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Janvier 2017

 

 

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fleche16  janvier 2017: Dégel

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Le deuxième set des débats précédant la primaire de la gauche a, enfin, été à la fois plus musclé et plus clair : des positions différentes, des axes de discussions se sont dégagés. Petite remarque en passant : vendredi, le Figaro, au lendemain du précédant set, titrait qu’il n’y avait aucune idée nouvelle dans ce débat, et il a bien entendu le droit de le penser, mais ce titre était diffusé dans le soirée du jeudi, deux heures avant la fin du débat. C’est ce qu’on appelle de l’information objective... Mais revenons au débat. Les arguments échangés faisaient réfléchir, et c’est ce qu’on attend d’un débat. Même Jean-Luc Bennahmias semblait avoir retrouvé ses esprits, c’est dire. Bien sûr, lui comme François de Rugy et Sylvia Pinel savent parfaitement qu’ils n’ont aucune chance et les deux derniers donnent parfois l’impression de penser surtout à leur réélection lors des prochaines législatives : Rugy a réussi à citer trois fois sa circonscription de Nantes, Pinel n’a pas cessé de passer la brosse à reluire au gouvernement sortant, auquel elle a appartenu, songeant peut-être à sa circonscription du Tarn-et-Garonne dans laquelle elle aimerait être à nouveau candidate.

La seule chose amusante, dans cette soirée (je sais, nous n’étions pas là pour nous amuser...) a été la série de lapsus de Montebourg. Parlant de fraude alors qu’on l’interrogeait sur les frondeurs et donc sur la fronde, confondant question et réponse dans une phrase bizarre, du genre (je n’ai pas bien noté) « vous aurez ma question » alors qu’il voulait dire « ma réponse » et enfin se prenant les pieds dans le tapis en parlant des parents qui ne pouvaient pas mettre leurs enfants dans l’enseignement primé (il voulait dire, bien sûr, privé). Mais bref, le jeu a commencé à se dégeler et Manuel Valls a eu droit à quelques critiques bien ciblées. Un dégel qui annonce quoi ? A suivre.

 

 

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fleche13  janvier 2017: Tennis de gauche

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Si la primaire de la droite s’apparentait à une longue pièces de théâtre en plusieurs actes, précédés pour certains d’un long marathon, celle de la gauche, trois débats télévisés en une semaine, ressemblera plus à un match de tennis. Qui jouera du fond de court, qui montera au filet, va-t-on assister à des services-volée ou à un jeu de crocodile, avec de longs lifts ? Et le match aura-t-il lieu sur une surface rapide, où les balles giclent, ou sur de la terre battue, qui ralentit un peu le jeu ?

Je n’ai assisté hier soir qu’à la deuxième partie de l’affrontement : un ami jouait, au théâtre, Les Chaises de Ionesco, et j’étais allé l’applaudir.

Je suis donc arrivé devant mon écran vers 22 h 30, et le match semblait ne pas avoir réellement commencé. Au tennis il y a souvent deux ou trois jeux d’observation, là c’était un set entier. Sept joueurs, ou plutôt quatre ou cinq et deux ou trois ramasseurs de balles dont l’un, Jean-Luc Bennahmia, jouait en plus le clown de service, un clown qui aurait trop vu les films de Bourvil. Il aurait d’ailleurs pu chanter l’un de ses tubes, « qu’est-ce qu’elle a, mais qu’est-ce qu’elle a donc, ma p’tit chanson...qui n’te plaît pas ». Vincent Peillon semblait ailleurs, Benoît Hamon n’avait peut-être pas eu le temps de s’échauffer à l’entrainement, Valls et Montebourg avaient oublié les conseils de leurs entraîneurs.. En bref, personne ne semblait vraiment décidé à attaquer, comme si, au tennis, on passait une demie heure à quarante partout, avantage, égalité, avantage, égalité... Un peu ennuyeux, donc. Il faudra, la prochaine fois, qu’ils tapent plus franchement dans la balle.

Revenons aux Chaises. La pièce est courte, un seul acte, il n’y a que deux personnages, les autres sont des fantômes, on leur parle mais ils ne répondent pas, on les invoque en vain, on les imagine... Dans ce premier set on a effectivement invoqué parfois des fantômes, Jaurès, Blum, Mendès-France, Mitterrand, qui bien sûr n’ont pas leur mot à dire, ou du moins ne sont pas en état de proférer le moindre mot, d’autres qui ne sont pas décidés à entrer dans cette partie, Mélenchon, Macron...

Le tennis de gauche devrait se muscler un peu...ou se mettre à la boxe.

 

 

 

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fleche6  janvier 2017: Culs-bénits et crapauds de bénitier

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Au Brésil, c’es un « évêque évangélique de l’église universelle du royaume de dieu », cela ne s’invente pas, qui vient de devenir maire de Rio de Janeiro . Pendant quelques années, lorsque j’allais enseigner à Rio, j’étais logé dans un hôtel de Copacabana, à quelques dizaines de mètres d’une église évangélique et il m’arrivait, le soir, d’y jeter un œil et une oreille pendant leur culte. Du grand art ! Tout y était, les chants, la transe, le fric. J’ai vu le même genre de commerce se développer en Afrique, au Bénin, au Congo, au Gabon, avec le même folklore et la même frénésie de fric. Je ne sais pas vraiment si, en Afrique, les évangélistes se mêlent de politique, mais au Brésil ils sont à la tête d’une des plus grandes villes du pays. Avec un programme réjouissant : contre l’avortement, contre l’homosexualité (mais ils sont charitables, ils considèrent qu’on peut « guérir » cette « maladie »), pour la droite et jadis pour la dictature. Et ils représentent aujourd’hui plus de 20% du pays. Bienvenue aux culs-bénits ! De ce côté-ci de l’Atlantique et autour de la Méditerranée, nous avions d’autres culs-bénits, ceux qui crient Allah akbar  et dont certains considèrent que le sang des autres est un passeport pour le paradis. Et voilà qu’un nouveau venu rejoint cette sinistre cohorte : François Fillon. Le candidat de droite à l’élection présidentielle vient de déclarer : « je suis gaulliste et de surcroît chrétien », pour garantir qu’il ne toucherait pas à la sécurité sociale. Il avait dit le contraire lors de la primaire de la droite, donc le culs-bénits peuvent mentir. Même François Bayrou, autre grand cul-bénit devant l’éternel, s’est ému de ce mélange des genres entre politique et religion ! Bref nous sommes cernés par ces... Ces quoi ? J’ai déjà répété plusieurs fois culs-bénits et j’en devine qui me trouvent bien grossier. Ces quoi ? Ces grenouilles de bénitier ? Oui, mais grenouille fait un peu trop féminin et je n’ai parlé que d’hommes. Tiens, ces crapauds de bénitier, c’est pas mal !

 

 


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fleche4  janvier 2017: Salut l'artiste

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Jean Vasca est mort il y a une dizaine de jour dans une indifférence générale. Considéré comme « trop intello », « trop difficile », il avait paradoxalement  obtenu tous les prix de la chanson française (Prix Henri Crolla, Académie de la chanson, Grand prix de l’ académie du disque, Prix des critiques de Variétés, Grand prix de l’académie Charles Cros...), enregistré une vingtaine de disques et demeurait inconnu du grand public. Je l’avais vu souvent sur scène, dans tous les cabarets parisiens et parfois, trop rarement, pour une semaine au Théâtre de la Ville ou pour une soirée à l’Olympia. Surtout, nous allions l’un chez l’autre, pour des agapes entremêlées de musique. Je peux le raconter aujourd’hui, il y a prescription, parmi ses camarades anars, certains  pratiquaient la récupération anarchiste, dévalisant des caves et distribuant généreusement le produit de leurs rapines. J’ai grâce à lui, ou à eux, dégusté un jour une bouteille de Romanée Conti qui provenait de la cave du ministre de l’intérieur de l’époque, et quelques autres crus mémorables. Nous avions mis au point un jeu un peu particulier : après avoir vidé quelques bouteilles l’un d’entre nous (lui, moi ou Michel Devy, son guitariste et orchestrateur) jouait les accords d’une chanson de Léo Ferré que les autres devaient reconnaître.  Fou de Ferré, Vasca était surtout fou de mots, et il lançait les siens vers l’espace, les voyait s’envoler en espérant qu’ils rencontreraient des oreilles attentives. Fou de musique aussi. Lorsqu’il me faisait écouter un nouveau disque, il vibrait avec ses mots, ses notes, ses harmonies, vivait ses créations. Certaines de ses chansons avaient été interprétées par Francesca Solleville, Isabelle Aubret, Christine Sèvres  ou Marc Ogeret, mais cela n’avait pas suffi à le faire reconnaitre comme ce qu’il était : un grand auteur-compositeur de la chanson française. Et les recueils de poésie qu’il avait publiés n’avait pas plus rencontré le grand public.

La dernière fois que je l’ai vu, alors que je quittais Paris pour Aix-en-Provence, il m’avait lancé, parlant de l’état de la chanson d’alors, il y a  près de vingt ans : « Il faut entrer en résistance ». Et je lui avais répondu :« Oui, mais pour quelle libération » ?

Quelques mois avant sa mort, il avait sorti un ultime disque au titre prémonitoire : Salut ! On ne saurait mieux dire : Salut l’artiste !

 


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fleche3  janvier 2017: Te l'ha misse 'n culo?

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Commençons cette année 2017 de façon studieuse...et savoureuse.

J’ai ramené il y a quelques semaines d’Italie un livre d’entretiens, La lingua batte dove il dente duole (« la langue va où la dent fait mal »), dans lequel le linguiste Tullio de Mauro, et l’écrivain  Andrea Camilleri évoquent de nombreux exemples de la situation linguistique italienne. Tullio de Mauro a beaucoup travaillé sur l’histoire linguistique de son pays et sur les rapports entre les « dialectes » et l’italien standard. De son côté Andrea Camilleri, le créateur du commissaire Montalbano, a toujours mélangé dans ses œuvres l’italien et le sicilien (et plus particulièrement le sicilien d’Agrigente), et ils sont donc tous deux bien placés pour traiter de ces thèmes.

Dans ce livre, donc, Tullio de Mauro évoque un procès qui s’est tenu à Naples, dans lequel un plaignant (Nicolino) accuse quelqu’un (Gaetano) de l’avoir violé. Le juge interroge d’abord le plaignant dans le langage judiciaire auquel il est habitué, voire tenu, c’est-à-dire qu’il parle la langue de sa charge, de son milieu professionnel lorsqu’il se trouve en situation professionnelle. Voici la version originale de cet échange, suivie d’une traduction française approximative (je ne domine pas vraiment le langage judicaire français):

Durante il processo il magistrato, par accertare  i fatti, chiede alla vittima (che, come accade, è anche l’unico testimone) : « Dite, Nicolino, con il qui presente Gaetono, fuvvi congresso ? » Nicolino lo guarda interdetto. Il magistrato, patiente, cerca di essere a modo suo più  claro : Nicolino, fuvvi concubito ? » Nicolino continua a non capire e il magistrato si spinga al massimo della precizione consentitagli dall’eloquio giudiziario : Nocolino, ditemi, fuvvi copula ? » Nicolino lo  guarda smarrito. E allora il magistrato abbandona l’italiano giudizario et gli dice finalmente : « Niculi, isso, Gaetano, te l’ha misse ‘n culo ? » E Nicolino finalmente annuisce et responde : « Si, si ».

 

Durant le procès, le magistrat, pour établir les faits, demande à la victime (qui se trouve être également l’unique témoin) : « Dîtes-moi, Nicolino, y a-t-il eu des rapports avec le ci-présent Gaetano ? » Nicolino le regarde, interdit. Le magistrat, patient, cherche à être le plus clair possible : « Nicolino, y a-t-il eu accouplement? » Nicolino continue à ne pas comprendre et le magistrat s’avance jusqu’au maximum de précision consenti par le langage judiciaire : « Nicolino, dîtes-moi, y a-t-il eu copulation ? » Nicolino le regarde, égaré. Et le magistrat abandonne alors l’italien judiciaire et lui dit finalement : « Nico, ce Gaetano, il te l’a mise dans le cul ? » Et Nicolino acquiesce finalement et répond : « Oui, oui ».

 

Les termes utilisés par le magistrat relèvent d’un niveau de langue spécialisé. Congresso (et plus souvent congresso carnale, « échange ou rapport charnel ») appartient essentiellement au langage judiciaire et policier, même s’il peut être utilisé dans les milieux universitaires de façon ironique (le mot signifiant également « congrès ») à propos des collègues qui courent les « congrès » en quête de congresso carnale. Concubito (« union, viol ») et copula (« copulation ») sont pratiquement synonymes du premier, et relèvent également d’un niveau de langue spécialisé. En bref, ces trois mots sont à la fois d’usage rare et de sens peut-être opaque pour une partie de la population. Et lorsque le magistrat change de registre, passe à un italien plus dialectal et interroge Nicolino, devenu Niculi, de façon plus crue (te l’ha misse ‘n culo ?, Il te l’a mise dans le cul ?), le message passe immédiatement.

Nous avons donc dans cet échange différents enseignements. Le fait tout d’abord que le lexique du juge, en italien, n’est pas compris par le plaignant, lui-aussi italien, c’est-à-dire que dans cette situation particulière de procès ils ne parlent pas la même langue, pas le même italien. Et la progression des termes, qui se succèdent avec le même sens (congresso, concubito, copula), constitue de la part du juge une recherche de communication mais illustre également la variation sociale de la langue. Il y a ici, face à la langue, un déterminisme social qui rend Nicolino désarmé, dominé, comme beaucoup de citoyens, quelle que soit leur langue, face au langage administratif.

Voilà, c’était pour nous reposer avant une période qui va être plus lourde, celle de la primaire de la gauche. Plus lourde et sans doute moins plaisante.



Décembre 2016


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fleche31  décembre 2016: Bonne année?

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L’année qui s’achève aura été pleine de surprises. Qui pensait il y a un an que le 23 juin 2016 la Grande-Bretagne allait voter pour le retrait de la communauté européenne ?  Qui pensait qu’en août la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, serait destituée par un coup d’état parlementaire ? Qu’en octobre 2016 Cécile Duflot serait éjectée dès le premier tour des Verts ? Que Sarkozy puis Juppé seraient battus à la primaire de la droite ? Qu’en novembre un milliardaire au prénom de héros de bande dessinée, Donald Trump, serait élu président des Etats-Unis ? Que François Hollande ne se représenterait pas à l’élection présidentielle française ? Tout cela est passé au travers des mailles des filets des instituts de sondage et des analystes politiques. Ces instituts et ces analystes qui sont un peu silencieux ces temps-ci, alors que depuis plus d’un an ils annoncent Le Pen au second tour. Quel sera l’avenir de Fillon ? Macron sera-t-il une bulle de savon ? Qui remportera la primaire de la gauche ? Les micro-partis trotskystes obtiendront-ils les signatures nécessaires à la candidature de leur micro-candidats ? Bref, les questions ne manquent pas, et j’ai l’impression que les prévisionnistes ne se bousculeront pas dans les semaines qui viennent. Pour l’instant, ils se contentent d’annoncer ce que dira, sans doute, sûrement ou peut-être, François Hollande ce soir dans son allocution télévisée...

Alors, que nous réserve cette année 2017 ? Bonne question, je vous remercie de l’avoir posée. Pour l’instant, je ne peux que vous souhaiter une bonne année. Sans beaucoup de certitudes...

 

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fleche24 Décembre décembre 2016: Fais-moi entendre comment tu parles...

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Anis Amri, suspecté d’avoir commis le massacre de Berlin, avait déposé plusieurs demandes d’asile en Allemagne, sous des noms différents et des nationalités ou des qualités différentes, se présentant successivement comme libanais, comme égyptien, comme chrétien d’Orient, etc. Bref, il tentait de mettre toutes les chances de son côté. Il avait chaque fois été débouté, pour des raisons que j’ignore, sauf l’une d’entre elles, diffusée dans la presse, qui me paraît intéressante. Prétendant être égyptien, Amri est interrogé sur son « pays d’origine » et montre qu’il n’en connaît rien. En outre, l’interprète explique à la police qu’il ne parle pas l’arabe égyptien... Bien sûr, il était tunisien. Or il y a, à propos de la langue arabe (ou des langues arabes) un débat récurrent. Certains veulent voir dans l’unité linguistique arabe le ciment d’une union, du nationalisme panarabe, d’autres insistent au contraire sur les différences : on ne parle pas « arabe », on parle libanais, égyptien, algérien, etc. L’anecdote d’Amri, trahi par sa façon de parler arabe, militerait en ce sens, et du même coup nous mènerait à une conclusion toute pragmatique: fais-moi entendre comment tu parles et je saurais qui tu es.

Mais, de façon plus large, il semblerait que certains clandestins, pour ne pas être renvoyés dans leur pays d’origine, jettent ou cachent leur passeport et ne répondent pas aux questions concernant leur origine. Il y a là une oblitération cruelle de son identité, aussi cruelle que le fait de quitter sa famille et son pays. On peut bien sûr voir cela de façon positive en considérant qu’il y a derrière cette oblitération la volonté de s’assimiler à un nouveau pays, de balayer le passé. J’y vois pour ma part la dure loi de ce monde, dans lequel il y a des origines nobles (les migrants anglais ou hollandais ne cachent pas leurs origines aux autorités françaises) et des origines roturières, impures, inacceptables. Fais-moi entendre comment tu parles et je saurais si tu es digne de passer la porte.

 

 

 

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fleche13 Décembre décembre 2016: Vacances romaines

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Non, je ne vais pas vous faire un cours d’histoire du cinéma, Audrey Hepburn, Gregory Peck, la vespa... Simplement, je viens de passer trois jours de vacances dans la capitale italienne, et je voudrais vous faire partager quelques impressions. L’histoire, bien sûr, est ici présente partout, parfois de façon impressionnante. Ainsi, tout près du Colisée, il y a une église, la Basilique de San Clemente, construite au 12ème siècle. Par un long escalier on descend qu’une quinzaine de mètres pour se trouver sous la basilique, dans une autre église construite au 4ème. On descend plus profond encore pour atteindre un troisième niveau, du 1er siècle celui-ci, un temple de Mitra, des maisons de l’époque, des boutiques ou du moins ce qu’il en reste. Comme des couches géologiques nous avons donc trois strates d’une ville, les unes construites sur les autres. Et, cerise sur le gâteau, du moins pour un linguiste, la tombe présumée de Cyrille, le créateur de l’alphabet paléoslave. Dans le cloitre, il y a même une plaque de marbre gravée dans cette écriture. Si vous passez par là...

Autre surprise, le nuovo mercato esquilino, près de la gare Termini. La quintessence de la diversité de la ville. Dans les rues de Rome, beaucoup de Sénégalais vendent de fausses montres Rolex, et divers colifichets, et des Pakistanais vendent des écharpes. Sur le marché, nous sommes entre l’Amérique du Sud (on trouve par exemple des racines de yucca) et l’Inde (l’écriture dominante est le devanagari du hindi). Bref, il y a du travail pour un spécialiste de la sociolinguistique urbaine.

Et puis, lundi, dans la Repubblica, un quotidien de gauche, deux pleines pages sur le Front National. On y lit que, selon Marine Le Pen, la rose bleue choisie comme nouveau symbole de son parti signifie, dans le langage des fleurs, « rendre possible l’impossible ». Et le titre d’appel, en première page, est explicite (je ne le traduis pas) : Nel quartier generale della Le Pen : “L’Eliseo non è impossibile ». Qu’on se le dise! Deux pleines pages sur le Front Nationale ! Vous avez vu dans la presse française deux pages sur Renzi ou sur le référendum ? Et ce n’est pas fini : le journal annonce la suite, un article par jour jusqu’à vendredi. Cela fera donc dix pages sur le FN dans un quotidien italien de gauche. Ca vous donne froid dans les dos !

Pour finir de façon plus drôle, je cherchais un soir, en vain,  une toute petite rue dans laquelle on m’avait signalé un excellent restaurant populaire et m’adresse, en italien, à deux passants un peu avinés. Ils me répondent qu’ils ne la connaissent pas mais l’un d’eux me dit qu’il va chercher, sort son IPhone et commence à tapoter. Puis, en anglais, il demande à son compagnon de lui prêter ses lunettes, je passe aussi à l’anglais, il continue de tapoter, s’énerve et lance Fucking IPhone, se rend compte que pour un Anglais, même aviné, il vient de prononcer une grossièreté et me dit : Excuse my French ! Cette vieille expression, parfois sous la forme de Pardon my French, nous prête donc un langage peu châtié. Je lui répond en riant I’m french, il a l’air un peu gêné et ne trouvera d’ailleurs pas ma rue. Putain d’IPhone, effectivement... Euh, Excuse my french !

 

 

 

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fleche6 Décembre décembre 2016: Raus, fuera, dehors, fuori, out...

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C’est au milieu de l’année 2015 que fut évoquée en Europe la possibilité d’une sortie de la Grèce, qui fut aussitôt baptisée à l’aide d’un mot-valise anglais : Greece + exit = Grexit. Mais le mot exit (en anglais « sortie ») est, comme souvent, issu du latin. Il s’agit en fait d’une troisième personne du singulier (exit, « il sort ») qui, avec la forme pluriel (exeunt, « ils sortent ») sont encore utilisées au théâtre, dans les didascalies, pour indiquer les mouvements des personnage. L’ancien français avait d’ailleurs le verbe issir, « sortir », mais c’est avec le Grexit que cet exit connut un subit succès international. Avec le référendum britannique de 2016 apparut le Brexit, puis l’Öxit lorsque l’élection présidentielle autrichienne laissa penser que l’extrême droite pourrait l’emporter. Un autre référendum, en Italie celui-ci, donna naissance à plusieurs formes, Italexit, Itaxit, voire Renzit, puisque le non devait être suivi du départ de Renzi. Bref une forme latine, adoptée par l’anglais, devint subitement à la mode. Nous aurions d’ailleurs pu avoir en France Sarkozexit, Hollandexit, Juppexit et, on peut toujours rêver, nous pourrions avoir en mai prochain deux nouveaux « exits », Fillonexit et Le Penexit.

Pourtant nous disposons de formes plus modernes et également radicales : Raus en allemand, fuera en espagnol, dehors en français, fuori en italien, out en anglais, etc..., mais non, c’est exit qui s’est imposé. Plus classique, plus classieux, plus chic ? Pas vraiment. Le paradoxe est ici que dans ce que j’appellerai le « savoir linguistique spontané », le mot exit est immédiatement perçu comme anglais.  Ce n’est donc pas une forme latine qui a été adoptée, mais une forme anglaise masquant son origine. Et, quels que soient les évènements politiques qui se profilent derrière lui, le mot exit témoigne surtout d’une expansion linguistique face à laquelle certains aimeraient bien s’exclamer raus, fuera, dehors, fuori ou out !

 

 

 

 

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fleche2 Décembre décembre 2016: Courage et lucidité

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Nous vivons décidément des mois pleins de surprises. Je n’en ferai pas la liste rétrospective, elle risquerait d’être très vite dépassée. La dernière en date, donc : François Hollande ne sera pas candidat à sa succession.

 J’espérais depuis longtemps qu’il ne se représenterait pas, je disais à mes amis, sans toujours y croire, qu’il ne le ferait pas, qu’il comprendrait qu’il allait au massacre et à celui de la gauche, mais, comme tout le monde, j’attendais. Hier soir, en écoutant son intervention, le résumé de ses actions, je changeais de diagnostic à chaque phrase : Ira ? Ira pas ? Il dressait le bilan de ces quatre ans et demi, donnant l’impression d’être décidé à tenter l’aventure, puis regrettait l’épisode de la déchéance de nationalité, expliquait que les résultats arrivaient tard, et l’on avait l’impression contraire, bref il aura ménagé le suspens jusqu’au bout, à la Hitchcock. Du grand scénario. Et, au bout du compte, on ne peut que saluer sa décision courageuse et sans doute douloureuse.

Il me semble en effet qu’hier soir Hollande a fait un bilan plutôt honnête de son mandat, et il faut saluer sa lucidité. Lorsqu’il déclare « aujourd’hui, je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d’elle », on peut bien sûr entendre la crainte d’être balayé à la primaire de la gauche, mais on peut aussi y voir le refus de diviser la gauche, qui l’est déjà suffisamment. Et, une fois encore, il faut saluer son courage et sa lucidité.

Maintenant, les cartes sont rebattues et les chiens sont lâchés, les aboyeurs de tous bords vont entrer en scène.  Mais une chose sera à observer : ce que fera Mélenchon. Aujourd’hui, l’hypothèque Hollande levée, il est au pied du mur. Il n’a pas arrêté de dire qu’il ne voulait pas participer à la primaire parce qu’il ne voulait pas soutenir Hollande au cas où celui-ci l’emporterait. Aura-t-il le courage de se confronter avec les autres candidats, qui le soutiendraient s’il gagnait et, dans l’hypothèse inverse, de soutenir le vainqueur ? Ou restera-t-il campé sur son ego, ce qui serait bien sûr la meilleure façon de faire gagner la droite ou l’extrême droite.

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fleche1er Décembre décembre 2016: Il est revenu le temps des lapsus

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   Les saisons reviennent cycliquement et avec elles des pratiques qui leur sont propres. Il y a la saison de la ratatouille (lorsque les tomates qu’on nous vend ne viennent pas de serres mais ont mûri en plein soleil), la saison des bains de mer (la plus longue possible), le temps des vendanges, celui de l’élection présidentielle, la saison des premières asperges, celles des vacances (pour ceux qui en prennent), la saison des champignons, le temps des cerises... Et bien sûr le temps du muguet que chantait naguère Francis Lemarque (il s’agissait en fait d’une chanson russe, « les nuit de Moscou », Подмосковные Вечера, qui est l’indicatif de Radio Moscou, et que l’auteur avait baptisé Ленинградскиe вечера, « les nuits de Léningrad », sa ville natale. A la demande du ministère soviétique de la culture, elle fut devint « les nuits de Moscou »... ).

Semblablement, y aurait-il une saisons des lapsus, en particulier des lapsus politiques ? J’y suis en effet assez sensible, je les collectionne, j’en étais un peu privé, ces derniers temps et, soudain, voici qu’ils reviennent en rafale. Jean-Christophe Cambadélis, par exemple, le patron du PS, déclare à la télévision, à propos de la fragmentation de la gauche : « Le seul moyen de la surmonter, c’est qu’il y ait un prière... «  et, se reprenant, « une prière on va la faire, et une primaire massive ». Sur une radio, un proche de Hollande interrogé sur les intentions du président lance « il donnera sa démission à la mi décembre ». Démission/décision, prière/primaire », on voit bien les éléments de signifiant qui mènent à l’erreur, qui comme un aiguillage font passer d’un mot à l’autre, mais cette erreur a aussi des effets de sens.  Cambadélis ne verrait-il que la prière pour sauver la gauche ? D’autres considéreraient que Hollande devrait démissionner ? Passons à la droite, à Eric Woerth, indéfectible soutien de Sarkozy. Interrogeant le premier ministre Valls à l’assemblée nationale il dit : « quelle est votre décision pour les cinq ans à venir », puis se corrige : « les cinq mois qui vous restent ?». Ici le poids du signifiant est moins décisif, mais l’on peut se demander s’il voit la gauche gagner l’élection présidentielle ? Ou s’il considère qu’en cas de cinq ans avec Fillon il serait dans l’opposition, ou que Valls serait au gouvernement ?

S’il  les lapsus sont une manifestation de l’inconscient, et s’il y a des saison de lapsus politiques, cela voudrait-il dire que l’inconscient politique est cycliquement troublé, et que nous entrons dans un tel cycle ? Quoi qu’il en soit, il est revenu le temps des lapsus. Ou il semble bien l’être.

 

 

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Novembre 2016

 


 

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fleche28 Novembre 2016:  Surprise

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Vous connaissez l’histoire de ce repas un peu chic dans lequel tous les convives ont devant eux une carton indiquant ce que l’on va manger, entrées, plat de résistance, fromages, dessert, ce que l’on va boire, apéritif, vins, champagne, et se terminant par cette mention : à la fin du repas il y aura des cigares et une surprise. Et, arrivé à la fin du repas, les convives fumeurs attendent en vain les cigares : la surprise, c’est qu’il n’y a pas de cigare. Hier soir, à l’inverse, il n’y avait pas de surprise. Les électeurs des perdants du premier tour se sont reportés comme leurs favoris le leur avaient demandé, les sarkozystes ont voté Fillon, les kosciusko-moriizéiste se sont reportés sur Juppé, et passez muscade. Soirée sans suspense et donc sans surprise. Mais non sans plaisirs.

Laurent Delahousse, sur le plateau de France info: , la nouvelle chaîne internationale français, traversait l’ « open space » à grands pas, recevant ici ou là des invités ou interrogeant sur un grand écran ceux qui n’avaient pas pu venir mais répondaient aux questions à distance. Vint alors une scène surréaliste. Sur le plateau, Daniel Cohn-Bendit, à distance et sur l’écran, Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier expose ses positions puis Cohn-Bendit l’interpelle : « Jean-Luc, si tu te présentes à la primaire tu peux la gagner..... » Mélenchon l’interrompt : « Monsieur Cohn-Bendit est-ce que vous pouvez m’appeler par mon nom et pas par mon prénom s’il vous plait... nous ne sommes pas amis, vous le savez». Cohn-Bendit lui répond du tac au tac « Va te faire voir ». Mélenchon reprend « Appelez-moi par mon nom s’il vous plaît ». Cohn-Bendit :  « On s’est toujours tutoyés, s’il n’a pas envie qu’il aille tutoyer Castro et qu’il nous foute la paix.. ». Mélenchon : « Moi je vous avais rien demandé monsieur Cohn-Bendit, gardez votre calme ». Cohn-Bendit :   « Je suis calme, Monsieur Jean Luc Mélenchon, vous vous prenez pour quelqu’un que vous n’êtes pas monsieur Mélenchon ». Fin de l’épisode, Cohn-Bendit tourne le dos et ne posera pas sa question.

Echange intéressant à différents égards. Nul ne doute que Mélenchon et Cohn-Bendit se tutoient. Le fait que Mélenchon veuille le nier relève de la psychanalyse. A-t-il pris la grosse tête ? Cherche-t-il à ne pas répondre à la question que commençait à lui poser Cohn-Bendit ? Se voit-il déjà président de la république et veut-il s’en donner la hauteur? Mais voyons, Jean-Luc, tu ne seras jamais président, vous ne serez que l’idiot utile qui fera gagner la droite ou l’extrême droite, Monsieur Jean-Luc Mélenchon.     

Tiens, à propos de prénoms. Depuis que le cinquième république existe nous avons eu un certain nombre de présidents, un Charles, un Georges, un Valéry, un François, un Jacques, un Nicolas, et un second François. Peut-être devrais-je d’ailleurs écrire un deuxième. En effet, théoriquement en français second s’utilise lorsqu’il n’y a que deux éléments, le premier et le second, et deuxième s’utilise  lorsqu’il y a plus de deux éléments. Ecrire un second François impliquerait donc que Hollande serait le dernier tandis qu’écrire un deuxième François  impliquerait qu’il y en ait un troisième, qui serait bien sûr Fillon. En fait ce serait pas mal, beaucoup mieux que Juppé. Je pense aux manifestants qui vont sans doute, lors de la rentrée sociale, se chercher des slogans. Un slogan doit avoir du rythme, bien sûr, pouvoir se scander en marchant, mais aussi présenter des rimes internes (souvenez-vous de Mitterrand Président ou de Giscard à la barre, de CRS SS, etc....). Or, contrairement à Juppé, Fillon serait une mine : Fillon abandon, Fillon plus  d’action, Fillon c’est la réaction, Fillon l’adoption, Fillon affliction, Fillon aversion, Fillon commisération, Fillon constipation, Fillon avorton, Fillon cochon, Fillon bois l’bouillon, Fillon  ton cal’çon, voire Fillon castration et bien sûr Fillon démission ou Fillon cohabitation. Et, sur des rythmes plus complexes, mais vous avez sûrement les compétences nécessaires pour vous les mettre en bouche, Fillon circumnavigation, Fillon circonvolution, Fillon demi-portion, Fillon conflagration, Fillon confabulation, Fillon, désapprobation,  etc.  Bref, j’arrête là, mais il y a de quoi faire. Quoiqu’il en soit, début mai 2017 il y aura le second tour de l’élection présidentielle. Mais y aura-t-il une surprise ?


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fleche26 Novembre 2016 : Nostalgie...

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J’ai croisé dans les années 1960, à l’époque où j’étais étudiant, différentes attractions vers des modèles politiques  venus d’ailleurs. Les uns s’enthousiasmaient pour le « socialisme réel » dont l’URSS était bien sûr le  modèle indépassable. Ils niaient le rapport Khroutchev sur les crimes de Staline, défendaient l’intervention russe à Budapest et peu d’entre eux commencèrent à douter au moment de Prague. D’autres rêvaient sur le socialisme tropical représenté par Cuba. D’autres encore, mais un peu plus tard, furent séduits par la Chine et une frange d’étudiants allait devenir « marxiste-léniniste» et glorifier le président Mao. Cette tendance à chercher des modèles exogènes semble d’ailleurs ne pas avoir pris fin. Il suffit de voir comment, aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon se réclame successivement des expériences politiques de Chavez au Venezuela, de Syrisa en Grèce puis de Podemos en Espagne. Comme si la France n’était pas capable d’élaborer son propre modèle. Mais là n’est pas mon propos.

 Pour ma part j’ai toujours été séduit par Cuba, par Guevara et, dans une moindre mesure par Castro. Je pourrais bien sûr énumérer les réussites du régime castriste, la médecine, l’éducation, la culture, mais je sais très bien qu’elles ne suffisent pas à faire oublier les prisons. Je suis allé deux fois dans cette petite île, j’y ai apprécié la musique, le rhum, les cigares, l’ambiance festive, j’ai parlé autant qu’il était possible avec des « gens du peuple », et je sais que l’ambiance générale ne cachait ni n’excusait la misère, les difficultés quotidiennes d’un peuple vivant à la fois des restrictions drastiques et un régime d’oppression. Je savais aussi, bien sûr, que j’étais un touriste. Mais...

Mais je vais vous faire un aveu : je suis raciste. Entendez-moi-bien, je ne suis pas raciste au sens général du terme, simplement j’ai tendance à juger les gens sur leur gueule et leur gestuelle, à considérer qu’ils en sont responsable et qu’elles parlent d’eux. Pour m’en tenir au personnel politique français la bouffissure de Larcher, les cheveux gominés de Cambadélis, les tics de Sarkozy, l’air niais de Montebourg, les éructations de Mélenchon, je pourrais bien sûr allonger la liste, tout cela fait qu’avant même de lire leurs programmes ou d’écouter leurs discours je les classe. C’est con ? Je sais. Et je vous concède le droit de me juger de la même façon.

Mais j’étais, je suis encore, sensible au romantisme qui émanait de Guevera, surtout, mais aussi de Castro, tous deux constituant des figures presque christiques. Cuba, grâce à eux, s’est dressé contre l’impérialisme US. Faut-il rappeler la doctrine Monroe, l’Amérique au Américains, qu’il faut bien sûr comprendre l’Amérique du Sud aux Américains du nord ? Cette doctrine qui s’est manifestée par des interventions menées par la CIA au Chili, en Argentine ou ailleurs, qui toutes  mettaient en place des régimes totalitaires. Cuba a constitué une exception, faisant la démonstration qu’on pouvait se lever contre cet impérialisme. Non seulement Castro a débarrassé son pays d’un régime corrompu, celui de Battista, non seulement il a mis fin à son statut de bordel des USA, un pays de casinos et de prostitution, mais surtout il est devenu grâce à la bêtise de la politique extérieure américaine, un symbole de résistance. C’est l’imbécilité de cette politique qui a renforcé son statut d’icône. Je ne dis là rien d’original, mais c’est le blocus inique de l’île par le régime américain qui a renforcé l’image du « leader maximo ». Sans ce blocus, le peuple aurait eu moins faim, aurait moins souffert, et Castro ne serait pas devenu ce qu’il est devenu, un patriarche en son automne ou un général dans son labyrinthe, en bref un dictateur, même si je n’éprouve aucun plaisir à écrire cela. Le pouvoir, lorsqu’il devient absolu, vieilli mal. Et Guevara a finalement eu de la chance de mourir jeune, d’échapper à ce destin d’autocrate. Alors, j’aimerais m’en tenir à une citation, celle d’un extrait du discours que le « Che » prononça en 1964 à l’ONU : « Esa ola no parara mas, esa ola ira creciendo cada dia que pase » (cette vague ne s’arrêtera pas, cette vague grandira chaque jour). Sans pouvoir y croire, bien sûr. Castro s’en va, salut mec. Mais que deviendra Cuba ? J’en suis presque à rêver que Trump renoue avec le blocus... Nostalgie, que de bêtises on écrit en ton nom.

 


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fleche25 Novembre 2016 : Ils fatiguent

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J’ai lu hier matin, dans Libération, le portrait d’un ancien prof ultra actif, animant un site sur l’actualité de l’éducation nationale, portrait qui se terminait par cette phrase : « Parfois, il fatigue un peu ». Cet usage intransitif du verbe est assez rare. Le verbe fatiguer  est normalement transitif, avec le sens de « causer de la fatigue à » :  Ca fatigue les yeux, il fatigue ses parents. Quant à l’usage intransitif, dans des phrases comme  le moteur fatigue, il est un peu vieilli. Dès lors, la phrase il fatigue un peu peut signifier deux choses : « il nous fatigue un peu » (c’est l’usage transitif : il fatigue quelqu’un) ou « il est fatigué » (c’est l’usage intransitif, vieilli donc mais qui semble revenir dans la langue populaire).

Nous y reviendrons car, hier soir, j’ai bien sûr suivi le débat entre François Fillon et Alain Juppé, les deux rescapés de la primaire de la droite, dont un seule restera dimanche soir, chacun pensant à Eddie Mitchell chantant et s’il n’en reste qu’un je serai celui-là. Tout le monde annonçait un débat fratricide, meurtrier, façon Atrides, Juppé allait voler dans les plumes de Fillon, nous eûmes un spectacle policé, presque apaisé. Il est vrai qu’il manquait l’agressivité, la hargne et la menace latente de Sarkozy. Ils étaient tous, jusque là, craintifs, paralysés par le pouvoir de nuisance de l’ancien président. Gnafron et son gros bâton disparu, la tension était retombée. L’acte II de la primaire, acte à une scène unique, s’est donc déroulé de façon très différente du premier. Certains diront sans doute que le débat était de haute tenue, j’ai plutôt le sentiment qu’il n’y a pas eu de débat réel. En fait, ils sont d’accord sur presque tout et diffèrent plus par la manière que par le projet. Sauf sur deux points dont, et c’est dommage, ils ont très peu parlé. Fillon, comme Sarkozy, considère que la France n’est pas, ne doit pas être une société multiculturelle. Les étrangers, dit-il, doivent s’intégrer, s’assimiler (il ne semble pas voir de différence entre ces deux verbes, alors que la différence entre intégration et assimilation est au centre de tous les débats). Il lance une formule (quand on vient dans la maison d’un autre, par courtoisie, on ne prend pas le pouvoir) qui devrait plaire aux électeurs du Front National, laissant entendre que les migrants sont une menace pour le pouvoir en France, et une autre (on a enlevé Clovis, Jeanne d’Arc, des manuels scolaires) qui a la même fonction et constitue en outre un mensonge. Juppé, de son côté, soutient que la diversité est la richesse de la France, son identité, à condition ajoute-t-il d’éviter le communautarisme. Il y a là un vrai désaccord, fondamental, mais qui n’a pas été approfondi. Le second point qui les sépare est la politique internationale, mais ils en ont encore moins discuté. On voit bien que Fillon est proche de Poutine, qu’en Syrie il considère le président actuel, Bachad el-Assad, comme faisant partie de la solution, alors que Juppé pense le contraire. Pour le reste, retraites, fonctionnaires, dialogue social, temps de travail, santé, protection, ils ne diffèrent que peu et feraient la même politique, à quelques nuances près. Pour dire les choses vite, l’un, Fillon, est le candidat de Valeurs actuelles, l’autre, Juppé, du Figaro. Fillon sera sans doute plus violent, plus enragé, plus proche aussi de la droite catholique réac, Juppé plus habile, plus stratège. Et tous deux auraient à l’automne la France dans la rue. Pour finir, une remarque sur leur vocabulaire. Fillon a prononcé quatre fois le mot caricature (pour dire que l’on caricaturait ses positions), Juppé a plusieurs fois utilisé le verbe rassembler, pour définir son programme. A part ça...

Mais, peut-être grâce à (ou à cause de) la disparition de Sarkozy, ce que certains considéreront, je l’ai dit, comme un débat apaisé, me ramène au début de ce billet. Tous deux me semblaient fatiguer un peu : Juppé et Fillon fatiguent. Au sens transitif (ils nous fatiguent) ? Ou au sens intransitif (ils sont fatigués) ? Je vous en laisse juges.


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fleche21 Novembre 2016 : Le soir tombait, la lutte était ardente et noire

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Inutile de cacher son plaisir : voir Sarkozy se faire jeter dès le premier tour de la primaire m’a ravi. Il va maintenant pouvoir s’occuper de ses affaires, les malpropres, ses affaires judiciaires, répondre aux juges, cesser de se défiler. Un conseil aux magistrats, cependant : vous devriez faire comme pour la famille Balkany, lui retirer son passeport, car il est capable de tout, Sarkozy, de filer en douce, de disparaître dans la nature. Alors saisissez son passeport et surveillez tout, les sorties de secours, les grottes préhistoriques, les cages à animaux de compagnie dans les aéroports, les cachettes de burakumins japonais, les colis postaux, les « go fast“ qui transportent de la drogue à travers l’Europe, les avions qui ramènent les clandestins chez eux, les montgolfières, les tonneaux de Beaujolais, les paquets cadeaux de Noël, les  zodiaques sur lesquels les migrants tentent de gagner les côtes anglaises, les cadres de déménagement sur les quais de Marseille, les exportations de manteaux de vison depuis Neuilly, les colis de ses livres que son éditeur va envoyer au rebut, même les navettes spatiales... Il est capable de tout pour échapper à ses responsabilités.

 

Bon, redevenons sérieux, pour autant que je puisse l’être. Sarkozy aux orties, il nous reste Fillon et son avance confortable, Fillon que personne n’avait vu venir, que personne n’avait prévu. Après la claque à Duflot chez les Verts, la claque à Clinton aux Etats Unis et l’hyper claque à Sarkozy, nous entrons dans l’ère des surprises. Tel Bonaparte à Waterloo, qui attendait Grouchy et vit débarquer Blücher. Tiens, pour le plaisir, parodions Victor Hugo :

« Le soir tombait, la lutte était ardente et noire.

Il avait l’offensive et presque la victoire,

Il tenait son Juppé acculé sur un bois,

Sa lunette à la main, il observait parfois

Le centre du combat, point obscur où bougeaient

La mêlée, le Poisson, Le Maire ou Moricet

Et parfois , sombre comme la mer, l ’horizon.

Soudain, joyeux, il dit, « c’est moi ». C’était Fillon »

 

Nous voyons donc sortir du chapeau un clown triste qui fut successivement un ministre (des affaires sociales, de l’éducation nationale) terne, un premier ministre à la botte de son maître pendant cinq ans, un brimé, un molesté, un méprisé qui, comme les brimés quand ils peuvent se venger deviennent méchants, sera impitoyable dès qu’il sera au pouvoir. Pourquoi, comment Fillon ? Bien sûr les sondeurs étaient un peu démunis, ils n’avaient pas d’élection de référence, ne savaient pas comment faire pour lire les mouvements souterrains dans un électorat monocolore, comment mesurer  ce qui se passe lorsqu’on vote entre soi. Juppé était favori, il est largement dépassé, Sarkozy était sûr de lui, il se retrouve aux oubliettes.

On parlera de « vote caché » ? Mais pourquoi se cacherait-on de voter Fillon ? Le plus terne des candidats, une sorte de toutou somnolant, mais un toutou toiletté, propre sur lui. Pourquoi ? On comprend que naguère certains aient caché leur intention de voter Le Pen, qu’hier d’autres aient caché leur intention de voter Trump, mais pourquoi se cacher de voter Fillon ? Cette explication par le « vote caché » ne tient pas la route. Peut-être que la droite, si bonapartiste soit-elle, n’aime pas les voyous, les condamnés de droit commun passés ou à venir, qu’elle  préfère ceux qui se désinfectent les cordes vocales lorsque, par erreur, ils ont murmuré « crotte » ou « zut » à ceux qui éructent « casse-toi pauv’con » ou « « je les emmerde ». Car, à quelques nuances près, les programmes de Fillon, de Juppé ou de Sarkozy étaient les mêmes.

Et maintenant ? On voit déjà venir à la soupe ceux qui le peuvent, Le Maire et Dati en tête, et qui espèrent obtenir un poste de ministre. Certains bien sûr, comme Baroin, Hortefeux ou Ciotti, n’ont guère de chance, mais les autres se pressent à la porte. Reste une petite question. Sarkozy a appelé à voter Fillon au deuxième tour de la primaire. Sommes-nous sûr qu’il lui fasse un cadeau ? Ou est-ce sa dernière flèche empoisonnée ? Cherche-t-il à le déstabiliser en disant qu'il le défend?  Question pour l'instant sans réponse.

 

 

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fleche20 Novembre 2016 : Troisième scène du premier acte de la pièce présidentielle

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 J’étais pendant quelques jours loin de mon ordinateur mais l’oreille toujours branchée sur les média. En ce milieu de dimanche, avant que ne tombent les premiers résultats de la primaire de la droite, faisons donc un petit peu le point.

Et tout d’abord, une plainte. Lundi dernier, le 14 novembre, Alain Juppé était au Zénith, à Paris, et moi à Rabat, au Maroc. Et, à peine avais-je tourné le dos que ses partisans me pillaient. Je m’explique. Il y a plus d’un mois, le 18 octobre, je m’amusais des écarts de langage de Juppé, de son « jeunisme », en particulier lorsqu’il disait « avoir le swag », et je titrais mon billet  Péju t’es niorju, après avoir rappelé comment François Mitterrand avait naguère donné des leçons de verlan à un journaliste. Or voilà donc qu’au Zénith apparaissent des Tshirts sur lesquels est imprimé I love Péju, ou plutôt I suivi d’un cœur stylisé et de Péju. Holà, plagieurs, Péju ça m’appartient ! J’ai déjà, j’en avais longuement parlé ici, été victime de plagiat, ma biographie de Roland Barthes ayant été largement copiée par une jeune irresponsable, Marie Gil pour ne pas la nommer. Voilà que d’autres jeunes, les « jeunes juppéistes » (oui, ça existe !) renouvellent ce larcin en me volant mon Péju. Mais dans quel monde vivons-nous ? Tiens, je vais tenter une expérience en lançant deux nouveaux noms de candidats (ou de peut-être candidats) sous leur forme verlanisée : Sarkozy, Sarko comme disent certains, deviendrait cossard et Hollande deviendrait  landau. Les jeunes sarkozystes et les jeunes hollandiens vont-ils oser me les piquer ? S’ils pratiquent ce larcin, ou plutôt ce Saint Lard, juré, je leur vole dans le lard.  Quant à Micron, pardon Macron, ses jeunes oseront-ils me piquer le Cronma ? C’est quoi, cronma ? Dans le franco-provençal parlé en Bresse il existe une recette appelée Poule de Brasse a la cronma, le poulet de Bresse à la crème. Macron, donc, est une crème, ou la crème des… de ce que vous voudrez.

Mais revenons à la primaire de la droite dont le premier tour sera terminé ce soir. Quelques phrases auront marqué ce premier acte. Par exemple Fillon déclarant dans les coulisses « vous imaginez le général de Gaulle mis en examen ? ». Ou encore Juppé répliquant à une attaque de Le Maire mais visant Sarkozy : « en matière judiciaire, mieux vaut avoir un passé qu’un avenir ». Mais c’est sans doute Kosciusko-Morizet qui remporte la palme, ayant lancé ses formules en feu nourri:  à Sarkozy disant qu’il ne la reprendrait pas comme ministre « tu n’en auras pas l’occasion », à lui toujours « la majorité silencieuse elle sait ce que c’est que Leboncoin » et à tous « le recyclage ça matche pour les déchets, pas pour les idées ». Bref, c’était saignant, mais saignant aseptisé, avec des pincettes, disons que c’était chirurgical, mais on sait que ça saigne beaucoup dans les salles d’opération...

La troisième scène du premier acte, jeudi soir, a été un peu terne, personne n’osant prendre le risque d’apparaître comme le vilain canard briseur d’unité de la droite. Poisson rabâche inlassablement « la famille, la famille, la famille, », mantra qui semble pour lui devoir résoudre tous les problèmes de la France, pour Le Maire c’est « l’audace, l’audace, l’audace » et pour Copé « ordonnances, ordonnances, ordonnances ». Seule NKM, à l‘heure des conclusions, sort un peu des sentiers battus en expliquant que, contrairement à ses concurrents qui pensent ou font semblant de penser qu’ils peuvent remporter cette primaire, elle sait que pour elle il n’en n’est pas question. Et, comme en passant, elle croque un rapide portrait des trois favoris dont le projet serait la revanche (Sarkozy), la nostalgie (Juppé) ou la déprime (Fillon). Qui donc du revanchard, du nostalgique ou du déprimé tournera en tête ? Vous le saurez tard ce soir, sauf si quelques magouilles électorales ne viennent mettre du désordre dans cette belle journée.

A suivre, donc, ou plutôt à demain.


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fleche11 Novembre 2016 : La voix et la voie

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Sur un mur j’ai vu trois affiches, trois fois la même, présentant une photo de Marine Le Pen et, en dessous, une inscription :Une autre voix. Le passage de la photo au texte nous livre donc un message facile à décoder: Marine le Pen (que tout le monde reconnaît) représente une autre voix. Après ce décodage évident, nous avons à soupeser deux termes intéressants, autre et voix.  L’altérité est ici synonyme de nouveauté : après les discours des politiques de droite comme de gauche moi, Marine le Pen, je représente quelque chose de nouveau, une nouvelle voix, donc je dis autre chose que les autres, car il ne s’agit pas des qualités vocales de la candidate. Quant à ce dernier mot, voix, il a l’avantage de pouvoir s’entendre voie : un autre discours, donc, ou une nouvelle direction. Deux sens en un seul mot. Je sais, tout ce qui précède est simpliste, et c’est d’ailleurs le propos de l’affiche : être facile à comprendre, à analyser. Mais il peut être intéressant de se demander ce que dit cette autre voix, ou quelle est cette autre voie, c’est-à-dire que raconte Marine le Pen.

Je ne prendrai, aujourd’hui, qu’un exemple. Le 8 octobre, au sommet de l’élevage, la candidate du Front National déclarait : « On sait très bien que la politique agricole commune répond à des considérations idéologiques ultralibérales » et ajoutait qu’il faudra « renationaliser la politique agricole ». De façon générale, toute phrase qui commence à « on sait très bien » ou « il est évident que » devrait éveiller la méfiance car affirmer que quelque chose est évident, ou que tout le monde le sait, c’est forclore par avance toute discussion : par essence, ce procédé rhétorique est totalitaire. Mais au delà de cette astuce discursive (« on sait très bien », donc ce que je vais dire est indiscutable), la suite de la phrase est justement plus que critiquable.  La politique agricole commune serait « ultralibérale ». Je ne sais pas ce qu’est, pour madame le Pen, l’ultralibéralisme, mais j’ai pour ma part plutôt l’impression que la PAC, qui distribue à tour de bras des subventions aux agriculteurs, se préoccupe essentiellement de soutenir les prix et les revenus des agriculteurs et d’aider au développement agricole, ce qui est tout sauf du libéralisme. C’est-à-dire, mais je peux me tromper, que protéger les paysans, compenser leurs pertes, est tout sauf du libéralisme, et que l’idée de « renationaliser la politique agricole » ne changerait rien à la chose : ce serait simplement faire à l’échelon français la même chose que fait l’Europe à son échelon.

Pour quelqu’un qui, comme moi, s’intéresse un peu à l’économie sans beaucoup de compétence , la voix de madame le Pen est donc brouillée, confuse, voire inaudible. Quant à la voie  qu’elle imagine, on voit (si je puis dire) mal quel « plus » elle pourrait apporter aux agriculteurs. Mais nous aurons sans doute, au cours de la campagne présidentielle, à revenir sur la voix (les discours donc) et la voie (le programme) frontistes. Pour l'instant, je m'absente quelques jours.

 

 

 

 

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fleche10 Novembre 2016 : Tout et son contraire

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L’élection de Trump a déclenché, depuis 24 heures, des milliers de réaction, de la part des analystes comme de celle des politiques. Commençons par ces derniers. La première à avoir réagi, avant même l’annonce officielle de la victoire du candidat républicain, a été Marine Le Pen : « Félicitations au nouveau président des Etats-Unis Donald Trump et au peuple américain, libre ! » Puis a suivi le patron des socialistes, Jean-Christophe Cambadélis, « La gauche est prévenue! Continuons nos enfantillages irresponsables et ça sera Marine Le Pen», juste avant Nicolas Sarkozy qui a vu dans cette élection « le refus de la pensée unique », ou encore « le peuple américain a parlé. Sachons nous aussi en tirer les conséquences ». Emmanuel Macron pour sa part considère qu’il "faut toujours écouter ce que le peuple a à dire et non ce qu'on aimerait qu'il dise". Nous pourrions poursuivre cette liste, mais elle nous prouverait la même chose : tous tentent d’utiliser ce qui s’est passé aux USA, et qu’ils n’avaient pas vu venir, pour justifier leur propre démarche, tous rêvent d’un « effet Trump » qu’ils pourraient reproduire en France. Le plus exemplaire en la matière est Jean-Luc Mélenchon : « Sanders aurait gagné. Les primaires ont été une machine à museler l'énergie populaire. Maintenant vite descendre du train fou atlantiste ». Selon lui, donc, Sanders aurait gagné ! Cette affirmation n’engage que Mélenchon, bien sûr, mais elle illustre une tendance récurrente chez lui à utiliser ce qui se passe à l’étranger au bénéfice de ses propres postures. Après s’être pris pour Chavez, puis pour Alexis Tsipras, pour Pablo Iglesias, évoquant chaque fois un pays étranger, le Venezuela du PSUV, la Grèce de Syriza, l’Espagne de Podemos, voilà qu’il veut endosser les habits de Bernie Sanders, oubliant au passage que s’il « aurait gagné » il a perdu la primaire des démocrates et que si « l’effet Trump » se produisait en France, ce serait plutôt au bénéfice du Front National..

Du côté des réactions journalistiques, on se demande surtout si Trump peut appliquer son programme, ou du moins toutes les mesures qu’il a annoncées, et l’analyse dominante est qu’il a dit « tout et son contraire » et ne pourra sans doute pas réaliser le dixième de ce qu’il a promis. Sur le diagnostic, Trump a promis « tout et son contraire », on ne peut qu’être d’accord. Mais il y a une autre façon d’interroger cela, non pas se demander s’il pourra ou voudra le faire, mais comment une majorité d’Américains a pu voter pour quelqu’un qui promet « tout et son contraire ». Car si le peuple américain est libre (selon Le Pen), s’il a refusé la pensée unique (selon Sarkozy), s’il faut toujours écouter ce que le peuple a à dire (selon Macron), il demeure que ce peuple a voté pour « tout et son contraire ». Et que cela pose un certain nombre de questions concernant la démocratie. Sarkozy par exemple annonce, s’il est élu, des rafales de référendums. Nous savons que les électeurs ne votent que rarement pour ou contre la question posée mais plutôt pour ou contre celui qui la pose. C’est-à-dire qu’il y a dans la constitution de la cinquième république la possibilité d’un véritable plébiscite. Je sais, le plebiscitum  latin (« décision du peuple ») était un des instruments de la démocratie mais les choses ont, depuis, changé. Le référendum-plébiscite est devenu une façon de conforter le pouvoir en posant au peuple une question qu’il ne comprend pas nécessairement. Le vrai problème est alors celui de l’information des électeurs. Et cela nous ramène à l’élection américaine. On nous dit que 44% des Américains se sont, au cours de la campagne, informés exclusivement sur face book, c’est-à-dire le lieu de toutes les rumeurs, des informations non vérifiées voire des théories complotistes. Lorsque Trump déclare par exemple qu’Obama a financé Daech, les réseaux sociaux répercutent immédiatement cette affirmation, la dupliquent à des milliers d’exemplaires, sans la mettre en question. Et il y a là une grande responsabilité, de la presse, bien sûr, mais peu de gens la lisent et elle ne fait d’ailleurs pas toujours son travail, et surtout une responsabilité plus grande encore des systèmes d’éducation. Alors, il faudrait interroger « l’effet Trump » non pas pour savoir s’il peut aider tel ou tel candidat français, ni si promettre « tout et son contraire » est une bonne technique de campagne, mais plutôt comme un avertissement concernant l’usage de la démocratie et la formation des électeurs.

 

 

 

 


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fleche9 Novembre 2016 : Leçon de choses

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Hier je voyais David Pujadas, envoyé de France 2 aux USA, interroger un français, manager d’un hôtel de luxe que Trump vient d’ouvrir à New York. Il disait tout le bien qu’il pensait de son patron et terminait ainsi : « C’est quelqu’un que je considère comme mon menteur ». Pujadas l’avait corrigé : « comme votre mentor ». J’avais noté, sans savoir s’il s’agissait d’un lapsus ou si ce français parlait mal sa langue, et j’ai gardé ça sur un bout de papier en me disant que je m’amuserai de cette confusion, mentor/menteur, en commentant aujourd’hui la victoire d’Hillary Clinton.

Et nous voilà demain. On parle de coup de tonnerre, d’impensable, de cauchemar, d’effarement, expressions qui ne veulent pas dire grand chose et servent surtout à masquer la stupeur. Car il faut reconnaître que tous les sondages se sont trompé. Ce n’est pas la première fois que cela se passe aux USA, mais c’était il y a longtemps, en 1948, lorsque l’institut Gallup avait annoncé la victoire de Thomas Dewey et qu’Harry Truman avait été élu. C’est je crois d’abord cette erreur qu’il faut tenter d’analyser. On parlera de « votes cachés », comme on en a parlé en France à propos du Front National, de ces gens qui n’osent pas dire ce qu’ils votent et mentent aux sondeurs. Mais les sondeurs disent pouvoir corriger ces mensonges, disent qu’ils l’ont fait pour le FN dont les électeurs ne se déclaraient pas toujours. Il demeure qu’ils se sont tous mis le doigt dans l’ œil. Et peut-être aurons-nous bientôt chez nous le même type de surprise. J’y reviendrai.

En écrivant j’écoute le premier discours de Trump, la foule hurle « USA, USA, USA... » Il déclare qu’il sera le président de tous les Américains, qu’il n’a pas mené une campagne mais « un incroyable mouvement », il est étrangement très modéré, jouant l’union de tous, des minorités, des hommes et des femmes. Explique qu’il va rebâtir le pays, s’occuper des anciens combattants dont il parle longuement, annonce un « superbe plan économique », de « formidables relations » avec les autres pays, de « grands rêves audacieux », en bref annonce une relance budgétaire, une politique économique keynésienne, bref il est aux antipodes de ce qu’il a dit depuis des mois, dans un discours apaisé qu’il n’a sans doute pas écrit, ou qu’on le croyait incapable d’écrire. Est-ce que le menteur/mentor du manager français d’un hôtel de luxe new-yorkais fera, ou pourra faire, ou voudra faire ce qu’il annonce subitement?

 

Laissons maintenant de côté les sondeurs, qui ont suffisamment de problèmes avec leurs erreurs. Cette élection est une immense baffe pour ce qu’on appelle le monde des « élites » et pour le monde politique traditionnel. Celui d’Hillary Clinton comme de Bruce Springsteen, de Bernie Sanders comme d’Oliver Stone, de vous, de moi comme des politiciens français. Après le congédiement de gens comme Ben Ali ou Moubarak nous voyons revenir par la fenêtre des gens comme Erdogan, Poutine, Bachar el-Assad ou Trump. Mais qui arrivera chez nous ? Depuis des mois on nous dit que Marine Le Pen ne sera pas élue, quel que soit la personne en face d’elle, qu’elle se heurtera à un « plafond de verre ». En sommes-nous si sûrs ? On nous dit que Juppé battra Sarkozy aux primaires de la droite. En sommes-nous si sûrs ? Et face à cet enjeu (nous pourrions bien nous réveiller un jour de mai 2017 avec la même gueule de bois qu’une partie des Américains aujourd’hui), nous assistons aux petits agissements des socialistes et de leurs frondeurs, des mélenchonnistes, des Verts, des trotskystes... Les USA nous ont donné une énorme leçon de choses. Mais saurons-nous la comprendre et en tirer les conséquences?

 


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fleche7 Novembre 2016 : "Faire genre" théorie du complot

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Le 4 novembre, Le Monde révélait une conversation téléphonique entre Nathalie Kosciusko-Morizet et Bernard Squarcini qui aurait eu lieu le 28 mars 2013, pendant la campagne des municipales (Kosciusko-Morizet était alors candidate à la mairie de Paris). Il faut « tuer Rachida et Fillon » aurait dit Squarcini, ce à quoi Kosciusko-Morizet aurait répondu « le meilleur moyen de la tuer, c’est d’éteindre ». J’avoue ne pas très bien comprendre ce dernier membre de phrase : éteindre quoi ? Mais peu importe, Rachida Dati a dû comprendre, elle, car hier elle s’est emportée sur les ondes de BFMTV, dénonçant  « la duplicité très grave de madame Kosciusko-Morizet » dans des termes qui méritent une petite analyse linguistique. Voici donc quelques extraits :

« C’est quoi d’autre que des méthodes de barbouze utilisées avec l’aide d’un barbouze pour essayer de ‘me tuer’, je cite ? Ça vous révèle aussi la duplicité très grave de Madame Kosciusko-Morizet qui fait genre  ‘je suis une grande démocrate’ , elle fait genre je suis libre’, ‘je suis impertinente’, ’je suis  courageuse (...) Moi je voudrais qu’elle s’en explique, je considère que la classe politique doit la mettre hors-jeu, elle doit la mettre à l’index, elle doit lui demander des comptes (...) "Est-ce qu’elle a encore sa place dans la primaire ? »

Rappelons tout d’abord que Bernard Squarcini, ancien chef du renseignement intérieur, est un proche, un très proche, de Sarkozy, et que nous pouvons donc considérer qu’à travers lui, le « barbouze », c’est l’ancien président qu’elle vise. Pourtant elle le soutient à la primaire de la droite. Allez comprendre. Mais, surtout, ce qui me frappe dans cette diatribe  c’est la formule, répétée deux fois, « faire genre ». Dati veut-elle « fait genre jeune », ou « genre banlieue »? Cela  est assez surprenant quand on sait que son image est plutôt « genre Hermès, genre talons aiguilles, genre trop de maquillage », en bref soit elle tombe le masque et parle naturellement comme ça, ce qui m’étonnerait un peu, soit elle joue un rôle.

Au delà de ces remarques stylistiques, il y a cependant d’autres interrogations. La conversation citée par Le Monde provient d’écoutes téléphoniques, et elle semble indiquer que dans l’entourage proche de Sarkozy on voulait la peau (la peau politique bien sûr) de Dati et Fillon. Pour Fillon, on peut comprendre, mais pourquoi Dati ? Pourquoi Sarkozy aurait-il voulu se débarrasser de cette pauvre femme ? Parce qu’à l’époque, au printemps 2013,  elle aurait mis des bâtons dans les roues de la candidate à la mairie de Paris ?

C’est possible. Ce qui est sûr c’est qu’aujourd’hui cette conversation vieille de trois ans et demi a justement pour dommage collatéral Nathalie Kosciusko-Morizet. Elle apparaît en effet comme une femme sans scrupules au moment même où elle n’épargne guère Sarkozy dans les débats télévisés. Elle était en 2013 dans les petits papiers de l’ancien président, elle fait preuve aujourd’hui d’impertinence, dégaine et tire à vue sur lui. Sommes-nous devant un coup de billard à plusieurs bandes dans lequel la boule visée ne serait pas le vilain barbouze Squarcini mais la méchante arriviste Kosciusko-Morizet ? Dati roulerait alors pour Sarkozy pour faire croire que son barbouze a été manipulée par la vilaine femme. Affaire à suivre, donc, car il y aura sans doute des suites. En particulier Fillon va-t-il réagir ? L’avenir nous le dira.

Tout cela ressemble à un mauvais western, un règlement de comptes à OK Corral à la petite semaine, mais surtout sent le complot. Alors amusons-nous un peu. Ferdinand de Saussure a longtemps travaillé dans le secret de son bureau sur ce qu’on a appelé des anagrammes, ou des hypogrammes, des mots sous les mots ou cachés dans les mots. Regardons donc ce nom : SARKOZY. Il ne vous dit rien ? Réfléchissez. Si j’enlève trois lettres, au début et à la fin du nom (SZY) il me reste, au centre, ARKO. Arco, en italien, c’est un arc, pour tirer justement, premier indice. Mettons ces lettres à l’envers, nous obtenons OKRA. Vous me suivez ? Or okra c’est un autre nom du gombo, ce légume gluant utilisé en particulier pour épaissir les soupes et les ragoûts. Nous sommes alors en pleine soupe politicienne, pas très ragoûtante. Deuxième indice donc. En outre Sarkozy aime à rappeler qu’il a des origines à la fois hongroises et grecques. Or le début de son nom, sar, signifie en hongrois « boue ». En outre le gombo s’appelle en grec bamia mais en français d’Egypte corne grecque (il a en effet vaguement la forme d’une corne) et l’on peu alors se demander quel sera le cocu de l’affaire. Troisième indice. En voici un quatrième : revenons au centre de ce nom débarrassé de ses lettres inutiles, ARKO, qui  peut nous donner OK et KORA, ce qui n’est pas loin d’OK CORALL, et au règlement de comptes évoqué plus haut. Bref, j’ai annoncé que nous allions nous amuser un peu, mais ce vaudeville autour de Rachida Dati nous a mené à quelque chose qui s’apparente fort aux théories du complot qui courent dans certains milieux (vous savez, les tours jumelles de New York n’ont pas été détruites, ou c’était un complot juifs, les frères Kouachi étaient manipulées par la police, etc.). Disons que j’ai « fait genre théorie du complot ». Mais tout de même, vous n’arriverez pas à me convaincre que ce nom, Sarkozy n’est pas louche. Il cache trop de choses. Tiens, je vais faire part de mes analyses aux juges d’instruction...

 

 


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fleche6 Novembre 2016 : Deuxième surprise...ou deuxième gifle?

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En février 2916 Jean-Luc Mélenchon partait tout seul, annonçant sa candidature à la présidentielle sans même en informer ses « alliés » communistes. C’est ce qu’on appelle la politique du fait accompli, ou du couteau sous la gorge : en gros, chers amis communistes, vous ne pouvez rien sans moi alors je ne veux pas voir dépasser la moindre tête, tous en rang derrière moi. Et le patron du PCF, Pierre Laurent, après avoir longuement réfléchi, a décidé de se soumettre. Mais voilà, hier, la conférence nationale du PC a mis Laurent en minorité, refusant de se rallier à la candidature de Mélenchon. Les media parlent de « coup de théâtre », de « revers personnel » pour Laurent, je parlerai pour ma part de gifle, la deuxième de cette pré-campagne, après celle qu’a prise Cécile Duflot en se faisant éliminer au premier tout de la primaire des verts. Bien sûr, ce sont les militant communistes qui trancheront fin novembre, mais Mélenchon a réussi a diviser le PC. Joli résultat...

Arnaud Montebourg, bien sûr, comme la vérole sur le bas clergé, ou comme un chien sur un os, se précipite pour tenter de retirer les marrons du feu en appelant à « l’union des gauches ». C’est lui qui serait le rassembleur de la gauche qu’il a largement participé à désunir, venez à moi petits cocos... Dans les deux cas donc, Mélenchon et Montebourg, on veut plumer la volaille communiste. Pour Mélenchon, la manœuvre est claire. Ses porte-parole  expliquent depuis des semaines qu’ils ont du mal à rassembler les 500 signatures d’élus nécessaires, mais ils pensent bien sûr que les communistes vont y pourvoir. Depuis longtemps le PC ne représente électoralement rien (à propos, pour le vote des militants, donneront-ils le nombre de voix ou simplement des pourcentages ?), sinon des signatures potentielles... Pour Montebourg, c’est autre chose : tout ce qui peut nuire à Hollande est bienvenu. Il y a longtemps que nous le savions : Montebourg est un politicien au ras des pâquerettes. Mélenchon nous montre qu’il sort du même tonneau.

Reste que nous n’en avons pas terminé avec les surprises (ou les gifles).  Cela fait cinquante ans que je vote à l’élection présidentielle, et je n’ai jamais vu une situation aussi imprécise six mois avant l’échéance. On peut supposer que la prochaine gifle sera pour Sarkozy, mais allez savoir. Ce qui est sûr, c’est que Marine le Pen se frotte les mains. Devant le bordel qui règne à gauche comme à droite, elle n’a même pas besoin de faire campagne.

 


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fleche4 Novembre 2016 : Deuxième scène du premier acte de la pièce présidentielle

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Les revoilà donc, les sept candidats de la primaire « de la droite et du centre », deux semaines plus tard, les mêmes dans les mêmes rôles, mais... Mais ils ont légèrement évolué, un peu plus détendus, plus à l’aise, et du coup les coups ont plu, le plus souvent sur Sarkozy.

Mais commençons par les postures. L’ancien président était le plus lisible, jouant à la fois la compétence et le mépris. Ainsi il a répété plusieurs fois la même phrase ou presque : « Ce sont des sujets très sérieux qui demandent des compétences, une connaissance des dossiers ». Traduisez : « Moi j’ai déjà été aux affaires, je sais de quoi je parle », ce qui lui permettait d’ailleurs de ne pas répondre à la question posée... Rappelant que la plupart de ses concurrents avaient été ses ministres, glissant même à Le Maire « tu as postulé pour être premier ministre » (ce qui impliquait, in cauda venenum, que Le Maire avait demandé le départ de Fillon),  il affichait ce qui semblait être un permanent sourire, voire un sourire permanenté, mis en forme comme des cheveux fixés par des produits chimiques, sourire à la fois méprisant et ironique, se voulant dominateur mais... Mais, à mieux l’observer, on avait le sentiment qu’il regardait sans cesses un écran de contrôle et qu’il souriait dès qu’il se voyait à l’écran, ce qui lui donnait un air presque mécanique. D’ailleurs ses yeux ne riaient pas, seules ses lèvres prenaient la pose, et j’ai eu l’impression, à la fin de l’émission, qu’il ne contrôlait plus ses lèvres et ne pouvait plus faire semblant de sourire.  De son côté Juppé, voulant prendre de la hauteur, gardait son impassibilité. Son visage ne s’animait que lorsqu’il parlait et, le reste du temps, lorsque la caméra le surprenait, il ressemblait à une momie, ce qui n’était pas nécessairement le bon choix lorsqu’on sait que certains lui reprochent son âge...

Mais tous se sont surtout attachés à cogner sur Sarkozy. Le Maire lui envoyait dans les dents « je ne suis pas candidat pour prendre une revanche », Copé lançait « il n’y a pas ici ceux qui savent et d’autres qui sont là pour prendre des cours », Le Maire encore rappelait « Nicolas, battu en 2012 tu as dit que tu ne reviendrais pas », comprenez « que fais-tu ici ? », Juppé déclarait vouloir que « la fonction présidentielle retrouve sa dignité perdue », Fillon parlait d’une « présidence digne », plusieurs rappelaient à propos des migrants que Sarkozy avait signé les accords du Touquet, et qu’il était donc responsable de la « jungle » de Calais... Le plus beau coup est cependant venu de Kosciusko-Moricet. Après avoir rappelé qu’elle avait mené le Grenelle de l’environnement, elle reproche à Sarkozy de prendre ses distances avec l’écologie. Celui-ci répond : « Je ne suis pas sûr que je referai le Grenelle de l’environnement ». Et elle, du tac au tac : « Tu n’en auras pas l’occasion » ! Bref, fleurets mouchetés ou coups de massue, ça pleuvait comme à Gravelotte.

Il y eut également des moments drôles, en particulier une forme nouvelle de comique de répétition. Mercredi, sur France Info, Sarkozy avait déclaré: « Moi je le dis clairement, si j’étais choisi, je confierais Matignon à François Bayroin...euh, Baroin ». Le lapsus ne signifiait pas qu’il hésitait entre Bayrou et Baroin, mais qu’il est en ce moment  traumatisé par le soutien que Bayrou a apporte à Juppé.  Les journalistes lui avaient fait remarqué son erreur, et il avait nié « j’ai dit Baroin, j’ai dit Baroin...» Mais la séquence, plusieurs fois rediffusée, était claire et le lapsus indiscutable. Or Copé et Juppé ont fait le même hier soir, comme en écho à celui de l’ex président, ce qui déclencha quelques rires.

Et puis il y eut  des séquences de pêche à l’épuisette : par exemple, comme en passant, Juppé cite Borloo qui, dit-il, a fait du bon travail comme ministre. Cinq minutes plus tard, Sarkozy cite à son tour Borloo. Dans les deux cas, appel du pied à celui qui n’a pas encore exprimé son choix entre les deux principaux candidats... A la fin ils avaient tous une minute pour conclure. Fillon s’offre une série d’anaphores (« je veux être le président qui... » plusieurs fois répété), Juppé affirme qu’il ne changera pas de cap tous les six mois, , Sarkozy répète une fois de plus qu’il « connaît la fonction » et ajoute qu’il ne croit que « notre identité soit heureuse », et pan dans les dents de Juppé, et Kosciusko-Moricet déclare qu’elle en a assez des burkinis, des Gaulois, de Bayrou et que Sarkozy, battu en 2012, est peut-être de trop.

Bref, cela a duré près de trois heures dont on sort persuadé qu’ils se détestent tous cordialement : ils se tutoient, s’appellent par leurs prénoms, mais leurs yeux lancent des couteaux. Sarkozy a pris des coups mais s’est sans doute rattrapé sur la sécurité, ressortant à destination du noyau dur de son parti son discours de ministre de l’intérieur. Juppé n’a été que peu attaqué et s’est lui-même bien gardé d’attaquer. Les autres ont tapé sur l’ancien président à bras raccourcis et l’on a du mal à imaginer qu’au bout de tout ça ils puissent se regrouper et défendre sans arrières pensées celui qui l’emportera. Pourtant, on ne peut pas oublier qu’ils ont tous gouverné ensemble et que leurs programmes ne diffèrent guère. Au delà des postures, des petites phrases, des styles différents, il y a en gros une seule et même politique, celle d’une droite dure et qui n’a pas beaucoup d’idées nouvelles. La finalité de cette primaire serait donc de choisir celui qui sera le meilleur vendeur de cette politique. D’ailleurs, l’émission a été interrompue deux fois par des coupures de publicité, et l’on avait du coup l’impression que les sept postulants étaient eux aussi des marchandises, que l’ensemble était une longue coupure publicitaire. C’est ce qu’on appelle la politique spectacle.

 

 


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fleche3 Novembre 2016: Obscénités

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Petit retour vers les vignes de Bourgogne. On apprend beaucoup de choses dans les caves, et pas seulement en ce qui concerne les plants, les vendanges, la vinification et ses techniques. Ainsi, discutant avec un producteur qui exporte la majorité de sa production à l'étranger, j’ai découvert une chose étrange. Il y a, en France, sur toutes les bouteilles de vin, en bas de l’étiquette, à gauche ou à droite, un petite icone, un cercle dans lequel on voit une femme de profil, enceinte, le ventre proéminent. Le sens en est clair : boire du vin est déconseillé aux femmes enceintes. Cette mention graphique est obligatoire, sans doute par injonction du ministère de la santé .

Or, m’explique le producteur, il doit pour vendre son vin aux USA faire des étiquettes spéciales, sans la petite icone d’une femme enceinte. Pourquoi ? Parce qu’une femme enceinte, vue de profil, le ventre proéminent, est considérée comme obscène. Oui, vous m’avez bien lu, obscène. Et l’on se demande de quel côté se trouve l’obscénité. Du côté de la nature ou du côté de la culture ? Du côté de la nature qui fait que pour donner la vie une femme, comme tous les mammifères, grossit ? Ou du côté d’une culture qui voudrait que  l’évocation graphique d’un corps nu ne soit pas acceptable ? Donald Trump ne serait pas obscène, mais une femme enceinte oui.

Allez, prenez une bouteille de vin français, regardez l’étiquette pour vérifier que je ne vous raconte pas des carabistouilles (si vous ne connaissez pas ce mot, inutile de chercher dans un dictionnaire : en Belgique mais aussi en Bourgogne et peut-être ailleurs il signifie « bêtises », « fariboles »), puis ouvrez la bouteille et buvez-la à ma santé.

Mais, tout de même, nous vivons une époque moderne !

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fleche2 Novembre 2016 : De la dégustation à l'évaluation

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Je viens de passer quelques jours en Bourgogne et j’en ai, bien sûr, profité pour aller visiter certaines caves et déguster certains crus. Le cérémonial est toujours le même, on commence par les blancs avant de passer aux rouges et, dans ces deux ensembles, on commence par le bas de gamme pour monter en puissance. Disons qu’en gros on commence par le Bourgogne aligoté pour finir par le Pommard, un parcours qui peut prendre une heure et demie avec les commentaires du vigneron, les questions, et appréciations, et implique que l’on goûte une vingtaine de crus différents. Il est préférable de les recracher après les avoir appréciés, surtout si vous devez conduire.

Dans l’une de ces caves, le patron nous propose de nous montrer sa collection personnelle. Dans un coin, soigneusement rangées par ordre chronologique, il y a quelques centaines de bouteilles s’étalant sur 77 ans, de 1939 à aujourd’hui. Des vins de partout, de Bordeaux, d’Alsace, de Provence mais aussi d’Allemagne ou d’Espagne… Il commente avec fierté ce qu’il a accumulé, nous parle des années exceptionnelles récentes pour les Bourgognes rouges (1993, 2003, 2005, 2010), nous dit que 1939 était également une très bonne récolte, me demande ma date de naissance, je lui réponds 1942 et il me dit beurk, ça ne vaut rien. Et je comprends, bien sûr, que 1939 est sa date de naissance à lui. Nous étions passés d’une dégustation à une évaluation…

Il y a plusieurs façons d’évaluer quelqu’un. Il faut d’abord avoir un point de vue (on évalue par exemple des compétences culinaires, sportives, linguistiques…) et ensuite une grille d’évaluation et un barème. Ainsi vous pouvez évaluer les compétences culinaires de quelqu’un en le situant sur une échelle qui va de Bocuse à qui vous voulez… Mais je n’avais jamais été évalué du point de vue de ma date de naissance avec comme grille les bonnes années des crus de Bourgogne… On pourrait d’ailleurs imaginer de multiplier les points de vue et les barèmes, en prenant les meilleures années de Bourgogne et d’huile d’olive vierge de Tunisie, ou encore les années de meilleurs films primés au festival de Cannes et de récolte de maïs. En fait, si j’avais un conseil à vous donner, ce serait de choisir les points de vue et les barèmes qui vous favorisent. Si vous vous ennuyez un peu, voici donc un exercice salutaire. Partez de votre date de naissance et cherchez les points de vue qui vous mettent en haut du classement. Puis, comme par hasard, demandez à vos amis : Tu es né en quelle année ? Ah ! Beurk, ça ne vaut rien du point de vue de la production de patates en Russie, ou du riz en Thaïlande, ou du shit en Afghanistan… Et, pour terminer, goûtez un Bourgogne rouge de 1993, 2003, 2005 ou 2010. Pour 1939, je ne garantis rien : le vigneron m’a paru un peu trop imbu de lui-même pour être honnête. D’ailleurs, il m’a fait goûter un 2004 bouchonné…



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Octobre 2016






 

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fleche23 octobre 2016: Faut rigoler

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Le 19 septembre,  Sarkozy a eu  une formule choc : « dès que vous devenez français vos ancêtres sont gaulois ». Ce qui était  une façon de remettre au goût du jour le roman national inventé au XIX° siècle et que les historiens sont nombreux à contester, et surtout de suggérer que l’on pouvait changer d’ancêtres au cours de a vie, ce qui est surprenant… En fait il y avait dans cette injonction une forme d’autoritarisme bonapartiste : vous voulez être Français, alors tous dans le rang, sur une même ligne, dorénavant vos ancêtres sont des Gaulois. C’était donc encore d’identité nationale qu’il nous parlait, d’une vision étroite, réductionniste de la nation. Il aurait dû lire l’historien Marc Ferro qui, dans son Comment on raconte l'Histoire aux enfants à travers le monde entier (Paris, Payot, 1981), expliquait que les récits de ce genre changent sans cesse. Il aurait pu aussi, lui qui aime tant les Américains, réfléchir  sur l’exemple des USA qui, par respect pour les minorités, sont passés du melting pot au salad bowl, de l’idée que tous les néo-américains se sont fondus en un seul peuple, comme dans un creuset, à celle selon laquelle chacun des constituants a gardé sa saveur propre, comme les éléments d’une salade composée.  Il en va d’ailleurs de même en France, où le roman national peut être contesté à la fois par les « minorités nationales » (les Basques descendent-ils de Gaulois ? ») et par l’apport régulier de migrations diverses.

 

Devant les nombreuses protestations Sarkozy va cependant vite rectifier le tir, dans plusieurs déclarations multipliant le nombre de nos ancêtres et insinuant que nous sommes tous de parfaits bâtards:  « Nos ancêtres étaient les Gaulois, ils étaient aussi les rois de France, les Lumières, Napoléon, les grands républicains », « Nos ancêtres étaient aussi les soldats de la Légion étrangère qui se battaient à Camerone et les tirailleurs sénégalais », « Nos ancêtres étaient les troupes coloniales mortes au Chemin des Dames lors de la première guerre mondiale, les tirailleurs musulmans morts à Monte Cassino ». Ainsi il nous insultait tous. Mais surtout il se révélait comme un redoutable sauteur en longueur, franchissant allègrement, en un seul bond, plus de 13 siècle, disons de la mort de  Clovis (511) et la création de la légion étrangère (1831) ou celle des tirailleurs sénégalais ( 1857).

 

Mais revenons à « nos ancêtres des gaulois », ceux que chantait Henri Salvador : « Nos ancêtres les Gaulois habitaient des huttes en bois et les druides trois par trois sous le gui chantaient à pleine voix » ou encore, « Nos ancêtres les Gaulois, cheveux blonds et têtes de bois, longues moustaches et gros dadas ne connaissaient que ce refrain là ». Quel refrain ? je vais y revenir.

 

Car ce qui me frappe en effet dans ce roman national ressuscité par Sarkozy, celui de la France instituant nos ancêtres gaulois, c’est que les Gaulois sont des vaincus, que la France a toujours cultivé son héritage culturel latin, et que cette fierté sarkozyste repose sur une défaite. Mais, comme dans les albums d’Asterix, Alésia n’existe pas pour Sarkozix. En outre je n’avais pas remarqué ses cheveux blonds. Mais qu’importe, peut-être prépare-t-il l’avenir. Car s’il perd la primaire de la droite et que le ciel lui tombe sur la tête, il pourra retomber sur ses pieds en chantant le refrain de Salvador :

 « Faut rigoler, faut rigoler

Avant qu'le ciel nous tomb' sur la tête

Faut rigoler, faut rigoler

Pour empêcher le ciel de tomber »

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fleche20 octobre 2016: Le syndrome du thé

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Première surprise de la campagne présidentielle : Cécile Duflot a été éliminée au premier tour de la primaire des Verts. Elle était la candidate de l’appareil, et les appareils elle connaît, mais chez les Verts tout est toujours compliqué et les électeurs lui ont préféré deux personnes moins connues, Yannick Jadot et Michèle Rivasi. Et l’appareil est mauvais joueur. Selon Libération, un proche de Duflot a en effet déclaré : « C’est un règlement de compte. Ce n’est pas juste car elle paye son passé et sa participation au gouvernement alors qu’elle voulait tourner la page : c’est la première victime du quinquennat de la gauche ». Mais comment donc !Elle a perdu à cause de la gauche, on dira bientôt à cause de Hollande. Et si Duflot était tout simplement victime de son arrivisme ? Depuis 2014, depuis qu’elle a quitté le gouvernement, elle ne pensait qu’à ça, à la présidentielle, déclarant à qui voulait l’entendre « je me prépare » puis «  je suis prête ». Et il est même plus que probable qu’elle a quitté le gouvernement pour se lancer dans la primaire EE-LV. Et bien voilà, ça ne marche pas à tous les coups. Les surprises étant souvent au menu chez les Verts, la suite me paraît pour l’instant illisible. Allons-nous vers une nouvelle rupture, une de plus ? Et de nouveau vers un score au dessous de la barre des 5% au premier tour de la présidentielle ?

Mais le problème est ailleurs. La vocation des écologistes est-elle de jouer dans le champ politique traditionnel ou de diffuser leurs idées dans toutes les directions ? J’ai entendu ce matin sur France Inter une belle métaphore de Thomas Legrand. Il expliquait que Cécile Duflot avait été victime du syndrome du thé. C’est quoi, le syndrome du thé ? C’est simple : si vous voulez déguster une tasse de thé (vert, en l’occurrence) vous mettez un sachet à infuser puis, lorsque c’est prêt, vous le jetez à la poubelle. Voilà, Duflot est passée à la poubelle, et peut-être les autres suivront-ils, parce qu’ils préfèrent le pouvoir politique à la diffusion de leurs idées, ou à l’infusion de leurs idées dans l’eau de politique.

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fleche18 octobre 2016: Péju t'es un niorju

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Je l’ai dit dans mon précédent billet, tout se passe comme si, dans la primaire de la droite, les candidats cherchaient à nous vendre la même marchandise sous un emballage différent. Ce n’est pas le programme de Sarkozy que certains refusent mais l’homme qui est dévalué par ses postures, son langage, sa vulgarité, et ce n’est pas le programme de Juppé que d'autres choisissent mais l‘homme, sa distinction, sa civilité. L’un transpire abondamment, l’autre pas, l’un est professoral, debout devant le texte de sa leçon, l’autre, provocateur, cherche le buzz, la phrase ou l’idée qui fera du bruit. Pour illustrer de façon plus large ces emballages différents, citons un jeune soutien de Juppé, Matthieu Ellerbach, qui déclarait avec humour à un journaliste : « être jeune avec Juppé ce serait comme être calme avec Sarkozy, modeste avec Le Maire ou comique avec Fillon »... Il s’agit bien sûr, de représentations mais, pour simplifier, disons qu’à tort ou à raison Sarkozy a une image de voyou et Juppé une image convenable. On peut dès lors se demander pourquoi il semble faire de la surenchère dans le genre du langage relâché.

Mais revenons un peu en arrière. En 1978 la France découvrait, grâce à Renaud et à sa chanson Laisse béton, le verlan. Laisse béton, pour « laisse tomber », sera très vite dans toutes les bouches, même les plus inattendues. Et le verlan deviendra une mode, puis une chose commune, quelque chose que tout le monde comprenait pour ou moins mais dont l’usage était une sorte de marqueur social. Le 29 avril 1985, lors de sa dernière intervention avant le premier tour de l’élection présidentielle, François Mitterrand allait même jusqu’à en donner une leçon au journaliste Yves Mourousi :

-Vous savez ce que c’est que chébran ?

-Ca veut dire branché, bien entendu. Mais c’est déjà un peu dépassé, vous auriez dû dire cablé.

 C’est ce qu’on appelle une rupture de style, ou le passage d’un niveau de langue à un autre, dont le but était ici de montrer que le président, candidat à sa propre succession, était dans le coup.

Alain Juppé, lui, fait en la matière de façon surprenante feu de tous bois. On l’avait connu droit dans ses bottes, raide, un peu coincé, le verbe distingué, et voici que soudain il se lâche. Le 3 octobre dernier, répondant sur France 3 aux questions de Franz-Olivier Giesbert (mais l’émission avait été enregistré deux ou trois mois avant) il explique qu’il aime "aller à la messe parce qu'au moins pendant une heure personne ne vous emmerde", et quand on lui demande « qu’est-ce que vous répondez aux gens qui disent Juppé il est très conventionnel, qu’est-ce qu’on va se faire chier » la réponse fuse : « Je les emmerde, voilà… Moi je ne m’emmerde pas dans la vie alors s’ils se font chier avec moi qu’ils aillent voir ailleurs » Quand on pense à tout ce qu’on a reproché à Sarkozy, qui dévaluait la fonction présidentielle avec ses sorties intempestives, comme « casse-toi pauv’ con », cela a de quoi surprendre. Mais, surtout, emmerder, faire chier, cela n’avait rien de très nouveau. Pas chébran, Juppé ? Ou pas bléca ? Sur France 2,  le 6 octobre, il continue à utiliser ces expressions populaires un peu vieillottes : "si on commence à exclure dans la primaire, on est mal barrés » et voit chez Sarkozy « un peu de panique à bord ». Mais il corrige le tir un peu plus loin:  « on m’a dit à la Réunion que j’étais swag » . L’expression « avoir le swag », très utilisée chez les jeunes il y a… pas mal d’années, signifiait avoir du style, avoir un look à la mode et décontracté à la fois. Juppé aurait donc le swag. Dont acte. Mais tout cela intrigue. Pourquoi utiliser ces formules qui tranchent tant sur son style ? Un ras le bol ? Une volonté de faire croire qu’il est « in », lui dont les adversaires soulignent qu’il a passé les soixante-dix ans ? Nous pourrions dès lors nous demander si Alain Juppé n’est pas ici une victime collatérale du « jeunisme » ou du racisme anti vieux, s’il ne voudrait pas éviter qu’on puisse à son propos entonner la vieille chanson de Sheila, « Papa, papa, papa, t’es plus dans l’coup papa ». En 1988, alors que la France ne savait pas encore si Mitterrand allait se représenter, Renaud avait acheté une page entière de Libération sur laquelle on lisait Tonton, laisse pas béton. Lirons-nous un jour, dans Le Figaro par exemple, au cas où Juppé aurait un coup de mou et se sentirait trop vieux pour le job, Péju laisse pas béton ou, pour respecter la rime, Péju t’es un niorju ?

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fleche16 octobre 2016: Première scène du premier acte de la pièce présidentielle

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Depuis la création de la cinquième République, les présidents élus ont eu diverses façons de s’en aller. Démissionner (Charles de Gaulle), mourir aux commandes (Georges Pompidou), faire deux mandats et ne pas avoir le droit de se représenter (François Mitterrand, Jacques Chirac, mais de toute façon leur santé ne leur aurait pas permis de le faire), et enfin se représenter après un mandat et se faire battre (Valery Giscard d’Estaing, Nicolas Sarkozy). Nous aurons cette année, quoiqu’il arrive, une nouvelle configuration. Un président en fin de mandat qui se représentera, ou pas (nous le saurons un jour ou l’autre), un président battu il y a cinq ans qui se présente aux primaires de la droite qu’il remportera, ou pas (nous le saurons le 20 ou le 27 novembre), et s’il l’emportait sera ensuite élu, ou pas (nous le saurons le 23 avril ou le 7 mai).

Tout cela s’apparentera donc à une pièce en plusieurs actes, mais une pièce décousue, bien loin de la règle des trois unités que Boileau énonçait dans son Art poétique : « Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli ». Il y aura en effet plusieurs lieux, plusieurs mois et des actions variées. Pour la primaire de la droite, les acteurs sont déjà en place, six hommes et une femme : Le Maire, Fillon, Copé, Sarkozy, Juppé, Poisson et Kosciusko-Morizet. Mais ils n’ont ni la même carrière, ni la même aura ni, bien sûr, le même avenir. D’un côté des débutants peut-être prometteurs mais qui ne sont pour l’instant que des figurants et ne peuvent qu’espérer, un jour, se trouver sur le devant de la scène. De l’autre des acteurs confirmés pour lesquels l’enjeu est tout différent. Ils savent qu’à l’issue de la pièce, deux ou trois d’entre eux seront définitivement poussés vers la sortie, et qu’ils n’auront qu’un choix réduit, disparaître côté jardin ou côté cour. Et,  entre ces deux groupes, un OVNI, Jean-Frédéric Poisson, représentant le Parti chrétien-démocrate dont personne n’a entendu parlé mais qui fera plus de sens quand on saura qu’avant lui la cheffe de file en était Christine Boutin.

Ce qui va se jouer, dans ces primaires de la droite, au delà de la désignation d’un candidat unique, c’est une redistribution des cartes, un grand chambardement, non pas pour l’avenir du pays mais pour celui de ces sept acteurs. Car cette brochette de candidats, cette bande des sept, ou plutôt des six plus un (Poisson), ne doit pas faire illusion. Pour la plupart ils savent qu’ils n’ont aucune chance dans le casting présidentiel, ils ne visent pas ce rôle  mais en espèrent d’autres, plus tard, s’ils figurent honorablement dans la distribution.

Certains affichent une volonté de nouveauté : « le renouveau c’est Bruno » pour Le Maire, « nouvelle société, nouvelle France » pour  Kosciusko-Morizet, mais ces termes évoquent irrésistiblement ce que les linguistes nomment la fonction performative du langage, quand dire c’est faire. Ce peut être parfois le cas, lorsqu’un maire par exemple dit « je vous déclare unis par les liens du mariage » et que deux individus s’en trouvent mariés (même si ce n’est pas vraiment la parole du maire qui « fait »  mais quelques signatures, quelques enregistrements administratifs et l’établissement d’un livret de famille). Mais, de façon générale, dire ce n’est pas faire. Dire nouvelle donne, nouvelle société, nouvelle France ou nouvelle politique par exemple, ce n’est pas agir sur les situations. Si le Beaujolais peut être dit  chaque année, en novembre, « nouveau », c’est parce qu’il vient d’être vinifié, peut-être trafiqué, puis mis en bouteille, l’action (ici la production) précède la nomination. Mais annoncer une société « nouvelle » ne la construit pas pour autant. Qu’on se souvienne de la « nouvelle société » annoncé en 1969 par Jacques Chaban-Delmas, ou de la « nouvelle philosophie » et des « nouveaux philosophes » dont on nous rebattait les oreilles il n’y a guère. Avec le recul de quelques dizaines d’années, nous sommes à même d’apprécier le peu de poids de cet adjectif.

La première scène du premier acte a donc eu lieu, à la télévision, le 13 octobre, et Bruno Le Maire a, dès le début, dévoilé la longueur de ses dents : « si vous voulez continuer comme avant vous avez tout ce qu’il faut sur ce plateau. Si vous voulez le renouveau... ». Encore une fois le renouveau, mais surtout l’idée que tous, sauf lui, procèderaient du monde politique ancien. Pourtant, après plus de deux heures d’émission, et même si Le Maire était le seul des six hommes à ne pas porter de cravate, on peinait à trouver des différences entre les candidats à la primaire de la droite, ou plutôt entre leurs programmes, lorsqu’ils en ont. Sur l’économie, sur le temps de travail, sur les impôts, sur la gestion de l’état, ils disent tous à peu près la même chose, à quelques nuances près. Sur le temps hebdomadaire de travail, Sarkozy lance « je ne serai pas la Martine Aubry de la droite », comprenne qui peut, et annonce qu’il veut revenir aux heures supplémentaires défiscalisées. Pour Fillon, il faut « supprimer la durée légale du travail » mais il annonce que « les fonctionnaires devront passer aux 39 heures ». Tous veulent supprimer l’impôt sur la fortune, baisser le nombre de fonctionnaires, la plupart veulent, à des rythmes certes légèrement différents, réduire progressivement les allocations chômage.

Bref on a l’impression que la droite n’a pas pris le temps de repenser ses analyses et ses positions. Ils ont bien sûr quelques divergence, sur le mariage pour tous par exemple. Et ils restent presque tous muets sur le monde numérique qui s’annonce pourtant comme le moteur de notre société à venir. Seule Nathalie Kosciusko-Morizet y fait allusion, déclarant que « l’avenir de l’emploi c’est le travail indépendant ». La droite ne semble pas innover, peut-être parce qu’elle croit pouvoir être sûre d’accéder au deuxième tour, face au Front National, et ne ressent pas le besoin de construire un projet nouveau, sur lesquels pourraient reposer des discussions avec les autres candidats, en particulier ceux de gauche. Encore une fois, dire ce n’est pas faire, et dire nouveau n’est pas un renouvellement. Certains, deux pour être précis, en sont pourtant conscients. Poisson qui déclare qu’en 1993 le RPR et l’UDF avaient les mêmes propositions qu’aujourd’hui, et Kosciusko-Morizet qui avait préparé une belle formule : « le recyclage ça marche pour les déchets, pas pour les idées ».

Roland Barthes, dans ses Mythologies, avait analysé les différentes publicités de lessives, leur façon de se vendre, soulignant que l’on masquait la fonction abrasive des détergents « sous l’image délicieuse d’une substance à la fois profonde et aérienne ». Et il concluait qu’au delà des différences affichées, « il y a un plan où Persil et Omo c’est tout comme : le plan du trust anglo-hollandais Unilever ». Il en va un peu de même pour la bande des six plus un de la primaire de la droite. Ils ont tous hérité du même projet, mais le « vendent » différemment, se distinguent par leur rhétorique, leur caractère, leur style, en bref par l’emballage, sous lequel ils proposent presque le même produit.

Pour conclure sur ce point, je me suis ennuyé pendant les trois quarts de l’émission et ne me suis réveillé qu’à l’heure des petites piques. Oh!, de toutes petites piques : personne n’a vraiment eu le courage de dégainer vraiment, il ne faut pas injurier l’avenir, il faut mieux sauvegarder la possibilité de devenir ministre. Le Maire, à destination de Juppé, lance l’idée que tous les candidats devraient publier leur casier judicaire, Copé déclare en visant Sarkozy que lui, mis en examen, il ne serait pas candidat, et Kosciusko-Morizet sort une formule elle aussi soigneusement préparée qui vise à la fois Juppé et Sarkozy : « Entre l’identité heureuse et l’identité gauloise il y a l’identité républicaine ».

Pour conclure : il sortira certes de ces primaires un seul candidat, mais il fera à peu près la même politique que celle qu’auraient faite les autres, et nous assistons en fait aux prémices d’un grand chambardement dans l’organisation des organisations politiques de la droite, ce qui est un tout autre enjeu. Qui prendra le pouvoir au sein du parti? Qui disparaîtra de la scène politique ? Qui sera ministre ? Bref, comme on voit, des préoccupations qui n’ont rien d’altruistes.

Et ceci me donne une idée. Puisqu’en France, dit-on, tout finit par des chansons, alors allons-y. Une partie de cette « bande des six plus un » pourra fredonner à l’issue du deuxième tour de la primaire de la droite un refrain de Serge Gainsbourg, « Je suis venu te dire que je m’en vais », ou à l’instar de Françoise Hardy, « comment te dire adieu ? », alors que tous auraient préféré chanter, avec Eddy Mitchell, « et s’il n’en reste qu’un je serai celui-là ». Car, bien sûr, il n’en restera qu’un au bout de la pièce. Mais quand, après l’élection présidentielle et les élections législatives, il faudra redistribuer le pouvoir dans le PR, ils pourront  penser à Guy Béart et chanter en chœur : « La terre perd la boule, et  fait sauter ses foules,  voici finalement le grand le grand, voici finalement le grand chambardement ».

 


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