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fleche19 Février 2018: Lof pour lof

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Depuis la publication, il y a 44 ans, de Linguistique et colonialisme, j’ai un rapport ambivalent avec les espérantistes, ou plutôt les espérantistes ont avec moi un rapport ambivalent. Ils ont d’abord considéré mon livre comme la démonstration de la justesse de leurs thèses : l’espéranto était la seule langue qui pouvait selon eux résoudre de façon pacifique les problèmes de communication du monde, mettre fin aux rapports de force ou de domination linguistiques. Ils m’ont invité il y a une trentaine d’années à l’un de leurs colloques, et mon intervention ne leur a pas plu. J’expliquais que ce projet généreux, vieux d’environ d’un siècle, n’avait pas réussi à s’imposer, ou à convaincre, pour des raisons sociolinguistiques. L’ expansion d’une langue repose en effet toujours sur des phénomènes politiques, économiques, sociaux, alors que l’espéranto ne reposait sur rien de semblable. En outre, cette langue artificielle, supposée être fondée sur toutes les langues du monde, était en fait fondamentalement européenne, et si elle est relativement facile à acquérir par un locuteurs du français, de l’anglais ou de l’allemand, elle demeure opaque pour un locuteur de l’arabe, du swahili ou du chinois.

La lune de miel était terminée. Depuis lors et jusqu’à très récemment, chaque fois que je donnais une conférence à Paris, je voyais dans la salle deux ou trois espérantistes qui intervenaient dans la discussion pour opposer leur projet à ce que je pouvais dire sur les langues véhiculaires, le modèle gravitationnel que j’avais élaboré, le versant linguistique de la mondialisation ou le baromètre des langues. Ils étaient actifs, parlaient beaucoup, faisant quasiment de l’obstruction, et m’énervaient un peu.

Jeudi dernier, j’ai donné au musée des langues (Mundolingua), à Paris, une conférence sur la mondialisation et les politiques linguistiques, et j’ai aperçu dans la salle un espérantiste, que je vois depuis près de trente ans. A ma grande surprise il est très peu intervenu, et sans avancer les mérites de l’espéranto. Mais, après le débat, il est venu me voir. Nous avons un peu discuté, et ses arguments étaient devenus très différents. De façon modeste, alors qu’il était dans le passé plutôt envahissant, il m’a dit que, peut-être, le Brexit et les « bêtises de Trump » allaient donner à l’anglais un coup de vieux, le dévaluer, et qu’il y avait là un petite chance pour l’espéranto.

Je suis toujours frappé par les gens qui, contre vents et marées, s’en tiennent à leur choix idéologique, politique ou scientifique et changent d’arguments lorsque les faits viennent s’inscrire en faux contre leur choix. Cette façon de louvoyer, ou de tirer des bords comme disent les navigateurs, avec toujours en vue le même but, ou le même cap, prouve bien sûr que l’on a de la suite dans les idées. Mais aussi, dans le cas que j’évoque, elle témoigne d’une sorte d’aveuglement. Je n’ai rien contre l’espéranto. Je constate simplement qu’il n’a pas (encore ?) marché et, sans insulter l’avenir, j’ai le sentiment qu’il ne marchera jamais. Et il y a quelque chose de touchant dans cette insistance, ou cette fidélité, comme chez ces boy-scouts qui, une fois leur « promesse » prononcée (« devant tous je m’engage, sur mon honneur... »), s’y tiennent. L’ennui, bien sûr, est que dans le domaine scientifique il faut savoir reconnaître que l’on s’est peut-être trompé, plutôt que de tirer des bords, lof pour lof, sans jamais atteindre son but.

 


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fleche12 Février 2018: Hebdo sans H

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Le tout nouvel hebdomadaire l’Ebdo a donc publié dans son numéro 5 un dossier sur une plainte pour viol déposée contre Nicolas Hulot. S’abstenant de donner le nom de la plaignante (mais tout le monde le connaît), ne donnant aucun détail sur la nature des faits reprochés au ministre, il a concocté une « une » ravageuse, titrée L’affaire Nicolas Hulot, en lettres blanches sur la tête noire de Hulot, en ombre chinoise. Quelle affaire ? On n’en sait pas grand chose. Les faits remonteraient à 1997 et la prescription étant alors de dix ans, ils étaient prescrits au moment de la plainte, en 2008. Ce qui, moralement, ne change rien s’il y a vraiment eu viol. Mais c’est là que l’article pose un léger problème.  Depuis que le mot d’ordre balance ton porc a été lancé, on a parfois l’impression que ce n’est pas à l’accusation d’apporter la preuve des faits mais à l’accusé de prouver son innocence.  Jai eu cette impression lorsque Pierre Joxe a été accusé, j'ai la même aujourd'hui. Le défenseur des droits Jacques Toubon a d’ailleurs publié fin novembre un tweet étonnant : « en cas de harcèlement sexuel, c’est à l’auteur des faits de démontrer devant la justice qu’il n’y a pas eu harcèlement ». L’Ebdo lance donc une accusation sans donner de preuves (peut-être les a-t-il et les garde-t-il pour ses prochains numéraux). L’éditorial du numéro en question, est d’ailleurs clair : il est titré « parole contre parole ». Mais il rappelle que le journal « raconte le monde tel qu’il est ». Tel qu’il est ou tel que certains disent qu’il est ?

Pas de preuves donc, du moins pour l’instant, mais une couverture assassine.

Je ne sais rien, bien sur, de ce dossier, je ne connais pas Nicolas Hulot, je ne suis pas son avocat, mais j’ai de la mémoire. L’éditorial du numéro 5 de l’Ebdo est signé Laurent Beccaria. En 1997 Laurent Beccaria lançait les éditions Les Arènes, puis en 2008 l’excellente revue XXI et en 2017, donc, L’Ebdo. On peut lire sur le site des Arènes que « chaque livre est une aventure, chaque livre doit avoir un sens et sa raison d'être ».  Et je me suis demandé en leur temps quel était le sens et la raison d’être du Livre noir de la psychanalyse publié en 2005 et de Merci pour ce moment de Valérie Trierweiler publié en 2014. Je me demande donc aujourd’hui de quoi témoigne l’absence de la lettre H à l’initiale de L’Ebdo, hebdo  sans H. Absence d’heuristique (« qui sert à la découverte ») ou d’honnêteté ? Mais peut-être l'Ebdo nous apportera-t-il prochainement des informations plus sérieuse. A moins qu'il ait choisi de se comporter comme un journal people, ou à scandales, comme on voudra.

 


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fleche5 Février 2018: Seu-he-ee-ting

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Entre le VIII° et le V° siècle avant J-C, les Jeux Olympiques généraient une trêve : cela ne mettait pas fin aux conflits mais les suspendait. Ils portaient ainsi un idéal de paix. Les jeux modernes, lancés par Pierre de Coubertin, reposaient d’une certaine façon sur le même principe, et l’on peut considérer que les jeux olympiques d’hiver qui viennent de débuter à Pyeongchang, en Corée du Sud, illustrent cet idéal. Non seulement la Corée du Nord y participe, ce qui implique que ses sportifs passent une frontière fermée, mais encore les deux Corées y présentent des équipes communes, en particulier une équipe féminine de hockey sur glace.

Mais les choses ne sont pas pour autant idylliques.  En effet, le coréen, langue théoriquement commune aux deux pays, s’est lentement diversifié depuis la division du pays en 1945 et la redéfinition de la frontière commune en 1953. Au Nord la langue, isolée par le régime politique, a gardé une syntaxe plus traditionnelle, sa prononciation a moins évolué qu’au Sud et, surtout , elle a emprunté des mots au russe et au chinois tandis qu’au Sud on empruntait plutôt à l’anglais.

Le résultat en est que les sportifs du Nord, à leur arrivée au Sud, on été surpris : ils ne comprenaient pas le vocabulaire technique de leur sport. Ainsi le patinage, qu’ils appellent apuro jee chee gee, se dit au Sud seu-he-ee-ting (sur l’anglais skating), et une technique de défense du gardien de but qui se dit au Sud tee-pu-sh (de l’anglais T-push) se dit au Nord moonjeegee eedong (« geste du gardien). Ajoutons à cela le fait que l’entraineuse de l’équipe de Hockey est une canadienne anglophone et l’on devine les difficultés...

On a donc distribué aux joueuses du Nord une liste de mots qu’elles ne connaissaient, et donné à l’entraineuse, Sarah Murry, une liste des termes nord-coréens prononcés « à l’anglaise ».

Nous verrons les résultats lorsque cette équipe « coréenne » entrera en lice, mais cette anecdote pose un problème plus général: une langue parlée dans deux pays contigus et antagonistes peut-elle se différencier en un peu plus d’un demi-siècle ? Il y a, bien sûr, des précédents. En Inde l’opposition entre musulmans et hindouistes a mené au moment de l’indépendance à la division du pays (Inde, Pakistan) et à celle de l’hindoustani en ourdou (écrit en caractères arabes) et hindi (écrit en caractères devanagari). Plus récemment, après l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, le serbo-croate a éclaté en serbe, croate,  bosniaque... Et, quelles que soient les différences minimes ente ces formes, leurs locuteurs, à force de ne pas vouloir se comprendre, finiront par ne pas se comprendre. A l’heure où l’on parle beaucoup de la disparition programmée de milliers de langues, il y a là de quoi réfléchir. Paradoxalement, les hostilités, les guerres, seraient-elles pourvoyeuses de diversité linguistiques ?

 

 

 

 

 

 

 

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Janvier 2018

 

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fleche31 janvier 2018 : Le syndrome Balkany

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Entendu il y a quelques jours dans mon bistrot préféré : « Putain ! Ils foutent même pas les terroristes en prison et ils veulent la mettre, elle ! ». « La », c’était  Maryse Joissains, maire d’Aix-en-Provence, dont la presse locale disait qu’elle allait passer d’ici deux mois devant le tribunal de Montpellier, et qui se trouve dans un bourbier judiciaire à rallonge. Pour l’instant elle se sera jugée pour conflit d’intérêts, emplois de complaisance, contrat de travail illégal, mais elle a encore quelques affaires derrière la porte. Et tout le monde le sait dans la ville, et en parle.

Son mari, qui fut maire de la ville pendant cinq ans, était parti à cause d’une affaire immobilière dans laquelle étaient compromis ses beaux-parents. L’affaire est depuis longtemps terminée, l’ex-maire a été condamné à deux ans de prisons avec sursis et à une amende de 150 .OOO francs (c’était en 1988). En 2001, c’est donc son épouse qui est à son tour élue et elle fait à son mari un contrat de directeur de cabinet avec un salaire exorbitant.  L’ex-maire sera d’ailleurs condamné en 2015 à rembourser à la commune 476.000 euros... Mais les choses ne s’arrêtent pas là. Le chauffeur de la maire, dont elle est très proche, et qui était aussi son attaché parlementaire lorsqu’elle était députée,  lui également joui d’un traitement de faveur. Et l’on parle depuis quelques semaines d’un contrat concernant des bus électriques qui n’aurait pas été passé  dans des conditions très légales. Bref tout cela est encore dans les tuyaux de la justice et, après tout, il existe en France la présomption d’innocence. Mais...

Mais il est tout de même frappant que tout le monde parle de ces affaires à Aix, s’en régale, et qu’en même temps certains s’insurgent. Je reviens à la conversation entendue dans mon bistrot : « Putain ! Ils foutent même pas les terroristes en prison et ils veulent la mettre, elle ! ». Il y a là ce que j’appellerais volontiers le syndrome Balkany. A Levallois-Perret comme à Aix-en-Provence un couple tient la mairie et s’en gave au su et au vu de tout le monde, dans les deux cas aussi la justice est déjà passée et passera encore, dans les deux cas enfin les électeurs ne s’en offensent pas trop et défendent leurs élus. C’est beau, la démocratie !

Et nous n’en avons sans doute pas fini. On murmure en effet que la fille de l’ex-maire et de l’actuelle maire, Sophie Joissains, actuellement sénatrice des Bouches-du-Rhône, se prépare pour les prochaines élections municipales et tenterait de prendre la place de sa mère.

Je ne sais pas si elle a, pour l’avenir de la ville,  une fille ou un fils.   



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fleche26 janvier  2018 : Sourate, verset, hadith : la voie de Wauquiez ?

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Dure soirée, hier soir. J’avais travaillé toute la journée, et puis Laurent Wauquiez était l’invité de l’émission politique de France 2 et je me suis mis devant le poste. « Si j’avais su j’aurais pas v’nu », mais, trop tard, un carnet et un stylo en main je suis resté à l’écoute.

Cet homme a une caractéristique qu’il partage avec bien d’autres hommes politiques : lorsqu’il prétend répondre à une question, il baratine tellement qu’à la fin on ne sait plus quelle était la question : « Je vais vous répondre, mais... », « je pense d’abord que..., oui oui je vais vous répondre ». Ou encore il coupe la parole à l’autre, « très rapidement... », et ça dure, puis « et j’en finis... » et il aligne une quinzaine de phrases.. Commenter longuement une question avant d’y répondre...ou pas, la technique est connue, mais chez lui elle est particulièrement énervante.

En face de lui, dans les rangs des invités, on voit Gérard Larcher et Ludovine Dutheil de la Rochère. Le premier, président du Sénat, semble s’endormir, mais avec lui on ne sait jamais s’il somnole après un repas trop arrosé ou s’il va bientôt se réveiller pour passer à table. Quant à la seconde, c’est la version propre sur elle et à particule de Frigide Barjot : présidente de la « manif pour tous », de bonne droite catholique, opposée au mariage homosexuel, à l’enseignement de la supposée « théorie du genre », et proche des idées du Front National. Bref, ce n’est ni jeune ni progressiste. Mais revenons à Wauquiez. De son programme on n’apprendra pas grand chose, sauf qu’il est férocement contre l’immigration et qu’il veut sauver la droite en déroute. Mais ce type est retors. « Vous êtes sur les positions du FN » lui dit quelqu’un. « Je ne vais pas laisser au FN le discours sur l’immigration », répond-il. Quand on le traite d’islamophobe, il répond toujours « j’ai appris l’arabe ». Mais il y a là un petit problème. Il a en effet en 2000 travaillé quelques mois au Caire, à l’ambassade de France, et il a souvent dit qu’il y avait aussi enseigné le français dans l’association de sœur Emmanuelle, ce que la dite association dément, lui reprochant en outre d’utiliser « l’image d’une des  personnalités préférées des Français pour donner du crédit à ses propos ». A une universitaire franco-marocaine venue l’interroger il répète qu’il a appris l’arabe, elle réplique que certains orientalistes apprenaient l’arabe pour insulter les Arabes. Mais, qu’il ait ou non appris l’arabe, il ne brille pas par sa connaissance de l’islam. Ainsi, il répète depuis des mois, dans ses discours, qu’il y a une sourate du Coran, parfois un verset, enjoignant aux musulmans vivant dans un pays non musulman de se plier aux habitudes et aux lois de ce pays. L’universitaire lui fait remarquer qu’il n’y a ni sourate ni verset disant une chose pareille. Il rétropédale alors, « oui, je sais, un ami spécialiste me l’a dit, il s’agit d’un hadith ». Tout Wauquiez est là ! Il pratique en effet la rouerie de certains musulmans qui utilisent les hadiths pour justifier n’importe quoi. Précisons qu’un hadith est une déclaration orale attribuée à Mohamed ou à ses compagnons, dont le corpus, la sunna, est la base du sunnisme. Mais certains ont recensé 700.000 hadith, pour lequel il faut chaque fois reconstituer la généalogie, la chaîne de transmission. Il s'agit de tradition orale et tout le monde peut inventer un hadith. C’est dire que leur usage est toujours suspect, et que Wauquiez à piqué le truc. Et, piégé sur son histoire de sourate, de verset ou de hadith, il répond finalement, après un long développement historique que personne ne comprend, par une question : « considérez-vous que les musulmans doivent s’adapter au pays ? ». Etait-il utile d’inventer une sourate, un verset ou un hadith pour une question aussi simple ? Et de se ridiculiser en lançant ahlan wa sahlan (« bienvenue ») à Léa Salamé pour prouver qu’il parle arabe ? Nous avons cependant appris que Wauquiez se réclamait de la sunna. Serait-il devenu sunnite ? Un scoop! Mais restons sérieux.

Le seul moment fort de ces deux longues heures a été l’intervention d’Alain Minc, soulignant qu’il est piquant de l’entendre toujours opposer le peuple aux élites, à moins qu’il ne s’agisse d’un « geste sacrificiel » (en effet Wauquiez a fait normale sup puis l’ENA, il fait partie des « élites », que ça lui plaise ou pas), montrant que son discours balançait entre Barrès et Maurras, qu’il avait changé souvent de position politique, qu’il jouait un rôle de composition, et concluant en lui disant « vous avez un problème avec les mots ». Les mots, justement, parlons-en. Vous vous souvenez de la formule du FN, « la préférence nationale » ? Et bien Wauquiez, lui, défend la « préférence communautaire ». Il ne veut pas bouter les migrants hors de France mais hors d'Europe. C’est d’une grande habileté car quiconque proche du Front National l’entendant dire cela y trouvera un écho des thèses d’extrême droite. La "préférence" c'est Jean-Marie, mais c'est aussi Laurent.

Habile, retors et redoutable, pire que Sarkozy parce que plus intelligent et plus cultivé, il sera sans doute dans les années à venir la voix de la droite dure, décomplexée, dépouillée de ses membres les plus « modérés » dont certains, et non des moindres, ont déjà pris leurs distances. La voix de la droite dure, certes, mais sa voie ? Cela reste à prouver, ou à suivre. Ce qui est sûr, c’est que la seule différence entre lui et Marine Le Pen, finalement, est qu’il connaît mieux les dossiers politiques et économiques qu’elle. Pour le reste, c'est une copie conforme.

Une dernière chose. A la fin de l’émission, on présente les résultats d’un sondage : Wauquiez a convaincu les téléspectateurs ? Il en aurait convaincu 51% si j'ai bien noté, et 71% des partisans de son parti, les républicains. C’est beaucoup, 71% ! Mais on peut faire ce que l'on veut avec les chiffres. S'agit-il de 71% des 20% qui ont voté Fillon au premier tour de la présidentielle ? Soit seulement 14% de ceux qui ont voté ? J’aimerais bien, on peut toujours rêver.... Mais on peut aussi se consoler: ce matin, les chiffres de Médiamétrie sont tombés: l'émission d'hier soir. L'émission d'hier soir a fait une grosse contre-performance: 6,8% de part de marché, soit le pire score de l'émission, plus bas qu'Hervé Hamon en décembre 2016 (8%). Wauquiez était derrière TF1 (26,2%), M6 (10,8%), France 3 (8,4%): la voix de la droite n'a semble-t-il pas trouvé sa voie vers le public.

 

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fleche25 janvier 2018 : Balance...

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Nous avons il y a quelques années assisté à la fortune du verbe dégager à l’impératif, injonction aux dictateurs de certains pays arabe de quitter leur trône. Voici que le verbe balancer avec le sens de « dénoncer » est en train de se répandre à son tour. Je lis d’une part sur internet que le rappeur Booba « a balancé sur les pseudos pros palestiniens ». Et je viens d’apprendre que, face à la situation lamentable de leurs hôpitaux, certains témoignaient sur leurs conditions de travail sous le titre balance ton hosto. Tout cela est bien sûr en écho au #balancetonporc qui fait florès depuis que les agissements d’Harvey Weinstein ont été révélés.

Je sais pas ce qui a poussé les initiatrices de ce mouvement à choisir ce verbe, mais depuis qu’il a pris en argot le sens de « dénoncer » (au début des années 1930 selon le Dictionnaire de l’argot de Jean-Paul Colin) et que balance a pris celui de « délateur » (vers 1980, toujours selon Colin), ce verbe et ce substantif sont parmi les plus injurieux du vocabulaire des truands. Une balance est un traitre, un allié des flics et, surtout, un sournois, comme le corbeau qui, dans le film de Clouzot (1943) envoyait des lettres anonymes et calomnieuses. Plus tard, en 1982, Bob Swaim tournait La Balance, un film dans lequel étaient montrées les relations entre la police et ses indicateurs. Balancetonporc pourrait donc facilement s’assimiler à une délation dans l’ombre, et le trait est encore forcé sur le site https://www.balancetonporc.com/ où l’on peut lire « témoignez anonymement sur balancetonporc.com ». Anonymement, tout est là. Bien sûr, une balance, dans le milieu, dénonce ses semblables, ses alliés, ses compagnons, alors que les féministes qui appellent à balancer, visent leurs prédateurs, leurs « ennemis ». Mais il demeure qu’avec anonymement, le message connote fortement la délation, la sournoiserie, et affaiblit l’intention. A moins, bien sûr, que ce soit justement le but recherché, assumé : se présenter comme des dénonciatrices de l’ombre. Mais je persiste et signe : on aurait pu se passer de cet anonymement. Et imaginer que des esprits mal tournés se mettent en tête de dénoncer, anonymement bien sûr, celles qui leur sauteraient dessus et lancent #balancetatruie...

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fleche17 janvier  2018 : Je ne vous dirai pas...

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Vous souvenez-vous d’une chanson de Léo Ferré qui s’appelait Le conditionnel de variétés ? Cela date de 1971 et Léo commençait ainsi : « Je ne suis qu’un artiste de variétés et ne peux rien dire qui ne puisse être dit de variétés, car on pourrait me reprocher de parler de choses qui ne me regardent pas ». Puis il enchaînait sur une longue litanie, « comme si je vous disais que... », dénonçant à tout va les cadences chez Renault, les licenciements dans le textile, l’interdiction de La Cause du peuple, l'industrie chimique dont les ouvriers ont les poumons rongés par l'acide, etc. Pourquoi est-ce que je vous parle de ça ? Comme ça, pour rien, juste un souvenir d’amateur de chansons.

Passons donc à autre chose. Sans être juriste, je crois savoir qu’il est interdit, en France, d’appeler au boycott. Je ne vous dirai donc pas de boycotter la compagnie d’aviation Ryanair qui traite son personnel comme des esclaves, ni de boycotter les produits venant des territoires palestiniens envahis par l’impérialisme israélien, ni de boycotter un certain café d’Aix-en-Provence dont le patron avait naguère attaqué en justice les intermittents du spectacle, coupables selon lui de lui faire perdre des clients et donc de l’argent, non, je ne vous dirai rien de tout cela, surtout pas. Je ne suis qu'un auteur de petits billets doublé d'un admirateur des réussites industrielles. Je voudrais donc simplement vous dire que j’admire énormément Lactalis, un groupe dont on parle beaucoup en ce moment, un groupe qui a eu le génie de créer un nombre invraisemblable de marques (je vous en donne quelques exemples : Président, Chaussée aux moines, Salakis, Société, Danette, Chambourcy, Bridel...), le génie de vendre ainsi des produits laitiers, fromages, yoghourts, lait en poudre, etc., sans que l’on puisse deviner les liens de ces marques avec la maison mère, sans que l’on puisse savoir  que pour les producteurs de lait qui travaillent pour Lactalis  c’est soldes tous les jours, qu’ils vendent à perte 365 jours par an, sont étranglés. Non, je ne vous dirai rien de tout cela, ni bien sûr de compléter la liste de ces marques et de les boycotter. Car, comme disait Léo, « on pourrait me reprocher de parler de choses qui ne me regardent pas ».


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fleche10 janvier  2018: Abou Dhabi

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Lorsqu’on sort de l’avion, on se trouve dans un aéroport presque comme les autres (enfin, comme les aéroports ultramodernes), à une exception près. Pour passer les contrôles de police il y a plusieurs files, selon votre nationalité, jusqu’ici, rien d’anormal, mais s’y ajoute une file pour les femmes voilées et les invalides. Je n’ai aucune interprétation à vous proposer pour cet amalgame. Et vous ?

La ville moderne a une soixantaine d’années, mais ce qui a été construit dans les années 1960 a totalement été détruit, ce qui date des années 1970 et 1980 est considéré comme obsolète et va prochainement disparaître, et l’on construit bien sûr sans cesse de nouvelles choses. Rien d’étonnant pour une ville du golfe, mais on peut cependant s’interroger sur l’avenir de la grande mosquée Cheikh Zayed, terminée en 2007, et du musée du Louvre d’Abou Dhabi, inauguré fin 2017. Leur durée de vie sera-t-elle comparable  à celle des bâtiments précédents ?

Le Louvre, donc, construit par Jean Nouvel, se trouve sous une immense coquille qui rappelle les moucharabiehs de  l’Institut du Monde Arabe à Paris (lui aussi construit par Nouvel), et fait penser à un coquillage agrippé à un rocher, au bord de l’eau. Sa visite est intéressante de différents points de vue. Disons qu’on y lit la volonté de lancer des ponts entre les arts d’Occident, d’Orient et d’ailleurs. Chaque salle est ainsi consacré à un thème, montrant comment il a été abordé ou traité sous différentes latitudes et à différentes époques. Une très belle réussite, aussi bien muséologique qu’architecturale.

De façon plus large,  la ville, dans son ensemble, rappelle que l’architecture et l’urbanisme sont toujours un discours du pouvoir, et ici la vitrine de la réussite financière, comme une affiche. En outre, cet enchaînement cyclique de constructions et de destructions pose un problème de redéfinition de la notion de patrimoine. On distingue en général entre patrimoine matériel (les monuments, etc.) et patrimoine immatériel (la culture, la tradition orale, etc.). Mais le Louvre de Paris, entamé au XII° siècle,  a pratiquement été terminé au XVI°  et a sans doute encore de beaux jours devant lui. Celui d’Abou Dhabi ?

En fait, ce qui m’a interpellé est autre chose et constitue peut-être la contrepartie linguistique  de cette réussite financière et architecturale.  Pendant les cinq jours de mon séjour, je n’ai jamais rencontré dans les « services » (chauffeurs de taxi, personnel des hôtels ou des restaurants, vendeurs dans des boutiques populaires ou de luxe…) d’Emirati. Même les vendeurs du souk aux poissons sont venus d’ailleurs. A tous j’ai posé les mêmes questions : Quelle est votre origine ? Votre langue maternelle ? Parlez-vous arabe ? Et tous,  Indiens, Népalais, Pakistanais, Philippins, Nigérians, etc., à une exception près sur laquelle je reviendrai, m’ont répondu la même chose : non, ils ne parlaient pas arabe, non il était inutile d’apprendre l’arabe pour vivre ici. L’exception, un taximan pakistanais, me dit que, musulman, il lisait le Coran dans son pays et qu’arrivé dans les émirats cela lui a facilité la tâche pour apprendre l’arabe. Pour les autres, ce n’est pas un problème. Tout se passe en anglais, et même les contrats de travail sont en anglais. Or, rappelons-le, la langue officielle d’Abou Dhabi est l’arabe.

Comment définir cette situation, qui mérite d’être étudiée de plus près? Une langue officielle, endogène, l’arabe, qui semble être inutile pour vivre et travailler dans cette ville… Bien sûr, la démographie explique en partie cette situation : les Emiratis constituent environ 1O% de la population, qui compte donc 90% d’émigrés. Mais cela n’enlève rien à ce paradoxe : la coexistence entre une minorité (10%) tenant le pouvoir politique et financier, dont la langue semble minorée, et des communautés de migrants ayant différentes langues (ourdou, tagalog, malayalam, bengali, malais, igbo,  etc), tous utilisant

l’anglais comme véhiculaire. C’est-à-dire que, d’une part, un Emirati voulant prendre un taxi, ou commander un plat dans un restaurant indien,  ou s’acheter des chaussures dans un centre commercial, devra parler anglais, et d’autre part que l’anglais se trouve du coup être la langue des migrants, parfois opprimés, exploités, en même temps que la langue des affaires, du commerce, de la « high society », tandis que l’arabe, langue officielle, ne s’entend guère.

J’ai dit que cette situation méritait d’être étudiée, et il faudrait aussi se pencher sur les formes d’anglais utilisées. Par exemple, un chauffeur de taxi nigérian parlant un anglais très africain qui étonnerait un new-yorkais ou un londonien, m’explique, dans son anglais, que la façon dont les Indiens parlent anglais le fait rire : selon lui ils le parlent très mal et il est difficile de les comprendre. Mais il est probable qu’un Indien penserait la même chose de l’anglais nigérian. Et que dire de l’anglais des Népalais ou des Philippins ? En bref, je me suis trouvé devant une situation sociolinguistique que je n’ai jamais rencontrée ailleurs, du moins à ce point.  Bien sûr il n’est pas étonnant qu’une langue en fonction véhiculaire prenne des formes variées et qu’à terme il puisse apparaître un anglais populaire émirati coexistant avec celui, très châtié, que pratiquent certains Emirati. Mais plus surprenant est la quasi disparition de la langue endogène, et de surcroît officielle, l’arabe. Imaginez qu’à Paris seuls quelques parisiens parlent français et que les autres, de langue arabe, bambara, chinoise, wolofe, lingala, etc., communiquent en anglais. Ou encore imaginez la même chose à Berlin, à Madrid… Encore une fois, cela mérite d’être étudié soigneusement et justifierait une enquête sérieuse. Si dieu me prête vie…

 

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