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  10 septembre 2014 : Tu veux de l'info, en vlà!

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Depuis qu’elle a été nommée ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem est la cible d’attaques haineuses qui puent le racisme et la mauvaise foi. Le dernier exemple est une fausse lettre à en-tête du ministère et portant sa signature demandant aux maires d’organiser, dans le cadre des activités périscolaires, des cours d’arabe. Tu veux de l’info, en vlà !

Deux journaux français, dont le métier est d’informer, L’opinion et Valeurs actuelles ont publié un sondage selon lequel si Sarkozy était candidat à l’élection présidentiel il serait avec 30% des voix devant Marine Le Pen (23%) et Français Hollande (16%) et l’emporterait au second tour. Cette enquête était présenté comme réalisée par l’institut IPSOS à la demande de l’UMP. Seulement l’IPSOS a déclaré n’avoir jamais fait cette enquête et l’UMP a déclaré ne l’avoir jamais commandée. Tu veux de l’info, en vlà !

Enfin Christian Estrosi, le maire de Nice, invité sur les ondes de BFM Politique à dire ce qu’il pensait de Sarkozy, répond que ce dernier « est le mieux placé pour faire sa propre autopsie ». Le journaliste : « Nicolas Sarkozy doit faire son autopsie ? ». Estrosi : « Mais je fais la mienne ! Je dois faire la mienne ! Nous devons tous faire la nôtre ! » On lui a sans doute expliqué ensuite qu’il fallait dire « autocritique ». Alors, lapsus ? Cela y ressemble fort, et il est bien amusant. Mais si ce n’était pas un lapsus ? Si c’était simplement de l’info. Tu veux de l’info, en vlà !

 

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  6 septembre 2014 : Le syndrome  du trou de la serrure

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Lorsque j’ai vu pour la première fois Valérie Trierweiler je me suis dit que, décidément, Hollande choisissait bien mal ses compagnes. Je n’avais jamais supporté Ségolène Royal, sa mise en scène médiatique d’un de ses accouchements, sa « foldinguerie » pendant sa campagne présidentielle, j’avais voté pour elle par défaut mais, et je vous accorde que c’est bien subjectif, cette femme m’irritait à la fois politiquement et humainement. Et j’ai eu la même pénible impression en voyant les premiers pas de la nouvelle « première dame », le sentiment d’un mélange de méchanceté, d’arrivisme  et de volonté de puissance. Lorsqu’en juin 2012 elle avait publiquement soutenu par un tweet le dissident du PS qui, à La Rochelle, s’opposait à Ségolène Royal, j’ai pensé que le président nouvellement élu ferait bien de se débarrasser au plus vite de sa seconde compagne. Je sais que certains verront dans ces mots un preuve de machisme, mais qu’importe. A mes yeux, Dominique Strauss-Kahn avait été pour le moins déraisonnable après ses problèmes post-Sofitel de s’embarquer dans une aventure avec Marcela Iacub qui, visiblement, l’avait manipulé pour écrire  Belle et Bête, et François Hollande avait été déraisonnable de passer l’éponge sur cette histoire de tweet.

Bref, vous avez compris de quoi je parle, du livre qui vient de sortir, de la comédie de boulevard donnée par une femme jalouse, une femme blessée mais suffisamment calculatrice pour écrire en cachette, en prenant avec la complicité de son éditeur des précautions d’agent secret, ordinateur non relié à Internet, manuscrit enfermé dans un coffre fort, impression en Allemagne, sous un faux titre, un texte ravageur dont elle savait très bien la tempête qu’il allait déclencher et pour lequel, dit-on, elle a touché une avance de 100.000 euros. En février 2013, découvrant dans Paris Match un reportage photographique sur elle et Hollande réalisé à son insu, madame Trierweiler l’avait traité de « journal de merde », mais cela ne l’a pas empêchée, encore une fois dans le plus grand secret, d’organiser avec ce « journal de merde » la sortie d’un numéro spécial sur son livre. Comment qualifier l’opération ? Saloperie, agression, traitrise, violence, « livre de merde », bombe, brûlot ? Qu’importe. Tout cela ne grandit pas la politique mais, surtout, cela ne grandit pas les auteurs de livres comme ceux de Iacub ou de Trierweiler. Et du coup Ségolène Royal m’en paraît presque sympathique : elle, au moins, n’a jamais débiné publiquement son ancien compagnon.

Mais, au delà de ces pratiques de poubelles, de ces viols non plus de la vie privée mais de la vie intime, de ces mensonges peut-être, de ces injustices sûrement, la parution du livre de Trierweiler pose un autre problème qui, je crois, est plus grave. Qu’elle ait voulu se venger en tentant de détruire un homme et, au bout du compte, sa politique, cela relève de la psychiatrie. Qu’elle favorise tout à la fois le poujadisme, madame Le Pen, le populisme et la méfiance des Français envers les politiques, c’est son problème. Mais que des dizaines de milliers, peut-être des centaines de milliers de personnes se soient précipitées, le jour de sa parution, pour acheter ce livre relève de ce que j’appellerai une psychiatrie sociale et révèle un profond malaise dans notre société. Les Français ne votent guère, ne s’intéressent pas à la politique ou la dénigrent, mais se jettent, voraces, sur ce genre d’ouvrage. Et ce syndrome du trou de la serrure est inquiétant. On imagine les consommateurs en demander toujours plus (oui, les consommateurs, et non pas les lecteurs, car il ne s’agit ni de lecture ni de littérature mais bien de consommation). Il bande ? Il se masturbe ? Tous les jours ? Elle le suce ? Ses slips sont propres ? Ses règles sont régulières ? Elle baise bien ?

Ce que montre le livre de Trierweiler, au delà de la personnalité malsaine de son auteur, c’est qu’il y a des gens pour l’acheter, des gens qui peuvent se poser ce genre de questions, des gens qui préfèrent le trou de la serrure à un peu de réflexion politique. Un révélateur.

 

 

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  30 août 2014 : Il y a balles et balles

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Arnaud Montebourg, après avoir été viré, a d’abord déclaré en privé qu’il allait ouvrir une galerie de peinture (en fait il citait ce que Chirac avait dit à Giscard) puis, en public : « Je vais prendre exemple sur Cincinnatus, qui préféra quitter le pouvoir pour retourner  à ses champs et à ses charrues ». Je ne connais pas les compétences de Montebourg en matière d’histoire, mais Cincinnatus est dans l’histoire romaine une sorte de mythe dont on ne sait pas grand chose. Allégorie de l’homme politique désintéressé il aurait en 458 avant J-C sauvé Rome en 16 jours avant de retourner sur ses terres « nu et labourant » selon un ouvrage attribué, sans doute à tort, à Aurelius Victor, Liber de viris illustribus. Après avoir porté une marinière « made in France », notre ancien ministre va-t-il se mettre, dans le plus simple appareil, aux travaux champêtres ? Ce serait plaisant, non ? Je l’imagine déjà poussant une balle de foin.

En fait je cherchais une transition. Il y a, en effet, balles et balles. Au Sénégal un étudiant, Bassirou Faye, a été tué par la police sur le campus de l’université de Dakar  lors d’une manifestation : les étudiants réclamaient le paiement de leurs bourses, qu’ils n’avaient pas touchées depuis octobre 2013. On leur a répondu par des balles, mais pas celles qu’ils attendaient. Ne reculant devant aucun sacrifice, le président de la République, Macky Sall, a décidé d’offrir à la famille du défunt un billet pour la Mecque. Dieu est grand !

 

 

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  27 août 2014 : Echiquier politique

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Je n’imaginais pas samedi, en écrivant mon précédent billet, que le bal des egos allait s’accélérer au point de déclencher un changement de gouvernement. Et, une fois encore, l’observation distanciée des évènements est pleine d’enseignements. Prenons Montebourg. Dès lundi soir il annonçait qu’il « reprenait sa liberté », c’est-à-dire qu’il tentait de nous faire croire qu’il avait démissionné, alors qu’il avait proprement été viré. Il a joué, une fois de plus, avec le feu mais cette fois le jeu lui a échappé. Le Canard enchaîné, faisant allusion à la sortie de Montebourg proposant d’envoyer à Hollande une « bouteille de la cuvée du redressement », titre aujourd’hui qu’il a « trop forcé sur la bouteille ». La formule est amusante, mais une métaphore échiquéenne est sans doute plus parlante.

Aux échecs, le cavalier est une pièce fantasque, qui dispose de possibilités variées et qui peut souvent surprendre. En effet, il se déplace en L, passant d’une case noire à une case blanche, ou inversement, il peut menacer deux pièces à la fois et surtout il peut  sauter par dessus d’autres pièces : il est rarement enfermé, coincé. Posez un cavalier sur une case noire au centre de l’échiquier : il peut théoriquement se déplacer vers huit cases blanches différentes, et cette liberté circulaire donne presque le tournis. Mais, en fin de partie, un cavalier seul ne peut pas mater le roi adverse, il lui faut au moins une autre pièce. Et tout ceci définit parfaitement Arnaud Montebourg. Fantasque comme le cavalier, pouvant souvent surprendre, il trouve ses limites lorsqu’il est isolé. Il s’est trouvé, après ses rodomontades de Frangy, coincé sans même s’en apercevoir, entraînant dans sa chute Hamon, ex-ministre de l’éducation nationale. Seule Aurélie Filippetti a réellement démissionné, les deux autres, répétons-le, ont été virés. Le nouveau gouvernement est de ce point de vue une leçon de choses. Peu de changements, sauf à la culture, à l’éducation nationale et bien sûr à l’économie, le départ des trois titulaires de ces postes était la fonction principale du changement de gouvernement.

Certains me diront que Montebourg, par ses provocations irréfléchies, s’apparenterait plutôt à un fou. Cette pièce se déplace en biais (c’est la fameuse « diagonale du fou ») et permet de contrôler deux axes. De ce point de vue, c’est plutôt Placé qui lui correspondrait, un œil sur la diagonale verte, un autre sur la diagonale socialiste, attendant un poste de ministre, il se verrait bien l’égal des éléphants du PS. Justement, le fou était, dans les anciens jeux d’échecs, un éléphant, et il se dit en arabe al fil, c’est-à-dire, justement, l’éléphant.

Quoiqu’il en soit,  je vous disais qu’un cavalier seul ne suffisait pas à mettre en échec le roi adverse. Associé à un autre cavalier, il ne peut obtenir qu’une partie nulle. Associé à un fou, il est presque aussi impuissant : il lui faut une quarantaine de coups, en jouant très finement. Mais ce qui manque à Montebourg, c’est peut-être la finesse...




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  23 août 2014 : Peter Pan, la grenouille et le bœuf.

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En cette fin de vacances, alors que malgré l’Ukraine et le Proche-Orient la presse manque de sujets à se mettre sous la dent, le monde politique s’agite et nous donne à voir un fabuleux bal des ego. Cecile Duflot, à la veille des journées d’été des écolos, sort un ouvrage, De l’intérieur : Voyage au pays de la désillusion, dans lequel elle tire à vue sur François Hollande. Il s’agit, bien sûr, de se positionner en vue de l’élection présidentielle de 2017, de prendre les devants afin d’apparaître comme incontournable. Mais elle a en face d’elle d’autres Verts qui lui reprochent d’avoir fait une erreur stratégique en quittant le gouvernement : Jean-Vincent Placé (qui rêve d’être ministre), Denis Baupin ou François de Rugy. Ils ont eu une belle formule pour qualifier le comportement de Duflot : le syndrome de Peter Pan, c’est-à-dire le refus de grandir, de voir les choses en adulte.

D’autres se voient déjà grands, comme Bruno Lemaire ou Arnaud Montebourg. Lemaire a annoncé qu’il se portera candidat à la présidence de l’UMP contre Sarkozy. Et Montebourg pour sa part aligne les couacs en critiquant le gouvernement auquel il appartient. Sa dernière sortie appelle à faire passer au second plan la réduction dogmatique des déficits et à changer de politique économique. Immédiatement Emmanuelle Cosse (le clone de Duflot) et Placé applaudissent, et l’on peut se demander si Montebourg ne cherche pas des alliés de ce côté là. Bref, Duflot, Lemaire, Montebourg ou Placé, tous se rêvent plus importants qu’ils ne le sont aujourd’hui, tous visent une place centrale sur l’échiquier politique. Et cela me fait irrésistiblement penser à la fable de La Fontaine, la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. Vous vous souvenez de la fin ? Ne cherchez pas, je vous la donne :

"La chétive pécore
 s'enfla si bien qu'elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages ». Fermez le ban !

 



 

 

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  12 août 2014 : Revue de presse

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Burkina Faso  L’influence des « métropoles » sur les anciennes colonies n’est pas toujours négatives et peut même être parfois réjouissante.Ainsi, dans la plupart des pays africains francophones on trouve un journal satirique, une sorte de version locale du Canard enchaîné. Au Burkina Faso il s’appelle Journal du jeudi, hebdromadaire satirique burkinabé, et hebdromadaire est déjà une belle trouvaille. Dans sa dernière livraison (7-13 août), un dessin montre un « bailleur de fonds »occidental tenant dans les mains deux dossier et disant : « Je pense à un projet de réhabilitation de votre marine (NB : Faut-il le préciser ? Le Burkina Faso n’a aucun accès à la mer) et à un autre de prévention des tempêtes de neige » et, face à lui, un bureaucrate africain tend la main vers les dossiers en répondant « Envoyez seulement ». Mais la chose dont tout le monde parle aujourd’hui au Burkina, la chose qui apparaît danstoutes les conversations, est ailleurs. Le président de la république en exercice, Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 1987, arrive en 2015 au terme deson ixième mandat (je n’arrive pas à m’y retrouver entre coups d’état, élections plus ou moins truquées, élections plus ou moins convenables…) etn’est, théoriquement, pas rééligible. Partira, partira pas ? Va-t-il organiser un référendum pour changer la constitution ? Ou bien fairepasser une loi lui permettant de se représenter ? Le Journal du jeudi, hebdromadaire satirique burkinabé (oui, je sais, j’ai déjà cité ce titre dans sa totalité, mais c’est pur lui faire de lapublicité) s’en donne à cœur joie. Un dessin met en scène Compaoré face à un Ouattara, président ivoirien : Pourquoi, Ado, tu peux rebeloter en 2015 et pas moi ? Réponse de Ouattara : Toi, c’est pas rebeloter, c’est rererererebeloter. Ou encore un dessin sur lequel Compaore, devant une affiche où l’on lit des dates (1987,1991, 1998, 2005, 2010) : Comme il n’y a pas rétroactivité, on n’a qu’à rebaptiser le Burkina Haute Volta et j’aurai droit à 2 mandats encore. Il demeure que l’opinion publique ne semble pas hostile à ce qui pourraitpourtant s’apparenter à un coup d’état constitutionnel. Ainsi des amis dont les positions démocratiques ne sont pas contestables me disent que Compaoré s’estamélioré avec l’âge, que cela ne les choquerait pas s’il restait… Allez comprendre.

Algérie Dans Le Monde diplomatique du mois d’août maintenant, un long article intitulé Sexe, jeunes et politique en Algérie. Quelques extraits, pour vous inciter à le lire :                                             «Il a 23 ans et comme la plupart des jeunes de son âge que nous avons rencontrés etinterrogés sur la sexualité, il parle de religion dès les cinq premières minutes d’entretien. Ce qui le préoccupe tout particulièrement, c’est le calculentre hassanate (les bons points récoltés au cours de la vie grâce aux bonnes actions effectuées) et syiate (les mauvais points). De la différence entre les deux dépendra son accès au paradis. Je prie à la mosquée cinq fois par jour. Parce qu’à la mosquée ça te rapporte vingt-sept fois plus dehassanate qu’à la maison. (….) Coucher avec une femme avant de se marier est pour lui « complètementimpensable », car criminel aux yeux de Dieu. Par contre, il se masturbe « tous les jours ». « Je sais que c’est haram (interdit), maisc’est la pression. Et au moins, avec la masturbation, tu reçois moins de syiate que si tu te fais caresser par une fille ». Vous êtes prévenus ! Mais lisez la suite de l’article, c’est édifiant.

Turquie Dans Libération je prends quelques citations de Recep Tayyip Erdogan, ex premier ministre et désormais président de la république : « L’heure de la fin de la vieille Turquie et de ses politiques partisanes a sonné », « nous voulons forger une jeunesse religieuse et moderne (…), une jeunesse qui revendique sa religion, son langage, sa sagesse, sa chasteté etses rancunes ». Lorsqu’Erdogan était premier ministre, avez-vous entendu parler du président de la république turque ? Non, bien sûr, c’était le premier ministre qui se trouvait sur le devant de la scène. Maintenant qu’Erdogan est président de la république, vousen entendrez parler : si vous voulez avoir une idée de ce qui va se passer, relisez l’histoire de la Russie depuis que Poutine a été successivementprésident de la république, puis premier ministre puis à nouveau président de la république… L’actualité terroriste en Iraq et en Syrie a remis dans lalumière l’idée de califat, mais c’est peut-être en Turquie qu’elle va bientôt s’incarner. Alors je vous propose la recette d’un cocktail. Mettez dans unshaker la longévité politique de Compaoré et de Poutine, ajoutez-y un zeste de hassanate et de syiate, un peu de chasteté et beaucoup de démagogie, secouez etvous aurez un savoureux cocktail, que nous baptiserons, pour éviter un anglicisme, la queue de coq Erdogan.

 

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  30  juillet   2014 : Devoirs de vacances

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            Je viens de passer une semaine à Chypre, à me reposer (beaucoup) et à travailler (un peu) sur l’arabe Chypriote. Sont en effet arrivés à Chypre autour du XII° siècle des Maronites arabophones, venant de ce qui est aujourd’hui la Syrie et le Liban, qui ont vécu pendant huit siècles dans quatre villages de la partie nord de l’île. Puis, après l’occupation d’une partie de Chypre par l’armée turque, ils se sont repliés vers Nicosie, Larnaka et Limassol. Sur les 5 ou 6.000 maronites chypriotes , moins de mille parlent aujourd’hui cette projection de l’arabe levantin qui présente la particularité d’avoir évolué sans rapport avec la religion musulmane et sans la pression normative de l’arabe standard. En gros, à la diglossie classique entre arabe « dialectal » et arabe « classique » s’est substituée une diglossie grec/arabe qui a modifié bien sûr la langue. Si je vous parle de cela, c’est que je suis en train de préparer un livre sur l’histoire linguistique de la Méditerranée, que je travaille en ce moment sur l’expansion de l’arabe,  et que le cas de Chypre, comme d’ailleurs celui de Malte (où un arabe maghrébin celui-ci et italianisé est devenu langue nationale) constituent une véritable leçon de choses. Nous sommes tellement environnés par l’idéologie arabo-musulmane que nous avons parfois du mal à regarder les choses en face, à dire que le roi est nu ou, si vous préférez que les Tunisiens parlent tunisien, les Egyptiens parlent égyptien, et qu’il s’agit là de langues différentes, ou peut-être de langues en voie d’émergence. Et le maltais, largement majoritaire à Malte, comme l’arabe chypriote, largement minoritaire à Chypre, lui, nous donnent justement à voir l’évolution « normale » de langues arabes dans des environnements plurilingues. Bref, il y a là un sujet passionnant, dont je vous reparlerai. Pour l’instant je change de devoirs de vacances  et pars travailler une semaine au Burkina Faso.

 

 

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  17  juillet   2014 : Toubon défenseur des droits... de la droite

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            On a beaucoup cité le lapsus de Hollande dans son intervention télévisée du 14 juillet, lorsqu’il a dit que Sarkozy était prisonnier innocent. Comme souvent, en mettant le projecteur sur un fait, on passe à côté d’un autre fait, parfois plus important car, en insistant sur ce point, les commentateurs ont raté le principal. Voici sa phrase complète :

« Chacun doit être certain qu’il est prisonnier... euh présumé innocent avant d’avoir été condamné »

« Avant d’avoir été condamné » : pour aller jusqu’au bout de la présumée innocence, il aurait fallu dire «avant d’avoir été jugé », car un accusé peut être innocenté, ou obtenir un non lieu, et Hollande indiquait  nettement qu’à ses yeux Sarkozy serait condamné, car, débarrassée de son lapsus apparent sa phrase en affichait un autre, beaucoup plus intéressant : « Chacun doit être certain qu’il est présumé innocent avant d’avoir été condamné ». En fait, Hollande semble se spécialiser dans les lapsus en tous genres, et le dernier en date est la nomination de Jacques Toubon au poste de défenseurs des droits. Pourquoi donc est-il allé chercher cette vieille savate chiraquienne qui a montré comment il traitait le droit. Un exemple ? Tenez, en novembre 1996 l’adjoint du procureur de l’Essonne ouvrait une information judiciaire contre Xavière Tiberi. Catastrophe ! Le couple Tiberi est en effet à Jacques Chirac ce que les couple Balkany est à Nicolas Sarkozy : des délinquants déjà condamnés mais à défendre à tout prix. Toubon, qui était alors ministre de la justice, se mit en quête du procureur en titre, Laurent Davenas. Où était-il, Davenas ? Davenas était au Népal, où il préparait si je me souviens bien l’ascension de l’Himalaya. Ni une ni deux, Toubon contacte l’ambassade de France et fait envoyer un hélicoptère pour récupérer le procureur afin qu’il vienne étouffer l’affaire et mettre fin à cette scandaleuse mise en examen de Xavière Tibéri. Toubon était déjà spécialisé dans la défense des droits...de la droite.  On se demande ce qui s’est passé dans la tête de Hollande.

Bon, terminons quand même avec le sourire. Comme vous le savez, on s’interroge sur des contrats signés par AREVA lorsqu’Anne Lauvergeon  en était la patronne, et certains soupçonnent son mari d’avoir trempé dans l’affaire. Or le mari s’appelle, ça ne s’invente pas, Olivier Fric.

 

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  15  juillet   2014 : Retour d'Abidjan

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   Depuis une quarantaine d’années que je parcours  l‘Afrique, à chacune de nos retrouvailles avec des amis, après avoir pris des nouvelles de la famille, puis de la politique, nous en venons régulièrement à parler de la corruption, des détournements de fonds, bref des maux de l’Afrique. Mais les temps changent. On parle certes en ce moment à Abidjan de fraude aux examens (pour le BEPC), mais c’est bien peu de choses. Parler de politique en Afrique de l’Ouest c’est aujourd’hui parler de l’irresponsabilité de la France et de la Grande-Bretagne, ou de Sarkozy et Blair, bref de l’intervention en Libye qui a mis sur le marché des centaines de millions d’armes dont une bonne partie se retrouvent dans les mains de groupes islamistes. Et parler de corruption, de détournement de fonds, nous amenait immédiatement à parler de la France, de l’UMP, de Sarkozy, des billets d’avion de madame Copé, de l’achat par AREVA de mines d’uranium  dans des conditions étranges et d’autres petites choses croustillantes encore. Oui, les temps changent et le Nord n’a guère de leçons de moralité politique à donner.

Ceci dit, j’étais en Côte d’Ivoire pour parler de politique linguistique devant un aéropage, les ministres de l’éducation nationale des pays de la Francophonie. Comme toujours, en fin de réunion, le retard accumulé fait que ceux qui parlent en dernier voient leur temps de parole raccourci. J’ai donc dû me contenter de dix minutes (mais il y a longtemps que je sais qu’un texte donné à un ministre ne doit pas excéder une page...). Cependant, je n’ai pas pu m’empêcher de faire un petit calcul. Deux jours avant, lors de la cérémonie d’ouverture, nous avons eu droit à une dizaine d’interventions officielles. Chacune commençait de la même façon, par une sorte de litanie  « Monsieur le ministre d’état Machin représentant son excellence le premier ministre, monsieur le ministre Truc, madame le ministre Chose, mesdames et messieurs les ministres représentant les pays membres, monsieur l’Administrateur de la Francophonie, monsieur le secrétaire général de la CONFEMEN, madame la représentante de l’UNESCO, mesdames et messieurs les ambassadeurs, messieurs les chefs traditionnels, messieurs les représentants des cultes, honorables invités en vos rangs, grades et qualités, mesdames et messieurs »… Dit avec la componction et la gravité qui s’imposent, cela prend une bonne minute. Répété dix fois, dix minutes. Mais quand on aime, on ne compte pas.

Dans l’avion, à l’aller et au retour, j’ai lu le dernier livre d’ Erik Orsenna, Mali, ô Mali, et j’y ai trouvé ce délicieux passage, que je vous livre :

« -En tout cas, ne contagionne pas nos filles.

Cette fois Mme Bâ sursauta.

«-Ce mot n’est pas français !

-Nous non plus, nous ne sommes pas français ! »

Cela m’a rappelé un colloque, il y a trois ans je crois, en honneur à Alain Rey, dans lequel un journaliste de France Inter, qui animait une séance, avait parlé de l’accent « charmant » d’un Québécois qui intervenait. Lequel lui avait répliqué : « Il faut être deux pour avoir un accent ». Eh oui. Pour la corruption comme pour les accents, un certain relativisme s’impose.

 

 


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  8  juillet   2014 : Le Turc en Italie dégraissé, réduit à l'os

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Le Turc en Italie, opéra bouffe de Rossini, programmé au festival d’Aix-en-Provence, n’ a décidément pas de chance. La première en avait été annulée samedi pour cause de grève des intermittents du spectacle et hier la « seconde première », prévue dans la cour de l’archevêché, a dû être déplacée vers le grand théâtre de Provence pour cause de conditions climatiques un peu humides. Après les intermittents, le temps.

Déplacer un spectacle comprenant une cinquantaine de musiciens, une vingtaine de choristes, sept interprètes plus les techniciens que l’on imagine, sans parler des décors, intransportables et de l’absence de fosse pour l’orchestre, cela tient de la gageure. Nous eûmes donc droit à ce que les organisateurs appellent d’une formule pudique une version « semi-scénique », une grande scène entièrement occupée par l’orchestre, un peu à l’étroit mais pour une fois à la vue de tous, côté jardin une série de chaises le long du mur pour les choristes, qui se lèvent et se regroupent pour chanter puis retournent s’asseoir, et côté cour un passage permettant aux interprètes  d’accéder à l’espace disponible entre l’orchestre et le bord de la scène, une bande de moins de deux mètres de large. Les interprètes portaient les costumes prévus mais il n’y avait aucun décor. Enfin, pas tout à fait : il y avait dans cet espace long et étroit huit chaises paillées un peu vieillotte, dont je ne sais pas si elles sont dans la mise en scène complète, et sur lesquelles les chanteurs s’asseyaient parfois. Voilà, le décor si je puis dire est en place, cela commence comme il se doit par un prélude interprété par une quarantaine d’instruments à cordes, éblouissants, et c’est parti pour le spectacle. L’orchestre excellent, la direction musicales pleine d’humour. En particulier, sur des passages proches du récitatif, l’orchestre s’arrêtait pour laisser place à un accompagnement minimaliste au clavier, me semble-t-il  improvisé, par exemple  le jaillissement soudain de quelques mesures de Mozart (La Marche turque), ou quelques accords, quelques arpèges impressionnistes, soulignant ou suggérant les mouvements ou l’action en train de se faire. Trois heures après, le triomphe, plusieurs rappels, tout le monde enchanté, par la qualité du spectacle, indéniable, par la prouesse technique aussi, peut-être.

Je l’étais aussi, enchanté, ébloui, mais pour des raisons un peu particulières. Je ne suis pas fanatique d’opéra, j’ai toujours trouvé ridicule ces décors, ces gestes, ces vocalises, ces morceaux de textes répétés cinq ou dix fois, bref je m’y ennuie parfois et je préfère l’écouter sur disque, de façon flottante dirait un psychanalyste. Or, par la force des choses, La force du destin  aurait dit Verdi, une grande partie de ce qui m’ennuie ou me semble ridicule avait disparu. Un opéra  dégraissé, réduit à l’os presque, débarrassé de ses oripeaux, en partie peut-être par la volonté initiale du metteur en scène (costumes d’une étonnantes sobriété et modernité par exemple) mais surtout à cause des intempéries, de la délocalisation vers un lieu à priori incapable d’accueillir un orpéra, qui avaient dégagé les décors et les mouvements de scène. Je ne sais pas ce que devait être, et sera dans les jours qui viennent, Le Turc en Italie tel que prévu par le metteur en scène j’essaierai de me renseigner, mais j’ai eu l’impression que cette mise en scène dénudée, ramenée presque à la partition et à quelques gestes, quelques mimiques, constituait une sorte de révolution, qui rime ici avec simplification. Une sorte d’opéra du pauvre, sacrément efficace. Bon, tout ceci dit, je pars demain travailler quelques jours en Côte d’Ivoire. A la semaine prochaine.



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  6  juillet   2014 : Appel au peuple

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Je suis à la recherche d'un livre épuisé et introuvable sur Internet, sauf à des prix prohibitifs. Il s'agit d'un Que Sais-Je? d'Alain Guillerm publié en 1995, La marine dans l'antiquité. Si l'un de mes lecteurs l'avait et pouvait me le prêter, cela me rendrait bien service pour des travaux que je suis en train de mener sur l'histoire linguistique de la Méditeranée. Merci par avance.

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  5  juillet   2014 : Pensées uniques

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J’ai assisté hier soir à une rencontre, organisée par les Déconnomistes à la faculté des lettres d’Aix-en-Provence, rencontre avec Pierre Carles, le réalisateur de Pas vu pas pris, La sociologie est un sport de combat ou encore Hollande, DSK, etc., qui présentait son prochain film, ou du moins la première moitié de son prochain film, le reste n’étant pas encore financé. Il s’agit d’une sorte de portrait de Rafael Correa, le président de l’Equateur, qui a décidé de ne pas rembourser la dette du pays, qui a gentiment mis le FMI à la porte et, en tout cas, n’écoute pas ses « conseils » et dont on dit que le pays n’a que 4% de chômeurs et ne connaît plus de tensions sociales, bref, l’idée était de présenter l’Equateur comme un autre modèle, ou un contre-modèle, économique. Pourquoi pas, peut-être, il faut voir, attendre,  mais il faut tout de même rappeler que le pays a du pétrole, beaucoup de pétrole, et que cela facilite les choses. Portrait de Rafael Correa donc, à propos de sa visite à Paris, en novembre 2013.

Le président Correa a été reçu par Hollande, a fait une conférence à la Sorbonne, est passé longuement sur TV 5 (diffusée dans l’ensemble du monde), le Figaro  a parlé de lui, bref il a eu une couverture médiatique honorable, sans plus. Mais, pour Carles, « les grands media français ont boudé » son séjour, « aucune radio ni chaîne de télévision hexagonale n’a évoqué le ‘miracle’ équatorien ». A partir de là se déroule un discours cinématographique et un discours tout court qui m’a mis mal à l’aise.  J’avais sans cesse le sentiment que le film, par sa rhétorique,  desservait ses intentions. Je m’explique. La plus grande partie du document, dont on attendait qu’il présente l’expérience  équatorienne, s’attardait sur des entretiens avec des journalistes (Yves Calvi, Christophe Barbier, Thomas Legrand, Elizabeth Quin, Frédéric Taddeï, etc.) dont la plupart fait plutôt bien son métier, auxquels on reprochait de ne pas avoir rendu compte de la visite de Correa. Et, pour faire bonne mesure, on reprochait à Yvan Levaï de ne pas citer Le Monde diplomatique (qui lui, bien sûr, a ouvert ses colonnes au président équatorien) dans sa revue de presse sur France Inter. Le tout sur un ton que j’ai trouvé  soit inquisiteur (pourquoi ne l’avez-vous pas invité ?) soit dogmatique (vous passez à côté d’une expérience importante, vous auriez dû l’inviter). Une véritable  chasse à l’homme, avec un montage un peu partial, qui mettait systématiquement les journalistes à leur désavantage.

En outre, les réactions de la salle, acquise par avance, étaient presque caricaturales. Tout le monde riait au même moment, de la même chose, le plus souvent lorsqu’on voyait sur l’écran une sorte de peluche, un âne (traduisez : ces journalistes sont des ânes), avec le sentiment rassurant d’être entre soi, d’être sûr d’être d’accord avec ses voisins, bref d’être bien au chaud chez soi. Et j’ai eu soudain le pénible sentiment que ce public se comportait comme n’importe quel public convaincu d’avance, UMP défendant par principe Sarkozy, FN  jouissant aux sorties racistes de Le Pen, PS, ou du moins une partie du PS, se regroupant autour de Hollande, Parti de Gauche se pâmant devant les rodomontades Mélenchon, bref tout ce que vous voudrez.  Révérence gardée, je me suis remémoré deux vers de Brassens, « le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on/ est plus de quatre on est une bande de cons »... Les Déconnomistes veulent, disent-ils,  déconstruire la pensée unique, programme auquel on ne peut qu’adhérer, mais j’avais l’impression d’être en pleine pensée unique.

Il y avait ensuite le film d’un réalisateur dont je n’ai pas capté le nom, qu’il m’en excuse, un dialogue entre l’auteur et un pseudo sémiologue en gros sabots analysant deux publicités pour tenter de montrer que le système capitaliste, le jeu sur les liquidités, se retrouvait dans le pousse-à-consommer qu’on tente de nous faire avaler. Du sous Bourdieu, pauvre Bourdieu. Je suis parti avant la fin, un peu désespéré, peut-être la discussion a-t-elle été intéressante, je n’en sais rien. Mais j’étais affligé par la pauvreté théorique de tout cela. Allez, la pensée de gauche a encore du chemin à faire...

Au fait, ça n’a rien à voir, mais les choses sont bien organisées : l’équipe française de foot se fait jeter du mondial la veille du début du tour de France. Les passionnés du sport en canapé n’auront pas à zapper.


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  3  juillet   2014 : La théorie du complot

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Rasé de près, chemise blanche, cravate et costume sombre, il a repris le look de l’emploi. Depuis des mois en effet, même dans ses conférences mondaines, il portait une barbe de quelques jours, à la Gainsbourg. Un signe ou plutôt un indice : le voilà redevenu présidentiable. D’où mon conseil aux journalistes : surveillez le look de Sarkozy, notez bien s’il laisse repousser sa barbe et, le jour où il la rasera à nouveau, préparez-vous, il se passera bientôt quelque chose.

En face de lui Jean-Pierre Elkabbach, qui fidèle à lui-même pose les questions comme un larbin présente les plats, lui demandant si « les chefs d’accusation étaient préparés à l’avance », et Gilles Bouleau, le présentateur habituel du journal de TF1. Mais ce dernier semblait jouer à contre-emploi, rappelant l’histoire des petits pois, mentionnant les comptes truqués de la campagne présidentielle, résumant ce qu’il y avait dans les écoutes téléphoniques, au point que Sarkozy le trouve « agressif », tout cela après un sujet précédant l’interview, présentant les réactions de la gauche et de la droite, le commentaire précisant que l’UMP était « prudente », « lassée ». Et l’on se demandait si ce n’était pas TF1 qui était lassée par Sarkozy et prudente, si la chaîne de droite n’était pas en train de changer non pas de bord politique mais de poulain. A suivre...

Mais venons-en au fond, en commençant par quelques citations. Sarkozy a prononcé une fois le syntagme « manipulation politique » et, deux fois, « instrumentalisation politique », la première fois de façon prudente (« instrumentalisation politique d’une partie de la justice ») et la seconde de façon plus large (« instrumentalisation politique de la justice »). Le ton est donné, il déclare deux fois qu’il a été « humilié », parle de lui avec hauteur, se présentant comme ancien président de la république, ancien chef de l’état, alors que citant trois fois l’actuel chef de l’état il parlera chaque fois simplement de « Monsieur Hollande ». Quant aux deux juges, elles sont « les deux dames » qui l’ont mis en examen. A tort, bien sûr, puisqu’il est innocent, victime d’un complot. « Les 17 millions c’est une folie », il n’a jamais essayé de corrompre qui que ce soit, on s’acharne sur lui, d’ailleurs « Monsieur Cahuzac n’a pas fait une seconde de garde à vue » (en fait il oublie que Cahuzac avait demandé à être reçu par les juges), bref il joue au gosse qui va se plaindre, dans le genre « M’sieur, il a pas fait ses devoirs », on bien « M’sieur pourquoi il a pas été puni, lui ? ».  Bref, on aura compris que la contre-attaque de Sarkozy, certes vigoureuse, est difficilement crédible, ou du moins qu’on se demande qui peut bien le croire. Peut-être est-il innocent, ou partiellement innocent, le n’en sais rien, mais parler de « vilénies », de « manipulations politiques », de « justice instrumentalisée », bref se présenter comme la victime d’un complot, tout cela est un peu gros. Cerise sur le gâteau, Patrick Balkany, dont la femme a récemment avoué qu’ils avaient volé le fisc pendant dix ans, a trouvé la prestation de son ami « remarquable de justesse ». Alors, si Balkany le dit...

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  2  juillet   2014 : Les bleus en quarts de finale, Sako en car de police!

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Ouf ! Ce matin en ouvrant la radio j’ai eu la bonne surprise de ne pas entendre parler de football. Il faut dire que lundi soir le journal télévisé commençait par un tour de France de treize minutes, montre en main, nous montrant des débiles des deux sexes, maquillés si l’on peut dire aux trois couleurs nationales, hurlant, éructant : la vulgarité totale ! Et puis on passait à Estrosi, aussi intelligent qu’un supporter de foot, qui interdisait les drapeaux dans les rues de Nice (ça, c’était en prévision du match Algérie-Allemagne) et l’on parlait enfin, un peu, de politique. Ce matin, donc, rien de tout cela. Ce n’est pas, hélas, que les media se sont dégoûtés du foot, non : tout simplement Sarkozy avait été mis en examen. Merci Sarkozy !

Cette mise en examen a permis au Canard enchaîné de ce matin ce magnifique titre in extremis (le journal boucle mardi soir et la nouvelle est tombée cette nuit) : Les bleus en quarts de finale et Sarko en car de police ! Elle nous a surtout permis d’observer les réactions de la droite. Laissons de côté l’inénarrable Morano, toujours dans le même rôle de mégère fidèle à son maître. Les autres se partagent en deux : les prudents, courageux mais pas téméraires, qui ne se bousculent pas pour le défendre et attendent en espérant secrètement être enfin débarrassés de  l’individu, et ceux, moins nombreux, qui crient à une machination élaborée par ces crapules de juges et un cabinet noir de l’Elysée. Rien d’inattendu, sauf que le pauvre ex-président semble avoir de moins en moins de soutiens. Il a donc cinq ou six dossiers aux fesses. Pour certains d’entre eux (affaire Tapie, sondage de l’Elysée), il est couvert par son immunité présidentielle. Pour celle de Karachi, il a obtenu un non-lieu. Restent l’éventuel financement de sa campagne de 2007 par Khadafi, le scandale Bygmalion et enfin les chefs d’accusation pour lesquels il vient d’être mis en examen : trafic d’influence, corruption active, recel de violation du secret professionnel. Excusez du peu ! Bien sûr, la présomption d’innocence est la règle et il nous font attendre que la justice fasse son travail. Mais j’avoue qu’un ancien président de la république qui communique avec son avocat à l’aide de téléphones achetés sous de faux noms, cela fait un peu mafieux. Certains dans la presse comparent Sarkozy à Berlusconi, ce qui n’est pas tout à fait exact : Berlusconi a fait fortune dans les affaires, Sarkozy ne fait que collectionner les affaires. J’avoue aussi qu’un ancien président qui fait exploser ses comptes de campagnes, s’en tire par un incompréhensible système de fausses factures et prétend ne pas avoir été au courant, cela est étrange. Ou il ment, mais nous savions déjà qu’il était menteur, ou il dit la vérité et nous pouvons nous demander si quelqu’un qui ne se rend pas compte des sommes qu’il dépense est capable de gérer un pays (mais nous avons déjà vu comment il a géré la France). Alors, présomption d’innocence ou pas, on peut se demander ce qu’il y a dans la tête des électeurs de droite, comment ils peuvent continuer à défendre un parti et un ex-président mafieux. Non, je ne suis pas partisan ni partial, je me pose sérieusement la question, je ne comprends pas. La droite d’aujourd’hui n’a pas d’idées politiques, c’est le drame de l’UMP, mais elle a le culte du chef et elle le pousse jusqu’à l’absurde. Tiens, en passant, ces deux assertions, plus que toutes les analyses, nous montrent que droite et extrême-droite, UMP et FN, n’ont guère de différences : pas d’idées politiques et culte du chef. Enfin nous verrons ce qu’il en sortira. Vendredi les media parleront à nouveau de foot. Mais j’avoue que j’aime bien le titre du Canard. Si la France perd, il pourra titrer les bleus et Sarko au trou.

 


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  29  juin   2014 : Révolutions

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J’ai d’abord cru que c’était une blague, puis j’ai vérifié : pas de doute. En Bolivie, le gouvernement a décidé de décoloniser le temps. Décoloniser le temps, qu’es aco ? C’est bien simple : la Bolivie est située dans l’hémisphère Sud, la perception du soleil qu’on y a n’est donc pas la même que dans l’hémisphère Nord, et si les montres tournent de gauche à droite c’est un fait colonial imposé par des peuples venus du Nord. Donc, l’horloge qui se trouve sur la façade  du Parlement a été modifiée. Les chiffres tout d’abord ne sont plus romain mais arabes, et ils ne sont plus disposés de la même façon. Les 6 et le 12 n’ont pas bougé mais, à la gauche du 12 on trouve le 1, puis le 2, etc. et à sa droite le 11 puis le 10, le 9, etc. Et, bien sûr, les aiguilles tournent dans « l’autre » sens, de la droite vers la gauche. J’ai écrit qu’elles tournaient dans « l’autre » sens, j’aurais pu écrire qu’elles tournaient « à l’envers » mais cela serait passé à côté de ce que veulent signifier les Boliviens, ou du moins certains d’entre eux. Il s’agit en effet de se réapproprier une identité différente, sudiste, de changer les mentalités, de montrer qu’on n’est pas obligé d’accepter une vision imposée par d’autres. C’est ce qu’on appelle une pensée révolutionnaire, qui s’appuie en même temps sur un argument fort : au Sud de l’équateur les cadrans solaires fonctionnent à l’inverse de ceux du Nord, ou encore, comme on voudra, ils fonctionnent au Nord à l’inverse du Sud. Il faut saluer hautement cette initiative, tout en soulignant qu’elle ne va pas assez loin. Comment accepter par exemple que le système des feux de circulation oblige les automobilistes à s’arrêter au rouge, couleur de la révolution, et à passer au vert ? Ne faudrait-il pas inverser le système ? Et pourquoi les féministes ne se sont-elles pas élevées contre le machisme qui fait que les chemises d’hommes se boutonnent en mettant le côté gauche sur le droit alors que pour les chemisiers féminins c’est l’inverse ? N’est-il pas urgent d’inverser cette pratique? Ou encore d’imposer une solution égalitaire qui consisterait à interdire le système de boutonnage et à le remplacer  par une fermeture éclair ? Bref le gouvernement d’Evo Morales est en train de bouleverser notre vision du monde, façonnée par la domination impérialiste du Nord sur le Sud. Et tiens, ces notions de Nord et de Sud, ne faut-il pas les modifier ? En turc les point cardinaux correspondaient à des couleurs, le Nord était dit kara « noir » (d’où la mer noire, en fait « du nord ») et le sud ak « blanc ». Adoptons ce système et le noir dominera le blanc. Mais il y a sûrement d’autres injustices du même genre à réparer. Je vous fais confiance pour les débusquer. La révolution passe par beaucoup de semblables détails.

 

 

 

 

 


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  27  juin   2014 : Allée à toire

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Chaque année, à la fin du mois de juin, les media se jettent sur les perles du baccalauréat. Il s’agissait au début de courts articles de presse, ou de succinctes chroniques radio, mais aujourd’hui Internet regorge de sites entièrement consacrés à ce thème fondamental, et l’on peut y faire son marché. Une fois n’est pas coutume, je vous en propose une petite sélection et, puisque je vous parlais récemment de la Chine, voici quatre assertions fondamentales pour bien comprendre ce pays.

Un Français a dit un jour : « Laissez dormir la Chine, car si la Chine se réveille, après elle ne sera pas contente »

Mao a été inspiré par son successeur

« On dit que la Chine est une République Populaire car elle est très connue dans le monde entier 

Au départ, c'est Christophe Colomb qui a découvert la Chine, juste avant de découvrir les indiens. On pense que Vasco de Gama y est peut être passé, mais on a aucune certitude 

N’allez pas croire pour autant que nos jeunes intellectuels manquent de méthode. Voici par exemple la présentation d’un plan rigoureux : Dans une première partie nous verrons les avantages. Dans une deuxième partie nous verrons les désinconvénients. Et les références abondent: Comme disait l’autre, je pense donc je suis, ou encore, Comme référence, il y a un philosophe dont le nom m'échappe, mais cela ne m'empêche pas de le citer : Je pense donc je suis. Ce qui n’empêche pas les candidats d’être parfaitement au courant des progrès techniques :  L'Europe est devenue géographiquement étendue, avec notamment six fusées horaires.

Les candidats ne sont d’ailleurs pas en reste dans le domaine littéraire : Victor Hugo est un écrivain et un poète du 19ème siècle. On lui doit notamment Notre Dame de Paris ou encore Les Minables, à quoi j’ajouterai Ce poème comprend beaucoup de comparaisons et d'amphores.

Mais j’avoue que c’est dans le domaine de la réflexion philosophique que j’ai trouvé le plus de plaisir : Pour se connaître, il font se faire s'enfoncer profondément en soi et s'interroger sur ce qu'on veux, certes, mais Choisir c'est comme avoir une épée de Da Moclès sur sa tête. Et surtout, ultime conseil : Pour vivre dans la joie et l’allée graisse, il faut faire des sacrifices. Cette allée graisse là me met en joie, et j’y ajouterais volontiers l’allée gorille, célébrant un genre littéraire, l’allée gassion, rappelant le vrai nom de famille d’Edith Piaf, tout cela convergeant bien sûr vers la célèbre allée à toire, dans laquelle vivent tous les amoureux du hasard.

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  23  juin   2014 : C'est beau les amis 

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Je n’en ai ni le temps ni le goût, mais je conseillerais volontiers à de jeunes linguistes en formation ou en quête de sujet de thèse de travailler sur la langue des commentateurs sportifs. Après la victoire en football de la France sur la Suisse, le  délire nationaliste s’est ainsi incarné dans une série de formules dont je ne vous donne qu’un échantillon, recueilli au hasard de mes lectures : La France asphyxie la Suisse, les bleus atomisent la Suisse, la France fait sauter la banque, les français ont troué le gruyère, à  Bahia on mange des petits suisses... A part cela, la Suisse est un pays ami. Et dire qu’après cela il nous faudra supporter le tour de France !

Pour drôle, ou tout aussi navrant, le sénateur vert Jean-François Placé a sévèrement taclé Michèle Sabban, vice-présidente PS du conseil régional d’Ile de France, dont on vient d’apprendre qu’elle occupe dans le 13ème arrondissement de Paris un appartement confortable dans une HLM.. Sabban avait en effet il y a quelques mois taclé Placé qui devait une confortable ardoise de contraventions non payées au volant d’une voiture de fonction du même conseil régional. C’est beau, les amis ! Et cela m’a remémoré une histoire que j’avais totalement oubliée. En 2006, alors que nous venions de sortir avec Jean Véronis un premier livre sur le discours politique dans la campagne présidentielle, j’avais été invité dans une émission sur la toute jeune chaîne D8, avec deux personnes dont j’ignorais jusqu’au nom. Dans le studio, avant d’aller sur le plateau, ces personnes, une femme et un homme, m’avaient semblé copains comme cochons, s’embrassant, se tutoyant. Puis, à l’antenne, elles étaient passé au « vous » et avaient commencé à s’empailler politiquement. Il s’agissait de François Sabban, justement, et de l’UMP Roger Karoutchi, qui était lui aussi membre du conseil régional et qui devait plus tard devenir ministre de Sarkozy. C’est beau les amis, non ?


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  19  juin   2014 : 石 油, нефть, petra oleum

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Allez, aujourd’hui, je vais vous embêter un peu avec mes obsessions de linguiste. Il est des choses évidentes qui mettent longtemps à vous sauter aux yeux. En Chine, je me déplace en général en avion et parfois, pour de courtes distances, en train. Cette fois-ci, pour la première fois en trente ans, j’ai fait deux cents kilomètres en voiture, et j’ai donc par la force des choses croisé plusieurs stations services. Sans que j’y prenne garde, le mot pour « pétrole », que mes yeux percevaient,  s’est imprégné dans mon subconscient, deux caractères, 石 油, shi you, qui mot à mot peuvent se traduire par « huile de pierre ». Le chinois étant une langue imagée, je n’ai pas tout de suite réalisé qu’il s’agissait d’un calque : après tout pétrole vient du latin petra oleum qui a exactement le même sens, huile de pierre.

Du coup j’ai commencé à explorer, mentalement d’abord puis, rentré chez moi, à l’aide de mes dictionnaires, la façon dont on dit pétrole dans différentes langues. Petrolio en italien, petroleo en espagnol et en portugais : les langues romanes sont fidèles au latin. L’allemand pour sa part a petroleum, tout comme l’anglais, mais le plus souvent simplifié en oil. Dans l’arabe tunisien de mon enfance, on disait bitrol, adaptation phonétique du mot français. Un passage par un dictionnaire égyptien m’a donné bétrol. Pourtant il y avait en arabe classique le mot naft, qui comme souvent n’a rien d’arabe. En Perse comme en Mésopotamie, le pétrole affleurait parfois, bien avant qu’on sache le purifier, utilisé pour les « feux grégeois », arme incendiaire à base de pétrole et de souffre, et les Akkadiens le nommèrent naptu, mot qui passa en araméen sous la forme naphta, repris en grec, puis en latin et enfin en arabe. Il existe en français (naphte), mais là n’est pas le problème. Si en effet la forme chinoise shi you est évidemment un calque sur petra oleum, la forme akkadienne s’est également répandue, vers le  russe par exemple (нефть ) et dans d’autres langues slaves.

Bon, je vais m’arrêter là, il y a près de 7.000 langues dans le monde et je ne vais pas les passer toutes en revue. Mais ce qui est ici remarquable c’est donc que deux mots, l’un venant du latin et l’autre de l’akkadien, une racine latine et l’autre sémitique, permettent de désigner le pétrole dans pratiquement toutes les langues du monde.