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29 novembre  2019: Succès?

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Depuis lundi, les chaînes de Radio France sont en grève : sur France Inter, France Culture, France Info ou France Musique, à part des flashes d’information et quelques rares émissions, on a pu entendre des bandes musicales. Et, le premier énervement passé, on se dit que ce n’est pas mal, mais pas mal du tout, ces plages musicales. On découvre des chansons ou des morceaux qu’on ne connaissaient pas, et comme il n’y a pas d’annonces, on se demande à qui appartient telle ou telle voix, qui est ce compositeur ou ce pianiste… Ils devraient pourtant se méfier, les grévistes, car on arrive parfois à se dire qu’il est salutaire de se désintoxiquer de certaines émissions pour écouter de la musique, rien que de la musique.

Mais au fait, ils faisaient grève pourquoi, les gens de France Inter, France Culture, France Info ou France Musique ? La direction a annoncé la suppression d’ici 2022 de 203 postes, par le biais de départs à la retraite ou de départs volontaires non remplacés, et les grévistes demandaient l’abandon pur et simple de ce plan. Le problème est qu’ils n’ont strictement rien obtenu à ce jour : la direction reste droite dans ses bottes, comme disait l’autre. Alors les uns parlent d’un conflit sur la durée, et le syndicat national des journalistes annonce que la grève reprendra plus tard, les autres, comme la CGT, annoncent que la grève pourra reprendre dès lundi. Mais tous ont déclaré jeudi, lors d’une conférence de presse, que la grève avait été « un succès ». Un succès ? Oui, un succès, car la grève a été suivie, même si elle n’a rien obtenu.

Il y a longtemps, bien longtemps, succès signifiait « ce qui arrive de bon ou de mauvais » à la fin d’un acte  ou d’une action. En gros il y avait un lien entre le mot succès et le verbe succéder. C’était à l’époque de Rabelais. Mais aujourd’hui succès signifie quelque chose comme « fin heureuse », « réussite ». Alors de deux choses l’une. Soit les syndicats sont linguistiquement très conservateurs, soit ils sont très optimistes. A moins que, bien sûr, le succès en question soit celui des organisations nationales, qui ont "réussi" leur grève, mais pas celui des travailleurs, qui ne voient rien changer. Dans tous  les  cas, cependant, la lutte continuera. Ou pas…

 

 


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27 novembre  2019: Elections piède à cons?

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En 1881 Léo Taxil écrivait La Marseillaise anticléricale, dont le refrain disait :

Aux urnes, citoyens, contre les cléricaux !
Votons, votons et que nos voix
Dispersent les corbeaux !

Je n’ai pour ma part pas toujours été chaud partisan du système électoral, il m’est même arrivé d’appeler à l’abstention et beaucoup d’entre nous scandions naguère  élections piège à cons. Mais ce qui vient de se passer à Hong Kong constitue un beau plaidoyer pour ce système démocratique. On sentait déjà un frémissement en observant les inscriptions sur les listes électorales : 400.000 nouveaux inscrits ces derniers mois. La participation est venue confirmé ce mouvement : 71% de votants contre 47% en 2015, un taux record. Et les résultats, eux, sont sans appel : 17 district sur 18 remportés par les « anti-Pékin », une véritable baffe pour le pouvoir central. Avec la publication par le New York Times de documents concernant la répression au Xinjiang dont j’ai déjà parlé ici (voir 19 novembre), cela fait deux grosses épines dans le pied de Pékin. Etrangement, au moment où j’écris, les réactions sont plutôt discrètes en Chine. Seul le ministre des affaires étrangères a déclaré que Hong Kong c’était la Chine et que peu importait ce qui se passait dans ces élections. D’accord, monsieur le ministre. Mais il y a une chose que je ne comprends pas. Puisque Hong Kong c’est la Chine, pourquoi la première réaction vient-elle des affaires étrangères ? Parce que le peuple chinois ne sera pas informé de ces résultats et que seuls les étrangers s'y intéressent?

 

 


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23 novembre  2019: Une arme secrète dans la culotte

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J’ai longtemps conseillé à mes étudiants de sémiologie d’analyser les publicités télévisuelles Et nous avions, il y a une quarantaine d’années, dégagé une sorte de machisme inhérent illustrant le statut qu’on cherchait à imposer à la femme dans la société, en particulier dans le couple. Le plus intéressant, de ce point de vue, était ce qu’on y disait des produits pour la vaisselle ou la lessive.

Roland Barthes avait, dans une de ses Mythologies (« saponides et détergents », article qui date de 1954) étudié la façon dont on présentait les « qualités » d’Omo, Paic, Persil , Lux ou Crio, en donnant une image euphorique de ces produits censés laver plus blanc, en profondeur et sans attaquer les tissus, et il terminait par une flèche assassine : « Euphorie qui ne doit d’ailleurs pas faire oublier qu’il y un plan ou Persil et Omo c’est tout comme : le plan du trust anglo-hollandais Unilever ».

Mais il ne s’intéressait pas aux utilisatrices de ces produits. Or les publicités que nous avions étudiées avec mes étudiants étaient caricaturales. Je n’en donnerai qu’un exemple, que je décris de mémoire. On voit, par la porte ouverte d’une salle de bain, un homme sortant de sa douche ou de son bain en train de se sécher la peau avec une serviette. Au premier plan, hors de sa vue, une femme l’observe, l’air un peu inquiète, et on entend sa voix : « va-t-il se rendre compte que j’ai lavé sa serviette avec (Omo ou Persil ou Lux, je ne me souviens plus de la marque) ».

Mais je vous parle là de temps anciens, et personne aujourd’hui n’oserait afficher un tel machisme, une telle assignation de leur rôle domestique aux femmes. Il y a même une marque, Ariel, qui fait pénitence avec une pub sur le partage des tâches dans le foyer. Tout cela est donc fini. Encore que…

Encore que, chassez le machisme par la porte il revient par la fenêtre. Pas pour vendre de la lessive cette fois mais des protections contre les pertes urinaires. Frappé par une de ces publicités j’en ai cherché d’autres et, surprise, il n’y a que des femmes. Une femme mince, élancée, explique que son slip anti-pertes est non seulement joli mais très efficace. Une autre explique que grâce à sa serviette spéciale elle peut vivre sans soucis. Tiens donc, il n’y a que des femmes ? Les hommes n’ont-ils pas de fuites urinaires ? Je me suis renseigné : oui, ils en ont aussi. Et pourtant !

Un dernier exemple, la marque Tena discreet. Elle nous montre une femme en survêtement, dans une salle de sport, qui lève des haltères et lance : « Pertes urinaires ? J’ai une arme secrète dans ma culotte ». On appréciera l’élégance de la formule. Aux dernières nouvelles, la même marque préparerait une campagne « pleine d’humour » en direction des hommes. On peut lui faire confiance.

 

 

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19 novembre  2019: Virus

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Il y a en Chine moins de 2% de musulmans (ce qui fait quand même une vingtaine de millions de personnes) et, en trente-cinq ans de séjours réguliers dans ce pays, je n’en ai réellement rencontrés qu’à Xian, capitale de la province du Shaanxi, qui était le départ de la route de la soie. On les appelle les Huis, et ils occupent au centre de la ville tout un quartier (le « quartier musulman ») très touristique. On y trouve des mosquées, des boutiques de toutes sortes, mais ces musulmans ne se distinguent guère, physiquement, des Hans (les Chinois), même s’ils sont sans doute d’une lointaine ascendance  perse ou arabe. Mais ils ne parlent pas arabe (du moins je n’en ai jamais entendu parler arabe, et ceux auxquels j’ai parlé arabe ne comprenaient rien) et les inscriptions indiquant les restaurants musulmans sont toutes écrites de la même façon, avec la même calligraphie arabe, une sorte de copié-collé, comme un logo halal.

Il y a dans le pays une dizaine de millions de Huis, mais il y a également dans le nord-est environ neuf millions d’autres musulmans, en particulier les Ouïghours, dans le Xinjiang, qui eux parlent turc.  Et, depuis des années, des bruits couraient sur le sort que leur réserve le pouvoir central. On disait qu’on séparait les parents de leurs enfants, pour bourrer le crâne de ces derniers et leur apprendre le mandarin et les empêcher de parler turc, que la police était partout, que l’on traquait ceux qui ne boivent pas d’alcool ou portent la barbe, qu’il s’agissait d’un véritable génocide culturel, on racontait des tas de choses, mais essentiellement sur la base de « on dit » ou de « ouï dire ».

Les choses ont changé lorsque, samedi dernier, le New York Times  a publié des documents que l’on pourrait appeler les Ouïghourleaks, qui comporte selon Libération « 96 pages de discours inédits du président Xi Jinping, 102 pages de discours de cadres du parti, 161 pages de directives et de rapports sur la surveillance des citoyens et 44 pages d’enquêtes internes », bref une véritable mine. Derrière ces fuites il y a bien sûr un lanceur, ou une lanceuse, d’alerte, et l’on peut supposer que le pouvoir le, ou la, recherche activement. Mais cela prouve que, dans les hautes sphères du pouvoir, il y a quelques opposants.

On apprend dans ces documents que les fonctionnaires disposent d’une guide bourré d’éléments de langage, pour apprendre par exemple à répondre aux questions des étudiants qui, rentrant chez eux pour les vacances, de retrouvent pas leurs parents. On leur explique qu’ils doivent être reconnaissants aux autorités, car « quel que soit l’âge, tous ceux qui ont été infectés par le virus de l’extrémisme religieux doivent être soignés et mis en quarantaine avant que la maladie se répande ».

Moi qui suis athée de chez athée, qui me fous des religions comme de ma première chemise mais qui ne supporte pas les dérives terroristes de certains musulmans, je me sens assez libre pour exprimer mon aversion face à ces pratiques chinoises. Le vocabulaire utilisé (infectés, virus, soignés, quarantaine, maladie) n’est pas innocent. Le religion est l’opium du peuple, disait Marx, et je suis assez d’accord avec lui. Mais de là à considérer les religions comme des maladies ou des virus, il y a un large pas. En outre, nous avons tous entendu les mêmes termes, dans d’autres pays, en particulier mais pas seulement arabes, à propos de l’homosexualité. Et pourquoi pas, demain, pour les non communistes, pour les manifestants de Hong Kong (qui sont déjà traités de terroristes) ou pour tout autre groupe social qui gêne le pouvoir.

Nous vivons décidément une époque moderne, qui risque de nous ramener à l’usage de la psychiatrie que faisait la Russie stalinienne.

 

 

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15 novembre  2019: Une deux, une deux....

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Les professionnels de santé étaient hier dans la rue et j’ai noté en écoutant la télévision un de leurs slogans, Hôpital en colère, y’en a marre de la galère. Il y a très longtemps que je travaille, dans diverses langues, sur les slogans, ces formes que les manifestants scandent en défilant et sur la façon dont, spontanément, ils adaptent la structure de leur langue, les contraintes parfois de l’accent tonique ou des oppositions entre longues et brèves au rythme de la marche, qui est toujours à deux temps, un pied puis l’autre, une deux, une deux, une deux…. . Hôpital en colère, y’en a marre de la galère en est un nouvel exemple, qui illustre parfaitement ce que j’ai pu décrire par ailleurs.

Tout d’abord, et comme  très souvent, ce slogan rime (colère galère) et cette rime le découpe en deux segment. Mais ils n’ont pas la même longueur (six pieds pour le premier, sept pour le second). Or la scansion va les ramener à deux unités rythmiques semblables par une jeu sur la longueur des syllabes. Le premier, Hôpital en colère, est scandé comme naguère Mitterand président,  lui aussi composé de six syllabes, avec une suite de deux brèves et une longue, ou de deux croches et une noire, répétée deux fois. Ainsi les six syllabes sont ramenées à quatre unités, ou à quatre temps, compatibles avec le rythme de la marche.

Le traitement de y’en a marre de la galère est plus complexe car nous avons sept syllabes qu’il faut donc ramener à quatre temps. Et la solution est encore dans un jeu sur la longueur. Si y’en a marre est traité comme hôpital ou en colère, deux brèves une longue, ou deux croches une noire, de la galère présente une difficulté supplémentaire : comment ramener  ces quatre syllabes à deux temps ? Et la solution passe parce ce le solfège appelle un triolet, une suite de trois notes correspondant à un seul temps. C’est-à-dire que les trois syllabes  de la ga ont la même longueur que la syllabe lère. Et je suis sûr que, si je me suis bien fait comprendre, vous n’aurez aucune difficulté à scander maintenant ce slogan comme il l’était hier dans les rues de Paris.

Derrière tout cela il y a ce que j’appelle une compétence rythmique, une façon d’imposer spontanément la loi du corps (les deux temps de la marche : on n’imagine pas une troupe défiler sur un air de valse ou de java) à la langue.


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13 novembre  2019: Divers

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Vous avez sans doute noté que j’ai dû arrêter quelques temps mes billets. A mon retour de Singapour j’ai découvert des problèmes d’accès à mon site que j’ai mis quelques jours à résoudre (pour être honnête, avec l'aide de mon copain Michel).

Je reviens donc à mes notes de voyage et  tout d’abord à une information assez étonnante que j’ai trouvée dans un quotidien local (The strait times, 4 novembre 2019). En Indonésie le ministre des affaires religieuses a déclenché un débat en annonçant que le gouvernement pourrait interdire le port du tchador et du voile dans les bâtiments gouvernementaux. Et il a ajouté qu’il faudrait aussi interdire aux hommes fonctionnaires le port du pantalons d’arrêtant milieu du mollet, qui a la faveur des islamistes radicaux. L’Indonésie est le plus grand pays musulman du monde, et le ministre des affaires religieuses annonce là des décisions qui s’apparentent fort  à la laïcité française… Allez comprendre.

Dans le même numéro le récit d’une attaque au couteau à Hong Kong qui a fait six blessés. Les témoins ont déclaré que le suspect « parlait mandarin ». Traduisez : il ne parlait pas cantonais et il n’était donc pas de Hong Kong. La lutte pour la démocratie est en même temps un combat culturel, une défense de la langue locale ou un refus de se laisser imposer la langue officielle venue de Pékin (le cantonais est toujours une des langues officielles dans l’île).

Enfin, dans un autre numéro du même journal local je suis tombé sur un mot que je ne connaissais pas : netizen. Il s’agit bien sûr d’un néologisme, parallèle à citizen, « citoyen », construit sur city, pour désigner ce que nous appelons en français internaute et non pas netoyen. Le suffixe -naute vient d’un mot grec désignant le navigateur, qui a aussi donné  nautique, nautile et, bien sûr, le Nautilus de Jules Vernes. L’internaute navigue donc sur le Net comme l’astronaute navigue dans les astres. Et les deux mots, internaute et netizen, on le même sens. Mais je suis frappé par le fait qu’en anglais on soit membre du Net (comme le citoyen est membre de la cité) tandis qu’en français on y passe, on y navigue, ce qui implique l’existence de ports où l’on peut s’arrêter. Tirez-en ce que vous voulez.


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8 novembre  2019: De Singapour au Cameroun, et des langues au caoutchouc

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Je viens de passer quelques jours à Singapour, invité par le SWF (Singapore Writers Festival) qui avait cette année pour thème A language of our own, thème qui convient parfaitement à cette île-état  surpeuplée et plurilingue. Singapour a une superficie de 721 km2, douze fois moins que la Corse pour vous donner une idée, et un nombre d’habitants 17 fois plus grand que la même Corse. Un rêve pour sociolinguiste ! Et la constitution rend en partie compte de ce Babel asiatique : quatre langues officielles (anglais, mandarin, tamoul et malais) et une langue nationale (le malais). Mais l’anglais, langue héritée bien sûr de l‘époque coloniale, est partout, dans l’administration, le commerce, l’environnement graphique (les plaques des noms de rues par exemple ne sont qu’en anglais) tandis que la langue « nationale », le malais, qui apparaît certes dans le texte de l’hymne national, n’est utilisé que dans l’armée, comme langue de commandement.

Le système scolaire est entièrement bilingue, tout le monde apprenant l’anglais et une des trois autres langues, selon l’origine ethnique de la famille. Les « Malais »  étudient donc en anglais et malais, les «Chinois »en anglais et mandarin  et les « Indiens » en anglais et tamoul. Mais une bonne partie de la population d’origine chinoise de Singapour parle cantonais, hakka ou teochew, et 60% seulement de celle d’origine indienne parle tamoul. C’est-à-dire qu’il y a, dans ce domaine comme dans d’autres, un autoritarisme de l’état qui  assigne  (ou impose) à certains citoyens une identité linguistique passant parfois par une langue qui n’est pas la leur.

Et en fait, l’anglais semble s’imposer jusque dans les familles. Ainsi, une enquête du ministère de l’éducation publiée en octobre et menée auprès des parents d’élèves montre que 70% en moyennes des enfants d’origine chinoise, malaise ou indienne parlent surtout anglais à la maison. Le système qui apparaît donc d’abord comme très respectueux du plurilinguisme est peut-être en train de préparer en deux ou trois générations la domination de l’anglais. A moins que…

A moins que l’anglais lui-même ne soit à terme menacé par le singlish (l’anglais de Singapour) que certains considèrent comme un créole et contre lequel le gouvernement lutte avec acharnement, demandant aux citoyens d’utiliser l’anglais standard. Mais le singlisj est parlé partout, dans les rues, entre amis, et on commence même à écrire dans cette langue des romans ou de la poésie. La situation est donc à suivre avec intérêt.

J’ai participé, au festival des écrivains, à deux tables rondes, l’une sur Language death et l’autre sur The future of language. Woody Allen a dit un jour qu’il est très difficile de faire des prévisions, surtout lorsqu’il s’agit de l’avenir, et tout ce qui précède montre qu’il avait raison. Mais l’investissement de Singapour dans la défense du plurilinguisme a peut-être ses limites.

Il existe en effet une grosse société singapourienne, Halcyon Agri, géant du caoutchouc qui possède de nombreuses filiales à travers le monde, en particulier, au Cameroun, l’entreprise Sud Cameroun Hévéa. Celle-ci a obtenu d’une façon douteuse (on parle de diverses corruptions) le droit de raser 10.000 hectares de forêt primaire pour y planter des hévéas, l’arbre à caoutchouc, afin de fournir les fabricants de pneus, Michelin, Goodyear ou Bridgestone. Bien sûr cet immense territoire était peuplé, essentiellement par des pygmées, qui sont obligés de dégager. Et ils finiront sans doute dans une ville, où  ils perdront en une ou deux générations leur langue. En outre, le territoire en question, la réserve du Dja, est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce qui signifie qu’aux yeux de la société Halcyon Agri le caoutchouc importe plus que le patrimoine mondial de l’UNESCO, plus qu’une population de pygmées, plus que leur langue.

J’ai bien sûr raconté cette histoire à la table ronde sur Language Death, mais cela n’a pas eu l’air d’étonner spécialement la soixantaine  de personnes qui y assistait. Comme quoi la défense du plurilinguisme est à dimension variable.

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27 octobre  2019: Promotion et école hôtelière

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Je me suis, cette année, fait piéger au moins trois fois en allant voir des films dont les media disaient le plus grand bien et que j’ai trouvé nuls. Bien sûr, mon opinion n’est pas raison, mais cela m’avait tout de même mis la puce à l’oreille.

Or, dans la semaine qui s’achève, les choses sont allées très loin, trop loin peut-être. Mon chien stupide, un film d’Yvan Attal, dans lequel il joue avec son épouse, Charlotte Gainsbourg, est sur toutes les ondes. Invité jusqu’à trois fois dans la semaine sur la même chaîne de radio, dans deux émissions en trois jours sur la même chaîne de télé, le couple est partout. Au point que le pauvre Attal ne trouve plus rien de nouveau à dire et se répète d’émission en émission, joue pareillement la même partition avec sa femme, on s’engueule un peu, on fait rire, on se duplique de medium en medium. Une vraie indigestion ! Et ce qu’ils disent me laisse une fois de plus penser, peut-être à tort, que le film sera indigeste. Bien sûr, il y a là une belle opération de promotion. Des coups de téléphones, des attachées (ou des attachés, mais c’est plus rare) convaincants ou complices, la flemme ou le j’m’en foutisme ou le copinage de certains journalistes, bref tout cela débouche sur un insupportable bourrage de crâne. Le résultat est que (encore une fois peut-être à tort) je n’irai pas voir ce film. Mais tout cela me met en rage, car j’ai le sentiment, une fois de plus, que certains animateurs ont appris leur métier à l’école hôtelière et qu’ils posent leurs questions comme on passe les plats, qu’ils remettent le couvert dès qu’un copain se produit quelque part. Certains pourraient penser qu’il y a quelque part des retours d’ascenseur, que les animateurs ou les journalistes s’y retrouvent quelque part, mais je ne me livrerai  pas à de telles insinuations. Simplement, je trouve que la déontologie professionnelle est parfois battue en brèche.

Je sais, il y a pire. Juste un exemple, pour vous couper définitivement l’appétit (décidément ce billet donne dans la gastronomie) : CNews et le Figaro Magazine  continuent à faire une place en or à Eric Zemmour, Beurk !



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25 octobre  2019: Lecture

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Ma vie est, depuis quelques semaines, bouleversée et je me rends compte que j’ai complètement oublié d’annoncer un livre que j’ai publié en septembre.

Il s’appelle My Tailor is still rich, les glottotropies à travers l’histoire de la méthode Assimil, et il est publié aux CNRS éditions. Le titre peut paraître étrange (rassurez-vous, le livre est écrit en français) mais je suis persuadé que vous comprendrez aisément le clin d’œil en anglais et le néologisme hellénisant.

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18 octobre  2019: Prestidigitation

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Il y a bien longtemps (en 2004 pour être précis) je publiais dans Libération une tribune libre dont je vous donne ci-dessous le texte intégral.

 

 

QU’EST-CE QU’UN SIGNE ?

(ostentatoire, ostensible ou visible)


La France politique discute aujourd’hui sur l’adjectif qui conviendrait le mieux dans une loi visant à interdire les signes d’appartenance religieuse à l’école : faut-il interdire les signes ostentatoires (montrés de façon excessive, indiscrète) ostensibles (portés avec l’intention d’être remarqués) ou visibles (qui peuvent être vus). On voit bien sûr immédiatement que les deux premiers adjectifs sont problématiques et que seul le troisième ne prête pas à discussion : quelque chose est visible ou invisible, sans possibilité intermédiaire, tandis qu’il n’y a pas solution de continuité avec ostentatoire ou ostensible, qu’il sera toujours possible d’arguer à longueur de journée.  On imagine déjà les débats portant sur le fait que tel ou tel signe serait plus ou moins ostentatoire, plus ou moins ostensible, et ce choix mènerait à des arguties sans fin, au coup par coup, assorties de manifestations diverses, sur la dimension d’un bandana, sur la longueur d’une croix voire même sur la possibilité de porter en classe une casquette qui recouvrirait la kippa. La République entrerait dans le plus grand ridicule puisque la Loi serait incapable de s’auto-interpréter.

 Mais il y a dans ce débat, du moins aux yeux du linguiste et du sémiologue que je suis, une chose étrange : personne ne semble se demander ce qu’est un signe. Tous les intervenants citent le voile, la kippa et la croix (avec ici une restriction : elle ne doit pas être trop grande), c’est-à-dire les manifestations de ce que l’on considère actuellement comme attentatoire à la laïcité.  Mais demain ? Ne risque-t-on pas d’assister à des discussions sans fin sur d’autres façons d’afficher son appartenance qui pourraient apparaître, d’autres religions ou sectes bien sûr,  mais aussi les nouvelles façons que les musulmans, les juifs ou les chrétiens pourraient inventer pour se manifester.

Mon propos n’est pas ici d’intervenir dans ce débat, mais de souligner d’abord que la différence entre les adjectifs visible et ostensible ou ostentatoire est, bien sûr, que le premier entretient une opposition digitale avec non visible ou invisible tandis que les deux autres relèvent de l’analogique. Cependant ce problème n’est pas sans lien avec la notion de signe, oubliée dans cette discussion, et l’on peut se demander si ce n’est pas sur elle que devrait porter le débat, si le problème du digital et de l’analogique ne se pose pas au sein même du signe.

On sait que l’ancêtre de la linguistique structurale, Ferdinand de Saussure, considérait que le signifiant et le signifié, étaient aussi indissociables que les deux faces d’une feuille de papier, qu’en coupant dans l’un on coupait dans l’autre. Jacques Lacan a mis un peu désordre dans cette vision euclidienne (la feuille de Saussure ne peut se concevoir que dans un espace à deux dimensions) en donnant au signifiant une place prépondérante. C’est à partir de lui qu’on cherche à atteindre le signifié, en tenant de franchir la « barre ». Or ce que nos politiques veulent interdire ce n’est pas un signe mais un signifié (qui dit en gros « je revendique mon appartenance à telle ou telle religion ») et ils ne disposent pour l’instant que de trois exemples de signifiants, la kippa, le voile et la croix. Mais une grande maison de vente par correspondance vient de se rendre compte qu’on lui avait fourgué des T-shirts sur lesquels s’inscrivait, en arabe, un passage du Qoran : personne n’avait perçu le signifié derrière ce signifiant. L’anecdote est intéressante car elle préfigure de futurs débats et de futurs conflits. Pour renvoyer au signifié que veut proscrire la loi des petits malins vont s’ingénier à produire du signifiant à la pelle ou, si l’on préfère, inventeront des formes nouvelles pour le même contenu. Que faire si les chrétiens se mettent à porter un poisson ? Si les musulmans exhibe une sourate du Qoran ?

La sémiologie pose parfois des questions embarrassantes et l’on peut se demander si la meilleure façon d’interdire ce signifié anti-laïque n’est pas d’imposer un signifiant unique. L’uniforme à l’école ? Cela fait bien sûr un peu rétro, un peu réac. Mais le signe ainsi émis ne poserait plus de problème.

 

Je ne suis plus exactement sur les mêmes positions en ce qui concerne la théorie du signe linguistique, et ma conclusion, que je voulais ironique, n’a peut-être pas été perçue comme telle à l’époque, mais le  problème général n’a guère changé aujourd’hui. Voici que l’on s’interroge sur la gradation des signes (ou des indices) de radicalisation . Vous vous souvenez sans doute du feuilleton télévisé Columbo dont le principe était très simple. Dans chaque épisode, le spectateur avait vu le crime, en connaissait le meurtrier et disposait d’un certain nombre de preuves, avant même que l’inspecteur Columbo apparaisse. La question qu’il se posait n’était donc pas « qui est l’assassin ? » ou « comment a-t-il commis son crime ? » mais « comment et quand Columbo va-t-il découvrir ce que je sais déjà» ?

L’avantage de l’enquêteur n’avait cependant pas pour autant disparu puisque, le plus souvent, le criminel allait être démasqué grâce à d’autres indices, et c’était là toute la spécificité de la série. Elle s’apparentait en fait, dans sa technique d’exposition des faits, à la prestidigitation. De façon peut-être paradoxale, malgré son étymologie (« agilité des doigts »), la prestidigitation est une affaire de pieds. Une des techniques du prestidigitateur  consiste en effet à détourner l’attention du spectateur  en se mettant, grâce au déplacement de ses pieds, dans une position lui permettant de diriger les regards vers un point de l’espace  où il ne se passe rien d’important pour effectuer une manipulation dans un autre point de l’espace. Or, dans les épisodes de Columbo c’est la caméra qui jouait le rôle des pieds du prestidigitateur. En choisissant certains plans, certains points de vue, on montrait certaines choses au spectateur et on en omettait d’autres, celles qui allaient servir à l’enquêteur.

Les autorités chinoises viennent d’inaugurer un nouveau discours à propos de ce qui se passe à Hong Kong. Je passe du coq à l’âne ? Vous allez voir que non. Le nouveau discours consiste à dire que les milliardaires de Hong Kong, qui contrôlent très largement le marché immobilier, sont les premiers responsables de la crise : les prix sont trop élevés et les jeunes ne trouvent pas à se loger. On voit la ruse de la raison qui se profile derrière cette interprétation : les manifestants ne réclameraient pas la démocratie mais un accès au logement, et la Chine serait ainsi blanchie. On voit tout de suite le parallélisme avec le prestidigitateur ou avec la caméra de Columbo : on détourne le regard vers autre chose, un autre objet ou une autre interprétation, en faisant du même coup oublier, ou ne pas voir, la chose principale, l’interprétation principale.

Le débat sur le voile qui est en train de s’enflammer à nouveau et de diviser les familles politiques relèvent peut-être du même principe du prestidigitateur. On attire l’attention sur un bout de chiffon sensé être un symbole identitaire ou religieux pour détourner les regards. Mais se posent alors deux questions. De quoi détourne-t-on les regards ? Et qui est « on »? Le problème est que ces deux questions peuvent avoir des réponses diverses, mais pas nécessairement exclusives l’une de l’autre. « On » peut par exemple faire braquer les regards vers une pauvre femme malmenée par un élu d’extrême droite pour les détourner des manœuvres de l’islam politique qui cherche à noyauter la société française. Mais « on » peut aussi faire braquer les regards vers une supposée atteinte à la laïcité pour les détourner de positions racistes. Comme le pouvoir chinois tente de transformer des revendications démocratiques en revendications sociales ou immobilières.

Et c’est sur ce point que, depuis 2004, j’ai un peu changé de position par rapport à la théorie du signe. Les signes ou les indices sont toujours ambigus, un signifiant ne renvoie pas à un signifié qui lui serait consubstantiel,  il doit toujours être interprété. Et l’on peut parfois intervenir sur cette interprétation, la truquer ou l’influencer. Suivez mon regard. Et regardez les pieds du prestidigitateur.

 

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11 octobre  2019: Terroristes et radicalisés

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L’étymologie de terroriste est presque transparente, venant de terreur, qui lui-même vient du latin terror, « terreur, effroi, épouvante ». Le terroriste est donc celui qui pratique ou inspire la terreur.

 Or, depuis une poignée de semaines j’ai successivement entendu à la télévision chinoise les manifestants de Hong Kong traités de terroristes (et, accessoirement, des séparatistes), le président turc Erdogan dire que les Kurdes étaient des terroristes, la presse allemande parler du « terroriste d’extrême droite » de Halle et le président français parler des terroristes islamistes. C’est-à-dire que ceux qui, à Hong Kong, réclament la démocratie ou ceux qui au Moyen-Orient ont lutté contre le soit disant état islamique et luttent pour leur identité sont mis sur le même plan que ceux qui assassinent de façon aveugle, tandis que l’on oublie que l’armée turque intervient dans un pays étranger, la Syrie, et que la Chine ne respecte pas un accord international découlant de la formule de Deng Xiao Ping, « un pays, deux systèmes ». On voit ainsi qu’une définition, même tirée des meilleurs dictionnaires, ne nous dit pas grand-chose et que le sens des mots vient de leurs usages, qui peuvent être extrêmement fluctuant.

Les choses sont encore plus complexes pour ce qui concerne le terme radicalisé, dont l’étymologie peut également paraître transparente. Venant bien sûr de radical, qui lui-même vient du latin radix,  « racine », il devrait signifier quelque chose comme « qui remonte aux sources » ou « qui est remonté aux sources ».  Mais il y a eu là une sorte de contamination par le mot arabe salafiya, de salaf, « ancêtre » ou « prédécesseur », un mouvement sunnite prétendant revenir aux pratiques musulmanes à l’époque de Mahomet (dont, par parenthèse, on ne sait pas grand-chose). Il s’agit en fait d’un mouvement prônant une lecture littérale du Coran, qui s’est d’abord manifesté par le quiétisme, refusant de s’impliquer dans la vie politique et se consacrant à la doctrine. Mais le terme salafisme a ensuite désigné l’islam politique puis le jihadisme, ce qui nous ramène au terrorisme et à l’état islamique.

Il y a donc là une nébuleuse sémantique alors que plus que jamais nous avons besoin de termes précis.  Il est clair que lorsque Pékin parle de terrorisme à propos de Hong Kong il y a une volonté de brouiller de carte, ou de mentir si l’on préfère. Mais lorsqu’ils appellent à lutter contre la radicalisation, les responsables politiques utilisent un terme flou, qui désigne un processus dont on voit mal les contours et les causes. Comment reconnaître un radicalisé ? On (c’est-à-dire en l’occurrence le ministre français de l’intérieur, Castaner) nous parle du port de la barbe (il en porte lui-même une), du refus de faire la bise aux femmes ou de la zébiba, ce mot arabe qui désigne à l’origine le « raison sec » et aujourd’hui la trace calleuse que portent ceux qui prient frénétiquement en tapant leur front contre le sol. Tout cela n’est ni sémantique ni politique. La radicalisation est un processus qui vient sans doute d’un endoctrinement (il ne semble pas que l’on puisse naître radicalisé) qui passe en particulier par certaines mosquées, par certains réseaux sociaux, par certaines chaînes de télévision, par certaines écoles. Pour ne donner qu’un exemple (que je m’emprunte à moi-même, voir mon récent livre My tailor is still rich, les glottotropie à travers l’histoire de la méthode Assimil),  six « écoles associatives » d’île de France donnent des cours d’arabe à 14.000 élèves, soit le double des effectifs des élèves arabisants de l’Education nationale. Quel arabe ? Et quelle idéologie ? C’est peut-être là une des choses que les politiques auraient intérêt à investiguer…


 

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fleche8 octobre  2019: Geringonça

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Je ne suis pas vraiment spécialiste du portugais mais geringonça, comme son équivalent espagnol jerigonza, signifie d’abord « argot », « jargon », « chose incompréhensible ». Il a pris en outre en portugais le sens de « construction improvisée », « mécanisme complexe », « engin », et désigne depuis quelques années la coalition improbable regroupant le les socialistes, le communistes et le Bloco de esquera (le « bloc de gauche » comparable  aux Insoumis français), coalisation qui gouverne le Portugal depuis 2015. Cette nomination à l’origine péjorative (la coalition apparaissait comme une magouille politique) est en train de changer de sens. Le premier ministre, Antonio Costa, a d'ailleurs déclaré que « les Portugais aimaient la geringonça ». En effet il vient de gagner les élections et avec 106 députés socialistes il frôle la majorité absolue, mais le bloc avec ses 19 députés et les communistes lui renouvellent leur soutien.

Il est vrai qu’en trois ans les socialistes et leurs alliés ont ramené le déficit public de 11 à 0,5% tout en augmentant les retraites et le salaire minimum. Bref, comme le dit la sagesse populaire, l’union fait la force, mais elle peut en outre être efficace et permettre de mener une politique sociale de gauche.

Et l’on se prend à rêver : PS plus PC plus France insoumise plus éventuellement Verts (mais ils ont pris en France la grosse tête), n’est-ce pas possible ? Hélas, on disait naguère que la droite française était la plus bête du monde, mais on peut appliquer le même diagnostic à la gauche.


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fleche30 septembre 2019: Aveuglement ou complaisance

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Je rentre de dix jours passés en Chine et retrouve une France subitement chiraquisée. Une sorte d’union nationale autour de lui, sympathique, proche du peuple, grand politique… On croit rêver ! Ou oublie qu’il fut poursuivi par les affaires, celles des emplois fictifs, des faux emplois, des HLM de Paris, qu’il détournait des fonds publics pour alimenter son parti, qu’il laissera condamner à sa place ses plus proches collaborateurs (Alain Juppé, Michel Roussin, Louise-Yvonne Cassetta), qu’il fut d’ailleurs plus tard condamné à deux ans de prison avec sursis pour « prise illégale d’intérêt », “détournement de fonds publics », « abus de confiance » et « délit d’ingérence ». On oublie aussi qu’en 1991, dans un discours à Orléans, il caressait dans le sens du poil son public un passage que Le Pen aurait pu prononcer :

« Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d'or où je me promenais avec Alain Juppé   il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! [applaudissements nourris] Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur [rires nourris], eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou ».

Soit les Français ont la mémoire courte, soit ils trouvent normal de voler l’argent public et de proférer des propos racistes. Il est vrai que, comme le chantait Brassens, « les morts sont tous des braves types », mais il y a des limites à l’aveuglement ou à la complaisance. Je reviens donc de Chine et, là-bas aussi, on peut se demander où passe la frontière entre aveuglement et complaisance. On a beaucoup parlé en Europe des cameras qui filmaient tout dans les rues pour traquer les « délinquants » mais les choses commencent dès la douane. Photo, prise d’empreintes de tous les doigts des deux mains, photo encore à l’hôtel, reconnaissance faciale à l’entrée de différents bâtiments, etc. Les gens que j’ai interrogés trouvent cela normal. C’est, disent-ils, pour assurer la sécurité. Quant à ce qui se passe à Hong Kong, les gens sont sous-informés par les media mais ils répètent le plus souvent le discours officiel : ce sont de « terroristes » qui sont dans les rues. Le territoire compte environ sept millions d’habitants, il y a eu trois millions de manifestants, ce qui constitue effectivement un taux important de terroristes. Bref, il vaut mieux en rire. Et pour cela je vous invite à aller à cette adresse :

https://video.tudou.com/v/XMTk4MjY1NTcyOA==.html?__fr=oldtd

Vous y trouverez un hilarant récit des aventures d’un touriste italien à Malte.

 

 

 

 

 

 

 

 

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fleche17 septembre 2019: Petite pause

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Je viens de subir un deuil cruel et je vais prendre un peu de distance. Une pause, donc, pendant deux ou trois semaines.



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fleche6 septembre 2019: Démographie et langues

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Michel Feltin-Palas, journaliste à l’Express, a mis en ligne le 3 septembre sur son site boutdeslangues un texte intitulé « Paris n’est plus la première ville francophone du monde ». Son argumentation était simple : selon un rapport de l’ONU sur « les villes du monde en 2016 », Kinshasa compte 12,1 millions d’habitants tandis que Paris n’en compte que 10,9. Il en concluait que « dans quelques décennies, 70 % des locuteurs de notre langue vivront en Afrique et moins de 20 % en Europe », tout en reconnaissant que la notation de locuteurs était floue. Le lendemain, sur France Inter, dans l’émission Boomerang, Augustin Trapenard reprenait l’information, sans citer sa source. Pour les deux journalistes, donc, Kinshasa était le ville comprenant le plus grand nombre de francophones.

On dit depuis longtemps que l’avenir du français se joue en Afrique, affirmation qui, sans être totalement fausse, doit cependant être largement nuancée. Il y a en effet deux choses très différentes à prendre en compte. D’une part la démographie de l’Afrique, dont la croissance galopante est indiscutable, et d’autre part la connaissance du français par les population de pays africains membres de la Francophonie, ou pour être plus précis ayant le français comme langue officielle. Et, sur ce dernier point, il faut encore distinguer entre la situation de l’enseignement  (et l’école de la RDC, dont Kinshasa est la capitale, est dans un état lamentable) et la politique linguistique des pays africains (dont certains pourraient très bien décider, un jour ou l’autre, de changer de langue officielle). Il faut donc prendre ces chiffres et ces projections avec précaution car, comme disait Woody Allen, il est très difficile de faire des prédictions, surtout quand il s’agit de l’avenir.

Mais restons sérieux : il ne faut pas confondre le nombre d’habitants des pays francophones et celui des locuteurs du français dans ces mêmes pays. On estime (mais il s’agit d’une estimation « à la louche »), que 10% de ces habitants ont une réelle connaissance du français. Kinshasa, avec ses 12 millions d’habitants, aurait alors un peu plus d’un million de francophones, ce qui la mettrait loin derrière Paris. Et le premier problème est, dans ce pays comme dans d’autres, l’améliorer l’enseignement, la formation, nécessaires au développement. Que cela soit en français dans une langue africaine ou dans les deux.

 

 

 

 

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fleche1er septembre 2019: Franchise

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Les cons, ça invente toujours de nouvelles conneries, c’est même à ça qu’on les reconnaît, aurait pu dire Michel Audiard (dans le dialogue des Tontons flingueurs il écrivait en fait « ça vole en escadrille »…). En 2003 la France s’opposait devant l’ONU à l’intervention militaire en Irak, ce qui fut très mal pris aux USA où certains politiques, soutenus par des media populistes, lancèrent l’idée de débaptiser les french fries pour les appeler freedom fries ou liberty fries. L’ambassadeur de France à Washington s’était alors contenté de faire remarquer que les frites venaient en fait de Belgique. Les choses se sont ensuite calmées, et les frites s’appellent toujours des french fries. Mais pourtant, l’idée était belle et pourrait être productive. Imaginons que la France se fâche avec l’Italie. L’Académie française pourrait transformer la pizza napolitaine  en pizza marseillaise, le tournedos Rossini en tournedos Michel Sardou, ou Johnny Hallyday ou qui vous voudrez. Si elle se fâchait avec la Chine, le riz cantonais pourrait devenir riz niçois ou lillois. Et si les Américains avaient des problèmes avec l’Allemagne, il pourraient décider d’appeler les hamburgers (le plat préféré de Trump, avec des french fries justement) des newyorkers. Et s’ils voulaient encore viser la France, que feraient-ils du frenc kiss ou de french letter (« préservatif »). Bref les cons ne sont jamais à cours de conneries.

Le président brésilien vient d’en donner un bel exemple. Depuis son élection, il insiste sur sa simplicité en se faisant photographier, lorsqu’il signe un document officiel, avec dans la main un stylo à bille Bic. Il vient de se rendre compte qu’il s’agissait d’une marque française et a décidé d’utiliser dorénavant un stylo à bille portugais. Il a raison, Bolsonaro, Macron a déclaré qu’il avait menti alors que, bien sûr, il ne ment jamais.

Il y a cependant un petit problème. Le président brésilien pourrait déclarer qu’il ne ment pas, qu’il est franc (franco en portugais). Mais cet adjectif, qui vient du francique frank, a d’abord désigné un peuple (les Francs, puis les Français) avant de signifier libre  puis franc (celui qui dit la vérité). En affirmant sa franchise, Bolsonaro se classerait donc du même coup dans le clan des Francs et, par extension, des Français.

Mais je le laisse avec ce grave dilemme, qu’il se débrouille.

 

 

 

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fleche30 août 2019: Expropriation ou spoliation?

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Il m’a fallu relire plusieurs fois les différentes sources que j’ai consultées pour me convaincre que je n’avais pas la berlue. Dans un tract distribué depuis le 26 août, Corsica Libera, le parti du président de l‘Assemblée corse, Jean-Guy Talamoni, explique que les « étrangers à la Corse » doivent prendre garde : « Nous prévenons solennellement les acheteurs étrangers à la Corse : n’écoutez pas ceux qui vous disent que l’acquisition est sûre en l’état du cadre légal actuel », et « nous engagerons dès que nous en aurons la possibilité une démarche d’expropriation de tous les biens immobiliers acquis en Corse depuis le 24 avril 2014 par des personnes physiques ou morales ne remplissant les conditions posées par la délibération de l’Assemblée de Corse ». On croit rêver ! La date citée est celle d’une délibération au cours de laquelle a été adopté  le texte suivant (29 voix pour, 18 contre, 4 abstentions) : « l’accès à la propriété foncière et immobilière ne devrait pouvoir être exercé, de manière automatique, que par les personnes physiques et morales considérées comme ayant le statut de résident, à savoir :  les personnes physiques pouvant justifier de l’occupation effective et continue d’une résidence principale située en Corse, durant une période minimale de cinq années etc. » Ce « statut de résident », qui avait ensuite été adopté par quatre communes, a été annulé pour « abus de pouvoir » par le tribunal administratif en février 2016. En fait, et Corsica Libera le sait très bien, il faudrait une modification de la constitution pour que l’on puisse appliquer cette décision, pour l’instant illégale donc.

Mais le problème est ailleurs. Le texte parle d’expropriation et d’étrangers à la Corse. Pour ce qui concerne l’expropriation elle est, juridiquement, une dérogation au droit de propriété, qui est ainsi défini à l’article 544 du Code civil : «La propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu'on n'en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements ». Et un expropriation doit reposer sur une déclaration d’utilité publique, à laquelle il n’est fait mention  ni dans le tract ni dans le texte d’avril 2014 (si je l’ai bien lu).  Quant aux étrangers à la Corse, il s’agit bien sûr d’abord des Français.  Ce projet, inapplicable en l’état de la loi et qui nécessiterait une improbable modification de la Constitution, ressemble donc plutôt à une spoliation, terme qui a de sinistres connotations remontant au sort que connurent les juifs pendant la dernière guerre, et à une discrimination, tout cela ayant bien sûr de forts relents racistes.

Il y a cependant derrière cette position une tentative de justification : le prix de l’immobilier augmenterait sans cesse en Corse, ce qui entrainerait une discrimination par l’argent, et il s’agirait d’une défense du patrimoine. Habile, mais légèrement faux-cul. Imaginons que pour lutter contre la montée des prix du logement à Paris (ou à Nice, ou à Cannes) on décide que seuls les gens vivant à Paris (ou à Nice, ou à Cannes) depuis au moins cinq ans puissent y acquérir des biens. On entendrait hurler des dizaines de milliers de Français, parmi lesquels sans doute des Corses. Autre proposition avancée par Corsica libera: « appliquer une fiscalité plus lourde aux seules résidences secondaires spéculatives et pas aux résidences secondaires patrimoniales et familiales que les Corses possèdent dans leurs villages ». Autrement dit, les résidences secondaires possédées par des Corses seraient moins taxées que celles possédées par des non corses, ce qui est à la fois contraire au principe d’égalité de tous devant la loi (et l’impôt) et, répétons-le, raciste. Imaginons encore que ces principe soit appliqué à  Paris (ou à Nice, ou à Cannes ou n’importe où ailleurs !) En outre, le passage de la délibération de 2014, disant que seules peuvent acquérir des biens immobiliers les personnes « pouvant justifier de l’occupation effective et continue d’une résidence principale située en Corse, durant une période minimale de cinq années », laisse entendre si on le rapproche du texte ci-dessus que seuls les résidents pourraient acquérir une résidence secondaire, ce qui est légèrement baroque. Vous imaginez un résident à la Martinique, pour rester dans un contexte insulaire, voulant en outre acheter une résidence secondaire à la Martinique.

Bref, mieux vaut en rire. Un petit rappel, peut-être. Spoliation vient du latin spoliare, qui lui-même vient de spolium, dont le sens premier est la « dépouille d’un animal » mais aussi le « butin ». Tout est dit.

Nous vivons vraiment une époque moderne…

 

 

 

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fleche29 août 2019: Y'a d'la joie

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Charles Trenet, « le fou chantant » comme on l’appelait à ses débuts, avait entre autres dingueries imaginé ceci dans Y’a d’la joie :

La tour Eiffel part en balade comme une folle

Elle saute la Seine à pieds joint puis elle dit:

" Tant pis pour moi si j'suis malade

J'm'ennuyais tout' seule dans mon coin"

Julien Prévost et Sylvain Mérol l’ont pris au pied de la lettre, faisant de cette fiction une fiction au carré dans Mademoiselle Tour Eiffel, racontant justement que la Tour Eiffel décide de prendre des vacances pour aller voir la mer. Et elle rencontre toutes les difficultés d’une évadée, toutes les solidarités aussi, arrivera à la mer comme elle le voulait, sans qu’on sache vraiment si elle retournera à Paris.

J’oubliais : il s’agit d’une bande dessinée. Je sais, je ne parle pas de BD dans ces billets, mais pourquoi ne pas faire exception à ce qui n’est pas vraiment une règle. Car cette œuvre, destinée à des enfants, regorge de références discrètes à une pléiade d’auteurs qui me sont chers : outre Trenet, on y trouve l'écho de Lavilliers, Renaud, Sempé, San Antonio, Hugo Pratt, Boris Vian, Brassens et d’autres encore. Qui me sont chers, donc, mais que les jeunes ne connaissent sans doute pas. Alors, si vous avez des enfants ou des petits enfants, faites-leur lire Mademoiselle Tour Eiffel et, à l’occasion, expliquez-leur ces références, histoire de transmettre votre univers culturel ou affectif. C’est publié aux Editions Clair de Lune et cela devrait se trouver dans toutes les bonnes librairies.

 

 


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fleche18 août 2019: Basta!

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Une photo du ministre de l’agriculture, Didier Guillaume, et de celle de la cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, assistant à une corrida à Bayonne circule depuis quelques jours. Et les réactions se succèdent. Le porte-parole D’Europe écologie-Les Verts y voit « un soutien clair et net à un massacre, à un spectacle lugubre », la fondation Brigitte Bardot enchaîne que c’est « au-delà du scandaleux et de l’écœurement  », des associations de défense des animaux comme L.214 ou 30 millions d’amis joignent leurs voix au chœur… De nos jours où tout se photographie, tout se filme, tout s’enregistre et tout se diffuse, ces deux ministres ont sans doute fait la preuve de leur bêtise. Mais rien ne leur interdit d’aller à une manifestation que la loi autorise.

Il fut un temps où  j’assistais aux corridas jusqu’au jour, ou plutôt jusqu’à une nuit d’insomnie où, passant d’une chaîne à l’autre, je suis tombé sur un documentaire taurin. Je me souviens d’un gros plan sur l’œil du taureau auquel on plantait des banderilles et qui semblait dire « mais qu’est-ce que je fais là ? », « je ne vous ai rien fait… ». Bref ma vie d’afficionado s’est arrêtée brusquement. J’ai assisté en Équateur à un combat de coqs. Les propriétaires se remplissaient la bouche d’une gorgée d’alcool qu’ils pulvérisaient dans les yeux de leurs volatiles pour les exciter avant de les jeter dans l’arène où ils devaient s'entretuer. En Chine j’ai vu un spectacle de mangeurs de serpents, de serpents tout crus tout vifs. J’ai donc vu, puis je me suis abstenu. Mais je n’ai jamais pensé un seul instant à exiger qu’on banisse ces spectacles. Les gens font ce qu’ils veulent si rien ne l’interdit. Et, dans une démocratie, ceux qui désapprouvent peuvent militer pour qu’on change la loi.

Pour ma part je mange de la viande, bœuf, porc, volaille, je mange du poisson et des crustacés, dans certains pays je mange du crocodile, du serpent, du singe, du cobaye ou du rat palmiste, dans d’autres des scorpions ou des méduses, et je ne force personne à faire de même. Mais j’ai de plus en plus de mal à supporter cette dictature de bien-pensants autoproclamés qui attaquent des boucheries ou des abattoirs et veulent imposer à tous leur idéologie.

L’histoire nous montre que les églises, mosquées, synagogues ou sectes bouddhistes massacrent ou ont massacré. Je considère en outre, mais cela n’engage que moi, qu’elles sont dangereuses pour la santé mentale des citoyens. Faut-il les interdire ? Et, pour protéger les animaux, faut-il interdire aux musulmans la fête du mouton, aux juifs la carpe farcie, aux catholiques l’agneau pascal ? Viendra peut-être un jour ou d’autres illuminés décideront que les légumes souffrent quand on les arrache à la terre ou quand on les fait cuire, voire que les arbres souffrent quand on les taille pour qu’ils produisent de meilleurs fruits, que les raisins souffrent quand on les presse. Faudra-t-il alors interdire la consommation de légumes et de fruits ? Faudra-t-il condamner alors les végétariens ? Et interdire le vin ?

Bien sûr les paysans, qu’ils produisent du porc ou du maïs, polluent sans vergogne. Bien sûr l’abus de viande, d’alcool, de frites…ou de religion n’est bon ni pour la santé physique ni pour la santé morale. Mais il y a une frontière entre modération et prohibition. Nous vivons dans un monde de fous où des idéologues illustrent dans leurs délires la formule de Michel Foucault, « surveiller et punir ». Il parlait de la prison, il s’agit dorénavant de la société entière. Il ne s'agit plus d'une «écologie punitive », comme disent certains, mais d'une dérive dictatoriale de groupes minoritaires qui veulent imposer à tous leurs opinions. Vous ne croyez pas que ça suffit ? Basta !

 

 

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fleche5 août 2019: Les paradis extérieurs

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J’ai depuis longtemps le sentiment que la gauche et l’extrême gauche françaises ont a le plus souvent cherché leurs modèles et leurs raisons d’espérer ou de se mobiliser dans des « paradis extérieurs ». L’URSS a jusqu’au bout été la référence des communistes, la « patrie du socialisme » dont le bilan était, selon Georges Marchais, « globalement positif ». Cuba et la Chine ont pris la relève, avec d’un côté le mythe de Guevara et la théorie du « foco », du foyer révolutionnaire, de l’autre la révolution culturelle qui fera des millions de morts, sans oublier la guerre de libération du Vietnam. Puis ce fut le Chili d’Allende, le Venezuela de Chavez et plus près de nous Syriza en Grèce et Podemos en Espagne. Et que dire de ceux qui trouveront un temps admirables Kadhafi ou Khomeiny, ou de ceux qui, aujourd’hui, se situent sur des positions « islamo-gauchistes » ? Ces allégeances, lorsque le  «modèle» était au pouvoir, poussaient d’abord à une absence totale d’esprit critique, et à une rhétorique un peu lourdingue, opposant par exemple la démocratie « formelle », celle des régimes bourgeois, à la démocratie « réelle », des pays socialistes. Je garde moi-même une sorte de tendresse pour le régime cubain alors que je sais parfaitement qu’il emprisonnait à tour de bras ses opposants, et que ces opposants n’étaient pas nécessairement réactionnaires.

Parmi ces suivistes, les trotskystes ont toujours tenu une place à part, puisqu’ils ne soutenaient aucun régime (sauf, un temps, celui de Tito) mais plutôt un proscrit, Léon Trotski, poursuivi par les sbires de Staline, qui finiront par avoir sa peau. Mélenchon, issu du courant le plus sectaire du trotskysme (l’Organisation Communiste Internationale), après avoir tenté de se « blanchir » au PS, a repris cette voie de fascination pour ce qui se passe ailleurs. Il a longtemps soutenu la « révolution bolivarienne » de Chavez au Vénézuela, mais la façon dont son successeur, Maduro, a ruiné ce pays, le plus riche en pétrole du monde, et gouverne  de façon dictatoriale, a rendu ce soutien désormais délicat. Puis il a tenté de se rapprocher de Yanis Varoufakis, le ministre de l’économie du gouvernement de Tsipras, et du parti espagnol Podemos, sans beaucoup de succès, et il vient récemment de changer de paradis : c’est aujourd’hui le Mexique qui a ses faveurs. AMLO (Andrès Manuel Lopez Obrador), élu président de la République en décembre 2018 après deux tentatives infructueuses, n’est pourtant pas un ultra. Mais il a pris des décisions symboliques (diminuer son salaire de 60%, limiter celui des fonctionnaires, augmenter le salaire minimum) et annoncé des mesures de lutte contre les narcotrafiquants et la corruption. A suivre, donc.

Mais, visiblement, Mélenchon s’imagine comme un possible AMLO français. Il a, lui aussi, été battu deux fois à l’élection présidentielle et songe peut-être au troisième round. Cette phrase prononcée  sur son blog vidéo est d’ailleurs significative : « Ici, on a gagné l'élection présidentielle avec 54 % dès le premier tour, ils ont fait 30 millions d'électeurs… C'était sa troisième candidature, il lui a fallu une constance et une force de caractère absolument géantes pour faire ces trois campagnes ». On remarquera le on dans « on a gagné »… Et il a déclaré à un journal local  « Je suis venu pour respirer, connaître ce monsieur AMLO qui m'intéresse tant, apprendre de ce processus mexicain, qui va sûrement donner une nouvelle impulsion en Amérique latine et en Europe. Je viens chercher l'inspiration et un peu d'optimisme. »

Mélenchon a donc trouvé un nouveau « paradis extérieur ». Il a bien sûr rendu visite au président mexicain, a été reçu au Sénat, il s’est rendu sur la frontière avec les Etats Unis… Ah oui, petit détail, il est aussi allé à Coyoacan pour visiter la maison de Trotski.


 

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fleche27 juillet 2019: Trio

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Dans le grand cirque de la politique mondiale on distingue diverses tribus, le plus souvent géographiques, dans les intégrations régionales regroupant des pays voisins (l’Union Européenne, le Mercosur, l’Unions africaine, etc…). Mais on pourrait imaginer d’autres types de regroupements tribaux. Par exemple l’union des pays présidés par des femmes (la liste en serait limitée), l’union des pays défendant la laïcité (la liste en serait encore plus limitée), etc. On pourrait aussi penser aux pays gouvernés par des fous, des idiots, des clowns. Je sais que la liste en serait peu scientifique, mais amusons-nous un peu. J’ai sous les yeux une photo de la vitrine d’une librairie de Rio de Janeiro, dans laquelle deux livres sont mis en valeur. A gauche, un livre consacré à Bolsonaro, Mito ou Veridade et à droite l’œuvre de Dostoieski, O idiota. Le hasard (s'il s'agit du hasaed, j'en doute) fait bien les choses ! Un peu plus au Nord du continent, Trump serait aussi un bon candidat. Et plus à l’Est, en Grande-Bretagne, le nouveau premier ministre, Boris Johnson (à propos, Dominic Cummings, le nouveau conseiller de Boris Johnson était considéré par  l’ex premier ministre David Cameron comme un « psychopathe de carrière »), mérite également de monter sur le podium. La tribus des idiots dirigeants ? L’adjectif est discutable, mais puisqu’ils nous font tous les trois à la fois rire et pleurer, je propose de baptiser ce trio le groupe des clowns.

Reste à savoir qui sera le « clown blanc », autoritaire et se drapant de dignité, le « clown rouge » (ou Auguste), le plus bouffon, et le « contre-pitre », le plus gaffeur, qui ne comprend jamais rien et oublie très vite les rares choses qui a réussi à comprendre. Choix difficile ? J’ai mon idée mais je suis démocrate. Alors nous pourrions proposer à Bolsonaro, Johnson et Trump (ici soigneusement classés par ordre alphabétique) de choisir leur rôle. Vous voulez élargir ce trio ? Restons français et ajoutons-y Guignol. Je vous laisse décider de qui jouera ce rôle. Je vous rappelle simplement que Guignol a toujours en main une tavelle, une sorte de matraque avec laquelle il frappe les méchants. Mais, comme idiot, méchant est un terme peu précis, à dimensions sémantiques variables. Un manifestant à Hong Kong est-il un méchant ? Un journaliste russe ? Un gilet jaune ? Un opposant hongrois ou polonais ? Bref, je pourrais allonger la liste, mais le pauvre Guignol risquerait de se vexer. Il sait, lui, qui sont les méchants, et le public est d’accord avec lui. L’ennui est que de nos jours le public élit en général triomphalement les « méchants » ou les « clowns » du cirque de la politique mondiale. C'est sans doute la modernité.

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fleche25 juillet 2019: Referendum d'Initiative Partagée

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Il existe en France depuis 2008 un référendum d’initiative partagée, processus qui débute par le dépôt d’un projet de loi par au moins un cinquième des parlementaires, se poursuit par la validation du Conseil Constitutionnel et doit être ensuite mis en place par le ministère de l’intérieur. Tous les électeurs peuvent ensuite apporter leur soutien à la proposition de loi pendant neuf mois, et elle doit obtenir au moins un dixième des électeurs inscrits (soit, aujourd’hui, 4.717.000 électeurs). Et la proposition de loi revient alors au parlement.

Cette procédure a été activée en avril 2019 par 248 parlementaires (Républicains, Socialistes, Communistes, Insoumis) qui ont déposé une proposition de loi afin que le groupe aéroports de Paris soit considéré comme un service public, alors que le gouvernement a l’intention de le privatiser. On peut donc voter depuis le 13 juin et jusqu’au 12 mars 2020 à 23 heures 59.

Maintenant vous savez tout… ou presque. Car, pour voter, il faut aller sur un site mis en place par le ministère de l’intérieur (c’est-à-dire qu’il faut trouver ce site). Et l’Intérieur ne fait aucune publicité sur cette initiative. Silence radio. Tiens ! Tiens ! Imaginez que vous deviez voter pour l’élection du président de la république ou de votre député et qu’on ne vous dise ni à quelle date ni dans quel bureau de vote il vous faut aller. C’est à peu près ce qui se passe actuellement. Il semblerait que le ministre de l’intérieur, très actif lorsqu’il s’agit d’envoyer la police taper sur des manifestants, ne soit guère efficace lorsqu’il s’agit de renseigner les citoyens sur leurs droits. A moins qu’il n’applique les conseils de silence de son patron.

La procédure a aujourd’hui obtenu un peu plus de 560. 000 signatures (rappel : il en faut 4.717.000). Alors si vous êtes opposés à la privation des aéroports parisiens, remuez-vous. J’ai fait les recherches pour vous. Il faut aller sur ce site, https://www.referendum.interieur.gouv.fr, en vous munissant de votre carte d’électeur et de votre carte d’identité (ou de votre passeport). Et cela vous prendra quelques minutes. Faute de quoi le RIP ne signifiera pas Référendum d’Initiative Partagée mais Requiem In Pace, « repose en paix ».

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fleche23 juillet 2019: Philippe Meyer

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Lundi, au festival d’Avignon, Philippe Meyer présentait un spectacle, Ma radio, retraçant ses rapports depuis son enfance à cet invité permanent dans les foyers. Il parle, il chante, émeut ou fait grincer les dents et nous rappelle des tas de souvenirs et d’émotions  qui somnolent dans le dortoir de nos mémoires. Présent sur France Inter pendant près de vingt ans (une chronique quotidienne : Nous vivons une époque moderne, puis une émission hebdomadaire consacrée à la chanson, La prochaine fois je vous le chanterai ), collaborant à France musique et à France culture (il a annoncé en direct le 29 mai 2017 son limogeage de cette chaîne) il a donc été pendant de longues années dans le paysage audio-visuel auquel il apportait son esprit critique, son sens sociologique, sa culture, son humour et son goût pour la chanson (il m’avait il y a quelques années fait le cadeau de préfacer mes Cent ans de chanson française…).

Je vous donne un petit aperçu de son humour ravageur : à propos du personnel politique qui retourne sa veste ou change de bord (nous en avons vu pas mal depuis l’arrivée de Macron dans le paysage) il a cette formule : Comme quoi quand on change de trottoir on continue à faire le même métier. Le plus vieux métier du monde, comme on sait, ou comme on dit, la prostitution.

Bref, si son spectacle passe par chez vous, courez-y !

 

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fleche15 juillet 2019: Calculer

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Dans Le canard enchaîné de cette semaine un dessin a retenu mon attention. On y voit le mathématicien Cédric Villani déclarer : « Le seul truc au monde que je ne peux pas calculer, c’est Griveaux ».

Rappelons les faits. Le parti au pouvoir devait choisir son candidat à Paris pour les prochaines élections municipales, et c’est Benjamin Griveaux qui fut désigné, ou imposé, face à Villani qui semblait avoir les faveurs de beaucoup de militants. Mais ceci n’explique pas la phrase que lui prête le dessinateur : d’une part un mathématicien devrait savoir calculer, et d’autre part que peut bien signifier calculer quelqu’un, en l’occurrence Griveaux ?

Nous sommes, bien sûr, face à un jeu de mots. Le verbe calculer signifie depuis le 14ème siècle en français « déterminer un nombre par une série d’opérations sur d’autres nombres ». C’était le sens du latin calculare, lui-même venant de calculus, « caillou, jeton, boule ». Et ce point de vue, il est impossible de donner un sens à la phrase prêtée à Villani : on voit mal comment il pourrait « déterminer Griveaux par une série d’opérations… »

En fait il s’est produit il y a une vingtaine d’années un élargissement du sens de ce verbe, qui signifie également aujourd’hui « prendre en considération, respecter », phénomène explicable par les pérégrinations des francophones. Il y avait en arabe classique deux verbes ne se différenciant que par une voyelle : hasaba et hasiba. L’un avait le sens du latin calculare et l’autre signifiait « respecter, considérer ». En arabe algérien, ces deux verbes ont été confondus sous la forme haseb qui a dès lors exprimer les deux sens. Le double sens de haseb en arabe algérien est passé au français des pieds noirs, puis au français des rappeurs marseillais et s’est ensuite diffusé sur l’ensemble du territoire. Cette évolution est comparable à celle qui a mené des verbes latin locare et laudare, dont le sens perdure dans les mots location et laudation, à la forme unique louer. On peut ainsi aujourd’hui louer une voiture ou louer dieu. Et l’on comprend ainsi pourquoi Villani n’arrive pas à calculer  Griveaux.

Rien de très nouveau dans tout cela, direz-vous : la langue change sans cesse. Mais encore faut-il calculer ses changements.

 

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fleche13 juillet 2019: Une affaire chasse l'autre, de Benalla au homardgate

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Il y a un an, le feuilleton Benalla battait son plein, et il reviendra sans doute. Nous eûmes ensuite celui des gilets jaunes, celui de Carlos Ghosn et, dans les trous laissés par ceux-ci, le feuilleton comique à rallonge du Brexit et celui de l’affaire Lambert, qui semble, lui, toucher à sa fin. Et puis, subitement, télescopage : le déremboursement de l’homéopathie, vite détrôné par le début de l’affaire de Rugy.

Nous avons entendu, à propos de l’homéopathie, tous les arguments possibles, pour ou contre le déremboursement. Le plus sain (s’agissant de santé, l’adjectif me paraît bienvenu) m’a semblé être celui selon lequel, si l’homéopathie est une médication, alors, comme tous les médicaments, elle doit  faire la preuve de son efficacité. Et le plus spécieux est sans doute celui selon lequel le déremboursement mènerait à la disparition des homéopathes et au danger de voir n’importe qui prescrire ces petites pilules, alors qu’il ne s’agit nullement d’interdire l’homéopathie et qu’il y a en pharmacie des centaines de produits non remboursés que les pharmaciens peuvent conseiller et vendre (des antalgiques, des sirops…), ce qu’ils font d’ailleurs aussi pour l’homéopathie. Mais bref, un sujet chasse autre et l’homéopathie a donc été détrônée dans les media par de Rugy, n’ayant plus aujourd’hui qu’une place…homéopathique.

Début septembre 2018, commentant le remplacement du populaire Nicolas Hulot par le pâlot François de Rugy je citais sur ce blog un article de Libération selon lequel ce remplacement ne changerait rien : « Qu’il s’agisse de Hulot, d’une plante verte, de François de Rugy, d’un bigorneau ou du pape, le résultat sera le même ». et j’ajoutais qu’en fait,  bigorneau pour bigorneau, Hulot était un bigorneau vivant, frais, alors que Rugy était plutôt un bigorneau surcuit. Mais je ne me doutais pas qu’il avait à ce point du goût pour les gros homards frais et cuits à point. Je m’étonne d’ailleurs du silence des animalistes, qui devraient protester à grands cris car, pour bien faire cuire un homard, il faut le jeter vivant dans de l’eau bouillante. La pauvre bête ! Mais monsieur de Rugy a assez de problèmes comme ça…  Ces homards donc, et quelques bouteilles de grands crus,  pourraient donc lui être fatals et, pour ceux qui se souviennent de l’affaire Ghislaine Marchal (« Omar m’a tuer »), il pourrait lancer à son tour Homard m’a tuer, le jour où ceux qui au gouvernement feignent de le protéger le pousseront vers la sortie et que, comme Richard Nixon poussé à la démission par l’affaire du watergate, il soit victime du homardgate.

En attendant, puisqu’une affaire chasse l’autre dans le monde médiatique, les paris sont ouverts pour la suivante.

 

 


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fleche2 juillet 2019:  一國兩制

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Il y avait quand j’étais jeune un jeu, « chaud et froid », qui existe peut-être encore aujourd’hui mais j’en doute : il n’en existe pas de version numérique. On cachait un objet qu’un des joueurs devait découvrir et les autres, pour l’aider, disaient « c’est tiède, chaud, brûlant » au fur et à mesure qu’il s’en rapprochait, ou « c’est froid, glacé, glacial » s’il s’en éloignait. En ces temps de réchauffement climatique, ce jeu prendrait une certaine saveur. Mais, d’un point de vue écolinguistique, il est bien possible que les adjectifs glacial, glacé et froid disparaissent de notre vocabulaire. Ils pourraient cependant perdurer dans les rêves et viendraient rafraîchir les psychanalystes auxquels les analysants les raconteraient, ou du moins rafraîchiraient leur mémoire : il fut un temps où la glace existait…

Mais il n’y a pas que la glace qui est en voie de disparition. Tenez, la formule que Deng Xiaoping avait lancée avant la rétrocession de Hong Kong à la Chine, Yī guó liǎng zhì, « un pays de système »  (一 国两制  en chinois simplifié, et pour ceux qui préfèrent le classique,  一 國兩制). Elle avait bien sûr pour fonction de rassurer la population de Hong Kong (où elle se dit Yāt gwok léuhng jai) mais surtout celle de Taïwan, pour lui signifier qu’elle pouvait être agrégée à la Chine communiste en gardant son système politique et économique démocratique. Mais ce qui se passe en ce moment pourrait bien mettre à bas tout cet édifice, et la formule que je viens de citer pourrait être transformée en un seul pays, un seul système.

Un pays deux systèmes, la formule semble pourtant être revendiquée plus près de vous. Hier soir, à Levallois-Perret, Patrick Balkany est venu présider le conseil municipal sous des applaudissements nourris. On a requis contre lui sept ans de prison ferme et dix ans d’inéligibilité,  il est probable qu’il sera condamné, mais ses administrés lui font un triomphe. En France, la loi interdit un certain nombre de pratiques et les tribunaux condamnent ceux qui ne respectent pas cette loi. La France est un pays dont Levallois-Perret fait partie, mais il semble que dans la tête des Levalloisiens, ou du moins dans la tête de certains d’entre eux,  ce système juridique ne doive pas s’appliquer à leurs édiles. Un pays deux systèmes, donc, le système de Levallois-Perret et celui du reste du pays.

Alors, Hong-Kong et Levallois-Perret même combat ? Pas vraiment. Hong-Kong a une économie florissante : le revenu par habitant est d’environ 61.000 dollars américains (contre environ 16.000 pour la Chine continentale). Celui des Levalloisiens est d’environ 38.000 euros, mais la commune est la plus endettée de France : 544 millions d’euros de dette, soit 7.000 euros par habitant. Surtout, les millions de manifestants qui défilent à Hong Kong se battent pour la démocratie, tandis que les Levalloisiens qui applaudissent Balkany se battent pour le maintien du droit aux prébendes, à la corruption, à la fraude fiscale.

Ce que ces deux lieux ont en commun, ce serait plutôt le système mafieux, qu’on appelle là-bas les triades. Une triade est dirigée par un homme que peu de gens connaissent et qu’on appelle « la tête du dragon ». Il est entouré de quatre adjoints : celui qui s’occupe des finances (« l’éventail de papier blanc »), celui qui s’occupe de la loi interne (« le bâton rouge »), celui qui gère les affaires extérieures (« la sandale de paille ») et enfin celui qui s’occupe du recrutement des membres (« le maître des encens »). Alors, à votre avis, quel titre mériterait Balkany ? Rien ne vous convient ? Passez à la mafia : laquelle lui convient le mieux, Camorra, Cosa nostra, N’drangheta, Sacra corona unita ? Lorsque vous aurez fait votre choix (dans le paradigme de la mafia ou dans celui des triades), demandez aux gens de votre entourage à quel homme politique français ce terme les fait penser, en les guidant dans leur recherche : « c’est tiède, chaud, brûlant », « c’est froid, glacé, glacial ».

 

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fleche27 juin 2019: Politiquement correct ou économiquement rentable?

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J’ai reçu ce matin un message qui m’a fait réfléchir :

« Monsieur CALVET, je me permets de vous contacter car votre profil est en lien direct avec notre programme de formation diplômant : MASTER-MBA FINANCE IHFI option "Blended" ou "Online". Ce programme vise à vous faire évoluer vers une carrière dans la finance internationale et accéder aux différentes dimensions financières de la décision stratégique. Donnez un nouvel élan à votre carrière et évoluez vers un poste de Directeur financier, Directeur administratif et financier, Responsable financier et trésorier, Directeur général adjoint en charge des finances... »

Mon rêve ! Etre directeur financier, directeur administratif et financier, directeur général adjoint (pourquoi adjoint ?) en charge des finances ! Cela est tout à fait dans mes cordes !

Trêve de plaisanterie. Le hasard fait que mardi, dans Libération, je lisais  un billet d’une « chercheuse à la Rennes School of Business » intitulé Publicité : les lesbiennes frappées d’invisibilité. L’article partait d’un constat : les hommes gays commencent à apparaître dans la publicité (et les exemples étaient Volvo, Evian, Mac Do) mais pas les lesbiennes, alors qu’elles commencent à apparaître dans « des séries populaires comme Plus belle la vie,  Candice Renoir ou Dix pour cent ». Et la « chercheuse à la Rennes School of Business » s’interrogeait : « Comment expliquer cette frilosité spécifique ? ». Pour elle, cela tenait à « l’écart de niveau de vie entre les hommes et les femmes homosexuels » : aux Etats Unis les couples gays gagneraient près de 30% de plus que les couples lesbiens. Une fois cette constatation posée, la conclusion était évidente : « On peut penser que (les marques) qui, les premières, prendront le risque de s’adresser explicitement à elles (aux lesbiennes) bénéficieront  ensuite pour longtemps de leur reconnaissance et loyauté. Plus encore, à l’heure où les femmes balancent leurs porcs et jouent au foot dans des stades de prestige, on peut imaginer que le grand public féminin pourrait être attiré par des marques proposant simultanément de petites robes et des vêtements à la garçonne, s’appuyant sur certains codes lesbiens ». On prête à De Gaule la formule suivante, « des chercheurs qui cherchent on en trouve, des chercheurs qui trouvent, on en cherche », mais à la Rennes School of Business (au fait, pourquoi pas l’école de commerce de Rennes ?) les chercheurs trouvent.

Je me suis frotté les yeux, j’ai lu et relu, mais je ne m’étais pas trompé. J’ai toujours été pour la parité mais pas nécessairement pour les quota, et j’ai toujours eu quelques réticences envers le politiquement correct, mais je n’avais pas pensé qu’on puisse substituer aux arguments politiques ou éthiques des arguments économiques. Le politiquement correct serait-il en train de se transformer en économiquement rentable ? Et la lutte pour la justice devrait-elle se transformer en lutte pour le profit ?

La Rennes School of Business est un peu trop éloignée de mon lieu de résidence pour que je m’y inscrive, mais je vais reconsidérer la proposition d’étudier par correspondance pour devenir Directeur financier, Directeur administratif et financier, Responsable financier et trésorier, Directeur général adjoint en charge des finances, s’ils me proposent une formation adaptée aux métiers de la publicité. J’imagine déjà des slogans chocs : placez votre argent dans l’accueil des migrants, augmentez vos bénéfices grâce aux mal logés, investissez dans Médecins du monde et vous vendrez plus de médicaments, la paix au Yémen (ou au Mali, en Syrie, où vous voudrez) c’est bon pour le tourisme…

Nous vivons une époque moderne, gouvernée par le fric. Mais cela, nous le savions déjà.

 


 

 

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fleche20 juin 2019: Thérapie

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Ce matin, au bistrot, deux hommes, jeunes mais apparemment experts en économie politique, commentent le titre du journal du jour sur une possible légalisation du cannabis :

« I-z-ont raison ! Aux Pays-Bas i-z-ont sauvé leur pays avec ça. I-z-ont pas une dette de plusieurs milliards »

J’avoue que je n’avais pas vu cet aspect du problème : le H venant au secours de l’équilibre des comptes publics. Alors, vous savez ce qu’il vous reste à faire, messieurs-dames les politiques. Madame Macron pourrait cultiver de la beuh dans les jardins de l’Elysée. Castaner pourrait demander aux honorables membres des forces de l’ordre de vendre du shit sous le manteau (pardon, sous le bouclier) afin qu’on puisse leur payer les heures supplémentaires qui s’accumulent. Et Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement, qui a déjà l’air un peu allumée, pourrait distribuer des joints lors de ses conférences de presse. N’oublions cependant pas que cette légalisation serait à usage thérapeutique. Benjamin Griveaux pourrait donc se préparer à en consommer pour se consoler de son échec aux élections municipales à Paris. Et, en toute urgence, il faudrait, pour d’évidentes raisons humanitaires, en livrer quelques kilogs à Mélenchon…

 

 

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fleche15 juin 2019:Baleines ou Galles?

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Comme vous le savez, l’inénarrable Trump a fait une visite officielle en Grande-Bretagne et, twittant comme à son habitude, il a écrit qu’il avait rencontré le Prince Charles, Prince de Galles. Jusque-là, rien à signaler. Sauf que, comme vous le savez aussi, Trump s’exprime en anglais (enfin, comme on va voir, dans un anglais approximatif). En effet, en anglais, Prince de Galles se dit «Prince of Wales ». Or, selon son texte, Trump a rencontré le Prince of Whales, c’est-à-dire le « prince des baleines ». Et, comme il est peu probable que les USA aient créé une nouvelle distinction, il semble bien que leur président confonde Wales et Whales. Ses électeurs devraient se cotiser pour lui offrir des cours d’anglais…

 

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fleche14 juin 2019: Obama en Avignon

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Barack Obama vient passer une semaine de vacances à Avignon. La presse locale s’en donne à cœur joie et un généalogiste a même expliqué qu’ Obama avait, du côté de sa mère, des origines dans la région de Reims, remontant à l’époque de Jeanne d’Arc. Ouah ! Pourquoi du côté de sa mère ? Parce qu’elle est blanche, pardi. Et pourquoi ne descend-t-il pas directement de Jeanne d’Arc ? Ces généalogistes n’ont décidément aucune imagination. Car Jeanne d’Arc était noire, du moins l’a été à un certain moment de sa vie, tout à la fin. Sur son bûcher, avant de cramer définitivement, elle aurait crié « je veux descendre », ce qui fait preuve chez elle d’un remarquable sens de l’humour, immédiatement saisi par le bourreau british qui lui aurait répondu : « t’en fais pas, tu en auras, des cendres ».

Quoiqu’il en soit,  cela aurait de la gueule que notre Jeanne nationale, sainte patronne des  femmes au foyer comme on sait, soit la lointaine aïeule d’Obama. Elle était pucelle ? Elle ne peut pas avoir de descendance ? Pourquoi voulez-vous ternir les belles histoires !

 

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fleche8 juin 2019: Les ble.u.e.s

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Depuis quelques jours les media français parlent sans cesse de la coupe du monde de football féminin. Et, bien sûr, tout le monde (enfin presque tout le monde) rêve aux chances de l’équipe nationale. Le président de la république est allé les encourager à leur entraînement, on nous parle du nombre de billets vendus, nous informe qu’on devait jouer hier à guichets fermés (mais il s’agit d’un stade à dimensions réduites), du montant des droits de transmission télévisuelle attendus, etc. Mais l’événement dépasse la sphère du sport et devient un thème de revendication féministe. En particulier, une autre question, pécuniaire celle-ci, nous mène lentement à l’une des vérités du sport. Le salaire mensuel moyen d’une footballeuse serait de 2.494 euros  contre 100.00 euros pour les footballeurs. Réclamer l’égalité des salaires peut apparaître comme une juste revendication, mais ce serait ignorer les rouages financiers du football (et d’autres sports d’ailleurs). Et les footballeuses sont ainsi transformées, volens nolens, en militantes ou en ambassadrices de la cause des femmes et de l’égalité.

Nous sommes donc presque sommés d’être partisans, de soutenir les femmes. Le titre en une de Libération  de vendredi est sur ce point explicite : « Les femmes touchent au but ». Suivent sept pages complètes, avec encore un titre « à la Libé », « le foot tout feu tout femmes ». Pour leur part, les journalistes audiovisuels font des acrobaties phonétiques pour distinguer entres les bleues, dont ils épellent la finale (e.u.e.s) et les bleus (e.u.s), ce qui est une façon de mettre l’accent, sans qu’ils le sachent sans doute, sur les différences entre l’oral et l’écrit et donc sur l’un des problèmes, parfois,  de la féminisation du lexique.

Pour ma part je dois dire que le football masculin ne m’a jamais intéressé, au contraire : je déteste ce monde du fric, de la frime et de la magouille et je ne vois pas pourquoi le foot féminin m’intéresserait. Mais je ne vois pas non plus pourquoi les femmes ne feraient pas du foot, de la boxe, du rugby ou tout autre sport : c’est leur droit le plus strict. Mais en faire une revendication féministe me dépasse un peu.

 

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fleche7 juin 2019: Soirée radamanesque

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Je l’ai déjà signalé ici :  je viens de faire un court séjour à Tunis. Il s’agissait pour moi de faire une conférence, mais dans un contexte un peu particulier. L’institut français avait en effet organisé ce qu’on appelle en Tunisie une « soirée radamanesque ». Après le coucher du soleil, donc, une conférence (la mienne), puis un poète, mon ami Samir Marzouki, dit cinq de ses poèmes, puis Wafa Ghorbel chante cinq chansons, puis Marzouki revient avec cinq poèmes et Ghorbel termine avec cinq chansons. La conférence est en français, les poèmes sont majoritairement en français (l’un est en arabe classique et l’autre, savoureux, en tunisien) et les chansons sont majoritairement des chansons françaises en partie traduites en arabe. Bref, si cela vous intéresse, voici le lien pour visionner le film de l'ensemble :

https://www.facebook.com/IFTunisie/videos/vb.159195794173874/1327611750713234/?type=2&theater

 

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fleche27 mai 2019: De Tunis à Aix-en-Provencel

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Je viens de faire un court séjour à Tunis et, dans la même journée, les deux chauffeurs de taxi que j’ai pris m’ont, après un court échange, posé la même question, me demandant si j’étais juif tunisien. « Pourquoi ? » « Parce que tu parles arabe. Les français ne parlaient pas arabe ». En fait se tenait à Djerba le pèlerinage annuel de la Ghriba, auquel se rendent des milliers de juifs, et ceci explique cela, mais ce n’est pas cette question qui m’a frappé, plutôt son ton. Pendant de longues années j’ai entendu des Tunisiens prononcer le mot youdi comme un crachat. Je me souviens même d’un ami d’enfance qui, après l’avoir prononcé, m’avait dit « je vais me laver la bouche ». Or cette question, « tu es juif tunisien », sonnait presque comme une bienvenue. Les temps changent, et c’est à mettre au crédit de l’état tunisien qui, plutôt que d’alimenter l’antisémitisme, a même nommé un "juif tunisien" ministre du tourisme. Mais revenons à mes chauffeurs de taxi. L’un des deux, au cours de notre discussion, m’a posé une autre question : « je sais que c’est indiscret, mais vous allez voter Le Pen ou Macron ? ». Macron a tellement cherché à instrumentaliser l’élection européenne en duel que pour un taximan tunisois il s’agissait de choisir entre les deux susdits.

Hier, rentré en France, je suis allé voter (ni pour Le Pen ni pour Macron d’ailleurs) puis je suis allé au bistrot prendre un café et lire la presse. A la table d’à côté quatre hommes, sortant eux aussi du bureau de vote, discutaient. L’un d’entre eux lance : « c’est quoi, cette liste espéranto » ? Un autre, très sûr de lui, rétorque « c’est une langue qui est arrivée il y a vingt ans ». Un autre, sachant sans doute vaguement qui je suis, m’interroge. Je réponds « Plutôt en 1887 ». « Ah, j’étais pas né », lance le premier, poursuivant « c’est des missionnaires qui ont trouvé cette langue en Amérique et l’on ramenée en France ». On me sollicite à nouveau, j’explique rapidement que ce n’est pas tout à fait ça et revient à mes journaux. Il y avait 34 listes en France à cette élection, ce qui paraît beaucoup, et la liste Europe démocratie espéranto a obtenu 0,08% des voix. Venu d’Amérique du sud il y a vingt ans ou inventé par Zamenhof en 1887, l’espéranto n’est pas vraiment populaire. Plutôt que de gaspiller de l’argent pour rien, ses promoteurs auraient dû la baptiser Macron, démocratie, espéranto, ou Le Pen, fascisme, espéranto. Cela leur aurait peut-être mieux réussi.

 

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fleche21 mai 2019: Ras le bol

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Ce site était en panne lorsque j'ai rédigé le billet ci-dessous, et je n'ai donc pas pu le mettre en ligne. Puis je me suis absenté trois jours, et il m'a fallu deux jours pour tout remettre en ordre. Le texte que vous allez lire est donc peut-être dépassé. Mais...

Nous n’en avons pas fini avec l’affaire Lambert, comme on dit. Il y a longtemps que nous ne sommes plus dans un débat médical, éthique ou juridique mais en pleine idéologie, en pleine hystérisation d’un débat grave qui est porté sur la scène publique pour des raisons troubles. Tous les experts se sont accordés sur le fait que l’état de ce pauvre homme était irréversible mais ses parents accumulent depuis des années les procédures. Pour le bien-être de leur fils ou pour leur idéologie ? Ils ont tourné hier une vidéo immédiatement publiée sur les réseaux sociaux. On y voit Vincent Lambert, le visage immobile, inexpressif, les yeux ouverts et les paupières clignant parfois. Et on entend la voix de sa mère : « Vincent, ne pleure pas mon petit, nous sommes là, ne pleure pas, qu’est-ce qu’ils t’ont dit ?… » J’ai regardé deux fois cette vidéo, et il n’y a pas une seule larme sur le visage. Cette utilisation médiatique de ce pauvre homme est proprement obscène. Comme on sait, les parents Lambert sont proches des milieux catholiques intégristes. Pour être plus précis, le père de Vincent Lambert « a été un opposant actif à l’IVG », sa mère « est proche de la fraternité Saint-Pie-X » et leur avocat « est un juriste bien connu des milieux intégristes » (je cite Libération d’aujourd’hui). Et tout est bon pour jouer les cartes les plus répugnantes afin de mobiliser leurs troupes..

Tout récemment, aux Etats-Unis, le sénat d’Alabama a interdit l’IVG, vote obtenu par vingt-cinq hommes blancs, sous l’influence dit-on du mouvement Faith2action : des chrétiens intégristes. Et les religions commencent à nous casser singulièrement les pieds. Les intégristes musulmans, catholiques ou juifs feraient mieux de rester dans leurs mosquées, leurs églises ou leurs synagogues plutôt que de vouloir imposer à la société toute entière leur croyance, leur idéologie, leurs pulsions. Ils ont le droit d’y tenir, mais pas celui de vouloir en faire une loi séculière. La vie est un don de Dieu a dit hier le pape François. Mais alors la mort aussi, et entre ces deux extrêmes, la vie, la mort, doit-on prolonger une « obstination déraisonnable », doit-on forcer un homme à vivre une « vie » invivable et artificiellement maintenue pour le seul bénéfice d’une idéologie ?

J’ai parlé des Etats-Unis et ce n’est pas par hasard, car les choses y sont bien pires. Là-bas, les évangélistes intégristes sont pratiquement au pouvoir, ils ont largement participé à l’élection de Trump qui leur renvoie bien l’ascenseur. Alors ils tentent d’imposer leur volonté médiévale au pays tout entier. Remarquez, on les comprend, ces évangélistes. On comprend leur obstination à dénier aux femmes le droit de disposer de leur corps. Une hypothèse : si Marie avait avorté (après tout elle était fille mère, peut-être violée par un certain Gabriel) il n’y aurait pas eu de Christ, donc pas de chrétiens, et encore moins de chrétiens intégristes. Je blasphème, moi ? Peut-être , mais le droit au blasphème est encore inscrit dans la loi, du moins en France.

 

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fleche20 mai 2019: Vive Sarkozy

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Je sais, ce titre en surprendra plus d’un. Depuis les longues années que je m’intéresse à la politique, jamais un responsable ne m’a semblé aussi vulgaire, aussi inculte, jamais je n’ai eu autant honte qu’en voyant la majorité de mes concitoyens voter pour lui. Pourtant il a, dans sa vie, fait au moins une bonne chose. C’était le 8 janvier 2008, et à sa manière habituelle, entre petite frappe et gamin dans la cour de l’école, il lançait sa bombe : la suppression de la publicité sur les chaînes publiques. Ni Christine Albanel, ministre de la culture, ni Georges-Marc Benamou, conseiller chargé de l’audiovisuel à l’Elysée, n’étaient au courant, et dans le monde audiovisuel le service public s’affole (comment compenser cette perte de ressources ?) tandis que le public se frotte les mains (nous allons récupérer ces annonces publicitaires). En fait l’idée ne venait pas de  lui : Sarkozy n’a jamais eu la moindre conviction, il cherchait simplement à faire un coup parce qu’il n’avait rien à dire de frappant en cette conférence de presse du 8 janvier. On raconte que c’est Alain Minc qui, un soir, à l’Elysée, lui aurait soufflé : "Tu dois continuer à jouer à contre-emploi. Pourquoi pas sur la télévision ? François Mitterrand l'avait privatisée, tu peux être celui qui va la nationaliser."

Il n’empêche, le résultat en fut un vent de fraîcheur. On pouvait enfin écouter le journal, puis passer à une émission ou à un film, sans être assailli par cette pollution publicitaire qui pourrit les neurones. Mais, dix ans après, il nous faut déchanter. Avant et après chaque émission il nous faut supporter des annonces stupides :

Ecoutez la météo avec (publicité pour une marque de lavage d’automobile)

C’était la météo avec (marque de jardinerie)

Evadez-vous avec la météo (dessert au lait de vache bio)

Vous avez profité de votre fiction avec (marque de prothèse auditive)

Accordez-vous un bon moment avec (un parc pour oiseaux)

C’était votre série, votre soirée ou votre fiction avec , etc.

Tout y passe : produits de beauté, marques de voitures, régimes amaigrissant, crème épilatoire, produit anti-moustiques, machine à café, anti-inflammatoire, nourriture pour chien, caisse d’épargne, boite d’épargne en ligne, et j’en passe… Boris Vian est battu, lui qui dans La complainte du progrès énumérait en 1956 :

Autrefois pour faire sa cour, on parlait d'amour, pour mieux prouver son ardeur, on offrait son cœur, maintenant c'est plus pareil, a change, ça change, pour séduire le cher ange, on lui glisse à l'oreille  Ah, Gudule! viens m'embrasser et je te donnerai :
Un frigidaire, un joli scootaire, un atomixaire, et du Dunlopillo, une cuisinière avec un four en verre, des tas de couvaires, et des pelles à gâteaux. Une tourniquette pou faire la vinaigrette, un bel aérateur pour bouffer les odeurs, des draps qui chauffent, un pistolet à gaufres, un avion pour deux et nous serons heureux.

Je ne sais pas par quel tour de passe-passe les chaînes publiques ont réussi, en douce tout d’abord, puis de plus en plus ouvertement, à revenir à cette pollution insupportable. Mais, tout de même, Vive Sarkozy : de son temps, c’était mieux !

Redevenons sérieux. Il ne vous a pas échappé que l’expression Vive X ou Y est la forme abrégée d’un souhait, Que vive X ou Y. Dès lors, vraiment, que vive Sarkozy le temps de passer devant les tribunaux pour répondre des diverses casseroles qu’il traîne aux fesses.

 

 

 

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19 mai 2019: Nilda Fernandez

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Nilda Fernandez est mort cette nuit, à 61 ans. Il avait eu une carrière en dents de scies, alternant les succès (Madrid Madrid, Nos fiancailles, Mes yeux dans ton regard, etc.) et les quasi disparitions de la scène française, chantant sous d’autres cieux, le plus souvent hispanophones. En 1999 il avait sorti un disque, Mes hommages, dans lequel il interprétait les chansons des autres, Barbara (Dis quand reviendras-tu ?), Ferrat (Ma môme), Ferré (Les anarchistes), Moustaki (En Méditerranée), Béart (Il n’y a plus d’après), Ferrer (La maison près de la fontaine), Christophe (Señorita) histoire de marquer ses références françaises. Mais il avait aussi consacré un disque à Federico Garcia Lorca et chantait souvent en espagnol, en particulier en Argentine. Nous nous étions croisé deux ou trois fois en vingt ans et nous sommes retrouvés après la mort de Georges Moustaki, en 2013. Il m’avait confié un très long texte fait d’échanges de mails avec Jo, pendant deux ans, qu’il m’avait permis d’utiliser pour la biographie que je projetais de refaire. Je vous en cite une partie du dernier, daté du 23 mai 2013 :

Georges, je suis encore à Buenos Aires et tu viens de mourir. Souviens-toi que j'en revenais lorsque je suis passé chez toi pour lancer l'idée de nos correspondances. J'en revenais aussi quand mon père a trépassé dans mes bras à Barcelone, cette ville où tu as chanté pour la toute dernière fois et qui m'a vu naître.  Mon séjour argentin a commencé hier par un concert. A dix heures du soir, j'ai démarré de manière inhabituelle par un sonnet de Lorca : Amor de mis entrañas, viva muerte, En vano espero tu palabra escrita.  Une heure et demie plus tard, le poème de Borges que tu me demandais chaque fois que nous étions ensemble sur scène : Manuel Flores va a morir Eso es moneda corriente Morir es una costumbre que sabe tener la gente. Suivi par un très court poème de Lorca : Cuando yo me muera Enterradme con mi guitarra Sobre la arena.  Enfin, une chanson presque jamais chantée en public, qui commence par : Suite à votre dernière lettre j'ai un peu décroché...  La mort était tellement présente que je me suis senti obligé de me justifier en expliquant que les chansons tristes ne sont pas faites pour peiner, mais pour consoler.  A 23:45, j'arrêtais de chanter. Plus tard, dans un boliche encore ouvert de Palermo, des amis ont entonné Ma Liberté.  Revenu chez moi (j'habite un immeuble où Lorca venait dire ses poèmes dans la cour), je recevais un message de Paris m'annonçant qu'à 4:45, (23:45 de Buenos Aires !), tu rendais le dernier souffle de ces poumons qui te faisaient tant souffrir, et depuis si longtemps.

Au cours de l’hiver 2017, j’étais allé l’écouter dans une salle de spectacle, à Paris. Le lendemain il m’écrivait (il savait que j’étais pari juste avant la fin) :  je suis touché que tu aies été parmi nous. En tout dernier (mais je pense que tu étais déjà parti) on a chanté Le Sud (public + nous), avec un petit coup de fil à l'épouse de Nino. Et puis, il y a quelques mois, il me téléphonait, pensant que j’étais à Paris alors que j’étais à Aix, pour me dire en gros : « je suis dans un bistrot de la porte de Saint-Cloud, tu viens me rejoindre ». Comme sa carrière française, nos relations étaient en dents de scie.

flecheSon prénom était Daniel, qu’il avait changé en Nilda, comme pour le féminiser en écho à sa voix, un peu androgyne. J’ai écrit je ne sais où qu’il était le Janus de la chanson franco-espagnole. Janus, ce dieu à deux têtes, dieu du passage, des portes, tourné vers le passé et vers l’avenir, qui marquait dans le calendrier romain le commencement de la fin de l’année. Nilda Fernandez a passé sa dernière porte.

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fleche15 mai 2019: Où est l'Europe?

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Sur les réseaux sociaux, plusieurs de mes collègues notent que la question des langues n’apparaît nulle part dans les programmes des candidats français à l’élection européenne. Une seule liste en effet (Europe démocratie espéranto) aborde ce problème: il s’agit d’un mouvement politique assez discret qui milite pour l’adoption de l’espéranto comme langue commune des citoyens européens. Mais il faut souligner que dans leur programme apparaît une référence à toutes les langues européennes, y compris celles des migrants :

« Pour lutter contre les déséquilibres actuels et permettre l’enseignement des langues des pays voisins, des langues minoritaires ou encore des langues de l’immigration, l’Union Européenne favorisera le développement de la compréhension passive et l’utilisation de l’espéranto comme introduction aux langues étrangères »

En effet, la Charte européenne des langues (issue du Conseil de l’Europe et non pas de l’UE) exclut formellement de son champ d’intervention les langues issues de l’immigration, qui sont pourtant plus parlées que les langues régionales (que pèsent le breton ou le picard face à l’arabe en France ou au Turc en Allemagne, même si cette remarque n’enlève rien au droit des Bretons ou des Picards à parler leur langue ?).

Mais le problème me paraît ailleurs. Nous devons voter le 26 mai pour élire des députés européens. Or la plupart des partis français a commis l’erreur de vouloir transformer cette élection en élection franco-française. Macron appelle à faire barrage au parti de Le Pen, lequel parti, ainsi que la France insoumise et les listes issues du mouvement des gilets jaunes, veulent le transformer en référendum anti-Macron. Et tous ou presque semblent se soucier comme de leur premier bulletin de vote de l’élection européenne : ils veulent pour certains rejouer l’élection présidentielle, pour d’autres confirmer leur victoire, pour d’autres encore conforter ou sauver leur parti. Imaginons que la liste du Rassemblement National obtienne plus de voix que celle de la République en marche : Macron perdrait tout à la fois la face et son pari de faire barrage au populisme fascisant.

Et, devant ce dévoiement, l’électeur se demande où est l’avenir de l’Europe dans cette version française de l’élection ?

 

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fleche4 mai 2019: Fake news

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Peu après vingt heures, le 1er mai, le ministre de l’intérieur annonce qu’un hôpital a été attaqué par desmanifestants. BFMTV annonce alors que « la Pitié-Salpêtrière a été attaquée », la directrice de l’hôpital confirme qu’il y a eu une tentatived’intrusion dans le service de réanimation, l’AFP enchaîne avec une dépêche expliquant que des « dizaines de militants anticapitalistes d’ultragaucheblack bloc » ont attaqué l’hôpital. Il s’agit d’une agence sérieuse, mondialement reconnue, et tous les media reprennent donc l’information. L’AFPcorrigera très vite en indiquant qu’il s’agissait simplement de manifestants. Mais l’information a poursuivi son chemin, relayée le jeudi matin par lepremier ministre et par la ministre de la santé, et ce n’est qu’ en fin d’après-midi qu’on diffusera une vidéo tournée par un des membres de l’équipehospitalière montrant que des gens voulant fuir les gaz lacrymogènes et la police ont tenté de trouver un abri, mais qu’ils sont resté dehors.

C’est donc Christophe Castaner qui est à l’origine de ce qu’il faut bien appeler une infox. Le « premier flic de France » devrait être  l’homme le plus renseigné du pays, et c’est lui qui a lancé une fausse info, un mensonge, une imbécillité, comme on voudra,mais qui apparaît comme le premier irresponsable du gouvernement, comme quelqu’un d’incapable de parler sans vérifier ses sources. On peut en rire ouen pleurer, il faut bien constater, une fois de plus, que le gouvernement est en grande partie composé d’amateurs. On pense à l’histoire de l’enfant quicriait sans cesse au loup, que personne ne croyait plus, et qui le jour où il y avait vraiment un loup fut dévoré…

Mais surtout, à l’heure où tout le monde ou presque dénonce les fake news, nous avons assisté à une belle démonstration de leur mécanisme. Les fake news sont réputées être lancées par des complotistes ou par des malveillants, puis avoir une diffusionvirale, être reprises par ceux qui veulent y croire ou ont intérêt à y croire, illustrant le fait qu’une vérité est souvent un mensonge qui nous satisfait ouqui nous profite. C’est exactement ce à quoi nous avons assisté dans cette histoire de fausse attaque d’un hôpital. La  seule différence, mais elle est de taille, est que le complotiste dedépart est une voix supposée autorisée. Castaner, l’homme qui semble parler sans savoir ce qu’il dit…

Avril 2019

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