2018

Les archives : tous les "posts" d'hier
2020 2019 2018
2017 2016 2015
2014 2013 2012
2011 2010 2009
2008 2007 2006

 

Décembre 2018 Novembre 2018 Octobre 2018 Septembre 2018
Aout 2018 Juillet 2018 Juin 2018 Mai 2018
Avril 2018 Mars 2018 Février 2018 Janvier 2018

 

 

Haut de page

Mars 2018

 

 

 

 


 

barre

fleche6 décembre3    2018:  Lecon de choses?

barre

Depuis bientôt trois semaines, sur les chaînes d’info en continu, on ne parle que de ça. C’dans l’air, émission qui, sur la cinquième chaîne, aborde chaque soir de façon très professionnelles un fait d’actualité, traite de ça tous les jours depuis dix jours. Ca, c’est quoi ? Les « gilets jaunes », bien sûr. Et cette présence médiatique envahissante est sans doute un signe, mais signe de quoi ? Comme vous sans doute, j’avoue que je n’y vois pas très clair dans cette foisonnante profusion de faits qui vont un peu dans tous les sens.

Lorsque j’étais à l’école primaire, nous avions ce qu’on appelait des leçons de choses, qui consistaient à aller du concret à l’abstrait, en  partant de l’analyse de faits pour en dégager des conclusions plus générales. Le mouvement des « gilets jaunes » est une sorte de leçon de choses, mais nous n’avons pas d’instituteur nous nous aider à la comprendre. Ce qui me paraît clair, mais les historiens se pencheront plus tard sur cela, c’est le rôle des media, d’Internet, des réseaux sociaux, dans le buzz qui nous assaille. Mais, comme on dit qu’il n’y a pas de fumée sans feu, il n’y a pas de buzz sans motif. Un mouvement protéiforme, à forts relents poujadistes auxquels se mêlent une grosse touche de « dégagisme », beaucoup de confusion et des revendications en grande partie fantaisistes (dissolution du sénat, démission du président, assemblée populaire…). Mais, à la base, un ras-le-bol généralisé qui prend racine dans une situation sociale indiscutablement inégalitaire. Je sais, pour avoir trainé mes guêtres depuis un demi-siècle de l’Amérique du Sud à l’Afrique en passant par la Chine, que la misère qu’on y côtoie est bien supérieure à celle qui existe en France. Mais cela n’excuse rien.

Alors, quelle leçon de choses ? Une première chose, évidente, m’apparaît : l’amateurisme affligeant des politiques au pouvoir. Nous avons d’un côté un président et un gouvernement gonflés d’orgueil, imbus de leur clairvoyance autoproclamée, des conseillers convaincus de leurs compétences parce qu’ils sortent de l’ENA. Et de l’autre des députés godillots (mais ce n’est pas très nouveau) qui en majorité n’ont jamais labouré le terrain politique, ne savent pas grand chose de la vie et des problèmes de leurs électeurs. Tous apparaissent comme des poulets de l’année, naïfs, analphabètes politiques et aujourd’hui à la dérive. Lorsque le premier ministre allait répétant qu’il ne changerait pas de cap, il illustrait clairement cet autisme qui caractérise le macronisme : nous voyons loin, nous savons où nous voulons aller et nous vous y mènerons, que vous le vouliez ou pas, pour votre bien. Mais, dès lors que ce cap est en passe d'être abandonné, le roi est nu. On voit que le pouvoir est désarçonné, qu’il se fissure, qu’il ne comprend pas grand chose à ce qui lui arrive. Le ministre de l’intérieur, le porte parole du gouvernement, le premier ministre, balbutient et se contredisent. Nous avons même entendu deux ministres, aussitôt rappelés à l’ordre par l’Elysée, dire qu’il serait possible de rétablir l’impôt sur la fortune…

Autre chose : la gourmandise de certains partis d’opposition, le Rassemblement Nationale, la France Insoumise et Les Républicains, qui tentent de tirer les marrons du feu alors qu’eux non plus n’en avaient pas vu la fumée annonciatrice. Mélenchon appelait depuis longtemps de ses vœux au soulèvement, il s’en produit un qu’il n’a pas suscité mais qu’il voudrait bien récupérer. La droite, craignant qu’on revienne à l’impôt sur la fortune, tire à boulets rouges sur le gouvernement. Et l’extrême droite va très vite expliquer que tout est la faute des migrants. Tous parlent de « colère légitime » mais ne savent quoi proposer pour y répondre concrètement.

Certains ont risqué une comparaison avec Mai 68. Pourtant les différences crèvent les yeux. D’une part le mouvement étudiant avait à l’époque des représentants que personne ne contestait (Geismar, secrétaire du SNESup, Sauvageot, président de l’UNEF, et Cohn Bendit)  alors que l’incapacité des « gilets jaunes » à se donner des représentants est flagrante. D’autre part, les étudiants avaient forcé les syndicats, en particulier la CGT, à manger leur chapeau en finissant par rejoindre le mouvement qu’ils avaient d’abord condamné. Les syndicats n’ont aujourd’hui que peu de poids, ils ont échoué dans leur opposition aux premières réformes de Macron et sont eux aussi désemparés. Enfin la situation économique du pays est très différente.

Je ne sais pas qui a trouvé cette formule, mais elle est parlante : l’opposition entre fin du monde et fin du mois, « cette fameuse fin du mois qui depuis qu’on est toi et moi nous revient sept fois par semaines » comme chantait Léo Ferré. Le grand échec du gouvernement est sans doute d’avoir laissé penser que les urgences écologiques passaient avant les urgences sociales, d’avoir été incapable de présenter clairement un projet de société tenant compte des deux. Il est aujourd’hui devant un mur et, pour Macron, ce n’est plus la fin du mois mais la fin du moi.

Alors, maintenant, quoi ? Je n’en sais rien, je ne sais pas ce qui se passera samedi prochain, je ne sais pas s’il y aura une « convergence des luttes » comme disent certains, et j’ai l’impression d’avoir écrit les lignes qui précèdent pour ne pas dire grand chose.

Mais il me faut bien conclure. Le général chinois Sun Tzu, écrivait il y a vingt-six siècles dans L’art de la guerre, qu’il fallait toujours laisser une face à l’ennemi. Mais ni les « gilets jaunes » ni le gouvernement n’ont dû lire Sun Tzu. Alors, tout peut arriver.

 

barre

flechedécembre3     2018:  Ch’sais que c’est que c’est quoi !

barre

Je suis entré il y a quelques jours dans une boulangerie pour acheter de la chapelure. Pour ne rien vous cacher, je voulais faire un mélange de persil de thym, de poivre, de fleur de sel, de chapelure  et d’huile d’olive pour en badigeonner un carré d’agneau que j’allais mettre en four avec quelques gousses d’ail en chemise…

Bref, j’entre donc dans la boulangerie et demande à la jeune fille derrière le comptoir la chapelure nécessaire à ma recette. « De la cha quoi ? ». « De la chapelure ». « C’est quoi, ça ? » Le patron, qui entend notre échange depuis la porte du four me dit qu’il n’y en a pas et explique de quoi il s’agit à son employée.

« Ah, lance-t-elle, maintenant ch’sais que c’est que c’est quoi ! »

Pour débuter studieusement votre semaine, je vous propose de vous pencher sur cette phrase. Vous pouvez employer la théorie qui vous sied le mieux, grammaire distributionnelle, fonctionnelle, générative, transformationnelle ou toute autre de votre goût. Et rassurez-vous, même sans chapelure, le carré d’agneau était bon.

barre

fleche30 novembre    2018:  Et en plus il est con!

barre

Vous avez vu ? Il est question, à l’Assemblée Nationale, d’interdire désormais la fessée aux enfants. Interdire la fessée ? Eh oui ! Pourtant, y’en a des... Tenez, prenez le petit Darmanin, que ses parents ont laissé à la crèche de Bercy. Il a vraiment la gueule du sale gamin qui, au fond de la classe, fait des bruits incongrus en laissant croire que l’auteur en est son voisin, la gueule de l’abruti qui jette des boules puantes, la gueule d’un délateur qui dénonce tout le monde, bref on regrette que Cabu ne soit plus là pour le croquer sous les traits qu’il mérite.

Et en plus il est con.

Le 22 novembre, à la Sorbonne, voulant montrer qu’il comprenait les gilets jaunes il aurait dit ceci, cité par l’AFP et repris par l’hebdomadaire Marianne :

«Si nous ne voulons pas être dans le Brexit intérieur […], nous devons tous intégrer et pas seulement expliquer, mais entendre et comprendre, ce que c’est de vivre avec 950 euros par mois quand les additions dans les restaurants parisiens tournent autour de 200 euros lorsque vous invitez quelqu’un et que vous ne prenez pas de vin. Qui peut croire que nous vivons dans la même société ?»

Bien sûr, il a immédiatement démenti, disant sur twitter qu’il avait « rarement vu de malhonnêteté intellectuelle » tandis que Dominique Seux, journalistes aux Echos et éditorialiste sur France Inter volait à son secours  en twittant  qu’il avait assisté à la séance, qu’on  avait tordu sa phrase et qu’il avait voulu « pointer la déconnexionentre les élites qui étaient devant lui et ceux qui vivent avec 950 euros ». Or voici ce qu’a réellement dit Darmanin (merci la rubriquechecknews de Libération), c’est-à-dire, si vous comparez soigneusement les deux versions,  pratiquement la même chose  que le texte publié par Marianne :

«Si nous ne voulons pas être dans un Brexit intérieur, ni nous ne voulons pas connaître les cartes électorales de nos amis américains, nous aurions tous intérêt, et les gouvernements en premiers, à pas seulement expliquer mais à entendre et à comprendre qu’est-ce que c’est de vivre avec 950 euros par mois lorsque les additions dans les tables des restaurants parisiens c’est autour de 200 euros quand vous invitez quelqu’un et que vous ne prenez pas de vin. Qui peut croire qu’on vit dans la même société et qui peut croire qu’ils sont simplement victimes ? » 

Non seulement Darmanin est con, mais en plus il est de mauvaise foi en accusant Marianne de « malhonnêteté intellectuelle ». Et il a récidivé quelques jours plus tard, le 25 novembre, en expliquant, toujours à propos des gilets jaunes, que c’était la peste brune qui avait défilé sur les Champs-Elysées.

Alors, chers députés, avant de voter l’interdiction de la fessée, réfléchissez un peu. Ou alors prévoyez des exceptions, quelque chose comme un « Amendement Darmanin ».

 

 

 

barre

fleche29 novembre    2018:  Ter repetita placent

barre

Bis repetita placent disait-on en latin. En fait nous pourrions modifier légèrement la formule : ter repetita... Nous avions avec mon frère Alain mis au point et publié en 2010 un « baromètre des langues du monde » qui, à partir du traitement de dix facteurs discriminants, prenait en compte et classait les 137 langues ayant plus de 5 millions de locuteurs (en langue première). Deux ans plus tard nous répertorions les 563 langues ayant plus d’un million de locuteurs. Nous avons cette fois élargi notre travail aux langues ayant plus de 500.000 locuteurs, qui sont au nombre de 634. En même temps, au fil des versions, nous avons augmenté nos facteurs, ajoutant en 2012 la véhicularité des langues et en 2017 leur place dans l’enseignement supérieur. Il est donc désormais possible de comparer ces trois versions, de voir les changement dans la place des langues et, comme auparavant, de jouer avec l’importance accordée aux différents facteurs pour faire son propre classements. Il suffit d’aller sur :  http://www.wikilf.culture.fr/barometre2017/ En outre, en cliquant sur « en savoir plus... » vous trouverez toutes les indications sur la façon dont nous avons travailler, traitement des données, etc.  Bonne lecture.

 

barre

fleche27 novembre    2018:  La sourate "Les Femmes"

barre

Depuis les printemps arabes, je suis particulièrement fier de mon pays natal, la Tunisie. En effet, lentement mais sûrement on y fait avancer la démocratie et l’égalité entre les hommes et les femmes. Il faut dire que les femmes tunisiennes sont particulièrement combattives pour défendre leurs droits acquis et réclamer ceux dont elles ne disposent pas encore, et qu’elles jouissent d’ailleurs, depuis Habib Bourguiba, d’un statut inédit dans les autres pays arabes.

Voici qu’un projet de loi sur l’égalité entre hommes et femmes au moment d’hériter vient d’être adopté par le conseil des ministres et devrait être présenté au parlement d’ici quelques mois. Il prévoit qu’un Tunisien et une Tunisienne de même degré de parenté héritera de la même part, ce qui peut nous paraître tout à fait normal. Mais le problème, ou la difficulté, est que dans l’ensemble des contraintes que l’islam impose aux femmes (voile, répudiation, statut de mineure face à l’homme, etc.), l’inégalité devant l’héritage est la seule qui apparaissent dans le Coran. On lit en effet, au verset 11 de la sourate « Les femmes » :

« Au fils, une part équivalente à celle de deux filles. S’il n’y a que des filles, même plus de deux, à elles alors deux tiers de ce que le défunt laisse. Et s’il n’y en a qu’une, à elle alors la moitié... »

Les débat s’annoncent donc fiévreux et le parti islamiste El Nahda se trouvera devant une sorte d’épreuve de vérité : va-t-il accepter que la charia médiévale puisse ne pas s’appliquer ?

La constitution tunisienne (qui débute d’ailleurs par la formule « au nom de dieu le clément le miséricordieux ») stipule dans son article premier que « La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, l’Islam est sa religion, l’arabe sa langue et la République son régime ». Que pèse l’égalité entre l’homme et la femme face à la religion ?  Et y a-t-il une contradiction dans les termes entre un régime républicain et une religions d’état ? Toute la question est là. A suivre...

 

barre

fleche21 novembre    2018:  Age ressenti

barre


Il y a une quinzaine de jours j’ai lu une enquête sur des parents (américains, si je me souviens bien) qui demandaient à l’administration le droit de ne pas mentionner le sexe de leurs nouveaux nés sur les certificats de naissance et, ipso facto, sur leurs futurs papiers d’identité. Ce sera, disent-ils, à eux de choisir plus tard leur sexe. J’avoue que la chose m’a amusé et que je me suis demandé quelles conneries du même genre (c’est le cas de le dire) je pouvais inventer. Dans un récent film libanais, Capharnaüm, on voit un jeune adolescent attaquer ses parents en justice au motif qu’ils l’ont mis au monde. C’est vrai, après tout, il n’avait rien demandé. J’ai alors pensé à la possibilité ouverte à tous les enfants de choisir, par exemple à sept ans, entre le suicide ou l’euthanasie et la suite de l’expérience sur terre. Ou encore à la possibilité de changer de parents, de réfuter les biologiques pour choisir qui ils veulent, d’autres humains bien sûr, ou encore un âne ou un mouflon. Bref, je m’amusais.

Et puis j’apprends qu’un Néerlandais, un certain Emile Ratelband, demande à la justice le droit de changer sur ses papiers sa date de naissance. Venu au monde en 1949, il voudrait remplacer cette date par 1969, qui correspondant à l’âge qu’il ressent. Ses arguments sont imparables : il est à la retraite à cause de sa date de naissance et trouve cela discriminatoire, il se sent jeune et veut afficher sur ses papiers un âge correspondant à son ressenti.

Voilà une idée qu’elle est bonne ! Je ne sais pas si monsieur Ratelband se rend compte qu’en retrouvant subitement l’âge de 49 ans il devra se remettre au travail pour près de vingt ans, mais c’est son problème. En revanche, les gouvernements qui se battent avec le problème de l’âge de la retraite pourraient trouver dans son idée une solution idéale au problème du déficit des caisses. Finis les débats sur la prolongation de l’âge de la retraite à 63 ou 65 ans. Au contraire, mettons-le à 60 ans, voire à 55. Mais, en même temps, décrétons que tous les citoyens parvenus à 50 ans seraient rajeunis à 30. Ils prendront ainsi leur retraite à 60 ans. Que dîtes-vous, à 80 ? Mais non, vous n’avez rien compris à l’âge ressenti. Et ils seront centenaires à 120 ans, ce qui prouvera la qualité de vie du pays...

Je vais y penser sérieusement. Si je pouvais me « rajeunir » de 20 ans, tout le monde dirait le jour où... : « Le pauvre, il est mort jeune ». L’autre solution serait de dire que l’âge que l’on ressent est de 20 ans supérieur à celui que prétendent nos papiers. « J’ai cinquante ans, mais je ressens en avoir 70. Donc je dois prendre ma retraite ». Songez-y, les jeunes. Pour moi il est trop tard.

 

barre

fleche19 novembre    2018:  Entendre et écouter

barre

 

La langue française a la particularité de distinguer, à propos de la perception visuelle, entre voir et regarder : On peut voir quelque chose, de plus ou moins loin et, lorsqu’on s’intéresse plus précisément à un détail,  regarder  de près. Mais on ne voit pas un tableau, on le regarde. De la même façon, on distingue pour la perception auditive, entre entendre et écouter. On entend les bruits de la rue mais on écoute son interlocuteur, ou une partition de Bach. On peut voir ou entendre sans le vouloir, mais on regarde ou on écoute volontairement.

Ces petites précisions ne sont pas inutiles si nous voulons nous pencher sur ce que disait, mercredi dernier, Emmanuel Macron sur TF1.  Interrogé sur la diarrhée de tweets de Donald Trump, il a répondu : « A chaque grand moment de notre histoire, nous avons été des alliés et entre alliés on se doit le respect (...) Je ne veux pas entendre le reste ». Puis à propos  des « gilets jaunes » il a enchaîné :« j’entends la colère ». Hier soir sur France 2 Edouard Philippe, fidèle au mimétisme lexical qui caractérise le gouvernement, a pour sa part déclaré : « j’entends ce que disent les Français mais je vois le cap, je n’en change pas ». Autrement dit, je n’ai rien à foutre de ce que j’entends.

L’inénarrable Benjamin Griveaux, si on l’interroge sur ce point, ne manquera pas de dire qu’entendre a aussi le sens de « comprendre », et rappellera que « j’entends bien » peut signifier « je comprends ». Mais, outre que cet usage est aujourd’hui un peu précieux, Griveaux ne pourra pas nier que « j’entends bien » signifie surtout pour les francophones « je ne suis pas sourd », « je n’ai pas de problèmes d’audition ». Entendre  a en effet d’abord le sens de « percevoir par le sens de l’ouïe » tandis qu’écouter a celui de « prêter son attention à ».

Dès lors, si Macron et Philippe entendent (du moins prétendent entendre) ce qui disent les Français ou leur colère, il serait peut-être temps pour eux de les écouter.

 

barre

fleche12 novembre    2018:  Le nom des autres

barre

 

Lundi dernier, le premier ministre (au cas où cela vous aurait échappé, il s’appelle Edouard Philippe) s’est rendu en Nouvelle Calédonie. Et le présentateur a annoncé au journal de vingt heures de TF1 : « Le premier ministre Edouard Balladur est arrivé à Nouméa ». Effectivement, Balladur a été premier ministre... de 1993 à 1995. A l’heure où la propagande gouvernementale nous bassine sur le nouveau monde politique, on voit que les frontières avec l’ancien sont perméables...

Puisque nous parlons du nom des gens, je reviens sur un thème que j’ai déjà abordé, celui de l’incapacité des journalistes de l’audiovisuel à faire le moindre effort pour prononcer les consonnes prénasalisées. Le footballeur Mbappé est régulièrement baptiser ème bappé, la ville sénégalaise de Mbour ème bour, etc. Et il y a dans cette nonchalance quelque chose qui s’apparente au racisme. Allez, camarades, faites un petit effort. Respectez le nom des autres.

Pire encore. La chanteuse Angélique Kidjo, qui a interprété hier, lors de la commémoration du centenaire de l’armistice, une chanson en hommage aux combattants  des troupes colonial en 14-18, a été selon les media déclarée malienne, béninoise ou congolaise. Il suffirait de prendre la peine d’aller, en deux clics, sur Wikipedia pour savoir qu’elle est née au Bénin. Mais non, on s’en fout, elle est noire donc elle est de là-bas, quelque part entre Bamako, Kinshasa, Ouidah ou Brazzaville. Il ne s’agit, après tout, que d’un rayon de près de 5000 kilomètres. Et je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il y a derrière tout cela un mépris des autres, un j’m’en foutisme qui nous fournit des fake news à la chaîne, à l’heure où nous n’en avons vraiment pas besoin.

Mais nous vivons une époque moderne.

 

barre

fleche8 novembre    2018:  Maréchaux nous voilà

barre

 

Pendant la guerre les Français, des écoles primaires aux maisons de retraite, chantaient cette ode à un maréchal sénile et collabo, Pétain : Maréchal, nous voilà, devant toi le sauveur de la France, nous jurons nous tes gars de servir et de suivre tes pas... Son nom n’était pas cité mais il n’y avait aucune ambiguïté, tout le monde savait de qui il s’agissait : LE maréchal. La communication du gouvernement pour sa part nous a plongé, pendant deux jours, en pleine ambiguïté.

Tentons de résumer. Le bruit court que tous les maréchaux de la première guerre mondiale (ils sont huit, parmi lesquels Pétain) seront honorés samedi. Interrogé par la presse, Macron le confirme et tente de la justifier : « il a été un grand soldat », « je reconnais la part que les maréchaux ont joué et que notre armée a joué dans la victoire française ». Immédiatement on se révolte. Hollande monte au créneau, puis le CRIF, Mélenchon, Hamon, etc. Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, déclare alors qu’il s’agit d’une mauvaise polémique et qu’il est « légitime de rendre hommage au Maréchal Pétain samedi aux Invalides », citant au passage une phrase du général de Gaulle déclarant en 1966 « sa gloire à Verdun ne saurait être contestée ni méconnue par la patrie ». Mercredi soir, le même Griveaux affirme qu’il n’y aura aucun hommage à Pétain, « il n’en a jamais été question ». Ah bon ? Il avait dit exactement le contraire quelques heures plus tôt ! Et le soir, l’Elysée dément : « Comme indiqué à plusieurs reprises ces derniers jours, le samedi 10 novembre ne seront honorés que les maréchaux présents aux Invalides : Foch, Lyautey, Franchet d’Esperey, Maunoury et Fayolle».

Huit maréchaux, puis sept en enlevant Pétain, puis cinq en ne prenant que ceux qui sont aux Invalides, tout cela fait un peu désordre. Ce que l’on croit comprendre, c’est que Macron ne connaissait pas le dossier et qu’il a dit n’importe quoi, montrant cependant qu’il n’était pas contre (« il a été un grand soldat »), que Griveaux a volé à son secours en disant lui aussi n’importe quoi, qu’il s’est ensuite rétracté en mentant (« il n’en a jamais été question ») et que la communication du gouvernement est un travail d’amateurs. Les politiques peuvent (rarement) dire la vérité ou (plus souvent) mentir, mais se contredire en quelques heures relève d’un rapport fantaisiste ou méprisant aux Français.

A propos, il y a dans cette histoire quelques centaines d’oubliés, les 639 fusillés pour l’exemple (c’est le chiffre donné par le Service Historique de la Défense ) lors de ce qu’on a appelé, à tort, les décimations. François Hollande avait demandé en novembre 2013 au ministère de la défense « qu’une place soit accordée aux fusillés aux Invalides ». On a failli donner une place à Pétain, mais on les a encore  oubliés.

 

 

 

barre

fleche5novembre    2018:  Caramel mou

barre


Ce matin, entre 6 et 7 heures, j’entends sur France Inter parler du périple présidentiel dans le Nord de la France. Une heure après, sur la même chaîne, on annonce une itinérance commémorative du président, et une demi heure plus tard on parle à nouveau de périple présidentiel. Europe 1, sur son site, parle pour sa part de voyage mémoriel. Et la veille, dans le Journal du dimanche, on annonçait entre guillemets, sans doute pour indiquer que la formule venait d’un quelconque zozo chargé de la communication dans un quelconque bureau d’un quelconque ministère, voir de l’Elysée,  une « itinérance mémorielle ». En fait je m’amuse, ou me fait plaisir : vérification faite, c’est bien l’Elysée qui a lancé cette formule.

Périple, itinérance ou voyage, commémoratif ou mémoriel, tout cela semble bien compliqué pour dire que le président de la république a entamé hier, à partir de Strasbourg, un voyage dans l’Est et le Nord de la France, sur les lieux les plus connus des batailles de la guerre de 1914-1918 : onze départements et dix-sept villes. Il s’agit donc d’un déplacement ou d’un voyage présidentiel, à l’occasion du centième anniversaire de l’armistice de 1918.

Le moins qu’on puisse dire c’est que le mot choisi par l’Elysée, itinérance, est peu fréquent. Au Québec il désigne le fait d’être à la rue, sans domicile fixe, mais on peut espérer que le président aura, dans ses différentes escales, un toit. Il désigne aussi ce qu’on appelle en anglais roaming, le fait de pouvoir utiliser un téléphone portable hors de sa zone de service, mais là aussi le président ne devrait pas avoir de problème, d’autant plus qu’il ne quittera pas le territoire national. Enfin, pour la bonne bouche, je ne résiste pas au plaisir de citer ce passage du quotidien québécois Le Soleil (8 mars 2008) qui parlait d’une personne ayant connu « une enfance difficile qui l’a très tôt menée à la dépendance à la drogue et à l’itinérance ». Mais nous pouvons espérer qu’il ne s’agissait pas du jeune Emannuel Macron.

Bref, je me demande ce que comprennent nos concitoyens à cette innovation élyséenne, itinérance mémorielle. Certains d’entre eux doivent mâcher plusieurs fois la formule en se demandant ce qu’elle peut bien vouloir dire. Ce n’est plus de la langue de bois, c’est de la langue de caramel mou ou, puisque le président aime bien les anglicismes, de la langue de marshmallow.

 

barre

fleche26 octobre   2018:  Panurge

barre

Le 17 octobre se tenait un séminaire gouvernemental (non, je n’y étais pas, je tire les informations qui suivent du Canard Enchaîné) au cours duquel Benjamin Griveaux a donné quelques conseils aux ministres.

A ceux qui n’avaient pas de compte twitter : « je crois que c’est utile pour relayer les discours du président, comme celui d’hier. J’ai vu que certains ne l’ont pas fait ». On se moquait beaucoup, dans les années 1960, des députés gaullistes, les « godillots », qui répétaient en chœur ce que leur dictait le gouvernement. Twitter n’existait pas à l’époque, mais le principe était le même : ne pas avoir d’idée, faire écho à celles qui viennent d’en haut. C’est donc maintenant au tour des ministres.

A ceux qui passent à la radio ou à la télé : « Il faudrait que, quand vous allez à une émission, vous parliez bien entendu de votre domaine de compétence, mais aussi que, systématiquement, vous parliez d’un autre ministre ». Deux jours après, le 19 , Didier Guillaume, nouveau ministre de l’agriculture, à montré que sa compétence était grande en déclarant sur RTL « C’est aux scientifiques de faire la preuve ou non qu’il y a des conséquences à l’usage des pesticides ou pas ». On ne sait pas s’il relayait un discours du président, ou si le président ne s’était pas encore exprimé sur ce point et que le nouveau ministre improvisait avec brio.

Tout cela donne une drôle d’image des ministres que leur berger, Griveaux, dirige avec soin et qui, suivant en cela le modèle de la majorité des députés, se comportent comme le mouton de Panurge. Faut-il rappeler que chez Rabelais, dans le Quart Livre, ce syndrome du suivisme se finit mal : « Panurge sans aultre chose dire jette en pleine mer son mouton criant et bellant. Tous les aultres moutons crians et bellant en pareille intonation commencerent soy jecter et saulter en mer aprés à la file. La foulle estoit à qui premier y saulteroit aprés leur compaignon. »

 

barre

fleche24 octobre   2018:  Rhétorique ou dérive?

barre

"La haine des média et de ceux qui les animent est juste et saine". Tout le monde connaît cette phrase de Jean-Luc Mélenchon, qui peut cependant laisser perplexe. On peut en effet lire la presse, écouter les media audio-visuels ou s’en désintéresser. On peut avaler ce qu’ils disent ou s’en méfier. On peut savoir les décrypter, les analyser, les critiquer et se faire grâce à eux sa propre idée. Mais pourquoi les haïr ?  En quoi est-ce « sain » ? En quoi cette haine peut-elle faire avancer la réflexion et, subsidiairement, les idées politiques de Mélenchon ?

Bien sûr, le dirigeant de la France insoumise n’en est pas resté là. Après les révélation de Médiapart concernant sa vie privée, il a récidivé : « Plenel, quel naufrage du trotskisme à ce niveau de caniveau après avoir dirigé Le Monde. Je laisse les gens vous dire ce qu’ils en pensent. A ce niveau d’agression et d’ignominie, il n’y a plus besoin d’argumentation ». Et enfin, après une enquête de Radio France concernant ses comptes de campagne, il a appelé à « pourrir » ses journalistes qu’il avait auparavant traités d’ « abrutis » et de « menteurs ».

Faisons crédit à Mélenchon sur un point, il connaît la langue française et manie parfaitement la rhétorique. Dès lors, que signifie pour lui l’appel à la haine ? Que signifie le verbe pourrir ? Et que veut dire la phrase  « Je laisse les gens vous dire ce qu’ils en pensent. A ce niveau d’agression et d’ignominie, il n’y a plus besoin d’argumentation ». Comment peut-on dire sans argumenter ? Et si on n’argumente pas, on fait quoi ? On cogne ? On brûle ? On lynche ?

Bref la rhétorique de Mélenchon sent mauvais, je dirai même qu’elle pue. A moins, bien sûr, qu’il ne se contrôle pas, qu’il lui arrive parfois de ne pas savoir ce qu’il dit. Il doit bien exister des thérapies pour cela...

 

barre

fleche19 octobre   2018:  L'accent des autres

barre


Jean-Luc Mélenchon n’en rate décidément pas une, mais là il est en train de virer vers l’ignoble. Déjà, il y a quelques mois, il avait laissé percer des accents racistes envers l’Allemagne et les Allemands. Hier la chose était plus drôle et plus grave.

Drôle parce qu’il était pris à son propre piège. Une journaliste de FR3, se souvenant sans doute qu’interrogé  naguère sur les ennuis de François Fillon il avait répondu «Chacun doit répondre de ses actes...Je n’ai pas d’autre choix que de faire confiance à la justice », l’interroge : « Il y a quelques mois, vois pointiez les déboires judiciaires de Fillon et de Le Pen sur la 3, et vous disiez que c’était une décadence de la République... » Voyant venir la suite et comprenant qu’il allait être mis face à ses contradictions, il a choisi...

Et c’est là où la chose devient grave. Il a choisi de se moquer de l’accent de la journaliste plutôt que de la laisser finir sa question: « Qu’esseu que ça veut direu....  Non Madame, vous ne savez pas de quoi vous parlez. Vous dîtes n'importe quoi. Quelqu'un a-t-il une question formulée en Français? Et à peu près compréhensible? Parce que moi votre niveau me dépasse, je ne vous comprends pas ». Petite précision, la journaliste a l’accent du Sud-Ouest, de Toulouse plus précisément. Seconde petite précision, Mélenchon est élu d’une ville dans laquelle on a un accent du Sud-Est, Marseille plus précisément. Le pauvre homme doit souffrir tous les jours en entendant parler ses électeurs.

Tirer en touche pour ne pas répondre à une question est une vieille ficelle de la langue de bois et Mélenchon, en vieux politicien, manie parfaitement la langue de bois. Il y a différentes façons de ne pas répondre à une question gênante, la plus courante étant de noyer l’autre sous un flots d’arguments qui n’ont rien à voir avec la question. Mais parfois cette procédure d’évitement révèle la face cachée de celui qui la pratique (souvenez-vous de Sarkozy et de son Casse-toi pauv con).  Le leader de la France insoumise a choisi de mépriser la journaliste, en insinuant qu’avoir l’accent de Toulouse c’est ne pas parler français, être incompréhensible, et il a du même coup révélé quelque chose de lui. Jacobin ? Sans doute. Raciste ? Je ne le crois pas vraiment. Il est plutôt irresponsable, incapable de se contrôler. Mélenchon, comme d’ailleurs Le Pen, a entraîné derrière lui depuis quelques années beaucoup de jeunes. Et  cela est une bonne chose : La jeunesse française est fortement dépolitisée et tout ce qui peut l’intéresser aux choses de la cité est positif... Mais insulter la justice, appeler à la haine des journalistes, tenir des propos racistes est une drôle de façon d’attirer les jeunes vers la politique. Et qu’elle soit commune à l’extrême gauche et l’extrême droite est inquiétant.

Evidemment l’incident a fait le buzz hier soir sur les  réseaux sociaux et continue ce matin. Le quotidien La dépêche publie sur son site des réactions de ses lecteurs internautes dont voici quelques exemples:

« Eh Meluche, n'oubliez pas que vos deux députés LFI ariégeois n'ont pas non plus l'accent de la capitale. Et vous les comprenez dans l'hémicycle (si bien sûr ils ouvrent la bouche) ? »

  "Quel choc pour les sympathisants insoumis occitans, qui découvrent que leur guide sacré, pétri de culture ne les comprend pas lorsqu'ils s'expriment avec des mots simples avec l'accent du peuple des régions"

 "Député de Marseille incapable de comprendre les accents du Sud, oh bonne mèèèèèère !"

 "Là je crois qu'il a perdu des voix dans le sud ouest bouducon !"

 "Et puis aussi, si notre accent écorche les oreilles de certains, qu'ils retournent respirer l'air parisien... et surtout qu'ils y restent avec leurs mines blêmes à respirer les senteurs des pots d'échappements et la puanteur du métro"

 "Amic Jean-Luc, Quina bergonha ! Per ua elejut deth sud dera França ! Eth accent qu'ei ua riquessa ». (Ami Jean-Luc, quelle honte ! Pour un élu du sud de la France ! L'accent est une richesse).

Etc.

« Ce qu’il y a d’encombrant dans la morale c’est que c’est toujours la morale des autres » disait Léo Ferré, et nous pourrions le parodier : ce qu'il y a d'encombrant dans l’accent, c’est que c'est toujours l’accent des autres. En France, effet de la centralisation sans doute, les Parisiens pensent qu’ils sont les seuls à ne pas avoir d’accent, et bien souvent, lorsqu’ils veulent réussir au niveau national certains tentent de perdre le leur, de le masquer, en s’alignant sur l’accent de la capitale. Pasqua, avec son accent grassois, ne pouvait pas aller plus loin dans la hiérarchie ministérielle, qu’au ministère de l’intérieur. Castaner, qui vient d’y parvenir, aura du mal à suivre la longueur de ses dents jusqu’à l’élection présidentielle. Et Mélenchon, qui dans son enfance avait sans doute un accent pied-noir, est aujourd’hui linguistiquement formaté pour participer à une telle élection. Mais à quel prix ! Au prix d’un racisme de ruisseau, ou du café du commerce. C’est à se demander pourquoi les Marseillais l’ont élu député. Seraient-ils masochistes ? Allez, je vais me livrer à une plaisanterie douteuse. Quand on compare les résultats de l’Olympique de Marseille à la ferveur de ses supporters, on pourrait croire à ce masochisme. Mais il sera intéressant d’examiner de près dans le sud de la France les résultats de la FI aux prochaines élections.

 

barre

fleche15 octobre   2018:  Autocéphalie

barre


Il m’arrive, dans mes cours ou mes conférences, lorsque je parle des frontières linguistiques et que je veux montrer qu’elles peuvent être aussi sociales ou politiques, d’évoquer le cas de l’Ukraine. En effet, si l’on examine le résultat de l’élection présidentielle de 2004,  opposant Viktor Ianoukovitch à Viktor Iouchenko, on constate une partition du pays en deux, que confirme l’élection de 2010, opposant Ioulia Timochenko, considérée comme pro-européenne, à Victor Ianoukovitch, pro-russe:  les cartes des résultats des deux élections sont pratiquement superposables avec à l’Est une majorité pour le candidat pro-russe et à l’Ouest une majorité pour le candidat pro-occidental.

Or cette partition correspond assez largement à la carte linguistique du pays : on parle plutôt russe à l’Est, plutôt ukrainien à l’Ouest. Et il en va un peu de même en ce qui concerne les religions : les catholiques sont majoritaires à l’Ouest du pays, , les orthodoxes à l’Est. C’est-à-dire que dans l’ensemble délimité par les « frontières de l’Ukraine », mises à mal par l’expansionnisme russe, nous voyons apparaître deux sous ensembles : les résultats des élections présidentielles, la répartition des langues dominantes et les religions concordent en grande partie.

Or l’église orthodoxe d’Ukraine est depuis longtemps mise sous la tutelle directe du patriarche de Moscou, ce qui est une façon de plus pour le régime de Poutine de contrôler ce voisin qui aiguise ses appétits. Mais il vient de se produire une petite révolution : le patriarcat de Constantinople (quelque chose comme le Vatican des orthodoxes) vient d’accorder à Kiev l’autocéphalie, c’est-à-dire l’indépendance spirituelle et juridique, et le droit d’avoir son propre patriarche. Il s’agit d’un coup dur pour Moscou, qui perd environ  un tiers de ses églises et ne peut plus prétendre au statut de premier patriarcat au monde, ou de rival du patriarcat de Constantinople. En gros, Poutine a certes mis la main sur la Crimée mais il vient de perdre une bataille politico-religieuse.

Comme quoi les frontières peuvent être polysémiques, avoir à la fois un sens  politique, linguistique, religieux, et la tendance à faire coïncider ces espaces parfois différents est sans doute l’une des marques du nationalisme.

 

barre

fleche9 octobre   2018:  Irresponsabilités

barre

Chaque semaine ou presque, et depuis longtemps, les media nous alarment : « Bientôt il sera trop tard », « Maintenant ou jamais », « la maison brûle et nous regardons ailleurs », « que lèguerons-nous à nos enfants », « éviter l’ingérable », « gérer l’inévitable », « où va la planète ? » Et le récent rapport du GIEC a multiplié ces appels à la prise de conscience. Tout le monde le sait, et tout le monde s’en fout. Mais cette inconscience ou cette irresponsabilité collectives ne concernent pas que le climat.

Dimanche, au Brésil, Jair Bolsonaro a recueilli au premier tour de l’élection résidentielle 46% des voix. Bolsonaro, vous connaissez ? Un militaire venu à la politique, misogyne, homophobe, raciste, anti-droits de l’homme, soutenu par les églises évangélistes, les fazendeiros de l’agrobusiness et par tout le monde économique, qui rêve de ramener son pays à l’ère des « gorilles », cette  dictature qui a muselé le pays de 1964 à 1985. C’est loin le Brésil, ça ne nous concerne pas ?

Regardons plus près de nous. Lundi, en Italie, Marine le Pen et Matteo Salvini ont paradé, affirmant leur volonté de construire un axe fort à Bruxelles, de  détruire l'Europe de l’intérieur grâce aux élections à venir, avec sans doute le FPÖ autrichien, le KNP polonais. FPÖ est le sigle de Freiheitliche Partei Österreischs, « parti de la liberté d’Autriche », les mots ne coûtent pas cher. Et KNP signifie Kongress Nowej Prawicy, « Congrès le la Nouvelle droite ». Nouvelle droite, ça ne vous fait pas frémir ? N’oublions pas Orban en Hongrie, chantre du nationalisme ou Netanyahou en Israël, qui lui aussi ne sait pas vraiment ce que signifie « droits de l’homme », surtout quand l’homme ou la femme sont palestiniens. Tout cela est moins loin que le Brésil, non ?

Et en France ? Wauquiez, Le Pen, Dupont-Aignan et la « manif pour tous » vont d’une façon ou d’une autre converger un jour pour nous donner une belle extrême droite  (ou une nouvelle droite) qui n’aura pas grand mal à cueillir le pouvoir. Face à cette menace, quoi ? La gauche est incapable de se confronter intellectuellement aux problèmes qui font le miel de cette extrême droite (les réfugiés, le racisme, le nationalisme pais aussi la retraite ou le déficit). Macron, propre sur lui et lisse comme un banquier qui sort de l’ œuf, bluffe mais dérape sans cesse, se casse les dents et montre à ceux qui ont cru en lui son incapacité à agir sur la situation. Mélenchon poursuit sa démarche solitaire de populiste de gauche, sachant très bien qu’il n’aura jamais seul la moindre majorité.

L’inconscience et l’irresponsabilité ne concernent pas seulement la situation écologique de la planète. Elles concernent aussi notre avenir politique. L’extrême droite est à nos portes, et nous regardons ailleurs.

 

barre

fleche2 octobre   2018:  Obsèques... et hommage

barre

Le 19 avril 1980, plus de 50.000 personnes accompagnaient la dépouille de Jean-Paul Sartre vers le cimetière du Montparnasse. Deux semaines auparavant, seuls des amis assistaient à la levée du corps de Roland Barthes, qui sera enterré dans un petit cimetière à Urt, dans les Pyrénées-Atlantiques. Deux morts, deux traitements différents. En octobre 1978, Jacques Brel, mort à l’hôpital de Bobigny, était enterré discrètement dans un petit cimetière, aux îles Marquises. Le 31 octobre 1981, Georges Brassens était enterré dans l’intimité à Sète. En juillet 1993, c’était au tour de Léo Ferré, enterré à Monaco, en présence de quelques proches. Dans tous ces cas, des personnalités publiques, célèbres, dont les obsèques étaient plus ou moins discrètes. Mais, dans tous les cas aussi, ce n’étaient pas les pouvoirs publics qui en décidaient.

Plus récemment, le 5 décembre 2017, mourraient Jean d’Ormesson et Johnny Hallyday. Le premier eut droit à une cérémonie discrète, le second à des obsèques quasiment nationales.

Il y a eu en France, depuis 1885,  un peu plus d’une quarantaine d’obsèques nationales, celles de quelques écrivains (Victor Hugo, Pierre Loti, Maurice Barrès, Paul Valery, Colette, Aimé Césaire), d’une dizaine de militaires, d’une quinzaine de politiques et d’une artiste, Joséphine Baker. Sous la quatrième république, il fallait une loi pour octroyer cet honneur, sous la cinquième il suffit d’un décret du président. Mais cette tendance croissante à vouloir réserver à certains disparus un cérémonie officielle particulière est étrange. Les  dernières obsèques nationales, en 2008, étaient celles d’un certain Lazare Ponticelli, dont peu de gens connaissent le nom. Il s’agit du dernier vétéran français de la seconde guerre mondiale. Mais le général de Gaule n’a pas eu droit à cet honneur. Allez comprendre ! Voici donc que des voix s’élèvent pour réclamer qui un hommage national qui des obsèques nationales pour Charles Aznavour.

Il n’est pas question pour moi d’établir un baromètre de la notoriété ou du mérite, et d’ailleurs Aznavour a droit au moins aux mêmes égards qu’Hallyday. Des obsèques nationales ? Cela aurait peu de sens.

Mais c’est un immense chanteur qui vient de disparaître. Je ne l’ai que très peu connu mais je voudrais moi aussi lui rendre un petit hommage discret, à mon échelle. En 1991, je publiais une biographie de Georges Brassens, aux éditions Lieu Commun. Mon éditeur, Gérard Voitey, était également notaire, en particulier le notaire de Charles Aznavour. C’est un ami, Gérard Davoust, qui m’avait mis en rapport avec Voitey, Davoust qui était aussi l’associé d’Aznavour à la direction des éditions musicales Raoul Breton. Et Aznavour s’était bizarrement investi dans la promotion de mon livre. Nous avions mangé deux ou trois fois ensemble, et un soir qu’à Bobino, Alice Dona présentait un spectacle Brassens avec les élèves de son école de chanson, dans le hall je signais mon bouquin. Et Aznavour s’était subitement transformé en bonimenteur, interpellant les gens : « Achetez le livre de Calvet, il est excellent ». Il s’amusait comme un gamin dans ce rôle que personne ne lui avait demandé de jouer. Mais, même si beaucoup parlent de son ego, il m’était apparu ce jour-là sous un aspect tout différent: désintéressé, généreux et surtout marrant.

C’était juste un petit hommage. Et il aura les obsèques que voudra sa famille.

 

 

 

 

barre

fleche23 septembre     2018:  Baptême

barre

Dans le Journal du dimanche d’aujourd’hui, un article sur un tournoi de golf parle du joueur « Nord-irlandais » Rory Mcliroy. L’homme est effectivement né en Irlande du Nord, ce qui signifie qu’il doit avoir un passeport britannique. Le qualifier de « joueur britannique » ne serait donc pas faux, mais aurait sans doute des connotations différentes. Je suis incapable de dire si ce changement de nomination  aurait entraîné des troubles, en d’autres termes je ne sais pas quelle est la formulation « politiquement correcte », mais ce droit de nommer, ou de baptiser, est la première violence faite aux êtres humains. Les parents ont ainsi le droit de choisir le prénom que leur enfant portera toute sa vie, comme Christophe Colomb se donnait le droit de baptiser les îles qu’il « découvrait » dans la mer des Caraïbes.

Or il se passe actuellement au Liban un débat de nomination porteur d’opposition violente. Un certain Moustapha Badreddine, dont j’ignorais jusqu’ici le nom, est en effet au centre d’une violente polémique. Ce Badreddine est en effet accusé par le Tribunal Spécial pour le Liban d’avoir été l’un des organisateurs en 2005 de l’assassinat de l’ancien premier ministre du Liban, Rafiq Hariri. Mais Badreddine était en outre un chef militaire du Hezbollah, qui a été tué en 2006 à Bagdad, qui comme on sait n’est pas une ville libanaise mais syrienne.

Dès lors, comme le qualifier (ou baptiser) ? Terroriste ? Assassin ? Combattant ? Le Hezbollah a choisi : martyr. Et la municipalité de Ghobeiry, dans le sud de Beyrouth, vient de rebaptiser une artère  rue du martyr  Moustapha Badderine. On imagine la réaction du premier ministre, Saad Hariri, fils de Rafiq. Pour compliquer encore les choses, il tente depuis longtemps de constituer un gouvernement, dans lequel devrait figurer le Hezbollah, mais cette histoire de nom de vue complique singulièrement les choses.

Je n’ose proposer rue de l’olivier, ou rue de la colombe...

 


 

barre

fleche12 septembre     2018:  L'un souille, l'autre pas

barre

Il est donc probable que le prochain président de l’Assemblée Nationale ne soit pas une présidente et que Richard Ferrand soit élu à ce poste. Il faut dire qu’il a toutes les compétences requises. Conseiller général PS du Finistère, puis conseiller général PS de Bretagne, élu en 2012 député PS (je sais, j’ai répété trois fois PS, et je vais récidiver) il est alors considéré comme proche de l’aile gauche du PS. Et puis, abracadabra, il devient subitement l’un des premiers soutiens de Macron, dès octobre 2016. Pendant la campagne présidentielle, alors que Fillon se débat dans les affaires, Ferrand déclare que cela « souille tous les élus de France » (hou ! le vilain Fillon). Il devient ministre, alors qu’il traîne lui aussi une casserole (une magouille présumée dans les mutuelles de Bretagne grâce à laquelle il aurait permis à sa compagne d’acquérir dans les conditions douteuses un bien immobilier). Et, à la mi-juin 2017 il quitte le gouvernement pour devenir président du groupe La République en Marche à l’assemblée. Un joli parcours, rapide et sinueux si l’on se souvient que deux ans avant il était... à la gauche du PS.

Le voici donc sur le point de devenir président de l’assemblée. Problème : l’affaire des mutuelles de Bretagne est relancée par une nouvelle plainte (de l’association Anticor) en cours d’instruction. Et un journaliste de Libération lui demandait hier s’il démissionnerait en cas de mise en examen. Sa réponse est exemplaire. Il rappelle tout d’abord de beaux principes : « séparation des pouvoirs », « différence radicale entre une mise en examen... et ce qui procède simplement d’une plainte », puis conclue : « Quoiqu’il en soit, une décision procédurale n’a pas vocation à décider de l’exercice d’un mandat parlementaire ».

Je ne sais pas comment vous analysez cette dernière phrase, mais je la traduirais volontiers de la façon suivante : « je vous emmerde et j’emmerde les décisions procédurales, je suis élu, je le reste ». Hasard du calendrier, le même jour, Alexandre Benalla  refusait de se rendre devant la commission d’enquête du Sénat (il changera d’avis le lendemain). Et, dans les deux cas, on croit entendre, comme en voix off : « nous sommes intouchables ». Il y a là une grande arrogance

C’est le 3 mars 2017 que Ferrand voyait dans l’affaire Fillon une souillure pour tous les élus de France. Or Fillon ne sera mis en examen que le 14 mars. Il était donc à peu près dans la même situation que Ferrand aujourd’hui. Mais il nous faut bien conclure que l’un souille, l’autre pas.

 

 

 

barre

fleche4 septembre     2018:  Bigorneau

barre

Il était, bien sûr, difficile de remplacer Nicolas Hulot, le plus populaire des ministres, le plus médiatique. Le pâlot François de Rugy a dont été choisi, et les commentateurs le qualifient de « macronien pur jus », élu député avec l’étiquette de la République en marche et soutien inconditionnel du président. En fait les positions politiques du nouveau ministre ont toujours été à dimension variable. D’abord élu député comme  écologiste, il rejoint le groupe socialiste en 2016, participe à la primaire du PS en 2017, y obtient 3,88% des voix (ce qui témoigne de l’importance de son envergure), s’engage à défendre le vainqueur, Benoît Hamon, mais s’empresse de retourner sa veste pour soutenir Macron et se fait réélire député sous son drapeau. Bref c’est un politicien moyen (je veux dire dans la moyenne : avec des convictions politiques fluctuantes), qui ne gênera jamais le gouvernement. Il ne dira jamais un mot plus haut que l’autre, ne menacera jamais de démissionner, bref il respectera les codes.

Un chroniqueur de Libération écrit ce matin que ce remplacement ne changera rien : « Qu’il s’agisse de Hulot, d’une plante verte, de François de Rugy, d’un bigorneau ou du pape, le résultat sera le même ». A une différence près, peut-être : Hulot était un bigorneau vivant, frais, alors que Rugy est un bigorneau surcuit.

 



barre

fleche31 août    2018: Causes et effets

barre

J’ai vu dans le New York Times International Weekly de cette semaine un article dont le titre, « In East Ukraine, War brings more wolves » m’a intrigué. Après lecture, il s’agissait d’abord d’un paysan qui a été mordu par un loup, de divers chiens tués par les loups, d’un pêcheur attaqué par un renard, mais, derrière tout cela, d’un entraînement de causes et d’effets qui mérite d’être conté.

A l’Est de l’Ukraine, là où se manifestent depuis quelques années les appétits territoriaux de la Russie, la chasse est désormais interdite sur une bande de soixante kilomètres le long de la ligne de front entre les forces ukrainiennes et les séparatistes pro-Russes (et, mais cela est nié par la Russie, également des forces russes). Fort bien, et fort sage : n’importe qui portant un fusil pourrait être pris pour un belligérant et descendu par un véritable belligérant le prenant pour quelqu’un du camp adverse.

Premier résultat, la population de faisans et de lièvres a subitement augmenté de façon notable. Normal, puisqu’on ne les chasse plus, ils se multiplient, bien à l’abri des balles des chasseurs.

Deuxième résultat, cette profusion de proies attire les prédateurs. Normal : là où il y a à bouffer, il y a des bouffeurs. C’est donc la population de loups et de renards qui a subitement augmenté dans cette zone sans chasseurs et pleine de gibier.

Problème : le pêcheur attaqué par un renard l’a tué et ramené, et un vétérinaire a constaté qu’il était porteur de la rage.

Conclusion sous forme de constatations et d’une question.

Les constatations : les Russes veulent prendre une partie de l’Ukraine, ils lancent une guerre civile, les chasseurs sont interdits le long de la ligne de front, le gibier y prospère, les prédateurs en profitent, certains d’entre eux sont porteurs de la rage et attaquent les êtres humains.

Question : les Russes sont-ils propagateurs de la rage ?

 

 

barre

fleche28 août    2018: Un peu de fraîcheur

barre

Non, je ne vais pas vous parler de la canicule (encore que...) mais de la démission, hier et en direct sur France   Inter, de Nicolas Hulot.

D’habitude les choses se passent très différemment : un communiqué de Matignon disant que Monsieur ou Madame X a présenté sa démission pour des « raisons personnelles » et que le premier ministre l’a acceptée, même si c’est en fait le premier ministre qui l’a viré. De ce point de vue, Hulot a créé un précédent, ne prévenant personne, sans doute pour éviter qu’on dénature le sens de sa décision avant qu’il ait le temps de s’expliquer publiquement. Et il s’ensuivit une véritable panique. Il fallait voir la gueule de Benjamin Griveaux, transfuge du PS où il n’avait jamais occupé de poste très important et désormais porte-parole d’En Marche ! Interrogé par le journaliste Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV, et privé d’éléments de langage, Il ne pouvait que parler « d’absence de courtoisie » (le fait de démissionner sans prévenir). Il fallait aussi voir aussi celle de Marlène Schiappa interrogée par Guillaume Durand sur Radio Classique. Il lui parle d’abord des propos du pape sur l’homosexualité, elle répond comme quelqu’un qui récite une leçon, il l’interroge sur sa loi, elle argumente, puis sur la loi sur les fake news, elle continue à répondre en déroulant un discours convenu et boum, il annonce que Nicolas Hulot vient de démissionner. Elle se fige, puis se met à rire et répond « c’est une plaisanterie ?! », ajoute qu’il faut vérifier, insinue que c’est peut-être encore un coup de fake news.

Et bien non, ce n’était pas une plaisanterie ni une fausse nouvelle! Et ces deux séquences sont une parfaite illustration des limites de la profession politique. Le pétrole, le nucléaire, le réchauffement climatique, le glyphosate et j’en passe, nous sommes confrontés à une crise inimaginable il y a cinquante ans, tout le monde le sait et tout le monde s’en fout. D’ailleurs, lorsque Hulot a essayé de faire avancer la date d’interdiction du glyphosate, les députés de la France en Marche ont voté contre. Je n’ai personne derrière moi, pas de parti qui me soutienne a-t-il dit. Il est vrai que les Verts ne pèsent pas lourd. On disait naguère que le plus grand parti de France était celui des anciens membres du Parti Communiste. Nous pourrions dire aujourd’hui que le parti le plus inefficace, le plus inutile, est celui des écologistes, ou plutôt la galaxie des petites sectes qui passent leur temps à se dénigrer les unes les autres.

Hulot, sans le savoir peut-être, a jeté la lumière sur cette profession politique remplie de gens faisant la queue pour obtenir un poste de ministre, n’importe lequel, même s’ils n’y connaissent rien. Il a apporté un peu de fraîcheur dans ce milieu, expliquant que les lobbyistes opèrent jusque dans les bureaux de l’Elysées. Car c’est bien là le problème. Il y a un millions de chasseurs en France, ce qui donnerait selon les spécialistes trois millions d’électeurs si on y ajoute les familles de chasseurs. Alors Macron les caresse dans le sens du poil. Et les paysans, qui défendent leur droit au glyphosate, c’est-à- dire à la pollution ? Ils représentent aujourd’hui 3,6% de la population française, et l’élection présidentielle se joue en général à 3% des voix (sauf lorsqu’il y a un Le Pen au second tout). Dès lors il faut, eux aussi, les caresser dans le sens du poil. Et peu importe les convictions, s’il y en a, quand la prochaine élection est en jeu. On peut dire tout ce que l’on veut pendant les campagnes, tout promettre, mais on oublie tout cela au moment de passer aux actes. Ce que « l’affaire Hulot » dévoile, c’est que Macron, celui qui a lancé avec fierté (et en anglais) make the planet great again, celui qui a déclaré vouloir changer la politique, est finalement un politicien comme les autres.

 

 

barre