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Juillet 2020

 

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fleche31 juillet   2020 : RTT

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Je m’éloigne pour quelques jours de mon ordinateur.

Retour mi-août. En attendant, un peu de lecture :  https://algeriecultures.com/actualite-culturelle/la-sociolinguistique-decrit-des-langues-mais-aussi-des-situations-sociales-louis-jean-calvet-sociolinguiste/

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fleche28 juillet   2020 : Les enchères sont ouvertes

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Une de mes amies a un téléphone portable antédiluvien, qu’elle traîne depuis plus de vingt ans et qui ne peut servir qu’à deux choses : téléphoner et envoyer des textos. Elle s’en sert d’ailleurs de façon tout à fait irresponsable: elle envoie avec dextérité des messages tout en conduisant sa voiture(ce n’est pas bien, ça, Marielle !).

Elle vient de me raconter qu’un restaurateur, voyant sa pièce de musée, lui a lancé : « ça c’est un téléphone de bandit marseillais ». Et, devant son air ahuri, il lui a expliqué : « Ce sont les seuls que la police ne peut pas localiser. Ils sont très recherchés ».

Si vous avez au fond de vos tiroirs de telles antiquités, vous savez désormais comment vous en débarasser avec profit. Vous pouvez d’ailleurs sans doute pouvoir les vendre également en Corse. Mais si, à l’inverse, vous avez besoin de ne pas être géolocalisé, je ne pense pas qu’elle soit vendeuse. Sauf si vous proposez un très bon prix. Dans ce cas, faîtes-moi signe, je servirai d’intermédiaire (en prenant bien sûr ma commission au passage). Les enchères sont ouvertes.

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fleche26 juillet   2020 : Y'en a marre!

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Je ne connais ni Christophe Girard ni Gabriel Matzneff. Je sais simplement que le premier est conseillé de Paris depuis 2001, qu’il a été adjoint de Pierre Delanoë puis d’Anne Hidalgo et qu’il a été dans les années 1980 secrétaire général de la maison Yves Saint-Laurent, qui a apporté (la maison, pas lui pour autant que je sache) une aide financière au second. Ce dernier est un personnage assez répugnant qui a longtemps bénéficié du silence, voire de la complaisance, d’une bonne partie de l’intelligentsia française et qui se trouve aujourd’hui l’objet d’une enquête judiciaire pour viols sur mineurs. Et, dans ce cadre, C. Girard a été entendu comme témoin.

Or deux élues au conseil de Paris sur la liste des Verts, Raphaëlle Rémy-Leleu et Alice Coffin (autant les nommer puisque leur nom est partout)  ont organisé un rassemblement devant la mairie pour dénoncer le « soutien » que Girard aurait apporté à Matzneff. Une pancarte proclamait même Bienvenue en Pédoland. L’adjoint au maire a démissionné de sa charge et, à la dernière réunion du Conseil il a été soutenu par une grande majorité des présents, y compris de l’opposition, qui tous l’applaudissaient debout, ce qui a poussé Alice Coffin à crier « la honte ! la honte ! ».

Voilà le résumé le plus objectif possible que je puisse faire de ce qui vient de se passer à la mairie de Paris. J’ajoute simplement qu’aux dernières nouvelles Anne Hidalgo a porté plainte pour « graves injures publiques ». Tout cela va sans doute mettre à mal la majorité municipale dans laquelle sont associés socialistes, communistes et verts. Mais là n’est pas mon propos.

Christophe Girard n’a pas été mis en cause par la justice (un témoin est un témoin, pas un accusé), et s’il était accusé ce serait le rôle de la justice de le juger. Mais il est ouvertement accusé par les deux élues des verts. Qui s’arrogent donc le droit de se substituer à la justice, qui affirment en savoir plus que les enquêteurs (qui n’ont d’ailleurs pas terminé leur travail) et au bout du compte s’autoproclament procureurs.

Tout cela pue. Pue l’inquisition, pue la chasse aux sorcières, pue l’appel au meurtre, fut-il symbolique, bref pue la fin de la démocratie et de ses règles fondamentales. N’importe qui de mal intentionné et d’un peu malin pourrait facilement, en fouillant dans la vie de mesdames Raphaëlle Rémy-Leleu et Alice Coffin, trouver matière à lancer de fausses informations dégueulasses sur elles, pourrait mobiliser les réseaux sociaux et les mettre ainsi en position d’accusées.  Ce genre d’appel à une sorte de justice populaire qui ne se préoccupe pas de la présomption d’innocence, des procédures judiciaires et de la recherche de la vérité relève du fascisme. Et le moins que l’on puisse dire est que mesdames Raphaëlle Rémy-Leleu et Alice Coffin se déshonorent, et déshonorent leur parti, les Verts, s’il ne prend pas fermement position contre leur démarche. Ces dérives du politiquement correct vers une société  de délation, d’accusation sans preuve, de jugement sommaire et de condamnation  sont à vomir. Trop c’est trop, y’en a marre !

 

 

 

 

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fleche23 juillet   2020 : Le coût énergétique du numérique

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Comme beaucoup de gens je suppose, je reçois chaque jour des dizaines de mails et réponds à une partie d’entre eux. Plus d’enveloppes et de timbres à acheter, les boites aux lettres de contiennent plus de lettres mais des livres, des journaux et de surtout la publicité. Bref, le progrès est merveilleux, il nous facilite la vie et le courrier est désormais gratuit.

Gratuit, vraiment ? Se pose-t-on la question du coût du numérique ? Lorsque sur les réseaux sociaux des flopées de paires de mains nous inondent d’argumentaires sur le changement climatique, la nécessité de changement de société, la décroissance, la transition écologique, les économies d’énergie, savent-ils ce que, collectivement, ils dépensent d’énergie ?

Selon une chercheuse du CNRS, Françoise Berthoud, le numérique causerait 4% des émissions de gaz à effet de serre, soit autant que l’aviation civile mondiale. Et Internet dans le monde consommerait deux fois plus d’énergie que la France.

Ajoutons à cela les « data centers », qui se trouvent le plus souvent en Islande ou dans le Montana (parce que dans ces régions  leur refroidissement y est moins énergivore)  ne sont pas en reste. Pour prendre un autre exemple, selon une recherche de l’Université de Cambridge, le système bitcoin consommerait autant d’énergie que La Suisse. 

Vous en voulez encore ? La fabrication d’un seul smartphone  (on en vend en France 24 millions par an) nécessite plus de 70 kilos de ressources naturelles, en particulier des métaux rares. Ajoutons à cela qu’on ne peut recycler que moins d’un quart des smartphones. Encore ? Un personnage virtuel d’un jeu vidéo consommerait autant d’énergie qu’un habitant du Brésil. Bref,  le numérique devrait, en 2025, consommer 20% de l’électricité mondiale. Et alors ?

Et alors j’ai le sentiment qu’on nous abreuve de discours politiquement corrects sur les nécessaires économies d’énergie, économies  qui seraient tout à fait louables,  mais que les plus grosses dépenses ne sont pas où l’on pense. On discute par exemple beaucoup sur les dangers des ondes que créent les systèmes 4G et 5G, mais pas du coût énergétique de ces sytèmes.

Faut-il en déduire que les vertueux écologistes devraient dorénavant jeter leurs téléphones portables et leurs ordinateurs, priver leurs gosses de jeux vidéos, ne plus mesurer avec leur smartphone ou leur montre connectée le nombre de pas qu’ils font par jour, etc. ? A eux de voir.

Ceci dit, je suis incapable de vous dire combien d’énergie j’ai brûlée en rédigeant de billet et en le mettant en ligne. Honte à toi, Calvet !

 

 

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fleche21 juillet   2020 : Euphémisme chinois

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Tiens, Bruno Lemaire, notre sémillant ministre, vient de sortir de sa réserve en affirmant que la pratique d’internement de près d’un million de Ouïghours était « révoltante et inacceptable, et nous la condamnons fermement », ajoutant que cela  « doit évidemment faire partie de la discussion que nous avons avec nos partenaires chinois ». Il a ainsi joint sa voix à celle de nombreuses capitales, au premier rang desquelles Washington.

Bien sûr la Chine a rétorqué que les Ouïghours en question n’étaient pas du tout enfermés, qu’ils étaient dans des centres de formation. Renseignements pris, c’est bien l’expression que l’on utilise là-bas, « en formation », à propos des gens disparus de leur domicile. « En formation » pour « en rééducation ». L’euphémisme est de façon générale typique du discours des pays totalitaires. En fait on tente de  « désislamiser » les Ouïghours puisque dans le discours  officiel il s’agit de terroristes islamistes.

Restent deux petits points. Tout d’abord, une information : le nom de la région dans laquelle vivent les Ouïghours, le Xinjiag (新 疆), signifie en chinois « nouvelle frontière », ce qui est une belle façon d’admettre que le Xinjiang n’est pas à l’origine chinois, qu’il est le produit d’une opération impérialiste. Ensuite, une question : est-il vrai que les masques chinois importés par la France seraient fabriqués dans ces camps de « formation » ? Auquel cas nous sommes rassurés. Les Ouïghours sont « internés » ou « formés » pour la bonne cause : la nôtre.


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fleche17 juillet   2020 : Fébrilité

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Lundi, le président de la république annonçait que le port du masque serait obligatoire à partir du 1er août dans les lieux publics clos. Quatre jours plus tard le premier ministre déclarait que ce serait la semaine prochaine. Précipitation? Informations nouvelles concernant la diffusion du virus ? Écho fait à la publication d’un tribune appelant au port du masque signée par des médecins de haut niveau ? Tout cela à la fois, sans doute. Bien sûr, cela fait un peu désordre et les méchantes gens ne se privent pas de souligner l’ incohérence de cette mascarade gouvernementale. Certains ont même parlé de fébrilité au cœur du pouvoir.

La fébrilité est, dans l’usage courant, une agitation extrême, injustifiée ou critiquable. Mais n’importe quel francophone peut percevoir sous le mot la même étymologie que celle de fièvre. La fièvre rend fébrile, et l’on parle d’état fébrile aussi bien pour un agité que pour un malade. Faut-il en conclure que la fièvre gagne le gouvernement ? Si ce changement de date était l’indice d’un désaccord (déjà ?) entre l’Elysée et Matignon nous pourrions, sur le modèle du film de John Struges, Règlement de compte à OK corral, parler de Règlement de compte à Matignon. Mais il s’agit plus sûrement d’une précipitation face à un danger de recrudescence de l’épidémie.  Auquel cas, sur le modèle du film de John Badmam, La fièvre du samedi soir, ça serait  pour le premier ministre La fièvre du jeudi après-midi,  ou sur le modèle de celui de Luis Buñuel La fièvre monte à el pao,  La fièvre monte à Matignon.

Quoiqu’il en soit, fébrilité ou pas, à vos masques…


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fleche15 juillet   2020 : Hémistiche

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Décidément, ce président est un bavard impénitent. On avait annoncé que son interview d’hier durerait environ 45 minutes, il a parlé une heure trente, un véritable Niagara verbal, long, très long, trop long, au point qu’on a du mal à tirer de réelles informations de cette accumulation de phrases déjà entendues, de tentatives de séduction, de rhétorique.

La rhétorique, parlons-en. A-t-il vraiment besoin de glisser au coin d’une phrase une expression latine (penser in petto) que peu de gens doivent comprendre ? Passons sur « la réforme des retraites ne peut pas se faire comme elle était emmanchée » car il y a mieux. On se frotte les yeux lorsqu’il déclare « j’ai passé l’hémistiche et je suis sur la pente descendante de mon quinquennat ». L’hémistiche comme on sait (ou ne sait pas) est la moitié d’un vers, séparée de la suivante par la césure. Bon, on voit ce qu’il voulait dire : il lui reste peu de temps, ou il passe à une autre phase. Mais entre deux hémistiches la césure est un temps de repos, et là, on ne le suis pas bien : à quel repos fait-il référence?

Il y a cependant quelque chose qui m’a frappé dans ses coquetteries lexicales, deux expressions que je cite de mémoire, « je ne sais pas vous le dire aujourd’hui » et « si nous savons produire un vaccin en 5-6 semaines ». Je ne garantis pas l’exactitude de ces phrases, mais cette utilisation du verbe savoir là où on dirait plutôt pouvoir est, du moins à mes oreilles, un belgicisme : « tu sais me passer le sel ? » par exemple ou, « tu sais me passer la brosse à reluire ? ». Je sais qu’Amiens n’est pas très loin de la Belgique, mais j’ignorais qu’on y utilise cette forme. Remarquez, Bruxelles est beaucoup plus éloignée de la ville natale du président que le capitole de la roche tarpéienne. Tiens, j’y pense, c’est peut-être à ça qu’il voulait faire référence avec son histoire d’hémistiche : à la chute. Mais c’est tout de même bien alambiqué pour dire des choses simples.


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fleche12 juillet   2020 : Panorama de la semaine

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Je me suis depuis quelques temps tenu loin de mon ordinateur. J’y reviens aujourd’hui avec un panorama de la semaine qui vient de s’écouler.

Beaucoup de gens ont noté que Jean Castex, le nouveau premier ministre, avait un accent. Remarque imbécile, bien sûr, car nous avons tous un accent. D’autres, ayant sans doute une meilleure oreille, ont précisé : « un accent du sud-ouest ». Et un journaliste de Paris Match, Bruno Jeudy, en a même dans un tweet donné une sorte de description politico-sociale qui n’engage que lui: "Le nouveau premier ministre n'est pas là pour chercher la lumière. Son accent rocailleux façon troisième mi-temps de rugby affirme bien le style terroir". Cette diversité phonétique, ou plutôt cette trace en français de langues que l’on ne parle souvent plus (basque, breton, corse, alsacien…) a  toujours été curieusement perçue. « Ce qu’il y a d’ennuyeux avec la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres » clamait Léo Ferré. De la même façon, l’accent, c’est toujours l’accent des autres. Cela a donné naissance ici ou là à une sorte d’anti-jacobinisme, de rejet de l’accent parisien, de valorisation de l’accent local, lorsque les Marseillais par exemple se moquent de l’accent « pointu » des parisiens. Et nous avons parfois un narcissisme individuel ou collectif tendant  à valoriser son accent, à l’exagérer même, pour bien montrer qu’on est d’ici, et qu’on en est fier. Une forme un peu puérile de nationalisme local.

Quoiqu’il en est, face à ces remarques concernant l’accent du premier ministre, des linguistes ont crié à la discrimination. Discrimination ? Cette vilaine chose est heureusement définie par la loi :

« Aucune personne ne peut être écartée d'une procédure de recrutement ou de nomination ou de l'accès à un stage ou à une période de formation en entreprise, aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte (….) en raison de son origine, de son sexe, de ses mœurs, de son orientation sexuelle, de son identité de genre, de son âge, de sa situation de famille ou de sa grossesse, de ses caractéristiques génétiques, de la particulière vulnérabilité résultant de sa situation économique, apparente ou connue de son auteur, de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une prétendue race, de ses opinions politiques, de ses activités syndicales ou mutualistes, de son exercice d'un mandat électif, de ses convictions religieuses, de son apparence physique, de son nom de famille, de son lieu de résidence ou de sa domiciliation bancaire, ou en raison de son état de santé, de sa perte d'autonomie ou de son handicap, de sa capacité à s'exprimer dans une langue autre que le français »

L’accent ne figure pas dans ce texte, mais rien ne nous empêche de l’y ajouter. Disons qu’il y  discrimination lorsqu’à compétence semblable on refuse d’embaucher quelqu’un par exemple pour sa couleur de peau, son sexe, sa nationalité ou son accent. Mais il est difficile de considérer qu’être nommé premier ministre est une discrimination… En fait il s’agirait plutôt ici du contraire,  d’une discrimination positive. Bref, Jean Castex n’a été l’objet d’aucune discrimination, il a eu au contraire une promotion. Mais la bêtise va se nicher partout, chez certains linguistes comme ailleurs.

 

Le changement de gouvernement est venu illustrer la désormais célèbre formule de Macron, « en même temps ». Ses soutiens ont souvent expliqué qu’il fallait voir là un changement dans le binarisme politique, et qu’on pouvait « en même temps » être de gauche et de droite. Aujourd’hui les choses sont plus claires : le gouvernement est de droite et « en même temps » de droite. En outre, les observateurs avertis auront remarqué que plusieurs collaborateurs du président ont été placés aux côtés des nouveaux ministres, y compris le premier d’entre eux, pour s’assurer qu’ils suivraient bien les consignes venues d’en haut. Macron est donc président et « en même temps » premier ministre et « en même temps » ministre de ceci ou cela.

 

Le président brésilien Bolsonaro a été testé positif au Covid19. Lui qui affirme depuis des semaines qu’il s’agissait d’une grippette, surévaluée par les media, a cette fois expliqué que le virus était comme la pluie, rien de grave. Jusqu’ici il disait qu’il ne risquait rien parce qu’il avait un « corps d’athlète », maintenant il explique qu’il se soigne à la chloroquine….  Il y a eu dans son pays plusieurs dizaines de milliers de morts victimes de cette grippette ou de cette pluie, mais que lui importe… Ce qui importe, cependant, c’est que Bolsonaro n’a pas arrêté de recevoir des dizaines de gens, de se mêler à la foule, de serrer des mains, et peut-être de les contaminer. Il a eu, selon ses dires, un peu de fièvre, une petite fatigue, il s’est fait tester, et bingo !  Trump le lui avait pourtant dit : il ne faut pas faire des tests, ça fait monter les chiffres. Bolsonaro ne l’a pas écouté, mais il doit être fier d’être un foyer potentiel d’épidémie à lui tout seul.

 

Changeons de continent et allons vers la Tunisie, où nous trouverons d’ailleurs des problèmes, réels ceux-ci, de discrimination. Jusqu’à il n’y a guère, les Tunisiennes n’avaient pas le droit d’épouser des non-musulmans : il fallait que ces derniers se convertissent d’abord. La circulaire instituant cette discrimination a été annulée: les Tunisiennes peuvent désormais se marier avec qui elle veulent. Mais les lois n’engagent que ceux qui veulent bien les respecter. Fathi Laâvouni, maire de la commune du Kram, a décidé de s’en tenir à la circulaire et de ne pas marier des Tunisiennes à des non-musulmans. Le progrès est en marche…

 

Un autre continent encore. A Hong Kong  la Chine s’est lancé dans une guerre aux livres, ceux qui « inculquent la haine »  dans la tête des lycéens, ceux qui critiquent le gouvernement chinois, ceux qui… Bref la censure qui pointe le bout de son nez donne, comme toujours, naissance à l’autocensure. Déjà, dans certaines bibliothèques, des ouvrages ont disparu : les responsables se protègent de façon préventive. En Chine continentale, les manuels scolaires d’histoire ont, depuis longtemps, des trous de mémoires. Les écoliers n’entendent jamais parler du 4 juin 1989 par exemple. Ceux de Hong Kong seront-ils atteints bientôt du même type d’amnésie ? C’est probable. Et il serait intéressant de savoir comment on analyse tout ça à Taiwan, république sur laquelle lorgne le régime chinois.

 

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Juin 2020

 

 



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fleche30 juin   2020 : Encore la phonétique et le virus

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Le 30 avril je présentais et résumais, sous le tire  De l'importance de la phonétique articulatoire dans la lutte contre le virus, un texte dont j’ignorais l’auteur. Il vient de me contacter, s’appelle François Pla, et n’ai pas linguiste mais professeur de physique. Il a mis en ligne une sorte d’histoire de la diffusion virale de ce texte. Vous la trouverez ici :


https://www.plaf.org/articles/la_phonetique_du_postillon

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fleche27 juin   2020 : Eléments de langage

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Cette expression, éléments de langage, est apparue en France il y a moins de vingt ans et s’est répandue au début du 21ème dans les sphères gouvernementales puis dans les organisations politiques ou syndicales pour tenter d’assurer une sorte de cohérence dans la communication des ministres ou des responsables. Pour dire les choses plus clairement, il s’agit d’une sorte de feuille de route argumentaire et linguistique pour leur dicter ce qu’ils doivent dire. Et l’on a vu à Marseille ces dernières semaines apparaître au centre de la campagne de Martine Vassal, l’héritière politique de Gaudin, un thème martelé de façon répétitive : « derrière la liste du «printemps marseillais il y a l’extrême gauche ». L’apothéose a été cette semaine avec un « meeting » de soutien à Vassal, des pointures nationales venant dire tout le bien qu’ils pensaient d’elle, via leur écran, coronavirus oblige : une vidéoconférence de soutien. Je n’étais pas en ligne et ce qui suit provient de la présentation qu’en a donné La Provence.

Seule Valérie Pécresse (née en 1967) est restée dans les généralités, disant que Vassal (née en 1962) était sa « grande sœur du Sud » : façon perverse de souligner qu’elle était plus jeune qu’elle ? D’autant qu’elle l ‘a bizarrement traitée de « femme des causes perdues » : autre façon perverse de prendre par avance ses distances en cas d’échec ?

Pour les autres, ils semblaient tous dire plus ou moins la même chose. Christian Jacob soulignait « le risque pour Marseille de se renfermer sur elle-même si elle était demain gérée par l’extrême gauche ». Pour  Xavier Bertrand : « C’est Martine ou les extrêmes. Bruneau Retailleau de son côté a parlé d’une « gauche archaïque » et, attisant le conflit (surtout footballistique)  entre les deux villes, a poursuivi :  « il n’y a qu’à voir ce qu’a fait Paris. Depuis quand les Marseillais veulent-ils suivre la route des Parisiens ! » Et, pour terminer, Vassal : « Marseille est exposée à un grand danger et pourrait se livrer corps et âmes à l’extrême gauche (…) Michèle Rubirola est le pantin de Mélenchon. Elle est tellement manipulée qu’elle refuse toute débat ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que les éléments de langage ne brillent pas par leur diversité, ce qui est normal, ils sont faits pour ça. C’est beau, l’unité de parole !

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fleche19 juin   2020 : Au filtre de la situation marseillaise...

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Il se pourrait bien que, le soir du 28 juin, il y ait quelques surprises à Marseille. Je fais allusion au second tour des élections municipales. Vous avez sans doute entendu parler des magouilles du premier tour, de celles qui se profilent en ce moment (on a découvert que des membres de la liste de droite se livraient à ce qu’il faut bien appeler un trafic de fosses procurations), mais ce n’est pas ça qui m’intéresse ici.  En effet  une liste « d’union de la gauche », le printemps marseillais, a créé la surprise en arrivant en tête au premier tout et pourrait bien l’emporter. Menée par une femme médecin et écolo, elle regroupe des socialistes, des insoumis (ce qui qu’eut pas l’heur de plaire à Mélenchon), des communistes et a été rejointe par les Verts. Un sondage de l’IFOP vient de le confirmer : 36% d’intentions de vote pour le printemps marseillais, 29% pour la liste PR Vassal, et 22% pour le RN.

Mais, comme souvent, il faut se pencher sur les détails plus que sur ces chiffres généraux, c’est-à-dire faire ce qu’on appelle des cris croisés. Ainsi plus de femmes que d’hommes voteraient pour le printemps marseillais (37/35) alors que les hommes  seraient plus nombreux qu’elles à voter PR (31/27) ou RN (24/20). Pour ce qui concerne l’âge des électeurs, les moins de 35 ans sont plus nombreux à voter RN (26%) que l’ensemble des intentions de vote pour ce parti d’extrême droite (22%). Si nous considérons la profession des sondés, 60% des ouvriers voteraient pour le printemps marseillais, 16% pour le PR  et 14% pour le RN. Et si l’on prend en compte ce que ces sondés ont voté au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, les électeurs de Mélenchon votent à 57% pour le printemps marseillais, 17 % pour le PR et 8% pour le RN, ceux d’Hamon 67 % pour le printemps marseillai, 21 % pour le PR et 11 % pour le RN et ceux de Macron se répartissent à 38 % pour le printemps marseillais, 32 % pour le PR et 11 % pour le RN.

Il y a dans ces chiffres matière à réflexion. Des électeurs de Mélenchon déclarant qu’ils voteront pour l’extrême droite, des électeurs de Macron votant plus pour le printemps marseillais que pour la droite, etc… On a l’impression, au filtre de la situation marseillaise,  qu’ une redistribution des cartes est en cours et, surtout, que l’union des gauches et des Verts est payante. A suivre, donc.

Cela n’a rien à voir (encore que…) : Ce matin, j’étais à la terrasse d’un bistro et, à une table voisine, se trouvaient deux hommes portant des blousons sur lesquels on lisait Mairie d’Aix, agent assermenté. Au téléphone, et parlant très fort, l’un d’entre eux était en train d’organiser une distribution de tracts, donnant des rendez-vous, répartissant des tâches. « Oui, Maryse(Joissains) sera là », « non, les jeunes, c’est des sympas, des militants, ils ne prennent rien…Y’en a d’autres, ils sont gourmands »…  Ils ont prêté serment pour quoi, les agents de la mairie d’Aix ? Pour exercer une fonction publique, au service de tous ? Ou pour assurer la réélection de la liste de droite ?

 

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fleche14 juin  2020 : Béart(s)

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En 1970, alors que nous préparions Cent ans de chanson française, nous étions allés avec mes deux co-auteurs, Chantal Brunswick et Jean-Claude Klein, ainsi que  ma femme Janick, interviewer Guy Béart. Il nous avait reçus en robe de chambre dans sa villa chic d’un quartier chic de l’ouest parisien. Dans sa chambre, les murs étaient constellés de bouts de papiers punaisés sur lesquels étaient écrits quelques vers, des formules, des idées de chansons. C’était, disait-il, sa façon de travailler. Il parlait, parlait, tout en lorgnant sur le décolleté  ou les jambes de Chantal et Janick, nous laissant clairement entendre que Jean-Claude et moi étions de trop. Au bout d’une heure d’entretien il nous expliqua qu’il avait un rendez-vous, qu’il fallait qu’il se prépare et il continua à nous parler en nous entraînant dans sa salle de bain où, à moitié nu, il entreprit de se raser. Je le revois encore, le visage couvert de mousse, se retournant vers nous battant la mesure avec son rasoir tout en chantant Sous le pont Mirabeau, la chanson de Ferré qu’il préférait, disait-il (dont le texte, bien sûr, est d’Apollinaire).

Un peu exhibitionniste parfois, et semblant avoir un ego surdimensionné, Béart voulait cependant que se chansons deviennent des « standards », que tout le monde fredonne en oubliant qu’il en était l’auteur, et il utilisait parfois cette formule dans sa communication publicitaire : « auteur de vingt ou trente standards ». C’est cette idée qu’ont reprise ses deux filles, Emmanuelle et Eve en faisant enregistrer vingt de ses chansons par vingt voix différentes, avec quelques duos (le coffret qui vient de sortit chez Polydor s’intitule De Béart à Béart(s)  et porte en sous-titre versions libres).

Et ces vingt interprétations sont effectivement libres, pour le meilleur mais parfois, rarement, pour le pire. J’aime beaucoup les reprises et la façon dont des interprètes entrent dans une œuvre et la mettent à leurs dimensions, comme quelqu’un qui revêtirait le vêtement d’un autre en les déformant, l’adaptant à son corps, ce qui nous en apprend beaucoup sur la chanson et sur l’interprète. C’est ce qui se passe ici avec par exemple Ismaël Lô chantant  Couleurs vous êtes des pleurs, ou Clara Luciani  interprétant Chanson pour ma vieille sur un rythme discret qui rend le texte déchirant. Mais on peut être déçu par Vianney qui, à mes oreilles, massacre Il n’y a plus d’après au point qu’il en est insupportable, donnant l’impression d’un ivrogne se levant en fin de banquet pour lancer une ritournelle.

Le plus frappant est cependant la façon dont Thomas Dutronc et Emmanuelle Béart transforment le texte de Qu’on est bien qui était, comme son auteur, clairement hétéro. Il semble ici mis au goût du jour, qu’on est bien dans les bras d’une personne du sexe qu’on a pas devenant d’une personne du genre qui nous va ou du sexe opposé devenant du sexe désiré  et à la fin  ou du même peu importe quand on s’aime. Il est vrai que la chanson de Béart pouvait être reçue comme homophobe, ou comme une défense de l’hétérosexualité, mais c’était sa chanson, marquée par son époque. Les bons sentiments ne donnent pas tous les droits. Ce débat est d’ailleurs d’actualité, si l’on pense à la retraduction du roman Autant en emporte le vent et à au film qu’on en a tiré et qui, semble-t-il, devrait ressortir avec un avertissement, comme si le plus important n’était pas de former l’esprit des gens pour qu’ils fassent eux-mêmes leur propre analyse et leur propre critique. Je me dis souvent que bien de chansons de Georges Brassens ne pourraient pas sortir aujourd’hui, mais personne n’a encore pensé à en corriger le texte. Et peut-être aurait-il été mieux de ne pas enregistrer Qu’on est bien que de la mettre à la sauce du politiquement correct, même lorsqu’il est justifié.

Un autre regret, mineur celui-là : Julien Clerc et Emmanuelle Béart en duo n’arrivent pas à faire oublier l’interprétation plus enlevée et surtout beaucoup plus malicieuse de Béart et Marie Laforêt en 1965. Mais les bonnes surprises sont  plus nombreuses que les mauvaise.  Maxime Le Forestier s’approprie De la lune qui se souvient au point qu’elle devient une de ses chansons, tout comme Vincent Delerm avec Bal chez Temporel. Et surtout, dans Vous («  ce qu’il y’a de bon en vous, c’est vous ») qui est je crois son dernier enregistrement connu, Christophe, d’une voix fragile et émouvante, fait de cette chanson une petite merveille. A lui seul ce  titre justifie l’ensemble de ce double CD, qui nous offre pourtant beaucoup d’autres perles.


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fleche12 juin2   2020 : Suspicion avérée

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Christophe Castaner, ministre de l’intérieur, vient de se mettre dans une situation délicate. Sans doute parce qu’il n’est pas très malin, et que son maniement de la langue française est hésitant. Il a en effet déclaré qu’en cas de « suspicion avérée de racisme », un agent de la police serait immédiatement révoqué. Mais que signifie une suspicion avérée de racisme ? La suspicion est un soupçon et avéré signifie ce qui est reconnu vrai. Si un soupçon est reconnu vrai, ce n’est plus un soupçon mais une certitude. Dès lors c’est en cas de comportement raciste certain qu’un policier devrait être révoqué. Peut-être voulait-il dire suspicion de racisme avéré, mais là aussi, si le racisme est avéré, reconnu vrai, il n’y a plus de soupçon possible. Dans les deux cas, Castaner se baigne avec volupté dans un bain d'oxymores.  Selon son curriculum vitae, Castaner serait diplômé de la faculté de droit d’Aix-en-Provence : ils ne doivent pas être très regardant sur le maniement de la langue.

Mais le problème n’est pas là. Lorsqu’en 1906 Georges Cllémenceau est nommé ministre de l’intérieur, il déclare qu’il sera le « premier flic de France », et cette formule a eu l’heur de plaire à certains de ses successeurs, les plus proches de nous étant Pasqua, Sarkozy et Valls. Certains ont d’ailleurs ajouté qu’ils seraient toujours « derrière la police », c’est-à-dire qu’ils la défendrait toujours. Mais tout cela n’a aucun sens. Le ministre de l’intérieur est, juridiquement, le ministre de tutelle de la police, c’est-à-dire qu’il exerce sur elle son autorité, qu’il la contrôle. Il n’est ni un flic, fut-ce le premier d’entre d’eux, ni un soutien des flics, il est un politique qui doit la maintenir dans le respect de la loi et faire prévaloir l’intérêt public, pas celui de la police.

Mais peut-être ces nuances échappent-elles au ministre… et aux policiers.

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fleche10 juin2   2020 : Liberté de l'information?

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J’ai discuté ce matin avec mon marchand de journaux (le nom  de sa profession est devenu un oxymore puisqu’il n’a pas de journaux à vendre en ce moment), et il m’a expliqué que tous les dépôt dépendant de la SAD (succursale de Presstalis, dont j’ai déjà parlé ici)  de Lyon ou de Marseille sont bloqués, ce que je savais déjà. Il a ajouté que les dépôts indépendants, qui continuent à diffuser la presse, ont été saccagés à Roanne, à Grenoble, à Nîmes, par des gens cagoulés. J’ai cherché sur Internet (puisque je ne peux plus acheter de journaux) et je n’ai pu vérifier qu’une seule de ces informations : cet incident s’est bien produit dans la nuit de vendredi à samedi dernier à Nîmes. Selon le gérant d’une société de distribution de presse (Log’Citanie), après une réunion de la CGT livre, 30 personnes ont forcé les portes de l’entrepôt et ont fait pour 200.000 euros de dégâts en marchandises et ordinateurs. Quoiqu’il en soit, cela fait plus d’un mois qu’il n’y a plus de journaux dans une grande partie de la France. Il paraît qu’il existe en France un ministre de la culture. On ne le voit guère, mais c’est je crois son travail, d’assurer que nous puissions lire les journaux. Il y a aussi un ministre de l’économie, un autre du travail. Et c’est leur job de régler les conflits sociaux, de faire que les kiosquiers ne ferment pas, faute de marchandise, que les problèmes de l’entreprise de distribution de la presse soient réglés. Mais il préfèrent ne rien faire et laisser les membres d’un syndicat bloquer le droit à l’information. Les forces politiques de gauche se taisent, avec leur lâcheté habituelle : surtout ne rien dire, ne rien faire, qui puisse être interprété comme une attaque contre les syndicats. Et les média ? Il y aurait une grève des transports, ou des distributeurs d’essence, on n’entendrait parler que de ça. La presse ? Ca n’a pas d’importance… Il y a des pays dans lesquels la presse est surveillée, saisie, interdite, des pays que nous dénonçons sans cesse. Chez nous, la presse est libre. Mais, sur la moitié du territoire, il n'y a pas de presse. C'est une atteinte à la liberté de l'information. Et cela dure depuis plus d’un mois.


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fleche2 juin    2020 : Obésité des mots

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Vous l'aurez peut-être déjà compris: je travaille en ce moment sur les discours des pouvoirs, qu'ils soient totalitaires ou démocrates. Et je voudrais vous faire profiter d'une lecture récente.

Le chirurgien hospitalier Stéphane Velut, dans un petit livre consacré à l’apparition d’une nouvelle forme de langage dans la gestion des hôpitaux (L’hôpital, une nouvelle industrie, la langage comme symptôme, Paris, Gallimard, collection « tracts », 2020), raconte que, légèrement assoupi dans une réunion de service, il sortit de sa torpeur lorsqu’un « jeune membre d’un cabinet de consulting » expliqua que «tout en restant dans une démarche d’excellence il fallait désormais transformer l’hôpital de stock en hôpital de flux ». En soupesant les termes de ce jargon, il comprend qu’il ne s’agit pas de « stock » d’ambulances ou de linge mais de « gens communément nommés malades ». Et il se rsouvient alors qu’il existe dans l’hôpital une « Dir’ Com’ », une direction de la communication, dont il est incapable de situer la date de création, que le langage a lentement changé, qu’on « déconnecte les mots de la chose », que « cette langue masque sous des termes tarabiscotés, constats, projets, décisions…, dont l’énonciation simple brutaliserait l’oreille.

Il a vu ainsi s’installer un « métalangage adoucisseur et embellisseur » caractérisé par une « obésité des mots », dont il donne quelques exemples : on ne parle plus de problème ou de thème mais de problématique, de thématique… Et il conclue :

« Tout cela relève de la même intention : remplacer les mots simples par des « éléments de langage » qui ornent, rassurent, ou les parent d’abstraction aux fins d’intimider. Orner, rassurer, intimider…fabriquer le consentement. Et soustraire au langage sa force expressive au profit d’un rôle anesthésiant assure de couper court à toute critique ».

Ces lignes, publiées en janvier 2020, après une longue grève des personnels hospitaliers et avant la crise à venir du coronavirus que Velut ne pouvait pas prévoir, prennent une force terrible. Pendant des mois ces personnels réclamaient plus de moyens, plus d’effectifs, plus de lits et des salaires décents, et un jeune consultant du « Leader mondial du consulting » venait conseiller une « optimisation des pratiques » en réponse à l’absence de lits, le passage d’un « hôpital de stock à un hôpital de flux », un « beau projet » selon lui. « Beau projet » impliquant une réduction de la DMS (Durée moyenne de séjour ) et donc la limitation du « stock » de gens, l’accélération de leur « flux », le consultant  montrant  fièrement le plan de ce que Velut appelle un « hôpital-aéroport ».

 

 

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Mai 2020

  



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fleche30 mai   2020 : Les morts qu'on oublie

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Est-ce la situation sanitaire dans laquelle nous sommes ? J’ai l’impression que les morts de gens connus se succèdent, que ce soit ou non à cause du Covid19 : le journaliste Jean Daniel, les chanteurs Cristophe et Idir, l’acteur Michel Piccoli, l’auteur Jean-Loup Dabadie, l’acteur et humoriste Guy Bedos… Nous sommes tous touchés par l’une ou l’autre de ces disparitions. Pour ma part j’adorais Bedos. La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était à l’enterrement de Georges Moustaki, mais j’ai heureusement des souvenirs plus drôles de lui.

Tous les média ont parlé de ces disparitions, articles élogieux, émissions émouvantes. Sauf d’une. Le 22 mai partait Albert Memmi, âgé de 99 ans, et l’on n’a n’en guère entendu parler. Pourtant cet homme était un monument. Juif tunisien dont la première langue était le judéo-arabe, issu d’une famille plus que modeste, ayant pu accéder au système scolaire francophone, il avait suivi des études de philosophie pour devenir enseignant (à Tunis d’abord puis en France) et écrivain. Il faut lire La statue de sel, le Portrait du colonisé (que Sartre avait préfacé), le Portait d’un juif et d’autres encore de ses écrits. Mais il avait aussi la plume d’un observateur, d’un mémorialiste. Dans son livre Tunis an 1 (CNRS éditions 2017), écrit en en 1955, il avait des notations savoureuses. Par exemple :

« Les Siciliens ici sont loquaces et ont la parole rapide. Les Tunisiens, également loquaces, mais ont la parole lente. Pourquoi ?

-C’est que, dit Io, ils parlent plusieurs langues, et se croient obligés, à propos de chacune d’elles, de donner toutes les expressions de toutes les langues qu’ils connaissent. Alors, pourquoi se presser ?

Autre explication : ils hésitent entre toutes ces langues et perdent leur temps, au lieu de s’en tenir à une »

Ou encore : « Taxe (il y a quelques jours) sur les couvre-chefs « à l’exception de fez et des chéchias » précise le décret. En somme dirigé exactement contre les seuls Européens ».

Bref, cela pour dire simplement qu’il y a des morts qu’on célèbre et d’autres qu’on oublie, et non des moindres.


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fleche29 mai   2020 : sourat kourouna

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سورة كورونا

Sourat kourouna, , qui en arabe, signifie « Sourate Corona »,  et qui bien sûr n’existe pas,  est le titre d’un texte qu’une jeune tunisienne a largement diffusé sur les réseaux sociaux tunisiens. En voici la traduction :

 " Covid ! Le virus exterminant ! Ils s'étonnent qu'il leur soit parvenu de la Chinelointaine ! Ceux qui n'y croient point disent que c'est une maladie tenace ! Oh que non ; c'est bien la mort certaine ! Point de différence aujourd'huientre rois et esclaves ! Point de salut en dehors de la science ; au diable les traditions ! Ne sortez plus pour acheter la semoule ! Restez chez vous carc'est une dure épreuve ! Et lavez-vous bien les mains au savon ! Le Grand Gilo dit vrai !"

Il s’agit d’une imitation du style coranique qui, vous pouvez en juger vous-même, n’a rien d’hérétique, ne fait d’ailleurs aucune référence à la religion. Pourtant Emna Chargui est poursuivie pour offense au Coran. Il semble que personne n’ait porté plainte et c’est donc l’état tunisien qui la poursuit de son propre chef.

Et puisque nous sommes en Tunisie. A Kairouan, une des villes saintes de l’Islam, il est impossible d’acheter des boissonsalcoolisées. Quelques jeunes gens ont trouvé une parade : ils ont confectionné un mélange d’alcool à 90° et d’eau de Cologne, et s’en sont régalés. L’alcool tue lentement, disent les médecins, et certains répondent "on s'en fout, on n'est pas pressé". Ces jeunes-gens sont morts très vite.


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fleche28 mai   2020 :  Raison et déraison

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Les postures de Didier Raoult ne cesserons pas de nous étonner. Vendredi dernier, la revue médicale The Lancet publiait une étude selon laquelle non seulement la chloroquine était inefficace contre le Covid19 mais encore qu’elle pouvait dans certains cas être dangereuse. Réaction de Raoult : « c’est une étude foireuse ». Puis, mardi, le ministre de la santé, Olivier Véran, après avoir consulté le Haut conseil de la santé public, a recommandé de suspendre les prescriptions de ce traitement. Le soir-même, interrogé par David Pujadas sur la chaîne LCI, Raoult a eu une réaction intéressante. Traitant d’abord le ministre comme un gamin :

"Je ne commente jamais ce que disent les gens, d'abord je ne veux pas être désagréable. Et en plus il a l'âge d'être mon fils ! Donc j'ai beaucoup d'indulgence pour lui. Je trouve qu'il est dans une situation complexe, si on m'avait proposé le même métier je ne l'aurais pas fait ! Il joue son rôle, moi je joue le mien." 

Puis avançant un argument stupéfiant :

"Vous voulez voir ce que c'est que la crédibilité ? Vous ne pouvez pas comprendre ce que je dis... Les gens pensent comme moi, vous voulez faire un sondage entre Véran et moi ? Faites les sondages, moi je les ai !"

Il aurait voulu se décridibiliser définitivement qu’il n’aurait pas fait mieux. Avançant d’abord un argument d’autorité fondé sur l’âge : « il a l’âge d’être mon fils » ! L’évaluation d’un traitement n’étant pas mon métier, j’ai cependant « beaucoup d’indulgence » pour Raoult qui, ayant dix ans de moins que moi, « a l’âge d’être mon » petit frère. Puis passant à un autre argument, encore plus stupéfiant : « Les gens pensent comme moi », ou « faites un sondage » ! Comme si, pour régler une controverse scientifique, il fallait demander « aux gens » leur avis ! Comme si la crédibilité scientifique pouvait se démontrer par référendum ! Vous imaginez : « Pensez-vous que la terre est plate ? » Ou encore : « Pensez-vous que le carré de l’hypoténuse soit égal à la somme des carrés des deux autres côté ? » La raison scientifique mise en concurrence avec l’opinion ! Délire paranoïaque ?  Ego surdimensionné ? Abus du pastis ? Je ne sais quelle défense proposer pour absoudre celui qui a l’âge d’être mon petit frère. Mais l’image de la science qu’il donne est désolante. En voulant jouer l’opinion contre la raison, on risque parfois de tomber du côté de la déraison…

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fleche26 mai   2020 :  Logique et politique linguistique

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Aujourd’hui un petit problème de logique, ou plus précisément de logique en politique linguistique. Permettez-moi tout d’abord de vous ramener loin en arrière, à l’époque où Dieu, outragé par la prétention des hommes voulant construire un tour s’élevant jusqu’aux cieux, sema ce que la Bible appelle la « confusion » des langues :

 « Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. Comme ils étaient partis de l’orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Shinar, et ils y habitèrent. Ils se dirent l’un à l’autre : Allons ! faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment. Ils dirent encore : Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre. L’Éternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. Et l’Éternel dit : Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté. Allons ! descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres. Et l’Éternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre et leur donna tous un langage différent ; et ils cessèrent de bâtir la ville. C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel, car c’est là que l’Éternel confondit le langage de toute la terre, et c’est de là que l’Éternel les dispersa sur la face de toute la terre » (Genèse, 11, 1-9)

Il s’agit donc bien d’une politique linguistique, d’une intervention autoritaire sur une situation linguistique, consistant ici à passer du monolinguisme à un plurilinguisme, avec l’idée que, ne parlant plus la même langues, les gens ne pouvaient plus avoir d’entreprise commune. Dieu était bien sûr tout puissant : il est difficile d’imaginer aujourd’hui un régime politique dans lequel un dictateur sèmerait la « confusion des langues »  parmi ses opposants afin qu’il ne puissent plus se comprendre et donc s’opposer. Ou que le professeur Raoult sème la confusion des langues parmi tous les chercheurs en médecine du monde afin ne nul ne puisse le contredire…

 Il se trouve que nous approchons de la Pentecôte, que les Chrétiens fêtent le septième dimanche après Pâques. Quel rapport, me direz-vous ? Un rapport très simple et très direct.  La Pentecôte est en effet pour l’Eglise le point de départ de sa conquête du monde. Or on lit dans les Actes des apôtres 2, 1-4) que ce jour-là, en l’an 33, alors qu’étaient réunis des disciples et les apôtres du Christ, le Saint-Esprit lors donna le « don des langues » pour qu’ils puissent aller prêcher en différents pays : ils « furent tous remplis d’esprit saint et se mirent à parler en différentes langues ». Il est vrai qu’on imagine mal une entreprise envoyant partout dans le monde des VRP vendre ses produits alors qu’ils ne parlent pas la langue de leurs clients potentiels.

Donc, et c’est là où nous arrivons à mon problème de logique, Dieu, lors de l’épisode de Babel, ne s’est-il pas tiré une balle dans le pied, commettant à Babel une erreur qu’il a dû réparer à la Pentecôte ?  Et ne me dîtes pas que ce n’est pas Dieu mais le Saint-Esprit qui a donné  le don des langues, ô hérétiques : vous n’ignorez pas que selon la trinité Dieu est seul en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

La seule chose positive, dans cette histoire, est que Dieu a su reconnaître son erreur et a redressé la barre : si tous ceux qui font de la politique linguistique (ou de la politique tout court) pouvaient aujourd'hui avoir la même clairvoyance….


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fleche22 mai   2020 :  Je vais me faire injurier...

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Oui, je vais me faire injurier, mais je crois qu’il faut parfois ouvrir sa gueule.

Depuis une dizaine de jours il est impossible de trouver dans 6.500  kiosques français le moindre quotidien, le moindre hebdomadaire. Pourquoi ? Parce qu’il y a une grève, bien sûr. Pourquoi une grève ? Parce que le diffuseur Presstalis (c’est, depuis 2009 le nouveau nom des NMPP, les nouvelles messageries de la presse parisienne) a été mis en redressement judiciaire. Pourquoi ? Là les choses deviennent plus compliquées. Lorsqu’après la dernière guerre sont créées les NMPP, le parti communiste était très puissant, on évitait de le braquer, et entre le PCF et la CGT il n’y avait pas la place pour une feuille de papier à cigarette. Le syndicat CGT du livre impose donc des conditions draconiennes. En gros les salariés étaient obligés d’être syndiqués à la CGT, ce qui était une évidente atteinte à la liberté de l’employeur, puisque c’était le syndicat qui décidait à sa place du recrutement. Les NMPP sont ainsi devenues un bastion de la CGT, un symbole de la puissance de de syndicat, qui fixait jusqu’aux salaires. Et les salaires, parlons-en. Le mois dernier, les salaires et primes des ouvriers de l’entreprise allaient de 4.200 à 5.000 euros et pour l’encadrement (au taux particulièrement élevé) ils allaient de 5.700 à 7.100 euros. Le coût salarial d’un employé de Presstalis est plus du double de celui d’une autre entreprise du même genre pour un temps de travail deux fois moindre.

Or, depuis 1947, année où la loi Bichet était votée pour faciliter la distribution de la presse quotidienne politique sur tout le territoire, le nombre de journaux n’a cessé de baisser : 203 quotidiens dont 28 nationaux à l’époque, dont il n’en restait pas grand-chose en 2018, leurs ventes baissant en outre sans cesse.  Depuis 47 ans (1973, année de la création de Libération), France soir et La Tribune ont disparu, la seule création a été celle de L’opinion, résolument à droite, mais les quotidiens gratuits profitent des facilités de distribution accordées par la loi. En revanche les magazines proliférent (la France est le pays qui en a le plus), leur tirage est énorme,  et les gains venant de leur distribution compensèrent les pertes venant de celle des quotidiens, ce qui ne convenait pas spécialement aux éditeurs de magazines.

Or, à partir de 1990, les MLP (messageries lyonnaises de presse), qui ne distribuaient jusqu’ici que des mensuels ou des bimestriels, se posèrent en concurrent des NMPP-Presstalis. Leurs prix étaient plus bas (ainsi que les salaires des employés), les grèves y étaient plus rares. Bref, des nombreux magazines (comme Marianne, Le Point ou… Charlie Hebdo) passèrent aux MLP. Ajoutez à cela la concurrence d’Internet : la presse est en mauvais forme, le nombre de journaux à distribuer baisse, mais pas les conditions de travail des employés de Presstalis. En fait, l’entreprise ne survit que grâce à l’aide de l’état : 35 millions d’euros en 2012, 90 millions en 2018. Elle a été mise en liquidation judiciaire  le 15 mai dernier, avec poursuite d’activité, et l’état a remis la main à la poche : deux fois 35 millions supplémentaires. Un open bar financier ! Ce qui n’empêche pas l’entreprise de licencier : sur 1000 employés, elle n’en garderait que 265.

De leur côté, le nombre de marchands de journaux baisse lui aussi : 40.000 en 1980, 23.000 en 2018, et la chute continue au rythme d’environ 1.000 par an. Tout cela pour dire que le paysage de la presse est en constante transformation, que la situation des quotidiens politiques et des revendeurs est fragile, et que la grève en cours s’apparente à un coup de couteau dans le dos. « On ne fait pas la grève par plaisir » me dit une amie qui est toujours prête à chevaucher toutes les chimères « sociales » pour peu qu’elles lui paraissent « d’extrême gauche ». Mais que demande la CGT ? Il est difficile de la savoir vraiment puisque cette même CGT nous empêche de lire les journaux, et que les média audiovisuels ne parlent de guère de cette grève (sans doute parce qu’elle ne touche pas la région parisienne). Mais ce qui est clair, c’est que l’histoire des NMPP-Presstalis est une énorme gabegie et que le rôle de la CGT dans cette histoire n’est pas négligeable….

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fleche21 mai   2020 :  Le syndrome Trump atteint le Brésil

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Une épidémie, si l’on en juge sur son sens grec (« sur le peuple ») ne désigne pas nécessairement une maladie mais peut renvoyer à tout ce qui se répand largement. Ainsi, de façon imagée, nous pourrions parler d’épidémie à propos de la mode, des religions, des divorces qui dit-on vont se multiplier après ces semaines de confinement, d’un feuilleton à succès, etc. Et si, étymologiquement, l’épidémie passe de peuple en peuples elle passe aussi, parfois, d’un individu à l’autre voire d’un dirigeant à l’autre.

Nous allons donc parler de l’épidémie du trumpisme, que nous voyons se répandre depuis quelques semaines face au coronavirus. Ses symptômes sont connus : d’abord nier l’existence du virus, puis dire qu’il s’agit d’une vague grippe qui va très vite disparaître, s’opposer aux mesures de précaution conseillées, ne pas porter de masque, serrer ostensiblement les mains des autres, puis encourager les citoyens à protester contre les mesures de confinement décidées par certains gouverneurs, passer ensuite à  la proposition de thérapies farfelues et dangereuses (s’injecter du désinfectant !) et enfin annoncer que l’on prend de la chloroquine.  Je n’invente rien, le brillant président américain est passé par toutes ces phases, vous en avez sûrement le souvenir. Je propose donc de baptiser tout cela le syndrome Trump.

Or, et c’est là où nous sommes face à une forme particulière d’épidémie, un autre brillant président, celui du Brésil, a présenté successivement tous ces symptômes, avec quelques jours ou quelques semaines de décalage. Bolsonaro a fait et dit exactement ce qu’a fait et dit Trump. Déni, ironie, serrages de mains, encouragement à ceux qui protestent contre le confinement, etc. , avant d’en venir lui aussi à la chloroquine.  Et les résultats sont les mêmes : une augmentation exponentielle des décès. Bolsonaro, cependant, ajoute un symptôme de plus à cette liste, que les spécialistes n’avaient pas détecté chez Trump, une touche sociologique. Il vient en effet de déclarer : « les gens de droite prennent de la chloroquine ». Il aurait pu être plus précis, dire par exemple que « les gens d’extrême droite prennent de la chloroquine », mais il a fait un bel effort. De toute façon, à ma connaissance, aucune étude scientifique n’a démontré cette affirmation (même si, en France, les hommes politiques qui ont pris publiquement la défense de la chloroquine…)

Mais face à ce syndrome Trump, la recherche scientifique ne se mobilise guère. Les laboratoires se battent pour être le premier à trouver un vaccin contre le coronavirus (et à en retirer bien sûr les bénéfices financiers), en revanche personne ne cherche un vaccin contre le syndrome Trump. Peut-être est-ce plus compliqué qu'on ne le croit.


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fleche18 mai   2020 :  Rembobinage

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Remontons un peu le cours du temps, comme on rembobine un film. Pendant de longues semaines j’ai commenté ici de façon plus ou moins humoristique les évènements que nous vivions. Sans doute vous en souvenez-vous : Macron, dans son discours du 16 mars avait répété six fois « nous sommes en guerre » et dès le lendemain les ministres et autres affidés répétaient, de bouche en bouche, lce même mot. Puis le paradigme s’est mis à produire. On a parlé ensuite de bataille contre le virus, de le vaincre, on a présenté les éboueurs comme les soldats du quotidien, les infirmières  et les infirmiers sont devenus des héros, en première ligne  contre un ennemi invisible. Puis cette contagion  belliciste s’est élargie : on a utilisé le terme  réservistes pour désigner les membres du corps médical retraités (médecins, infirmiers) qui revenaient aider leurs collègues. J’ai rappelé à ce moment que la réserve désignait dans l’armée les militaires que l’on garde disponibles à l’arrière, qu’on parlait aussi d’officiers de réserve, ceux qui ne sont pas destinés à servir sous les drapeaux, sauf en cas de besoin : Le corps médical était ainsi militarisé et la métaphore guerrière était filée continûment.

Et je m’étais même risqué, en riant, à une prédiction, écrivant le 4 avril: « Peut-être va-t-on créer une nouvelle décoration, qu’on pourra décerner aux héros de cette guerre, l’ordre du corona ». Et bien voilà, c’est fait, ou presque. A la mi-mai la porte-parole du gouvernement et des bêtises, Sibeth Ndiaye,  annonce que l’on va réactiver une « médaille de l’engagement face aux épidémies », que le premier janvier 2021 la promotion de l’ordre national du mérite et de la Légion d’honneur comprendra « une part importante de personnes ayant contribué à la lutte contre le virus à tous » et que le 14 juillet sera « une occasion supplémentaire de manifester l’hommage et la reconnaissance de la nation à tous ceux qui se sont engagés dans la lutte contre le Covid 19".   

La boucle métaphorique est ainsi bouclée, le paradigme guerrier s’est emballé  et l’on décorera les combattants. Jusqu’au jour, peut-être, où l’on célébrera le soignant inconnu. Mais on ne nous dit pas si et quand on les augmentera. Quoiqu’il en soit, il est intéressant de voir comment le discours du pouvoir se diffuse, s'étend, se ramifie et nous envahit.


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fleche16 mai   2020 : Couvrez ces vagins que je ne saurais voir

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Antoine Pol ( 1888-1971) était un étrange personnage : ingénieur des arts et métiers, capitaine d’artillerie pendant la grande guerre, directeur d’entreprise, il a également publié plusieurs recueils de poésie dont le premier, Emotions poétiques, date de 1918.  Georges Brassens, qui avait été expulsé de Sète par ses parents en 1939 après un scandale de vol de bijoux auquel il avait été mêlé, se trouve à Paris, chez sa tante, et il achète un jour aux puces cet ouvrage dans lequel un texte, « Les passantes », retient son attention. Il tentera plusieurs fois de la mettre en musique mais il mettra près de trente ans à trouver la mélodie qui lui convenait. Lorsqu’il décide de l’enregistrer, il cherche à contacter l’auteur pour lui demander son accord: les deux se trouvent mais ne se verront jamais : Pol meurt en juin 1971 et Brassens crée Les Passantes  en Bobino en 1972. Ironie du sort (ou caractéristique des multiples facettes de vieux Georges) elle coexistera sur disque avec Fernande (« que je pense à Fernande, je bande, je bande… »)

Pourquoi cet exposé historique ? Parce que circule depuis plusieurs mois sur Internet (plusieurs fois supprimée selon ma fille qui me l’a signalée), une mise en image de cette chanson par la photographe et réalisatrice Charlotte Abramow. Pourquoi aurait-on tenté d’en empêcher la diffusion ? Bonne question. Vous vous souvenez de Tartuffe : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir… » ? Et bien nous sommes ici dans une autre tartufferie : Couvrez ces vagins, ces corps, ces règles que nous ne saurions voir…

Pour écouter et voir :  https://vimeo.com/260090111

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fleche13 mai   2020 : Erreur réparée

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Il y avait un problème avec le lien que j'ai donné hier.

Maintenant, ç marche.

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fleche12 mai   2020 : Changement de genre

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Bon, je vais arrêter cette quotidienneté d’un pseudo journal de confinement qui risque de devenir répétitif, pour reprendre un rythme plus serein. Aujourd’hui, un « spectacle » qui n’a rien à voir avec notre quotidien déconfiné.

Il y a un an, presque jour pour jour, j’avais fait un rapide aller-retour à Tunis (rapide parce que je restais au pied de ma compagne très malade) pour ce qu’on appelle là-bas une « soirée radamanesque ». Vous y trouverez une conférence de votre serviteur, et surtout une alternance de poèmes et de chansons, en français ou en arabe (en particulier les chansons sont le plus souvent des chansons françaises traduites en arabe). Petit guide de lecture : vous verrez parfois projetée sur le fond de la scène une photo : il s’agit du vieux port de ma ville natale, Bizerte, que les organisateurs avaient tenu à mettre pour me faire plaisir, ou pour ajouter une petite note de nostalgie à la soirée. Voici le lien :


    https://www.facebook.com/IFTunisie/videos/vb.159195794173874/

 


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fleche11 mai   2020 : Déconfinement J1  "Le monde d'après"

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Voilà, nous y sommes : premier jour de déconfinement. Une chose me frappe. La France est divisée en deux, rouge ou verte, nous pouvons nous déplacer dans un cercle de 100 kilomètres autour de notre domicile, nous déplacer  sans limite dans notre département, et pour ce qui concerne l’accès aux plages, les maires décideront avec l’accord du préfet. Bref, dans tout cela, c’est le mille feuilles administratif jacobin qui sort vainqueur du confinement : la municipalité, le département, la région, l’état. Ceux qui réclamaient plus de libertés locales se retournent vers l’état de crainte d’être rendus responsables d’éventuels problèmes : on veut bien d’autonomie mais pas de responsabilités. Et, surtout, tout le monde compte sur l’état pour nous protéger, nous garantir une sécurité médicale, nous donner un aide financière pour tout ou presque, chômage partiel, charges sociales, déficits, pertes, refinancement…  Ceux qui critiquaient l’état, voulait moins d’état, les partisans d’un libéralisme  débridé, se retournent filialement vers un paternalisme d’état dont ils perçoivent soudain l’intérêt.

Mais on peut prévoir un autre vague à venir. « Quoi qu’il en soit », avait dit Macron, et de fait la France a dépensé des milliards en s’endettant. Bientôt, sans doute, certains diront, « des milliards, y’en a, la preuve… », et réclameront qu’on en dépense encore, quitte à s’endetter un peu plus. Sera-ce cela, le monde d’après ? Un retour au monde d’avant avant avant ?

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fleche9 mai   2020 : Déconfinement J-2  "Le jour d'après"

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J’ai reçu hier, à  15h58 , un mail intitulé « le 8 mai RTTT ? ». Et j’ai répondu à Sébastien (oui, l’impatient s’appelle Sébastien) « non, pas en RTTT, en retard ». C’est drôle comme, dans ce confinement, nous nous sommes habitués à des petites choses régulières  (sortir pour acheter la presse, faire quelques courses, lire nos mails ou le billet de Calvet, travailler, sortir pour marcher, écouter la radio…) pour rythmer nos journées, ne pas avoir l’impression de ne rien faire.

Qu’est-ce que le déconfinement va changer à tout cela ? Sans doute pas grand-chose et j’ai peut-être eu tort de passer du compte des jours de confinement à un décompte, celui des jours qui nous reste avant de déconfinement (oh que ces répétitions de confinement et déconfinement sont lourdes !). Aujourd’hui, J-2, donc. Avez-vous remarqué que se multiplient des interventions, des questions sur le « jour d’après » ?  Le monde sera-t-il différent ? Meilleur ? Allons-nous changer ? Vont-ils changer ? Les média qui se sont mis bricoler des journaux sans que les journalistes se rencontrent, des émissions de télé avec des invités à distance, vont-ils revenir à leurs pratiques anciennes ? Ou leurs patrons vont-ils se dire qu’après tout il est possible de travailler à moindre coût ?

Je ne lis pas l’avenir dans le marc de café et suis donc incapable de répondre à ces questions.

Il en est une autre qui m’amuse. Une fois la parenthèse refermée, que nous serons dans le « monde d’après », quels souvenirs aurons-nous de celui d’avant ? Saurons-nous qui étaient Carlos Ghosn, Benjamin Griveaux, Agnès Buzyn et quelques autres ?

Il en est cependant qui aimeraient bien revenir au monde d’avant, repartir de là où nous nous sommes arrêtés : les candidats aux élections municipales. Car vous vous en souvenez sans doute, nous avons voté le 15 mars. Les maires qui ont obtenu la majorité au premier tour n’ont pas de problème, mais les autres ?  Certains souhaitent conserver les résultats du premier tour, parce qu’ils étaient bien placés. D’autres se disent que si l’on repart à zéro, ils auront peut-être plus de chance que le 15 mars. Tous calculent, font sans doute faire des sondages. Si le gouvernement décide de ne faire qu’un deuxième tour, cela devrait signifier que les listes de candidats seront les mêmes. En revanche, si nous refaisons tout, les listes pourraient changer. Et puisque j’ai parlé de Buzyn et de Griveaux, qui mènera la liste de la République en marche à PAris? Agnès Buzyn le restera-t-elle malgré sa déculottée ? Sera-t-elle remplacée et par qui ? Cédric Villani sera-t-il toujours en liste ? Nul doute que ces questions pèseront fortement sur la décision la décision que devra prendre le gouvernement. Et nous voyez que nous sommes déjà de nouveau dans le monde ancien.

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fleche8 mai   2020 : Déconfinement J-3  Appel au peuple

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La région dans laquelle je vis étant, sur la carte dressée par les médecins et les politiques qui prennent soin de nous, verte (je ne vois pas d’ailleurs comment elle pourrait être rouge, à l’aune des résultats électoraux qui mettent ici en tête la droite dure ou l’extrême droite, mais cela est une autre histoire), nous serons d’ici trois jours déconfinés, ce qui vaut toujours mieux que d’être des cons finis (je sais, c’est facile). Mais, en lisant avec attention les consignes qui nous viennent d’en haut, on peut se demander ce que cela ne va pas réellement changer. Certaines écoles vont rouvrir, mais il y a longtemps que je ne vais plus à l’école, du moins à celle-ci, certains commerces vont rouvrir, certes, mais il y aura sans doute beaucoup de monde et il faudra sans cesse observer si nous observons les gestes barrières, nous porterons un masque plus souvent qu’aujourd’hui, bref nous serons en liberté surveillée.

Ah oui, pourtant, il y aura les coiffeurs. En me regardant dans la glace, je me dis qu’il était temps. Puis que, finalement, les cheveux très longs ce n’est pas mal non plus. Puis que, vu tout ce qu’il y a à enlever, la barbier aura un geste de recul. Non, il a dû fermer plusieurs semaines et a besoin de gagner sa vie. Mais il lui faudra bricoler diverses protections et en profitera pour faire monter les prix. Bref, je me disais que, peut-être, je n’irai pas chez le Figaro, le pommadier, le merlan, le pommardin, selon l’argot que vous utilisez, et puis j’ai eu deux idées. Deux idées alternatives. Le premier était de type individualiste : lui demander un devis avant de m’asseoir dans son fauteuil, pour éviter une mauvaise surprise au moment de la douloureuse. La seconde, plutôt collective : y aller à plusieurs et demander un prix de gros. Alors je lance un appel au peuple. Si vous êtes géolocalisés (encore un mot que nous allons entendre souvent) près de chez moi, allons-y ensemble. Je me charge du marchandage, la partie tunisienne de ma vie a fait de moi un expert en la matière.

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fleche7 mai   2020 : Confinement J 52  Interprétation, adoption, diffusion

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Gestes barrières, distanciation sociale, chloroquine, nous en avons appris des mots et des expressions en quelques semaines. Après le confinement est venu le déconfinement et voici que, sur le mode « si vous n’êtes pas sages vous retournerez au piquet », certains nous menacent de reconfinement (que, comme déconfinement d’ailleurs, mon correcteur orthographique refuse).

Ce qui me frappe le plus, dans cette inflation néologique, c’est qu’il s’agit d’un vocabulaire encratique comme disait Barthes, un discours qui se développe à l’ombre du pouvoir ou qui est créé par le pouvoir. Face à lui, nous sommes en situation d’infériorité. Le vieux schéma de la communication, auquel se raccrochent encore certains linguistes, avec un émetteur et un récepteur ayant un code en commun et grâce à lui encodant d’un côté, décodant de l’autre, des messages, ne fonctionne pas ou montre ses limites. L’émetteur et le récepteur ne sont pas à égalité. Le discours encratique parle de charges sociales et nous n’avons pas beaucoup de pouvoir pour dire qu’il s’agit en fait de cotisations sociales. Il parle de plan social  alors qu’il s’agit de mettre des travailleurs au chômage. Comme si l’adjectif sociale sert de beurre sémantique pour adoucir le piment de la réalité. Naguère ce même discours parlait des évènements d’Algérie, alors qu’il s’agissait d’une guerre. Parfois nous hésitons à comprendre, nous nous interrogeons puis nous interprétons, comme pour distanciation sociale (« Ah oui ! Distance physique »). Et le signe à deux faces indissociables de Saussure prend du plomb dans l’aile. Le signifiant n’est pas consubstantiel au signifié, la construction du sens est un fait social. Nous interprétons, donc, en fonction du contexte, et parfois nous adoptons, nous répétons, nous diffusons ce discours.

J’ai cité Roland Barthes plus haut. En juillet 1942, alors qu’il était au sanatorium de Saint-Hilaire du Touvet, il  écrivait dans une lettre  à son ami Philippe Rebeyrol qu’il avait été élu au bureau de l’associations des étudiants « pratiquement sans avoir fait de campagne » et à une large majorité, expliquant que ses « actions avait monté ». S’il s’était relu plus tard et avait analysé ses lettres, peut-être  aurait-il vu dans ce vocabulaire une forme d’adhésion au système capitaliste (« mes actions »…). Et l’on pense à des expressions courantes comme capital soleil, capital vie, capital temps… Tiens, pour finir, une citation de Kafka qui va m’épargner une longue analyse : « Les parents qui attendent de la reconnaissance de leurs enfants sont comme ces usuriers qui risquent volontiers le capital pour toucher les intérêts ».

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fleche5 mai   2020 : Confinement J 50  Paternité, maternité....

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Ce qui suit n’a pas rien à voir avec la situation sanitaire actuelle, le confinement ou le déconfinement, mais avec une chose qui m’énerve beaucoup ces temps-ci.

Commençons par une petite histoire  que m’a racontée Georges Moustaki. Un jour Barbara lui rend visite, dans son appartement de l’Ile Saint Louis et, en marchant de long en large elle voit, sur le piano,  le texte d’une chanson, La ligne droite. Elle s’assied, pianote et se met à improviser une musique. Georges en a déjà composée une mais n’ose pas l’interrompre sur le moment et la laisse terminer. Il lui explique alors la vérité, et elle : « Ce n’est pas grave, nous chanterons chacun la nôtre, nous les enchaînerons ». Cet enchaînement, qui figure en 1972 sur deux 33 tours, l’un chez Philips pour Barbara et l’autre chez Polydor pour Moustaki, est intéressant à plus d’un titre. On y trouve bien sûr les ajustements habituels, lorsqu’une chanson est interprétée par un homme et une femme : « mes habits ont parfois des traces de poussière » devient « tes habits », ou encore « et toi mon bel amour dis-moi s’il y a des hommes » devient «Oh moi mon cher amour bien sûr j’ai eu des hommes », etc. Mais Barbara va s’approprier le texte, le plier à la loi de sa voix, de sa façon de composer et de chanter. Elle qui adore étirer les syllabes va parfois briser la structure des alexandrins, les raccourcir pour pouvoir tenir la note. Les modifications sont parfois plus profondes, touchant à la sémantique du texte : « Mais comment s’avouer toutes nos défaites » devient « Mais comment s’avouer nos superbes défaites », et « L’angoisse qui nous tient l’angoisse qui nous guette » est transformé en « nos doutes répétés nos angoisses secrètes » ou encore « Je sais que tu seras au bout de mes voyages » devient « un jour tu seras au bout de mes voyages ». Elle va même jusqu’à supprimer des vers entiers,  «nous avons  le temps mais pourquoi est-ce si long »,     « A l’aube de mes nuits blanches et solitaires »,   « Et les silences obstinés du téléphone », « et s’accroche à chaque pensée, à chaque geste », transformant des quatrains en tercets, ou encore elle répète au milieu de la chanson, comme s’il s’agissait d’un refrain, les quatre premiers vers. Le résultat est une véritable leçon de chose, une juxtaposition de deux variantes, l’une qui est, d’évidence, une chanson de Moustaki (texte carré, structure rigoureuse) et l’autre qui est tout aussi évidemment une chanson de Barbara (texte plus fluide, structure déconstruite). Et ce traitement contrasté d’un même texte de départ permet de comparer deux styles, constitue un résumé de deux univers poétiques et vocaux qui se répondent et dialoguent. Et c’est beau. Si vous trouvez l’un de ces deux disques, écoutez-le de toute urgence.

Vous vous demandez pourquoi je parle de ça ? Parce que Keren Ann et Etienne Daho ont récemment enregistré ce texte en duo. Le résultat ? Peu importe. Ce qui compte, c’est que la chanson passe très souvent en radio, présentée comme une titre de Keren Ann et Etienne Daho, et très rarement comme une chanson de Georges Moustaki interprétée par les susdits. J’ai même vu, en me promenant sur Internet, un site dont le titre a le don de m’énerver : Parole La ligne droite par Keren Ann.Paroles.net Lyrics. Je ne doute pas de l’honnêteté de K. Ann, je ne pense pas un instant qu’elle cherche à usurper la paternité (ou plutôt la maternité) d’une œuvre qui n’est pas d’elle. Mais il est dommage quand même  que les programmateurs de radio oublient, ou négligent, de signaler l’origine de ce petit chef d’œuvre. Je n'ose imaginer qu'ils l'ignorent.


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 fleche4 mai   2020 : Confinement J 49  Infox mode d'emploi

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J’ai reçu hier d’une amie qui la tenait de sa tante (oui, c’est vrai, je ne suis pas en train d’inventer un parcours) , une lettre de Madame de Sévigné à sa fille que vous trouverez ci-dessous . Mon amie est universitaire, littéraire et cultivée, et son mail avait pour titre « lecture troublante ». En effet :

Lettre de Mme de Sévigné à sa fille. 
Jeudi 30 avril 1687
« Surtout , ma chère enfant, ne  venez point à Paris! Plus personne ne sort de peur de voir ce fléau s’abattre sur nous, il se propage comme un feu de bois sec. Le roi et Mazarin nous confinent tous dans nos appartements. Monsieur Vatel, qui reçoit ses charges de marée, pourvoit à nos repas qu’il nous fait livrer.
Cela m’attriste, je me réjouissais d’assister aux prochaines représentations d’une comédie de Monsieur Corneille « Le Menteur » dont on dit le plus grand bien. Nous nous ennuyons un peu et je ne peux plus vous narrer les dernières intrigues à la cour, ni les dernières tenues à la mode.
Heureusement, je vois discrètement ma chère amie, Marie Madeleine de La Fayette, nous nous régalons avec les fables de Monsieur de La Fontaine, dont celle, très à propos, « Les animaux malades de la peste »! « Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés ».
Je vous envoie deux drôles de masques; c’est la grande mode. Tout le monde en porte à Versailles. C ‘est un joli air de propreté, qui empêche de se contaminer.
Je vous embrasse, ma bonne , ainsi que Pauline.

Cela sentait le faux à plein nez. Les masques et le verbe confiner  puaient la recherche d’un parallélisme entre « la peste » de 1687 et le virus d’aujourd’hui. Bref, je n’y croyais guère. Par acquit de conscience je me suis plongé dans les trois tomes (dans l’encyclopédie de la Pléiade) des lettres de Madame de Sévigné. D’une part il n’y a pas de lettre du 30 avril 1687 et d’autre part, selon l’index fort bien fait, Vatel n’y est cité que trois fois (j’y reviendrai) et jamais comme dans la lettre. En tirant sur un fil on déroule parfois toute une bobine (et on comprend comment on se fait embobiner). Ainsi Mazarin est mort en 1661 et on voit mal comment il aurait pu prendre une décision en 1687. En outre il n’y a jamais eu de peste à Paris en 1687, et Le Menteur de Corneille a été présenté en 1644. Bref, la lecture était bien « troublante », mais comme disait l’autre, quand il y a un flou c’est qu’il y a un loup.

Il en résulte qu’il faut toujours vérifier ses sources. Le faussaire auteur de cette lettre, mu plus par la malice que par la malveillance, est sans doute cent fois, mille fois, plus cultivé que la moyenne des utilisateurs des réseaux sociaux. Mais des milliers d’infox, ou de fake news, comme vous voudrez, circulent tous les jours, et des millions de gens y croient dur comme fer. D’où une première conclusion : quand va-t-on créer dans les collèges et lycées une formation sur l’utilisation d’Internet, sur la vérification des sources? Dans la lettre est citée une fable de La Fontaine, Les animaux malade de la peste et il faudrait peut-être nous préoccuper des internautes victimes d’une lecture trop leste, ou des naïfs qui prennent une veste…

Mais je vais finir par Vatel, dont tout le monde ou presque connaît la fin. Chargé de l’intendance chez le « grand Condé », il avait organisé pour lui une grande fête et, se sentant deshonoré parce que la « marée » (la livraison de poissons et de fruits de mer) n’était pas arrivée à temps, il se suicida. Or, sans une lettre de Mme de Sévigné racontant cette histoire, personne ne connaîtrait aujourd’hui Vatel. Ainsi certaines lettres sont-elles plus informatives que les tweets, les révélations, les murs facebook d’aujourd’hui…


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 fleche3 mai   2020 : Confinement J 48

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Comme tous les dimanches dorénavant,  je suis en RTTT (réduction du temps de travail textuel).

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 fleche2   mai 2020 : Confinement J 47  Pour fêter le 1er mai

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Pour fêter le premier mai (avec un jour de retard) ce voyage dans l’histoire, à travers des tracts, des affiches, des styles différents  et une chansons  https://www.lesauterhin.eu/ 

 

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 fleche1er   mai 2020 : Confinement J 46  Fréquence et information

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 Je travaille depuis des mois sur les discours totalitaires, les uns imaginaires (la newspeak de George Orwell dans 1984), les autres réels (La langue du III° Reich décrite par Victor Klemperer ou le khmer des Khmers rouges) et je m’intéresse à la fréquence lexicale et à ce qu’elle peut nous apprendre. Je vous passe les travaux de Claude Shannon (1916-2001), ingénieur dans les laboratoires Bell et qui avait collaboré pendant la seconde guerre mondiale avec les services secrets militaires américains pour tenter de « casser » les codes secrets des ennemis, ou la loi de George Zipf (1902-1950), qui avait travaillé sur la fréquence des mots  dans Ulysse de James Joyce, vous pouvez aller lire tout cela si ça vous intéresse. Pour ma part, je travaille à partir de l’idée que l’information est une fonction inverse de la fréquence, ce qui revient à dire plus simplement que plus un élément est fréquent et moins il apporte d’information.

Prenons deux exemples. Le 17 février 1993 Michel Rocard lançait dans un meeting  qu’il faudrait un « big bang politique » (formule que lui avait soufflée le linguiste Pierre Encrevé, qui fut membre de son cabinet à Matignon). Et le 21 février 2000 Jacques Chirac, interrogé à la télévision sur des accusions concernant le financement occulte du RPR, réplique que ces accusations sont « abracadabrantesques » , terme qui lui aurait été soufflé par Dominique de Villepin (et emprunté soit à Arthur Rimbaud soit à Théophile Gautier). Mais peu importe l’origine de ces formules. Ce qui compte en effet c’est qu’elles marquèrent parce qu’elles étaient inattendues, jusque- là inexistantes dans le discours politique. Rocard pensait à une recomposition regroupant les socialistes, des centristes, des écologistes et des communistes, et Chirac cherchait un mot-couverture pour couvrir pudiquement un mensonge. Mais, dans les deux cas, les mots firent « tilt » parce qu’ils étaient rares. C’est-à-dire que l’information qu’ils portaient était forte parce que leur fréquence était quasi nulle.

Venons-en à aujourd’hui. Nous sommes environnés depuis quelques semaines par des unités lexicales récurrentes, comme gestes barrières, distanciation sociale, confinement ou déconfinement, le monde d’après, des expressions forgées par des spécialistes (le plus souvent autoproclamés) en communication dont la première apparition a fait du sens (qu’est-ce que ça veut dire ?), que l’on a assez vite comprises, acceptées,  et qui, par leur accumulation, ne veulent plus dire grand-chose : elles sont désormais dans notre paysage lexical, ainsi que le mot chloroquine qui ne vient pas, lui, du champ politique. Encore une fois l’unité rare apportait beaucoup d’information, une information qui diminuait au fur et à mesure que sa fréquence augmentait. Mais, en même temps, tout le monde, médecins, journalistes, politiques, commerçants, politiques, vous et moi, tout le monde répète dorénavant sans cesse ces mots, ces expressions. Nous employons quotidiennement des formes dont nous ignorions l’existence il y a quelques semaines encore. Ce qui semble signifier que le discours du pouvoir, la langue de bois, les éléments de communication, bref appelez-ça comme vous voudrez, que tout cela imprègne nos cerveaux dans un double mouvement : leur fréquence s’accroît et ils ont de moins en moins de sens.

 

Mais mon hypothèse selon laquelle l’information est une fonction inverse de la fréquence n’est pas toujours vraie : elle ne fonctionne pas lorsque le message est porteur du code, lorsque l’on cherche à reconstruire un code à travers des messages. Tous les enfants savent que, face à un message secret dans lequel les lettres sont remplacées par des chiffres, il faut chercher le chiffre qui revient le plus souvent. La lettre la plus fréquente en français étant le E, suivie en ordre décroissant par le A, le I, le S, etc., on peut alors considérer que le chiffre le plus fréquent correspond au E, le deuxième au A, puis au I, au S, etc. Dans ce cas, donc, le message (secret) est porteur du code. Tel chiffre représente telle lettre, et nous pouvons au sens propre du terme déchiffrer le code et à travers lui le message. Ce qui nous mène à une nouvelle question : que nous apprennent les messages sur ceux qui les émettent ? Disons qu’ils sont une forme de signature, mais une signature de quoi ou de qui? Nous en resterons là pour aujourd’hui : c’est le premier mai et nous ne sommes pas supposés faire travailler nos cellules grises.

 

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Avril 2020



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 fleche30 avril 2020 : Confinement J 45  De l'importance de la phonétiqte articulatoire dans la luttre contre le virus

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Vous savez peut-être que certains chanteurs ont des problèmes avec leurs consonnes, en particulier les occlusives (qu’on appelle aussi des plosives), dont la prononciation implique un blocage puis une ouverture. Ainsi les occlusives de Gilbert Bécaud étaient si fortes qu’elles faisaient un bruit désagréable et qu’il avait dû apprendre à se tenir loin du micro. Et, dans les studios, on met souvent un filtre entre le micro et la bouche de l’artiste, pour éviter que l’explosion de ses occlusives ne s’entendent sur l’enregistrement. Pour votre gouverne, sachez que les consonnes occlusives du français sont p, t, k, b, d, et g. Mais vous vous demandez sans doute où je veux en venir.

J’ai reçu hier un document intitulé « information coronavirus 2019 n-Cov » portant en haut et à gauche un drapeau tricolore avec en blanc la tête de Marianne et la mention « République Française ». Il s’agit bien sûr d’un faux, mais pas d’un faux malveillant, comme souvent, d’un faux amusant et presque scientifique. J’ai demandé à l’amie qui me l’a envoyé d’où il venait, elle ne savait pas, et je ne puis donc pas citer l’auteur du texte que je vais vous résumer, en considérant qu’il a sauté dans mes mails comme une puce…

Vous savez, on nous le dit sans cesse, que le coronavirus se propage surtout par des goutteletes, des postillons, lorsque quelqu’un tousse, éternue ou parle face à vous. La solution préconisée pour éviter cette propagation est, nous dit-on, le port d’un masque. Mais le document en question, qui dit s’appuyer sur des recommandations de l’Académie française, suggère autre chose : un plan sur quatre semaine de rééducation phonétique.

Semaine 1 Supprimez les occlusives P et B et remplacez-les par M. Conséquence : près de soixante-dix mour cent des mostillons sont éliminés, et en mlus, on meut constater qu’ainsi la diction gagne meaucoup en soumlesse.

Semaine 2 Remplacez les occlusives D et T par N. C’est un meu mlus nifficile, il faunra un cernain nemps mours s’y haminuer, mais une semaine nevrait suffire.

Semaine 3 Remplacez K et G par GN.  Nous omnierons alors un langnage meaugnoup mlus ségnurisé, gni nevrait mermennre ne rénuire la « nisnance marrière » à gnanre-vingt -nouze  cennimènre.

Semaine 4 Enfin, vous éliminerez les fricatives F, V, S, Z et les chuintantes J et CH et les remplacerez par R. C’est certes un meu