2014

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24 octobre  2014 : Sociolinguistique, idéologie, mauvaise foi...

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Me voici donc rentré d’un colloque qui avait lieu à Ouarzazate, dans le désert marocain, un colloque dont les organisateurs étaient bien embêtés : plus de la moitié des participants s’étaient désistés après l’annonce de la décapitation d’un otage français en Algérie. Ces annulations impliquaient, bien sûr, une réorganisation totale du programme, mais surtout posaient quelques problèmes vis-à-vis de l’hôtel dans lequel les chambres avaient été réservées. En toute chose il y a cependant matière à rire : parmi la soixantaine d’absents, soit la moitié des inscrits, les premiers à s’être désistés étaient les cinq ou six Corses attendus, et les Marocains, qui ont sans doute mauvais esprit, insinuaient que, pourtant, ils devaient être habitués aux bombes et autres petits inconvénients de la vie quotidienne. Pour être tout à fait honnête, je dois dire que j’ai moi-même annulé ma participation à un autre colloque, en Algérie celui-là. Oui, je connais la parabole de la paille et de la poutre, mais je connais aussi la différence entre le Maroc et l’Algérie.

Venons-en donc au colloque, du moins à quelques petits évènements qui l’ont marqué. Les trois langues de travail étaient l’anglais, l’arabe et le français, et les interventions étaient aux deux tiers en français, au tiers en arabe, une seule étant en anglais. Une linguiste marocaine présente donc, en français, un travail sur la darija, l’arabe populaire marocain, devant un public composé essentiellement de locuteurs de l’arabe et/ou du berbère et du français, et de quelques locuteurs de l’arabe et de l’anglais. Elle vient de commencer son intervention en expliquant, à propos de la place des langues dans la constitution marocaine, qui considère l’arabe comme la langue officielle et l’amazighe (le berbère) comme une langue officielle, que la darija était en même temps « incluse dans et exclue par  le mot arabe dans la constitution », et s’arrête parce que dans la salle un linguiste venu d’un pays du Machrak proteste, expliquant qu’il ne comprend pas le français. Elle propose alors de se traduire elle-même en darija, en arabe marocain, donc. Et l’autre réplique en arabe, montrant par là qu’il a compris le français : « non, en fusha », c’est-à-dire en arabe « classique ». Quelques minutes plus tard il quittera d’ailleurs la salle, illustrant merveilleusement le fait que: « la darija est en même temps incluse dans et exclue par  le mot arabe ».

Le lendemain, après une conférence en français sur les rapports entre religion et religiosité dans le roman arabe, un remarquable travail fondé sur l’analyse de plus de 130 romans récents, le même machrakin prend la parole en arabe, sur un ton d’inquisiteur, pour exiger du conférencier qu’il dise comment il se positionnait par rapport au contenu de ces romans. S’ensuit une violente altercation, en arabe, l’un expliquant qu’il présente un travail scientifique, qu’il analyse des textes et n’a pas à exprimer sa position personnelle, l’autre persistant à exiger qu’il dise ce qu’il pense, voulant en fait qu’il dénonce la façon humoristique de parler de la religion dans certains de ces romans.

Il y a dans tout cela une véritable leçon de chose. J’avais présenté une conférence inaugurale en français, m’arrêtant toutes les dix minutes pour qu’on résume en arabe mes propos, et personne n’y avait trouvé à redire. Mais les deux incidents que je viens de relater concernent un tabou (la religion) et un refus (l’arabe réellement parlé, qu’il soit marocain ou libanais ou ce que l’on veut). Surtout, pour un observateur extérieur, il était évident que le machrakin avait parfaitement compris la conférence sur les romans, alors que la veille il exigeait une traduction en « fusha ». Si tout cela avait était filmé, nous aurions un magnifique document à présenter dans des séminaires sur la sociolinguistique des pays arabes, ou sur l’idéologie, ou sur la mauvaise foi...

 

 

 


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18 octobre  2014 : Langues, frontières, nations, ethnies...

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Il y a eu, lors d’un récent match éliminatoire de l’Euro 2016 entre la Serbie et l’Albanie, un petit scandale : un drone a survolé le terrain de foot, tirant derrière lui un drapeau albanais. Le terrain a été envahi par des supporters serbes qui se sont copieusement bastonnés avec les joueurs albanais, le match a été interrompu, reporté, et l’UEFA doit décider de la suite à donner à cette affaire. Mais le problème n’est pas seulement sportif. En effet, le drapeau en cause était celui de la « Grande Albanie ». Le drapeau albanais est constitué de deux aigles noirs sur fond rouge, alors que sur celui de la « Grande Albanie »  les deux aigles sont sur une carte rouge  qui englobe les communautés albanophones d’Albanie, du Kosovo, du Monténégro, de Macédoine, de Grèce et de Serbie. C’est-à-dire qu’il ne s’agit de l’Albanie politique mais d’une Albanie « ethnique », ou « linguistique », revendiquant des morceaux de territoires des différents pays voisins, dont la Serbie, ce qui explique la fureur du public : le match avait en effet lieu à Belgrade, capitale de la Serbie.

L’incident pose à ceux qui s’intéressent  aux politiques linguistiques une question complexe: une unité linguistique suffit-elle à constituer une nation ? Et nous allons voir apparaître, beaucoup plus concrètement, la même question au Levant. Sur le terrain, face aux fous de Dieu du soi-disant état islamique, les seuls réels combattants sont les peshmergas, c’est-à-dire des combattants kurdes. Vue de loin, disons de chez nous, il s’agit d’une minorité vivant en Turquie ou en Iran. En fait ils sont 45 millions, à cheval sur quatre pays, la Syrie, la Turquie, l’Irak et l’Iran, constituant un vaste ensemble continu, et ils ont déjà un début de reconnaissance en Iran (une province du Kurdistan) et en Irak (une province autonome du Kurdistan). Je ne connais pas assez la situation pour savoir s’ils se comprennent tous entre eux, mais je suppose qu’ils doivent avoir un bon degré d’intercompréhension, tout comme les Albanais. Quoiqu’il en soit, le problème de la création d’un Kurdistan unifié ne peut que se poser à moyen terme, et il met déjà le pouvoir turc en rage.

Et  je repose ma question : une unité linguistique suffit-elle à constituer une nation ? Cette question va au delà des revendications comme celles de la Catalogne, puisque celle-ci constitue déjà une région reconnue. Elle implique une mise en cause des frontières. En d’autres termes les gens par exemple qui parlent hausa au Niger et au Nigéria doivent-ils être regroupés pour former un nouveau pays? La France doit-elle revendiquer les zones francophones de Suisse et de Belgique ? La Catalogne doit-elle s’étendre au Nord jusqu’à Perpignan, au Sud jusqu’à Valence et à l’Est jusqu’aux Baléares ? Bref il y a à travers le monde une bonne centaine de situations de ce type et notre sympathie spontanée envers les Kurdes et leur éventuel futur pays devrait être tempéré par la vague de nationalismes qui pourraient percer un peu partout. Nous savons que les frontières politiques et les frontières linguistiques ne coïncident que rarement, et ce n’est pas très grave, mais le problème se complique lorsqu’interviennent des considérations nationalistes ou ethniques.

Bon, rassurez-vous si du moins vous étiez inquiets), cela ne m’empêche pas de dormir. D’ailleurs je pars pour un colloque au Maroc, retour en fin de semaine prochaine. A bientôt.

 

 


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13 octobre  2014 : Madrague

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La seule fois où j’ai vu Guy Bedos prendre un bide, un vrai, c’était devant un tribunal. Nous étions tous les deux témoins (à décharge) de Roger Knobelspiess, j’étais passé avant Guy et je l’ai vu, à l’appel de son nom, courir vers le président du tribunal en criant « c’est pas moi, j’y étais pas ». Mais il fut arrêté dans son élan par le juge qui, froidement, déclina : « Nom, prénom, âge et qualité ». Le bide, donc, du moins aux yeux des magistrats, tandis que dans la salle les partisans de Knobelspiess et les amateurs de Bedos rigolaient.

Il se passe un peu la même chose, actuellement, dans les meetings de Sarkozy. Régulièrement il évoque les affaires, s’estime victime d’un acharnement juridique, et lance quelque chose comme : « je suis aujourd’hui à (la ville dans laquelle il se trouve), il y a eu une agression, mais ce n’est pas moi, j’ai un alibi, j’étais avec lui (montrant son voisin, en général le maire) ». La salle rit, applaudit, les juges ne sont pas là mais pourraient décliner, froidement, « nom, prénom, âge et qualité ». Car s’il fait un tabac devant son public, Sarkozy fait un bide, tous les sondages le montrent, dans l’opinion publique. Je ne sais bien entendu pas s’il finira par échapper aux différentes casseroles qu’il traîne derrière lui, nous verrons bien. Le problème n’est d’ailleurs pas de savoir s’il est coupable ou innocent (on ne prête qu’aux riches et il doit bien être coupable de quelque chose) mais s’ii réussira à passer à travers les mailles des nombreux filets qui l’entourent. Cela me fait penser à ce qu’on appelle en italien la mattanra, en français la madrague, une technique de pêche pratiquée depuis longtemps en Méditerranée qui consiste à piéger les thons rouges dans un labyrinthe de filets pour les amener dans la « chambre de la mort », les poissons étant alors sur un filet que l’on tend pour les amener à la surface de l’eau où on les massacre à coups de gourdins. Sarkozy se trouve donc dans ce labyrinthe de filets.  Il y a longtemps que je pense raconter un jour la vie politique française sous forme de fable, chaque personnage étant un animal. Gattaz par exemple, le patron des patrons, serait bien évidemment un crapaud, il en a la posture physique. Et Sarkozy pourrait être un thon rouge. Mais ce poisson là me fait en même temps irrésistiblement penser à Berlusconi. Lui aussi traîne ou a traîné de nombreuses casseroles. Lui aussi a accusé les juges. Lui aussi a tenté de magouiller pour s’en tirer. Reste à savoir si le français finira comme l’italien, éjecté de la vie politique, piégé dans la madrague.

 

 



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5 octobre  2014 : Sémiologie

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La Société Protectrice des Animaux, la SPA donc, vient de lancer une publicité originale. Commençons par le début : je vous décris l’affiche. Deux hommes se regardent, se sourient amoureusement, et l’un d’eux, du côté gauche de l’affiche,  tient dans ses bras un gros chat. Au dessus de la photo, un titre : A la SPA tout le monde peut adopter. On voit que ces deux éléments peuvent fonctionner séparément, avec des effets de sens différents. La photo est simplement une photo, qui toute seule pourrait représenter un vétérinaire rendant un animal guéri à son propriétaire ou n’importe quoi d’autre. Le titre seul, A la SPA tout le monde peut adopter, est une information, ou une invitation : venez adopter les animaux abandonnés et recueillis par la SPA. C’est le rapport entre les deux qui fait du sens supplémentaire. A l’heure où, en France, on débat sur le point de savoir si les couples homosexuels doivent pouvoir adopter, la SPA joue (habilement ?) sur l’actualité : clin d’œil aux homos et, en même temps, appel à adopter des animaux.

Cela, c’est le B.A. BA de la sémiologie, une analyse simpliste, presque évidente, de la construction du sens. Mais il est peut-être possible d’aller plus loin, d’interroger le choix des personnages par exemple (on pourrait imaginer une enquête : les homosexuels ne reconnaissent-ils dans ce couple, aiment-ils l’image qu’on leur renvoie d’eux-mêmes ?). Et pourquoi un chat ? Je sais que les rhinocéros ou les alligators ne sont pas très fréquents à la SPA, mais on pourrait imaginer un chien, un hamster ou un canari à la place du chat. Et d’ailleurs, est-ce un chat ou une chatte ? Indécidable, du moins à mes yeux.

Mais je viens de me rendre compte qu’en écrivant ce quyi précède j’introduisais une autre direction interprétative, un possible autre niveau sémantique. Et si c’était une chatte ?

Allez, je m’égare. Aujourd’hui des milliers de réacs vont défiler pour tenter d’imposer leur conception de la famille, comme s’il n’y en avait qu’une, ou comme si seule la leur était acceptable. Je ne sais pas si l’affiche de la SPA se trouvera sur le trajet de leur manifestation. Et si c’est le cas, je ne sais pas s’ils la comprendront. Le problème, avec la sémiologie, c’est qu’on a parfois l’impression d’enfoncer des portes ouvertes, de prendre les gens pour des imbéciles en leur expliquant des choses évidentes, alors que souvent les gens ne voient pas le sens qui s’affiche sous leurs yeux.

 

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2 octobre  2014 : Hong Kong

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Cela fait pratiquement trente ans que je vais régulièrement en Chine et à Hong Kong. En 1985, alors que j’enseignais quelques mois à Canton, on commençait à entendre parler de la formule de Deng Xiao Ping pour décrire l’avenir du territoire britannique et de ses relations avec la Chine, « un seul pays, deux systèmes ». Mais la rétrocession semblait lointaine. Les quelques enseignants étrangers du campus se rendaient parfois à Hong Kong, pour faire des courses, respirer comme un air d’Europe et lire la presse libre qui n’arrivait pas en Chine. Depuis lors, chaque fois que je vais dans cette partie de l’Asie, en Chine, au Japon, en Corée ou à Taïwan, je me débrouille pour passer quelques jours dans l’île, à l’aller ou au retour. Et chaque fois je me dis que Hong Kong n’a pas changé. On sait, bien sûr, que s’y  trouvent environ dix milles soldats de l’armée rouge, mais on ne les voit pas, on n’a pas besoin de visa (contrairement aux Chinois), les commerces sont les mêmes, les touristes aussi, à une différence près. Les Chinois du continent viennent, de plus en plus nombreux, visiter cette vitrine du capitalisme, et le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne sont pas très bien vus. Les Hongkongais les trouvent balourds, vulgaires, mal élevés. Et il est vrai qu’en passant du continent à l’île, de Shanghai ou Pékin à Hong-Kong, on change d’univers. De langue d’abord, le mandarin n’étant pas très parlé à HK, mais surtout d’ambiance générale et de culture politique. D’un côté des media muselés, une censure généralisée, de l’autre une ambiance encore britannique et des habitudes de liberté. Pour ne prendre qu’un exemple très contemporain, les media de Hong Kong parlent de la répression sauvage qui se passe dans le Xinjiang, mais les seuls Chinois continentaux au courant des manifestations à Hong Kong sont ceux qui s’y trouvent en touristes. J’ai d’ailleurs raconté ici que début juin, lors du vingt-cinquième anniversaire de Tian An Men, la presse chinoise ne parlait de rien, en particulier pas des manifestations à Hong Kong, et que l’accès à Internet était coupé.

Et cela me mène à une comparaison fréquente dans la presse française entre Hong Kong aujourd’hui et Tian An Men il y a 25 ans, alors que beaucoup de choses les séparent. Il y a 25 ans les Chinois de Tian An Men réclamaient quelque chose qu’ils n’avaient pas : la liberté et la démocratie. Aujourd’hui à Hong Kong les manifestants veulent conserver quelque chose qu’ils ont depuis longtemps : la liberté et la démocratie. Et cela fait une sacrée différence. Du coup, le pouvoir chinois n’a qu’une crainte : que les Hongkongais donnent des idées aux Chinois continentaux et n’alarment aussi les Taïwanais. C’est pourquoi il faut suivre avec soin ce que va faire le pouvoir. A suivre...

 

 





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1er octobre  2014 : Lecture

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Sortie aujourd’hui en livre de poche (Flammarion, collection Champs) « dans toutes les bonnes librairies » comme on dit de la biographie de Roland Barthes que j’avais publiée en 1991. J’y ai ajouté une longue préface mais n’ai pas modifié le texte. Ceux qui l’ont déjà lu peuvent donc garder leur argent pour s’acheter des bonbons. Pour les autres, précipitez-vous. Neuf euros, c’est donné.




Septembre 2014



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30 septembre 2014 : Low cost et charter

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Je reçois en réaction à mon dernier billet le message suivant :

« Dans votre précédent billet, vous traitiez de la dérive de notre vocabulaire, dérive qui m’insupporte tout comme vous. Pourquoi alors, dans votre billet consacré à la grève des pilotes d’Air France, recourir au terme étrange de « low cost », tellement passé dans le langage que, lorsque certains emploient l’expression « bas-coût », ils se sentent obligés de l’expliquer en la faisant suivre de son équivalent anglais. Il est vrai que, certaines fois, le coté plus compact de l’anglais peut le faire sembler mieux adapté qu’une traduction française. Mais ici, on ne voit pas ce qui peut le faire préférer au français ».

Oui, effectivement, j’aurais pu écrire « bas-coût », mêle si mon correcteur orthographique le souligne en rouge, ou « tarif réduit », comme je pourrais écrire « vol nolisé » et non pas « vol charter ». Sauf que dans ce cas la plupart d’entre vous se précipiterait sans doute sur un dictionnaire pour chercher le sens de « nolisé ». D’ailleurs, mon correspondant explique lui-même que « low cost » est tellement passé dans le langage que, etc., etc. En fait dans mon précédent billet, celui du 25 septembre, j’écrivais justement que mon problème n’était pas de me battre mot à mot, pas à pas, contre les emprunts à l’anglais ou les anglicismes, mais de m’interroger sur la signification globale de ce phénomène, "lorsque se met subrepticement en place une sorte de lexique alternatif qui semble témoigner d’une pensée alternative".  Quoi qu'il en soit, le débat est ouvert.


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27 septembre 2014 : Qui disparaîtra en premier?

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A Air France, la grève des nantis se poursuit. Et l’on semble oublier qu’au tout début, la revendication principale des pilotes était d’accélérer leur plan de carrière, de faciliter l’accès au grade de commandant de bord. Puis ils ont élargi leur propos, voulant visiblement la peau du projet de filiale « low cost », Transavia. Et la direction ayant largement reculé, ils s’acharnent. Au treizième jour de grève l’image de la compagnie est dégradée, les pertes financières énormes et à terme l’avenir d’Air France menacé. Tout cela n’est pas très gai, les pilotes semblent irresponsables, aveuglés par leurs intérêts corporatistes, mais il y a heureusement quelques raisons de rire. Hier soir, invité au Grand Journal de Canal +, Olivier Besancenot, l’ex porte-parole du Nouveau Parti Anticapitaliste, a exprimé son soutien aux grévistes. Les rires et les quolibets du plateau l’ont un temps déstabilisé, mais il a de la répartie et s’est vite repris. N’empêche, on a l’impression que dès qu’un syndicat, fut-il corporatiste, est en jeu, dès qu’une grève, fut-elle égoïste, se déclenche, le NPA frétille et croit percevoir les prémices du grand soir. S’ils attendent les pilotes d’Air France pour faire la révolution, le capitalisme a encore de beaux jours devant lui.

De la même façon que le retour de Sarkozy donne de l’air au gouvernement, les media oubliant l’un pour parler de l’autre, la grève des pilotes fait oublier le reste. Par exemple les élections partielles au Sénat qui auront lieu demain. Mais en aurait-on vraiment parlé sans cette grève ? Il semblerait que tout le monde se soucie du Sénat comme de sa première chemise, ou de son premier vol en avion. A quoi sert-il ? De point de vue législatif, je veux dire du point de vue du vote des lois, à pas grand chose sinon à le ralentir. Ralentir, c’est le bon verbe. Souvenons-nous de la fable de La Fontaine, Le lièvre et la tortue, dans laquelle le lièvre gambade, laissant la tortue aller « son train de sénateur ». Bien sûr, à la fin, la tortue l’emporte. Mais c’est oublier que sénat vient du latin senex, « vieux », et que les vieux finissent par disparaître...

Alors, pour mettre un peu de sel dans l’actualité, une petite question : qui selon vous disparaîtra en premier ? Le sénat ou Air France ?

 



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25 septembre 2014 : Une semaine en vrac

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Pierre Marcelle, chroniqueur à Libération depuis 25 ans, semble être sur le départ et a entrepris, chaque vendredi de revisiter l’histoire du journal. Le 19 septembre il retrace une évolution insidieuse du journal à travers les mots et se souvient de « lorsque nous ne nous découvrîmes plus que quelques un-e-s à nous offusquer de la banalisation d’expressions telles que être en capacité, d’anglicisme du tonneau de performer, de challenger, de cliver ou d’impacter (comme verbes !), de tics de langage  sollicitant l’ADN  de tout et de n’importe quoi, au point de rendre nécessaire un changement de logiciel, tout ce charabia qu’une novlangue d’inspiration affairiste inspirait, il était trop tard. Trop tard pour se rendre compte que, depuis des années et sans que nulle bible ne l’imposât, il y avait bien plus qu’une mode dans le remplacement somme toute paisible, dans l’espace public, de patrons par chefs d’entreprise, d’usagers (des services publics démantelés) par clients, de cotisations  par charges, de prix du travail par coût du travail. Il n’y avait pas eu de guerre des mots. Il n’y avait eu que l’inexorable marche en avant d’une autre grammaire, d’une autre syntaxe, d’un autre lexique, dans un air du temps auquel on ne résistait guère ».

Le soir même, dans l’émission C dans l’air, j’entendais deux invités répéter plusieurs fois, à propos du retour annoncé de Sarkozy, « step by step ». Pourquoi pas « par étapes » ? Puis sur Canal + la ministre de la santé parlait d’un « personnel dédié » à propos d’une française atteinte par le virus Ebola. Pourquoi pas « spécialisé » ? Ou, dans d’autres contextes, « consacré » ? Ne parlons pas de l’invasion depuis deux ou trois ans de « juste » mis à toutes les sauces. Ces anglicismes à la pelle m’intéressent depuis des années en tant que linguiste et m’énervent en tant que citoyen ou, tout simplement (et non pas « juste ») en tant que francophone. Mais tenter de lutter contre eux me fait penser à la médecine symptomatique, celle qui ne guérit pas mais lutte contre les manifestations de la maladie : faire baisser la fièvre ne guérit pas d’Ebola. L’intérêt de l’approche de Pierre Marcelle c’est qu’il ne proteste pas contre les anglicismes au nom de la défense de la langue, mais qu’il s’interroge sur leur sens sociologique, ou plus encore, sur leur sens politique. De quoi sont-ils le signe ? Nous savons depuis longtemps que les langues passent leur temps à s’emprunter mutuellement des mots, que cela est dans la nature des choses, des contacts, des rencontres, en bref de l’histoire. Mais lorsque se met subrepticement en place une sorte de lexique alternatif qui semble témoigner d’une pensée alternative, nous sommes confrontés à un autre phénomène sur lequel il faudrait réfléchir.

Venons-en à un mot qui n’est pas un anglicisme, loin s’en faut, mais que nous entendons sans cesse depuis quelques mois : les frondeurs. Au sens premier du terme, un frondeur est celui qui lance des pierres avec une fronde, comme un mitrailleur est celui qui tire avec une mitraillette. Dans ma prime adolescence, à treize ou quatorze ans, j’ai passé un an en pension dans une petite ville de Tunisie. La cour du collège était entourée de hauts murs derrières lesquels émergeaient des réverbères et, le soir, nous faisions des concours. Armés de nos tire-boulettes (que nous appelions si je me souviens bien des tawat en arabe tunisien) nous visions les lampes des réverbères et le gagnant était bien sûr le premier qui réussissait à en casser une. Nous étions donc, au sens propre du terme, des frondeurs. Le terme a cependant pris d’autres sens. D’abord un sens politique, désignant ceux qui critiquent le pouvoir établi. Souvenez-vous, c’était au milieu du 17ème siècle, et le Parlement, puis les Princes, se dressèrent contre le pouvoir royal et tout cela finira mal pour les frondeurs : victoire de Louis XIV et de Mazarin, exil du prince de Condé (d’ailleurs condamné à mort). Ensuite un sens plus large, désignant ceux qui critiquent les idées toutes faites. Restent donc nos modernes « frondeurs », mélange improbable de gens aux horizons politiques divers, Aubryste, Strauss-Kahniens ou rien du tout, mais qui ont en commun leur ambition (peser sur les choix du gouvernement) et leur pusillanimité (ils n’osent pas voter contre, pensant sans doute à leur avenir, à leur future investiture). Pusillanimes ou ambitieux, coincés parce que sans perspectives politiques, ils confondent l’Assemblée Nationale avec une assemblée générale de l’UNEFou un congrès des Verts, jouent à se faire peur mais ne font guère de bien au gouvernement et constituent une sorte de prince de Condé collectif. Reste à avoir s’ils finiront comme lui. Mais revenons à mon activité de frondeur, lorsque j’étais pensionnaire. Un jour, nous nous sommes rendus compte que, chaque fois que nous parvenions à détruire un certain réverbère, un de nos copains tunisiens n’avait pas fait ses devoirs. Il habitait juste à côté du collège, n’avait pas l’électricité chez lui et travaillait à la lumière de ce réverbère. Par solidarité, nous avons arrêté nos caillassages.  C’était juste une petite histoire, en passant.

 

 20 septembre, je suis invité au salon de la biographie, à Chaville, où 80 écrivains viennent signer leurs livres. Par curiosité, je regarde à qui sont consacrées ces biographies qui nous réunissent. Dans le désordre (ou plutôt dans l’ordre alphabétique des auteurs) il y a des gens aussi différents que Frank Sinatra, Marie-Madeleine, Modigliani, La Fontaine, Barrès, Olympe de Gouge, Colette, Rameau, Berlioz, Léo Ferré, Georges Moustaki, Coco Chanel, Zénobie, Alexandre Dumas, Bernanos, Georges Sand, Churchill, Dreyfus, Bonaparte, Montgomery, Apollinaire, Pu Yi, Jean Renoir, Madame de Staël, Marguerite Duras, Gorbatchev, Diane de Poitiers, Pierre Herbart, Ninon de Lenclos, Isodora Ducan et quelques autres. Un beau capharnaüm. Et je me demandais ce qui pouvait bien pousser des gens à acheter des biographies. Car, dans ce salon réservé justement aux biographies, il y avait foule. J’ai même vu des clients partir avec une dizaines de livres. Remarquez, vous pourriez vous demander ce qui peut bien pousser des gens à écrire des biographies. En guise de début de réponse, juste un détail : il y avait au salon de Chaville  six livres consacrés à Jean Jaurès, qui comme chacun sait est mort en 1914, il y a un siècle. Alors, si vous avez des velléités, un petit conseil. D’abord, évaluez le temps qu’il vous faudrait pour écrire une bio. Disons trois ans. Donc vous pourriez sortir en 2017. Maintenant, cherchez qui est mort en 1917. Vous n’aurez pas de mal : rien que dans les tranchées de Craonne ou du chemin des Dames il doit y en avoir un demi-million. Dans cet ensemble, cherchez quelqu’un de célèbre et hop, vous tenez votre thème. Au travail ! Au fait, en 2017 il y aura une élection présidentielle, suivie d’élections législatives, ce n’est peut-être pas une bonne année pour une biographie. Alors choisissez une autre année, 2018 par exemple, ah non, on commémorera la fin de la Première guerre mondiale… Bon, écrivez donc de la poésie.

21 septembre au soir, sur A2, j’ai l’impression d’être face à une bande d’actualité d’il y a cinq ou six ans. Je me frotte les yeux, mais oui, c’est bien lui, Nicolas Sarkozy. Il veut revenir, président de l’UMP d’abord, avant de viser plus haut, il va revenir, il revient. Pour quelle politique ? Ca, il n’en a rien dit. Simplement il nous a expliqué qu’il le doit, qu’il se doit au pays, « avec toute l’expérience que j’ai accumulée », entre Bonaparte, homme présidentiel, et Jeanne d’Arc, qui entendait des voix lui ordonnant de courir au secours de la France. 

Comme le Beaujolais, le Sarkozy nouveau serait arrivé ? Pas vraiment, car il n’a rien de nouveau :

Il est toujours méprisant, expliquant qu’il aura besoin de Fillon et Juppé et, surtout, disant plusieurs fois au journaliste Delahousse « soyez précis » ou lui assenant « est-ce que vous êtes drogué à l’actualité ou est-ce que vous avez perdu toute mémoire ? »

Il est toujours aussi réaliste sur lui-même: « Je suis courtois et plutôt bien élevé »

Il est toujours aussi vantard : « J’ai été battu de si peu »

Il est toujours aussi prétentieux : « Est-ce que vous me prêtez deux neurones d’intelligence », formule répétée deux fois, ou encore, à propos de Patrick Buisson, « personne n’a jamais lobotomisé mon cerveau »

Il parle toujours aussi bien le français : « Qu’est-ce qui va nous donner la garantie que vous tiendrez ce que vous dîtes ».

Il est toujours un peu malade, mais cette fois-ci il souffre d’amnésie : 74 millions de dettes de l’UMP, quels 74 millions ? Ou encore, parlant du « mur des cons » du syndicat de la magistrature, il s’excuse de prononcer un tel mot. A-t-il oublié le « casse-toi pauvre con » ?

Bref, il s’agissait bien d’une vieille bande d’actualité. Nous vivons une époque formidable : en allumant la télévision nous rajeunissons de six ans.

 C’est vrai,  cette époque est formidable. Regardez Serge Moatti, juif, fils de déporté, qui sort un livre dans lequel il explique tout le bien qu’il pense de Jean-Marie le Pen. Et Jérôme Kerviel, ce trader dont la folie à coûté 4 ou 5 milliards, caricature du système de la finance spéculative, invité par Jean-Luc Mélenchon à la fête du journal communiste l’Humanité. Sans oublier la grève des pilotes d’Air France, qui sont payés entre 13.000 et 15.000 euros par mois : une grève de nantis, de riches. Et Aquilino Morelle, l’ex conseiller de Hollande, se disant victime d’une épuration ethnique (je sais, il a démenti, et d’ailleurs il est toujours vivant). Epuration ethnique ! Frondeurs ! Je suis courtois et plutôt bien élevé ! Ce qui caractérise finalement cette époque formidable dans laquelle nous vivons, c’est que les mots ne pèsent pas lourd, ou ne coûtent pas cher.


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fleche19 septembre 2014 : Retour

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Ce site a été en maintenance pendant quelques jours et le voilà donc de retour. Petite nouveauté : vous trouverez, sous le baromètre des langues du monde, un baromètre des langues africaines, résultat d’un gros boulot. Dans le premier baromètre nous prenions en compte les 563 langues du monde ayant plus de 500.000 locuteurs . Nous avons cette fois pris en compte toutes les langues d’Afrique, c’est-à-dire 1979. L’ergonomie est la même : tous les facteurs ont, par défaut, la valeur 1, mais à l’aide de curseurs vous pouvez modifier cette valeur et effectuer ainsi votre propre classement. Bonne visite.

Pour ma part je serai de retour en milieu de semaine prochaine.



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fleche10 septembre 2014 : Tu veux de l'info, en vlà!

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Depuis qu’elle a été nommée ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem est la cible d’attaques haineuses qui puent le racisme et la mauvaise foi. Le dernier exemple est une fausse lettre à en-tête du ministère et portant sa signature demandant aux maires d’organiser, dans le cadre des activités périscolaires, des cours d’arabe. Tu veux de l’info, en vlà !

Deux journaux français, dont le métier est d’informer, L’opinion et Valeurs actuelles ont publié un sondage selon lequel si Sarkozy était candidat à l’élection présidentiel il serait avec 30% des voix devant Marine Le Pen (23%) et Français Hollande (16%) et l’emporterait au second tour. Cette enquête était présenté comme réalisée par l’institut IPSOS à la demande de l’UMP. Seulement l’IPSOS a déclaré n’avoir jamais fait cette enquête et l’UMP a déclaré ne l’avoir jamais commandée. Tu veux de l’info, en vlà !

Enfin Christian Estrosi, le maire de Nice, invité sur les ondes de BFM Politique à dire ce qu’il pensait de Sarkozy, répond que ce dernier « est le mieux placé pour faire sa propre autopsie ». Le journaliste : « Nicolas Sarkozy doit faire son autopsie ? ». Estrosi : « Mais je fais la mienne ! Je dois faire la mienne ! Nous devons tous faire la nôtre ! » On lui a sans doute expliqué ensuite qu’il fallait dire « autocritique ». Alors, lapsus ? Cela y ressemble fort, et il est bien amusant. Mais si ce n’était pas un lapsus ? Si c’était simplement de l’info. Tu veux de l’info, en vlà !

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fleche6 septembre 2014 : Le syndrome  du trou de la serrure

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Lorsque j’ai vu pour la première fois Valérie Trierweiler je me suis dit que, décidément, Hollande choisissait bien mal ses compagnes. Je n’avais jamais supporté Ségolène Royal, sa mise en scène médiatique d’un de ses accouchements, sa « foldinguerie » pendant sa campagne présidentielle, j’avais voté pour elle par défaut mais, et je vous accorde que c’est bien subjectif, cette femme m’irritait à la fois politiquement et humainement. Et j’ai eu la même pénible impression en voyant les premiers pas de la nouvelle « première dame », le sentiment d’un mélange de méchanceté, d’arrivisme  et de volonté de puissance. Lorsqu’en juin 2012 elle avait publiquement soutenu par un tweet le dissident du PS qui, à La Rochelle, s’opposait à Ségolène Royal, j’ai pensé que le président nouvellement élu ferait bien de se débarrasser au plus vite de sa seconde compagne. Je sais que certains verront dans ces mots un preuve de machisme, mais qu’importe. A mes yeux, Dominique Strauss-Kahn avait été pour le moins déraisonnable après ses problèmes post-Sofitel de s’embarquer dans une aventure avec Marcela Iacub qui, visiblement, l’avait manipulé pour écrire  Belle et Bête, et François Hollande avait été déraisonnable de passer l’éponge sur cette histoire de tweet.

Bref, vous avez compris de quoi je parle, du livre qui vient de sortir, de la comédie de boulevard donnée par une femme jalouse, une femme blessée mais suffisamment calculatrice pour écrire en cachette, en prenant avec la complicité de son éditeur des précautions d’agent secret, ordinateur non relié à Internet, manuscrit enfermé dans un coffre fort, impression en Allemagne, sous un faux titre, un texte ravageur dont elle savait très bien la tempête qu’il allait déclencher et pour lequel, dit-on, elle a touché une avance de 100.000 euros. En février 2013, découvrant dans Paris Match un reportage photographique sur elle et Hollande réalisé à son insu, madame Trierweiler l’avait traité de « journal de merde », mais cela ne l’a pas empêchée, encore une fois dans le plus grand secret, d’organiser avec ce « journal de merde » la sortie d’un numéro spécial sur son livre. Comment qualifier l’opération ? Saloperie, agression, traitrise, violence, « livre de merde », bombe, brûlot ? Qu’importe. Tout cela ne grandit pas la politique mais, surtout, cela ne grandit pas les auteurs de livres comme ceux de Iacub ou de Trierweiler. Et du coup Ségolène Royal m’en paraît presque sympathique : elle, au moins, n’a jamais débiné publiquement son ancien compagnon.

Mais, au delà de ces pratiques de poubelles, de ces viols non plus de la vie privée mais de la vie intime, de ces mensonges peut-être, de ces injustices sûrement, la parution du livre de Trierweiler pose un autre problème qui, je crois, est plus grave. Qu’elle ait voulu se venger en tentant de détruire un homme et, au bout du compte, sa politique, cela relève de la psychiatrie. Qu’elle favorise tout à la fois le poujadisme, madame Le Pen, le populisme et la méfiance des Français envers les politiques, c’est son problème. Mais que des dizaines de milliers, peut-être des centaines de milliers de personnes se soient précipitées, le jour de sa parution, pour acheter ce livre relève de ce que j’appellerai une psychiatrie sociale et révèle un profond malaise dans notre société. Les Français ne votent guère, ne s’intéressent pas à la politique ou la dénigrent, mais se jettent, voraces, sur ce genre d’ouvrage. Et ce syndrome du trou de la serrure est inquiétant. On imagine les consommateurs en demander toujours plus (oui, les consommateurs, et non pas les lecteurs, car il ne s’agit ni de lecture ni de littérature mais bien de consommation). Il bande ? Il se masturbe ? Tous les jours ? Elle le suce ? Ses slips sont propres ? Ses règles sont régulières ? Elle baise bien ?

Ce que montre le livre de Trierweiler, au delà de la personnalité malsaine de son auteur, c’est qu’il y a des gens pour l’acheter, des gens qui peuvent se poser ce genre de questions, des gens qui préfèrent le trou de la serrure à un peu de réflexion politique. Un révélateur.

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Août 2014

 

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fleche30 août 2014 : Il y a balles et balles

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Arnaud Montebourg, après avoir été viré, a d’abord déclaré en privé qu’il allait ouvrir une galerie de peinture (en fait il citait ce que Chirac avait dit à Giscard) puis, en public : « Je vais prendre exemple sur Cincinnatus, qui préféra quitter le pouvoir pour retourner  à ses champs et à ses charrues ». Je ne connais pas les compétences de Montebourg en matière d’histoire, mais Cincinnatus est dans l’histoire romaine une sorte de mythe dont on ne sait pas grand chose. Allégorie de l’homme politique désintéressé il aurait en 458 avant J-C sauvé Rome en 16 jours avant de retourner sur ses terres « nu et labourant » selon un ouvrage attribué, sans doute à tort, à Aurelius Victor, Liber de viris illustribus. Après avoir porté une marinière « made in France », notre ancien ministre va-t-il se mettre, dans le plus simple appareil, aux travaux champêtres ? Ce serait plaisant, non ? Je l’imagine déjà poussant une balle de foin.

En fait je cherchais une transition. Il y a, en effet, balles et balles. Au Sénégal un étudiant, Bassirou Faye, a été tué par la police sur le campus de l’université de Dakar  lors d’une manifestation : les étudiants réclamaient le paiement de leurs bourses, qu’ils n’avaient pas touchées depuis octobre 2013. On leur a répondu par des balles, mais pas celles qu’ils attendaient. Ne reculant devant aucun sacrifice, le président de la République, Macky Sall, a décidé d’offrir à la famille du défunt un billet pour la Mecque. Dieu est grand !

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fleche27 août
2014 :
Echiquier politique

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Je n’imaginais pas samedi, en écrivant mon précédent billet, que le bal des egos allait s’accélérer au point de déclencher un changement de gouvernement. Et, une fois encore, l’observation distanciée des évènements est pleine d’enseignements. Prenons Montebourg. Dès lundi soir il annonçait qu’il « reprenait sa liberté », c’est-à-dire qu’il tentait de nous faire croire qu’il avait démissionné, alors qu’il avait proprement été viré. Il a joué, une fois de plus, avec le feu mais cette fois le jeu lui a échappé. Le Canard enchaîné, faisant allusion à la sortie de Montebourg proposant d’envoyer à Hollande une « bouteille de la cuvée du redressement », titre aujourd’hui qu’il a « trop forcé sur la bouteille ». La formule est amusante, mais une métaphore échiquéenne est sans doute plus parlante.

Aux échecs, le cavalier est une pièce fantasque, qui dispose de possibilités variées et qui peut souvent surprendre. En effet, il se déplace en L, passant d’une case noire à une case blanche, ou inversement, il peut menacer deux pièces à la fois et surtout il peut  sauter par dessus d’autres pièces : il est rarement enfermé, coincé. Posez un cavalier sur une case noire au centre de l’échiquier : il peut théoriquement se déplacer vers huit cases blanches différentes, et cette liberté circulaire donne presque le tournis. Mais, en fin de partie, un cavalier seul ne peut pas mater le roi adverse, il lui faut au moins une autre pièce. Et tout ceci définit parfaitement Arnaud Montebourg. Fantasque comme le cavalier, pouvant souvent surprendre, il trouve ses limites lorsqu’il est isolé. Il s’est trouvé, après ses rodomontades de Frangy, coincé sans même s’en apercevoir, entraînant dans sa chute Hamon, ex-ministre de l’éducation nationale. Seule Aurélie Filippetti a réellement démissionné, les deux autres, répétons-le, ont été virés. Le nouveau gouvernement est de ce point de vue une leçon de choses. Peu de changements, sauf à la culture, à l’éducation nationale et bien sûr à l’économie, le départ des trois titulaires de ces postes était la fonction principale du changement de gouvernement.

Certains me diront que Montebourg, par ses provocations irréfléchies, s’apparenterait plutôt à un fou. Cette pièce se déplace en biais (c’est la fameuse « diagonale du fou ») et permet de contrôler deux axes. De ce point de vue, c’est plutôt Placé qui lui correspondrait, un œil sur la diagonale verte, un autre sur la diagonale socialiste, attendant un poste de ministre, il se verrait bien l’égal des éléphants du PS. Justement, le fou était, dans les anciens jeux d’échecs, un éléphant, et il se dit en arabe al fil, c’est-à-dire, justement, l’éléphant.

Quoiqu’il en soit,  je vous disais qu’un cavalier seul ne suffisait pas à mettre en échec le roi adverse. Associé à un autre cavalier, il ne peut obtenir qu’une partie nulle. Associé à un fou, il est presque aussi impuissant : il lui faut une quarantaine de coups, en jouant très finement. Mais ce qui manque à Montebourg, c’est peut-être la finesse...

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fleche23 août
2014 :
Peter Pan, la grenouille et le bœuf.

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En cette fin de vacances, alors que malgré l’Ukraine et le Proche-Orient la presse manque de sujets à se mettre sous la dent, le monde politique s’agite et nous donne à voir un fabuleux bal des ego. Cecile Duflot, à la veille des journées d’été des écolos, sort un ouvrage, De l’intérieur : Voyage au pays de la désillusion, dans lequel elle tire à vue sur François Hollande. Il s’agit, bien sûr, de se positionner en vue de l’élection présidentielle de 2017, de prendre les devants afin d’apparaître comme incontournable. Mais elle a en face d’elle d’autres Verts qui lui reprochent d’avoir fait une erreur stratégique en quittant le gouvernement : Jean-Vincent Placé (qui rêve d’être ministre), Denis Baupin ou François de Rugy. Ils ont eu une belle formule pour qualifier le comportement de Duflot : le syndrome de Peter Pan, c’est-à-dire le refus de grandir, de voir les choses en adulte.

D’autres se voient déjà grands, comme Bruno Lemaire ou Arnaud Montebourg. Lemaire a annoncé qu’il se portera candidat à la présidence de l’UMP contre Sarkozy. Et Montebourg pour sa part aligne les couacs en critiquant le gouvernement auquel il appartient. Sa dernière sortie appelle à faire passer au second plan la réduction dogmatique des déficits et à changer de politique économique. Immédiatement Emmanuelle Cosse (le clone de Duflot) et Placé applaudissent, et l’on peut se demander si Montebourg ne cherche pas des alliés de ce côté là. Bref, Duflot, Lemaire, Montebourg ou Placé, tous se rêvent plus importants qu’ils ne le sont aujourd’hui, tous visent une place centrale sur l’échiquier politique. Et cela me fait irrésistiblement penser à la fable de La Fontaine, la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. Vous vous souvenez de la fin ? Ne cherchez pas, je vous la donne :

"La chétive pécore
 s'enfla si bien qu'elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages ». Fermez le ban !

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fleche12 août
2014 : Revue de presse

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Burkina Faso  L’influence des « métropoles » sur les anciennes colonies n’est pas toujours négatives et peut même être parfois réjouissante.Ainsi, dans la plupart des pays africains francophones on trouve un journal satirique, une sorte de version locale du Canard enchaîné. Au Burkina Faso il s’appelle Journal du jeudi, hebdromadaire satirique burkinabé, et hebdromadaire est déjà une belle trouvaille. Dans sa dernière livraison (7-13 août), un dessin montre un « bailleur de fonds »occidental tenant dans les mains deux dossier et disant : « Je pense à un projet de réhabilitation de votre marine (NB : Faut-il le préciser ? Le Burkina Faso n’a aucun accès à la mer) et à un autre de prévention des tempêtes de neige » et, face à lui, un bureaucrate africain tend la main vers les dossiers en répondant « Envoyez seulement ». Mais la chose dont tout le monde parle aujourd’hui au Burkina, la chose qui apparaît danstoutes les conversations, est ailleurs. Le président de la république en exercice, Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 1987, arrive en 2015 au terme deson ixième mandat (je n’arrive pas à m’y retrouver entre coups d’état, élections plus ou moins truquées, élections plus ou moins convenables…) etn’est, théoriquement, pas rééligible. Partira, partira pas ? Va-t-il organiser un référendum pour changer la constitution ? Ou bien fairepasser une loi lui permettant de se représenter ? Le Journal du jeudi, hebdromadaire satirique burkinabé (oui, je sais, j’ai déjà cité ce titre dans sa totalité, mais c’est pur lui faire de lapublicité) s’en donne à cœur joie. Un dessin met en scène Compaoré face à un Ouattara, président ivoirien : Pourquoi, Ado, tu peux rebeloter en 2015 et pas moi ? Réponse de Ouattara : Toi, c’est pas rebeloter, c’est rererererebeloter. Ou encore un dessin sur lequel Compaore, devant une affiche où l’on lit des dates (1987,1991, 1998, 2005, 2010) : Comme il n’y a pas rétroactivité, on n’a qu’à rebaptiser le Burkina Haute Volta et j’aurai droit à 2 mandats encore. Il demeure que l’opinion publique ne semble pas hostile à ce qui pourraitpourtant s’apparenter à un coup d’état constitutionnel. Ainsi des amis dont les positions démocratiques ne sont pas contestables me disent que Compaoré s’estamélioré avec l’âge, que cela ne les choquerait pas s’il restait… Allez comprendre.

Algérie Dans Le Monde diplomatique du mois d’août maintenant, un long article intitulé Sexe, jeunes et politique en Algérie. Quelques extraits, pour vous inciter à le lire :                                             «Il a 23 ans et comme la plupart des jeunes de son âge que nous avons rencontrés etinterrogés sur la sexualité, il parle de religion dès les cinq premières minutes d’entretien. Ce qui le préoccupe tout particulièrement, c’est le calculentre hassanate (les bons points récoltés au cours de la vie grâce aux bonnes actions effectuées) et syiate (les mauvais points). De la différence entre les deux dépendra son accès au paradis. Je prie à la mosquée cinq fois par jour. Parce qu’à la mosquée ça te rapporte vingt-sept fois plus dehassanate qu’à la maison. (….) Coucher avec une femme avant de se marier est pour lui « complètementimpensable », car criminel aux yeux de Dieu. Par contre, il se masturbe « tous les jours ». « Je sais que c’est haram (interdit), maisc’est la pression. Et au moins, avec la masturbation, tu reçois moins de syiate que si tu te fais caresser par une fille ». Vous êtes prévenus ! Mais lisez la suite de l’article, c’est édifiant.

Turquie Dans Libération je prends quelques citations de Recep Tayyip Erdogan, ex premier ministre et désormais président de la république : « L’heure de la fin de la vieille Turquie et de ses politiques partisanes a sonné », « nous voulons forger une jeunesse religieuse et moderne (…), une jeunesse qui revendique sa religion, son langage, sa sagesse, sa chasteté etses rancunes ». Lorsqu’Erdogan était premier ministre, avez-vous entendu parler du président de la république turque ? Non, bien sûr, c’était le premier ministre qui se trouvait sur le devant de la scène. Maintenant qu’Erdogan est président de la république, vousen entendrez parler : si vous voulez avoir une idée de ce qui va se passer, relisez l’histoire de la Russie depuis que Poutine a été successivementprésident de la république, puis premier ministre puis à nouveau président de la république… L’actualité terroriste en Iraq et en Syrie a remis dans lalumière l’idée de califat, mais c’est peut-être en Turquie qu’elle va bientôt s’incarner. Alors je vous propose la recette d’un cocktail. Mettez dans unshaker la longévité politique de Compaoré et de Poutine, ajoutez-y un zeste de hassanate et de syiate, un peu de chasteté et beaucoup de démagogie, secouez etvous aurez un savoureux cocktail, que nous baptiserons, pour éviter un anglicisme, la queue de coq Erdogan.

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Juillet 2014

 

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fleche30  juillet  
2014 : Devoirs de vacances

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Je viens de passer une semaine à Chypre, à me reposer (beaucoup) et à travailler (un peu) sur l’arabe Chypriote. Sont en effet arrivés à Chypre autour du XII° siècle des Maronites arabophones, venant de ce qui est aujourd’hui la Syrie et le Liban, qui ont vécu pendant huit siècles dans quatre villages de la partie nord de l’île. Puis, après l’occupation d’une partie de Chypre par l’armée turque, ils se sont repliés vers Nicosie, Larnaka et Limassol. Sur les 5 ou 6.000 maronites chypriotes , moins de mille parlent aujourd’hui cette projection de l’arabe levantin qui présente la particularité d’avoir évolué sans rapport avec la religion musulmane et sans la pression normative de l’arabe standard. En gros, à la diglossie classique entre arabe « dialectal » et arabe « classique » s’est substituée une diglossie grec/arabe qui a modifié bien sûr la langue. Si je vous parle de cela, c’est que je suis en train de préparer un livre sur l’histoire linguistique de la Méditerranée, que je travaille en ce moment sur l’expansion de l’arabe,  et que le cas de Chypre, comme d’ailleurs celui de Malte (où un arabe maghrébin celui-ci et italianisé est devenu langue nationale) constituent une véritable leçon de choses. Nous sommes tellement environnés par l’idéologie arabo-musulmane que nous avons parfois du mal à regarder les choses en face, à dire que le roi est nu ou, si vous préférez que les Tunisiens parlent tunisien, les Egyptiens parlent égyptien, et qu’il s’agit là de langues différentes, ou peut-être de langues en voie d’émergence. Et le maltais, largement majoritaire à Malte, comme l’arabe chypriote, largement minoritaire à Chypre, lui, nous donnent justement à voir l’évolution « normale » de langues arabes dans des environnements plurilingues. Bref, il y a là un sujet passionnant, dont je vous reparlerai. Pour l’instant je change de devoirs de vacances  et pars travailler une semaine au Burkina Faso.

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fleche17  juillet  
2014 : Toubon défenseur des droits... de la droite

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On a beaucoup cité le lapsus de Hollande dans son intervention télévisée du 14 juillet, lorsqu’il a dit que Sarkozy était prisonnier innocent. Comme souvent, en mettant le projecteur sur un fait, on passe à côté d’un autre fait, parfois plus important car, en insistant sur ce point, les commentateurs ont raté le principal. Voici sa phrase complète :

« Chacun doit être certain qu’il est prisonnier... euh présumé innocent avant d’avoir été condamné »

« Avant d’avoir été condamné » : pour aller jusqu’au bout de la présumée innocence, il aurait fallu dire «avant d’avoir été jugé », car un accusé peut être innocenté, ou obtenir un non lieu, et Hollande indiquait  nettement qu’à ses yeux Sarkozy serait condamné, car, débarrassée de son lapsus apparent sa phrase en affichait un autre, beaucoup plus intéressant : « Chacun doit être certain qu’il est présumé innocent avant d’avoir été condamné ». En fait, Hollande semble se spécialiser dans les lapsus en tous genres, et le dernier en date est la nomination de Jacques Toubon au poste de défenseurs des droits. Pourquoi donc est-il allé chercher cette vieille savate chiraquienne qui a montré comment il traitait le droit. Un exemple ? Tenez, en novembre 1996 l’adjoint du procureur de l’Essonne ouvrait une information judiciaire contre Xavière Tiberi. Catastrophe ! Le couple Tiberi est en effet à Jacques Chirac ce que les couple Balkany est à Nicolas Sarkozy : des délinquants déjà condamnés mais à défendre à tout prix. Toubon, qui était alors ministre de la justice, se mit en quête du procureur en titre, Laurent Davenas. Où était-il, Davenas ? Davenas était au Népal, où il préparait si je me souviens bien l’ascension de l’Himalaya. Ni une ni deux, Toubon contacte l’ambassade de France et fait envoyer un hélicoptère pour récupérer le procureur afin qu’il vienne étouffer l’affaire et mettre fin à cette scandaleuse mise en examen de Xavière Tibéri. Toubon était déjà spécialisé dans la défense des droits...de la droite.  On se demande ce qui s’est passé dans la tête de Hollande.

Bon, terminons quand même avec le sourire. Comme vous le savez, on s’interroge sur des contrats signés par AREVA lorsqu’Anne Lauvergeon  en était la patronne, et certains soupçonnent son mari d’avoir trempé dans l’affaire. Or le mari s’appelle, ça ne s’invente pas, Olivier Fric.

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fleche15  juillet  
2014 : Retour d'Abidjan

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Depuis une quarantaine d’années que je parcours  l‘Afrique, à chacune de nos retrouvailles avec des amis, après avoir pris des nouvelles de la famille, puis de la politique, nous en venons régulièrement à parler de la corruption, des détournements de fonds, bref des maux de l’Afrique. Mais les temps changent. On parle certes en ce moment à Abidjan de fraude aux examens (pour le BEPC), mais c’est bien peu de choses. Parler de politique en Afrique de l’Ouest c’est aujourd’hui parler de l’irresponsabilité de la France et de la Grande-Bretagne, ou de Sarkozy et Blair, bref de l’intervention en Libye qui a mis sur le marché des centaines de millions d’armes dont une bonne partie se retrouvent dans les mains de groupes islamistes. Et parler de corruption, de détournement de fonds, nous amenait immédiatement à parler de la France, de l’UMP, de Sarkozy, des billets d’avion de madame Copé, de l’achat par AREVA de mines d’uranium  dans des conditions étranges et d’autres petites choses croustillantes encore. Oui, les temps changent et le Nord n’a guère de leçons de moralité politique à donner.

Ceci dit, j’étais en Côte d’Ivoire pour parler de politique linguistique devant un aéropage, les ministres de l’éducation nationale des pays de la Francophonie. Comme toujours, en fin de réunion, le retard accumulé fait que ceux qui parlent en dernier voient leur temps de parole raccourci. J’ai donc dû me contenter de dix minutes (mais il y a longtemps que je sais qu’un texte donné à un ministre ne doit pas excéder une page...). Cependant, je n’ai pas pu m’empêcher de faire un petit calcul. Deux jours avant, lors de la cérémonie d’ouverture, nous avons eu droit à une dizaine d’interventions officielles. Chacune commençait de la même façon, par une sorte de litanie  « Monsieur le ministre d’état Machin représentant son excellence le premier ministre, monsieur le ministre Truc, madame le ministre Chose, mesdames et messieurs les ministres représentant les pays membres, monsieur l’Administrateur de la Francophonie, monsieur le secrétaire général de la CONFEMEN, madame la représentante de l’UNESCO, mesdames et messieurs les ambassadeurs, messieurs les chefs traditionnels, messieurs les représentants des cultes, honorables invités en vos rangs, grades et qualités, mesdames et messieurs »… Dit avec la componction et la gravité qui s’imposent, cela prend une bonne minute. Répété dix fois, dix minutes. Mais quand on aime, on ne compte pas.

Dans l’avion, à l’aller et au retour, j’ai lu le dernier livre d’ Erik Orsenna, Mali, ô Mali, et j’y ai trouvé ce délicieux passage, que je vous livre :

« -En tout cas, ne contagionne pas nos filles.

Cette fois Mme Bâ sursauta.

«-Ce mot n’est pas français !

-Nous non plus, nous ne sommes pas français ! »

Cela m’a rappelé un colloque, il y a trois ans je crois, en honneur à Alain Rey, dans lequel un journaliste de France Inter, qui animait une séance, avait parlé de l’accent « charmant » d’un Québécois qui intervenait. Lequel lui avait répliqué : « Il faut être deux pour avoir un accent ». Eh oui. Pour la corruption comme pour les accents, un certain relativisme s’impose.

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fleche8  juillet  
2014 : Le Turc en Italie dégraissé, réduit à l'os

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Le Turc en Italie, opéra bouffe de Rossini, programmé au festival d’Aix-en-Provence, n’ a décidément pas de chance. La première en avait été annulée samedi pour cause de grève des intermittents du spectacle et hier la « seconde première », prévue dans la cour de l’archevêché, a dû être déplacée vers le grand théâtre de Provence pour cause de conditions climatiques un peu humides. Après les intermittents, le temps.

Déplacer un spectacle comprenant une cinquantaine de musiciens, une vingtaine de choristes, sept interprètes plus les techniciens que l’on imagine, sans parler des décors, intransportables et de l’absence de fosse pour l’orchestre, cela tient de la gageure. Nous eûmes donc droit à ce que les organisateurs appellent d’une formule pudique une version « semi-scénique », une grande scène entièrement occupée par l’orchestre, un peu à l’étroit mais pour une fois à la vue de tous, côté jardin une série de chaises le long du mur pour les choristes, qui se lèvent et se regroupent pour chanter puis retournent s’asseoir, et côté cour un passage permettant aux interprètes  d’accéder à l’espace disponible entre l’orchestre et le bord de la scène, une bande de moins de deux mètres de large. Les interprètes portaient les costumes prévus mais il n’y avait aucun décor. Enfin, pas tout à fait : il y avait dans cet espace long et étroit huit chaises paillées un peu vieillotte, dont je ne sais pas si elles sont dans la mise en scène complète, et sur lesquelles les chanteurs s’asseyaient parfois. Voilà, le décor si je puis dire est en place, cela commence comme il se doit par un prélude interprété par une quarantaine d’instruments à cordes, éblouissants, et c’est parti pour le spectacle. L’orchestre excellent, la direction musicales pleine d’humour. En particulier, sur des passages proches du récitatif, l’orchestre s’arrêtait pour laisser place à un accompagnement minimaliste au clavier, me semble-t-il  improvisé, par exemple  le jaillissement soudain de quelques mesures de Mozart (La Marche turque), ou quelques accords, quelques arpèges impressionnistes, soulignant ou suggérant les mouvements ou l’action en train de se faire. Trois heures après, le triomphe, plusieurs rappels, tout le monde enchanté, par la qualité du spectacle, indéniable, par la prouesse technique aussi, peut-être.

Je l’étais aussi, enchanté, ébloui, mais pour des raisons un peu particulières. Je ne suis pas fanatique d’opéra, j’ai toujours trouvé ridicule ces décors, ces gestes, ces vocalises, ces morceaux de textes répétés cinq ou dix fois, bref je m’y ennuie parfois et je préfère l’écouter sur disque, de façon flottante dirait un psychanalyste. Or, par la force des choses, La force du destin  aurait dit Verdi, une grande partie de ce qui m’ennuie ou me semble ridicule avait disparu. Un opéra  dégraissé, réduit à l’os presque, débarrassé de ses oripeaux, en partie peut-être par la volonté initiale du metteur en scène (costumes d’une étonnantes sobriété et modernité par exemple) mais surtout à cause des intempéries, de la délocalisation vers un lieu à priori incapable d’accueillir un orpéra, qui avaient dégagé les décors et les mouvements de scène. Je ne sais pas ce que devait être, et sera dans les jours qui viennent, Le Turc en Italie tel que prévu par le metteur en scène j’essaierai de me renseigner, mais j’ai eu l’impression que cette mise en scène dénudée, ramenée presque à la partition et à quelques gestes, quelques mimiques, constituait une sorte de révolution, qui rime ici avec simplification. Une sorte d’opéra du pauvre, sacrément efficace. Bon, tout ceci dit, je pars demain travailler quelques jours en Côte d’Ivoire. A la semaine prochaine.

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fleche6  juillet   2014 : Appel au peuple

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Je suis à la recherche d'un livre épuisé et introuvable sur Internet, sauf à des prix prohibitifs. Il s'agit d'un Que Sais-Je? d'Alain Guillerm publié en 1995, La marine dans l'antiquité. Si l'un de mes lecteurs l'avait et pouvait me le prêter, cela me rendrait bien service pour des travaux que je suis en train de mener sur l'histoire linguistique de la Méditeranée. Merci par avance.

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fleche5  juillet  
2014 : Pensées uniques

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J’ai assisté hier soir à une rencontre, organisée par les Déconnomistes à la faculté des lettres d’Aix-en-Provence, rencontre avec Pierre Carles, le réalisateur de Pas vu pas pris, La sociologie est un sport de combat ou encore Hollande, DSK, etc., qui présentait son prochain film, ou du moins la première moitié de son prochain film, le reste n’étant pas encore financé. Il s’agit d’une sorte de portrait de Rafael Correa, le président de l’Equateur, qui a décidé de ne pas rembourser la dette du pays, qui a gentiment mis le FMI à la porte et, en tout cas, n’écoute pas ses « conseils » et dont on dit que le pays n’a que 4% de chômeurs et ne connaît plus de tensions sociales, bref, l’idée était de présenter l’Equateur comme un autre modèle, ou un contre-modèle, économique. Pourquoi pas, peut-être, il faut voir, attendre,  mais il faut tout de même rappeler que le pays a du pétrole, beaucoup de pétrole, et que cela facilite les choses. Portrait de Rafael Correa donc, à propos de sa visite à Paris, en novembre 2013.

Le président Correa a été reçu par Hollande, a fait une conférence à la Sorbonne, est passé longuement sur TV 5 (diffusée dans l’ensemble du monde), le Figaro  a parlé de lui, bref il a eu une couverture médiatique honorable, sans plus. Mais, pour Carles, « les grands media français ont boudé » son séjour, « aucune radio ni chaîne de télévision hexagonale n’a évoqué le ‘miracle’ équatorien ». A partir de là se déroule un discours cinématographique et un discours tout court qui m’a mis mal à l’aise.  J’avais sans cesse le sentiment que le film, par sa rhétorique,  desservait ses intentions. Je m’explique. La plus grande partie du document, dont on attendait qu’il présente l’expérience  équatorienne, s’attardait sur des entretiens avec des journalistes (Yves Calvi, Christophe Barbier, Thomas Legrand, Elizabeth Quin, Frédéric Taddeï, etc.) dont la plupart fait plutôt bien son métier, auxquels on reprochait de ne pas avoir rendu compte de la visite de Correa. Et, pour faire bonne mesure, on reprochait à Yvan Levaï de ne pas citer Le Monde diplomatique (qui lui, bien sûr, a ouvert ses colonnes au président équatorien) dans sa revue de presse sur France Inter. Le tout sur un ton que j’ai trouvé  soit inquisiteur (pourquoi ne l’avez-vous pas invité ?) soit dogmatique (vous passez à côté d’une expérience importante, vous auriez dû l’inviter). Une véritable  chasse à l’homme, avec un montage un peu partial, qui mettait systématiquement les journalistes à leur désavantage.

En outre, les réactions de la salle, acquise par avance, étaient presque caricaturales. Tout le monde riait au même moment, de la même chose, le plus souvent lorsqu’on voyait sur l’écran une sorte de peluche, un âne (traduisez : ces journalistes sont des ânes), avec le sentiment rassurant d’être entre soi, d’être sûr d’être d’accord avec ses voisins, bref d’être bien au chaud chez soi. Et j’ai eu soudain le pénible sentiment que ce public se comportait comme n’importe quel public convaincu d’avance, UMP défendant par principe Sarkozy, FN  jouissant aux sorties racistes de Le Pen, PS, ou du moins une partie du PS, se regroupant autour de Hollande, Parti de Gauche se pâmant devant les rodomontades Mélenchon, bref tout ce que vous voudrez.  Révérence gardée, je me suis remémoré deux vers de Brassens, « le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on/ est plus de quatre on est une bande de cons »... Les Déconnomistes veulent, disent-ils,  déconstruire la pensée unique, programme auquel on ne peut qu’adhérer, mais j’avais l’impression d’être en pleine pensée unique.

Il y avait ensuite le film d’un réalisateur dont je n’ai pas capté le nom, qu’il m’en excuse, un dialogue entre l’auteur et un pseudo sémiologue en gros sabots analysant deux publicités pour tenter de montrer que le système capitaliste, le jeu sur les liquidités, se retrouvait dans le pousse-à-consommer qu’on tente de nous faire avaler. Du sous Bourdieu, pauvre Bourdieu. Je suis parti avant la fin, un peu désespéré, peut-être la discussion a-t-elle été intéressante, je n’en sais rien. Mais j’étais affligé par la pauvreté théorique de tout cela. Allez, la pensée de gauche a encore du chemin à faire...

Au fait, ça n’a rien à voir, mais les choses sont bien organisées : l’équipe française de foot se fait jeter du mondial la veille du début du tour de France. Les passionnés du sport en canapé n’auront pas à zapper.

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fleche3  juillet  2014 : La théorie du complot


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Rasé de près, chemise blanche, cravate et costume sombre, il a repris le look de l’emploi. Depuis des mois en effet, même dans ses conférences mondaines, il portait une barbe de quelques jours, à la Gainsbourg. Un signe ou plutôt un indice : le voilà redevenu présidentiable. D’où mon conseil aux journalistes : surveillez le look de Sarkozy, notez bien s’il laisse repousser sa barbe et, le jour où il la rasera à nouveau, préparez-vous, il se passera bientôt quelque chose.

En face de lui Jean-Pierre Elkabbach, qui fidèle à lui-même pose les questions comme un larbin présente les plats, lui demandant si « les chefs d’accusation étaient préparés à l’avance », et Gilles Bouleau, le présentateur habituel du journal de TF1. Mais ce dernier semblait jouer à contre-emploi, rappelant l’histoire des petits pois, mentionnant les comptes truqués de la campagne présidentielle, résumant ce qu’il y avait dans les écoutes téléphoniques, au point que Sarkozy le trouve « agressif », tout cela après un sujet précédant l’interview, présentant les réactions de la gauche et de la droite, le commentaire précisant que l’UMP était « prudente », « lassée ». Et l’on se demandait si ce n’était pas TF1 qui était lassée par Sarkozy et prudente, si la chaîne de droite n’était pas en train de changer non pas de bord politique mais de poulain. A suivre...

Mais venons-en au fond, en commençant par quelques citations. Sarkozy a prononcé une fois le syntagme « manipulation politique » et, deux fois, « instrumentalisation politique », la première fois de façon prudente (« instrumentalisation politique d’une partie de la justice ») et la seconde de façon plus large (« instrumentalisation politique de la justice »). Le ton est donné, il déclare deux fois qu’il a été « humilié », parle de lui avec hauteur, se présentant comme ancien président de la république, ancien chef de l’état, alors que citant trois fois l’actuel chef de l’état il parlera chaque fois simplement de « Monsieur Hollande ». Quant aux deux juges, elles sont « les deux dames » qui l’ont mis en examen. A tort, bien sûr, puisqu’il est innocent, victime d’un complot. « Les 17 millions c’est une folie », il n’a jamais essayé de corrompre qui que ce soit, on s’acharne sur lui, d’ailleurs « Monsieur Cahuzac n’a pas fait une seconde de garde à vue » (en fait il oublie que Cahuzac avait demandé à être reçu par les juges), bref il joue au gosse qui va se plaindre, dans le genre « M’sieur, il a pas fait ses devoirs », on bien « M’sieur pourquoi il a pas été puni, lui ? ».  Bref, on aura compris que la contre-attaque de Sarkozy, certes vigoureuse, est difficilement crédible, ou du moins qu’on se demande qui peut bien le croire. Peut-être est-il innocent, ou partiellement innocent, le n’en sais rien, mais parler de « vilénies », de « manipulations politiques », de « justice instrumentalisée », bref se présenter comme la victime d’un complot, tout cela est un peu gros. Cerise sur le gâteau, Patrick Balkany, dont la femme a récemment avoué qu’ils avaient volé le fisc pendant dix ans, a trouvé la prestation de son ami « remarquable de justesse ». Alors, si Balkany le dit...

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fleche2  juillet  
2014 : Les bleus en quarts de finale, Sako en car de police !

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Ouf ! Ce matin en ouvrant la radio j’ai eu la bonne surprise de ne pas entendre parler de football. Il faut dire que lundi soir le journal télévisé commençait par un tour de France de treize minutes, montre en main, nous montrant des débiles des deux sexes, maquillés si l’on peut dire aux trois couleurs nationales, hurlant, éructant : la vulgarité totale ! Et puis on passait à Estrosi, aussi intelligent qu’un supporter de foot, qui interdisait les drapeaux dans les rues de Nice (ça, c’était en prévision du match Algérie-Allemagne) et l’on parlait enfin, un peu, de politique. Ce matin, donc, rien de tout cela. Ce n’est pas, hélas, que les media se sont dégoûtés du foot, non : tout simplement Sarkozy avait été mis en examen. Merci Sarkozy !

Cette mise en examen a permis au Canard enchaîné de ce matin ce magnifique titre in extremis (le journal boucle mardi soir et la nouvelle est tombée cette nuit) : Les bleus en quarts de finale et Sarko en car de police ! Elle nous a surtout permis d’observer les réactions de la droite. Laissons de côté l’inénarrable Morano, toujours dans le même rôle de mégère fidèle à son maître. Les autres se partagent en deux : les prudents, courageux mais pas téméraires, qui ne se bousculent pas pour le défendre et attendent en espérant secrètement être enfin débarrassés de  l’individu, et ceux, moins nombreux, qui crient à une machination élaborée par ces crapules de juges et un cabinet noir de l’Elysée. Rien d’inattendu, sauf que le pauvre ex-président semble avoir de moins en moins de soutiens. Il a donc cinq ou six dossiers aux fesses. Pour certains d’entre eux (affaire Tapie, sondage de l’Elysée), il est couvert par son immunité présidentielle. Pour celle de Karachi, il a obtenu un non-lieu. Restent l’éventuel financement de sa campagne de 2007 par Khadafi, le scandale Bygmalion et enfin les chefs d’accusation pour lesquels il vient d’être mis en examen : trafic d’influence, corruption active, recel de violation du secret professionnel. Excusez du peu ! Bien sûr, la présomption d’innocence est la règle et il nous font attendre que la justice fasse son travail. Mais j’avoue qu’un ancien président de la république qui communique avec son avocat à l’aide de téléphones achetés sous de faux noms, cela fait un peu mafieux. Certains dans la presse comparent Sarkozy à Berlusconi, ce qui n’est pas tout à fait exact : Berlusconi a fait fortune dans les affaires, Sarkozy ne fait que collectionner les affaires. J’avoue aussi qu’un ancien président qui fait exploser ses comptes de campagnes, s’en tire par un incompréhensible système de fausses factures et prétend ne pas avoir été au courant, cela est étrange. Ou il ment, mais nous savions déjà qu’il était menteur, ou il dit la vérité et nous pouvons nous demander si quelqu’un qui ne se rend pas compte des sommes qu’il dépense est capable de gérer un pays (mais nous avons déjà vu comment il a géré la France). Alors, présomption d’innocence ou pas, on peut se demander ce qu’il y a dans la tête des électeurs de droite, comment ils peuvent continuer à défendre un parti et un ex-président mafieux. Non, je ne suis pas partisan ni partial, je me pose sérieusement la question, je ne comprends pas. La droite d’aujourd’hui n’a pas d’idées politiques, c’est le drame de l’UMP, mais elle a le culte du chef et elle le pousse jusqu’à l’absurde. Tiens, en passant, ces deux assertions, plus que toutes les analyses, nous montrent que droite et extrême-droite, UMP et FN, n’ont guère de différences : pas d’idées politiques et culte du chef. Enfin nous verrons ce qu’il en sortira. Vendredi les media parleront à nouveau de foot. Mais j’avoue que j’aime bien le titre du Canard. Si la France perd, il pourra titrer les bleus et Sarko au trou.

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Juin 2014




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fleche29  juin