2021

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Juillet 2021


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fleche27 juillet: Je suis un déliquant sexuel

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Je suis très fier car je viens de recevoir un message personnel de Christian Rodriguez, directeur général de la gendarmerie nationale. Bon, son contenu n’est pas agréable, car cet honorable fonctionnaire et ses services ont découvert que j’étais un délinquant sexuel qui devait être poursuivi pour pédopornographie et détournement de mineur. Mais tout de même, c’est classieux de recevoir un mail d’un si important personnage. Vous le lirez ci-dessous. Un petit détail, cependant : les adresses mail de cette administration se terminent toutes par @interieur.gouv.fr et celui-ci se termine par outlook.fr. Je suppose que si j’avais répondu, ont m’aurait proposé de transiger pour ne pas être poursuivi…

 

DIRECTION GÉNÉRALE DE LA GENDARMERIE NATIONALE

Je suis Mr Christian RODRIGUEZ, directeur général de la gendarmerie nationale. Je vous contacte peu après une saisie informatique de cyber-infiltration (Autorisée, notamment en matière de pédopornographie, site pornographique, cyber pornographie, pour vous informer que vous faites l'objet de plusieurs poursuites judiciaires en vigueur :

* LA PÉDOPORNOGRAPHIE

* SITE PORNOGRAPHIQUE

* CYBER PORNOGRAPHIE

* DÉTOURNEMENT DE MINEURS

Vous êtes prié de vous faire entendre par mail en nous écrivant vos justifications afin qu'elles soient mises en examen et vérifiées de sorte à évaluer les sanctions ; cela dans un délai strict de 72 heures. Passé ce délai, nous nous verrons dans l'obligation de transmettre notre rapport à Mme Maryvonne CAILLIBOTTE, substitute du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Versailles et spécialiste de cybercriminalité pour établir un mandat d'arrêt à votre encontre, et vous serez fiché comme délinquant sexuel. 

Votre dossier sera également transmis aux médias pour une diffusion où votre famille, vos proches et toute l'Europe entière verront ce que vous faites devant votre ordinateur.

Maintenant vous êtes avertis. 

Cordialement,

 

 Mr Christian RODRIGUEZ  

Directeur général de la gendarmerie nationale.

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DIRECTION CENTRALE DE LA GENDARMERIE

BRIGADE DE PROTECTION DES MINEURS

Adresse : 4 rue Claude-Bernard 92130 Issy-les-Moulineau

 


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fleche25 juillet: Communication avec un robot

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La communication est peut-être l’un des liens sociaux les plus importants. Deux êtres humains utilisant le même code (c’est préférable si l’on veut se comprendre) s’écoutent, tentent de se comprendre, discutent, soupèsent les arguments de l’autre, cherchent des réponses ou s’en foutent et parlent d’autre chose. Sauf lorsque la communication est truquée. Il est sans doute trop tôt pour évaluer sérieusement ce  que l’intelligence artificielle apportera (ou enlèvera) à la communication humaine, mais quelques exemples peuvent nous aider à y réfléchir. Je donne ci-dessous un échange de SMS entre un ami, Philippe, qui me les as transmis, et le service après-vente d’Engie, le groupe énergétique français né de la fusion entre Suez et Gaz de France. Cette fusion a-t-elle fait sauter quelques neurones dans le service après-vente de l’entreprise ? Ou a-t-elle fait disparaître son personnel (cela s’appelle un « plan social », bel euphémisme), remplacé par des machines imbéciles. Quoi qu’il en soit, mais je vous en laisse juge, les SMS d’Engie me rappellent un peu les « arguments » des antivaccins, récitant inlassablement le même discours sans même entendre ce qu’on leur répond.

Premier SMS d’Engie :  ENGIE vous remercie de votre récent appel. Répondez 5 si vous êtes très satisfait, 4 assez, 3 moyennement, 2 peu, 1 insatisfait. Prenez bien soin de vous.

Réponse : 5

SMS d’Engie:  Une note c'est bien... mais un commentaire c'est encore mieux ! Dites-nous tout. SMS non surtaxé

Réponse : Eh bien il y en assez des services clientèles intrusifs. J'ai le droit d'être très satisfait d'un service et de ne pas le faire savoir. Maintenant on ne peut plus rien acheter sans se faire sonder. Il y en a ras le bol de la dictature de la culture client. 

SMS d’Engie:  Sur une échelle de 0 à 10, dans quelle mesure recommanderiez-vous ENGIE à votre entourage ? Non surtaxé.

Réponse : Eh robot tu les lis les SMS que tu reçois ?

SMS d’Engie: La réponse doit être entre 0 et 10. 0 signifie que vous ne recommanderiez pas du tout et 10 tout à fait. Non surtaxé

Réponse : Finalement à force de savoir si le client est satisfait tu le rends mécontent. Et maintenant alors que tu aurais dû avoir un 10 tu vas écoper d'un 0. 

SMS d’Engie: Nous vous remercions pour le temps que vous nous avez accordé.


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fleche23 juillet:Le président des chiens

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Comme tout un chacun peut s’en rendre compte en lisant la presse ou en écoutant les media audiovisuels, le Parti Républicain se cherche un candidat pour la prochaine élection présidentielle, mais se déchire sur la façon de le choisir : primaire, sondage ? Les écolos se déchirent aussi mais semblent d’accord sur le principe d’une primaire. Dans ma grande mansuétude, je voudrais mettre à leur disposition à tous, pour alimenter leurs réflexions, le conte suivant (que j’emprunte à Henri Gougaud).

On raconte que l’espèce canine décida un jour de se donner un chef, ou un roi, ou un président. Mais comment le choisir ? Après des discussion désordonnées, des conflits, des engueulades, les batailles d’égo (les candidats étaient nombreux) il fut décidé de créer une commission canine de réflexion sur le mode de nomination d’un président canin. Au bout d’une longue procédure, la décision tomba : on choisirait pour la fonction suprême le chien qui aurait, sous la queue, la meilleure odeur. C’était il y a longtemps, et les canins n’ont toujours pas trouvé le chef idéal. C’est pourquoi vous pouvez voir partout dans le monde des chiens qui, lorsqu’ils se rencontrent, se sentent le cul.

J’espère sincèrement que les républicains tireront profit de ma contribution désintéressée . Et si certains se sentent offensés, j’ajouterai que l’ironie est toujours un pari sur l’intelligence de l’autre, mais que l’on peut parfois perdre son pari.


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fleche14 juillet: Macro, micro et sans cerveaux

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On se dit parfois que certains ne réagissent qu’à la menace du fouet. Après l’annonce faite par Macron que la vaccination serait peut-être obligatoire pour tous, qu’un passe vaccinal serait nécessaire pour accéder à divers manifestations culturelles ou pour aller au restaurant, et que les tests (dit de « convenance ») deviendraient payants, on a assisté à deux types de réactions. D’une part, tout le monde a pu l’entendre, les seuls groupes politiques à l’Assemblée Nationale à avoir considéré ces décisions comme « liberticides » sont le Rassemblement Nationale et la France Insoumise. D’autre part nous avons appris que subitement plus de deux millions de Français avaient pris rendez-vous pour se faire vacciner. Tiens donc ! Après plus de six mois de refus la simple menace d’avoir à payer les tests ou de se voir refuser l’accès à certains lieux les a soudain convaincus. La peur du fouet ? De la fessée ?

Certes, les chiffres ne  sont que des chiffres. Et les statistiques nous paraissent toujours lointaines. Ah bon, 43% disent penser ceci et 51% cela ? Mais nous ne connaissons pas ces gens, et ces informations d’ordre macroscopique nous paraissent théoriques. Ce matin, la jeune femme (elle doit avoir entre 30 ou 40 ans) à qui j’achète les journaux et mon tabac, avait mal au bras. « Qu’est-ce qui vous arrive ? ». « J’ai été vaccinée hier ». « Ah bon ! C’est à cause de… ». « Oui, s’il faut payer les tests quand on veut aller au restaurant ou au théâtre… » (Par parenthèse, je doute fort qu’elle aille au théâtre). Et voilà qu’une information d’ordre micro vient donner corps aux statistiques. Ils existent bien, ceux qui ont peur du fouet.

Conclusion ? Ces gens-là, appelons-les des indécis (mais d’autres diraient des tarés, des antivax ou des complotistes) changent subitement d’opinion devant la menace du fouet. Ou pour être plus précis devant l’obligation d’avoir à payer les tests (qui, encore par parenthèse, coûtent plus cher aux finances publiques que le vaccin) qu’ils se font faire chaque fois qu’ils en ont envie plutôt que de se faire vacciner.  Ils ne se préoccupent pas de pouvoir attraper la maladie, ou d’être contagieux et de risquer de la transmettre à d’autres, ils pensent seulement qu’ils ne veulent pas payer des tests.

Que disait-il, de Gaulle ? Ah oui, « les Français sont des veaux ». C’était un peu exagéré. Disons que certains français (Combien ? Reportez-vous aux statistiques et enquêtez ensuite autour de vous) peuvent être des sans-cerveaux et devenir des fléaux. Tiens ! Je ne l’ai pas fait exprès, je cherchais une rime, mais en tapant ce dernier mot je me rends compte qu’il n’est pas éloigné du fouet


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fleche12 juillet: Antivax

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Dans le Canard enchaîné un dessin présentant une femme qui déclare : « Ma mère a été vaccinée et comme par hasard le lendemain sa voiture est tombée en panne et elle a perdu ses lunettes. Alors qu’on ne vienne pas me dire que ce vaccin est inoffensif ».

On dit que la réalité dépasse la fiction. Si cela est vrai, à quoi nous attendre ?


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fleche8 juillet 2021: Galéjade marseillaise ?

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Beer, cerveja, cerveza, birra, bref la bière. En quelque langue que vous cherchiez, vous en trouverez toujours la même définition : une boisson alcoolisée obtenue par la fermentation de végétaux comme l’orge, le riz, le manioc, la banane, le maïs, le mil, etc. On peut faire de la bière avec beaucoup de choses, mais pas avec de la chloroquine. D’ailleurs, précisons-le, la bière ne protège pas du paludisme, au contraire de la chloroquine, qui d’ailleurs, elle, ne désaltère pas. Où veux-je en venir ? A ceci. Hier, en faisant des courses dans un supermarché, je suis tombé sur un étalage de bouteilles sur lesquelles s’affichait la tête de Didier Raoult. Il s’agissait de bières, trois variétés de bières (blanche, blonde et ambrée), portant le doux nom de Chloroquine Dundee. Vous avez saisi l’allusion à Crocodile Dundee, le chasseur de crocodiles. Il s’agit donc d’une bière, une bière artisanale, dont la publicité précise que le marque « reprend le surnom donné au Professeur en Afrique, son pays d’origine, et par le personnel de l’IHU à Marseille », et que « le clin d’œil au célèbre film » est un détournement « pour la bonne cause ». Nous voilà rassurés. On lit ailleurs qu’il s’agit d’un « hommage à notre célèbre défenseur national de la chloroquine ». Bigre ! Encore une galéjade marseillaise ? En fait cette bière est brassée dans l’Hérault, et je ne sais pas quelle est la part marseillaise dans cette initiative. Mais il est évident qu’on ne peut pas lancer un produit avec la tête d’un quidam en effigie sans son accord. En outre, il y a sans doute pas mal d’argent dans cette opération : l’étalage que j’ai vu hier était énorme et en tête de gondole. On connaît la politique des supermarchés en la matière. Reste un problème sémantique. Crocodile Dundee était un personnage qui traquait les sauriens et les tuait à main nue. Chloroquine Dundee, alias Raoult, voudrait-il se débarasser de C18H26ClN3 (c’est la formule de l’antipaludique) qui a gravement entaché sa réputation scientifique ?

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Juin 2021

 

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fleche30 juin: Chronique de la connerie ordinaire, suite

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Selon une professeure à l’Université du Connecticut et chercheuse au CNRS, la gastronomie française serait raciste : « Les habitudes alimentaires sont façonnées par les normes des classes moyennes supérieures blanches (…) La blanchité alimentaire renforce la blanchité comme identité raciale dominante » (je trouve cette citation dans le Canard enchaîné). Comme on voit, l’Université du Connecticut et le CNRS sont à la pointe de la recherche ! Effectivement, les habitudes alimentaires françaises n’ont pas été façonnées par des paysans vietnamiens ou chinois, des planteurs de coton africains ou des indiens quichuas des Andes. Je ne sais pas s’il faut le regretter, mais je sais surtout qu’il ne pouvait pas en être autrement. Cette professeure et chercheuse mérite d’évidence une promotion pour avoir découvert le fil à couper le beurre. Mais elle devrait poursuivre son raisonnement jusqu’au bout en dénonçant toutes les cuisines du monde pour leur racisme… Elle pourrait aussi élargir son champ de recherche. Les « classes moyennes supérieures blanches » vont, en France, manger du couscous dans des restaurants maghrébins, du canard laqué ou du riz cantonnais dans des restaurants asiatiques, et l’on dit même que certains vont consommer du poulet yassa dans des restaurants africains. En analysant ces directions de recherche que je lui signale de façon confraternelle, elle verrait que les habitudes alimentaires françaises sont non seulement racistes mais aussi colonialistes. On dit merci qui ?

 

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fleche29 juin: Chronique de la connerie ordinaire

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Sans doute connaissez-vous ce poème de Jacques Prévert : Je suis allé au marché aux oiseaux Et j’ai acheté des oiseaux Pour toi Mon amour Je suis allé au marché aux fleurs Et j’ai acheté des fleurs Pour toi, Mon amour Je suis allé au marché à la ferraille Et j’ai acheté des chaînes Pour toi mon amour Et puis je suis allé au marché aux esclaves Et je t’ai cherchée Mais je ne t’ai pas trouvée, Mon amour. Un ami québécois m’écrit que « le wokisme ne cesse de faire des progrès de ce côté-ci de l’Atlantique » et qu’on « vient de s’en prendre à un poème de Prévert (qui comme tout le monde sait, était raciste) ». Une enseignante de Toronto faisant un cours d’immersion en langue française a envoyé à ses auditeurs le poème ci-dessus et l’une des étudiantes a porté plainte, au motif qu’elle a été choquée par ce texte raciste. On cite le soir sur une chaîne de télé le nom de l’enseignante et l’étudiante témoigne, mais anonymisée. L’enseignante est suspendue, puis reçoit une sanction disciplinaire et enfin la menace d’être licenciée si une telle chose se reproduisait. Vous ne rêvez pas et pouvez d’ailleurs aller à la source et vérifier par vous-mêmes: https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/610281/ils-ont-ose). Bêtise, ignorance des responsables ? Certes. Mais la chose est beaucoup plus grave. Il n’y a pas de différence de nature entre une imbécile qui, voyant du racisme dans un poème de Prévert, parvient à faire sanctionner une enseignante et une petite menteuse qui, prétendant avoir assisté à un cours, entraîne la mort du professeur d’histoire Samuel Paty. Et guère de différence entre tout cela et l’inquisition. Lors du siège de Béziers, en 1208, le chef de la croisade, Arnaud Amaury, aurait déclaré : « Tuez-les tous, dieu reconnaîtra les sens ». Et nous y revoilà.

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fleche9 juin: Petite pause

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Disons deux petites semaines de pause. Nous nous retrouverons après les élections.

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fleche2 juin: Mauvais esprit

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Depuis le 22 décembre 2020, quand un homme a, dans le village de Saint-Just, tué trois gendarmes intervenant pour « violence intra-conjugale », les drames du même genre se sont multipliés. En janvier 2021, à Saint-François-des-Salles, près de Chambery, un homme armé d’un Beretta menaçant de tuer sa mère a été abattu par le GIGN. Début mars à Folschviller (Moselle) un homme se suicide après avoir tué sa femme. Fin mars, dans le Cantal, un autre homme retranché chez lui tire sur des gendarmes qui finissent par le neutraliser. Mi-mai, dans le Gard, c’est encore un homme qui après avoir abattu son patron et un collègue se réfugie dans la forêt et finit par se rendre après trois jours de traque (pour information : 350 gendarmes, un hélicoptère et des drones avaient été mobilisés). Fin mai, au Lardin-Saint-Lazare, en Dordogne, c’est encore un homme réfugié dans la forêt, plusieurs fois condamné pour violences conjugales et lourdement armé qui sera  arrêté  (l’intervention nécessitera sept hélicoptères et sept engins blindés). Je pourrais allonger cette liste : durant les trois premiers mois de cette année le GIGN est intervenu 30 fois, soit près de trois plus que les années précédentes. Et, cela n’a pas pu vous échapper, pour ce qui concerne les cas que j’ai rappelés ci-dessus, les chaînes de télévisions nous ont abreuvés de flashes, d’interviewes de la population « apeurée », de reportage, véritables feuilletons sur le thème de la chasse à des « forcenés ». Des armes, des crimes, des interventions lourdes : étrangement les spécialistes de la dénonciation de l’insécurité et de la circulation des armes ne se sont pas manifestés. Marine Le Pen, Guillaume Peltier, Eric Ciotti et quelques autres sont resté muets. Que se passe-t-il camarades, vous perdez la foi ? Vous êtes fatigués ? Petit indice, tout de même : tous ces « forcenés » étaient blancs de chez blanc, de « bons français », certains d’entre eux étaient même d’anciens militaires. Rien à voir, bien sûr, avec le silence des populistes. Mais j’ai toujours eu mauvais esprit.

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fleche1er juin: Le scientifique et le citoyen

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Après le petit livre qu’elle vient de publier (Ce que le militantisme fait à la  recherche, Gallimard, collection Tracts), Nathalie Heinich va sûrement  se faire traiter de réactionnaire, ce que sans doute elle est, ou est devenue. Mais cette première phrase pose une question centrale. L’adjectif réactionnaire  s’utilise presque uniquement dans le domaine  politique, et le livre en question parle de recherche, et donc de science.  La science est-elle réactionnaire lorsque son auteur l’est ? Et comment peuvent ou doivent s’articuler les champs d’intervention du scientifique et du citoyen (ce que nous sommes tous, lorsque nous travaillons dans une science et que nous avons d’autre part des positions politique) ? J’y reviendrai plus loin. Mais le titre En sociologie le militant c’est toujours l’autre) d’un  éditorial de Libération qui veut critique vertement Heinich constitue sans le vouloir une belle illustration de ce qu’elle écrit : certains propos « scientifiques » sont militants, le sien y compris. Partons donc du fait que N. Heinich est réactionnaire, ses positions dans différents débats sociaux semblent le prouver, et voyons ce qu’elle écrit. Elle dit ne pas mettre en doute la légitimité des causes défendues par ce qu’elle appelle les académo-militants » mais critique la «confusion des arènes » : l’arène scientifique d’un côté, les arènes religieuses, morale ou politique de l’autre. En gros on fait de la science ou on défend une position politique ou idéologique, mais on ne peut pas faire les deux en même temps. Ce qui l’amène à pointer un certain nombre de problèmes dans certaines sciences sociales. Cela va pour elle d’une tendance monomaniaque (lire le monde en fonction d’une unique grille de lecture, dictée par des positions militantes) à l’absence de curiosité ou de rigueur scientifiques, voire à l’inculture scientifique, en passant par le refus du débat avec ceux qui ne pensent pas comme nous, et donc à l’invective ou à la censure. Elle se moque de ceux qui vont ressassant que la race, le genre ou la sexualité sont « socialement construits », arguant pour sa part que toute expérience humaine est socialement construite (après tout, elle a fait sa thèse sous la direction de Pierre Bourdieu) : « il faut un sérieux déficit d’acculturation aux sciences humaines et sociales pour qu’une telle assertion puisse être autre chose qu’une découverte de la lune. Le pire est qu’elle est présentée par ces ingénus comme une importante leçon qu’ils auraient pour mission, de délivrer au monde ».  Elle est certes désagréable  lorsqu’elle dit sèchement que les enseignants-chercheurs sont payés pour initier à la science, et que ce n’est pas dans le cadre de leur métier qu’ils doivent exercer leur droit à voter, à manifester, à critiquer la société. Dans tout cela le ton et la forme sont méprisants, mais le fond ? Elle se moque de faux concepts avancés comme des nouveautés et qui souvent consistent à enfoncer des portes ouvertes. Encore du mépris ? Mais (et là c’est moi qui pose la question), qu’est-ce que l’idée d’intersectionnalité, dont on nous rebat depuis quelques temps les oreilles, sinon un ripolinage de ce que connaissent depuis des décennies ceux qui pratiquent  des tris croisé dans le traitement des données ? Pour elle, l’importation du combat politique dans l’espace scientifique est un appauvrissement de la science, et les causes ainsi importées varient régulièrement avec chaque fois la prétention de détenir le monopole de la vérité : « La classe sociale s’est effacée derrière la race et le sexe, tandis que la religion passait chez certains du statut d’opium du peuple à celui d’ étendard des opprimés ». Faux ? Malveillant ? Injuste ? A la fin de son livre, elle détourne Gide pour qui «on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments » en écrivant « qu’on ne fait pas de bonne science avec de bonnes causes ». N’y a-t-il pas là matière à réflexion, à discussion ? La science (c’est à dire étymologiquement la connaissance, le savoir) et la recherche peuvent-elles être réactionnaires, progressistes, révolutionnaires ? Je sais qu’on a parlé à une certaine époque de science prolétarienne (en URRS à propos de Lyssenko, position ensuite défendue  en France par Georges Cogniot, Louis Aragon ou Pierre Daix), mais je suppose que personne aujourd’hui n’est disposé à défendre cette position stalinienne. La science ne peut pas être réactionnaire, elle ne peut que tenter d’être, qu’on me pardonne cette lapalissade, scientifique. Ce qui n’empêche pas, bien sûr, le scientifique d’être citoyen, mais ne lui permet pas de mélanger les genres. Il peut choisir, pour des raisons militantes, tel ou tel sujet de recherche, mais il l’aborde en respectant des procédures heuristiques. Et  un laboratoire qui choisit de travailler sur des maladies de pauvres (paludisme, tuberculose…) ou de riches, peut le faire pour des raisons éthiques ou financières, mais il ne change pas pour autant de méthodologie de recherche pour trouver un vaccin ou un médicament. Dans un livre célèbre, La structure des révolutions scientifiques, Thomas Kuhn  considérait que les sciences sociales n’étaient pas des sciences parce qu’aucune d’entre elles n’avait de paradigme unificateur, un ensemble de «découvertes scientifiques universellement reconnues qui, pour un temps, fournissent à une communauté de chercheurs des problèmes types et des solutions », condition nécessaire pour l’apparition de révolutions scientifiques par le biais de critiques épistémologiques de ce paradigme. N. Heinich ne mène pas vraiment une critique épistémologique, ou plutôt elle aborde cette question de façon polémique, sur le même ton ou presque de ceux qu’elle critique, un ton dogmatique péremptoire.  Laissons de côté le fait qu’elle soit réactionnaire, c’est entendu. Mais, à la lire, on se prend à regretter que ceux qui se considèrent à la fois comme scientifiques et  progressistes ou révolutionnaire ne posent pas les mêmes questions qu’elle. C’est en effet à eux (à nous) de réfléchir sur les champs d’action du citoyen et du militant, et surtout à élaborer une critique épistémologiques de ce qui souvent, dans certaines  publications actuelles, s’apparente à la découverte du fil à couper le beurre.  Le refuser, c’est se comporter comme le taureau qui fonce dès qu’on agite devant lui un chiffon rouge sans se demander ce qu’il y a réellement derrière ce leurre. Il y a en espagnol un riche vocabulaire pour qualifier le comportement du taureau dans l’arène, qui va du toro bravo (le sens est évident) au toro manso (peureux ou sans bravoure) en passant par le toro sentido (avisé, et qui vise l’homme plus que le leurre). Ce qu’il faut voir ici, derrière le leurre, n’est-ce pas certains défauts de certaines conceptions de la science, que nous ne voulons pas voir parce que nous regardons le doigt qui montre au lieu de la chose désignée ?

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Mai 2021

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fleche24 mai: Nationalismes

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Benyamin Netanyahou, premier  ministre en sursis d’Israël (il gère les affaires courantes, incapablede former un gouvernement), cerné par les procès pour corruption, a comme d’habitude trouvé la façon de faire oublier ses problèmes. Comme unprestidigitateur, il dirige l’attention des gogos dans un autre direction. Facile ! On crée un événement sur l’esplanade des mosquées, on jette desgrenades fumigènes dans un lieu de culte musulman, la mosquée al-aqsa, en plein ramadan, la réaction attendue arrive, la sauce prend, le Hamas s’en mêle, commeprévu, missiles, répliques, et hop, ni vu ni connu je t’embrouille, on bombarde, on tue. Là, Neyanyahou s’est un peu emmêlé les pinceaux en suscitantdes dommages collatéraux au sein même du pays, des violences entre des citoyens israéliens arabes et juifs, mais qu’importe. Le peuple adore qu’on tue desarabes, Netanyahou devient chef de guerre, on oublie le politicien corrompu, vive le tueur d’arabes. De l’autre côté on oublie les conditions de vie, lamisère, l’oppression, le peuple croit retrouver une forme de fierté et adore qu’on tue des juifs, vive la Hamas. Et des deux côtés, comme toujours, les religionspoussent au crime. Il demeure que les forces sont inégales, qu’Israël, surarmé  et qui devrait depuis longtemps avoir été mis au ban des nations pour non-respect de toutes les résolutions del’ONU, jouit  d’une scandaleuse tolérance de la part des pays occidentaux alors que tout le monde se fout du peuplepalestinien. Bref, Netanyahou a bien joué et mérite sans conteste d’être placé en haut du podium de l’ignominie. C’est du moins ce que je me disais avant derecevoir hier le mail qui suit, venant d’un ami médecin qui a longtemps travaillé pour Médecins Sans Frontières et a en particulier fait trois missionsen Afghanistan. Voici donc ce qu’il écrivait. Il y a eu un an hier, la maternité soutenue par Médecins Sans Frontières  dans le quartier de Dasht é Barchide Kaboul était attaquée par des hommes en armes.  Ils ont tué 24 personnes: 16 femmes en travail (5 étaient sur le point d'accoucher), une dessages-femmes, deux enfants de 7 et 8 ans qui venaient se faire vacciner… C’était une attaque coordonnée, les assaillants sont passés desalle en salle, systématiquement. Un travail de pros serait-on tenté de dire. La cible n’était pas choisie au hasard. Attaquer cette maternité c’était attaquer / menacerles « internationaux »  qui y travaillaient, donc les amener à se retirer, à retirer leur soutien… MSF a retiré sonstaff international rapidement. Attaquer cette maternité c’était attaquer l’unique maternité gratuite et de qualité d’un quartier pauvre de prèsd’un million d’habitants: plus de 1000 bébés... par mois! Dasht é Barchi c’est le quartier Hazara de Kaboul. Les Hazara sont les descendants desenvahisseurs mongols, Genghis Khan et Tamerlan. Les Hazara sont chiites, dans un pays largement sunnite. L’attaque avait donc un motif religieux etethnique à la fois. Une excuse? Enfin, l’attaque visait des femmes et des enfants, certains pas encore nés. Désarmés bien sûr.  S’en prendre auxfemmes, ou comme la semaine dernière, dans le même quartie, aux collégiennes ou lycéennes,  c’est s’en prendre à l’Avenir. Des hommes, des Hommesaussi, avec un H majuscule.  Ethnocide, génocide?  Je n’en sais rien.  Mais quelque chose de ce genre acommencé. Ou s'accélère. Et le retrait de toutes les forces étrangères va laisser le champ libre aux Taliban ici, à l’Etat Islamique là. Les premiers nevont pas manquer de se présenter aux « Occidentaux » comme un rempart contre les seconds, étrangers.  Est-ce que j’enfonce des portes ouvertes en disant que, pour le podium de l’ignominie, il y a de la concurrence ?Et qu’il n’y a pas que les deux concurrents ci-dessus : que penser de la discrétion des pays occidentaux ? C’est l’histoire des trois singes de latradition chinoise : ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire. Et on appelle ça les trois singes « de la sagesse ». Allez comprendre…

 

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fleche14 mai : Podium de l'ignominie

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Benyamin Netanyahou, premier  ministre en sursis d’Israël (il gère les affaires courantes, incapablede former un gouvernement), cerné par les procès pour corruption, a comme d’habitude trouvé la façon de faire oublier ses problèmes. Comme unprestidigitateur, il dirige l’attention des gogos dans un autre direction. Facile ! On crée un événement sur l’esplanade des mosquées, on jette desgrenades fumigènes dans un lieu de culte musulman, la mosquée al-aqsa, en plein ramadan, la réaction attendue arrive, la sauce prend, le Hamas s’en mêle, commeprévu, missiles, répliques, et hop, ni vu ni connu je t’embrouille, on bombarde, on tue. Là, Neyanyahou s’est un peu emmêlé les pinceaux en suscitantdes dommages collatéraux au sein même du pays, des violences entre des citoyens israéliens arabes et juifs, mais qu’importe. Le peuple adore qu’on tue desarabes, Netanyahou devient chef de guerre, on oublie le politicien corrompu, vive le tueur d’arabes. De l’autre côté on oublie les conditions de vie, lamisère, l’oppression, le peuple croit retrouver une forme de fierté et adore qu’on tue des juifs, vive la Hamas. Et des deux côtés, comme toujours, les religionspoussent au crime. Il demeure que les forces sont inégales, qu’Israël, surarmé  et qui devrait depuis longtemps avoir été mis au ban des nations pour non-respect de toutes les résolutions del’ONU, jouit  d’une scandaleuse tolérance de la part des pays occidentaux alors que tout le monde se fout du peuplepalestinien. Bref, Netanyahou a bien joué et mérite sans conteste d’être placé en haut du podium de l’ignominie. C’est du moins ce que je me disais avant derecevoir hier le mail qui suit, venant d’un ami médecin qui a longtemps travaillé pour Médecins Sans Frontières et a en particulier fait trois missionsen Afghanistan. Voici donc ce qu’il écrivait.

Il y a eu un an hier, la maternité soutenue par Médecins Sans Frontières  dans le quartier de Dasht é Barchide Kaboul était attaquée par des hommes en armes.  Ils ont tué 24 personnes: 16 femmes en travail (5 étaient sur le point d'accoucher), une dessages-femmes, deux enfants de 7 et 8 ans qui venaient se faire vacciner… C’était une attaque coordonnée, les assaillants sont passés desalle en salle, systématiquement. Un travail de pros serait-on tenté de dire.

La cible n’était pas choisie au hasard. Attaquer cette maternité c’était attaquer / menacerles « internationaux »  qui y travaillaient, donc les amener à se retirer, à retirer leur soutien… MSF a retiré sonstaff international rapidement. Attaquer cette maternité c’était attaquer l’unique maternité gratuite et de qualité d’un quartier pauvre de prèsd’un million d’habitants: plus de 1000 bébés... par mois! Dasht é Barchi c’est le quartier Hazara de Kaboul. Les Hazara sont les descendants desenvahisseurs mongols, Genghis Khan et Tamerlan. Les Hazara sont chiites, dans un pays largement sunnite. L’attaque avait donc un motif religieux etethnique à la fois. Une excuse?

Enfin, l’attaque visait des femmes et des enfants, certains pas encore nés. Désarmés bien sûr.  S’en prendre auxfemmes, ou comme la semaine dernière, dans le même quartie, aux collégiennes ou lycéennes,  c’est s’en prendre à l’Avenir. Des hommes, des Hommesaussi, avec un H majuscule.  Ethnocide, génocide?  Je n’en sais rien.  Mais quelque chose de ce genre acommencé. Ou s'accélère. Et le retrait de toutes les forces étrangères va laisser le champ libre aux Taliban ici, à l’Etat Islamique là. Les premiers nevont pas manquer de se présenter aux « Occidentaux » comme un rempart contre les seconds, étrangers.

 Est-ce que j’enfonce des portes ouvertes en disant que, pour le podium de l’ignominie, il y a de la concurrence ?Et qu’il n’y a pas que les deux concurrents ci-dessus : que penser de la discrétion des pays occidentaux ? C’est l’histoire des trois singes de latradition chinoise : ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire. Et on appelle ça les trois singes « de la sagesse ». Allez comprendre…

 

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fleche5 mai : Smombies

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Il y a quelques années, disons au siècle dernier, lorsque vous étiez bousculés par quelqu’un venant derrière vous, il s’agissait souvent d’un pickpocket profitant de votre surprise pour vous subtiliser votre portefeuilles ou votre sac.  Aujourd’hui, il s’agit plutôt du membre d’une branche de l’espèce humaine (que Darwin est mort trop tôt pour avoir pu étudier) qui marche en regardant son téléphone portable. L’inconvénient est le même pour celui qui est bousculé, mais la cause en a changée : onanisme digital et non plus vol à la tire.

Selon une enquête menée en 2019, plus de 60% des piétons consultent leur portable en marchant, même en traversant la rue. Le problème, dans l’évolution, est qu’elle ne va pas nécessairement dans le sens de l’amélioration de l'espèce, qu’elle emprunte parfois des impasses. Ainsi, cette nouvelle branche de l’espèce humaine, se déplaçant le nez collé sur un écran (qui a déjà un nom : les smombies, mot valise combinant smartphone et zombie) ne voit plus les obstacles qui peuvent surgir : un passant, un poteau, un dealer de H, un honorable membre des forces de l’ordre, une trottinette électrique, une flaque d’eau, un raton laveur ou que sais-je encore. Mais voilà que dans sa grande bienveillance, Google est en train de développer une nouvelle application, « Heads up », pour éviter ces collisions. 

Comment ça marche ? Je ne sais pas encore, mais je vois l’idée. Le GPS permet de nous localiser sans cesse, non seulement de savoir où nous sommes mais aussi si nous sommes immobiles ou nous déplaçons. En outre, il est facile de savoir si nous utilisons notre téléphone. Donc téléphone ouvert + déplacement = alerte. Ce serait le scenario le plus doux : vous ouvrez votre machine en marchant et vous recevez un avertissement, « attention, levez la tête, regardez devant vous ». Un scenario plus sophistiqué (ou plus policier, comme vous voudrez) serait que l’application puisse également visualiser votre environnement et vous tirer de votre onanisme digital s’il y a danger de collision. On n’arrête pas le progrès ! Mais cela pose cependant quelques questions. L’espèce smombie est évidemment une création de Google et de ses semblables qui nous ont mis entre les mains l’objet et le moyen de notre addiction. D’un côté  ils asservissent mais de l’autre ils tentent, à la marge, de limiter les effets de ce servage. On ne peut pas être plus vicieux. Lorsque les empoisonneurs diffusent un léger contre poison, ne poussent-ils pas à aimer encore plus le poison ?


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fleche1er mai 2021 : Karité bien ordonné...

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Depuis quelques jours, sur une liste d’échange de sociolinguistique, un débat fait rage : faut-il ou pas payer une certaine somme pour faire partie de l’association, avoir le droit de voter, etc. Discussion d’épiciers (ou d’épicières), de comptables, comme on voudra, avec d’un côté  une partie de gens expliquant que, dans leur pays, on ne peut pas payer en devises étrangères, d’autres qu’ils n’ont pas les moyens, et de l’autre un discours autoritaire, bureaucratique, déclarant que le bureau ayant voté le principe de cette cotisation, il fallait l’appliquer. Entre ces positions extrêmes, d’autres encore avancent la possibilité de demander l’exemption de cette somme tout en gardant la qualité d’adhérent, situation au demeurant plutôt humiliante. Bref, tout cela est sans beaucoup d’intérêt, image ordinaire du capitalisme à la petite semaine, mais heureusement certains traits d’humour apparaissent parfois dans ce débat mercantile.

Ainsi un petit malin a relevé qu’un membre du bureau (ayant voté donc pour cette cotisation et devant la faire respecter) ne l’avait pas payée. Et il conclut en citant ce qu’il appelle un « proverbe francophone » : Karité bien ordonné commence par soi-même. On l’aura compris, il s’agit d’un Africain. Le karité est un arbre poussant essentiellement en Afrique, dont la noix (ou plutôt l’amande qu’on en extrait) donne un beurre, utilisé en cuisine ou pour certains cosmétiques. Et ce « proverbe francophone » parfaitement imaginaire donne une image assez réjouissante de ce que peut être, parfois, la francophonie. L’appropriation d’une langue peut en effet  passer par le jeu avec elle. On peut détourner certaines expressions, les « africaniser » :  Gagner son manioc à la sueur de son front, mettre du beurre (de karité par exemple) dans le foufou, etc. On peut aussi « européaniser » des expressions africaines : il n’y a pas place pour deux écolos dans le même marigot (mais vous pouvez vous amuser à en créer d’autres…). Tout cela pour dire que l’humour fait toujours du bien, surtout dans des débats parfois désolants.

 

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Avril 2021

 

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fleche17 avril 2021 : Pour rire un peu

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On a parfois l’impression que certains écologistes nous tendent des verges pour se faire battre. Souvenez-vous du maire écolo de Bordeaux qui voulut supprimer l’arbre de Noël, de la maire écolo de Poitiers qui, après avoir supprimé les subventions municipales aux aéroclubs, a déclaré vouloir préserver les enfants de leurs « rêves aériens », ou de celle de Strasbourg qui a failli subventionner une mosquée contrôlée par la Turquie. Sont-ils masochistes ? Maladroits ? A vous de choisir. Mais, à Vincennes, un élu écolo vient de montrer qu’il était à la fois stupide et incompétent.

Rappel des faits. Le conseil municipal du 14 avril vote une subvention à un yacht club et les élus écolos s’abstiennent. La maire leur en demande la raison et l’un d’entre eux répond : « Nous ne subventionnons pas des sports qui émettent des polluants ». La maire s’étonne : « Des quoi ? Des polluants » ? Oui, réplique l’élu, « le yacht club, c’est des bateaux ». Et la maire : « des bateaux à voile, ça avance avec les vent ». Faut-il commenter ? Il vaut mieux en rire.

Pour rire encore un peu, ce qui ne fait pas de mal en ces temps moroses,  je trouve dans Charlie Hebdo de cette semaine (mais je sais que tout le monde n’apprécie pas l’humour de cet hebdo) une petite note qui, sous le titre Diversité, commente un récent vote de l’Assemblée nationale : « Vote historique en faveur des langues régionales à l’école. Les enfants pourront lire le Bible en breton, la Torah en corse et le Coran en alsacien ». Ils prennent des risques, à Charlie. Les Bretons ou les Corses pourraient revivifier leur goût pour les bombes, les Basques ou les Occitans pourraient être fâchés de ne pas être cités, et les islamistes pourraient être horrifiés qu’on suggère de lire le Coran dans une autre langue que l’arabe. Mais on ne peut pas plaire à tout le monde.


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fleche15 avril 2021 : L'erreur est humaine

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Un policier de Minneapolis a tué un Noir. Jusque-là rien de neuf. Sauf que le policier était une policière et qu’elle a déclaré avoir confondu son pistolet et son taser (un pistolet à impulsion électrique). Et cette explication qui peut paraître  abracadabrante a inspiré la caricaturiste Coco qui, dans Libération de ce matin, dessine un conférencier proposant à une parterre de flics en uniforme de jouer au jeu des sept erreurs en désignant avec une baguette un tableau sur lequel on voir un taser et un Glock. Pourtant, comme le dit une formule latine, errare humanum est, l’erreur est humaine. Et l’explication de la policière de Minneapolis ouvre un large champ d’applications. Exemples.

« Non, monsieur le commissaire, je n’ai pas voulu tuer ma femme, j’ai confondu le pot de sucre et celui d’arsenic en voulant sucrer son thé ».

« Non, monsieur le juge, je n’ai pas voulu écraser la maîtresse de mon mari, j’ai confondu la première avec la marche arrière ».

« Non, monsieur l’inspecteur des impôts, je n’ai pas fait une fausse déclaration, j’ai par erreur confondu le 1 et le 7 et j’ai par ailleurs oublié deux zéros ».

« Mais non, nous n’avons pas truqué les élections, nous avons confondu une urne et une poubelle ».

« Non, non, j’ai pas volé cette tire, monsieur l’agent, l’ai confondu la BMV avec ma petite Fiat, elles sont de la même couleur ».

« Vous confondez, je vends de la farine, pas de la cocaïne. Vous voulez goûter ? ».

Bref, je vous laisser poursuivre ce paradigme. Je vous l’avez dit, l’erreur est humaine.  

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fleche11 avril 2021 : Les patriotes et la liberté

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Lorsque Marine Le Pen a voulu tenter à la fois de « dédiaboliser » le Front National et de faire croire qu’elle avait autour d’elle toutes les compétences possibles, elle a fait courir le bruit que des énarques travaillaient pour elle. Elle en avait effectivement un qui, nommé à l’inspection générale de l’administration, tenait à garder l’anonymat. Il en sortit en 2011, prit la direction de la campagne de sa patronne, devint vice-président du FN puis le quitta pour fonder en 2017 son propre parti, Les Patriotes. Il s’agissait, vous l’aurez compris, de Florian Philippot.

Que vient-il faire ici ? Vous allez comprendre. Hier matin, allant vers une librairie pour acheter deux ou trois livres de Caryl Ferey (j’ai découvert cet auteur il y a peu de temps et dévore ses titres au rythme d’un par jour), je me suis trouvé, sur le cours Mirabeau d’Aix-en-Provence, face à un groupe d’une quarantaine de personnes hurlant : « Liberté, liberté, liberté !... ». Mes livres n’allaient pas s’envoler, je suis donc resté pur voir ce qui se passait, j’ai pris les tracts qu’ils distribuaient. Il s’agissait de militants des Patriotes, justement, et leur littérature était double. D’une part un petit tract luxueux, sur papier glacé, dont le titre au recto, Libérons la France, connotait la résistance. Mais la résistance à quoi ? Un dessin dans le style des affiches de 1968 montrait une foule dont surgissaient quatre pancartes : Frexit, Stop coronafolie, Liberté et RIC (Référendum d’Initiative Populaire, l’une des revendications des gilets jaunes) Et, au verso, le programme détaillé de ce parti dont le moins qu’on puisse dire est qu’il demeure confidentiel. En vrac : réouverture de toutes les activités économiques et culturelles, fin du masque obligatoire, liberté totale face au vaccin, sortie de l’Union européenne et de l’euro, sortie de Schengen et rétablissement des frontières, arrêt de l’immigration, nationalisation des banques, hausse des salaires et des retraites, doublement du budget de l’armée, sortie de l’OTAN, et j’en passe. On y trouvait aussi un bulletin d’adhésion au susdit parti, donnant le choix entre cinq possibilités : jeune (10 euros), classique (20 euros), soutien (60 euros), prestige (100 euros) et club (300 euros). Je suppose que nous n’ avez pas besoin de l’adresse. Mais il faut tout de même noter que Philippot ratisse large, empruntant des revendications aux syndicats, aux gilets jaunes, à l’extrême droite, aux défenseurs de la culture et à ceux de l’économie, aux militaristes et aux racistes…

Sur une autre feuille il y avait le texte d’une dizaine de chansons détournées qu’un gros mec chantant un peu faux entonnait au micro, les autres essayant de chanter avec lui, et à la fin de chacune d’entre elles scandaient « Liberté, liberté, liberté !... ». Quelques exemples :

-Sur l’air du Pénitencier (mauvaise adaptation pour J. Hallyday de The house of the rising sun) : Les portes du pénitencier Bientôt vont se refermer Et c’est là qu’ils voudraient nous enfermer Masqués confinés piqués

-Sur l’air de Ma gueule : Quoi ma gueule, qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? Une gueule de confiné  Qui rêve de liberté !

-Sur l’air de Ne la laisse pas tomber : Ne les laisse pas tomber Elles sont si fragiles Elles s’appellent Liberté Sa copine Démocratie.

Bref, une créativité limitée. Je savais vaguement que Philippot avait réussi à se raccrocher à une bouée de sauvetage en se faisant élire député européen, mais j’ignorais qu’il avait une quarantaine de militant à Aix (remarquez, quarante sur environ 140.000 habitants, nous sommes loin de la pandémie…). L’énarque de Marine Le Pen est donc toujours là.

Conclusion qi n'a rien à voir, ou presque. A l’heure où Macron fait semblant de vouloir supprimer l’ENA, on est en droit de s’interroger. Il est vrai que les énarques constituent une élite autoproclamée, prétentieuse et souvent inutile, qui illustre le pire de la bureaucratie française. Je ne sais pas ce que le président de la république vise avec son ripolinage et ses faux semblants, mais il devrait méditer ce proverbe danois, « Ce qu'on ne peut pas rendre meilleur, il ne faut pas le rendre pire ».

 

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fleche4 avril 2021 : Mémoire de poisson rouge

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Ce qui m’a frappé dans l’intervention télévisée du 31 mars de Macron, ce n’est pas ce qu’il disait, mais comment il le disait, et plus particulièrement son usage des pronoms personnels. Son ego surdimensionné (et l’ étymologie d’ego, « je, moi » en latin, prend tout alors tout son sens) le pousse à parler en je. Et là, il parlait en nous. « Nous avons résisté, nous allons tenir encore, nous avons opté pour, nous avons par ces choix gagné des jours de liberté, nous avons décidé le 18 mars, nous devons donc nous fixer un nouveau cap, nous ne devons pas céder au déni », etc. Un journaliste a compté : il aurait prononcé ce nous une centaine de fois. Et ce n’est qu’à à toute fin de son allocution qu’il a parlé, pour trois ou quatre phrases, en je. Il ne fallait pas réfléchir très longtemps pour se dire que nous n’avions rien décidé, que nous n’avions opté pour rien du tout, que nous n’avions fixé aucun cap, et qu’il se foutait de nous. Mais il était assez habile de vouloir nous faire assumer  collectivement ses erreurs ou ses errements.

Le lendemain, premier avril, le premier ministre est allé au Sénat et à l’Assemblée nationale pour demander aux parlementaires de voter sur les mesures annoncées la veille. Et là, on se foutait carrément de la gueule des élus. Quel sens pouvait avoir le fait de voter oui ou non sur ce qui était déjà décidé ?

Mélenchon s’est précipité dans  cette brèche ouverte en jouant sur la date, lançant que « ce vote est un poisson d’avril », poursuivant que le poisson d’avril, « comme tous les poissons, pourrit par la tête », puis, entrainé par sa métaphore, concluant que « les Français, par contre, n’ont pas une mémoire de poisson rouge ». Le poisson pourrit par la tête, Mélenchon doit bien savoir que cette formule, mauvaise traduction d’un adage latin (piscis primum a capite foetet, « le poisson commence par puer de la tête »), que cette formule donc a été lancée par Pierre Poujade, maître à penser dans les années 1950 de Jean-Marie Le Pen, et qu’il risquait d’apparaître ainsi dans le sillage de ce populiste que Roland Barthes avait finement décortiqué une de ses Mythologies (« Poujade et les intellectuels »). En revanche, en affirmant que les Français n’ont pas une mémoire de poisson rouge, il se plantait comme un débutant. Des études scientifiques menées depuis les années 1990 ont en effet démontré par exemple que si l’on mettait dans un aquarium un levier sur lequel, en appuyant, on obtenait de la nourriture, les poissons rouges comprenaient très vite la manœuvre et l’utilisaient continûment. Ou encore qu’ils associaient très vite le moment  où on leur donnait à manger à une musique que l’on diffusait juste avant. Mais n’accablons pas le meneur de la France insoumise : pour Poujade, il a sans doute ce qu'il appelle une mémoire de poisson rouge, et pour ces poissons rouges, il ne peut pas tout savoir.

Et puisque nous sommes dans la langue, les pronoms personnels, les citations d’adages latins ou les formules toutes faites, concluons en riant un peu. Sergio Moro, le juge brésilien qui avait envoyé en prison l’ancien président Lula et qui a été désavoué, convaincu « d’agissements répréhensibles, de comportements contraires à l’éthique et de tromperies systématiques », a voulu faire le malin en introduisant dans un discours en portugais une citation française, tirée d’une chanson d’Edith Piaf : « Non, je ne me regrette rien ». C’est beau, la culture !

 

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Mars 2021

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fleche29 mars 2021 : Règle de trois

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L’autosatisfaction d’Emmanuel Macron est illimitée. Il n’arrête pas de dire et de faire dire qu’il a eu raison de ne pas confiner, qu’il est pragmatique, qu’il veille au grain, que les prévisions des scientifiques étaient erronées, bref vous connaissez, on entend et on lit cela sur tous les media.

Par ailleurs les mêmes media nous disent que la situation du Brésil est catastrophique, que le nombre de morts du Covid s’y envole, comme d’ailleurs aux USA : 312.000 dans le premier cas, 549.00 dans le second. De son côté, Boris Johnson vante le système britannique et certains présentent le nombre de vaccinations en Grande Bretagne comme une victoire à mettre au crédit du Brexit.

Mais si nous regardons tout cela de plus près, il y a de quoi rabattre le caquet de Macron. Voici pour le Brésil, les USA et la France le nombre d’habitants, le nombre de morts du Covid et, grâce à une simple règle de trois, le pourcentage de la population morts de Covid. Conclusion : on meurt autant en France qu’au Brésil et à peine moins qu’aux USA.

Brésil  210 millions                 312.000                                   0,14%

USA     328 millions                 549.000                                   0, 16%

France  67 millions                    94.596                                   0,14%

Bolsonaro est un imbécile ou un fou criminel, Macron un fin tacticien, mais leurs résultats sont les mêmes. Allez  comprendre. Quant à la Grande-Bretagne (64 millions d’habitants, 127.000 morts) le même calcul, toujours une simple règle de trois,  nous donne 0,19%...

L’ennui avec les chiffres c’est que certains pensent qu’ils peuvent nous dispenser de penser.

 

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fleche23 mars 2021 : Merci Erdogan, suite

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J’avais donné il y a deux jours  une information sur le retrait annoncé par la Turquie de la convention d’Istanbul en concluait que cela se passait de commentaire. Je n’en ferai pas  plus aujourd'hui  mais voudrais juste apporter des chiffres dont je ne disposais pas alors. Quatre cents femmes ont été assassinées en Turquie en 2020, parmi lesquelles 300 l'ont été par des hommes de leur entourage. Et, selon l’association turque « halte aux féminicides, 77 femmes ont été assassinées dans les premiers jours de 2021.

 

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fleche21 mars 2021 : Merci Erdogan

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La convention dite « d’Istanbul », signée en mai 2011 et entrée en vigueur en 2014, dont le nom complet est « Convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à égard des femmes et la violence domestique », a été ratifiée par plus de quarante pays. Elle portait sur la prévention,  la protection des victimes, les poursuites des contrevenants, bref elle constituait une avancée importante (mais peut-être parfois uniquement  théorique) dans la lutte contre les violences faites aux femmes, la mutilation génitale,  le viol conjugal, etc.

La Turquie, par un décret présidentiel, vient de se retirer de cette convention. La raison invoquée ? Ce texte nuit à l’unité familiale, encourage le divorce, et ses références à l’égalité seraient utilisées par la communauté LGBT pour se faire mieux accepter par la société.

L’aspect positif de ces explications est que je n’ai pas à me fatiguer pour les commenter. Merci

Erdogan.

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fleche20 mars 2021 : La chèvre et le chou

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On nous annonçait une « formule originale » et nous l’avons eue. Un truc hybride, difficile à définir :  confinement hors de chez soi, en plein air, dehors toute la journée, ou pas confinement ? Ce qui est sûr c’est que les éléments de langage de la firme Macron sont clairs : surtout, ne parlez plus de confinement, il s’agit d’autre chose, d’une formule originale donc.

Il  y a bien sûr dans tout cela un argument qui n’est pas faux : on a plus de chances d’attrape le COVID en intérieur (chez soi, au travail, dans les restaurants…) qu’en plein air. Argument qui pose tout de même question : s’il n’y a pas beaucoup de danger à être dehors, pourquoi rendre le masque obligatoire ? Mais qu’importe, le problème n’est pas là. Tout le monde s’accorde à dire que le pari de Macron (ne pas confiner) était perdu, il ne faut pas donner cette impression. Et d’ailleurs ce n’est pas le président qui est venu présenter cette solution boiteuse, mais le premier ministre…

Disons que cette solution nouvelle, cette « formule originale » dont personne ne comprend vraiment les détails, est une façon de ménager la chèvre et le chou. Vous connaissez l’histoire : un homme, un petit bateau, une chèvre, un chou, un loup. L’homme veut faire passer une rivière à tout ce petit monde, dont tous les membres ne peuvent pas prendre place dans le petit bateau,  sans que la chèvre mange le chou ni que le loup mange la chèvre. Il y a plusieurs solutions qui se ramènent au même principe : ne pas laisser seuls sur l’autre rive la chèvre et le loup ou la chèvre et le chou. Il faudra donc faire différents aller-retours. Mais tout le monde sait que l’expression ménager la chèvre et le chou  a pris un sens très particulier : être incapable de choisir, ou vouloir gagner sur tous les tableaux. On dit avec le même sens en Allemagne Auf zwei Pferde setzen (« parier sur deux chevaux »), en Argentine andar bien con Dios y con el diablo, au Portugal agradar a Gregos e a Troianos (« plaire aux Grecs et aux Troyens »), etc. Et Macron, ancien banquier, préférerait sans doute l’expression win win : tout le monde y gagne. Surtout lui, pourrions-nous ajouter.

Mais revenons à nos moutons. Les spécialistes semblent assez unanimes pour dire que les nouveau pari du président ne va pas nécessairement améliorer la situation, et que la vraie question est de vacciner le plus vite possible le plus de gens possible. Mais, sur ce plan, l’avenir est incertain. Reste donc une autre question : qui va devenir chèvre dans l’histoire ?

 

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fleche18 mars 2021 : Maître des horloges...

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Dans le Canard enchaîné de cette semaine un dessin représente le président Macron s’interrogeant : « Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour régler le problème de la violence des jeunes ? ». Et le ministre de l’éducation Blanquer répliquant : « Attendre qu’ils vieillissent ? »  Au-delà de la blague, on peut se demander combien de temps faut-il attendre ? Ou combien de temps va durer leur vieillissement ?

C’est Bergson qui a proposé de distinguer entre le temps et la durée, le temps étant du côté de la science et la durée du côté de la conscience. Il est facile de comprendre que le temps est mesurable (en secondes, minutes, heures, années, siècles…) tandis que la durée relève de la perception, du ressenti. Une expression  comme « j’ai trouvé le temps long » illustre bien cette différence, et plus encore le fait que face par  exemple à un film d’une heure trente, ceux qui l’ont trouvé ennuyeux diront qu’il était trop long tandis que d’autres diront qu’ils n’ont « pas vu passer le temps ». Tout ceci pour en venir à notre situation actuelle et sur les balbutiements de la communication gouvernementale.

Macron s’est souvent présenté comme le « maître des horloges », comme si le temps c’était lui. Et il a décidé de gérer la pandémie à sa manière, repoussant sans cesse des décisions drastiques en disant et faisant dire que chaque jour était un jour gagné. Gagné ou perdu ? Le gouvernement communique sur beaucoup de choses, sauf sur le nombre de morts. Mais des chiffres nous parviennent tout de même : il y aurait en France environ 300 décès du COVID par jour. Trois cents décès, c’est à peu près ce qui se passe lorsqu’un avion de ligne s’écrase, ce qui arrive deux ou trois fois par an dans le monde entier. Et chaque fois les media en parlent, s’interrogent sur les responsabilités de la compagnie, du fabriquant, des conditions climatiques, et annoncent qu’on y verra plus clair lorsque les boites noires auront été retrouvées et analysées. Il y a aujourd’hui en France l’équivalent d’un avion par jour qui s’écrase, et personne de parle de boites noires…

Macron a fait un énorme pari en décidant en janvier de ne pas confiner, et tout semble prouver qu’il s’est planté. Il a joué une partie, voulant montrer qu’il était le meilleur, le plus habile, le plus intelligent, il l’a perdue. Lorsqu’un joueur d’échec voit qu’il sera mat en deux ou trois coups, il se lève et serre la main de son adversaire, puis il repense à sa partie et cherche à comprendre comment il l’a perdue, pour ne pas refaire les mêmes erreurs. Je ne sais pas ce qu’on nous annoncera ce soir, mais la communication gouvernementale, encore elle, laisse entendre qu’on est à la recherche d’une « formule originale ». Encore une fois, vouloir montrer que Macron est plus malin que les autres, contre l’avis de tous les scientifiques, praticiens ou épidémiologues.

Le président sait qu’il s’est trompé, qu’il n’est pas le « maître des horloges », il a même lâché que c’était le virus qui était désormais le maître du temps. Mais tout laisse à penser qu’il se comporte comme un gamin qui ne veut pas  reconnaître son erreur. Et cela risque de durer car son acharnement relève plus de sa psychologie que du calcul politique ou économique. Et nous pourrions paraphraser le Canard enchaîné: qu'est-ce qu'on pourrait faire pour régler le problème du COVID? Attendre qu'il passe?

Enfin, peut-être les annonces gouvernementales prouveront, ce soir, que j’ai tort…

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fleche13 mars 2021 : Brassens, Gainsbourg et la "cancel culture"

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Depuis deux ou trois semaines la presse presque unanime célèbre le souvenir de Serge Gainsbourg (mort le 2 mars 1991). Et, d’ici quelques mois, elle célèbrera sans doute le centenaire de la naissance de Georges Brassens (né le  22 octobre 1921). Deux géants de la chanson française, dans des styles certes très différents, mais indépassables, chacun dans le sien.

Par ailleurs, le personnage de Pépé le Putois (Pepe the Pew), qui dans la version américaine parle avec un fort accent français, vient d’être supprimé de la liste des personnage de dessins animés utilisés par la Warner Bros. Motif : il passe son temps à draguer, à tenter d’embrasser des femmes (en fait, rappelons-le, il s’agit d’animaux et d’anthropomorphisme) contre leur gré, et donc « banalise la culture du viol » : je n’invente rien.  La scène du film  Space Jam 2 (sur les écrans en juillet prochain) dans laquelle il apparaissait a été coupée au montage, et un autre personnage, Lola Bunny, a été « désexualisée », apparaissant désormais en tenue de sportive et non plus avec un décolleté aguichant.

Quel rapport en ces deux informations ? La première relève de l’histoire de la chanson. Le seconde, bien sûr, de la cancel culture, ou, pour être gentil, de sa caricature. Faut-il s’en inquiéter ? Se demander si  la prochaine victime de cette censure sera loup de Tex Avery ? Ou rire de ces conneries (je n’ai pas d’autre mot) ?

En fait, ce qui me retient dans cette stupidité, c’est que bien des chansons de Gainsbourg et Brassens seraient, si elles étaient en anglais, bannies aux Etats-Unis. Et que nous pouvons même nous demander s’ils auraient pu débuter aujourd’hui en France.  Il est inutile que je vous rappelle des titres, que je vous donne des citations, vous les trouverez vous-mêmes. Ce qui est sûr c’est que l’un comme l’autre seraient traités de machistes, d’apologistes de la violence, de la drague, de l’inceste, d’injure au drapeau français, à la police, à la nation, à l’église et j’en passe.

Le caricaturiste André Gill avait en 1874 créé un personnage, Madame Anastasie, qui armée d’une énorme paire de ciseaux représentait la censure. La Warner Bros en est une illustration moderne. Et, en 1933, les nazis organisaient d’immenses autodafés, brûlant des dizaines de milliers de livres dont les auteurs, juifs, pacifistes ou communistes, représentaient à leurs yeux « l’esprit non allemand ». Si vous n’avez pas tous les disques de Brassens et Gainsbourg, précipitez-vous pour les acquérir, au cas où ces foldingues décidaient de les brûler.

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fleche8 mars 2021 : Numérologie

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Il y a une vingtaine d’années j’avais passé une journée à Puebla avec un couple mexicain dont une sorte de tic m’avait frappé : qu’il s’agisse d’une facture, d’un ticket de parking ou d’ un billet de banque l’un ou l’autre se livrait à un rapide calcul mental et annonçait à l’autre un chiffre compris entre 1 et 9. A ma demande, ils m’expliquèrent qu'en additionnant les nombres correspondant au jour, au mois et à l’année de leur naissance il obtenaient leur chiffre fétiche. Ainsi, quelqu’un né le 8 novembre 1987 aurait pour chiffre 8+11+ 1+9+8+7=  8.

La numérologie est une vieille chose, une pseudo-science qui accorde des propriétés particulières à certains nombres ou chiffres. Il y en a différentes variantes, de l’herméneutique indienne à la kabbale juive, et l’une d’entre elle consiste à donner aux lettres d’un alphabet une valeur numérique. Pour l’alphabet latin, cela pourrait donner A=1, B=2, C=3, D=4, etc… On peut en déduire que les gens qui ont les mêmes initiales et donc le même chiffres ont des choses en commun. Au hasard, C + B (3 + 2) = 5, ce qui, encore au hasard, établirait une relation entre Carla Bruni et Carte bleue. Toujours au hasard, faites la même opération avec les initiale d’Adolphe Hitler et de Dwight Eisenhower, et vous obtenez le même chiffre,  9. Continuons. On trouve dans l’apocalypse de Jean (chapitre 13, verset 18) l’indication que « le nombre de la bête, ou le chiffre de son nom » est six cent soixante-six. 666 : en additionnant les trois 6 vous obtenez 18. Prenez maintenant (j’insiste, au hasard) la lettre E, cinquième de l’alphabet, et la lettre M, treizième, additionnez ces deux chiffres et vous obtenez 18, ou 9.  Or E et M sont les initiales d’ Emmanuel Macron. Malgré son prénom (Emmanuel désigne en hébreu le messie promis au peuple juif), notre président serait donc l’égal de la bête immonde.  Pas sérieux ? Bien sûr, mais on a le droit de s’amuser.

Pourtant…  Vous avez sûrement entendu parler de Qanon, ce groupe de foldingues made in the USA qui diffusent des théories complotistes à tour de bras et voient partout la main maligne d’un « état profond ». Dans cette appellation baroque, « anon » signifie anonyme, et Q est le pseudonyme d’on ne sait qui. Mais Q étant la dix-septième lettre de l’alphabet latin, ces mabouls utilisent le nombre 17 comme moyen d’interprétation de n’importe quoi. Ainsi, je lis dans un dossier de Libération sur « les furieux du complot » qu’ils interprètent sans cesse des messages envoyés par Trump pour exprimer son soutien à leur cause. Ainsi, sur une photo de l’ancien président jouant au golf, ils ont cru voir sur son gant la lettre Q et précisent qu’il en était au 17ème trou. Ou encore, lorsqu’avant de quitter Washington  il a fait un discours à l’aéroport, ils ont compté qu’il y avait 17 drapeaux sur l’estrade.

Cela vous fait rire. Ouais. Mais lorsqu’on voit le succès en France du pseudo-documentaire de Pierre Barnérias, Hold Up, on rit un peu moins. Encore une fois, nous vivons une époque modetne.

 

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fleche2 mars 2021 : Présumé innocent

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 Sarkozy vient donc d’être condamné, cela n’a pas pu vous échapper. Il a fait appel et, avant une éventuelle condamnation définitive, il est présumé innocent. Il a été cité ou impliqué dans une bonne dizaine d’affaires. Grâce à l’immunité présidentielle il n’a pas été inquiété dans l’affaire de l’arbitrage entre Tapie et le Crédit Lyonnais, ou dans celle des sondages de l’Elysée. Il a obtenu un non-lieu pour d’autres affaires et reste inquiété pour l’affaire Bygmalion (sa campagne de 2012), mis en examen pour des soupçons de financement lybien de sa campagne de 2007, est témoin assisté dans l’affaire Karachi et une enquête préliminaire est en cours pour l’affaire russe. Je passe sur les détails, vous trouverez tout cela dans la presse. Cela fait beaucoup pour un seul homme mais, je le répète, Sarkozy est présumé innocent.

J’ai toujours été admiratif  devant un passage de Jules César dans lequel, à l’acte 3 scène 2, Shakespeare met dans la bouche d’Antoine une discours dont la rhétorique est un modèle du genre :

« Le noble Brutus vous a dit que César était ambitieux; s'il en est ainsi , ce fut une faute grave, et César l'a gravement expiée. Ici, avec la permission de Brutus et des autres, - car Brutus est un homme honorable, et ils sont tous, tous des hommes honorables,- moi je viens parler aux funérailles de César. Il était mon ami, loyal envers moi et juste. Mais Brutus dit qu'il était ambitieux , et Brutus est un homme honorable. César a ramené à Rome, nombre de captifs dont les rançons ont rempli les coffres publics; a-t-on pris cela chez César pour de l'ambition ? Quand les pauvres ont geint, César a pleuré ; l'ambition devrait être faite de plus rude étoffe. Pourtant Brutus dit que César était un homme ambitieux et Brutus est un homme honorable. Vous avez tous vu qu'aux Lupercales trois fois je lui offris une couronne royale qu'il refusa trois fois ; était-ce là de l'ambition ? Pourtant Brutus dit qu'il était ambitieux et bien sûr, c'est un homme honorable »

Et je me dis que, dans un quelconque concours d’éloquence (il y en a des dizaines chaque année) on pourrait demander aux candidats de s’inspirer de Shakespeare sur le thème « Sarkozy est présumé innocent ». Si vous voulez vous y essayer, voici quelques citations qui pourraient vous aider :

-De Nicolas Beytout, directeur du très réactionnaire journal L’Opinion, «Pour être respectée, la justice ne doit pas être suspectée. Or, dans la condamnation de Nicolas Sarkozy, tout est suspect. D’abord, son histoire d’ancien président de la République et cette sourde bataille qui l’avait constamment opposé au monde judiciaire. Ce monde de petits pois ne lui a jamais pardonné. Voilà pour le contexte. Même chose pour les méthodes utilisées lors de l’enquête : les juges rebondissant d’une enquête à l’autre, comme s’il leur fallait absolument une affaire sur laquelle coincer l’ancien chef de l’Etat ».

-De Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur, « Chacun sait l’affection et le respect que j’ai pour Nicolas Sarkozy, qui a été un grand président de la République et qui, en ces moments difficiles, a mon soutien amical. Je n’oublie pas tout ce qu’il a apporté à notre pays. »

-De Christian Jacob, président du parti Les Républicains, « c’est une décision qui est incompréhensible, invraisemblable, totalement disproportionnées ».  

-De Guillaume Peltier, vice-président du même parti, « une décision disproportionnée et extravagante »

-« De Christian Estrosi, maire de Nice, « je suis étonné par cette judiciarisation de la vie politique ».

-De Carla Bruni, épouse du présumé innocent, «Quel acharnement insensé mon amour.... le combat continue, la vérité fera jour”.

Mais vous en trouverez d’autres. Alors, à vos plumes ! Et, n’oubliez pas, Nicolas Sarkozy est présumé innocent.

 

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Février 2021

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fleche27 février  2021 : Pop-corn gate, suite.

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Un ami québécois m’écrit qu’il y a pire que le pop-corn gate : « «À l’université McGill, vous pouvez vous inscrire à un cours de littérature, vous plaindre de la présence d’un mot dans le premier roman à l’étude, être évalué sur un autre roman, abandonner le cours, vous faire rembourser ET obtenir vos crédits pour le cours abandonné.» Pour les détails: https://plus.lapresse.ca/screens/d6747695-6206-4808-bcf9 49585461fe39__7C___0.html?utm_content=twitter&utm_source=lpp&utm_medium=referral&utm_campaign=internal+share  

 Il ajoute un autre exemple : « A l'université Concordia (anglaise) de Montréal, des étudiants ont lancé une pétition pour chasser une chargée de cours pour avoir prononcé le titre du livre de Pierre Vallières «Nègres blancs d'Amérique» (l'auteur, indépendantiste et militant de gauche, s'était pourtant exilé à New York chez des Black Panthers dans les années 1960!) ».

 Autre chose qui n’a rien à voir, un flash du bureau de l’Agence Française de Presse de Strasbourg : "Bas-Rhin: flashé à 191 km/h à 88 ans, il dit être en retard pour son vaccin anti-Covid-19" Et oui, la pandémie n’attend pas…

 

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fleche24 février  2021 : Pop-corn gate

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« Je me mets à la place des parents pour la semaine de relâche. […] Donc, avec la Santé publique, pour accommoder les parents, on a quand même fait des efforts. Et je vous annonce que, à compter du vendredi 26 février, les cinémas vont être ouverts dans les zones rouges, donc partout au Québec».

 Cette déclaration du premier ministre a semé la zizanie au Québec. Les cinémas peuvent rouvrir. Bonne nouvelle ? Oui, plutôt, mais il y a un hic. En effet, les spectateurs devront porter un masque. Normal ? Oui, mais il y a un second hic. Puisqu’il  leur faudra porter un masque, il ne pourront pas manger de pop-corn. Et alors ? Et alors, voici la réaction d’un propriétaire de dix complexes de salles de ciné :

« C’est incompréhensible et absurde. Si le gouvernement maintient cette règle, je ne rouvrirai pas. Parce que ça n’a simplement pas de bon sens. Je suis bien prêt à abandonner les pizzas et ce genre de choses, mais le pop-corn et les boissons gazeuses, non ».

Ils sont exigeant, ces Québécois ! Ils ne peuvent pas aller au cinéma sans grignoter des grains de maïs sautés, gras et sucrés. Du coup le premier ministre, après avoir déclaré qu’il ne s’attendait pas à ce « pop-corn gate », propose aux propriétaires de salles une compensation financière pour le manque à gagner.

Les choses en sont là, pour l’instant, mais la situation est grave. Nous vivons décidément une époque moderne.


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fleche22 février  2021: Procrastinations

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Cela fait plus de vingt ans que j’ai quitté Paris pour Aix-en-Provence et j’ai très vite su qu’il y vivait aussi. « Il » : l’auteur de chansons à succès que tout le monde a oubliées, J’aime bien Lily, Tout quitter mais tout emporter, Mister Hyde, et d’une comédie musicale pour enfants dont au moins deux générations se souviennent, Emilie Jolie. Pendant des années que je me suis dit que nous étions peut-être voisins, que je devrais aller le voir. Mais, procrastination, je ne l’ai pas fait, je croyais avoir le temps, j’avais trop de choses à faire. ET Philippe Chatel vient de mourir. Il avait 72 ans.

Au moment où j’écris ce petit billet, j’apprends la mort d’Hélène Martin, à 92 ans, et là c’est l’ensemble de la population qui a fait preuve de procrastination, qui n’a pas pris la peine d’y aller voir. Cette femme a enregistré des dizaines de disques, a collecté les récompenses (trois fois prix  du disque de l’Académie Charles-Cros, grand prix de l’Académie du disque français, prix de la SACEM, etc.), a mis en musique Aragon, Eluard, Genet, Giono, Louise Labé, Seghers, Soupault.. Bref, c'était une très grande. Si vous n ‘écoutez qu’un titre d'elle, je vous conseille un poème de Jean Genet, Le condamné à mort.

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fleche19 février  2021 : Livres "politiques"

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S’il y avait une compétition mondiale des hommes ou femmes politiques écrivant (ou du moins signant) des lignes, la France serait sans aucun doute à la première place sur le podium. Pour nous en tenir à la cinquième république, tous les présidents de la république en ont publiés. Et le ministres ne sont pas en reste. Qu’ils s’agisse de leurs mémoires, de leurs projets, de  livres vengeurs lorsqu’ils ont été exclus du pouvoir (Cécile Duflot, Delphine Batho, Rama Yade) ou de livres programmatiques lorsqu’ils visent le pouvoir (Macron, Taubira) ou veulent accéder à un degré supérieur  (Darmanin), ou lorsqu’ils veulent ne pas être oubliés (Hollande, Sarkozy), ils sont des dizaines chaque années à être présents sur les tables des libraires. Certains se sont même lancés dans le roman, même si l’on peut penser qu’ils ne marqueront pas l’histoire de la littérature : pour les plus récents Bruno Lemaire (Musique absolue), Edouard Philippe (dans l’ombre)et Marlène Schiappa (Marianne est déchaînée).

Bref, en France, les politiques doivent avoir une belle plume (ou, plus souvent, de bons « nègres », je suis désolé je ne dispose pas du mot politiquement correct pour ce qu’on désigne en anglais par une belle formule, ghost writer, « écrivain de l’ombre ».) Mais, et c’est désolant, aucun ni aucune n’a, à ma connaissance, publié de livre de jardinage ni de cuisine. Ca ne vous a pas frappé ? Ca ne vous manque pas ? Pour ma part, j’aimerais bien pouvoir profiter des conseils de Chirac pour faire pousser des pommes (je sais, il est trop tard), ou de ceux de Sarkozy pour faire pousser des salades.  En fait ils ont en tous vendues et pourraient faire un ouvrage collectif : Dictionnaire amoureux de la salade, par les responsables politiques de la France d’aujourd’hui.

Et pour la cuisine ? Tenez, si j’étais éditeur, je me dirais que tous les ministres de l’écologie, de l’environnement ou de la transition écologique (les appellations changent tout le temps), qui ont passé leur temps à avaler des couleuvres, sont des auteurs en puissance. Par exemple, Barbara Pompili , ministre de la transition écologique pourrait écrire quelque chose comme Mille et une recettes pour accommoder les couleuvres En voilà une idée qu’elle est bonne…

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fleche 12 février  2021 : Butinage

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Au hasard, quelques notations butinées cette semaine et que je vous laisse éventuellement analyser vous-mêmes. Et tout d’abord, en zappant pour chercher une chaîne, j’aperçois dans une manifestation une grande pancarte : Hijo de Putin. Cela se passait évidemment dans un pays hispanophone, mais je ne sais pas lequel, tout le monde devine derrière Putin qu’il s’agit de Poutine, mais seul un hispanophone peut voir, derrière Hijo de Putin, Hijo de Puta (fils de pute).

 Un lapsus : Après la démission de Frédéric Mion, directeur de Science-Po Paris, les protestations et dénonciations se sont multipliées dans les différents Instituts d’études politiques de province. Et sous le #sciencesporcs on apprend que les futures « élites » du pays donnent volontiers dans le viol ou le harcèlement sexuel.  Une journaliste radio annonce la réunion « des dictateurs…euh directeurs des IEP »

 Un autre lapsus (et une autre journaliste)  présentant un artiste qui « a mis enceinte.. . euh en scène »…

 Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, aurait expliqué au journal Le Parisien  qu’il ne va jamais chez le coiffeur avant de passer à la télévision « sinon les gens se disent tout de suite qu’on va reconfiner le pays ». Pour vous aider dans votre analyse, je vous donne le commentaire du Canard Enchaîné : « un argument un rien tiré par les cheveux ».

 Et puis un abandon. Depuis des mots, en écoutant des gens interviewés à la radio ou la télévision, je m’amuse, sans vraiment prendre de note, à compter le nombre de fois où apparaît dans leurs discours le terme voilà. Mais la tâche devient fatigante, voilà est devenu une sorte de virgule verbale, totalement désémantisée. Je vous laisse, si cela vous amuse, prendre la relève.  

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fleche 6 février  2021 : Habitus, confinement, complotisme

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J’ai toujours pensé que les concepts les plus opérationnels étaient ceux qui sont les plus faciles à expliquer. C’est à mon avis le cas de l’habitus de classe utilisé par Pierre Bourdieu, que je vais tenter d’illustrer en essayant de ne pas trop le trahir. Il s’agit d’un ensemble de pratiques héritées au acquises qui caractérisent un groupe social, ou une classe. Par exemple il y aurait d’un côté ceux qui jouent au bridge, boivent du scotch ou du champagne, s’intéressent ou jouent au tennis ou au golf, et de l’autre ceux qui jouent à la belote, boivent du pastis, s’intéressent au foot… Et ces deux groupes grossièrement définis par ces pratiques ont des tendances endogamiques, par exemple leurs membres se marient entre eux, font les mêmes études, etc. Il est d’ailleurs, de ce point de vue, intéressant de noter que ce concept d’habitus apparaît pour la première fois chez Bourdieu lorsqu’il analyse les comportements dans des bals du Béarn  où les jeunes-femmes dansent avec des gens venus de la ville tandis que les paysans restent éloignés de la piste.

Si j’évoque ce concept d’habitus, c’est parce que j’ai l’impression que les réactions au confinement ou au couvre-feu en sont une bonne illustration. Laissons de côté les protestations venues des professionnels (les patrons de restaurants, les artistes, les commerçants, etc.) pour nous intéresser à leurs « clients ». Ceux qui s’élèvent contre la fermeture des théâtres ou des lieux culturels en général par exemple ne sont pas agriculteurs ou petits commerçants mais plutôt des bobos vivant en ville. Et je vous laisse vous interroger sur les catégories sociales qui s’élèvent contre la fermeture des stations de ski, des stades, des librairies, des bistrots, etc. Bien sûr, la réponse ne peut pas venir de la simple intuition mais d’enquêtes et d’analyses sérieuses. Il demeure que Bourdieu aurait sans doute eu des choses à dire sur ce point.

Il y a en revanche une tache aveugle dans cette approche, sans doute parce que la pratique concernée est relativement nouvelle : le complotisme. Vous en connaissez des dizaines d’exemple, véhiculés le plus souvent par les réseaux sociaux, et il est facile d’imaginer, pour prendre un exemple nord-américain,  qu’il y a comme une suite d’implications entre le fait de fréquenter une église  évangélique, de voter Trump, d’attaquer le Capitole et de croire à un complot démocrate pédophile.

Mais dans quels habitus faut-il classer ceux qui pensent que le coronavirus a été inventé par Bill Gates, ceux qui croient à un complot des élites parisiennes contre le docteur Raoult, ceux qui suggèrent qu’au cours des siècles les grammairiens français ont comploté pour construire une langue sexiste, ceux qui affirment que le vaccin a pour fonction de nous injecter des puces électroniques ou encore, comme la sociologue Monique Pinçon-Charlot dans le documentaire complotiste  Hold-up, qui expliquent que le coronavirus est utilisé comme un « holocauste » pour « éliminer la partie la plus pauvre de l’humanité, dont les riches n’ont plus besoin » ?

Mais ne vous cassez pas trop la tête et passez un bon week-end quand même.

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fleche 4 février  2021 : Baromètre

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 Depuis quelques années, le baromètre des langues du monde que nous avons élaboré a suscité des réactions diverses. Certains n’y comprennent pas grand-chose, d’autres réfutent toute approche quantitative, d’autres encore le portent aux nues (comme les auteurs du récent livre le français n’existe pas qui parlent de « l’hallucinant  baromètre du poids des langues dans le monde »). Mais il n’y eu que peu de discussions techniques ou scientifiques sur notre travail. Pour ceux que cela intéresse, les choses pourraient être dorénavant facilitées.

En tapant sur Google « baromètre Calvet 2017 » vous accéderez à un site du ministère de la culture français sur lequel vous aurez des liens avec les deux premières versions (2010, 2012) et à la version la plus récente (2017), ce qui vous permettra de comparer les trois classements successifs et de faire des hypothèses sur les raisons des changements qui apparaissent d’une version à l’autre.

 Mais il ne s’agit là que de la carrosserie d’une grosse machine et vous pouvez, si cela vous intéresse, vous plonger dans sa mécanique interne en téléchargeant les dossiers qui vous sont proposés. D’une part, en pdf, un long texte expliquant de la façon la plus simple possible notre démarche, la façon dont nous avons établi et traité nos données, etc. D’autre part deux dossiers Excel avec toutes nos données chiffrées, vous permettant de faire votre propre classement  en faisant varier le poids de nos douze facteurs, et, surtout, et d’éventuellement critiquer notre méthode. Bref, tout le matériel pour ouvrir un débat sur un travail scientifique qui a fait couler beaucoup d’encre.

 

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fleche1er   février  2021 : Imbécilité ou inconcience?

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Ce qui s’est passé samedi au centre d’entraînement de l’Olympique de Marseille ne témoigne pas seulement de l’imbécillité des supporters de football mais de quelque chose de plus diffus et de plus grave. Précisons tout d’abord que la situation de l’OM est unique en France : les clubs de supporters se sont vus attribuer le droit de vendre eux-mêmes les abonnements annuels à leurs membres, avec les dérives financières que l’on peut imaginer. Ils se sentent propriétaires ou patrons de l’équipe, pensent avoir tous les droits, y compris celui de saccager et de s’en prendre physiquement aux joueurs. Il est vrai que l’OM est actuellement dans une mauvaise passe, à la neuvième place du classement, mais on voit mal comment ces actions de commando peuvent changer en quoi que ce soit sa situation. La pandémie rend-t-elle fou ?

A Nice, un patron de restaurant a ouvert son établissement malgré interdiction, et on l’a vu à la télévision tenant trois assiettes dans ses mains et hurlant « Liberté ! Liberté ! » avec la projection de postillons qu’on peut imaginer sur les plats qu’il servait. Et la cinquantaine de clients présents ne portaient, bien entendu, pas de masque. A Carpentras, un commissaire de police et un vice-procureur ont été surpris en train de manger dans un restaurant clandestin.  Sur les réseaux sociaux le slogan « je ne me confinerai pas » fleurit. Et l’on sait qu’aux Pays-Bas de violentes manifestations ont lieu contre le couvre-feu. Encore une fois, la pandémie rend-t-elle fou ? Inconscient ? Ou les deux à la fois ? Imbécillité ou inconscience ?

A vous de voir. En attendant, je partage avec vous un extrait d’un mail reçu d’une amie brésilienne, qui constitue peut-être un début de réponse :

« A Rio on a 40 degrés tous les jours, depuis deux semaines. Résultat 1: plages bondées. Résultat 2: des hôpitaux bondés »

 

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Janvier 2021

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