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Février 2014





  


 




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  21 avril
2014 : Les dictionnaires et l'actualité

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Il y a soixante dix ans, le 21 avril 1944, une ordonnance signée à Alger par le général de Gaulle donnait aux femmes le droit de vote. Soixante dix ans ! C’est-à-dire que les femmes votaient en Turquie bien avant de voter en France, ce qui nous invite à un peu d’humilité. Mais il est vrai que la « votation féminine » ne fut acquise en Suisse qu’en 1971. Bref, tout ceci me mène à vous proposer la lecture du texte suivant :

« FEMME (MOUVEMENT DE LIBERATION DE LA)

Indispensable association militant pour une véritable égalité entre les sexes, à laquelle mon épouse ne manquera pas d’adhérer dès qu’elle aura terminé la vaisselle et le repassage ».

J’ai trouvé cet article dans le Dictionnaire ouvert jusqu’à 22 heures rédigé par l’Académie Alphonse Allais. Et puisque nous fêtons aujourd’hui non seulement l’anniversaire susdit mais aussi le lundi de Pâques, intimement lié à l’agneau pascal, voici un autre article tiré du même dictionnaire :

« AGNEAU

n.m. Adorable animal doux et pacifique qui inspire tendresse et amour. Encycl. Pour bien faire cuire un gigot, compter un quart d’heure pour la première livre et dix minutes pour les suivantes, enfourner thermostat 7 et arroser souvent ».

A propos de cuisine, j’écoutais hier en conduisant ma voiture « on va déguster », une émission de France Inter consacrée à la gastronomie, et j’ai failli me planter dans le fossé en entendant l’animateur annoncer Animal on est mal, « la dernière chanson de Gérard Manset ». Animal on est mal  la dernière chanson de Gérard Manset ! Il se trouve qu’il vient de la réenregistrer avec une nouvelle orchestration que je n’aime guère, mais il s’agit de la première chanson de Manset, datant de 1968. Alors, à tous les animateurs d’émissions de radio, un double conseil : lisez le Dictionnaire ouvert jusqu’à 22 heures de l’Académie Alphonse Allais, cela vous mettra de bonne humeur. Et lisez aussi Cent ans de chanson française, ça vous évitera de faire des erreurs. M’enfin, à quoi ça sert que Calvet il se décarcasse !

 

 

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  19 avril
2014 : Les romans et l'actualité

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L’actualité produit parfois des rencontres cocasses ou éclairantes. En France on a lancé hier une alerte à enlèvement : un bébé avait disparu, enlevé par ses parents, ce qui en soi est déjà comique, presque oxymorique : des parents qui enlèvent leur enfant ! La photo du nourriçon était diffusée sur toutes les chaînes de télévision, les vêtements de sa mère décrits dans le détail, et ce matin, le bébé était retrouvé. En Algérie aussi on a vu soudain réapparaître un disparu, venu voter en fauteuil roulant. Le comique est ici que ce disparu était également partout en photo, non pas parce qu’il était recherché mais parce qu’il était candidat. Comique pour comique, on pourrait penser à Hibernatus, ce film d’Edouard Molinaro sorti en 1969. Mais la personne, disparue depuis 65 ans et congelée dans le pôle nord,  réapparaissait en ayant gardé dans la glace son âge, 25 ans, alors que Bouteflika n’est pas précisément ingambe. C’est en fait à un autre fait d’actualité qu’on peut rattacher le « miracle Bouteflika ». Gabriel Garcia Marquez, qui vient de mourir (je n’écris pas « qui vient de disparaître » car on pourrait penser que, comme le bébé français ou la momie algérienne, il pourrait réapparaître), Gabriel Garcia Marquez donc avait écrit un roman féroce sur un dictateur cacochyme,  l’Automne du patriarche, roman qui se passait dans une île des Caraïbes mais qui pourrait très bien être adapté sur la rive sud de la Méditerranée. Au fond, les Algériens ont de la chance : la vie politique de leur pays est un véritable roman, un roman à la Gabriel Garcia Marquez. On ne peut pas en dire autant de la Russie ou de la France : dans le premier cas on est dans le mauvais roman policier, dans le second dans le théâtre de vaudeville... Encore que nous pourrions aussi penser à un roman social, dans lequel un pauvre cireur de chaussure perdrait son travail en voyant disparaître (encore une disparition) un de ses meilleurs clients.

 


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  15 avril
2014 : Mariage 

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J’étais ce week-end invité au salon du livre d’Autun et, lors d’un « dîner de gala » organisé à la mairie j’ai jeté par hasard un coup d’œil sur le panneau où l’on affiche les bans. Il y avait deux mariages annoncés, l’un entre Jessica, « en formation » et Laetitia, « cariste », l’autre entre Cyril, « chef de salle » et Frédéric, « chef de rang ». Je me suis d’abord dit « tiens, il n’y a plus que des homos qui se marient ». Puis j’ai supposé que Cyril et Frédéric s’étaient sans doute connus sur leur lieu de travail, je me suis dit que « cariste » n’était pas un métier fréquent pour une Laetitia, j’ai noté que  Frédéric était « domiciliée...», au féminin, sans que je puisse savoir s’il s’agissait d’une faute d’orthographe ou d’un lapsus. Bref, je me faisais quelques réflexions pseudo sociologiques. Le hasard, encore lui, a fait que j’étais en train de lire un ouvrage réjouissant de Daniel Garcia  sur l’académie française, Coupole et dépendances. On y apprend, entre autres choses, qu’en mars 2013, alors que la loi sur le « mariage pour tous » était en discussion à l’Assemblée, vingt-trois sénateurs de droite avec à leur tête Jean-Pierre Raffarin, avaient saisi l’Académie sur « l’usage » du mot mariage. Entre autres termes ils pensaient pouvoir invalider la loi pour des raisons sémantiques. Le projet de loi posait en effet, dans son article 1, que « le mariage est contracté par deux personnes de sexe différent ou de même sexe »  et nos sénateurs espéraient faire démontrer par les académiciens que cette formulation était impossible aux yeux du dictionnaire. J’ai chez moi un petit Robert ancien, et je lis à l’article mariage : « union légitime d’un homme et d’une femme ». Mais je suppose que l’édition la plus récente a dû modifier cette formulation, car un dictionnaire n’impose pas l’usage, il en rend compte. Sur le plan strictement étymologique, ni mariage ni couple ne font référence à une différence de sexe, et les Académiciens ont donc pu dégager prudemment en touche : rien ne s’opposait à cette nouvelle acception, ou à cet élargissement, du mot mariage. Mais sans doute ont-ils poussé un ouf ! de soulagement car s’ils travaillent actuellement à la neuvième édition de leur dictionnaire ils ont dépassé la lettre M. Immortels ou pas, ils n’auront donc pas à régler ce problème et lorsque leurs successeurs s’y attaqueront de l’eau aura coulé sous le pont de arts...

 

 


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  8 avril
2014 : Diva rouge 

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Je viens de passer un peu plus de quatre jours entre Angers, Ancenis et Liré, invité aux « journées de la langue française » dont le thème était « le français en chantant ». Entre les conférences et les tables rondes, il y avait quelques spectacles parmi lesquels celui d’Hélène Delavault, «Métamorphoses ». Vous connaissez ? Mezzo-soprano, elle a tout chanté ou presque. Carmen, dans une mise en scène de Peter Brook, Purcell, Schubert, Vivaldi, Mozart, Kurt Weill, Offenbach, ses notes de noblesses sont impressionnantes. Mais elle a aussi l’art de brouiller les cartes et s’amuse parfois à donner des spectacles plus « populaires », autour du tango par exemple ou encore, en 1989, autour des chansons révolutionnaires. Ce spectacle lui valut d’ailleurs l’honneur d’être attaquée par une bande de trublions des camelots du roi... Bref, samedi soir, elle présentait « Métamorphoses », un bouquet spirituel dans lequel La Veuve  de Jules Jouy (sans doute la première chanson contre la guillotine) voisinait avec la tirade de Phèdre chantée en boogie-woogie, A Saint Lazare d’Aristide Bruant et un incroyable texte de Théodore Botrel, l’auteur de La Paimpolaise, militant royaliste qui écrivit pendant la guerre de 14-18, sur l’air de Ma Tonkinoise, de Vincent Scotto, une ode à la mitrailleuse dont voici le refrain :

« Quand elle chante à sa manière, 
taratata, taratata, taratatère, 
Ah que son refrain m'enchante, 
C'est comme un zoiseau qui chante, 
Je l'appell' ma Glorieuse, 
Ma p'tit' Mimi, ma p'tit' Mimi, ma mitrailleuse, 
Rosalie m' fait les doux yeux 
Mais c'est ell' que j'aim' le mieux ».


Une délicieuse et spirituelle soirée comme on n’en vit guère. Le lendemain matin nous fûmes, elle et moi, intronisés dans la confrérie des compagnons vignerons Joachim du Bellay. Après avoir dû boire un redoutable élixir et en avoir dû deviner la composition (Cointreau, marc de Muscadet, sirop de canne et citron...), nous devions répondre « je m’y engage » à un certain nombre de propositions. En un coup d’oeil complice, nous avons décidé de nous amuser en répondant par des « nous nous y engageons » chantés. Ce ne fut pas, je le crains, la meilleure prestation d’Hélène Delavault (moi seul en suis responsable, bien sûr) mais l’ambiance était plaisante et le vin qui suivit agréable. Si vous voulez vous faire une idée de son talent, et si le disque est toujours disponible (il date de 1990), écoutez de cette « diva rouge » La républicaine. Plaisir garanti.

 

 

 


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  1er avril
2014 : Poisson d'avril  

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Pour une fois les socialistes ont fait preuve d’un certain sens de la communication. La nomination de Manuel Valls a été annoncée hier, le 31 mars, et la liste des nouveaux ministres sera rendue publique demain, 2 avril. Vous imaginez ce que l’on aurait dit si tout cela avait été bouclé aujourd’hui ? « Valls premier ministre ? C’est une blague ! ». Ou encore : « Ce n’est pas un gouvernement, c’est un poisson d’avril !» Nous avons échappé au pire... Ce qui n’est pas une blague, c’est que dans la liste des personnalités nées un premier avril, entre Vincent Bolloré, Otto Von Bismarck, Marcel Amont, Catherine Millet, la République Islamique d’Iran (eh oui, elle a été proclamée le 1er avril 1979, non, ce n’est pas une blague) oue le métro de Londres (inauguré le 1er avril 1889), on trouve Cécile Duflot. Oui, ce n’est pas un poisson d’avril. Ou c’en est un, comme vous voudrez.



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  30 mars 2014 : Lavilliers

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Allez, cela va me rajeunir, je vais aujourd’hui jouer au journaliste. Je connais Bernard Lavilliers depuis quarante ans, je l’ai d’abord vu se produire seul avec sa guitare, puis accompagné par le bassiste Beb Guerin, qui travaillait aussi avec Colette Magny, par le percussionniste Mino Cinelu, qui travailla ensuite avec Miles Davis, excusez du peu. Bernard faisait alors les petites scènes ou les fêtes politiques, puis il monta en puissance, se produisant au Théâtre de la ville, au Palais des Sports, au Zénith, au Grand Rex, au Théâtre du Chatelet, pour ne parler que des scènes parisiennes, travaillant chaque fois avec des musiciens de talent. J’ai vu le rock arriver dans son univers de musique tropicale, puis la salsa, le reggae. Je l’ai vu devenir une sorte de journaliste de terrain, partant sa guitare sous le bras  au Brésil ou au Cambodge, dans la vallée de la Fensch, à New York ou en Jamaïque, pour en revenir avec des musiques et des textes en forme de reportages poétiques et politiques. Je l’ai vu détourner des musiques comme on détourne un avion, nous emballer sur une samba pour finir dans un stade de Santiago du Chili, Victor Jarra dans le décor. J’ai, bien sûr, écouté tous ses disques, et je sais depuis longtemps que c’est une véritable bête de scène. Bref je croyais connaître mon Lavillo sur le bout des doigts.

Et puis, vendredi soir, je suis allé le voir à l’Olympia et j’ai été scotché. Jamais je n’ai assisté à un tel spectacle ! La chanson peut être, pour l’oreille, une chose simple, un texte, une mélodie, une voix, des harmonies. Elle peut aussi être une forme très complexe quand elle se donne non seulement à écouter mais aussi à voir, sur scène. Certains bien sûr s’y contentent d’une micro et d’un projecteur sans manquer d’efficacité : c’est ce qu’a fait Brassens tout au long de sa carrière, ce que faisait Lavilliers au début de la sienne. Mais on peut aussi prendre l’espace du théâtre comme un peintre une toile et dessiner dans le vide un univers qui parfois, redondante, traduit la chanson ou en souligne un aspect et parfois la complète. Ce spectacle de l’Olympia est une création à la fois visuelle et sonore qui laisse pantois. Accompagné par sept musiciens, dont il dit en riant qu’ils sortent du « Conservatoire Marginal Supérieur » mais qui surtout savent tout faire, jouer du saxo ou du violoncelle, de la batterie ou de la guitare, Bernard nous montre qu’il est au sommet de son art. Il est en tournée pour plusieurs mois, ne le ratez pas s’il se produit dans vos parages.

 


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  24 mars 2014 : De la servitude volontaire 

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Bon, les résultats du premier tour des élections municipales ne sont guère réjouissants, j’y reviendrai plus bas. Mais d’abord quelques questions. A Meaux, Jean-François Copé a été réélu au premier tour, tout comme Patrick Balkany à Levallois Perret. Balkany est au sens propre du terme un repris de justice, condamné, et qui risque de l’être encore puisqu’il traîne quelques casseroles. Copé, qui a déjà truqué s les élections internes à l’UMP,  pourrait être condamné pour l’affaire Bygmalion. Cela est de notoriété publique, les électeurs le savent. Et pourtant... Et pourtant ils votent en masse pour des hommes politiques à la moralité douteuse. C’est à n’y rien comprendre. L’idéologie passerait-elle avant la morale ? Et faut-il considérer les électeurs de Balkany et Copé comme complices de leurs élus ? C’est ça, il faudrait inventer une nouvelle notion, celle de complicité par sympathie, ou par empathie. Leurs élus sont pourris, ils le savent, certains ont déjà été condamnés mais qu’importe, ils votent pour eux. Nous appellerons cela, faute de mieux, le syndrome de Levallois-Perret, comme il y a un syndrome de Stockholm, expression créée par le psychiatre Nils Bejerot pour désigner ces otages qui développent une empathie envers leurs geôliers. Mais Etienne de la Boétie appelait déjà cela, en 1549, la servitude volontaire.

Autre question. Marine Le Pen a  plusieurs fois menacé de procès ceux qui traitaient le Front National d’extrême droite. Or hier soir, sur la deuxième chaîne de télévision, elle a parlé plusieurs fois de « la gauche et la droite », pour les fustiger bien sûr. « La gauche et la droite » remplaçait dans son discours la classique expression UMPS, pour UMP et PS. Mais si la gauche et la droite sont ses ennemis, où se situe-t-elle ? A l’extrême gauche ?

Mais revenons à ce qui s’est passé hier dans les urnes. On le sait, le premier scrutin après l’ élection d’un président de la république est en général ravageur pour la majorité et nous avions assisté, lors des municipales de 2008, à une « vague rose ». Nous aurions donc un retour de balancier, vers une « vague bleue ». Les analystes disent tous la même chose : l’abstention a nui à la gauche. Et l’on peut comprendre que certains déçus du pouvoir en place ne se soient pas déplacés. Très bien, message reçu. A une certaine époque de ma vie, j’ai prôné l’abstention. Et puis, après avoir fréquenté bien des pays, en particulier africains, dans lesquels le peuple rêvait d’élections libres, je me suis rendu compte que l’abstention était un luxe de riches. Alors, dimanche prochain, tous aux urnes. Histoire de voir si, face à cette « vague bleue », il est possible de construire une « digue rose ». Sauf si l’électorat de gauche voulait, lui aussi, se soumettre à une forme de servitude volontaire.

 

 

 

 


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  23 mars 2014:  Retour  

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Je rentre donc d’une tournée de conférences aux Pays-Bas et en Islande. Amsterdam est une ville reposante. Des canaux, des vélos, du haschich, atmosphère presque lénifiante mais pas désagréable pour autant. Au musée Van Gogh, une exposition-démonstration, sans qu’ils l’aient voulu peut-être. Des dizaines de toiles présentées par ordre chronologique, une progression vers... Vers quoi ?  Le peintre est mort à 37 ans, s’est suicidé pour être plus précis. Et en regardant ses toiles dans la continuité on est frappé par une longue noirceur, dont une toile célèbre, Les mangeurs de pommes de terre, est caractéristique, noirceur soudain explosée par la découverte du sud, du soleil. Toutes les toiles de Van Gogh médiatisées, connues de tous, ont été peintes deux ou trois ans avant sa mort. Et puis, sortant d’un musée voisin, le Rijksmuseum, je tombe sur une manifestation. Ah bon, Amsterdam n’est pas si tranquille que ça ? Il s’agit de Turcs, qui protestent contre la mort d’un gamin de 14 ans, frappé par la police en juin dernier alors qu’il allait acheter du pain. Je vous ai parlé ici de la Turquie il y a presque trois mois, de la corruption, et les évènements récents nous montrent que l’islamiste soi-disant modéré Erdogan est en train de virer au totalitarisme. Je prends un tract et je lis : « Wees bewust van het politiegweld in Turkije ». Traduction : « Soyez conscients de la violence policière en Turquie ». Qu’on se le dise !

Et puis, après un passage par Groningen, encore une conférence, je pars vers Reykjavik. Vue d’avion, l’Islande m’apparaît comme une immense banquise et, lorsque l’appareil descend, j’aperçois des lignes noirâtres, les routes, ou du moins celles qui sont dégagées de la neige. Il fait froid, très froid, mais j’aperçois par le hublot, avant de quitter la cabine, les employés de l’aéroport qui, en attendant de débarquer les bagages, font une bataille de boules de neige, comme de grands enfants qui ne sont pas blasés face aux conditions météorologiques. A propos de froid, les thermomètres qui annoncent la température sont d’une grande précision (1,3°, -2,5°, etc.,) là où nous sommes plutôt habitués à des chiffres sans décimale : on mesure avec soin ce qui a de l’importance.

Les professeurs sont ici en grève depuis une semaine, et semblent décider à continuer jusqu’à l’obtention de l’augmentation de salaire qu’ils réclament. Contrairement à la France, où l’on négocie toujours le paiement ou non des jours de grève, le profs ne touchent pas ici leur salaire, et leur syndicat leur en verse environ la moitié. Faire la grève en réduisant ses revenus de 50%, il fallait le souligner. Mais l’Islande c’est aussi, peut-être surtout, Vigdis Finnbogadottir, que tout le monde ici appelle par son prénom, Vigdis. C’est une délicieuse dame pleine de malice qui a été élue quatre foisprésidente de la république et a quitté les affaires il y a une quinzaine d’année. Je l’avais déjà rencontrée, à Paris, il y a cinq ou six ans, et elle m’avaitprésenté son projet de centre international pour le plurilinguisme et l’entente interculturelle. Depuis lors les choses ont évoluées, un grand bâtiment va êtreconstruit, ses collaboratrices m’ont exposé l’état du dossier mais, alors que nous sommes assis l’un en face de l’autre à un banquet elle me parle surtoutd’une petit ville d’Islande dans laquelle il y a un musée de la poésie. C’est un particulier qui a pris cette initiative, collant sur les murs des photos depoètes et leurs textes. Je lui décris le musée de la langue brésilienne, à São Paulo, nous parlons de chose peut-être légères aux yeux de certains maisprofondes aux miens et lorsque nous nous quittons elle me claque deux grosses bises. Bref, je suis presque tombé amoureux d’une vieille dame.

Mais ce qui m’a le plus frappé dans ce pays tout proche du Groenland, c’est sa toponymie, qui plus que n’importe quel livre de géographie nous dit tout de l’île. Reykjavik, Bolungarvik, Holmavik, Grindavik, Husavik, etc., les noms des villes se terminant par vik sont nombreux. Il en va de même pour ceux qui se terminent par fjördur :SeydisfjördurVopnafjördur, Siglufjördur, Taknafjördur, Isafjördur, etc.. Or vik signfie « baie » et fjördur, vous l’aurez peut-être compris, « fjord ». Ajoutons à cela que si nous quittons des yeux les côtes pour jeter un coup d’œil sur l’intérieur, nous voyons des Myrdalsjökull, Vatnajökull, Langjökull, etc…  jökull signifiant « glacier ». Une leçon de choses ! Jamais je n’ai vu une toponymie aussi parlante. Mais je me vois dans l’obligation d’ajouter que j’ai rarement eu aussi froid, même si j’ai pu nager dans une eau brûlante directement issue du magma volcanique.

 

 

 

 

 

 

 


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  14 mars 2014: Blasphèmes

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Dans ses promesses de campagne Hollande avait indiqué qu’il voulait introduire la laïcité dans l’article 1 de la Constitution, avec cependant un petit bémol : il ne voulait rien changer au Concordat concernant l’Alsace et la Moselle. On ne peut pas avoir tous les courages. Dans ces contrées, donc, non seulement le clergé catholique, luthérien, réformé et israélite est payé par l’Etat (j’ai appris l’an dernier en Moselle qu’un évêque avait le même salaire qu’un inspecteur d’Académie), mais encore la religion est enseignée à l’école. C’est beaucoup, c’est trop, mais ce n’est pas tout. En effet, dans le droit local alsacien et mosellan (oui, ça existe) le blasphème est un délit, c’est inscrit dans la loi Et se tient actuellement au tribunal correctionnel de Strasbourg un procès pour blasphème, justement, contre le journal Charlie hebdo. Bordel de Dieu ! On se croirait au moyen-âge. Amis alsaciens et mosellans, descendez dans la rue et criez votre indignation. Comment ? Vous avez plusieurs possibilités. La version adoucie tout d’abord : morbleu, sacrebleu, tudieu... La version des francophones canadiens : chrisse, tabarnak, ostie. Et enfin la version « normale », saine : merde à Dieu par exemple, mais il y en a bien d’autres et je fais confiance à votre imagination.

Bon, je pars travailler aux Pays-Bas et en Islande. Putain de dieu, il va faire froid. A bientôt.

 

 

 


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  12 mars 2014: Questions

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La droite française a donc vécu quelques jours destructeurs. D’abord c’est Copé, soupçonné d’avoir volé son parti en laissant certains de ses amis surfacturer leurs prestations à l’UMP. Puis c’est Buisson, l’ex conseiller de l’ex président, qui aurait pendant des années enregistrer des heures et de heures de réunions entre Sarkozy et ses proches. Et enfin c’est Sarkozy lui-même, tellement soupçonné d’avoir reçu de l’argent libyen pour  sa campagne de 2007 que des juges d’instruction l’ont mis sur écoute depuis près d’un an. Bien sûr, la droite contre-attaque, hurle au scandale, à une société non démocratique, exige de savoir si les ministres, le premier d’entre eux et enfin le président étaient au courant et depuis quand et jusqu’où, crient au complot, à la manœuvre à dix jours des élections municipales, etc. etc. C’est de bonne guerre, classique, attendu : déplacer le terrain du débat, ou faire regarder ailleurs, poser question sur question pour ne pas avoir à répondre à celles qu’on leur pose. Et puisque la mode est donc aux questions,  j’en ai pour ma part une à poser, ou plutôt deux.

Ma première question est toute simple, même si la réponse est peut-être difficile à obtenir : comment Sarkozy savait-il qu’il était écouté ? Il le savait, bien sûr, puisqu’il a pris un autre téléphone portable, sous pseudonyme et avec un numéro secret. Donc quelqu’un lui a dit qu’il avait été mis sur écoute, quelqu’un c’est-à-dire soit le juge ayant pris cette décision, ce qui est peu probable, soit les policiers chargés de l’écouter ou l’un de leurs supérieurs, ce qui est plus plausible. Dès lors, naïvement, je m’étonne : comment cette droite éprise de légalité ne proteste-t-elle pas contre la probable trahison d’un policier de rang subalterne ou supérieur ? Entre nous, si j’étais chargé de défendre Sarkozy je répondrais que personne ne l’a prévenu mais qu’il a une grande intuition et que sachant que le pouvoir socialiste bafouait les libertés élémentaires il s’était dit qu’il risquait d’être écouté. Soyons magnanime : pourquoi pas ?

Mais alors apparaît une deuxième question. Admettons que Sarkozy ait deviné ou soupçonné qu’il était écouté. Mais s’il s’est senti obligé d’adopter une technique utilisée par tous les truands, technique que j’ai décrite plus haut (faux nom, numéro secret…), ne serait-ce pas qu’il a des choses à cacher ? D'où une troisième question: que donc a-t-il à cacher? Et toutes ces questions me font penser à une ballade de François Villon, Question au clerc du guichet, également connue sous le nom de Ballade de l’appel, dont l’envoi se termine ainsi : « Etoit-il lors temps de moi taire ? ». Cette dernière question, la droite pourrait peut-être se la poser.

 


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  10 mars 2014: Lectures

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Cette semaine sort ma nouvelle biographie de Georges Moustaki, que j’ai écrite à la fois comme un devoir de mémoire et comme un devoir de fraternité. C’est aux éditions de l’Archipel et vous le trouverez aisément dans toutes les librairies.

En revanche, il vous sera malaisé de trouver une autre publication, que je vous signale pour le principe. En avril 2012 se tenait à l’université de la Manouba, à Tunis, un colloque sur le thème Quand les mots se révoltent. J’y avais fait une conférence, « Le langage au filtre des slogans », portant essentiellement sur les slogans (en arabe) de la « révolution » égyptienne. Les actes du colloque viennent d’être édité en Tunisie, sous le titre Quand les mots se révoltent, chez Sud Editions. Outre mon texte, vous y trouverez des interventions remarques, comme celles de Zilabidine  Ben Aïssa (Révolte ou révolution), de Samir Marzouki  (René Char, « la violence taillée de sa parole) ou d’Afifa Chaouchi-Marzouki (L’oeil du frère  de Rafik ben Salah : violence verbale et mise au pas). Bonnes lectures, si vous parvenez à vous procurer les deux livres.




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  9 mars 2014: La place Place

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On parle beaucoup, depuis quelques semaines, de la  place Maïdan, à Kiev, que la presse traduit le plus souvent par « place de l’indépendance », et l’on entend ou lit souvent tout simplement « Maïdan », comme on dit « la Concorde » pour la place de la Concorde, ou « la Bastille » pour la place de la Bastille. Mais il y a un petit problème. Lorsque j’ai pour la première fois entendu ce mot, j’ai immédiatement pensé à l’arabe, du moins à l’arabe égyptien, où « place » se dit midan. Midan, maïdan, les mots sont en effet assez proches, même si ces rapprochements phonétiques sont parfois trompeurs. Notons tout d’abord qu’il n’y a pas que l’ukrainien à appeler la place maïdan : il en va de même en polonais, en arménien, en géorgien, mais le mot ne semble pas d’origine slave. Un peu intrigué, j’ai appelé au secours « ma référence » en matière d’arabe, mon ami Pierre Larcher, qui m’a confirmé que midan voulait bien dire « place », mais uniquement en Egypte. Partout ailleurs midan signifie « hippodrome ». Il y a ainsi à Damas un quartier au sud de la vieille ville qui s’appelle midan, le quartier de l’hippodrome. Un hippodrome étant en général plat et de grandes dimensions, on voit bien comment a pu se produire, en arabe égyptien, ce glissement de sens. Et les pays concernés, Ukraine, Arménie, Géorgie, ayant été en contact avec, voire occupés par, des puissances musulmanes, mongoles ou ottomanes, on voit également comment ce mot a pu être emprunté à l’arabe, sans doute par l’intermédiaire du turc.

Donc, dans l’expression ukrainienne Maïdan Nézalejnosti, c’est Nézalejnosti qui signifie « indépendance », tandis que maïdan veut dire « place ». Parler de la « place Maïdan » revient donc à parler de la « place Place », ce qui est légèrement redoncant...

 

 


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7 mars 2014: Appeler une chatte une chatte

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Mon petit fils était chez moi dimanche dernier et voulait absolument voir un match entre l'Olympique de Marseille et le Paris-Saint-Gremain. N’étant pas spécialement intéressé par le foot je l’avais mis dans une chambre munie d’une télé et j’étais resté dans mon salon à regarder un film. Au bout d’une heure il arrive, l’air énervé, m’explique que c’est la mi-temps, que le score est de zéro-zéro et ajoute : « ces Marseillais, ils ont une chatte comme ça » (il a le mauvais goût d’être supporter du PSG), ajoutant qu’ils auraient dû prendre deux ou trois buts sauvés in extremis.

« Une chatte comme ça » : c’était la première fois que j’entendais cette expression, comprise sans problème pour les raisons que nous allons voir. Il voulait dire, bien sûr, que les Marseillais avaient de la chance. Mais pourquoi « une chatte » ? Il y a longtemps qu’en argot la chance est désignée par des synonymes de l’anus : on a du bol, du cul, du fion, de l’oignon, etc. Ces expressions pleine de poésie remontent à une image à partir de laquelle s’est construite une matrice sémantique pouvant produire à la chaîne des choses comme  quel bol ! manque de cul ! pas de fion !, etc. Mais pourquoi donc l’anus est-il synonyme de la chance. Un fin connaisseur de l’argot, Albert Simonin, avait proposé en 1959 dans son Petit Simonin illustré  cette explication :

« Peut-être s’agit-il, dans des expressions vidées de leur contenu originel par un emploi trop courant, d’une inconsciente allusion aux réussites exemplaires, notoire à une époque, d’adolescents liés à des personnages puissants de la pègre par d’anormales amours de jeunesse ».

En d’autres termes, les jeunes truands montant trop vite dans la hiérarchie devaient leur succès au fait qu’ils couchaient avec un caïd, qu’ils donnaient leur cul (ou leur bol, ou leur fion...) et avaient donc du cul (ou du bol, ou du fion...). On voit clairement le propos homophobe (mais on se préoccupait peu à l’époque du politiquement correct) : celui qui avait trop de chance était « une fiotte » ou « un pédé ». Mais mon petit fils a parlé de chatte et c’est là qu’il y a une nouveauté, du moins pour moi. Il y a longtemps que le chat, la chatte ou la minette désignent le sexe féminin, la vulve, et que ces termes se prêtent à des jeux de mots, des équivoques volontaires. « J’appelle un chat un chat et  Rollet un fripon » écrivait Boileau, et une expression ancienne dit « il entend chat sans qu’on dise minon », pour « il comprend à demi-mot », avec sans doute dans tout cela une référence à la forme du chas de l’aiguille. Mais avoir une chatte comme ça semble témoigner d’un changement de cible : ce ne sont plus les homosexuels qui seraient visés, mais les femmes, soupçonnées lorsqu’elles ont une réussite rapide de coucher. A la veille de la journée de la femme, il fallait que ce machisme juvénile soit souligné, histoire d’appeler une chatte une chatte.

 

 

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fleche4mars   2014 : Un peu de tout, mais surtout Resnais...

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J’écrivais ici il y a quelques jours que plus Jean-François Copé prenait la parole et plus il se ridiculisait, et qu’il fallait l’encourager dans cette voie. Eh bien, il m’a écouté ! Accusé par l’hebdomadaire Le Point  d’avoir favorisé une société amie qui aurait surfacturé ses prestations pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy et avoir ainsi contribué au trou abyssal dans les finances de l’UMP, il a imaginé hier une curieuse riposte. Convoquant hier la presse au siège de son parti pour une « déclaration solennelle », ce qui était une façon de ne pas répondre aux questions des journalistes, il s’est lancé dans un discours paranoïaque, parlant d’attaques ignobles, d’inquisition, alors que beaucoup pensaient qu’il allait annoncer sa démission. Surtout, il a annoncé que les comptes de l’UMP seraient mis dans une pièce scellée devant huissier et qu’ils seraient rendus publics lorsque tous les partis et tous les organes de presse pratiqueraient la même transparence. Petit rappel : Copé a voté contre une loi socialiste sur la transparence il y a quelques mois. Résultats, même Le Figaro se moque de lui. Encore ! Encore ! Encore !

Un autre qui a tendance à se ridiculiser chaque fois qu’il parle, c’est Jean-Luc Mélenchon. Désemparé par sa chute prévisible, il tente de faire feu de tous bois pour rester sur le devant de la scène. Il vient ainsi de déclarer, à propos de ce qui se passe en Ukraine, dont tout le monde parle en ce moment :

"Les ports de Crimée sont vitaux pour la sécurité de la Russie, il est absolument prévisible que les Russes ne se laisseront pas faire, ils sont en train de prendre des mesures de protection contre un pouvoir putschiste aventurier, dans lequel les néonazis ont une influence tout à fait détestable"

« Un pouvoir putschiste aventurier » ! Le moins qu’on puisse dire est que Mélenchon, en volant au secours de Poutine, prend une position originale.

Mais ce qui a le plus marqué ce dernier week-end est la mort d’Alain Resnais. En 1959, je vivais encore en Tunisie et ma mère me donnait chaque semaine un peu d’argent de poche qui me permettait d’acheter un paquet de tabac à pipe et une place de cinéma. Il y avait, dans ma petite ville, quatre salles de ciné qui passaient chacune deux films par semaine, et j’avais donc le choix mais j’allais surtout voir des westerns et, parfois, des films égyptiens dans lesquels chantaient Farid el Atrache ou Oum Khalthoum (je sais, il est probable que ces noms ne diront rien à la majorité d’entre vous). Et puis, un dimanche, je suis allé voir Hiroshima mon amour, le premier film de Resnais. J’en suis resté, pardonnez-moi l’expression, sur le cul. Je n’étais pas sûr d’avoir compris, ou plus certainement j’étais sûr de n’avoir rien compris, mais j’étais fasciné, me rendant vaguement compte qu’il pouvait exister autre chose que le cinéma populaire auquel j’étais accoutumé. Ensuite, rentré en France, je n’ai raté aucun de ses films, tout en allant voir dans les cinémas d’art et d’essai ou à la cinémathèque, ses courts métrages qui avaient précédé Hiroshima mon amour, Toute la mémoire du monde, Nuit et brouillard, Guernica, Van Gogh, Les statues meurent aussi et quelques autres encore. Plus récemment, On connaît la chanson m’avait ravi, au point que j’ai consacré à ce film un chapitre dans mon dernier bouquin sur la chanson. Je suis particulièrement incompétent pour parler de cinéma, j’aime ou n’aime pas à l’intuition, mais j’ai toujours adoré les films de Resnais et, dans la dernière partie de son oeuvre, j’ai été particulièrement frappé par son humour, comme si l’on devinait son sourire derrière chaque image. C’est un gamin de 91 ans qui vient de nous quitter.

 

 


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fleche26 février  2014 : Révélateur et échiquier

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L’affaire de l’aéroport de Notre-Dame des Landes fonctionne comme un révélateur, au sens photographique du terme (je sais, ma métaphore est veillotte, à l’heure de la photo numérique plus personne ne sait à quoi servait un révélateur, mais qu’importe...), un révélateur donc qui fait apparaître au moins quatre images différentes.

Le premier ministre d’une part, qui est à l’origine de ce projet contesté mais que toutes les instances démocratiques ont jusqu’ici validé. Cette image est là, quelque part, mais reste en retrait, n’entre pas pour l’instant dans la partie qui se joue sur le terrain.

Le deuxième image est celle de Mélenchon, qui attise les braises, jette de l’huile sur le feu. Lui il est sur le terrain, enfin dans les manifestations, et tient à ce qu’on le sache. Je suppose qu’il se fout de l’écologie comme de sa première diatribe, mais il ne laisse pas passer une occasion d’appuyer là où çà fait mal dans la majorité pour essayer d’attirer à lui les écolos, de faire contrepoids à la gauche du PS.

La troisième image, la plus « mystérieuse », est celle des « black blocs », ces casseurs vêtus de noir et cagoulés, que la presse et le ministre de l’intérieur classe dans l’ultra gauche. Eux occupent réellement le terrain, vivent sur ce qu’ils  ont baptisé la ZAD, en modifiant le sens du sigle. Une Zone d’Aménagement Différé est en droit français un morceau de territoire sur laquelle l’administration dispose d’un droit de préemption sur les ventes, elle est devenue ici pour les black blocs une Zone A Défendre. Qui sont-ils ? Je n’en sais rien, une nébuleuse qui s’agrège chaque fois qu’il y a quelque chose à casser, comme à Seattle en 1999, lors du sommet de l’organisation Mondiale du Commerce, ou en 2009 lors du sommet de l’OTAN à Kehl et Strasbourg. En bonne logique, lorsque les derniers recours juridiques seront épuisés, ils devraient être expulsés manu militari, mais il risque d’y avoir du sang, ou disparaître avant l’assaut final.

Et puis, dernière image, les écologistes. En termes de stratégie politique, leur poids est relativement lèger. Ils n’ont guère dépassé les 2% à l’élection présidentielle et on ne les entend pas beaucoup sur les sujets concernant réellement la population, comme les algues vertes, les engrais, la pollution de la nappe phréatique...  Mais ils semblent privilégier des combats qui constituent une ligne rouge, un point d’équilibre, au sein du gouvernement. Car leur problème est là : le gouvernement et l’alliance avec les socialistes. Ils ne doivent pas vraiment les postes qu’ils occupent, députés, sénateurs, ministres, à leur force électorale mais à la mansuétude de cet allié. Et ils veulent à la fois les conserver et trouver une justification à cet acquit : un combat sur une usine nucléaire par ci, un combat sur un aéroport par là. Mais l’écologie ne semble plus être leur priorité : eux qui voulaient faire de la politique autrement sont devenu une caricature de parti politique. L’inénarrable Jean-Vincent Placé a déclaré un jour qu’il aimerait bien être ministre de la défense ( !), oui, de la défense tout court, pas de la défense de l’environnement, et Cécile Duflot semble rêver d’être candidate à la prochaine présidentielle. Non pas pour être élue, bien sûr, mais pour pouvoir ensuite négocier encore des postes.

Notre-Dame des Landes est donc une sorte d’échiquier, le lieu d’une partie qui va être intéressante à observer. Je ne sais pas si cet aéroport sera finalement construit, et je m’en fous un peu. Mais chacun y déplace ses pièces en fonction de sa propre stratégie. Les casseurs veulent casser (ou se faire casser), Mélenchon veut récupérer les Verts (mais il ne pourra les récupérer que s’ils ont perdu la partie et sont éjectés du gouvernement), les Verts veulent exister en faisant croire que l’écologie est leur première préoccupation, et le premier ministre veut rester maître de son pré carré.

La suite au prochain mouvement de pièce.

 

 

 


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fleche23 février  2014 : Une autre! Une autre! Une autre!

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Une autre ! Une autre ! Une autre !.... C’est ainsi que les spectateurs demandent à la fin d’un concert à leur vedette préférée une chanson de plus. Une autre ! Une autre ! Une autre ! a-t-on envie de crier à l’endroit du comique Jean-François Copé. Du pain au chocolat que des méchants musulmans avaient enlevé à un gentil non musulman en période de ramadan, à l’histoire de Tous à poil !, livre jusque là inconnu et qui, grâce à ses diatribes, se vend maintenant comme des petits pains (au chocolat ?), chaque fois qu’il prend la parole, Copé fait rire. C’est à se demander s’il n’a pas raté sa vocation, s’il ne devrait pas aller prendre des leçons chez Dieudonné Mbala Mbala par exemple. Dans le Canard Enchaîné de cette semaine on voit Copé tenant à la main une livre, « Arithmétique élémentaire » et lançant « J’ai trouvé là-dedans le nombre 69 c’est scandaleux ! ». Bien vu : plus il parle plus il se ridiculise. Et l’on a donc envie de crier Une autre ! Une autre ! Une autre !.... Mais il y a, bien sûr, un ennui : on dit en français que le ridicule ne tue plus.

Une autre ! Une autre ! Une autre ! Entendue sur Canal + cette phrase, qui ne semblait pas se vouloir ironique : « Le président algérien Bouteflika est vivant puisqu’il est candidat à sa réélection ».

Une autre ! Une autre ! Une autre !  Entendu dans mon bistrot du matin : « Hollande j’en veux plus, même le fromage ».


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fleche19 février  2014 : Win-win

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Il y a en France un principe politiquement correct qui s’apparente tout à la fois à la stupidité et à politique de l’autruche : les statistiques « ethniques » sont interdites, il n’y a donc pas de données concernant les immigrés et leurs enfants, en particulier pour leur intégration scolaire. Nous savons des choses, par recoupement, par ouï-dire, par expérience directe, mais il nous est difficile de nous appuyer sur des chiffres. Or l’INED a pu mener une vaste étude dont il ressort des choses que nous supposions depuis des années et dont la vérification est fondamentale pour élaborer une politique scolaire. Par exemple que 8% des enfants français dans leur ensemble quittent l’enseignement sans diplôme, alors que ce pourcentage monte à 13% chez les enfants français issus de l’immigration. Ou encore que les enfants d’immigrés du sud-est asiatique sont meilleurs à l’école que la moyenne des enfants français. A la sortie du collège, 44% des élèves pris globalement vont vers des filières générales, mais ce pourcentage monte à 61% pour eux. Or la situation de ces deux groupes est très différente. L’immigration africaine par exemple est essentiellement économique, les gens qui en proviennent sont peu formés, souvent analphabètes, tandis que l’immigration asiatique est sociologiquement et économiquement plus variée. Il en résulte bien sûr que les enfants des deux groupes n’ont pas le même profil, pas les mêmes conditions économiques et, nous l’avons vu, pas les mêmes résultats scolaires. Et c’est là qu’il nous faudrait aller plus loin dans l’analyse. J’ai le sentiment, enfin un peu plus qu’un sentiment, que les enfants d’Asiatiques sont plus à l’aise dans leur culture d’origine que les enfants de Maghrébins ou d’ Africains, et que cela détermine leur parcours scolaire. Un petit « chinois » non seulement parle chinois mais encore apprend le plus souvent à le lire et à l’écrire alors que dans leur majorité les petits « maghrébins » ne lisent pas l’arabe. Mal à l’aise dans leur culture d’origine ils sont mal à l’aise face à la culture du pays d’accueil et valoriser leur langue par exemple favoriserait sans doute leur scolarisation. Il semblerait que le gouvernement songe à enseigner plus le mandarin et l’arabe, ce qui serait enfin une politique intelligente, à condition bien sûr de ne pas limiter cet enseignement aux enfants d’immigrés. Après tout, l’arabe et le chinois ne sont pas de langues de second ordre, et tous les petits français pourraient les étudier avec profit, à côté de l’anglais ou de l’espagnol. Ce serait en quelque sorte une opération gagnant-gagnant, ou win-win, du type « j’apprends ta langue, tu apprends la mienne ».


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fleche18 février  2014 : Radio Zemmour ment, accent beurs et accent de Montebourg...

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J’ai eu, pendant toute une semaine, des problèmes informatiques qui viennent tout juste d’être réglés (merci Michel). Pendant ce laps de temps, bien sûr, le monde a continué de tourner, et en regardant mes notes je me rends compte que bien des évènements n’ont vécu que l’espace d’une journée. Si nous exceptons les jeux olympiques d’hiver, dont on nous rebat les oreilles, il me reste cependant deux choses sur lesquelles je voudrais revenir. Et tout d’abord Eric Zemmour. Je ne sais pas s’il a une carte de presse, mais il intervient dans plusieurs media, presse papier ou audio-visuelle, et on pourrait attendre de lui qu’il vérifie ses sources, comme tout journaliste ou assimilé. Or il en est loin. A la télévision, il y a une bonne dizaine de jours, il a lancé une bombe. On fait passer dans les écoles, déclarait-il, un questionnaire demandant aux enfants quelles sont leurs préférences sexuelles, s’ils préfèrent le sexe anal, buccal, vaginal, etc. Et il ajoutait : « J’ai les preuves ! ». Ses preuves ? Ce questionnaire se trouve sur un site de l’éducation nationale, Ligne azur. Du coup le site en question est attaqué par des hackers de tous genres, obligé de fermer, du moins momentanément. Parvenus à ce point, les parents d’élèves peuvent légitimement s’inquiéter. Comment peut-on poser de telles questions à nos chères têtes blondes ? L’ennui est que Zemmour a tout faux. Ligne azur  est en effet un dispositif  de soutien aux jeunes se posant des questions sur leur identité sexuelle, aux victimes du sida et de l’hépatite, par le biais d’une permanence téléphonique et d’un site internet, le tout soutenu par l’éducation national. Mais Ligne azur n’a aucun rapport avec l’école et le contenu de l’enseignement, et il est facile de le vérifier : il suffit d’aller voir. L’ennui est que Zemmour manque de sérieux, ou d’honnêteté, et qu’il a sans doute trouvé cette « information » sur le site d’Egalité et réconciliation. Qu’est-ce ? Une association politique fondée par Alain Soral, le maître à penser de Dieudonné, qui est successivement passé par le parti communiste et par le front national avant de prendre son envol, tout seul. Un texte publié sur le site ligne azur a donc été interprété de façon mensongère par le site égalité et réconciliation sur lequel Zemmour a trouvé son « information ». Ca, c’est du journalisme. Reprenant un mensonge, Zemmour sait-il qu’il ment ? Sans doute. Ou alors, le mensonge qu’il reprend servant son idéologie, il n’a pas pris la peine de vérifier, ce qui revient au même. Pendant la dernière guerre mondiale, sur radio Londres, dans une émission destinée à la France, Pierre Dac chantait chaque jour, sur l’air de La Cucaracha, « Radio Paris ment, radio Paris ment, radio Paris est allemand ». Ici c’est « radio Soral » qui ment, mensonge repris par « radio Zemmour » qui ment donc à son tour, et il faudrait dorénavant, chaque fois que Zemmour prend la parole, entonner en choeur : « Radio Zemmour ment, radio Zemmour ment ». Ou, plus simplement, changer de chaîne.

Autre chose, qui n’a rien à voir. J’ai déjà fait allusion à une liste de diffusion de sociolinguistes francophones sur laquelle je n’interviens plus mais que je lis. Régulièrement on s’y jette sur un évènement pour s’en gausser ou s’en offusquer. Le dernier en date est une intervention d’Alain Finkielkraut qui, invité par l’UMP, a déploré que « nombre de beurs ont un accent qui n’est plus français. Ils sont nés en France, pourquoi ont-ils un accent, pourquoi leurs enfants ont-ils un accent ? » Et mes confrères de s’irriter, de s’élever contre cette déclaration.  Je n’ai pas l’intention de tirer sur une ambulance. Tout d’abord ce pauvre Finkielkraut devrait éviter les caméras car sa gestuelle, ses tics et ses mimiques le desservent et ridiculisent son propos. Mais qu’importe, puisque son propos est souvent ridicule avant même d’être télévisé. Mais en l’occurrence j’ai le sentiment qu’il n’est pas jugé pour ce qu’il dit mais tout simplement parce que c’est lui qui le dit. Dès qu’il l’ouvre la bouche, et, encore une fois, je trouve qu’il ferait parfois mieux de se taire, dès qu’il ouvre la bouche donc on se rit de lui, on considère qu’il a tort. Or qu’a-t-il dit ? Qu’il y avait un accent beur, et qu’il était étrange que des enfants nés en France aient un tel accent, ajoutant que ses parents avaient un très fort accent alors que lui, né en France, ne l’avait pas. Une partie de sa question, « pourquoi ont-ils un accent ? » est ridicule aux oreilles du linguistes, puisque nous avons tous un accent, parisien comme marseillais, corses ou strasbourgeois. Léo Ferré, dans sa Préface, avait cette formule : « n’oubliez jamais que ce qu’il y a d’encombrant dans la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres ». De la même façon, lorsqu’on parle d’accent, c’est toujours de l’accent des autres. Finkielkraut, quoiqu’il en pense, a un accent, comme vous et moi. Mais ces accents sont soit régionaux (accent basque, parisien, marseillais...) soit sociaux (accent « snob », « populaire »...). Or ce que pointe Finkielkraut, sans le percevoir, c’est ce qui pourrait bien être un accent communautaire. La question n’est pas en effet « pourquoi ont-ils un accent ? », puisque, je l’ai dit, nous en avons tous un, mais « pourquoi ont-ils cet accent ? ». Pour être plus précis, et pour élargir le débat : le français que parlent un certain nombre de jeunes, caractérisé non seulement par un accent mais aussi par une syntaxe et un lexique, a-t-il un avenir, va-t-il être transmis ? Les gens qui le parlent sont-ils « bilingues », peuvent-ils parler d’une autre façon si la situation l’exige ? N’est-il qu’un mode d’affichage ou préfigure-t-il une fracture linguistique ? Toutes ces questions, que je livre ici en vrac, me paraissent être de la plus grande importance, et il est ridicule de les évacuer parce que Finkielkraut en a parlé...

Allez, pour finir, évoquons un autre « accent, celui du ministre Montebourg qui, régulièrement, parle de la presse people en prononçant quelque chose comme péaupleu. Peut-il considère-t-il la langue française comme une entreprise, qu’en tant que ministre du redressement productif il aurait la charge de sauvegarder.  Mais alors il devrait se radicaliser en parlant par exemple de fouteuballe ou de parkinje, ou plutôt se rapprocher de gens compétents en politique linguistique. Non, pas moi, Arnaud, je n’ai pas le temps...

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fleche5 février  2014 : Libertés...

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J’ai reçu en réaction à mon billet d’hier le suivant d’Absuger :

« Il est sûr que le gros des bataillons des Manifs pour tous est fourni par les "cathos" (il n'y a qu'à voir leurs têtes!). Ces gens se présentent comme défenseurs des libertés, ce qui est cocasse puisqu'ils manifestent contre des libertés. Et puis  l'église catholique ne s'est pas particulièrement illustrée dans le passé, pour son attachement aux libertés : Inquisition, guerres de religion, franquisme et bien d'autres.  Mais ces gens tantôt par mauvaise foi, tantôt dans leur béatitude n'y voient rien de scandaleux ».

Je voudrais en profiter pour poursuivre la réflexion sur la notion de libertés. Je suis en effet frappé par une chose toute simple :  du divorce au mariage pour tous en passant par l’IVG ou la contraception les mesures que j’évoquais hier n’ont privé  personne mais, au contraire, ont donné à certains des droits qu’ils n’avaient pas sans pour autant en enlever aux autres. Pourquoi, dès lors, s’y opposer ? La liberté n’a rien à faire ici. Il s’agit simplement de vouloir interdire ce qu’une religion n’accepte pas au nom de principes idéologiques que l’on cherche donc à imposer à tous : le contraire de la liberté, en somme, mais plutôt un embryon de totalitarisme. Et ceci n’est pas spécialement propre aux catholiques, même s’ils se sont particulièrement illustrés en la matière. Lorsqu’en Mauritanie par exemple il est impossible de trouver de l’alcool, une religion impose à des étrangers un précepte de l’islam qui ne les concerne pas. Allons plus loin : pourquoi d’ailleurs vouloir l’imposer également aux habitants du pays ? L’idée qu’un ressortissant d’un pays musulman doive nécessairement être musulman est également totalitaire. Et la Tunisie vient sur ce point, en supprimant le crime d’apostasie, d’ouvrir une énorme brèche. Quoi qu’il en soit, le gouvernement, en cédant à ces ennemis des libertés, vient de donner un triste exemple d’absence de courage politique dans un pays supposé laïque et qui a en outre porté des socialistes au pouvoir. On me dira tout ce qu’on voudra sur la paix sociale, la concorde, la volonté de ne heurter personne, il se trouve que nous sommes beaucoup à être heurtés par cette reculade.

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fleche4 février 2014: Mollesses

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Divorce, vote des femmes, contraception, IVG, abolition de la peine de mort, PACS et plus récemment mariage pour tous : chaque fois que de grandes décisions sociétales ont été prises, une partie de la société, et parfois une majorité, y était opposée. Je n’en rappellerai qu’un exemple : Juste avant l’élection présidentielle de 1981, qui vit la victoire de François Mitterrand, ce dernier avait annoncé qu’il demanderait au parlement l’abolition de la peine de mort alors qu’un sondage venait de montrer que les Français étaient majoritairement pour son maintien. Mais personne aujourd’hui n’envisage de revenir sur le divorce, le droit de vote des femmes, la contraception, l’IVG, l’abolition de la peine de mort, le PACS, et l’on peut penser qu’il en ira de même pour le mariage pour tous. Et pourtant, ils continuent, et lorsqu’il n’y a pas de décision réelle à laquelle s’opposer, ils en inventent, la dernière trouvaille étant une pseudo familiphobie du gouvernement ou de la gauche. Ils ? Un magma de catholiques traditionnalistes affolés par l’évolution de la société, de militants d’extrême droite toujours prêts à en découdre et de politiciens cherchant à tirer profit de ce qui peut rassembler ces réactionnaires, même s’il s’agit de mensonges, comme cette histoire de théorie du genre dont je parlais dans mon précédent billet. Dimanche dernier donc, à Paris et à Lyon, ils ont défilé contre la familiphobie à l’appel de l’association « la Manif pour tous », qu’il faudrait renommer « la manip pour tous ». Car il y a évidemment une manipulation derrière tout cela. Une petite précision éclairera les choses. La présidente de « la Manif pour tous », Ludovine de la Rochère (ne me demandez pas s’il s’agit d’un pseudo ou si elle porte vraiment ce nom ridicule, je n’en sais rien) est chargée de communication de la Fondation Jérôme-Lejeune après avoir été celle de la Conférence des évêques de France. Les évêques, vous connaissez. Quant à la Fondation Jérôme-Lejeune, il s’agit d’un groupe pro-vie, anti-IVG,  qui porte le nom d’un généticien mort il y a vingt, considéré comme le découvreur de l’anomalie génétique à l’origine de la trisomie 21 (certains disent qu’il s’est approprié les travaux de son laboratoire, ou qu’il s’agit d’une découverte collective), et qui par ailleurs était membre de l’Opus Dei. Au moins, nous savons à qui nous avons affaire.

Tout ce beau monde a donc défilé dimanche. Encore une fois, ils s’opposaient à quelque chose de virtuel, virtuel puisqu’il avait été dit que ces mesures ne figureraient pas dans la loi sur la famille que préparait le gouvernement, la PMA (procréation médicalement assistée) et la GPA (Gestation Pour Autrui). Il est facile de voir chez les organisateurs de ce groupe la recherche d’une revanche sur la loi du « mariage pour tous », d’où d’ailleurs l’appellation « manif pour tous ».  Mais chez ceux qui les suivent ? Ceux qui avalent ce qu’on leur dit sur la familiphobie  supposée de la gauche ? J’y vois pour ma part une mollesse du côté cérébral. Bien. Madame Dominique Bertinotti, ministre de la famille, préparait donc une loi dont certaines mesures, concernant par exemple le statut des beaux-parents dans les famille recomposées, était évidemment nécessaires. Mais voilà, ils continuent à manifester, ils pourraient encore descendre dans la rue. Que pensez-vous qu’il arriva ? Ce ne fut pas le serpent qui creva, comme l'écrivait Voltaire, mais la loi Bertinotti qui fut repoussée à plus tard, sine die peut-être. Face aux cervelles molles des susdits ils, cette décision de retirer cette loi a été prise, vous excuserez ma crudité, par des couilles molles. Mollesse contre mollesse.

Janvier 2014


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fleche30 janvier 2014: Rumeur

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Je parlais hier de bigarrure, et les évènements semblent venir à la rescousse de mes analyses. Un rumeur est en effet apparue, selon laquelle l’école primaire  française serait en train de détruire toutes les bases de la morale. On y donnerait aux enfants des leçons de masturbation, on leur expliquerait qu’on ne naît pas garçon ou fille mais qu’on le devient, on y ferait l’apologie de l’homosexualité, on leur expliquerait qu’il est possible de changer de sexe, on distribuerait des peluches en forme de sexe, on habillerait les garçons en filles et réciproquement, etc., bref il n’y aurait plus d’éducation nationale mais une vaste réincarnation de Sodome et Gomorrhe ou de Capoue... Et tout cela reposerait sur la généralisation de l’enseignement de la « théorie des genres ». Pour répondre à ces horreurs, une campagne menée dans certaines villes demande aux parents, par le canal bien sûr de face book ou de SMS, de ne pas envoyer leurs enfants à l’école un jour par mois. Mesure qui semble bien irresponsable car il suffirait à ces méchants instituteurs de diffuser leurs horreurs la veille ou le lendemain du jour susdit. Mais qu’importe. A l’origine de ces billevesées, une certaine Farida Belghoul, qui se répand sur les ondes pour diffuser son message. Issue de la marche pour l’égalité et contre le racisme, dite des beurs, en 1983, elle a rejoint Alain Soral, le maître à penser de Dieudonné, et explique que la « théories des genres » est en train de pervertir notre belle jeunesse. Comme pour toutes les rumeurs, cela ne repose sur rien de concret ou de réel. Le ministère de l’éducation nationale a simplement décidé d’expérimenter dans 600 classes en France, après consultation des parents, la transmission aux enfants « des valeurs d’égalité et de respect entre filles et garçons ». Les « gender studies », comme les « post colonial studies » ou les « gay and lesbian studies » font –ou ont fait- certes bien des ravages dans la pensée universitaire américaine, mais nous sommes à cent lieues de cela. D’où vient cette histoire? De la mobilisation médiatique, une fois de plus, d’une bigarrure réactionnaire regroupant catholiques intégristes et islamistes. Mais certains hommes politiques leur font écho. Ainsi Jean-François Copé, le « patron » mal élu de l’UMP, toujours à la recherche d’un combat douteux, a déclaré mardi être « choqué par la théorie du genre » (il faudrait lui demander ce qu’est selon lui cette théorie) et « comprendre l’inquiétude des familles ». Se rendant compte qu’il s’avançait sur un terrain mouvant et qu’il avait affaire à des fous, il s’est dédit mercredi matin, condamnant l’appel au boycott de l’école, mais nous sommes accoutumés à ses retournements de veste. Et le député UMP Patrick Ollier affirme à l’Assemblée que la « théorie du genre » est bien enseignée à l’école...

Bref, nous sommes en pleine hystérie. Mais qu’y a-t-il derrière tout cela? Un complot de cette droite qui, depuis la dernière élection présidentielle, considère que la gauche est illégitime ? Une manipulation islamiste ? Une conjuration de curés et d’imams qui communient dans l’homophobie ? Tout cela sans doute, et d’autres choses encore. A l’origine d’une rumeur il y a toujours un mélange de mensonges, de mauvaise foi, de délire, de lieux communs, bref un brouet dont il est difficile de distinguer les différents ingrédients. Mais une rumeur peut ne pas prendre, et elle a pris. De quoi ont peur ces parents qui n’envoient pas leurs enfants à l’école ? J’ai entendu à la radio des interviewes de certains d’entre eux, des propos incohérents mêlés de références religieuses : « un garçon ce n’est pas comme une fille », « Dieu a créé l’homme et la femme », Craignent-ils que la supériorité de l’homme soit mise en question ? Ou utilisent-ils n’importe quel prétexte pour déverser leurs insatisfactions diverses ?

Pendant ce temps chez moi, enfin presque chez moi, dans mon pays natal, la Tunisie, la nouvelle constitution vient d’affirmer l’égalité des droits entre hommes et femmes, vise la parité, rejette la charia, établit la liberté de conscience... Bientôt, vous allez voir, l’éducation nationale tunisienne va enseigner la « théorie du genre ». Mais que fait la police ? Ce n’est pas Ben Ali qui aurait permis ces horreurs !

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fleche29 janvier 2014: Bigarrure réactionnaire, ou l'odeur d'une certaine France

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Dimanche dernier, à Paris, nous avons assisté à une bigarrure réactionnaire, un mélange d’éléments disparates mais rassemblés par un trait commun, la haine. Il y avait là des royalistes, des catholiques intégristes, des admirateurs de Dieudonné, des islamophobes, des antisémites, des anti-avortement et j’en passe, une sorte d’inventaire à la Prévert, une cohabitation d’oxymores,  et le plus simple pour se faire une idée de la manifestation est de consulter cette liste de slogans que je récolte dans Libération : « Non à l’islamisation de la France, Mort aux sionistes, Francs-maçons : pédophiles, Journalistes : collabos, Nous sommes tous des enfants d’hétéros, Hollande on t’encule », etc. Nous pourrions nous en tenir là : cette image de la France, d’une certaine France, est abjecte et donne envie de vomir.

Mais, au delà de ces éructations de bas étage qui, comme tous les rots, sentent mauvais, j’ai été frappé par la façon dont la presse a rendu compte des affrontements qui ont eu lieu après la manif : la police a dû contenir les assauts d’ultras ou de membres de l’ultra droite. Pourquoi ultra ? Et quelle différence entre l’ultra droite et l’extrême droite ? Pour le dictionnaire Robert, ultra comme substantif signifie « personne qui pousse à l’extrême une opinion, spécialement une opinion politique ». Et, en composition, « qui exprime l’excès, l’exagération », le dictionnaire donnant comme exemple ultrachic et ultramoderne. Allons un peu plus loin et consultons le dictionnaire Gaffiot : en latin ultra signifiait « de l’autre côté, au delà ». L’ultra droite signifierait donc celle qui est « au delà » de la droite. Et l’extrême droite alors ? Si ultra signifie « qui pousse à l’extrême une opinion », c’est la même chose, élémentaire mon cher Watson ! Marine Le Pen n’aime pas qu’on qualifie son parti d’« extrême droite » et menace même de poursuivre en justice ceux qui s’y risqueraient. Nous allons donc dire que le Front National représente l’ultra droite : cela lui plaît plus ? Quoi qu’il en soit, ultras ou extrêmes, ces trublions cathos ou athées, nazillons ou royalistes, anti juifs ou anti arabes, anti homos ou homos (et oui, certains veulent enculer Hollande), cette bigarrure disais-je, me fait penser à Maurice Chevalier  qui chantait « ça sent si bon la France ». Pouah !

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fleche26 janvier 2014: De B à Do

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Je viens de lire le dernier livre d’Agnès Desarthe, Comment j’ai appris à lire, roman, ou plutôt récit autobiographique. Elle y raconte (même si ce n’est pas le centre du livre), que devant traduire une roman de Cynthia Ozick, Foreign Bodies, elle en fait d’abord une première lecture et découvre dans le texte une sorte de continuité musicale, comme un bourdon, une note tenue. L’héroïne s’appelle Beatrice (prononcez biiitris), que l’on appelle par le diminutif de Bea (prononcez bii). Et elle raconte qu’une sorte de bourdonnement est associé à son nom, comme le bourdonnement d’une abeille (en anglais bee), lui glissant à l’oreille la formule célèbre de Shakespeare, to be or not to be. Citons ici Desarthe :

« Les premiers mot de la célèbre tirade d’Hamlet se trouvent ainsi déguisés, par la magie de l’homonymie, en To Bea or not to Bea, mélange d’Etre ou ne pas être et d’Etre Bea et ne pas être Bea ».

Comment traduire cette correspondance phonique, Beatrice, Bea, be, to be, se demande Desarthe tout en continuant sa lecture. L’héroïne fut mariée il y a longtemps avec un musicien de talent, qui se rêvai grand compositeur et a fini à Hollywood, musicien de studio. Et, depuis leur séparation, il a laissé chez elle un grand piano qui encombre son deux pièces. Vingt ans après, ils se rencontrent à nouveau, chez lui, l’entrevue est orageuse et, de rage, Béatrice abat ses mains sur le clavier, produisant de façon hasardeuse un accord à partir duquel l’ex mari va composer une symphonie en Si mineur qu’il lui dédie de façon ironique. Il faut ici savoir que les notes de la gamme (Do, Ré, Mi, Fa, etc...) sont nommées dans les pays anglo-saxons par des lettres, de A à G, A étant le la et G le sol. L’oeuvre en si mineur se dit donc en anglais B minor, comme une façon de minoriser Beatrice. La traductrice cherche une façon de traduire, s’arrête sur la note Do, et déroule alors sa pelote. L’héroïne pourrait s’appeler Dominique, avec Do comme diminutif, le bourdonnement de l’abeille, bee, pourrait devenir la comptine dodo, l’enfant do, etc. Il lui faut cependant demander à l’auteur son avis. On ne change pas comme cela le prénom d’un personnage principale. Et Cynthia Ozick lui donne son accord, suggérant cependant un prénom plus américain que Dominique : Doris.

Vous aurez compris que cet épisode des affres d’une traductrice ravit le linguiste que je suis. Je vous invite, bien sûr, à lire ce livre, qui narre l’entrée difficile dans la lecture d’une petite fille, et peut-être, si vous êtes désoeuvrés, à chercher d’autres traductions possibles du texte de départ. Partez de Ré (Raymonde ?), Mi (Michèle ?), Fa (Fabienne ?), etc., et faîtes travailler vos petites cellules grises.

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fleche22 janvier 2014: Leçon de vocabulaire

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Se déroule en ce moment en Paris un procès que la presse a baptisé « procès Zahia », une affaire de prostitution dans laquelle sont impliqués bien sûr des prostituées, des tenanciers de bars, un proxénète et deux joueurs de football célèbres, accusés d’avoir eu des relations tarifées avec une prostituées mineure, Zahia. Cette Zahia est en elle-même tout un poème. Une sorte de poupée Barbie aux cheveux décolorées dont le look ne va pas du tout avec son prénom et qui, profitant de cette célébrité, s’est lancée dans la haute-couture. On devine en voyant ses photos qu’elle fait la fortune des coiffeurs et des vendeurs de botox, mais elle est absente du prétoire, comme les deux sportifs, Ribery et Benzema. Mais ce qui me retient aujourd’hui est l’interrogatoire des deux frères tenanciers, accusés de proxénétisme, et d'un de leurs complices. L’un deux, Elie Faraht, explique que « ce sont les policiers qui ont parlé de filles en petite vertu, alors j’ai dit comme eux. Je ne parlais pas de prostituées ». Voulant sans doute, ce qui est fort louable, enrichir son vocabulaire, le président du tribunal l’interroge :

-« Qu’est-ce que c’est que des filles de petites vertu ? »

La réponse de Faraht est d’une aveuglante clarté :

-« C’est des filles qui sortent la nuit. En général on met des petites vertus pour sortir le soir ».

Un autre accusé, Abou, jure qu’il ne connaît pas de prostituées, uniquement des « star-fuckeuses ». Ici encore, voulant se cultiver, le président l’interroge : « Les star-fuckeuses, c’est quoi ? ». Et la réponse est encore lumineuse :

-« Des filles si éblouies par les gens célèbres qu’elles sont prêtes à coucher ».

Qu’est-ce que ça leur rapporte, demande  le juge.

-« C’est à mettre sur un CV, ça permet de dire aux copines : j’ai couché avec Brad Pitt ».

Et comme le président cite une fille qui l’accuse, Abou réplique :

-« Non, elle c’est une michetonneuse. Contrairement à la star-fuckeuse qui recherche la notoriété , elle va coucher avec un homme qui a beaucoup d’agent et va lui payer un sac Vuitton. Est-ce qu’une personne peut être poursuivie pour avoir offert un sac Vuitton, monsieur le président? »

"Et quelle différence, pour vous, avec une prostituée ?" demande le président. "Aucun rapport », répond Abou. Proxénète, lui ? Pas du tout. Toujours fasciné par ces détails sémantiques, le président lui demande ce qu’est un proxénète. "Pour moi un proxénète est une personne qui fait des profits d'une autre personne, parfois à son insu ou par force, et récupère un pourcentage du rapport sexuel avec la personne. Enfin, vous m'avez compris". Le président lui rappelle, alors, que c'est aussi une personne qui "aide à la prostitution ". Abou, étonné, dit qu'il ne le "savait pas".

Abou aura donc appris ce qu’est un proxénète, le président aura considérablement enrichi son vocabulaire et vous-même, je suppose, aurez rempli votre carnet de vocabulaire avec les définitions de petite vertu, michetonneuse, star-fuckteuse. Vous aurez aussi appris, messieurs, que si vous voulez faire plaisir à une dame, vous pouvez lui offrir une petite vertu  pour sortir le soir (je ne sais quelle maison de couture vous conseiller, demandez à Zahia), mais que si vous voulez lui offrir un sac Vuitton, mieux vaut ne pas le dire à un président de tribunal. Et vous, mesdames, vous saurez désormais que vous pouvez mettre dans votre CV le nom des gens célèbres avec lesquels vous avez couché.

Mais enfin, quoi, vous n’avez rien appris à l’école ! Qu’est-ce qu’on dit à tonton Calvet ? Merci tonton !

Post Scriptum. Craignant d’être accusé de sexisme, je propose aux lecteurs ou lectrices sourcilleux ou sourcilleuses la reformulation suivante de deux de mes phrases :

« Vous aurez aussi appris, mesdames, que si vous voulez faire plaisir à un homme, vous pouvez lui offrir une petite vertu  pour sortir le soir, mais que si vous voulez lui offrir un sac Vuitton, mieux vaut ne pas le dire à un président de tribunal. Et vous, messieurs, vous saurez désormais que vous pouvez mettre dans votre CV le nom des gens célèbres avec lesquels vous avez couché.

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fleche20 janvier 2014:  Corcovado

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Souvenez-vous, c’était il y a à peine trois semaines. Michael Schumacher était victime d’une chute de ski à Méribel, transporté dans un hôpital qui fut immédiatement encerclé par la presse internationale. Et, pendant près d’une semaine, tous les flashes radios, tous les bulletins télés, tous les moyens d’informations donnaient des nouvelles de l’ancien champion automobile. Puis ce fut au tour de Serge Dassault. Non, lui ce n’était pas un accident de ski mais un vote miraculeux (et à bulletins secrets) au cours duquel des sénateurs félons ou fêlés ou corrompus refusèrent de lever son immunité parlementaire. Et puis bien sûr, le match Valls-Dieudonné, on ne parlait que de ça, y compris lorsque le pseudo comique fit mine d’arrêter le combat. Et depuis une semaine les affaires de coeur du président de la république française occupent le devant de la scène. Lorsque les « affaires » abondent, on se rend compte que, dans les media, l’une chasse l’autre, et que chacune perd soudain de son importance lorsque pointe la suivante. Schumacher-Dassault-Dieudonné-Hollande : qui sera le suivant. Face à ce déferlement d’évènements que je commente pourtant parfois, je songe à la formule japonaise qui dit en gros « avant de parler, demande-toi si la parole est meilleure que le silence ». Et j’ai par exemple choisi de me taire face à l’ « affaire » Hollande-Gayet. Mais il est des situations dans lesquelles le silence n’est pas acceptable. A Rio-de-Janeiro, au cours d’un malheureux orage, la foudre a frappé le Christ du Corcovado, qui domine la ville. Il y a perdu l’index de la main droite et une partie du pouce. Douloureuse et insoutenable infirmité qui doit l’handicaper dans différentes activités quotidiennes et parfois solitaires. Il faut, d’urgence, rendre au christ du Corcovado tous ses moyens. Mobilisez-vous, parlez-en entre vous, que diable !      

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fleche10 janvier 2014:  Complexité et roueries sémantiques

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Commençons par le plus simple, ou le moins compliqué : le bureau du sénat a voté contre la levée de l’immunité parlementaire de Serge Dassault. Et comme la gauche est majoritaire dans ce bureau, tout le monde se demande qui a pu voter contre cette levée et pourquoi. Qui, je n’en sais rien, bien sûr. Pourquoi, la réponse est plus facile. En fait les sénateurs donnent depuis longtemps une piètre image de la politique, songeant plus à la défense de leurs intérêts et de leur impunité qu’au bien du pays. Car le scandale n’est pas que deux sénateurs de gauche aient voté pour la droite contre un quelconque retour d’ascenseur ou en échange de quelconques prébendes. Le scandale est que la décision de lever l’immunité parlementaire de Serge Dassault n’ait pas été prise à l’unanimité. Car il n’a rien à craindre, Dassault, puisqu'il affirme être innocent et il peut donc répondre aux questions de la police et des juges le coeur léger. En l’en empêchant, les sénateurs laissent planer un doute. Aurait-il peur de quelque chose ? Serait-il coupable ? Décidément, comme je le suggérais hier, le monde politique est rempli d’ânes dont la rouerie ne parvient pas à cacher la bêtise.

Et maintenant le sujet complexe de la semaine : l’affaire Dieudonné. Dieudonné, c’est un prénom, et il s’appelle Dieudonné Mbala Mbala. Tout d’abord une petite chose qui m’énerve depuis longtemps. Les journalistes français de radio et de télé n’ont jamais compris ce que sont les prénasalisées, ces consonnes précédées d’un m ou d’un n. Ils s’entêtent à prononcer « èmebala », double erreur parce que d’une part il s’appelle Mbala Mbala et non pas « èmebala èmebala » et que d’autre part il n’y a aucune raison de l’aimer, ce « èmebala » ou Mbala là. Bon, tout ceci dit, lorsque le ministre de l’intérieur a exprimé l’intention d’interdire les spectacles de Dieudonné Mbala Mbala (Vous vous êtes entrainés ? Vous arrivez à prononcer ?) j’ai d’abord eu une réaction négative. On ne lutte pas contre des idées, si nauséabondes soient-elles, par la censure mais par des idées. Et puis je me suis dit que, sur le plan politique, Manuel Valls avait peut-être vu juste. Pendant plusieurs jours la presse n’a parlé que de Dieudonné, et beaucoup insinuaient que Valls était son meilleur attaché de presse. Mais, peu à peu, le système Dieudonné a été disséqué, son racisme, ses roueries, ses petites ou ses grosses manipulations financières, et son public ne peut plus feindre de l’ignorer. De ce point de vue, et sous bénéfice d’inventaire bien sûr, il y a sans doute là une victoire politique de Valls, même si le dossier juridique est fragile.

Reste le plus délicat. J’ai parlé des roueries de Dieudonné, et l’une d’entre elles consiste à dire qu’il n’est pas antisémite mais antisioniste. Ce qu’il dit ne serait donc pas un délit mais l’expression d’une opinion. Cette ruse sémantique n’est pas nouvelle, et elle est depuis longtemps utilisée, usée jusqu’à la corde, par ceux qu’elle vise. Je me suis toujours demandé pourquoi la LICRA s’appelait la LICRA : Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme. Cette tautologie, ou cette redondance, m’a interdit d’adhérer à cette organisation car je considère que l’antisémitisme est un racisme comme les autres. Et cette appellation tautologique donne des arguments à ces imbéciles qui disent qu’en tant que Noirs ou qu’Arabes ils ne sont pas traités ou défendus de la même façon que les Juifs. Le racisme est évidemment à combattre, à condamner, qu’ils soit anti noirs, anti homos, anti juifs, anti musulmans, anti n’importe quoi. Mais différencier le racisme de l’antisémitisme est déjà une forme de racisme et traiter d’antisémites ceux qui critiquent la politique de l’Etat israélien est une fourberie. N’ayant pas de temps à perdre dans ces querelles byzantines je me refuse pour ma part, alors que je condamne le colonialisme israélien, à utiliser le mot antisionisme. Je critique la politique d’un Etat, voilà tout, en espérant qu’un jour son peuple y verra plus clair et votera différemment.

J’avais parlé de complexité, vous voyez ce que je voulais dire. Quoiqu’il en soit, les idées immondes dont Dieudonné n’est qu’un révélateur sont en train de ronger la France. Dans le sud-est du pays, où j’habite, le Front National fait environ 20% des voix aux différentes élections. Chaque fois que je suis dans un lieu public, je me dis qu’en comptant jusqu’à cinq les gens qui m’entourent, et en recommençant, j’ai statistiquement toutes les chances de tomber chaque fois sur un électeur du FN. Et ça fait froid dans le dos. Si l’affaire Dieudonné pouvait réveiller un peu les consciences...

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fleche9 janvier 2014:  Les ânes à La Force?

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Maryse Joissains Masini, maire UMP d’Aix-en-Provence, pourrait avoir quelques ennuis avec la justice : elle a récemment été entendue par la police à propos de promotions un peu étranges de personnels de la mairie qui lui sont proches. Elle parle bien sûr  de « tentatives de déstabilisation » et, au sortir de sa garde à vue, déclare que ce n’était pas par hasard si elle n’avait pas été mise en examen, feignant d’ignorer que seul un juge pourrait la mettre en examen alors qu’elle venait d’être interrogée par la police, et que garde à vue et mise en examen ce n’est pas tout à fait la même chose. Mais qu’importe. Les élections municipales s’approchent et ladite Maryse Joissains Masini a ouvert une permanence, à l’extrémité du Cours Mirabeau, où l’on voit s’afficher son slogan de campagne : La-force-pour-Aix. La force pour Aix, ou La Force pour Aix ? Vous saisissez la nuance ? Non ? Alors, petit cours d’histoire. Au 16ème siècle, rue Saint-Antoine à Paris, fut construit par le chancelier René de Birague un hôtel particulier qui passa entre plusieurs mains pour finir entre celles du duc de La Force qui lui donna son nom,  l’Hôtel de La Force. Acheté ensuite par l’Etat, l’hôtel fut entre 1780 et 1845 une prison de la ville de Paris, ou plutôt deux, La Grande Force pour les hommes et la Petite pour les femmes. « La force pour Aix », lorsqu’on sait les ennuis de son maire, constitue donc un slogan légèrement ambigu mais réjouissant. Maryse Joissains Masini veut-elle mener, à sa suite, la ville en prison ? En tant qu’habitant d’Aix-en-Provence je ne peux bien sûr que m’insurger contre ce projet

A propos, et cela n’a bien entendu rien à voir, enfin presque rien, un mouvement d’opinion se dessine pour interdire les animaux dans les cirques. La décision a déjà été prise en Belgique et une pétition circule en France. Plus d’animaux dans les cirques ! Il n’y resteraient donc que les clowns et les acrobates. Loin de moi l’idée de mettre en doute l’importance de ce combat, mais je crois qu’il en est d’autres, plus urgents. Par exemple, et les défenseurs des animaux n’y trouveraient rien à redire, interdire les ânes en politique. Il n’y resteraient alors que les clowns et les acrobates...

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fleche3 janvier 2014 :  Quelques jours à Istanbul...

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Le quartier de Sultanahmet, dans lequel je loge,  est d’une quiétude absolue. En partie piétonnier, avec une densité rare de merveilles architecturales (Saint Sophie, Mosquée bleue, Topkapi…), il est en outre presque vide en ce début d’hiver. Dans cet espace clos on a l’impression de se mouvoir dans une surdité absolue au monde extérieur, en particulier au  monde politique. Sitôt sorti de cette réserve à touristes, en descendant vers la gare qui recevait jadis l’Orient-Express, on retrouve la vraie vie stambouliote, le désordre de la circulation, les cris, les bousculades et les petits commerces. Sur le pont de Galata, indifférents à tout cela, les pêcheurs sont alignés, épaule contre épaule, guettant la moindre vibration dans leur ligne. Un peu plus loin, un peu plus haut, place Taksim, les cars de police sont soigneusement alignés à côté d’une rangée de fleuriste. En face, devant un centre culturel dont certaines vitres ont été brisées, c’est l’armée qui monte la garde. Ici les nuits sont agitées, manifestants réclamant la démission du premier ministre, police répondant à coups de canons à eau et de gaz lacrymogènes. Voilà donc pour le cadre général.

Derrière cet instantané, en arrière plan, se déroule une lutte subtile entre deux tendances islamistes naguère alliées, une véritable guerre fratricide qui pourrait renforcer soit l’opposition laïque soit un islamisme plus rigoureux. D’un côté le premier ministre Recep Erdogan, patron du Parti de la Justice et du Développement (AKP), qui rêvait de devenir un modèle d’islam au pouvoir pour l’Egypte ou la Tunisie, qui rêve maintenant de devenir président de la république et se comporte de plus en plus comme un autocrate, tentant en particulier de museler la justice. De l’autre le prédicateur Fethullah Gülen, installé aux USA, qui finance sa confrérie essentiellement grâce à des établissements scolaires privés qu’Erdogan veut supprimer. Du coup Gülen a dénoncé à la justice un certain nombre de comportements illégaux (corruption, blanchiment d’argent…), ce qui a mené à la mise en cause de familles de ministre (y compris le fils aîné d’Erdogan), à des démissions, bref à un beau désordre. Un intellectuel, visiblement partisan de Gülen, m’explique que ses écoles sont souvent presque gratuites, qu’il pratique le zakat (tout musulman doit reverser 2,5% de ses revenus aux pauvres), qu’il est honnête. Il ajoute qu’Erdogan est fini, que la corruption en Turquie ne doit pas dépasser certaines limites (« jusqu’à un million pour une personne, ça va, au delà c’est trop »), et en profite pour me demander des nouvelles de Sarkozy et de « la vieille dame de L’Oréal » dont il a oublié le nom : comme en me tendant un miroir il me rappelle que la France connaît le même genre de problèmes. Il aurait pu citer Guéant, Woerth, Cahuzac… Eh oui, la corruption, ce n’est pas seulement chez les autres…

Quoi qu’il en soit Erdogan a profité de cette ambiance de règlement de comptes pour tenter de mettre la justice et la police au pas, tenter de faire croire aussi que ce n’est pas son parti qui est en danger mais la patrie, affirmant d’une part qu’il est « blanc comme le lait », évoquant d’autre part un complot ourdi à l’étranger, au choix par les Américains, Israël ou l’Union Européenne... Bref, selon lui, circulez, il n’y a rien à voir… Lorsqu’on revient dans la réserve aux touristes de Sultanahmet il n’y a non plus rien à voir. Les marchés financiers sont nerveux, tout comme la police, la livre égyptienne baisse, tout comme la bourse d’Istanbul, mais il n’y a rien à voir. Deux mondes se côtoient sans interférences.

Il y a cependant, au musée archéologique, un sarcophage dont la description pourrait bien avoir valeur de fable. On y lit deux textes, dans deux graphies différentes.  Le premier, le plus ancien, explique en hiéroglyphes que s’y trouvait la momie d’un général égyptien, Penephtah (600-525), et que la malédiction s’abattra sur ceux qui oseraient le déranger. Mais le général n’a pas été tranquille bien longtemps car l’autre inscription, en alphabet phénicien, explique aux violeurs de tombes potentiels que le sarcophage est celui de Tabnit, roi de Sidon, qu’on n’y trouvera ni or ni argent et que celui qui oserait y toucher n’aurait aucun repos. Nous avons donc là, outre la trace de deux écritures très différentes, l’une  pictographique et l’autre alphabétique, la preuve qu’il y avait déjà des squatters, au Liban, il y a plus de 25 siècles : un roi phénicien squattant le sarcophage d’un général égyptien, ce n’est pas banal. Bien sûr, le roi Tabnit ne connaissait pas Brassens, mais en voyant la façon dont il avait sans ménagement pris la place de ce pauvre Penephtah j’ai pensé à ce passage de la Complainte pour être enterré en plage de Sète : « Mon caveau de famille, hélas ! n'est pas tout neuf,
Vulgairement parlant, il est plein comme un œuf,
Et d'ici que quelqu'un n'en sorte,
Il risque de se faire tard et je ne peux,
Dire à ces braves gens : poussez-vous donc un peu,
Place aux jeunes en quelque sorte ». C’est exactement ce qu’a fait Tabnit, il a dit à Penephtah « pousse-toi donc, place au jeune ».  Le sarcophage se trouvant aujourd’hui en Turquie, c’est là qu’intervient la fable : qui dira à Erdogan de se pousser un peu pour prendre sa place?

décembre 2013

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fleche25 décembre 2013 :  Un peu de politique... linguistique

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Une bonne partie de cette année, de mars à juillet, j’ai consacré beaucoup de mon temps au Comité consultatif pour la promotion des langues régionales et de la pluralité linguistique interne mis en place par Madame Fillippeti, ministre de la culture, comité dont le but était de faire des propositions de politique linguistique au gouvernement. Il y avait dans ce comité deux juristes constitutionnalistes, deux linguistes, deux députés, deux sénateurs et deux personnes nommées par deux président de conseils régionaux. C’est-à-dire quatre « experts » ou présumés tels et six élus politiques. Dès le début, nous nous sommes rendus compte que la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, que nous pouvions bien sûr proposer, serait impossible. Le Conseil d’Etat s’opposant à cette Charte il fallait en effet pour cela réunir le Congrès (c’est-à-dire l’Assemblée nationale et le Sénat) et y avoir une majorité qualifiée des trois cinquièmes, ce qui n’est pas le cas dans l’état actuel des choses. Nous avons donc pris le problème d’un autre point de vue (après avoir, bien sûr, reçu et auditionné de nombreuses personnes concernées), en décidant de faire des propositions allant plus loin que celles de la Charte. Ces propositions, nombreuses, vont de l’élaboration d’une loi cadre à la rédaction d’un code des langues de France en passant par un certain nombre de mesures comme l’apprentissage de la lecture et de l’écriture en créoles dans les Département d’Outre Mer et bien d’autres qu’il serait fastidieux de citer ici : notre rapport est disponible sur le site du Ministère de la Culture.

Pendant ces mois de travail, je me suis soigneusement abstenu d’intervenir publiquement sur les réflexions et les propositions de notre comité, considérant que la ministre devait en avoir la primeur, mais je me suis toujours dit qu’une fois le rapport rendu je redeviendrai un citoyen comme les autres et retrouverai ma liberté de parole. En gros, j’attendais de voir ce que le gouvernement allait faire de nos propositions. Et voici que le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, en visite en Bretagne, a annoncé le 13 décembre dernier qu’il envisageait de passer par une loi constitutionnelle pour ratifier la Charte. En gros cette démarche implique que le texte de loi soit voté dans les mêmes termes par l’Assemblée et le Sénat puis qu’il soit adopté par référendum. Or, la popularité du gouvernement étant ce qu’elle est, il est difficile d’imaginer que le moindre référendum organisé par lui (sauf peut-être s’il proposait une distribution gratuite de foie gras et de vins fins...) recueille aujourd’hui l’assentiment du corps électoral. Dès lors, que veut le Premier ministre ? En ces temps de trêve des pâtissiers je laisserai de côté l ‘hypothèse simple mais désagréable selon laquelle il ne saurait pas ce qu’il veut. Donc, s’il sait ce qu’il veut, que veut-il ? Faire croire aux militants des langues de France qu’il va répondre à leurs voeux, puis s’abriter derrière le résultat d’un vote en disant « c’est pas moi c’est les sénateurs », ou « c’est pas moi, c’est le corps électoral » ? Ce serait bien sûr une manoeuvre minable, un tour de passe-passe, d’illusionniste. Inimaginable ? Alors avançons une autre hypothèse : il veut tout faire pour que la stratégie choisie réussisse, que les deux chambres puis le peuple accepte une loi constitutionnelle ? Cela semble tellement irréaliste que j’ai du mal à le croire aussi naïf. Le problème est qu’il ne me reste pas d’autre hypothèse et que je crains fort que la première soit la bonne. En gros François Hollande a promis de « faire ratifier la charte », nous allons faire comme  si nous voulions tenir cette promesse et la représentation nationale ou le corps électoral se chargeront de nous en empêcher... Si cela était, ce serait minable, donnerait une triste image de la politique, fût-elle seulement la politique linguistique, et témoignerait de peu d’intérêt pour la cause des langues. Alors attendons. Mais le gouvernement devrait prendre garde : on ne fait pas croire impunément aux gens que l’on va réaliser des choses qu’on sait ne pas pouvoir réaliser.

Bon, je ferme boutique pour causes de vacances. A l'année prochaine.

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fleche23 décembre 2013 :  Paranoïa ou tris croisés?

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J’ai déjà parlé ici de la liste d’information et de débats du RFS (Réseau Français de Sociolinguistique), liste sur laquelle je ne m’exprime plus, trouvant  son ton politiquement correct et mélodramatique peu propice à la discussion scientifique. Mais cela ne m’empêche pas de faire parfois écho à ce qu’il s’y passe. Or, depuis quelques jours, les esprits s’y échauffent à propos d’une note de l’INSEE dont le titre est effectivement intriguant : Les personnes en difficulté à l’écrit:  des    profils régionaux variés. Cette note s’appuie sur des données venant de l’enquête IVQ (information et vue quotidienne) de 2011, menée auprès d’un échantillon aléatoire de 14.000 personnes et qui avait pour objectif de « mesurer le degré de compétence de la population adulte en calcul et en compréhension orale». Elle s’appuyait sur un certain nombre d’exercices « fondés sur des supports de la vie quotidienne : programme tv, CD de musique, ordonnance médicale... ». Et deux des questions biographiques concernaient les langues parlées à domicile à l’âge de cinq ans et langues parlées à domicile aujourd’hui. Revenons donc à la note incriminée. Le passage qui a mis le feu aux poudres est le suivant : 

« Un éloignement prolongé du marché du travail peut agir à   la fois comme une cause et une conséquence sur les  difficultés  à l’écrit. D’autres facteurs pourraient être  évoqués. Le risque  accru   observé dans certaines régions  pourrait aussi trouver son  origine   dans un usage plus fréquent  des langues régionales au  cours de   l’enfance : par exemple, 19  % des Nordistes déclarent  avoir utilisé   une langue régionale ou  le patois autour de l’âge  de 5 ans et  parmi  ces personnes, près  d’un quart est en  situation préoccupante  à  l’écrit. Ces  difficultés plus  fréquentes à l’écrit ne sont pas  sans  rapport  avec leur niveau  d’études plus faible, 21 % d’entre  elles   n’ayant pas poursuivi  leurs études au-delà de l’école  primaire ».

Immédiatement, les réactions ont fusé, dans tous les sens et avec beaucoup d’imprécisions. Certains ont confondu cette enquête de 2011 avec le recensement de 1999, d’autres s’insurgent contre « le lien de cause à effet » entre difficultés à l’écrit et pratique des langues régionales, d’autres encore confondent « difficultés à l’écrit » et « illettrisme », ce qui n’est pas tout à fait la même chose, d’autres enfin parlent de « rapprochements hâtifs, d’attitudes stigmatisantes », etc., etc. Tout se passe en fait comme si l’INSEE (institut national de la statistique et des études économiques) avait la volonté nuisible de faire croire que la pratique des langues régionales était néfaste, et que le devoir des sociolinguistes était de dénoncer cette vilénie. J’avoue pour ma part être confondu à la fois par l’aspect un peu paranoïaque des réactions de certains de mes collègues (du genre touche pas à mes langues régionales) et par tant d’ignorance. Dans le texte incriminé, on lit en effet que les difficultés à l’écrit pourraient aussi trouver leur origine   « dans un usage plus fréquent  des langues régionales au  cours de   l’enfance ». La réaction normale devant cette hypothèse, du moins celle qu’on attend de scientifiques, devrait alors être d’interroger le lien entre pratique des langues régionales (ou d’ailleurs des langues issues de la migration) et situation sociale. De se demander si c’est la pratique de ces langues qui explique des difficultés à l’écrit ou le fait qu’on ne parle pas ces langues dans tous les milieux sociaux. De se demander s’il y a un lien entre la pratique de ces langues et les catégories socioprofessionnelle. Ce n’est pas tout à fait la même chose en effet de parler une langue régionale ou une langue issue de la migration dans un milieu intellectuel, dans un milieu paysan ou dans une famille de chômeurs. L’INSEE, il est vrai, ne pose pas cette question, et ce n’était pas son propos. Cet institut a mené une enquête et en publie les résultats, le problème n’est pas alors de savoir si ceux-ci nous plaisent mais d’essayer de les interpréter.

Derrière tout cela apparaît une sorte de crainte de la quantification, qui pourrait très vite tourner à une façon de se voiler la face.

Et pourtant les données chiffrées, dès lors qu’on accepte de considérer que ceux qui les établissent sont de bonne foi et ne se livrent pas à d’horribles tripatouillages, sont toujours intéressantes. Pour finir dans la bonne humeur (ce qui ne s’oppose pas au sérieux), je voudrais vous proposer un petit rappel historique. A la fin des années 1970 nous disposions de quelques données statistiques sur le comportement du corps électoral français, qui pouvaient se ramener aux trois affirmations suivantes:

1) Les jeunes votaient plus à gauche que les vieux

2) Les hommes votaient majoritairement à gauche

3) Les femmes votaient majoritairement à droite.

 Fort bien. En outre nous savions que l’espérance de vie des femmes était beaucoup plus grande que celles des hommes. Dès lors la question qu’il fallait se poser était de savoir si c’était en tant que femmes ou en tant que vieilles que les femmes votaient plus à droite que les hommes. Et la réponse ne pouvait se trouver que dans des analyses plus fines, par tranches d’âge. Car le B.A. BA du traitement statistique des enquêtes réside dans les tris croisés, et nous aurions beaucoup à apprendre de l’enquête IVQ si nous avions les moyens d’approcher ses résultats de ce point de vue.

 

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fleche21 décembre 2013 :  Un Vert ça va...

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Les écologistes ne sont jamais les derniers à s’élever contre la pollution dont sont responsables les automobilistes, et ils ont bien raison. Ils veulent réduire la vitesse sur les autoroutes ou sur les périphériques, et ils n’ont pas tort. Ils plaident de façon générale pour que se développent les comportements citoyens et l’esprit de responsabilité, et nul ne saurait le leur reprocher. Et tout cela rend particulièrement savoureux ce que l’on vient d’apprendre sur Jean-Vincent Placé, sénateur d’Europe-Ecologie les Verts et éminence grise du parti vert français. Avant d’être sénateur, Placé était conseiller régional d’Ile-de-France et, à ce titre, il bénéficiait d’une voiture de fonction. Et voilà que ladite région reçoit 133 amendes liées à cette voiture, amendes pour excès de vitesse ou fautes de stationnement. Cela se passait en 2010, et la région se tourne vers le conducteur de la voiture, Placé donc, et lui demande de payer la note. La suite est un peu confuse, le sénateur affirme avoir payé, l’administration fiscale lui réclame des pénalités pour paiement tardif. Ce qui est sûr c’est que la note se montait à 22.000 euros et qu’il doit encore plus de 18.000 euros. C’est le Canard enchaîné qui a sorti cette histoire, ce qui prouve au moins que la presse est toujours utile. Que Placé soit mauvais payeur n’a en soi aucun intérêt : il n’est pas le seul et nul ne saurait lui jeter la pierre. En revanche que ce donneur de leçons, grand défenseur de l’écologie, s’adonne au volant aux pratiques qu’il dénonce chez les autres est  plus surprenant. Les Verts prétendent depuis leur naissance vouloir faire de la politique autrement. Certes Placé n’est pas à lui tout seul « les Verts », même s’il aimerait bien le faire croire, mais les adhérents de son parti pourraient peut-être se demander s’il n’est pas un Vert de trop. Je sais que le jeu sur l’homophonie est ici facile, mais je n’y résiste pas : un Vert comme Placé ça va, deux Verts bonjour les dégâts. Allez, à votre santé.

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fleche16 décembre 2013 :  Ni fleurs, ni couronnes, mais vin à volonté

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C’était au milieu des années 1970 et nous passions une bonne partie de la nuit (« nous » : des chanteurs, des musiciens, des journalistes, dont moi) dans un studio de France-Inter, une véritable tabagie où officiait Jean-Louis Foulquier. A l’époque c’était entre trois et cinq heures du matin. Puis, horaire un peu plus humain, ce fut entre minuit et trois heures, pour finir de 18 à 19 heures. On y fumait, donc, on y buvait, on y parlait dans le micro, et les chanteurs chantaient, en direct. Les émissions s’appelaient, Studio de nuit, Y’a d’la chanson dans l’air, Pollen, d’autres noms encore, mais toutes avaient le même propos : servir la chanson française et francophone. Et ils sont beaucoup à lui devoir beaucoup, des artistes débutants à qui Jean-Louis offrait ses ondes, d’autres confirmés qui venaient le soutenir de leur présence. Plus tard encore il créa les Francofolies de la Rochelle, où la même bande se retrouvait, chaque année en juillet, les uns sur scène, les autres, dont encore moi, en coulisse. Emissions ou festival, Foulquier était au centre d’une véritable galaxie de la chanson.

Jean-Louis Foulquier est mort la semaine dernière et a été enterré samedi matin, au cimetière de Montmartre. Une foule énorme est venue l’accompagner, ses amis, ses collaborateurs, et « ses » artistes dont la liste complète constituerait un véritable  annuaire du show biz, enfin du show biz de qualité. Citons au hasard Louis Chedid, Jean-Louis Aubert, Bernard Lavilliers, Alain Souchon, Laurent Voulzy, Lucid Beausonge, Arthur H, Maurane, Francis Lalanne, Sapho, Nilda Fernandez,  Alice Dona, Catherine Lara, etc., etc.

J’ai dit qu’ils étaient beaucoup à lui devoir beaucoup, mais il faut leur ajouter les millions d’auditeurs amoureux de chansons qui n’auraient jamais manqué une de ses émissions, puis les millions de spectateurs qui se pressaient à la Rochelle.

Il faisait beau, samedi et, à l’entrée du cimetière, trônaient deux tonneaux de vin. Ni fleurs ni couronnes, mais vin à volonté. A chacun son verre. Et cette phrase, entendue dans la foule : « Il aura réussit à nous faire boire du vin rouge à dix heures du matin jusqu’au bout ». Ni fleur ni couronne, donc. Mais, à côté du trou dans la terre, nous avons déposé nos verres vides, des verres qui s’entassaient en dernier hommage. Sacré Jean-Louis, il nous aura ému. Jusqu’au bout.