hilarante : des humoristes belges et français, toute la bande de l’émission Par Jupiter, « commentaient » si l’on peut dire les ébats des deux équipes. Plaisanteries, jeux de mots, faux nationalismes, références à ce qui passait sur une autre chaîne (une émission consacrée au chanteur Michel Sardou), conseillant même parfois de changer de programme et, à la fin, la Belge Charline Vanhoenacker lançant quelque chose comme « maintenant je deviens française ».

Ca n’a pas d’intérêt ? Pas sûr. On sait déjà qu’une image sans son, une télé muette, est encore une émission de sens. Vous regardez les informations sans le son et vous avez une petite idée de ce qui se dit, ou encore vous faites des hypothèses, vous subodorez. Mais lorsque le son n’a que peu de rapports avec l’image, il se construit un autre sens, qui peut-être comique, ou critique. Imaginez l’image d’un discours d’un chef de l’état, celui que vous voudrez, avec le son d’un autre discours, celui d’un dictateur ou des Marx Brothers ou de Woody Allen... Roland Barthes, dans une analyse célèbre  d’une affiche publicitaire des pâtes Panzani  avait théorisé ce qu’il appelait « la fonction d’ancrage » du texte, qui donne à l’image un sens alors qu’elle peut en avoir plusieurs, être polysémique. Hier les commentaires parfois délirants de la bande à Charline donnaient un autre sens au match. Quel sens de l’image ce discours ancrait-il ? C’est bien le problème, mais ce qui est sûr c’est qu’il déconstruisait le « sérieux » de la situation, l’angoisse des supporters, le cinéma des joueurs faisant semblant de tomber puis se roulant dans le gazon. On ne voyait que de grands garçons en culottes courtes s’agiter, se bousculer, se disputer un ballon en lui donnant des coups de pieds, et on entendait un discours presque onirique qui déclenchait un rire libérateur.

 

 

 

 

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fleche10  juillet  2018: Encore des clichés

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J’écrivais hier : «il n’est pas exclu que les « histoires belges » reviennent en force d’ici demain ». Ce matin, comme pour me démentir, La Provence  titrait Pas de blague ! Et l’article se terminait ainsi : « Les Bleus sont prêts pour atteindre leur zénith, à Saint-Pétersbourg, et écrire une nouvelle page de leur histoire. Surtout pas de blague, pas maintenant. Davaï les Bleus »   Joli tour de passe-passe qui consiste à intimer l’ordre de ne pas faire de bêtises, et donc de gagner, tout en évoquant de façon subliminale les blagues belges que l’on feint d’interdire. Quant au davaï les Bleus, vous aurez compris qu’il signifie, en russe, « allez les Bleus ». L’Equipe, le quotidien sportif français, nous offrait une couverture en bleu et rouge avec comme titre Une foi. Là encore tout est dans la nuance : foi en la victoire, bien sûr, mais aussi référence à une fois, expression désémantisée  qui ponctue parfois, dans le français parlé en Belgique, les phrases, et constitue surtout un cliché récurrent : lorsqu’on fait parler un Belge, dans les histoires du même nom, on lui fait dire une fois plus que de raison.. Enfin Libération titrait en une : France Belgique, frères à demi. Oui, il manque un e au dernier mot. Faute d’orthographe ? Que nenni ! Juste une façon de renvoyer « subtilement » au demi de bière. Allez, ce soir tout se terminé, ou presque. Ouf !

 

 

 


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fleche9  juillet  2018: La guerre des clichés

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Depuis que l’affiche de la demi-finale du mondial de foot est connue, il est impossible d’ouvrir un journal, la radio ou la télé sans entendre parler du match à venir entre la France et la Belgique. Albert Einstein aurait dit un jour qu’il était plus facile de désintégrer un atome qu’un stéréotype, et les clichés pleuvent drus. Le dernier album d’Uderzo et Goscinny (Asterix chez les Belges, 1979) est bien sûr largement utilisé.  Le journal du dimanche  met en couverture  Abraracourcix et Gueuselambix s’affrontant : « Si vous êtes les plus braves, il faudra le prouver » dit l’un. « C’est ce que j’allais proposer ! Faisons un concours » dit l’autre. Le nom du chef belge, Gueuselambix, est déjà tout un programme, et l’album évoqué tourne d’ailleurs autour de l’organisation d’un concours, présidé par Jules César. L’Equipe pour sa part titre Objectif Lune avec un dessin inspiré de Tintin, et Le Parisien oppose, toujours en une, Asterix et Tintin, tenant son chien Milou dans les bras (un roquet ?).

La  presse belge de son côté insiste surtout sur la victoire contre le Brésil : C’était le Brésil clame Le Soir, Historisch lance la Gazet van Antwerpen. Seul De Morgen regarde plutôt vers l’avenir en titrant Volgende horde : Frankrijk (« Prochain obstacle: France »), soulignant par là que le but est la finale. Ainsi les clichés semblent plutôt se trouver du côté des journaux français...

Mais il n’y a pas que le Français Asterix et le Belge Tintin dans cette avalanche de stéréotypes. Les « Bleus » et les « Diables rouges » (il faudra d’ailleurs étudier un jour les clichés qui se trouvent derrière les noms des équipes de football) vont s’affronter dans un décor binaire : Stromae contre Abd el Mali,  le Manneken Pis contre la tour Eiffel, Tintin contre Astérix, la bière contre le vin, les moules et les frites contre le bœuf bourguignon, et j’en passe. C’est une véritable guerre des clichés qu’on nous donne à voir. Et il n’est pas exclu que les « histoires belges » reviennent en force d’ici demain. A suivre donc.

 

 



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fleche1er  juillet  2018: La saison des lapsus...

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Fin mars, devant l’Assemblée nationale, la ministre de la santé, Agnès Buzyn, a commis un lapsus hilarant, commençant son intervention ainsi : « Mesdames et messieurs les retraités ». Bon, inutile d’en chercher très loin la source, elle était sans doute en train de se saisir du dossier compliqué de la réforme des retraites, qui a débordé un peu trop tôt sur l’ordre du jour... Plus intéressant est le lapsus de Richard Ferrand, président du groupe de la république en marche dans la même Assemblée, qui a déclaré doctement il y a quelques jours: « Je crois que tous les points de vue qui ont été exprimés, augurent bien de la richesse des dégâts », puis, se reprenant, « des débats à venir ». Il s’agissait de l’examen d’un texte sur la réforme constitutionnelle, et cette langue qui fourche prend toutes les allures d’un aveu. Ou Ferrand n’est pas d’accord avec la future réforme, ou il pense qu’elle fera des dégâts et il est taraudé par le remord. Le même jour, et toujours à l’Assemblée, son président, François de Rugy, a déclaré lors de son discours de clôture: « aujourd’hui notre assemblée, composée de ses  députains... de ses députés ». Il a l’air de bien les aimer, les députés, Rugy...

En fait, la macronie semble suivre sur ce terrain le Premier ministre qui, le 11 mars, déclarait devant les instance du rugby « Et parce que la France est une nation qui veut continuer à sucer… la France est une nation qui veut continuer à susciter des grands champions ». Et, un mois plus tard, présentant la stratégie nationale pour l’autisme, il récidivait :  "C’est pour amorcer des changements majeurs pour les personnes autistes que le président de la République a ouvert en juillet une vaste contest… concertation ». Puis, voulant faire de l’humour mais confirmant du même coup son lapsus, il ajoutait : «qui peut-être après tout est une contestation"

Il faut prendre au sérieux ces « erreurs » qui sont le plus souvent la vérité de l’inconscient. Lorsque Rachida Dati disait naguère fellation alors qu’elle voulait parler d’inflation, et le Premier ministre récemment sucer au lieu de susciter, leur inconscient ne nous regardait pas : à chacun ses fantasmes. Mais dans les autres cas que je viens de relater, les choses nous concernent peut-être plus.

Freud a rapporté le lapsus d’une jeune homme qui, proposant à une jeune fille de la raccompagner chez elle (en allemand : begleiten), dit begleitdigen , mot qui n’existe pas mais ressemble à beleidigen, « manquer de respect ». Pour le père de la psychanalyse, il fallait entendre ici l’interférence entre ce que le jeune homme voulait dire (begleiten) et ce qu’il refoulait (beleidigen) : le lapsus était une sorte de compromis phonétique entre deux intentions, l’une consciente et l’autre inconsciente, refoulée. De ce point de vue les putains de députés, les dégâts, la contestation sont à examiner avec soin. Y aurait-il chez ces politiques un refoulé permanent et qui déborde sans cesse ?

Si la saison des lapsus semble donc ouverte, nous pourrions nous demander pourquoi ils sont si nombreux dans les bouches de la France en marche ?

 



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fleche23 juin  2018: Sans le latin, la pêche nous emmerde

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Face à ceux qui passent leur temps à critiquer la bureaucratie européenne on répond souvent que non, les bureaucrates n’ont guère de pouvoir, que ce sont les chefs d’état qui décident de toit, ou du moins de ce qui est important.

Et pourtant... Pourtant. Lors d’une descente de contrôleurs de je ne sais quoi, les poissonnières du vieux port de Marseille viennent de se voir notifier un bon nombre d’irrégularités. Le fait, tout d’abord, de ne pas toujours indiquer l’origine géographique de leurs produits, ni la technique de pêche et... le nom latin des poissons. Oui, vous avez bien lu, leur nom latin. A côté de daurade il faudrait écrire sparus aurata, sous pageot pagellus eythrinus ou encore, pour les anchois, engraulis encrasicolus. Pourquoi ? Parce que. Parce que le règlement 1379/2013 le stipule, pour les poissons « non transformés ».

Bien sûr, on se frotte les yeux. A quoi peuvent bien servir les noms latins des poissons ? A ne pas payer d’amende, pardi ! Des amendes de 400 à 1500 euros tout de même. En même temps, nous pourrions dire que tout cela est bon pour la culture générale, les professeurs de lettres devraient se frotter les mains et aller illico proposer des cours particulier de latin aux poissonnières et, pour finir, tous pourraient entonner en chœur ce passage d’une vieille chanson de Georges Brassens, « sans le latin, sans le latin la messe nous emmerde », en le modifiant légèrement : « sans le latin la pêche nous emmerde »... Mais, tout de même, nous vivons une époque moderne.

 

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